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mardi 29 juin 2021

Prévert à l'index

Je suis allé au marché aux oiseaux / Et j'ai acheté des oiseaux / Pour toi / Mon amour / Je suis allé au marché aux fleurs / Et j'ai acheté des fleurs / Pour toi / Mon amour / Je suis allé au marché à la ferraille / Et j'ai acheté des chaînes, de lourdes chaînes / Pour toi / Mon amour / Et puis, je suis allé au marché aux esclaves / Et je t'ai cherchée / Mais je ne t'ai pas trouvée / Mon amour

On connaît ce poème de Jacques Prévert. On le croyait facile à comprendre. Ce n'est pas le cas. Une élève de 16 ans d'un cours de français d'une école de Toronto a été "choquée" d'avoir à analyser ce poème "raciste" qui fait "l'apologie de l'esclavage". La plainte qu'elle a déposée auprès de la direction a été entendue et transmise à ce qui correspond au rectorat. Visiblement, ni la direction de l'école, ni le rectorat n'ont compris, plus qu'elle, le poème. Ils ont suspendu pendant quelques semaines Nadine Couvreux, la prof de français, l'ont sanctionnée en conseil de discipline et ont menacé de la congédier "si de tels événements devaient se reproduire". Ce poème de Prévert ne pourra plus être étudié. 

On croit à un mauvais rêve, à un cauchemar. On y est. La cancel culture fait des ravages aux plus hauts niveaux. "Qu’une jeune personne soit incapable de comprendre un texte, surtout s’il est d’une autre culture que la sienne, est compréhensible : elle est justement là pour apprendre. Mais que des adultes occupant des postes d’autorité en éducation en soient incapables est terrifiant", écrit le quotidien québécois Le Devoir  (1). La cancel culture rend visiblement stupide. On en vient à se demander à quoi sert une école: à soutenir la bêtise?

Note: ci-dessous pour la direction de l'école et le rectorat, trouvée sur Internet, une brève et assez simple analyse de ce poème : "M Prévert nous raconte la dureté émotionnelle qui vient avec tomber amoureux: Il a trouvé une femme qu'il aime, et il lui achète de belles choses. Mais il aimerait aussi la garder sous clé pour qu'elle ne puisse pas le quitter et pour que personne ne la vole, comme un objet. Mais à la fin, il se rend compte qu'elle n'est pas un objet, mais plutôt une personne libre, et qu'il ne peut pas la contrôler comme il veut." C'est si compliqué à comprendre?

Il n'y a pas de problème, il n'y a que des professeurs. Jacques Prévert

https://www.courrierinternational.com/article/cancel-culture-une-enseignante-canadienne-sanctionnee-pour-un-poeme-de-prevert

samedi 7 janvier 2017

Charlie va bien (merci pour lui)

J'étais dans ma voiture sur le parking de ce magasin bio, écoutant France Inter, quand on a appris que des coups de feu avaient été entendus dans les bureaux de Charlie Hebdo. J'ai su que le pire, que comme beaucoup d'autres je craignais depuis longtemps, était arrivé. C'était il y a deux ans aujourd'hui. J'ai alors perdu une partie de ma famille: Cabu, Honoré, Tignouss, Charb, Wolinski, Bernard Maris et d'autres qui les accompagnaient dans la parution de cet hebdomadaire impertinent et (pour moi) salutaire.
Les tueurs imbéciles qui les ont lâchement massacrés croyaient tuer un journal. Ils n'ont fait que donner une nouvelle vie à un hebdomadaire moribond. Pendant des années, j'ai appartenu à cette poignée de lecteurs hebdomadaires de Charlie en Belgique. Depuis le massacre, le journal s'y vend à plus de huit mille exemplaires dans quatre-vingt pour cent des points de vente (1). Dommage que ces crétins soient morts. Ils auraient vu à quel point leur projet a échoué, a atteint un objectif exactement opposé à celui qu'ils visaient. Ils auraient pu comprendre combien ils ont été stupides. Le dictateur Khomeiny s'est-il rendu compte qu'il était devenu le meilleur agent littéraire de Salman Rushdie  (2) ? Qu'en lui faisant un procès imbécile et totalement injustifié, il a dopé les ventes des Versets sataniques et fait connaître mondialement son auteur?
A quelque chose malheur est bon, dit un dicton populaire. Un peu partout depuis le massacre de l'équipe de Charlie, des citoyens ont décidé de se réunir, de se rencontrer, de se parler, d'imaginer d'autres rapports entre eux, une autre société. C'est le cas ici à côté, c'est le cas dans les Deux-Sèvres, c'est le cas ailleurs. On ne remerciera pas pour autant les tueurs, on se contentera de constater leur bêtise abyssale. Ils n'ont pu comprendre que si on peut tuer des gens on ne peut tuer des idées et des valeurs.


