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vendredi 31 janvier 2025

En finir avec la nature

Quel intérêt peut bien avoir la nature ? On se le demande. Il y a beaucoup trop d'organismes pour la préserver alors qu'elle n'est d'aucune utilité.  C'est ce que pensent visiblement la droite et l'extrême droite en France. Et même le centre. "Depuis plusieurs mois, écrit Le Monde (1), l’exécutif, que ce soit l’Elysée ou Matignon, a alimenté ou laissé prospérer une ambiance hostile aux opérateurs de l’Etat chargés de la protection de l’environnement et/ou de la santé."

En novembre, des agriculteurs manifestaient devant le siège de l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Ils réclamaient la dissolution de l’agence et avait même reçu le soutien de la ministre de l’agriculture du gouvernement Barnier. Elle est toujours en poste dans le gouvernement Bayrou. Et voilà qu'un sénateur LR a déposé, il y a quelques jours, une proposition de loi pour « Lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ».  
L’Ademe (l'Agence de la transition écologique) tremble aussi pour sa survie : "à l’Assemblée nationale et au Sénat, plusieurs ténors de la droite réclament carrément sa dissolution".
Le Premier ministre François Bayrou a, lui, accusé les agents de l’OFB (l'Office français de la biodiversité, soit la police de l’environnement), de commettre « une faute » en allant contrôler des fermes avec leur arme. Et ce alors que le secrétaire général de la Coordination rurale (syndicat agricole proche de l'extrême droite) a appelé ses adhérents à brûler les voitures de l’OFB qui entreraient sur leurs exploitations. Les exploitants seraient victimes de contrôles excessifs. Pourtant, constate Le Monde, "un rapport de l’inspection générale du ministère de l’agriculture, rendu public le 30 janvier par le média en ligne Contexte, estime que seuls 0,045 % des contrôles effectués par l’office depuis sa création en 2020 ont été conflictuels". Mais les campagnes de dénigrement se succèdent, alimentées par de fausses informations que des élus de droite et d'extrême droite se font un malin plaisir de diffuser. Les attaques sont massives contre tous les outils de préservation de l'environnement. Ainsi le veut la culture de l'ultralibéralisme dans laquelle nous baignons actuellement qui voit l'homme - et l'agriculteur en particulier - comme tout-puissant et échappant à tout contrôle.
En Sud Berry, le projet de création d'un parc naturel régional est combattu par un "Groupement des acteurs de la ruralité Indre et Cher". Ils ne veulent pas d'un tel organisme, estimant qu'il faut faire confiance au "bon sens paysan" (2). Ce bon sens qui a mené tant d’agriculteurs à arracher des haies et des arbres, à supprimer des fossés, à arroser leurs terres de pesticides, d'herbicides, de fongicides et d'engrais chimiques ? 

Aux Etats-Unis, l’industrie des énergies fossiles applaudit la nomination de Lee Zeldin à la tête de l'EPA (l'Agence américaine de protection de l’environnement). Ce dernier affirme que sa mission sera à la fois de « protéger l’environnement » et de « protéger l’économie » (3). Pas question pour lui de restreindre l’exploitation des ressources pétrolières. "Comme d’autres personnes choisies par le républicain (Trump), M. Zeldin a « une longue expérience de priorisation des intérêts de l’industrie et des pollueurs au détriment de notre santé et de l’environnement », a estimé, quant à lui, Brett Hartl du Center for Biological Diversity", cité par Le Monde.
Hier, on apprenait que le gouverneur de Californie invitait les habitants qui ont perdu leur maison dans les incendies à reconstruire au plus vite sans trop se soucier des contraintes environnementales. Elles brûleront, à leur tour, d'autant plus vite.

On voit par là que l'être humain est un pauvre imbécile, qui se complait dans la répétition ad nauseam de ses erreurs. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/31/ofb-anses-ademe-les-agences-environnementales-publiques-sous-le-feu-roulant-de-la-droite-et-du-gouvernement_6524553_3244.html
(2) courrier des lecteurs de L'Echo du Berry, 23.1.2025.
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/30/etats-unis-le-senat-valide-le-choix-de-donald-trump-pour-l-agence-americaine-de-protection-de-l-environnement_6522790_3244.html

mardi 14 février 2023

Une question de temps

Une nouvelle autoroute va être construite. Elle va relier Castres à Toulouse, soit une distance de 62 kilomètres. Elle permettra aux 7.000 automobilistes qui empruntent actuellement la nationale (que l'autoroute longera) de gagner une vingtaine de minutes. Et à la terre de perdre combien de siècles ?
Comment peut-on aujourd'hui construire encore le moindre kilomètre de route ou d'autoroute ?
Pour Cécile Argentin, présidente de France Nature Environnement Midi-Pyrénées, c'est "la sidération qui s'impose à la lecture de ce projet, certains n'ont-ils toujours pas compris que les temps ont changé ? Que les autoroutes ne sont plus une fin en soi, a fortiori pour déverser des hordes de véhicules vers la ZFE de Toulouse (zone de faible émission) qui fait tout pour ne plus en avoir dans son périmètre. 62 kilomètres de 2x2 voies n'est pas l'avenir d'un territoire, c'est au contraire le diviser irrémédiablement, émietter ses terres agricoles, en détruire ses atouts, ses continuités écologiques et sa richesse biologique". (1)
La transition écologique attendra que les bétonneurs aient fini leur grand œuvre.
Depuis plusieurs jours, la qualité de l'air est mauvaise à cause de ce temps beaucoup trop ensoleillé, trop sec et sans vent que nous connaissons. Les cartes météo sont au rouge. La vitesse sur autoroute est limitée à 110 km/h pour cause de pollution. La plupart des automobilistes s'en moquent. Ils n'ont pas de temps à perdre. 

Post-scriptum : Michel Sardou fait partie de ces automobilistes qui ont autre chose à faire que de se traîner sur les autoroutes. "Rouler à 130 sur autoroute franchement, ça m'emmerde. (...) Je me suis fait gauler à 166. J'étais en train de doubler un mec qui était à 110, faut pas charrier. (...) Quand on a une voiture comme la mienne, elle va beaucoup plus vite, j'ai une Porsche Carrera 911S, ça veut dire qu'elle fait des courses. C'est 600 chevaux." (2) On comprend mieux pourquoi " (il) fonce comme une bête /Sur le premier sens interdit / Aucun feu rouge ne (l)'arrête/ (Il se) sent bien dans (sa) folie/ (Il a) envie de violer des femmes / De les forcer à (l)'admirer /Envie de boire toutes leurs larmes/ Et de disparaître en fumée". (3)
Bonne idée, ça, disparaître en fumée.

(1) https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/tarn/castres/autoroute-a69-castres-toulouse-la-polemique-sur-l-enquete-publique-en-cours-continue-2680260.html
(2) BFMTV, 18.1.2023, cité par Charlie Hebdo, 25.1.2023.
(3) extrait de "Dans les villes de grande solitude".

vendredi 16 décembre 2022

Ces trucs écolos

C'est un festival dynamique et enthousiasmant consacré à la nature et à l'environnement, avec des rencontres, des débats avec des invités qui viennent parfois de loin, des films, des expositions, un salon du livre nature, des animations nature, un marché bio, des concerts, etc. Il s'intitule Chapitre Nature et existe - ou plutôt existait - depuis des années dans la petite ville du Blanc à la frontière entre Berry et Poitou. Mais la nouvelle majorité qui dirige la ville n'en veut plus et affirme qu'elle n'a pas besoin de ces trucs écolos.
Avons-nous besoin de trucs écolos ? Devons-nous nous empêcher de rouler vite dans des voitures polluantes, devons-nous produire et consommer bio, devons-nous cesser de nous chauffer au charbon ou au fuel, devons-nous refuser d'assister à de palpitants matchs de foot joués dans des stades climatisés ? Bref, devons-nous nous emmerder à changer de mode de vie, à nous poser des questions sur notre avenir et nos responsabilités par rapport à l'avenir de la planète et de l'humanité ? Non, bien sûr. Le maire du Blanc a raison : continuons, insouciants, la fête et après nous les mouches. 
A deux pas de là, à Lignac, où on ne peut pas discuter d'éoliennes, où on refuse de réfléchir à la transition écologique avec les citoyens et où on ne veut pas d'un label bio (même si 24% de la superficie agricole de la commune est exploitée en bio), on sait se mobiliser pour la fête du foot industriel. Trois panneaux à chaque coin de rue nous invitent à assister à la finale à la salle des fêtes. Du pain et des jeux. Nous n'avons pas quitté l'Antiquité. Tout va bien. On crèvera avec le sourire.

