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mercredi 2 septembre 2026

Pause

Il n'y aura pas de nouvelle publication sur ce blog avant la mi-septembre.
En attendant, si je peux me permettre un conseil, n'hésitez à lire celui de Bernard De Backer :
Routes et Déroutes à l'adresse geoculture.blog
Et notamment son dernier texte à ce jour : "Fini de rire" consacré au réchauffement climatique et à l'analyse de Jean-Marc Jancovici : https://geoculture.blog/2026/08/26/fini-de-rire/#more-27109

mercredi 12 août 2026

Les désespérants

Les anti-écolos sont très inflammables. Vous prononcez le mot écologie et ils s'allument comme des torches. Voilà qu'à leurs yeux les écologistes sont responsables des incendies de forêts. Ils défendent les arbres dont sont faits les forêts. Or les forêts brûlent. Donc, c'est de leur faute. Magnifique exemple de syllogisme absurde. Et aussi de bêtise et de mauvaise foi totale.
"Les écologistes, une fois que tous les incendies auront été maîtrisés, devront rendre des comptes à la nation et pas seulement ONF qui a aussi sa pleine responsabilité." C'est ce qu'a déclaré (1), apparemment sans rire, Noëlle Lenoir, ancienne ministre de Jacques Chirac, celui qui a déclaré "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Elle, Noëlle Lenoir, continue à regarder ailleurs. Comme l'écrit Charlie Hebdo, "fusillons tous ces irresponsables qui laissent pousser des arbres dans une forêt". 
Un chroniqueur de CNews, un certain Gilles-William Goldnadel, fustige aussi les écologistes (2) : "Voilà où nous a menés la folie des pseudos écologistes. Parce qu'ils se sont toujours opposés à sacrifier quelques arbres pour soi-disant sauver la faune et la flore, aujourd'hui nous n'avons plus de flore et de nombreux animaux sont morts. Cela au nom d'une idéologie". Bref, supprimons les forêts, elles ne brûleront plus. Et de la terre faisons table rase. Plus rien ne brûlera.
Ils sont nombreux celles et ceux qui transforment en coupables les lanceurs d'alerte. Et en seuls coupables. Les négationnistes du réchauffement climatique veulent à toute force ignorer que l'activité humaine est la cause de la montée inexorable des thermomètres et que 90% des incendies sont d'origine humaine. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les anti-écologistes reprochent à présent aux écologistes leur propre surdité et leur propre aveuglement.

Et pourtant... Il y a exactement cent trente ans, en 1896, le Suédois Svante Arrhenius publiait un article sur l'influence de l'acide carbonique dans l'air. Il prévoyait, indique Fabrice Nicolino (3), "qu'en cas de doublement de la concentration de cet acide - le CO2 bien sûr -, la température du globe pourrait augmenter en moyenne de 5°C. C'est tout proche des prévisions du GIEC un siècle plus tard".
Fabrice Nicolino cite aussi un rapport qui a été adressé en 1965 au président américain Johnson : "il dit tout : le climat peut basculer à cause de l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère entraînant la fonte de la banquise arctique, l'élévation du niveau des mers, l'augmentation de la température de ces dernières". 
Dans une émission de la télévision française en 1979 (4), le vulcanologue Haroun Tazieff expliquait qu'il ne fallait pas craindre que les volcans fassent fondre la banquise et monter le niveau des mers. "Ce qui peut le faire, c'est la pollution industrielle. Elle dégage des quantités de produits chimiques de toutes natures, dont une énorme quantité de gaz carbonique." 20 milliards de tonnes de CO2 par an, c'est la quantité que l'homme rejette à la suite de ses activités, précisait un autre intervenant. "Cette quantité de CO2 risque de faire de l'atmosphère une espèce de serre", annonçait Haroun Tazieff. Il appelait dès lors à cesser de détruire les forêts de France, d'Amazonie, de Bornéo, de Sumatra, d'Afrique centrale. "Mais on ne le fait pas : pour faire des profits colossaux, on massacre nos forêts." Il prédisait un réchauffement de 2 ou 3°C de la température de l'atmosphère, la fonte des glaces, la montée des eaux, la noyade de toutes les côtes basses. "Vous êtes en train de paniquer les populations", lui dit le présentateur.
Mais personne n'a paniqué, puisque personne ne voulait ni savoir ni modifier son mode de vie. Quand sont apparus évidents l'échec du communisme et les horreurs du stalinisme, certains à gauche se sont tus volontairement : il ne fallait "pas désespérer Billancourt" (entendez : les travailleurs de Renault). Aujourd'hui, ce sont la droite et l'extrême droite qui ne veulent pas désespérer les automobilistes, les voyageurs, les consommateurs, les productivistes. Jusqu'au moment où il n'y aura plus le moindre espoir.

(1) sur X le 27.7.2026, cité dans Le Crétinisier de la semaine, Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(2) sur X le 28.7.2026, cité dans Le Crétinisier de la semaine, Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(3) Fabrice Nicolino, "Ces tristes connards qui n'ont rien fait", Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(4) https://www.youtube.com/watch?v=tPjHLRYZiHM
A lire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/11/yannick-jadot-climatosceptiques-et-climato-arrangeants-sont-des-capitulards-qui-nous-condamnent-au-pire_6743755_3232.html

lundi 3 août 2026

Pollueurs non payeurs

Les fleuves souffrent, eux aussi, du réchauffement climatique. Le Rhin vient d'atteindre son niveau le plus bas, du jamais vu (1). Le plus long fleuve d'Europe, le Danube, a lui aussi atteint la côte d'alerte. En juillet, son niveau a chuté des deux tiers, avec des conséquences catastrophiques. La Hongrie a dû fermer son unique réacteur nucléaire faute de pouvoir le refroidir. Il fournit 40% de la production d'électricité hongroise. Des usines ont dû réduire leur production, à cause d'un manque d'électricité. En Roumanie, une centrale nucléaire a été partiellement arrêtée. En Bulgarie, à certains endroits, le lit du Danube est totalement à sec. Le transport fluvial est évidemment mis à mal, voire impossible sur certains tronçons.

Le chemin de fer souffre également : des rails se déforment à cause des chaleurs excessives, des voies sont fermées à cause des incendies.
Comment faire de la marche ou du vélo quand les températures oscillent entre 30 et 40°C, voire plus ?
En fait, les moyens de transport les moins polluants souffrent d'un réchauffement de la planète provoqués notamment par ceux qui le sont le plus et qui, eux, continuent à fonctionner comme d'habitude. C'est le principe du pollueur non payeur et l'inverse. Les bouchons sont toujours aussi importants à l'entrée et la sortie des villes et sur la route des vacances. Et les avions toujours plus nombreux à voler. Une des nombreuses propositions issues de la Convention citoyenne sur le climat, mise sur pied par le président Macron, consistait à fixer à 110 km/h la vitesse maximale sur les autoroutes. Macron l'a balayée aussitôt. Dans les années '60, le lobby automobile avait lancé le slogan "Ma voiture, ma liberté". Il ajoute à présent : "Et après nous, les mouches". 

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/129044-062-A/arte-journal-02-08-2026/

mercredi 29 juillet 2026

Homme grenouille

C'était ce lundi. On traverse le sud-ouest de la France en diagonale. L'autoroute A63 en direction de Bordeaux est fermée à la circulation en raison des incendies. On prend, comme à l'aller, les routes secondaires. Tranquillement. Mais on est parmi les rares à rouler en réduisant volontairement sa vitesse pour tenter de diminuer sa consommation d'essence et donc la pollution inhérente. On se fait dépasser sans cesse ou menacer par des camions terroristes. Personne ne roule assez vite. Un accès à l'autoroute est signalé et un panneau électronique annonce que les vitesses sont réduites de 20 km/h pour cause de pollution. "Obligatoire", est-il précisé. Mais qui s'en soucie ?
Dans les Landes, alors que les odeurs des incendies s'immiscent dans la voiture aux fenêtres fermées, on voit de nombreux arrosages de maïs. Et, dans deux villages, des arrosages de terrains de football. On se demande sur quelle planète vivent ces gens qui gaspillent inconsidérément une eau si précieuse alors qu'à deux pas de chez eux des pompiers ne savent plus où en trouver pour combattre des feux dantesques. C'est que le foot n'a pas le même charme s'il se joue sur des terrains jaunis. Le Süddeutsche Zeitung rapporte (1) que "lors de la première grande canicule de l'été, la ministre française de la Transition écologique s'est prudemment interrogée sur l'avenir du défilé du 14 juillet et même du Tour de France par ce type de températures extrêmes : elle s'est fait étriller. Tout doit continuer comme avant".