A lire:
- l'interview de Coco dans Marianne;
http://www.marianne.net/coco-charlie-on-reussi-retrouver-esprit-debat-bouffe-deconnade-100249075.html
http://www.marianne.net/agora-etre-charlie-c-est-resister-islamisme-cultivant-esprit-voltairien-100249098.html
- sur ce blog les billets de janvier 2015.

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/charlie-hebdo-vend-toujours-plus-de-8-000-exemplaires-par-semaine-en-belgique-586d0b86cd708a17d55836e1
(2) même si celui-ci l'a payé chèrement - lire son autobiographie "Joseph Anton", Plon, 2012.

jeudi 8 décembre 2011

Conchoncetés

Les cons ont une grande qualité: ils sont toujours prompts à démontrer qu'ils le sont. Traitez-les comme tels, ils vous donneront très vite raison. L'humoriste Sophia Aram en fait l'amère expérience. En janvier 2011, après une chronique virulente à l'adresse de Jean-Marie Le Pen qui lui faisait face, elle reçoit une première salve de propos insultants et obscènes. En mars, au lendemain des élections cantonales qui ont traduit une poussée du Front national, elle en dénonçait les thèses simplistes et disait sur France Inter: "Je veux bien admettre qu'ils (les électeurs du FN) ont des raisons valables d'être en colère. (...) Mais entre quelqu'un qui penserait que tous ses malheurs sont dus à la présence d'étrangers en France et un gros con, j'ai du mal à faire la différence" (1). Depuis, elle est sous protection policière. Les affiches de ses spectacles sont régulièrement arrachées. Pendant une de ses représentations, près d'Annecy, le compteur électrique a été saboté, plongeant la salle dans le noir. C'est que les gros cons entendent bien lui donner raison, multipliant insultes et menaces de mort. Sur ce grand défouloir pour gros cons qu'est Internet, un courageux anonyme lui souhaite un cancer, un autre dénonce "la juive Sophia Aram qui se veut se faire passer pour une fille d'immigré". Elle a sûrement le grand tort d'être une femme, d'être fille d'immigré, d'être athée, de dénoncer le racisme et l'antisémitisme, de ne pas avoir sa langue dans sa poche. Ce qui est inacceptable aux yeux de certains. Résumons-nous: le gros con aime faire savoir qu'il l'est.

(1) "Sa verve les met en rage", Valérie Lehoux, Télérama, 7 décembre 2011
Lire aussi son interview sur www.telerama.fr et éviter les commentaires, anonymes comme il se doit, aussi affligeants que navrants, aussi stupides que lamentables.
On peut écouter Sophia Aram sur France les lundis et mercredis à 8h55.

lundi 26 octobre 2009

La bête humaine

Match annulé hier soir entre l'OM et le PSG. Pas complètement en fait, puisque les supporters l'ont joué. A leur manière. Assez particulière et pour le moins violente. En se tapant sur la gueule. Et sur tout le reste. Au JT de la RTBF, un "supporter" explique qu'on les prend pour des cons, lui et ses si sympathiques camarades, en annonçant sept heures avant le match que celui-ci n'aura pas lieu, pour cause d'épidémie de grippe. Il était trop tard, ils étaient déjà en route. Faute de match de foot, ils auraient pu en profiter pour visiter Marseille. Ce qui doit être plus passionnant que de regarder un match de foot, il me semble. Non? Ben, non, ils ont préféré se rentrer dans le lard. Avec une sauvagerie telle qu'on se dit qu'on préférerait tomber nez à nez avec un pitbull qu'avec un supporter de foot. Au JT de FR2, un autre "supporter", courageusement masqué, explique que "ça fait partie du folklore du foot". Bientôt reconnu par l'UNESCO comme patrimoine matériel de l'inhumanité...? Le journaliste de FR2 explique que ces "fights" entre groupes sont de plus en plus courantes, que ceux qui les pratiquent sont des ouvriers, des cadres, des pères de famille... et que ces bastons ont des règles. Comme celle de ne pas frapper un homme à terre. A voir les images, on se dit que ces règles devraient être écrites. Et qu'il manque peut-être un arbitre. Une info encore, ces fights touchent même les clubs amateurs. Amateurs de quoi?
Ah oui, je veux pas cafter, mais je n'y ai vu que des hommes, pas de femmes. Je les ai reconnus, même déguisés en chiens.

C'est ainsi que les hommes vivent. Mais où sont donc leurs baisers qui sont censés me suivre?

P.S.: Pierre Desproges écrivait: "Je vous hais, footballeurs. Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois?"
("Desproges en petits morceaux" - les meilleures citations - Points)