La commune d'Argenton-sur-Creuse, plus responsable - oserait-on dire plus intelligente ? - accueillera Chapitre Nature. Ouf !

vendredi 4 février 2022

Jeux de passe-passe

Début aujourd'hui des Jeux olympiques d'hiver à Pékin. A quoi va-t-on jouer ?

A faire semblant qu'il y a de la neige. Elle n'est qu'artificielle. Des centaines (trois cents, selon certains) de canons à neige utiliseront 185 millions de litres d'eau pour créer de la neige dans cette région connue pour son climat certes froid, mais archisec. Hors des pistes, écrit De Volkskrant, "on ne voit que rochers, gravier, et une multitude de (jeunes) sapins" (1). En outre, certaines pistes ont été construites dans une réserve naturelle. Mais il y a mieux encore : le Gouvernement chinois est soupçonné de jouer avec le climat. Pour se garantir un beau ciel bleu pour les retransmissions télévisées, il expérimenterait sa technologie de contrôle de la météo. Selon le Washington Post, "au cours de trois derniers mois, au moins 250 obus ont été tirés sur des nuages près de Zhangjiakou (une des villes hôtes des Jeux) tandis que douze avions d'ensemencement de nuages sont en alerte à l'aéroport de la région". Une scientifique indienne s'en inquiète : "on ne sait pas du tout quelles seront les répercussions sur les différents écosystèmes". (2)

On va jouer à faire semblant que tout se passe pour le mieux à Pékin et alentour. D'ailleurs, le Gouvernement chinois a clairement fait savoir que toute critique "sur l'esprit olympique, en particulier envers les lois et les règlements chinois" serait passible de poursuites pénales.  L'Union des athlètes allemands a recommandé à ses membres de ne pas exprimer leur opinion. (3) Tous les sportifs - en raison de la pandémie bien sûr ! - ne pourront avoir aucun contact avec la population chinoise. Au point qu'il est préventivement interdit à tout Chinois de venir en aide à un véhicule olympique qui serait en panne ou victime d'un accident. On voit par là que les Jeux rapprochent les peuples.

On va jouer à croire que les Jeux sont, comme l'affirme le Comité international olympique, "le seul évènement qui rapproche le monde entier dans une compétition pacifique" et que le milieu sportif est une grande bande de chouettes copains qui sont loin au-dessus des petits soucis que peut connaître la Chine. Par exemple, la menace d'invasion de Taïwan par la Chine, l'enfermement des Ouïgours dans des camps, l'absence de libertés individuelles et d'expression dans tout le pays, le recul de la démocratie à Hong Kong, etc. Quelques pays boycottent diplomatiquement ces Jeux, mais les sponsors, tels Coca-Cola, Airbnb et bien d'autres, jouent à croire que tout va bien et que le monde doit tourner comme avant, parce que les Jeux, c'est quand un même beau rendez-vous qu'il serait dommage de rater.

Pourquoi les instance sportives internationales ne sont-elles pas capables d'imposer comme conditions à l'accueil d'une compétition le respect des droits de l'homme et de l'environnement? Ces jeux se jouent de nous...


Post-scriptum:
https://www.huffingtonpost.fr/entry/neige-artificielle-jo-une-controverse-qui-sapprete-a-fondre_fr_61fd2f1ce4b0b69cfe8dff9a
https://www.blogger.com/blog/post/edit/8993495683617394128/6042329074632908318


(1) "Blanc comme neige, vraiment ?", De Volkskrant (Amsterdam), 21.1.2022, in Le Courrier international, 3.2.2022.
(2) "Extravagances environnementales",  Le Courrier international, 3.2.2022.
(3) Volker Kreisi, "Pékin, les jeux de trop", Süddeutsche Zeitung (Munich), 25.1.2022, in Le Courrier international, 3.2.2022.
Lire le dossier "Pékin, les jeux de l'absurde", Le Courrier international, 3.2.2022.

vendredi 12 novembre 2021

L'élégance du sanglier

Mais quelle surprise ! Que lui est-il arrivé ? Voilà que le patron des chasseurs français n'est qu'un chasseur. Il aimait présenter les chasseurs comme les premiers et les meilleurs des écologistes. "La chasse durable que nous pratiquons a une fonction dans une approche écologique moderne de nos territoires", écrit-il dans une luxueuse plaquette intitulée "La chasse, cœur de biodiversité". La Fédération nationale des chasseurs qu'il préside entend "agir encore et toujours pour la biodiversité", se vantant de "sauvegarder et exiger que les biocorridors soient respectés", de "ramasser annuellement des déchets dans la nature", d' "entretenir des passages à faune", de "suivre et étudier les espèces migratrices" ou encore de "réguler les espèces invasives exogènes". Et voilà que, sans crier gare, il nous dit: "j'en ai rien à foutre de réguler". Quelle déception ! On lui faisait tellement confiance à cet homme délicat. Invité, sur RMC, à réagir à des images montrant des daims parqués dans un enclos pour y être tranquillement tirés, Willy Schraen a affirmé qu'il n'a pas à jouer “les petites mains de la régulation” de la biodiversité. “Moi mon métier c’est pas chasseur, j’en ai rien à fout' de réguler”, a-t-il déclaré. Son truc, c'est “du plaisir dans l’acte de chasse”. 
Voilà donc que les chasseurs prennent plaisir à chasser. Qui s'attendait à une déclaration aussi bouleversante ? "T'as rien compris à la chasse ! J'vais t'expliquer ce que t'as pas compris. Toi, tu penses qu'on est là pour réguler ?, demande-t-il à son interlocutrice (1). Mais t'as pas compris ?  T'as pas compris que nous c'est une passion ? T'as pas compris qu'on prend du plaisir dans l'acte d'chasse. T'as compris ça ? Tu crois qu'on va dev'nir, nous, les p'tites mains de la régulation ? Moi, mon métier, c'est pas chasser. J'en ai rien à fout' de réguler ! Je vais à la chasse parce que c'est une transition extraordinaire dans ma passion et j'y prends du plaisir." Bientôt, il nous dira qu'il n'en a "rien à fout'" des accidents de chasse - dont certains mortels - qui se sont multipliés depuis le début, récent, de la saison.

Sur la couverture de la plaquette de la Fédération nationale des Chasseurs, on découvre qu'il s'agit d'une "association agréée au titre de la protection de l'environnement" dont elle n'a rien à fout'.  Y est reproduite cette phrase de Rudyard Kipling: "N'admettez rien a priori si vous le pouvez le vérifier". Je l'avoue : je n'avais pas admis que les chasseurs étaient les rois des écolos. Ce brave Willy, qui tutoie si sympathiquement ses détracteurs, vient de m'aider à le vérifier.

(Re)lire sur ce blog: "Chasse punitive", 25.9.2021; "L'âge de chasse", 22.9.2019; "La saison des Tartarin", 13.9.2018; "La fable du loup et du rap", 17.2.2015.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/chasse-willy-schraen-nen-a-rien-a-foutre-de-reguler-avec-la-chasse-et-provoque-un-tolle_fr_618bebfee4b06de3eb7e05cf

dimanche 12 avril 2020

Ce vieux monde sourd, aveugle et cupide

La 5G est et sera une horreur pour l'environnement et pour l'humanité (1). Nous manque-t-elle? Evidemment non. Nous vivons très bien sans elle. Et cette période de confinement nous amène à prendre une distance par rapport à cette folie consommatoire dans laquelle nous viv(i)ons. Il est tant de choses qui nous apparaissent aujourd'hui ridicules, totalement dispensables. Dont nous n'avons pas du tout besoin. Alors, cette 5G qu'on veut nous imposer comme le summum du progrès et qui apparaît comme une gigantesque infection néfaste à la nature et à l'humanité, cette 5G, enterrons-la à jamais.

