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vendredi 4 février 2022

Jeux de passe-passe

Début aujourd'hui des Jeux olympiques d'hiver à Pékin. A quoi va-t-on jouer ?

A faire semblant qu'il y a de la neige. Elle n'est qu'artificielle. Des centaines (trois cents, selon certains) de canons à neige utiliseront 185 millions de litres d'eau pour créer de la neige dans cette région connue pour son climat certes froid, mais archisec. Hors des pistes, écrit De Volkskrant, "on ne voit que rochers, gravier, et une multitude de (jeunes) sapins" (1). En outre, certaines pistes ont été construites dans une réserve naturelle. Mais il y a mieux encore : le Gouvernement chinois est soupçonné de jouer avec le climat. Pour se garantir un beau ciel bleu pour les retransmissions télévisées, il expérimenterait sa technologie de contrôle de la météo. Selon le Washington Post, "au cours de trois derniers mois, au moins 250 obus ont été tirés sur des nuages près de Zhangjiakou (une des villes hôtes des Jeux) tandis que douze avions d'ensemencement de nuages sont en alerte à l'aéroport de la région". Une scientifique indienne s'en inquiète : "on ne sait pas du tout quelles seront les répercussions sur les différents écosystèmes". (2)

On va jouer à faire semblant que tout se passe pour le mieux à Pékin et alentour. D'ailleurs, le Gouvernement chinois a clairement fait savoir que toute critique "sur l'esprit olympique, en particulier envers les lois et les règlements chinois" serait passible de poursuites pénales.  L'Union des athlètes allemands a recommandé à ses membres de ne pas exprimer leur opinion. (3) Tous les sportifs - en raison de la pandémie bien sûr ! - ne pourront avoir aucun contact avec la population chinoise. Au point qu'il est préventivement interdit à tout Chinois de venir en aide à un véhicule olympique qui serait en panne ou victime d'un accident. On voit par là que les Jeux rapprochent les peuples.

On va jouer à croire que les Jeux sont, comme l'affirme le Comité international olympique, "le seul évènement qui rapproche le monde entier dans une compétition pacifique" et que le milieu sportif est une grande bande de chouettes copains qui sont loin au-dessus des petits soucis que peut connaître la Chine. Par exemple, la menace d'invasion de Taïwan par la Chine, l'enfermement des Ouïgours dans des camps, l'absence de libertés individuelles et d'expression dans tout le pays, le recul de la démocratie à Hong Kong, etc. Quelques pays boycottent diplomatiquement ces Jeux, mais les sponsors, tels Coca-Cola, Airbnb et bien d'autres, jouent à croire que tout va bien et que le monde doit tourner comme avant, parce que les Jeux, c'est quand un même beau rendez-vous qu'il serait dommage de rater.

Pourquoi les instance sportives internationales ne sont-elles pas capables d'imposer comme conditions à l'accueil d'une compétition le respect des droits de l'homme et de l'environnement? Ces jeux se jouent de nous...


Post-scriptum:
https://www.huffingtonpost.fr/entry/neige-artificielle-jo-une-controverse-qui-sapprete-a-fondre_fr_61fd2f1ce4b0b69cfe8dff9a
https://www.blogger.com/blog/post/edit/8993495683617394128/6042329074632908318


(1) "Blanc comme neige, vraiment ?", De Volkskrant (Amsterdam), 21.1.2022, in Le Courrier international, 3.2.2022.
(2) "Extravagances environnementales",  Le Courrier international, 3.2.2022.
(3) Volker Kreisi, "Pékin, les jeux de trop", Süddeutsche Zeitung (Munich), 25.1.2022, in Le Courrier international, 3.2.2022.
Lire le dossier "Pékin, les jeux de l'absurde", Le Courrier international, 3.2.2022.

vendredi 7 juillet 2017

Gaspillage olympique

Paris est candidate à l'organisation des jeux olympiques de je ne sais quelle année. Seule en lice avec Los Angeles. Quel intérêt auraient ces deux villes à accueillir les Jeux? Pas à se faire connaître, c'est fait depuis longtemps. Alors? A faire vivre leurs hôtels et leurs commerces? Mais à quel prix? "Les cités ne se battent plus pour installer des équipements dispendieux qui serviront uniquement à bloquer la ville pendant quinze jours, puis moisiront au soleil pour les archéologues du futur. Reste un mystère: pourquoi s'acharne-t-on?", s'interroge Guillaume Erner (1). 
Dans quasiment toutes les villes olympiques, effectivement, les infrastructures sportives restent sous-utilisées ensuite; certaines ne servent même plus du tout. Les J.O. participent à la société du jetable, de l'inutile, de l'obsolescence programmée. Si le gaspillage était une discipline olympique, la ville organisatrice gagnerait la médaille d'or.
Une idée: revenir aux sources des Jeux et organiser tous les quatre ans les J.O. en Grèce. Les infrastructures auraient une réelle utilité et seraient rentabilisées dans le temps et l'économie grecque - qui en a bien besoin - en bénéficierait. Mais il est vrai que le sport n'est pas, n'est jamais affaire d'argent...

(1) "Plus personne ne veut des JO, sauf nous", Charlie Hebdo, 28 juin 2017.

vendredi 7 février 2014

Le (mé)fait du tsar

"L'important, c'est de participer", disait Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques contemporains. Les athlètes qui vont concourir à ceux de Sotchi vont participer au plus grand saccage écologique de ces dernières décennies, participer à la bêtise humaine, participer à la gloire du tsar Poutine.
La région de Sotchi n'est pas vraiment une terre de neige. On y annonce 10° aujourd'hui, 13 dimanche et jusqu'à 14 jeudi prochain. Mais la neige de fabrication russe doit bien valoir la neige naturelle. Et après tout, tout sent le faux dans ce triste délire.
Pour construire de toute pièce le village olympique et les infrastructures sportives et routières, il a fallu contraindre quelque peu les habitants et la nature.
Des centaines de familles ont été expulsées, chargées de faire de la place pour des routes, des restos, des hôtels ou des parcs, forcées de vivre dans de minuscules chambres d'hôtel. A jamais, peut-être (1). Des villages ont été remplacés par des monstres de béton. Mais coloré, le béton. 
Une autoroute, qui a coûté 8 milliards d'euros pour 45 km a été construite, sur 36 km, dans le lit d'une rivière. La rivière est priée d'avoir couler ailleurs. Elle a du mal à s'y faire. Les saumons ont perdu le nord. Des arbres ont été abattus par centaines pour ouvrir des pistes. 4000 hectares de forêt ont été supprimés (2). Les déchets de chantier ont été entassés dans la montagne, dégagent une odeur nauséabonde (3) et polluent les cours d'eau dont l'eau "a la couleur du Coca". Un militant écologique vient d'être condamné à trois ans de camp pour hooliganisme. Son crime: avoir publié un rapport environnemental accablant pour les autorités (2).
Les Jeux olympiques méprisent la vie. Ce grand spectacle sent l'égout. Mais qu'importe?, l'important, c'est de participer.

(1) Le Petit Journal, Canal +, 4 février 2014.
(2) émission "CO2 mon amour", France Inter 1er février 2014.
(3) Journal de 8h, France Inter, 6 février 2014.
lire aussi:
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-sport/2014/02/02/les-jo-sotchi-grand-nimporte-quoi-preuve-cinq-histoires-24952

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/399301/pas-encore-les-olympiques