Dans Charlie Hebdo (2), Riss rappelle que, lors du premier choc pétrolier - c'était en décembre 1973 - le président Pompidou, qui n'avait rien d'un écologiste, avait fait appel "à l'esprit d'économie du peuple français" : "Economisons l'essence, économisons l'électricité, économisons le chauffage... et cela suffira à diminuer notre consommation". Mais le peuple français, tout comme l'humanité, est comme la grenouille indifférente à l'eau qui chauffe progressivement et finira par la brûler, comme la grenouille de la fable de La Fontaine, celle qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Plus est son maître-mot. Plus de production, plus de consommation, plus de vitesse, plus de déplacements, plus de dépenses d'énergie, plus de gaspillage. Comme la grenouille, l'humanité finira par éclater. Par prétention, par bêtise, par égoïsme. Elle n'aura même plus la possibilité de se demander ce qui lui est arrivé. Elle se sera réduite elle-même en miettes.  

Dans Le Monde (3), le sociologue Benoît Giry estime que notre monde n'est pas durable, mais que "ce ne sont pas les désastres eux-mêmes qui trancheront car il n’y a pas d’effet mécanique univoque des catastrophes sur le monde social. Les conséquences sociales des catastrophes dépendent des modes de production et d’échange, des inégalités et de la stratification sociale, des processus électoraux, des mouvements sociaux et des mobilisations, des organisations, des instruments d’action publique, des pratiques individuelles et collectives, des catégories de l’entendement des acteurs et des cadres qui les organisent, bref des institutions sociales qui structurent nos vies. Ces institutions ne se modifient qu’au prix d’un travail politique long et difficile. Ne comptons pas sur les seules vertus providentielles des catastrophes. Elles ne nous sauveront pas."

L'anthropologue Elise Boutié considère que "il n’y a pas de conscience écologique qui se réveille au cœur des flammes". Elle a mené une étude à partir du méga feu qui a ravagé la Californie en novembre 2018. "Malgré le caractère exceptionnel de l'incendie, dit-elle (4), celui-ci n'entraîne ni une prise de conscience écologique, ni une classe écologique". Au contraire, elle a constaté "l'exacerbation d'une violence de classe qui provient notamment d'une peur du déclassement" des classes moyennes et qui se traduit par une alliance transpartisane : des démocrates se sont alliés avec des trumpistes plutôt qu'avec des démocrates pauvres pour préserver leur mode de vie.
Préserver son mode vie, ne rien changer dans un climat qui change à une vitesse que nous ne contrôlons plus et qui nous menace chaque jour, voilà l'ambition de ce triste animal qu'est l'être humain. 

(1) Nils Minkmar, "Canicule - Le silence politique est assourdissant", Süddeutsche Zeitung, 15.7.2026, in Courrier international, 23.7.2026.
(2) Riss, "La grande punition", Charlie Hebdo, 29.7.2026.
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/29/les-catastrophes-climatiques-ne-produisent-pas-mecaniquement-plus-de-prevenance-a-l-egard-du-monde_6736008_3232.html
(4) https://pathways.futureearth.org/videos/rencontres-2025-elise-boutie-les-etats-unis-lincendie-loubli-et-le-deni/
A lire aussi : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/26/incendies-en-gironde-et-dans-les-landes-ce-qui-brule-aujourd-hui-n-est-pas-seulement-une-foret-mais-une-maniere-d-habiter-le-territoire-qui-n-est-plus-possible_6733287_3232.html

lundi 20 juillet 2026

Conséquences de la canicule

Le réchauffement climatique n'est qu'une vaste blague, a toujours clamé le bouffon qui se prend pour le roi des Amériques et du Groenland. Des incendies occasionnés par des canicules de plus en plus fréquentes et élevées et des sécheresses de plus en plus longues se multiplient partout à travers la planète. Les fumées des incendies qui ravagent les forêts canadiennes rendent la vie suffocante et même dangereuse pour des centaines de milliers, voire des millions de personnes, notamment les New-Yorkais. Impossible d'échapper à leurs conséquences et donc de les ignorer. Seul Dingo Ier peut le faire. Il tourne en boucle : il revient encore et toujours sur l'élection présidentielle de 2020 qui lui aurait été volée. Le voilà à présent qui accuse la Chine de l'avoir fait perdre et d'avoir fait gagner Joe Biden. Il n'apporte évidemment aucune preuve, comme chaque fois qu'il porte une accusation. Il n'a évoqué ni le réchauffement climatique (il n'existe pas), ni le pouvoir d'achat qui s'effondre, ni la guerre d'Iran dans laquelle il s'empêtre. Il en revient encore et toujours à cette défaite qui lui reste à ce point en travers de la gorge qu'il ne peut parler d'autre chose. Sauf d'une modification du système électoral qui lui garantirait, à lui et au Parti républicain de remporter toutes les élections (1). 
Le Père Ubu ne veut voir qu'une seule tête : la sienne. Il a raison : il n'en est de meilleure.
Récemment, il vantait les mérites du porte-avions Abraham Lincoln ("parmi les plus beaux du monde") qui a abattu les 111 missiles qui le visaient et qui avaient été tirés "par la république islamique du Japon". Il ferait bien de s'inquiéter du réchauffement climatique : elle a des effets perturbants sur les capacités cognitives du grand homme. 

(1) Dans le HuffPost, 8.7.2026, cité par Charlie Hebdo, 15.7.2026.

mercredi 15 juillet 2026

Bêtes nuisibles

La forêt meurt. Non pas à petit feu, mais à grands feux. Et avec elle, toute la flore et toute la faune qui y sont liées. Mais ces morts par incendies ne suffisent pas. Il en faut plus. 

Le Gouvernement français s'apprête à renouveler sa liste "d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts". Ne dites plus nuisibles, dites ESOD. La belette, la fouine, la martre, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet sont classés de la sorte. C'est que ces méchants animaux nous dérangent de janvier à décembre. Ils peuvent dès lors "être éliminés par des tirs, du piégeage et du déterrage tout au long de l’année, même en dehors des périodes de chasse", nous explique Le Monde (1). Les scientifiques, les organisations environnementales et l'inspection générale de l'environnement contestent ces destructions, mais le gouvernement n'a d'oreilles, comme il l'a toujours fait, que pour les chasseurs, tout puissants en France, qui aiment s'amuser tout au long de l'année et refusent toute restriction à leur passion aussi viandarde que virile. Le Moyen-Age a la vie longue.
Cette règlementation n'existe dans aucun autre pays de la planète, rappelle Le Monde. Il faut croire que ces espèces sont particulièrement dangereuses en France. C'est pourquoi chaque année, environ 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés y sont tués. A la grande satisfaction de la Fédération nationale des chasseurs (qui met un bémol cependant : la liste est trop courte). Et la colère des associations de défense de la nature qui mettent en avant les services rendus par ces espèces : "les renards consomment des campagnols qui ravagent certaines cultures, les geais des chênes contribuent à la régénération des forêts en disséminant des glands. Une étude récente montre aussi que les renards et les fouines pourraient contribuer à réguler la chenille processionnaire du pin, qui pose des risques pour la santé humaine et des animaux domestiques. « Nous sommes dans une procédure à charge contre ces espèces, avec un procureur mais pas d’avocat », regrette Dominique Py", spécialiste des questions de chasse au sein de France Nature Environnement.
Une consultation publique est ouverte à ce sujet jusqu'au 30 juillet (2).

L'état de la planète, aujourd'hui en surchauffe totale, et l'effondrement de la biodiversité désignent pourtant une espèce non pas susceptible d’occasionner des dégâts, mais occasionnant réellement des dégâts irréversibles : l'être humain. Voilà - qui oserait le contester ? - l'espèce réellement nuisible pour l'environnement. Sans doute faudrait-il l'éradiquer.
Dans cette espèce il en est une sous-classe qui prend plaisir à détruire tout ce qui l'entoure : celle des ultra riches. Leurs yachts, leurs jets privés, leurs fusées émettent des quantités astronomiques de CO2. "Un superyacht de milliardaire émet de l’ordre de 7 000 tonnes de CO₂ par an, constate Lucas Chancel (professeur d’économie à Sciences Po et codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d’économie de Paris) dans Le Monde (3), alors que les émissions moyennes d’un Français sont de 8 tonnes. Les jets privés viennent gonfler le total : ceux d’Elon Musk en auraient brûlé 5 500 en 2023, ceux de Jeff Bezos 2 900. S’y ajoutent les fusées : un vol suborbital émet de l’ordre de 100 tonnes de CO₂ par passager et par heure. Une personne issue du milliard le plus pauvre de la planète n’atteint pas ce niveau sur une vie entière." Mais quel serait l'intérêt d'être milliardaire si on ne pouvait en permanence faire un bras d'honneur à ceux qui ne le sont pas ? Extrait du sixième rapport du GIEC : "Les individus ayant un statut socio-économique élevé contribuent de manière disproportionnée aux émissions et ont le plus grand potentiel de réduction des émissions, notamment en tant que citoyens, investisseurs, consommateurs, modèles et professionnels." Polluer est un plaisir et doit le rester. "L’empreinte carbone des plus fortunés se mesure aussi par le portefeuille des propriétaires. Le 1 % le plus riche de la planète (soit 50 millions d’adultes) concentre 15 % des émissions de CO₂ liées à la consommation, et plus de 40 % de celles liées au capital."