En Belgique, l'IBPT (l'Institut belge des services postaux et des télécommunications) organise une consultation populaire sur l'octroi des permis aux entreprises de télécommunication. Elle sera clôturée le 21 avril. Le collectif Stop 5G, qui regroupe une dizaine d'associations, appelle à utiliser cette consultation pour s'opposer à toute force à ce qui apparaît désormais comme un projet du vieux monde qui nous a mené dans la situation que nous connaissons aujourd'hui.
http://stop5g.be/fr/htm/IBPT-consultation-publique-21avril2020.htm

Post-scriptum:
Une pétition contre la 5G qui avait recueilli 105.000 signatures en Belgique a été effacée d'autorité par change.org sous le prétexte qu'elle enfreindrait "le règlement de la communauté". Vive la démocratie!
https://www.cw-environnement.be/2020/04/11/la-petition-pas-de-5g-belgique-censuree-alors-quelle-avait-recueilli-105-000-signatures/?fbclid=IwAR3ApewIxFQmL7POc23Pre1rS_LhIrFasTK9L_pIGaAL1BanmfjC65JwCyE
Post-scriptum bis. Une bonne nouvelle: la Commune d'Ottignies - Louvain-la-Neuve a stoppé le déploiement de la 5G sur son territoire.
https://www.lalibre.be/economie/digital/la-ville-d-ottignies-louvain-la-neuve-annonce-que-le-deploiement-de-la-5g-est-stoppe-sur-son-territoire-5e95cfbc7b50a63c37ad0ec4

(1) (Re)lire sur ce blog "Restons stupides (et arriérés)", 29.12.2020.
http://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/12/restons-stupides-et-arrieres.html


vendredi 24 janvier 2020

Ceux qui m'aiment prendront le train

C'est la fête dans la région de Châteauroux: on annonce de nouveaux vols charters au départ de l'aéroport Marcel-Dassault de Déols, vers la Laponie, la Jordanie, l'Albanie, la Croatie, la Bulgarie et l'Autriche. Les vols vers la Laponie fin février sont déjà complets. Il paraît que c'est une bonne nouvelle pour la région. Dépêchons-nous d'aller visiter ces splendides pays avant que le réchauffement climatique ne les ait rendus invivables.
Le président de l'aéroport espère surtout rétablir des vols réguliers avec Nice et Londres. Ils ont  été supprimés voici quelques années, "frustrant ceux qui rêvaient d'ailleurs", écrit Bertrand Slézak en édito dans La Nouvelle République - Indre (1). Le grand titre en une de ce quotidien est d'ailleurs:  "Du rêve au départ de Châteauroux". Peut-on suggérer à ceux qui rêvent d'ailleurs de prendre le train? Et aux journalistes de prendre un peu de recul et de s'interroger sur les conséquences pour la planète de ces pratiques d'un autre âge?
La semaine dernière, le Courrier international publiait "Les destinations préférées du New York Times"? Parmi celles-ci, "Rurrenabaque, un joyau écolo à découvrir en Bolivie".  On trouve là, nous dit-on, des espaces luxuriants d'une beauté stupéfiante" et "un des plus beaux exemples de biodiversité de la planète". La Bolivie a reçu le prix de la meilleure destination verte des World Travel Awards. "Profitez-en dès à présent, avant que d'autres touristes n'y affluent", nous conseille le New York Times. La destination est peut-être verte, mais le moyen de transport pour y arriver est vraisemblablement noir et l'afflux de touristes aura inévitablement des conséquences catastrophiques sur la zone. Mais, qu'importe?, pourvu qu'on rêve.
Les rêves de certains risquent fort de générer les cauchemars de tous.


(1)  "Rêve d'ailleurs" et "Onze destinations au départ de l'aéroport", La Nouvelle République Indre, 23.1.2020.


lundi 20 janvier 2020

La surdité du vieux monde

Le vieux monde est sourd et aveugle. Il entend poursuivre sa route sans voir les conséquences catastrophiques de son action. L'argent n'a pas de prix et l'emploi justifie tout. On continue donc à voir surgir des projets dignes des années '60, dévoreurs d'espace et de nature, consommateurs d'eau et d'énergie et générateurs de trafic routier. De beaux projet joyeusement insouciants. Et totalement inconscients.
A La Ferté Saint-Cyr, en Sologne, un vieux projet de luxueux village de vacances refait surface. Recalé en 2014 par le tribunal administratif, il a été revu et corrigé et bénéficie du soutien de nombreux élus locaux. Mais pas de nombreux habitants de la région ni du Conseil régional Centre - Val de Loire. Baptisé Chambord Country Club, il prévoit la construction de 565 maisons, un terrain de golf, une piscine, un centre équestre, des terrains de tennis, etc. Et tout cela en zone Natura 2000. "Toute la Sologne ou presque est en Natura 2000, est-ce que cela veut dire qu'on ne peut plus construire?", s'escaffle le porteur du projet (1). On s'escaffle avec lui, mais de lui. De ces propos d'un autre temps. "C'est le vieux monde, cette idée qu'en plein cœur de la Sologne, déjà mitée par de très nombreux projets, on puisse encore prendre sur des espaces de réserves naturelles pour des loisirs", affirme Charles Fournier, vice-président du Conseil régional et président du groupe écologiste.
En décembre, le Conseil régional a adopté un vœu pour s'opposer au projet, constatant également que le secteur compte déjà quatre golfs, des Center Parcs et le zoo de Beauval.
Oui, mais il faut rendre le territoire encore plus attractif, estime le président de la Communauté de communes. Qu'est-ce qui rend un territoire attractif? Son artificialisation ou son respect de l'environnement? Les promoteurs, la main sur le cœur - là où se cache le portefeuille - sont convaincus que sans leur intervention un territoire, un paysage n'a aucun d'intérêt.
L'enquête publique débutera dans les semaines à venir.

(1)  France Inter, Journal de 8h, 20.1.2020.
https://www.franceinter.fr/polemique-autour-d-un-projet-touristique-luxueux-pres-de-chambord
(Re)lire sur ce blog
"Yaourt Nature", 6.7.2015;
"Tant d'émotions si naturelles", 27.10.2014.

jeudi 3 octobre 2019

Pesticides à domicile

Ainsi donc (1), le Gouvernement français nous interroge: faut-il interdire l'épandage de pesticides à 5 mètres ou 10 mètres des habitations? 
En Mayenne, une habitante témoigne (2). Plusieurs de ses animaux domestiques sont morts, les uns après les autres. En 2013, sa fille, alors très jeune, est tombée malade, souffrant de douleurs violentes qui l'empêchaient d'aller à l'école. Les médecins ont diagnostiqué une polyarthrite infantile. Sa mère a, ensuite, développé une tumeur qui s'est développée à une vitesse très rapide et fut suivie d'une deuxième tumeur. Selon les médecins, elles pourraient avoir été provoquées par un problème environnemental. 
Or des pesticides sont régulièrement épandus sur des céréales à 8 mètres de l'habitation familiale et lors de fortes pluies les terres des champs sont lessivées et finissent leur course dans la cour de la maison. A partir d'analyses, on a retrouvé 15 pesticides différents dans les cheveux de la mère et de sa fille.
Le maire, agriculteur retraité, s'en lave les mains. L'agricultrice responsable des épandages refuse tout interview et commentaire. La firme qui a les effectués affirme avoir respecté la loi.
On voit par là qu'il y a urgence à changer la loi. Radicalement.

(1) (Re)lire sur ce blog "Les pesticides à la porte", 10.9.2019.
(2) France 3, Journal, 2.10.2019, 19h30.

