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mercredi 12 août 2026

Les désespérants

Les anti-écolos sont très inflammables. Vous prononcez le mot écologie et ils s'allument comme des torches. Voilà qu'à leurs yeux les écologistes sont responsables des incendies de forêts. Ils défendent les arbres dont sont faits les forêts. Or les forêts brûlent. Donc, c'est de leur faute. Magnifique exemple de syllogisme absurde. Et aussi de bêtise et de mauvaise foi totale.
"Les écologistes, une fois que tous les incendies auront été maîtrisés, devront rendre des comptes à la nation et pas seulement ONF qui a aussi sa pleine responsabilité." C'est ce qu'a déclaré (1), apparemment sans rire, Noëlle Lenoir, ancienne ministre de Jacques Chirac, celui qui a déclaré "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Elle, Noëlle Lenoir, continue à regarder ailleurs. Comme l'écrit Charlie Hebdo, "fusillons tous ces irresponsables qui laissent pousser des arbres dans une forêt". 
Un chroniqueur de CNews, un certain Gilles-William Goldnadel, fustige aussi les écologistes (2) : "Voilà où nous a menés la folie des pseudos écologistes. Parce qu'ils se sont toujours opposés à sacrifier quelques arbres pour soi-disant sauver la faune et la flore, aujourd'hui nous n'avons plus de flore et de nombreux animaux sont morts. Cela au nom d'une idéologie". Bref, supprimons les forêts, elles ne brûleront plus. Et de la terre faisons table rase. Plus rien ne brûlera.
Ils sont nombreux celles et ceux qui transforment en coupables les lanceurs d'alerte. Et en seuls coupables. Les négationnistes du réchauffement climatique veulent à toute force ignorer que l'activité humaine est la cause de la montée inexorable des thermomètres et que 90% des incendies sont d'origine humaine. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les anti-écologistes reprochent à présent aux écologistes leur propre surdité et leur propre aveuglement.

Et pourtant... Il y a exactement cent trente ans, en 1896, le Suédois Svante Arrhenius publiait un article sur l'influence de l'acide carbonique dans l'air. Il prévoyait, indique Fabrice Nicolino (3), "qu'en cas de doublement de la concentration de cet acide - le CO2 bien sûr -, la température du globe pourrait augmenter en moyenne de 5°C. C'est tout proche des prévisions du GIEC un siècle plus tard".
Fabrice Nicolino cite aussi un rapport qui a été adressé en 1965 au président américain Johnson : "il dit tout : le climat peut basculer à cause de l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère entraînant la fonte de la banquise arctique, l'élévation du niveau des mers, l'augmentation de la température de ces dernières". 
Dans une émission de la télévision française en 1979 (4), le vulcanologue Haroun Tazieff expliquait qu'il ne fallait pas craindre que les volcans fassent fondre la banquise et monter le niveau des mers. "Ce qui peut le faire, c'est la pollution industrielle. Elle dégage des quantités de produits chimiques de toutes natures, dont une énorme quantité de gaz carbonique." 20 milliards de tonnes de CO2 par an, c'est la quantité que l'homme rejette à la suite de ses activités, précisait un autre intervenant. "Cette quantité de CO2 risque de faire de l'atmosphère une espèce de serre", annonçait Haroun Tazieff. Il appelait dès lors à cesser de détruire les forêts de France, d'Amazonie, de Bornéo, de Sumatra, d'Afrique centrale. "Mais on ne le fait pas : pour faire des profits colossaux, on massacre nos forêts." Il prédisait un réchauffement de 2 ou 3°C de la température de l'atmosphère, la fonte des glaces, la montée des eaux, la noyade de toutes les côtes basses. "Vous êtes en train de paniquer les populations", lui dit le présentateur.
Mais personne n'a paniqué, puisque personne ne voulait ni savoir ni modifier son mode de vie. Quand sont apparus évidents l'échec du communisme et les horreurs du stalinisme, certains à gauche se sont tus volontairement : il ne fallait "pas désespérer Billancourt" (entendez : les travailleurs de Renault). Aujourd'hui, ce sont la droite et l'extrême droite qui ne veulent pas désespérer les automobilistes, les voyageurs, les consommateurs, les productivistes. Jusqu'au moment où il n'y aura plus le moindre espoir.

(1) sur X le 27.7.2026, cité dans Le Crétinisier de la semaine, Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(2) sur X le 28.7.2026, cité dans Le Crétinisier de la semaine, Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(3) Fabrice Nicolino, "Ces tristes connards qui n'ont rien fait", Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(4) https://www.youtube.com/watch?v=tPjHLRYZiHM
A lire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/11/yannick-jadot-climatosceptiques-et-climato-arrangeants-sont-des-capitulards-qui-nous-condamnent-au-pire_6743755_3232.html