Résumons-nous : l'homme est une bête nuisible. Surtout ses sous-espèces milliardaires et chasseurs. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/15/belettes-renards-etourneaux-la-liste-des-especes-susceptibles-d-occasionner-des-degats-renouvelee-malgre-les-critiques_6723531_3244.html
(2) https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/toutes-nos-actualites/articles/actus-2026/consultation-publique-mobilisons-nous-massivement-contre-le-classement-esod?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=Consultation%20ESOD%202026
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/14/rechauffement-climatique-la-vie-tres-carbonee-des-plus-fortunes_6723300_3244.html

lundi 13 juillet 2026

La politique du pire

Les titres se téléscopent dans la presse régionale, apparemment sans que ça ne pose question. Sans que soient pointées du doigt certaines de nos aberrations, toutes ces activités insensées qui devraient appartenir au passé. Au milieu de nombreux articles relatant des incendies, on lit qu'un rallyecross de voitures a eu lieu ce dimanche, devant 5 000 spectateurs. "Sur une piste mi-terre mi-asphalte rapidement asséchée par la chaleur, la poussière voltigeait, les moteurs chauffaient et les pilotes suffoquaient", constate la Nouvelle république (1). Une semaine auparavant, on avait appris qu'une course de dragsters avait dû être annulée en dernière minute à cause d'un incendie à proximité. Le dragster est "la machine la plus violente jamais créée pour rouler sur quatre roues", aux accélérations fulgurantes, qui dégage "des flammes géantes, des vibrations monstrueuses, avec des pneus qui se déforment totalement ; chaque départ ressemble à une explosion contrôlée" (2).
On continue à jouer comme si la situation était normale, on continue à consommer allègrement de l'essence, à polluer, à participer à l'augmentation du réchauffement climatique comme s'il n'existait pas.

"On a toujours fait comme ça" est la phrase que j'ai le plus souvent entendue dans ma brève expérience de conseiller municipal et communautaire. Devrait-on changer nos habitudes et nos pratiques parce que le climat change ? On ne peut imaginer prendre moins sa voiture, on l'a toujours utilisée plusieurs fois par jour pour le moindre déplacement. On a toujours fait comme ça. On ne va quand même pas cesser de prendre l'avion une, deux ou trois fois par an, parce que, tu comprends, on a besoin de soleil. On a toujours fait comme ça. On doit pouvoir désormais prendre l'avion régulièrement pour aller vers le nord parce que, tu comprends, on a besoin d'air frais. On ne va quand même pas cesser de commander des produits chinois de mauvaise qualité transportés à travers les mers dans des centaines de milliers de conteneurs. Parce que, tu comprends, on n'en trouve pas à des prix pareils chez nous. On a toujours fait comme ça.

Mais le climat, lui, n'a jamais fait comme ça. Donc, l'intelligence humaine (la naturelle, pas l'artificielle) voudrait qu'on change. Tout. Nos modes de pensée, nos modes de production, de consommation, de déplacement, de logement. Mais la résistance au changement est lourde. Et puis sommes-nous intelligents ? Avons-nous le souci du bien commun ? De l'avenir ? Bien sûr, il faut prendre de toute urgence des mesures pour s'adapter à ce climat brûlant. Mais il faut aussi - et enfin - changer radicalement nos pratiques pour empêcher que ce réchauffement climatique (que nous avons refusé de combattre) cesse d'augmenter plus encore. 
On s'est bien amusé, on a beaucoup joué. Il serait temps que l'être humain accepte de devenir enfin adulte, envisage l'avenir, le sien, mais surtout celui des générations suivantes qui va être infernal.
Mais les (ir)responsable politiques aiment que leurs électeurs restent des enfants, qu'ils continuent à s'amuser. Pas question de les priver de leurs jouets. 
"Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, écrit le journaliste Stéphane Foucart dans Le Monde (3), le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne."
Des centaines de milliers de personnes, des millions sans doute, souffrent de la canicule dans leur logement de location. Et que fait le gouvernement ? Le 24 juin dernier, il a déposé "un projet de loi qui doit remettre 700 000 passoires thermiques sur le marché locatif".
On attend des architectes et des urbanistes qu'ils adaptent le bâti, les villes et les territoires à un climat qui s'affole. Et que fait le gouvernement ? Il dissout le groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains, chargé de piloter plus de 200 projets de recherche dans ces domaines.
Le fonds vert, destiné à financer l’adaptation des collectivités territoriales, a été amputé des deux tiers.
En 2022, le président Macron a lancé un ambitieux plan de reboisement : « Planter 1 milliard d’arbres en dix ans » et, pour ce faire, il subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. "Un peu partout en France, de l’argent public contribue à vulnérabiliser les territoires au risque d’incendie", écrit encore Stéphane Foucart. Et, chaque année, malgré les grands discours, 20 000 kilomètres de haies sont rasés.
Les élevages hors-sol continuent à être favorisés et connaissent une surmortalité telle que les équarisseurs n'arrivent plus à suivre. L'agriculture biologique, elle, est loin de connaître le même soutien. Au contraire. Les surfaces cultivées en bio sont en diminution en France et "Paris s’oppose à la Commission européenne pour que les aides à l’agriculture biologique ne soient pas inscrites dans la prochaine politique agricole commune".
Et le sénat participe de la même politique hors-sol : "devant le constat d’une pénurie rampante de la ressource hydrique, ses élus ont ainsi voté sans trembler, le 3 juillet, la destruction pure et simple des principes qui fondent les instances de la démocratie locale de l’eau, au bénéfice de quelques irrigants".
Voilà donc un gouvernement, un président et un sénat qui nous mènent, de manière totalement consciente, d'une situation extrêmement grave à une situation désespérée. Les lobbies l'emportent sur le sort de la population et de la nature. Difficile pour tous ces (ir)responsables d'affirmer qu'ils gèrent le pays en bons pères de familles. Quel père de famille sacrifierait ainsi ses enfants ? Les experts annoncent que les dégâts que causera ce climat devenu fou se chiffreront en milliards d'euros chaque année. 

Yamina Saheb, autrice du GIEC, adresse une lettre au président Macron, répercutée par Avaaz (à signer - 4 ) : "Cette canicule n'est pas une fatalité météorologique. Elle est la conséquence directe et mesurée de votre décision de nous enfermer dans le capital fossile. Nous l'avions écrit, noir sur blanc, dans les rapports du GIEC (IPCC). Vous le saviez. Nous le savions tous. Ce qui nous accable aujourd'hui n'est pas une surprise : c'est un rendez-vous que vous, avec d'autres responsables politiques, avez choisi de ne pas honorer. Et que proposez-vous face à cela ? De nous adapter à une France devenue fournaise, comme si l'on pouvait s'adapter sans fin à un monde que vous vous obstinez à rendre invivable. (...) Je vous demande d'agir enfin à la hauteur des enjeux, à commencer par mettre un terme à toutes les subventions publiques directes ou indirectes aux énergies fossiles dans notre pays. Demain, il sera déjà trop tard."