Sur le même thème, sur ce blog:
"Soutenir Daniel Cueff", 18.8.2019;
"Le cynisme a un nom", 22.7.2019;
"Histoires romantiques", 13.6. 2019;
"Nouveau coup de David à Goliath", 12.4.2019;
"Du caractère citoyen du coquelicot", 10.11.2018;
"Un ministre analphabète", 24.10.2018;
"La peste soit des pesticides", 7.10.2018;
"Nous voulons des coquelicots", 15.9.2018.

vendredi 8 février 2019

Jeunes pousses et vieux délires

La Ministre flamande de l'Environnement vient de démissionner. Joke Schauvliege avait affirmé que les jeunes Belges qui ont pris l'habitude de manifester chaque jeudi pour l'amélioration du climat et donc pour la préservation de leur avenir sont manipulés. "Je sais qui se cache derrière ce mouvement, tant pour les manifestations dominicales que pour les marches des jeunes pour le climat. On me l'a aussi dit à la Sûreté de l'Etat. Je peux vous garantir qu'il y a plus, derrière tout cela, que des actions spontanées de solidarité pour le climat." (1) Bref, une belle déclaration dans l'air du temps, complotiste et  mensongère, digne d'un Ubu Trump. Déclaration d'ailleurs très vite démentie par le patron des services de renseignement qui affirme ne pas faire suivre les manifestants pour le climat. Elle a donc démissionné: "je n'ai pas voulu travestir la vérité, mais je suis allée trop loin", s'est-elle excusée tout en maintenant, si on la comprend bien, qu'il y a une part de vérité dans ses délires.
C'est cette même curieuse ministre de l'Environnement qui avait auparavant affirmé que "un arbre a toujours eu pour vocation d'être coupé". (2) Sans doute dans sa même logique, un chevreuil ou un faisan ne vit-il que pour être mangé, un terrain vague n'existe-t-il que pour être recouvert de béton ou des terres agricoles ne peuvent-elles qu'être transformées en zone industrielle ou commerciale.
Les populistes veulent en finir avec l'élite qui occupe le pouvoir. Comment savoir ce qu'est l'élite? Et quels sont les critères qui amènent à en faire partie? Joke Schauvliege y appartient-elle ? Si c'est le cas, il faut en effet se débarrasser de cette élite pour la remplacer par des gens intelligents. Juste intelligents, qu'ils appartiennent ou non à l'élite.
Dans un peu plus d'un mois (le 16 mars, nous indique Wikipedia), ce sera l'anniversaire de l'ex-ministre flamande de l'Environnement. Si quelqu'un veut lui faire un cadeau utile, il pourrait lui offrir "La vie secrète des arbres" de Peter Wohlleben. (3) Elle pourra y découvrir un monde qu'elle ignore, fait d'échanges, de liens, de ce qu'on pourrait même appeler solidarité. 
Elle comprendrait alors que les arbres sont comme les jeunes humains: ils ont envie de vivre.

Les jeunes invitent à une grève générale pour le climat le 15 mars et à signer leur pétition:
http://globalclimatestrikeforfutur.wesign.it/fr

(1) https://www.lalibre.be/actu/politique-belge/sous-le-feu-des-critiques-la-ministre-schauvliege-demissionne-5c59ab179978e2710e1256f0
(2) https://www.levif.be/actualite/belgique/marquee-par-de-lourdes-controverses-qui-est-joke-schauvliege/article-normal-1088499.html
(3) version française aux éditions Les Arènes, 2017.

jeudi 27 décembre 2018

En marche

Quatre-vingt-cinq milliards de dollars. C'est ce qu'a coûté, selon certaines ONG, le réchauffement climatique en cette année 2018 (1). Mais uniquement si l'on prend en compte les dégâts causés par les dix catastrophes climatiques majeures qu'a connues cette année. Si on devait prendre en compte l'impact du réchauffement sur la santé, sur les pertes de biodiversité, sur les déficits en eau, etc., on arriverait à une somme autrement plus importante.

Pendant ce temps, que fait l'automobiliste? Il se plaint. C'est une caractéristique majeure de l'automobiliste: n'être jamais content, geindre qu'il est "la vache à lait de l'Etat". En cette fin d'année, le prix du carburant n'a jamais été aussi bas depuis un an, mais l'automobiliste - qui en France peut  aujourd'hui rouler à la vitesse qui lui plaît puisque ces braves Gilets jaunes ont fièrement niqué quasiment tous les radars - pleurniche encore. Du moins celui d'Ile-de-France. C'est que la Région vient de lever une taxe sur les parkings pour financer les transports en commun (2). Trop, c'est trop, dit l'automobiliste. Il affirme qu'il n'a pas le choix: je suis obligé de prendre ma voiture, entend-on dire chez les opposants à une hausse des taxes sur les carburants.
Une étude de l'INSEE de 2015 (3) indique que pour un déplacement domicile - travail de moins d'un kilomètre seuls 4% des Français prennent leur vélo, tandis que 27% seulement le font à pied (en ce compris les utilisateurs de rollers ou de trottinette, électrique ou non). Les autres, 69%, utilisent leur voiture, un deux-roues motorisé ou les transports en commun. Pour un déplacement de moins de 4 kilomètres, la proportion de marcheurs tombe à 8%. 
Certains de mes étudiants s'étaient plaints du manque de parking à proximité de l'école. Derrière la notion de proximité, il fallait comprendre qu'ils voulaient se garer dans la rue même et sans charge de stationnement. Ces jeunes adultes avaient beaucoup de mal à envisager de marcher dix minutes de leur voiture jusqu'à l'école. J'avais appris à cette occasion que l'un de ces automobilistes en manque de parking proche habitait à 600 mètres à vol d'oiseau de l'école. 
Rappelons qu'en moyenne un quart d'heure suffit pour effectuer un kilomètre à pied, que le marcheur ne se trouvera pas coincé dans des embouteillages et n'a aucun parking à chercher. Rappelons aussi que la marche quotidienne ne pollue pas et que, tout comme la pratique du vélo, elle favorise la circulation sanguine, le fonctionnement des articulations, la respiration et apporte quantité d'autres avantages pour la santé. Rappelons enfin qu'il suffit de mettre un pas devant l'autre. 

La Conférence internationale pour le climat, la COP24, s'est terminée tristement à Katowice le 15 décembre dernier. Les engagements pris par les différents pays ne permettront pas de rester en-deçà d'une augmentation de 1,5°C. Au contraire, ils nous mènent vers une augmentation de plus 3°C. Avec toutes les catastrophes qui en découleront. "Quelques dirigeants, par une attitude parfois proche du sabotage, poussent l'humanité vers l'abîme", déclarait alors Noé Lecocq, représentant d'Inter-Environnement Wallonie (4). L'ex-président des Maldives, lui, voit son pays submergé par la mer et annonce qu'il se rebellera contre ces négociations. Mais quel poids pèse-t-il contre les lobbies industriels et les élus qui ne voient que leurs revenus immédiats et le renouvellement de leur mandat? Quel poids pèse-t-il face aux automobilistes qui entendent prendre leur voiture quand bon leur semble, rouler à la vitesse qui leur plaît et laisser tourner leur moteur pour discuter avec une connaissance (le tout parfois avec leur gilet jaune bien en évidence sur leur tableau de bord)? La baisse des prix des carburants est présentée dans toute la presse comme une bonne nouvelle. Même si elle annonce plus de catastrophes encore pour l'humanité.

L'Allemagne envisage, parmi d'autres, une mesure: limiter la circulation à 120 km/h sur ses autoroutes. Sur les deux tiers de son réseau, on peut actuellement y circuler sans limite. Une limitation à 120 km/h permettrait d'épargner trois millions de tonnes de CO2 par an et diminuerait de 25% les risques d'accidents graves. Mais limiter les vitesses sur les autoroutes allemandes semble aussi impossible que contrôler la possession individuelle d'armes aux Etats-Unis. La vitesse y est culturelle. Même les syndicats s'opposent à cette mesure qui "pourrait égratigner l'image de l'automobile allemande et menacer les emplois". La Ministre de l'Environnement (sociale-démocrate)  estime, elle, que "la limitation de la vitesse sur les autoroutes est hors sujet", le débat "appartenant au passé".