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/commune/pont-de-ruan/rallycross-de-touraine-davy-jeanney-triomphe-devant-julien-febreau-deception-pour-damien-meunier-1783887513
(2) https://cultureauto.fr/dragster/
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/12/nous-sommes-coinces-dans-une-dystopie-climatique-un-scenario-de-comedie-noire-ou-le-grotesque-le-dispute-a-la-farce-orwellienne_6722848_3232.html
(4) https://secure.avaaz.org/campaign/fr/arretez_les_subventions_aux_energies_fossiles_loc/?baluBfb&v=175517&cl=22782269031&_checksum=fb2197f394450a9e42dc626f7b8012d18c6a8f588e5959cc27a7dc2b47101ece&utm_source=email&utm_medium=blast_email&utm_campaign=175517&email_id=019f54e9c90871d98f04b9dd727fbf13

vendredi 10 juillet 2026

C'est la nature qu'on assassine

On n'entend plus les oiseaux. Juste le loriot tôt le matin. Ils ont autre chose à faire que chanter. Ils consacrent aussi moins de temps à chercher une nourriture et une eau qui se font rares. Ils cherchent à survivre, ailes et bec grands ouverts pour essayer de dissiper la chaleur. Plus assez alertes pour se nourrir ou échapper aux prédateurs, que la chaleur rend plus agressifs, ils voient leurs chances de survie dégringoler.
Les rivières se meurent et avec elles la faune et la flore qui y sont liées : poissons, crustacés, insectes, oiseaux, plantes. Mais qui s'en soucie ? 
Et pourtant... "Avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes à cause du dérèglement climatique, écrit The Knowable Magazine (1), les troubles cognitifs observés dans tout le règne animal pourraient avoir des répercussions sur l'ensemble des écosystèmes et fragiliser davantage des espèces déjà en difficulté. Si les pollinisateurs ne savent plus quelles fleurs butiner, la flore sauvage et les cultures en pâtiront." Les animaux sont comme nous : un cerveau en surchauffe et c'est tout le système nerveux qui fonctionne mal, avec des répercussions potentielles sur la perception, la mémoire et l'apprentissage. "Dans les écoles sans climatisation, lorsque le thermomètre monte d'à peine 0,5°C sur une année scolaire, les résultats des élèves baissent de 1%. Alors, quand il monte de 5 degrés... Il en va de même dans la nature : "si les insectes oublient quelles fleurs ils pollinisent (chez les bourdons, il s'agit notamment des tomates et des myrtilles) ou bien comment rapporter du nectar à leur colonie, les insectes en pâtiront, mais aussi les cultures humaines", prévient la chercheuse Emily Baird. 

Dans le Parc naturel régional de la Brenne, 700 hectares, sur 1.000 impactés - ont brulé. "Les dangers sont multiples, même si on peine encore à les mesurer, alarme Laura Beau, responsable scientifique de la réserve naturelle de Chérine. La mortalité des bêtes augmente fortement, aussi bien dans les bois, dans les prairies, dans les haies. Nous avons vu des sangliers partir en courant face à la fumée. Les cistudes [tortues caractéristiques de la Brenne] sont encore en période de ponte : les œufs enterrés sous la surface ne sont pas protégés des flammes ni de la chaleur. Des étangs avec les roselières ont également brûlé, sauf que les oiseaux paludicoles s’y reproduisent, et que les plus jeunes n’ont pas encore appris à voler. Là je ne parle que du feu mais ces espèces souffrent déjà beaucoup. La biodiversité est impactée par le changement climatique, la réduction des habitats ou l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes. Donc nous sommes face à une catastrophe pour certaines espèces."
Le président du PNR déplore de voir "des paysages et des écosystèmes totalement détruits en quelques heures" et pose des questions : "Au-delà de la canicule, on doit se poser la bonne question sur l’enfrichement de la Brenne au détriment des paysages ouverts agricoles. Aujourd’hui, beaucoup de zones sont réservées à la chasse et s’enfrichent. Doit-on continuer à développer ces réserves de chasse qui favorisent des incendies de cette ampleur ?". 

N'en déplaise aux esprits simplistes, la climatisation ne résoudra pas tout et ne sera d'aucune aide à la nature. Après les mouches. S'il en reste.

(1) Marta Zaraska, "Les animaux déboussolés par les vagues de chaleur", The Knowable Magazine, 19.5.2026, in Courrier international, 2.7.2026.
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/reagissons-avant-qu-il-soit-trop-tard-alors-que-des-incendies-ravagent-la-brenne-le-president-du-parc-naturel-pointe-les-reserves-de-chasse-1783607387
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/saint-michel-en-brenne/nous-sommes-completement-demunis-le-desarroi-et-la-frustration-face-aux-feux-qui-menacent-la-biodiversite-en-brenne-1783616957

mardi 7 juillet 2026

Mollesse de l'urgence

La politique, un peu partout, est lamentable. La planète se réchauffe à une vitesse ahurissante, les êtres humains suffoquent, certains meurent, mais personne ne semble vouloir remettre fondamentalement en cause l'économie et la croissance, nos habitudes et notre confort, responsables de ce réchauffement désormais incontrôlable. La vie - humaine, animale, végétale - compte beaucoup moins que les cours de la bourse. La biodiversité s'appauvrit chaque jour. En France, 11.000 hectares ont déjà brûlé cette année et on ne parle que de moyens de lutte contre les incendies et adaptation au réchauffement. On cherche des moyens d'amoindrir les conséquences, pas de supprimer les causes.
Le dérèglement climatique contribuera à 700 000 morts prématurées dans le monde d'ici à 2030, prévoyait une étude publiée en mai 2022, citée par The Christian Science Monitor (1). Les morts devraient être plus nombreux encore : cette étude, qui date donc de quatre ans, n'imaginait sans doute une telle accélération de la catastrophe en cours. Catastrophe mondiale : "ce que vit la France est une réalité bien connue dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans le Sud global."

La France est en feu et les candidats à l'élection présidentielle se bousculent sans que, jusqu'à présent, aucun ne mette en priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique et donc la sauvegarde de l'humanité et de la biodiversité. Le Rassemblement national a longtemps critiqué et mis en doute les rapports du GIEC et ses appels à changer de logiciel. S'il reconnaît quelques maladresses, il affirme à présent - comment faire autrement sans se moquer du monde ? - que le réchauffement climatique est une réalité. Mais il a la solution : la climatisation. "La croisade de Marine Le Pen pour la climatisation est grossière et illogique, constate The Local (2). Elle s'empare d'un sujet sur lequel l'extrême droite fait preuve de confusion et de lâcheté, et elle le retourne contre la gauche et les élites."
Plutôt que de réaffirmer qu'ils ont vu clair depuis leurs débuts et qu'il n'y a maintenant plus d'autre alternative que de sortir de toute urgence des énergies fossiles, une partie des Verts ne trouvent rien d'autre à faire que des courbettes indécentes devant le lider maximo. Mélenchon sera candidat, donc il faut le soutenir, malgré toutes les casseroles que traîne le personnage, malgré le rejet qu'il suscite et l'intérêt peu évident que son mouvement gazeux porte à l'environnement. Tous derrière le pire de la gauche puisqu'il affirme qu'il est le meilleur. Il ne faut pas diviser la gauche, affirme Sandrine Rousseau qui de ce fait soutient le PDG de La France Insoumise qui a multiplié les invectives, les insultes et les phrases assassines à l'égard du reste de la gauche.
Evidemment, il n'y aura pas de sauveur, ni en France, ni ailleurs. C'est collectivement et au niveau international que doivent être prises des décisions radicales. Au niveau de l'Union européenne, de l'Union africaine, de l'ONU et de toutes ses instances.
"S'il y a des solutions immédiates à mettre en place, écrit encore The Christian Science Monitor, (en particulier pour permettre aux populations de se rafraîchir,  il y a surtout de grandes actions de longue haleine à lancer, comme la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles. Peut-être est-ce ainsi, au pied du mur (de chaleur), quand même les politiques les plus indifférents dégoulinent de sueur, que les pays trouvent l'élan pour agir ?". Jusqu'à présent, il semble que la canicule les rendent plus mous encore.

(1) Colette Davidson, "Dans la fournaise, ma semaine de doutes", The Christian Science Monitor, 24.6.2026, in Courrier international, 2.7.2026.
(2) Shania Mintchev, "Nous ne devons pas laisser la clim à la droite", Courrier international, 2.7.2026.

mardi 30 juin 2026

Encore un petit effort

Quelques (fausses) questions, en passant : 

On arrête quand cette fuite en avant assassine ? A peine sortis d'une canicule et avant de plonger dans une autre, on apprend que le Conseil d’Etat a validé, ce 29 juin, l’autorisation environnementale de l’A69 entre Toulouse et Castres, qui avait été contestée notamment par des écologistes (1). Les lobbies de la bagnole, de la politique populiste et de la finance l'emportent. Rien ne peut se mettre en travers de la voiture. Pas même la fin programmée de l'humanité. On imagine maintenant des voitures autonomes roulant sur des autoroutes traversant des paysages consumés dont a disparu l'humanité.. 
Greenpeace s'inquiète : "après la mobilisation historique contre la loi Duplomb l’année dernière, l’acétamipride revient aujourd’hui dans la loi d’urgence agricole, aux côtés du flupyradifurone, sous la forme de dérogations. Le vocabulaire change, mais la manœuvre reste la même : contourner la décision du Conseil constitutionnel et rouvrir la porte à des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, pourtant interdits ou strictement encadrés en France. Plutôt que d’aider réellement les agriculteurs et les agricultrices à sortir de leur dépendance aux pesticides, les responsables politiques préfèrent prolonger un modèle qui expose les paysan·nes, les riverain·es et la population à des substances dangereuses, tout en contaminant les sols, l’eau et la biodiversité."
De son côté, la FNSEA, qui s'est donné pour objectif suprême de soutenir un modèle ultra-productiviste, au mépris de la vie de ses adhérents et de la nature, continue à défendre des pratiques d'une autre âge et augmente son emprise sur la rédaction des lois qui régissent le monde agricole. En ce moment en particulier, dans le domaine de l'eau (2).

Y a-t-il encore une seule personne qui regarde la chaîne climatosceptique CNews qui a sombré dans le ridicule le plus total avec ses analyses de Café du Commerce sur le réchauffement climatique ?
Les pseudo journalistes de cette chaîne osent-ils encore mettre en doute ce dernier ?
Quel est l'intérêt de ses piliers de comptoir à nier, jour après jour, le réchauffement climatique ?
La disparition de cette chaîne (et de tant d'autres semblables à travers la planète) serait-elle bénéfique pour la planète ?

Mais qui donc savait et s'est tu ? Ici, là et un peu partout, on pare au plus pressé. Comme si cette canicule était inattendue et nous était tombée sur le dos sans prévenir. C'est sauve-qui-peut. Un chroniqueur économique de BFMTV reproche maintenant aux climatologues et autres experts sur le climat de ne pas avoir été "très convaincants" sur les risques liés au RC. Pauvre chroniqueur qui aimait tant croire que tout s'arrangerait. "Le changement climatique est probablement l’un des phénomènes les plus documentés par les scientifiques. A ce stade, l’ignorance est un choix", lui répond Sébastien Billard dans Le Nouvel Obs (4). Mais que ce chroniqueur économique se rassure : ce sera business as usual. Il s'agit juste d'adapter l'être humain au réchauffement climatique. Certainement pas de lutter contre les causes du RC. L'économie aux sévices de l'homme.

Pourra-t-on un jour faire condamner pour négationnisme tous les médias (y compris ces sites complotistes qui pullulent) qui ont contesté le RC et pour crimes contre l'humanité tous ces (ir)responsables politiques qui ont supprimé lois, règles et organismes qui avaient précisément pour but de lutter contre le RC ?
Les candidats à l'élection présidentielle de 2027 mettront-ils en priorité absolue la lutte contre le RC ? "Tous les candidats à la présidentielle de 2027 qui joueront la carte du fatalisme, minimiseront l’urgence de la situation contre l’avis des scientifiques, ou refuseront de faire de la résistance climatique une colonne vertébrale de leurs programmes devront apparaître pour ce qu’ils sont : les complices criminels d’une évidente défaite", écrit Grégoire Leménager dans Le Nouvel Obs (3).
Et les électeurs feront-ils leur choix en fonction de cette priorité ?

George Sand est morte en 1876. Il y a cent cinquante ans donc. Quelques années avant sa mort, elle écrivait ceci :
Si on n'y prend garde, l'arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement sans cataclysme nécessaire, par la faute de l'homme. N'en riez pas, ceux qui ont étudié la question n'y songent pas sans épouvante. Il est temps d'y songer, la nature s'en va.

Les bouffons de CNews, de BFMTV et tous les complotistes seraient bien inspirés de lire plutôt que de s'écouter.

(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/30/avec-la-loi-d-urgence-agricole-le-gouvernement-depasse-par-l-offensive-sur-l-eau-d-une-partie-du-monde-agricole_6717277_3244.html
(3) https://www.nouvelobs.com/ecologie/20260625.OBS116118/les-candidats-a-la-presidentielle-qui-minimiseront-l-urgence-climatique-seront-les-complices-criminels-d-une-desastreuse-defaite.html
(4) https://www.nouvelobs.com/medias/20260628.OBS116214/vous-n-avez-pas-ete-tres-convaincants-l-attaque-lunaire-d-un-chroniqueur-de-bfmtv-contre-un-climatologue.html


vendredi 26 juin 2026

Idées peu fraîches

Ayons confiance. Ça ira mieux demain. C'est-à-dire dans un an. Quand le gamin bling-bling qui n'a jamais travaillé ou la fille à papa qui n'est pas non plus une grande bosseuse sera à l'Elysée.
Il y aura toujours des canicules. De plus en plus nombreuses et de plus en plus chaudes. Mais ce ne sera pas grave parce que tous les bâtiments seront climatisés. C'est la solution du RN (1) : un grand plan de climatisation avec un système de prêt à taux à zéro (et une budgétisation des plus floues, mais on ne peut leur en vouloir :  leurs bureaux ne sont pas climatisés, ils ont du mal à se concentrer). La climatisation rendra la vie plus facile à 40°C. Peut-on espérer des rues climatisées, des champs climatisés, des chantiers, tous les espaces publics ? Et que fait-on pour diminuer cette courbe dangereuse des températures ?
Le RN n'a jamais aimé les scientifiques, nombre de ses élus ont longtemps critiqué ou moqué les rapports d'un GIEC qui perd son temps à faire peur aux braves gens et à les empêcher de vivre librement. Mais désormais il compte sur eux pour trouver des solutions. Sur eux, sur le génie français, sur l'immense capacité à la résilience des Français. Marine Le Pen et Jean-Philippe Tanguy. l'ont encore répété récemment. Des solutions, on en trouvera. D'ailleurs, c'est ce que le RN dit depuis toujours : on trouvera des solutions techniques. Dormez en paix, braves gens. Mais plus personne ne dort en paix.

Pour le reste, rien. Ou plutôt une politique à la Trump : casser les outils. "Aussi limité et nébuleux soit-il, écrit Le Monde, le « plan climatisation » – et le prêt à taux zéro dont il ferait partie – constitue l’unique effort consenti par le RN dans la lutte contre le réchauffement climatique. Bien plus précises sont les saignées promises en la matière, énumérées et chiffrées lors du contre-budget établi à l’automne 2025. Au menu, notamment : 10 milliards d’économies dans la rénovation énergétique avec la fin de MaPrimeRénov’ et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie ; marges de manœuvre des collectivités ratiboisée par la suppression du fonds vert (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat ; coupe d’un tiers des subventions des associations environnementales ; disparition d’opérateurs et d’agences de l’Etat comme les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité."

De plus en plus de départements manquent d'eau. Et nous ne sommes qu'en juin. Où trouvera-t-on de l'eau ? La climatisation, même si elle est désormais indispensable pour survivre dans de trop nombreux logements, va augmenter un peu plus encore les consommations d'eau. Le génie français sera-t-il capable de dessaler l'eau de mer à moindre coût ? De transformer en eau l'air chaud ou la terre ou le sable ? 

Il ne se passera rien pour lutter fermement contre le réchauffement climatique. Dès la fin de cette période-ci de canicule, on passera à autre chose. On attend d'un candidat de gauche qu'il prenne des positions courageuses, qu'il propose un programme radical et audacieux capable de bouleverser du tout au tout notre mode vie et pas avec des mesurettes qui se contentent de rendre la situation à peine moins insupportable. Mais la majorité des électeurs n'acceptera jamais que soient remis en question leur confort et leurs habitudes. Ont-ils des enfants, des petits-enfants, ces électeurs ?

"Je suis dans le constat d'un suicide, déclarait récemment (2) le jardinier et paysagiste Gilles Deleuze (c'était peu avant la période caniculaire actuelle), bizarrement non partagé par l'humanité, mais fabriqué, organisé par elle, sous la pression des lobbies. Du fric ou rien. Il faut faire de l'argent, donc on fait. Tant pis si on meurt à cause de ça. Et on le fait. Tout le monde le fait." Les dirigeants ne sont pas là, dit-il encore pour améliorer la vie, mais le pouvoir d'achat. 

Post-scriptum : l'analyse lucide et glaçante de Jean-Marc Jancovici :
https://www.youtube.com/watch?v=MoCpLYi2v60

(2) https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/gilles-clement-jardinier-pour-le-livre-un-jardin-pour-l-eternite-9952684

mardi 23 juin 2026

Peuple de sourds

En 1962, Rachel Carson publiait "Le Printemps silencieux", un livre considéré par certains comme fondateur de l’écologie moderne. Elle y dénonçait cette chimie des champs tueuse de vie, les pesticides et en particulier le DDT.
En 1972, était publié le rapport Meadows sur les limites à la croissance : il pointait les risques pour la planète et l'humanité liés à l’épuisement des ressources naturelles, à la pollution et à la surpopulation.
La même année, Pierre Fournier, qui depuis plusieurs années consacrait ses pages de Charlie Hebdo à la nécessité du combat écologiste, créait le mensuel La Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde.
En 1974, René Dumont, premier candidat écologiste à l'élection présidentielle française, faisait sensation : portant devant la caméra un verre d'eau à ses lèvres, il disait : « Nous allons bientôt manquer de l'eau, et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. » La grande majorité des spectateurs a ri.
En 1992, il y eut le Sommet de la Terre à Rio, puis celui de Kyoto, des sommets, des COP, des conférences, dont celle de Paris en 2015. Le climat devait être sauvé de toute urgence. Il allait l'être. C'était comme si c'était fait.
Sans être majoritaires, les partis verts commençaient à s'imposer dans l'opinion publique et à co-gérer de nombreux niveaux de pouvoir un peu partout.
Depuis trente ans, des scientifiques du monde entier regroupés dans le GIEC, groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, regroupe des scientifiques du monde entier tirent sans relâche la sonnette d'alarme. Dans le désert.
Puis les partis écologistes se sont effondrés un peu partout, parfois minés de l'intérieur par les ambitions personnelles ou par l'engagement dans trop de combats annexes, parfois rejetés comme des prophètes de mauvais augure.
En 2006, Yves Paccalet publiait " L'humanité disparaîtra, bon débarras !".