On voit par là que sans débat et surtout sans mesure forte, l'avenir appartiendra bientôt au passé.

(1) France Inter, Journal, 27.12.2018, 13h.
(2) Mais à quoi joue donc France Inter en ouvrant son Journal de 13h de ce jour par ce sujet, le présentateur (le par ailleurs sympathque Bruno Duvic) semblant prendre un malin plaisir à jeter de l'huile sur le feu en parlant d'une nouvelle taxe qui aurait été adoptée discrètement?
(3) Gérard Biard, "Un monde de hamsters", Charlie Hebdo, 14.11.2018.
(4) Gilles Toussaint, "A Katowice, le minimum du minimum climatique", La Libre Belgique, 17.12.2018.
(5) Christophe Bourdoiseau, "Du plomb dans l'aile du 250 km/h", La Libre Belgique, 22.12.2018.

samedi 15 septembre 2018

Nous voulons des coquelicots

Qu'on en veuille ou non, ils sont partout, les pesticides: dans l'air, dans le sol, dans l'eau, dans nos cheveux, dans nos organismes. Sûrement aussi dans les légumes bio que nous mangeons.
Quinze membres de l'équipe de Charlie Hebdo ont accepté de faire analyser quelques-uns de leurs cheveux. Et le résultat est des plus inquiétants: on y retrouve, selon les personnes, entre 34 et 50 pesticides distincts, sur les 150 recherchés. La moyenne est de 40. Certains proviennent même du DDT pourtant interdit depuis 1972. Les concentrations varient de 27 pg/mg à 1572. 
"Ces pesticides, explique le journaliste Fabrice Nicolino (1), à l'origine de l'étude et de l'action qui en suit, sont d'origines diverses: agricole pour beaucoup, mais aussi employés en médecine vétérinaire (fipronil) ou dans des bombes insecticides ménagères (perméthrine). (...) Parmi les molécules retrouvées au moins une fois, plus de 30 sont suspectées d'être cancérogènes, et plus de 40 d'être des perturbateurs endocriniens."
Les autorités de contrôle se veulent rassurantes: un pesticide ne doit pas dépasser dans l'eau la norme de 0,1 microgramme/litre. "Mais, fait remarquer Fabrice Nicolino, personne - personne - ne prend en compte les effets combinés des pesticides entre eux. Or la combinaison, l'explosion, la rencontre, l'affinité sont au cœur de la grande aventure de la chimie." Interrogé sur les risques de ces cocktails, un responsable de l'Anses, agence publique délivrant les autorisations de mise sur le marché des pesticides, reconnaît qu'on n'en sait strictement rien: "on en saura peut-être plus dans une ou deux générations". On ne peut même plus dire: "après nous les mouches". Les insectes sont décimés.
Et chaque jour, des agriculteurs, des ouvriers d'usines de fabrication de pesticides tombent malades, certains en meurent. Et ils ne sont pas les seuls. "Le vrai coût des pesticides, écrit Jacques Littauer, outre les atteintes parfois irréversibles à l'environnement, ce sont les maladies provoquées: Parkinson, cancer de la prostate, mais aussi plus généralement le développement de l'enfant durant la période prénatale ainsi que la petite enfance, rien que ça." Ce qui fait que ce secteur, le troisième secteur industriel en France - dont la consommation explose - a un rendement économique négatif: les pesticides coûtent plus cher qu'ils ne rapportent. "On arrive donc, constate Littauer, à ce résultat renversant: on utilise au nom des rendements accrus, de l'efficacité, des produits qui nous tuent et qui, au final, se révèlent inefficaces."

Pour tenter de sortir de cette spirale effrayante (+ 12% de consommation en deux ans en France malgré le plan Ecophyto), Fabrice Nicolino et une série de militants lancent un mouvement, "Nous voulons des coquelicots" (https://nousvoulonsdescoquelicots.org), qui s'appuie sur un appel à signer et sur des rendez-vous réguliers. "L'objectif, cinglé, est de réunir au moins 5 millions de soutiens en deux ans d'une mobilisation intense."

NOUS VOULONS DES COQUELICOTS

Appel des 100 pour l’interdiction de tous les pesticides*

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers.
Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection. 
Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France. Assez de discours, des actes.
*de synthèse

Le premier vendredi de chaque mois, durant deux ans, les signataires de l'appel se réuniront sur la place de leur ville ou de leur village, arborant un coquelicot à leur boutonnière en tentant de rallier autour d'eux de plus en plus de citoyens et en organisant des actions et des évènements "façon téléthon antipesticides". 
Premier rendez-vous: vendredi 5 octobre à 18h30. A chacun d'inviter voisins, amis, famille, connaissances, passants... Parce que nous ne voulons pas crever la gueule ouverte.

Rendez-nous la lumière
Rendez-nous la beauté
Le monde était si beau 
Et nous l'avons gâché
Dominique A

(1) Charlie Hebdo, 12.9.2018
http://fabrice-nicolino.com

A lire: le numéro de Charlie Hebdo de cette semaine, spécial pesticides - n° 1364, 12.9.2018
et l'interview de Fabrice Nicolino dans Télérama: https://www.telerama.fr/monde/nous-voulons-des-coquelicots-contre-les-pesticides,-fabrice-nicolino-lance-une-mobilisation,n5807287.php
A écouter: l'émission de France Inter "Affaires sensibles" du 13.9.2018 sur le combat d'un agriculteur contre les pesticides: https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles

jeudi 13 septembre 2018

La saison des Tartarin

Face à cet été caniculaire qui n'en finit pas, au manque de pluie, aux incendies, aux typhons, à la montée du niveau des mers, à la perte de biodiversité, tout le monde est d'accord: nous devons modifier radicalement notre mode de vie et nos productions. Tout le monde sauf les pays pétroliers et les raffineurs, sauf les fabricants de véhicules à moteur et ceux qui les conduisent, sauf les agriculteurs, sauf les fabricants de béton, de plastique et de pesticides, sauf les compagnies d'aviation et les touristes. 
Et les chasseurs aussi. L'état de la biodiversité ne les inquiéte pas. De nombreuses espèces disparaissent, mais ils veulent continuer à les chasser.

De toute façon, ils alimentent chaque année avec des animaux d'élevage les populations des espèces qu'ils aiment chasser: le syndicat national français des gibiers de chasse propose chaque année aux chasseurs 15 millions de faisans, 5 millions de perdrix, 1 million de canards colverts, 100.000 lapins, 40.000 lièvres. En conseillant bien aux chasseurs, avant de lâcher à portée de leurs fusils ces animaux de compagnie, de "réguler" les prédateurs: renards et rapaces (1).
Ce qui amène Christian Ledoux, président de l'Association de gestion et de régulation des prédateurs de l'Indre (eh oui, ça existe) à  expliquer que son rôle est de "contenir les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, en les piégeant." En fait, ces chasseurs ne chassent pas, ils régulent. C'est-à-dire qu'ils tuent les animaux qui s'attaquent à leur cher gibier.
"Dans le département de l'Indre, écrit la Nouvelle République, c'est le renard qui figure en tête de liste, pour les dégâts qu'il occasionne au sein des populations de gibiers et chez les particuliers. (2)" Mais le pire prédateur, celui qui occasionne le plus de dégâts à la nature, n'est-il pas le chasseur? Celui qui n'a aucun aucun prédateur au-dessus de lui?
Certains d'entre eux aiment se présenter comme les plus grands amoureux de la nature que cette terre ait connus. Ils la respectent plus que n'importe qui. Même si "bon an, mal an, chasseurs, braconniers et amateurs de ball-trap tirent autour de 200 millions de cartouches et abandonnent dans l'environnement près de 8000 tonnes de plomb et autres métaux" (2). Au point que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail recommande de ne pas dépasser trois repas par an avec de la viande sauvage. Au risque de souffrir de saturnisme?
En France, 64 espèces sont chassables, alors que la moyenne européenne est de 14 à 24. Et sur ces 64 espèces, 20 ont été placées sur liste rouge par l'Union européenne de conservation de la nature. Au total, chaque année, les chasseurs français tuent plus de 30 millions d'animaux sauvages, ce qui n'est visiblement pas encore assez pour eux. Ils ont tous les droits. Même celui de chasser des espèces protègées. Plus qu'un droit, c'est leur devoir de gestionnaire.  "La gestion adaptative, c'est celle qui nous permet de pouvoir chasser toutes les espèces, mêmes celles qui sont protégées, comme le cormoran par exemple. A force d'être protégées, elles finissent par être en surpopulation!" (2).
Le chasseur français a toujours été protégé par les différents gouvernements français, quelles que soient leurs idéologies. Il convient donc de le chasser - c'est même un devoir - avant qu'il ne finisse par être en surpopulation. La prudence nous le conseille.