Et nous y voilà. Nous en sommes là. Les solutions sont sur la table depuis bien des années, mais elles ont glissé dans des tiroirs. L'écologie serait punitive. Alors que c'est le capitalisme et nos modes de vie consommateurs, dépensiers, pollueurs et gaspilleurs qui, destructeurs de vie, nous punissent chaque jour. Nous voilà la tête enfoncée dans le sable, refusant de voir et d'entendre, alors que le feu nous brûle les fesses. Nous, c'est-à-dire les gouvernements et les (ir)responables politiques, du communal à l'international, les lobbies, les entreprises, la majorité des citoyens. Nous ne voulons pas toucher à notre confort, changer nos habitudes, alors qu'elles changent à toute vitesse et que la vie est menacée partout.
Et pendant ce temps, de sinistres et stupides commentateurs, continuent à ânonner, depuis leurs studios climatisés, que le changement climatique est un bobard. Méprisant toutes celles et tous ceux qui vivent et travaillent dans des conditions de plus en plus infernales. 

Les gens qui font de la politique ne comprennent pas que la terre, l'eau et l'air ont une volonté à eux. Moi, je le comprends parce que je travaille avec les éléments tous les jours. Notre gagne-pain en dépend. S'il pleut, on arrête de travailler. S'il fait 38°C dehors, nos ouvriers souffrent. Quand le sol est gelé, on ne peut pas poser de canalisations. Si nous ne nous adaptons pas à l'environnement, notre société fait faillite. (Il promena son regard sur la vaste étendue d'eau que les cristaux de sel faisaient scintiller.) C'est sûr que ce lac a une volonté bien à lui, mais il se moque complètement de la nôtre.
John Henry Tempest, entrepreneur en travaux publics, in "Refuge", Terry Tempest Williams (éd. Gallmeister, 2022)
 

jeudi 10 juillet 2025

Et à la fin c'est la FNSEA qui gagne

Toujours plus en arrière, c'est désormais le slogan de la majorité politique en France. Le parti macroniste ne s'appelle plus En Marche, mais En Marche Arrière. Plus le réchauffement climatique s'impose et cause de dégâts, plus une majorité d'élus détricote les lois qui tentent de le limiter.
La biodiversité a Duplomb dans l'aile. Comme l'écrit ParlemenTerre (1), "le 8 juillet 2025, les députés ont adopté par 316 voix contre 223 et 25 abstentions la loi (dite Duplomb) visant à "simplifier les contraintes au métier d'agriculteur". Cette nouvelle loi de régression environnementale réautorise les insecticides "tueurs d'abeilles", allège les procédures d'agrandissement des fermes-usines et simplifie la création des méga-bassines. Cette loi ne répond aucunement aux contraintes pesant sur les paysans mais renforce la mainmise de l'agro-industrie tout en détruisant l'environnement." 
Le Monde constate (2) que "les mesures de « simplification » demandées de longue date par une partie du monde agricole – dont la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Jeunes Agriculteurs (JA), Coordination rurale – figurent dans ce texte" proposé par le sénateur Laurent Duplomb. Depuis longtemps, on se demande quelle est l'utilité, en France, d'avoir un ministre de l'agriculture. De toute façon, c'est la FNSEA - ce tout-puissant champion de l'agro-industrie, des engrais et des pesticides - qui fait la loi et même les lois.  

En octobre dernier, l'Ademe (l'Agence de la transition écologique) recensait 38% de climatosceptiques parmi les Français, une augmentation de 7 points par rapport à 2023 (3). Plus d'un tiers de la population française pense donc que soit le réchauffement climatique n'existe pas, soit il existe mais n'est pas dû à l'activité humaine. Une bonne manière de s'exonérer de toute responsabilité et de ne rien changer à nos habitudes. Sauf qu'il faudra prendre l'habitude de voir nos maisons de plus en plus menacées par des incendies et des inondations. On voit par là que le réchauffement climatique ramollit les cerveaux. L'extrême droite qui passe son temps et gaspille son énergie à nier le réchauffement climatique exige à présent un grand plan "climatisation", tout en s'opposant à tout plan climat. Un peu comme s'ils réclamaient plus de moyens pour soigner les cancers tout en refusant les politiques de prévention qui permettent de les éviter.  Le climat se porterait mieux sans les bêtises et les contrevérités que ces élus répandent à longueur de journée.

(1) https://parlementerre.fr/?vote=rouge&utm_source=brevo&utm_campaign=CA%20-%20Parlementerre%20NNI&utm_medium=email
(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/07/08/loi-duplomb-sur-l-agriculture-que-contient-le-texte-qui-doit-etre-vote-a-l-assemblee-nationale_6619911_3244.html
(3) Jean-Loup Adénor, "Climatosceptiques - Plus il fait chaud, plus ils sont cons", Charlie Hebdo, 9.7.2025.

mardi 1 juillet 2025

Let the sunshine

L'écologie emmerde les Français. C'est ce que clament la droite et l'extrême droite. Et quantité d'élus locaux dits sans étiquette. L'Europe suffoque. Et ce n'est qu'un début. Tous les climatologues l'affirment : on va vers bien pire encore. L'absence d'écologie emmerde les Français. Et pourtant, on attendra longtemps encore avant que les mesures indispensables soient prises. La résistance au changement et la négation du problème sont les plus fortes. Même si le changement climatique est bel et bien là et s'impose durement (et durablement), que nous le voulions ou non. Il faut avoir la tête très profondément enfoncée dans le sable pour ne pas le voir. Tant de citoyens n'entendent pas pour autant modifier leurs habitudes. Sans doute seraient-ils même prêts à descendre dans la rue si on limitait leurs déplacements. Par exemple, en interdisant la circulation de véhicules certains jours, en diminuant les vitesses sur les routes, en limitant drastiquement les voyages en avion, en sortant de notre dépendance au pétrole et au charbon, en empêchant que des produits fassent le tour de la planète, etc.

Les partis de droite et d'extrême droite vomissent l'écologie et ses applications.  Ils ont reculé sur les zones à faibles émissions (avec le soutien d'un parti qui se prétend de gauche, LFI), sur le principe de zéro artificialisation des sols, ils relancent le chantier de l'A69. L'un des leurs, un certain Duplomb (ça ne s'invente pas) veut réintroduire un pesticide interdit. "LR ont même fait passer, rappelle Le Monde (1) un amendement qui impose un moratoire sur les éoliennes et le photovoltaïque, une idée longtemps portée par l’extrême droite." Et tout cela au nom du bon sens.

Il y a cinquante ans, on a connu les dimanche sans voiture. Il s'agissait alors de ne pas gaspiller l'essence qui risquait de se faire rare. Il y a cinq ans, on a connu les confinements dus au Covid-19 avec un contrôle extrêmement strict des déplacements. Il s'agissait de protéger collectivement nos vies. Aujourd'hui, la canicule nous confine dans nos maisons et personne ne propose quoi que soit pour qu'une telle situation ne se reproduise plus. Au contraire.
On en revient au même débat qu'à la période covidienne : la liberté individuelle versus la liberté collective première : celle de vivre et de laisser vivre nos enfants et nos petits-enfants. L'écologie emmerde les Français ? Les opposants aux politiques écologiques méprisent les Français.

Post-scriptum : En Belgique, c'est le président du Mouvement réformateur, parti de droite, qui réclame à présent la réouverture des mines de charbon. La volonté de Georges-Donald Bouchez de provoquer quotidiennement le débat l'amène à dire tout et n'importe quoi. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/30/a-l-assemblee-la-progression-du-front-anti-transition-ecologique_6617006_3244.html

mardi 11 février 2025

Make America Ridiculous Again

Mais où Ubu trouve-t-Il le temps de dormir ? Il a tant de problèmes à régler. Voilà que Suffisant Ier vient de signer un décret pour abolir les pailles en papier et les remplacer par des pailles en plastique (1). Un décret indispensable. La tradition capitaliste doit primer. On sait qu'Il fait supprimer toutes les indicateurs qui témoignent du dérèglement climatique, de la dégradation de l'environnement et de la perte de biodiversité, qu'Il veut aussi faire démonter toutes les éoliennes et favoriser les énergies fossiles. Son ambition est sans limite. Il veut nous faire revenir aux golden sixties. 
Pour préserver la santé de cet envoyé de Dieu, on se permet de Lui avancer, en vrac, quelques idées - c'est autant de temps pendant lequel Il pourra se reposer - qu'Il pourra formaliser en décrets.
Il est urgent de supprimer les stations d'épuration (de toute façon, l'eau propre est appelée à être salie un jour), de mettre fin aux recherches sur le cancer (on  finit tous par mourir de quelque chose), d'interdire les ceintures de sécurité dans les voitures (chacun doit être à tout moment libre de ses mouvements et surtout de sortir son colt), de supprimer les casques pour les cyclistes et les motocyclistes (il faut savoir vivre dangereusement si on est un homme), d'interdire le tri des déchets (chacun les brûlera dans son jardin ou sur son balcon), de supprimer les forêts (elles sont responsables des incendies) et de les remplacer par des terrains de golf, d'imposer, pour ses propriétés ignifuges et isolantes, l'amiante dans les bâtiments, d'interdire les produits bio (ils manquent de viande rouge), d'obliger les cantines des écoles à servir un steak de 300 grammes à chaque enfant à chaque repas, de réserver l'usage du vélo au week-end, d'obliger les parents à inscrire leur enfant à un club de tir dès leur naissance. 
Certains s'inquiètent : le Donald aura-t-Il le temps de prendre toutes ces mesures ? Qu'ils se rassurent : Il est le Lucky Luke du décret. Il signe plus vite que son ombre. C'est le Tout-Puissant.

L'élévation moyenne du niveau des mers et des océans, selon le GIEC, a été de 21 cm entre 1900 et 2020 et le rythme ne cesse de s'accélérer. La cause : l'augmentation des températures qui entraîne la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. Et puis les mers et les océans se dilatent, du fait aussi de la hausse des températures, les molécules d'eau se séparent et prennent plus de place, donc l'eau gagne en volume et son niveau monte.
Le scénario intermédiaire du GIEC envisage un réchauffement de 2,7°C d'ici 2100 et prévoit une hausse de 71,8 cm en 2100 par rapport à 1900 (2). Un scénario qui implique le respect de l'Accord de Paris, conclu en 2015, et que Ubu vient de déchirer.
Parmi beaucoup d'autres villes et coins du monde, la Nouvelle-Orléans est et sera particulièrement touchée, comme l'ensemble du Golfe du Mexique (et son nouveau nom n'y changera rien - 3). Certaines zones côtières seront parfois submergées, d'autres englouties. Les petits Etats insulaires du Pacifique sud ne vont pas tarder à disparaître. De même qu'une majeure partie de la métropole de Shangai. Au Bangladesh, 22 millions de personnes se retrouveraient sous eau. De très nombreux pays asiatiques, l'Afrique de l'ouest, les Pays-Bas, le nord de la France et de la Belgique, et d'innombrables zones côtières sont appelées à disparaître sous les eaux.
Mais qu'importe, pourvu que Mar-a-Lago soit sauvé. Dieu sauvera le Nazareth américain.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/02/11/etats-unis-donald-trump-signe-un-decret-pour-revenir-aux-pailles-en-plastique_6541027_3244.html
(2) https://www.arte.tv/fr/videos/119961-011-A/le-dessous-des-cartes/
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/12/un-journaliste-refoule-de-la-maison-blanche-car-son-employeur-n-utilise-pas-le-terme-golfe-d-amerique_6542954_3210.html

lundi 24 juillet 2023

Fatigue

Je n'ai plus envie d'écrire. 
Des circonstances familiales, fin du mois dernier et début de celui-ci, ne m'en ont pas laissé le temps. Mais, depuis, je n'arrive pas à m'y remettre. 
Une immense lassitude, un grand découragement. Les incendies se propagent un peu partout du fait de la sècheresse provoquée par le réchauffement climatique. L'eau vient à manquer, les rivières sont à sec, la nature est en grande souffrance. Et l'homme aussi par ricochet. Il faudrait prendre des mesures radicales pour modifier du tout au tout nos modes de vie. Il faudrait. Mais personne n'en a envie. Ni les gouvernements, ni les citoyens. Notre confort ne peut être remis en question. Un confort étrange. Nous voilà écrasés par le soleil et nous prenons l'avion à la recherche d'un soleil plus brûlant encore. Qu'est-ce qui pousse tous ces touristes à aller prendre leurs vacances en Grèce d'où ils appellent au secours, cernés par des incendies ?
Récemment, on pouvait lire que les feux de forêt en Alberta n'empêchent pas les habitants de continuer à défendre bec et ongles l'exploitation pétrolière qui a fait la fortune de leur province et est génératrice d'emplois. 
Tous les gouvernements, tous les partis politiques devraient avoir pour priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique, mais ils se contentent de mesurettes, craignant de se mettre à dos leurs électeurs. On cherche en vain des responsables politiques.
Pendant ce temps, Poutine le barbare continue sa guerre sans issue, avec son lot de morts, de blessés, d'atrocités en tous genres, de destructions, de pollution.
Pendant ce temps, les nationalistes et les populistes s'imposent un peu partout. Des maires sont menacés de mort, des écoles détruites, des bibliothèques saccagées pour prétendument venger la mort d'un jeune. Les réseaux (a)sociaux deviennent des vecteurs de haine et de bêtise. Les complotistes pullulent, répandant sur Internet leurs navrantes analyses de comptoir (ou de clavier) qui méprisent la science ou la considèrent juste comme une opinion parmi d'autres. 
Pendant ce temps, les islamistes brûlent une ambassade parce que des pages d'un exemplaire d'un Coran ont été brûlées, sans s'indigner le moins du monde des violences extrêmes provoquées par les leurs.
Pendant ce temps, les  violences inter-ethniques se poursuivent un peu partout, les réfugiés sont rejetés à la mer, les pays construisent des murs pour mieux fermer leurs frontières. 
Le monde court à sa perte et chacun regarde son nombril, défend son intérêt, son confort, son mode de vie.
Combien de fois n'ai-je pas écrit sur tous ces sujets ? Mais à quoi sert-il d'écrire encore ?

Récemment, le jeune cinéaste québécois Xavier Dolan annonçait qu'il ne tournerait plus de films. "Je ne comprends pas à quoi ça sert de s'efforcer de raconter des histoires pendant que le monde s'écroule autour de nous. L'art est inutile, et se consacrer au cinéma, une perte de temps. (...) Je vais construire une maison où je me réfugierai avec mes amis, et je vais regarder le monde brûler." 
Xavier Dolan a la moitié de mon âge. Il a ou devrait avoir toute la vie devant lui, mais combien de temps l'humanité tiendra-t-elle encore ?
Je vais consacrer mon temps à soigner, autant que je le peux, mes arbres, mes oiseaux, mes insectes, mes hérissons. Et j'en publierai des photos sur mon autre blog, Aux Petits Plaisirs https://michelguilbert.blogspot.com/

(Peut-être reprendrais-je ce blog à l'automne. Peut-être avant, peut-être pas. En attendant, il y a deux hebdomadaires dans lesquels je me retrouve, dont je partage les points de vue : Charlie Hebdo et Franc-Tireur.)

J’entre en une humeur noire, en un chagrin profond, 
quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.
Molière, Le Misanthrope.

samedi 13 mai 2023

Des haies et des hommes

Dans la série "Ce monde marche sur la tête", parlons des haies. Voilà des années, des décennies sans doute, qu'on nous appelle à les respecter, qu'on nous vante leurs multiples qualités et que les pouvoirs publics réinvestissent pour soutenir leurs replantations. On serait donc amené à croire qu'il y en a de plus en plus. On se trompe totalement.
Depuis 1950, la France a éliminé 70 % de ses haies, soit 1,4 million de kilomètres de végétation détruite. Et la destruction se poursuit allègrement. L’arrachage de haies a beau être interdite par la PAC depuis 2015, selon un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), indique le Huffingtonpost (1), la France perd en moyenne, depuis 2017, 23.500 km de haies par an, deux fois plus que ce que l’on arrachait il y a dix ans.
Or la haie est un excellent moyen de lutter contre la sécheresse. « La haie permet de retenir l’eau et de la faire pénétrer dans les sols, jusqu’aux nappes phréatiques, plutôt que de la laisser ruisseler sur les terrains et provoquer de l’érosion », indique Luc Abbadie, écologue. Plantées perpendiculairement aux pentes, elles limitent à la fois les risques de crues et de sécheresse. Elles permettent aux troupeaux de s'abriter du vent, du soleil et de la pluie, elles favorisent la biodiversité, réduisent les extrêmes de températures et permettent de stocker du CO2. "Dans les vignes, les haies sont efficaces pour couper les vents caniculaires du sud, qui viennent brûler les feuillages des cultures », constate Sylvie Monier, agronome et directrice de la Mission haies Auvergne-Rhône-Alpes. Les arracher tient donc d'une rare bêtise. C'est pourtant ce que continuent à faire quantité d'agriculteurs parce qu'elles occupent de la place sur leurs terres et diminuent ainsi les rendements. L'élimination des haies a longtemps été vue comme un signe de modernité. Mais cette modernité-là est aujourd'hui totalement ringarde et inadaptée aux aléas climatiques que nous connaissons à présent.
En 2021, le gouvernement  français a lancé un programme de replantation de haies » et investi 50 millions d’euros pour aider les agriculteurs à planter 7.000 km de haies sur la période 2021-2022. Et chaque année, 23.500 km de haies disparaissent...