Post-scriptum: Il y a un excès de sangliers en Indre, ce qui a des conséquences fâcheuses sur les cultures. Aussi, le président de la fédération de chasse de l'Indre avait-il, au printemps dernier, annoncé l'interdiction du nourrissage des sangliers au maïs. "La décision a provoqué la colère des chasseurs de sangliers, vents debout contre cette mesure." (4) Aujourd'hui, la peste porcine africaine est une vraie menace. Et l'excès de sangliers inquiète. Un chasseur voit-il plus loin que le bout de son fusil?

A (re)lire sur ce blog:
- "La fable du loup et du rap", 17..2015.
- "La vache", 19.12.2013.
- "Un beau dimanche à la campagne", 20.1.2013.

(1) Jacky Bonnemains: Chasse - Le lobby qui a flingué Hulot, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(2) "On doit chasser certaines espèces protégées", La Nouvelle République - Indre, 10.9.2018.
(3) Jacky Bonnemains: Du plomb dans le sel, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(4) "Sangliers: l'urgence", La Nouvelle République - Indre, 16.9.2018.

jeudi 9 août 2018

L'urgence

Ils ont beau le clamer dans toutes les langues du monde depuis de longues années, les scientifiques qui annoncent des catastrophes climatiques ne sont pas entendus, rendus inaudibles par le vacarme des moteurs d'avions et le bruit de la circulation automobile (1).
L'Europe suffoque sous la chaleur, les incendies et les inondations se succèdent un peu partout dans le monde, l'eau manque et manquera de plus en plus, mais l'homme n'est pas prêt à modifier son mode de vie. "La croissance, ce pacte faustien, est parvenue à monter, en chacun de nous, le consommateur contre le citoyen, écrit Philippe Lançon. Elle en a fait un personnage qui agit à court terme pour détruire sa destinée à plus ou moins long terme; qui, tel Saturne devenu fou, dévore donc malgré lui ses enfants. Il y a du Trump, qu'on  le veuille ou  non, en chacun de nous." (2) Notre souci premier est de prendre l'avion pour la Costa Brava, le Mexique ou les Seychelles.  Ou de n'avoir plus de bouchon sur l'autoroute de la mer.
Nos représentants politiques l'ont bien compris, qui continuent à prendre des décisions qui vont accélérer un peu plus vite encore le désastre planétaire. A défaut d'être négociable - comme l'affirmait je ne sais quel (ir)responsable politique, notre mode de vie est irresponsable et devient réellement criminel.
L'homme est un imbécile suicidaire.

A proximité de Poitiers, l'autoroute A10 sera élargie à trois voies plutôt que deux sur une petite centaine de kilomètres (3). Il s'agit là d'un projet "d'utilité publique". On est en droit de s'interroger sur cette notion, quand on sait que des études ont prouvé que toute nouvelle voie ou élargissement de voirie génère plus de trafic. Et donc de pollutions de tous types.
Même type de projet autour de la capitale belge: selon l'échevine en charge de la mobilité, la Ville de Bruxelles aurait décidé d'élargir le ring, la voie dite express (mais totalement engorgée) qui la ceinture (4).
En Autriche, le parti d'extrême droite, membre du gouvernement, annonce son intention de fixer les vitesses maximales sur autoroutes à 140 km/h plutôt que 130. Une très mauvaise idée, rappellent des associations de défense de l'environnement, tant pour la santé publique que pour les émanations de CO2 (5).
Ubu Trump, qui semble décidément s'être donné pour mission d'aggraver le plus possible le dérèglement climatique, assouplit les normes anti-pollution des voitures (6).
En Belgique, et sans doute dans bien d'autres pays, les ventes de climatiseurs explosent (7). L'homme réchauffe un peu plus la planète pour tenter de supporter les effets du réchauffement qu'il a provoqué. L'homme est un peu bête.

Les solutions sont nombreuses, connues depuis longtemps et à défaut d'avoir été adoptées en temps utile devraient l'être aujourd'hui dans l'urgence et de manière radicale: investir massivement dans les transports en commun et les rendre accessibles via des tarifs peu coûteux; interdire les voitures en ville; faciliter au maximum l'usage du vélo; développer le télétravail; taxer très lourdement tous les dérivés du pétrole: gasoil, mazout, essence, kérosène; imposer une TVA sur les billets d'avions; limiter drastiquement le nombre de vols d'avion; développer le transport par voie d'eau et le ferroutage; taxer  les marchandises aux kilomètres parcourus; appliquer réellement le principe pollueur - payeur; interdire les pesticides et herbicides; augmenter le prix de l'eau; ne plus construire que des bâtiments passifs. Il en est bien d'autres encore, mais qui en parle et surtout qui les applique aujourd'hui? Où sont les visionnaires audacieux? Où sont les politiques et les électeurs courageux? Les solutions existent, mais aucun élu n'oserait les mettre en œuvre de crainte de ne pas être réélu. Et peu de citoyens font le choix d'une politique écologique qui pourtant s'avère, plus que jamais, indispensable. La résistance au changement reste importante, même si le dérèglement climatique impose ses propres changements qui vont de plus en plus rendre la vie sur terre insupportable (8). Tous ces chefs d'Etat, ces gouvernements ne semblent pas voir que leur pré carré brûle et que gouverner un tas de cendres ne présente aucun intérêt.
On voit par là que partout à travers la planète on manque de responsables politiques responsables.
Le pire est devant nous et nous y allons la fleur au fusil, demeurés que nous sommes.

"Ça fait moins peur
De mourir à plusieurs.
Avec ardeur,
Nous sommes nos fossoyeurs"
Arno, Mourir à plusieurs.

"J'étais pourtant, et plus que jamais, conscient que l'humanité ne méritait pas de vivre, que la disparition de cette espèce ne pouvait, à tous points de vue, qu'être considérée comme une bonne nouvelle"
Michel Houellebecq, La possibilité d'une île.

A lire: http://www.lalibre.be/debats/opinions/la-terre-se-meurt-nous-le-savons-et-nous-le-nions-5b6b1132553269254891c976

(1) "Le grain de poivre", Charlie Hebdo, 8.8.2018.
(2) http://www.lesoir.be/171876/article/2018-08-07/van-ypersele-sur-le-climat-le-niveau-daction-est-trop-faible-par-rapport
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/a-10-feu-vert-pour-2x3-voies-entre-veigne-et-poitiers?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=10&pageId=57da5ce0459a4552008b4567
(4) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/la-ville-de-bruxelles-serait-favorable-a-l-elargisssement-du-ring-philippe-close-nuance-ecolo-fulmine-5b646cf655324d3f13ba4b92

mercredi 16 mai 2018

Supériorité de la nature sur l'élu

Les populations d'oiseaux déclinent partout dans nos pays. Même en Brenne, pays d'étangs, de prairies et de haies (qu'on appelle ici bouchures). On y croise toujours une très grande variété d'oiseaux et ils sont très nombreux, mais certaines espèces connaissent des déclins inquiétants. On recensait en Brenne des centaines d'outardes canepetières dans les années '80. On n'en a vu que six en 2017. Les chardonnerets élégants, les verdiers d'Europe, les linottes mélodieuses, les hirondelles voient leurs populations diminuer. Certaines espèces ont chuté de 50 à 80% ces dernières années. On n'a plus vu de moineau friquet en Indre depuis deux ans (1).
Les causes sont diverses et pour une bonne part dues à l'agriculture intensive: suppression de haies et de jachères, monocultures, disparition des petites parcelles, utilisation de produits phytosanitaires. Mais les  particuliers et leurs jardins sans "mauvaise herbe" ont aussi leur part de responsabilité. Tout comme les chasseurs autorisés à tuer beaucoup trop d'espèces, dont certaines sont en voie d'extinction, telle l'alouette des champs. Derrière les oiseaux, ce sont les insectes qui disparaissent, la biodiversité qui est menacée.