(1) https://www.huffingtonpost.fr/environnement/video/le-nombre-de-haies-degringole-en-france-et-c-est-un-mauvais-choix-face-au-changement-climatique_217180.html





samedi 6 mai 2023

Un monde fou

Vous plantez des arbres et des arbustes, tant et plus. Vous laissez pousser librement, un peu partout, herbes et fleurs sauvages. Vous respectez les haies. Vous laissez des tas de foin et de branchages pour qu'ils servent d'abris aux animaux. Et puis vous levez le nez. Et un découragement soudain vous tombe sur les épaules en voyant des dizaines de traces de passage d'avions. 
Vous vous souvenez de ce que vous avez entendu ces derniers jours. Air France a augmenté ses tarifs mais ses vols ne désemplissent pas, au contraire. Le nombre de vols de jets privés a explosé. Les voyageurs aériens sont toujours plus nombreux. Les agences touristiques et le commerce français réclament plus de vols au départ de la Chine : les touristes chinois sont de bons clients. 
Vous vous souvenez aussi avoir entendu que les stations de sports d'hiver ont fait le plein cet hiver et que les autoroutes sont saturées lors de tous les longs week-ends de ces semaines-ci.
Vous vous demandez qui sera tenu responsable de ce suicide collectif.



Et, parfois, vous vous dites qu'il vaudrait mieux ne regarder le ciel que la nuit.





lundi 1 mai 2023

L'ère du PVC

J'ai été critique ici (1) sur le projet d'autoroute A69 Castres - Toulouse. J'ai eu tort. J'entends l'argument de ses défenseurs : désenclaver Castres. Ils ont raison : en cas d'incendies (qui seront de plus en plus nombreux à cause du réchauffement climatique), les habitants de la région pourront fuir plus rapidement grâce à l'autoroute. Mais fuir vers où ? Pas vers les Pyrénées orientales qui ont oublié ce qu'est la pluie : plus une goutte d'eau depuis douze mois et des incendies dès le printemps. Pas vers l'Espagne qui connaît la canicule dès avril et dont les deux-tiers du territoire risquent, à court terme, de se transformer en désert.  
Et puis, il s'agit d'un gain de temps appréciable : vingt minutes sur 62 km, voilà qui permettra aux automobilistes de trouver du temps pour consommer autre chose que des kilomètres.

Ces projets d'autoroute sont totalement anachroniques, l'époque des grands projets routiers est finie. Leurs promoteurs ont beau nous annoncer (sans rire) des autoroutes quasiment écolos, ils restent coincés dans la culture des années '60 et dans le culte de la déesse bagnole.
Quatre cents hectares de terres agricoles, de forêts, de zones humides vont être artificialisés. La France interdira la moindre artificialisation des sols à partir de 2030, mais persiste d'ici là dans ces pratiques d'un autre âge, comme un fumeur qui se dépêcherait de finir son paquet de cigarettes avant d'arrêter de fumer.
Ce système destructeur du toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin n'est pas remis en question.
Il ya une semaine, neuf pays (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni et Norvège) annonçaient leur projet d'installer en Mer du Nord de gigantesques parcs éoliens d'une capacité de production d'au moins 300 gigawatts à l’horizon 2050. C'est qu'il faut produire "vert" mais toujours plus d'énergie pour "répondre à la demande" tant des producteurs que des consommateurs. Nos pays restent coincés dans l'ère du PVC : Produire-Vendre-Consommer.

Le Ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé sa volonté de dissoudre le mouvement Les Soulèvements de la Terre qui s'oppose à ce projet  d'autoroute A69 comme à d'autres types de projets destructeurs de biodiversité et générateurs de gaz à effet de serre. Casser le thermomètre n'a jamais fait tomber la fièvre.

"Dans les manuels d'histoire, on la nomme l'époque PVC, comme on dit l'antiquité ou la renaissance. En réalité, une époque particulièrement obscure, le monde et la planète ont mis des siècles à s'en remettre. C'était un temps où tout, absolument tout, des édifices au plus petit animal ou végétal avaient été élaborés en PVC. Qu'est-ce que le PVC ? Produire-Vendre-Consommer."

Patrick Henin-Miris, "Zadigacités", Cactus inébranlable éditions, 2021

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/02/une-question-de-temps.html
(Re)lire sur ce blog : "Machine arriérée", 4 avril 2023.

mardi 4 avril 2023

Machine arriérée

Le parti présidentiel en France s'appelait En Marche. Il s'appelle à présent Renaissance. Qu'est-ce qui est en marche, qu'est-ce qui renait, sinon le vieux système ? Celui-là même qui a détruit la planète et nous a envoyés dans le mur.
Le Ministre de l'Agriculture défend les pesticides. Selon Le Monde (1), il a demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments, de l’environnement et du travail (l'Anses) de revenir sur l’interdiction, décidée par celle-ci, d’un herbicide majeur, le S-métolachlore, responsable d’une pollution quasi généralisée des nappes phréatiques. Cet herbicide, très utilisé sur le maïs, le tournesol et le soja, pollue les eaux souterraines et l’eau de distribution. "En 2021, selon les chiffres officiels, près de 3,5 millions de Français ont reçu au robinet une eau non conforme aux critères de qualité alors en vigueur, pour cause de présence d’un métabolite de ce pesticide au-delà du seuil réglementaire de 0,1 microgramme par litre." Le S-métolachlore est classé cancérogène suspecté. 
De son côté, le Secrétaire d'Etat à la Mer est fier d'annoncer que, grâce à son intervention, la Commission européenne a renoncé à son plan : le chalutage de fond dans les aires marines protégées ne sera finalement pas interdit d’ici à 2030. "La mesure, explique Le Monde (2) visait à protéger poissons, coquillages et crustacés mais aussi des tortues et oiseaux marins menacés par l’usage d’engins de fond mobiles (chaluts, dragues, palangres, casiers…), dans des aires qui devraient couvrir jusqu’à 30 % des eaux européennes en 2030. Bruxelles dénonçait une pêche très gourmande en carburant et forte émettrice de CO2, qui, en raclant les fonds, détruit des écosystèmes constituant eux-mêmes des puits de carbone, fragilise les populations de poissons qui s’y abritent et s’y reproduisent, et favorise des prises accidentelles « disproportionnées » faute de sélectivité. La Commission demandait alors aux Etats membres de prévoir d’adopter des mesures pour « éliminer progressivement » cette pêche controversée." Mais les pêcheurs français n'en voulaient pas (au point de brûler quantité de pneus devant l'Office français de la biodiversité à Brest - tout un symbole !) et le gouvernement leur a donné raison.
Quant au président Macron, tout en nous invitant à économiser l'eau, il relance la filière nucléaire, grande consommatrice d'eau.
Quelques exemples parmi beaucoup (trop) d'autres. Avec Renaissance, c'est machine arrière et même arriérée. 

Ceux qui se battent pour des mesures de protection de l'environnement et de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique sont aujourd'hui taxés d'écoterroristes. 
Comment qualifier ceux qui font vivre  ce vieux système nuisible à la vie et participent activement à l'augmentation de ce réchauffement ? Agroterroristes ? Conservatoterroristes ? Capitaloterroristes ? Cynicoterroristes ?

"J'ai compris (...) que nous nous trouvions précisément au point tournant d'une époque. La preuve, on déployait maintenant l'énergie du désespoir pour salir la lutte écologiste, accusant les citoyens mobilisés d'encenser ces voyous, ces terroristes environnementaux."
Gabrielle Filteau-Chiba, "Bivouac", Stock, 2023.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/31/pesticides-la-volonte-du-ministre-de-l-agriculture-de-revenir-sur-l-interdiction-du-s-metolachlore-suscite-un-tolle_6167798_3244.html
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/04/03/chalutage-de-fond-les-pecheurs-francais-ont-gagne-a-bruxelles-la-technique-est-maintenue_6168040_3234.html