A Tournai, en Belgique, un promoteur voudrait créer un terrain d'entraînement au golf sur la Plaine des Manœuvres, espace vague et herbeux de quelque treize ou quatorze hectares (si je me souviens bien), en bordure du boulevard périphérique. Au fil des années, depuis une quarantaine d'années, le terrain vague s'est réduit, la Plaine accueillant la Maison de la Culture, le hall des sports, des immeubles à appartements, des parkings, des terrains de sport. Restent quelques hectares encore. Le terrain de golf mesurerait trois cents mètres sur cent entièrement grillagés et un bâtiment de trois étages y serait érigé. Ça tombe bien, dit l'échevin des Sports, "il reste un vaste espace sur la Plaine des Manœuvres et nous ne savons rien en faire." Ne sait-il vraiment pas quoi en faire? N'en faire rien justement, rien d'autre qu'un espace naturel, un lieu d'accueil de la nature, des oiseaux, des insectes, de plantes divers. La nature est plus intelligente que les élus, elle sait que faire de zones sans projet. C'est ce que le jardinier et paysagiste Gilles Clément appelle le tiers-paysage, ces espaces, notamment urbains, délaissés et qu'il est bon de laisser délaissés.
"Le Tiers-Paysage –fragment indécidé du Jardin Planétaire- désigne la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Il concerne les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc … A l’ensemble des délaissés viennent s’ajouter les territoires en réserve. Réserves de fait : lieux inaccessibles , sommets de montagne, lieux incultes, déserts ; réserves institutionnelles : parcs nationaux, parcs régionaux, « réserves naturelles ». 
Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionne la diversité et parfois l’exclut totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérée est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant.
Considéré sous cet angle le Tiers-paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur." (2) 


Des citoyens tournaisiens pensent aussi qu'un terrain naturel constituerait un bien meilleur destin pour le dernier espace libre de la Plaine des Manœuvres plutôt qu'un beau gazon tondu ras et arrosé régulièrement. Ils se réuniront prochainement pour en discuter (3).

Et pendant ce temps-là, au niveau mondial, après l'effervescence du succès de la COP21, le destin environnemental de la planète ne semble plus susciter grand enthousiasme (4). Comme si le joueur de golf qui joue parfois à être président des Etats-Unis arrivait à imposer ses priorités.
Un jour, pourtant, la nature aura raison de lui.

(1) "Déclin des oiseaux: "il faut agir maintenant!" - interview de l'ornithologue Thomas Chatton, chargé d'études à Indre Nature, La Nouvelle République, 12.5.2018
(2) http://gillesclement.com/cat-tierspaysage-tit-le-Tiers-Paysage
(3) Réunion citoyenne, ouverte à tous, au bar de la Maison de la Culture de Tournai le jeudi 24 mai à 18h.
(4) http://www.lalibre.be/actu/planete/rechauffement-climatique-apres-l-effervescence-de-la-cop21-le-retour-de-l-inertie-5af5be94cd7028f079e96b3a


jeudi 18 janvier 2018

Balance ton aéroport!

La décision - logique - du gouvernement français d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes amène l'opposition de droite à hurler au reniement. Le candidat Macron avait annoncé son intention de respecter le résultat de la consultation populaire qui, il y a deux ans, avait donné la majorité aux partisans de ce projet des années '60. L'opposition de droite ne veut pas voir qu'en cinquante ans le temps a passé et avec lui la biodiversité et l'état sanitaire de notre (seule) planète.
Le temps des projets des pharaons locaux est terminé. Les nouveaux aéroports, les nouvelles autoroutes, les zones commerciales installées à la périphérie des villes appartiennent à la préhistoire de notre civilisation post-industrielle. Mais certains élus d'un autre siècle ne veulent pas le comprendre, convaincus que leur réélection tient à leur soutien à ce sacré développement économique totalement irrésistible qui, avec son rouleau compresseur, avale sans état d'âme terres naturelles et agricoles, faune et flore et réserves d'eau et pollue l'air autant que la culture de citoyens réduits au pauvre rôle de consommateurs. 
Ce matin, Dominique Seux, dans son éditorial économique sur France Inter, estimait que la décision du gouvernement français "ne sera raisonnable - peut-on penser - qu'à une seule condition: si elle n'entrave pas la vie et le développement économiques du Grand Ouest. Cela veut dire qu'à la seule condition que les aménagements de l'aéroport actuel et l'agrandissement soient réellement effectués pour permettre au trafic aérien d'évoluer comme tous les experts l'ont prévu - jusqu'à 6 millions de passagers en 2025 et 7 en 2030" (1). Dominique Seux semble l'ignorer, mais il se fait le porte-voix du passé, de ce temps de l'économie toute puissante qui impose sa loi. Pourquoi faut-il absolument que le trafic aérien évolue comme les experts l'ont prévu? Pour permettre aux habitants du Grand Ouest d'aller passer un week-end à Barcelone ou à Marrakech? Ou d'aller manger une pizza à Rome ou du caviar à Saint-Pétersbourg via une compagnie low cost qui exploite son personnel? Le développement économique d'une région tient-il encore à celui d'un aéroport ou d'une autoroute? 
L'intérêt collectif est bafoué, affirme un partisan du projet d'aéroport. Réflexion intéressante qui amène à se poser la question de la définition de cet intérêt collectif. On comprend évidemment le ras-le-bol, voire la colère, des riverains de l'actuel aéroport qui vivent - ou survivent - dans un bruit infernal, mais délocaliser les nuisances dont ils souffrent n'a aucun sens. L'intérêt collectif, c'est celui de la planète. Le gouvernement donne raison aux zadistes, se plaignent les soutiens au nouvel aéroport. Tant mieux si c'est la victoire de la cohérence. Le président Macron ne pouvait défendre l'accord de Paris sur le climat et la création d'un nouvel aéroport avec son énorme lot de nuisances.
Au-delà de la décision du gouvernement, on peut se réjouir de voir comme elle est accueillie par l'opinion publique: selon un sondage, les trois quarts des Français l'approuvent, tout autant que l'échéance laissée aux zadistes pour évacuer la zone (2). Les élus locaux et d'opposition qui conspuent l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes doivent se sentir un peu seuls. Dépassés peut-être?

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-18-janvier-2018
(2) http://www.lefigaro.fr/politique/2018/01/18/01002-20180118ARTFIG00134-notre-dame-des-landes-les-francais-plebiscitent-la-decision-du-gouvernement.php

dimanche 6 mars 2016

Un gouvernement pas cap' ni COP

La planète peut-elle se contenter de mots? Visiblement, nombreux sont les gouvernements qui le pensent. Pour qui de belles paroles valent réalité. Un exemple: le gouvernement français. Il se veut exemplaire en matière d'environnement et multiplie les belles déclarations d'intention. Mais a abandonné l'écotaxe, veut prolonger la vie des centrales nucléaires, entend toujours créer un nouvel aéroport à Notre-Dame des Landes. Il avait annoncé qu'il renforcerait la reconnaissance du préjudice écologique. Et voilà maintenant qu'il envisage de revenir sur le principe, qu'on pensait de simple logique, du pollueur payeur. L'amendement proposé à sa loi sur la biodiversité exonèrerait de toute réparation le responsable d'un préjudice écologique résultant d'une activité autorisée. Aucun ultra libéral n'a dû rêver qu'une telle mesure puisse être prise par un gouvernement qui se dit (encore?) de gauche et est rrèsbfier d'avoir réussi sa COP21. Devant le tollé suscité par une des pires idées que n'importe quel homme sensé puisse avoir, le gouvernement Valls fait machine arrière (1).
Il paraît qu'il y a depuis peu à nouveau des écologistes dans ce gouvernement. Sans doute y a-t-il trop de membres dans ce gouvernement. Ils y sont cachés.

(1) "Environnement: le gouvernement sans cap", Le Monde, 4 mars 2016.

mercredi 20 janvier 2016

La nature (in)humaine




Le dit-on assez? La nature va mal. Et on n'est pas sûr que les décisions de la COP21 y changeront grand-chose. Aujourd'hui, quantité d'espèces disparaissent presque aussi vite que fond la glace du pôle nord. Selon la journaliste américaine Elisabeth Kolber, qui a mené à ce sujet une analyse durant cinq ans(1), un tiers des amphibiens seraient menacés de mort et il en va de même pour un quart des mammifères ou encore un sixième des oiseaux. "En tout, plus de dix pour cent de la faune actuelle s'éteindrait en une génération. Un tel événement se produit en général tous les cent millions d'années, et beaucoup plus lentement, et voilà que nous avons la (mal)chance d'y assister en direct, relève la reporter dans un demi-sourire (2)."
L'urbanisation sans cesse croissante, la déforestation, la désertification, les champs pétroliers, l'agriculture intensive, la production et la consommation de viande, l'extension des zones d'élevage, l'augmentation des transports terrestres et aériens, la surpêche, la production de CO2, l'emprise d'un tourisme de plus en plus massif, la commercialisation des animaux, le réchauffement climatique, voilà autant de causes humaines de la dévastation de la nature.
Bien sûr, ici et là, et même un peu partout, des citoyens, des associations, des pouvoirs publics tentent si pas de renverser la vapeur, en tout cas d'éviter le pire.
Mais l'économie a toujours besoin de plus d'espace, sur terre comme dans les airs, pour se développer. D'espaces aseptisés, débarrassés de cette nature incontrôlée ("La Terre, cette rebelle à mater",  écrit Fabrice Nicolono) (3). En France, 70.000 hectares sont bétonnés chaque année. Si on apprécie (parfois) la nature en vacances, il ne faudrait cependant pas qu'elle nous empêche de vivre au quotidien. On peut reprocher à quantité de responsables (?) politiques leur servilité au rouleau compresseur de l'économie et de la croissance, mais il faut aussi constater qu'il sont trop peu nombreux les citoyens qui s'opposent aux nouveaux centres commerciaux, aux nouveaux lotissements, à ces villes qui s'installent à la campagne parce que l'air y est plus sain... Combien d'entre nous râlent sur ces villes qui n'offrent plus de place pour se garer et se réjouissent de voir se développer, à la périphérie des villes, des zones commerciales excessivement gourmandes en espaces de nature ou en terres agricoles? Un environnementaliste français faisait récemment remarquer qu'en Allemagne, quand un centre commercial s'installe, ses parkings sont exclusivement prévus ou sur son toit ou dans son sous-sol. En France comme en Belgique, comme dans trop de pays, chaque commerce a ses parkings gigantesques, étalés à l'horizontale et bétonnés. 
L'homme est un bipède à quatre roues qui dévore la nature. Et se moque de l'avenir de ses enfants.

Les êtres humains sont les seuls animaux dont j'ai réellement peur.
George Bernard Shaw



(1) La 6e extinction. Comment l'homme détruit la vie, éd. La Librairie Vuibert, 2015.
(2) Erwan Desplanques: La voix de la faune, Télérama, 23 décembre 2015.
(3) Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture, éd. Les Echappés, 2015.

mardi 14 avril 2015

Enfumeurs et enfumeuse

Lutter contre la pollution, c'est simple: il suffit parfois de quelques bons conseils et tout s'arrange. Une étude européenne, baptisée Sinfonie, a analysé l'air que respirent les enfants et leurs enseignants dans 114 écoles de 23 pays européens. Résultat alarmant: on trouve dans 85% d'entre elles des particules fines PM 2,5, du radon, du benzène, du formaldéhyde, autant d'éléments cancérogènes en quantités supérieures aux normes. Les respirer à longueur de journée risque de provoquer asthme, eczéma, allergies et affections respiratoires (1). Bref, il y a de quoi s'inquiéter et surtout agir rapidement. La Ministre française de l'Ecologie l'a compris et a donc courageusement pris les choses en mains, avec "une décision simple, pragmatique, qui concilie qualité de l'air et simplicité des actions": elle a édité un guide "des bonnes pratiques". On peut être rassuré: le papier en est recyclé et les encres non toxiques.

La situation restant en l'état, elle fera le bonheur de l'industrie du tabac qui utilise la pollution de l'air, extérieur comme intérieur, pour expliquer les cancers du poumon et les problèmes respiratoires dont il ne pourrait évidemment pas être tenu responsable. En 1988 déjà, un mémo de Philip Morris résumait la stratégie du tabac sur le tabagisme passif. Il invitait les défenseurs du tabac notamment à "placer la fumée ambiante dans une perspective appropriée, en rapport avec la qualité de l'air en général" (2).
Le Tobacco Institute, lui, se vantait de dominer les tentatives de le mettre au pas: "La première menace est la législation. Depuis environ une douzaine d'années, nous avons fait face à plus de 1000 projets de loi et avons fait échouer plus de 90% d'entre eux" (2).
Aujourd'hui, Philip Morris combat la législation anti-tabac de l'Uruguay où sept habitants meurent chaque jour du tabagisme. L'Etat mène des campagnes anti-tabac et a imposé des images choc sur les paquets de cigarettes, ce qui déplaît fortement au groupe américain dont le logo n'apparaît plus suffisamment. Il a dès lors déposé plainte contre l'Etat uruguayen.
Avaaz a lancé une pétition pour soutenir l'Uruguay (3).
Chaque année dans le monde, cinq millions de personnes meurent du tabac.

(1): Fabrice Nicolino: "Ecoles: du radon et du benzène au programme", Charlie Hebdo, 8 avril 2015.
(2) cité par Gérard Dubois dans "Le rideau de fumée - Les méthodes secrètes de l'industrie du tabac", Seuil, 2003.
(3) https://secure.avaaz.org/fr/uruguay_vs_big_tobacco_loc/?baluBfb&v=56732

lundi 3 novembre 2014

Climat détestable

Il faut sauver la biodiversité, préserver l'environnement, lutter contre le dérèglement climatique. Presque tous les partis politiques, presque tous les gouvernements de la planète en sont convaincus depuis vingt ans. Au point que certains se demandent quel est encore le sens de l'existence de partis écologistes. Puisque le souci environnemental est aujourd'hui celui de tous les partis, quelles que soient leurs idéologies. Et de toute façon, les écolos sont des "djihadistes verts". Il y a quelques années encore, ils étaient traités de "khmers verts". Les temps changent. Le climat aussi. En 2013, les émissions de CO2 ont légèrement dépassé les 35 milliards de tonnes, soit presque un tiers de plus qu'il y a dix ans.
Le dernier rapport du GIEC est plus que jamais alarmiste (1). Il indique que, au rythme de nos consommations d'énergies fossiles, nous pourrions atteindre un réchauffement de l'ordre de 4 à 5° d'ici la fin du siècle. Ce qui serait totalement catastrophique. Le réchauffement que connaît la Terre n'a jamais été aussi important depuis 800.000 ans. Si nous voulons la sauver des pires scénarios, il faudrait diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70%. D'urgence.

"Nous serons incapables de relever le défi climatique tant que nous ne l'envisagerons pas comme une lutte bien plus large entre des visions du monde différentes, écrit Naomi Klein (2), comme un processus visant à reconstruire et réinventer l'idée même de collectivité, de communauté, de bien commun, de société civile et de civisme - idée mise à mal et abandonnée depuis des décennies. Si le défi climatique nous paraît si intimidant, c'est parce qu'il impose de passer outre à toute une série de règles - certaines inscrites dans les législations nationales et les accords commerciaux, et d'autres, non écrites mais tout aussi puissantes, qui font qu'aucun gouvernement ne restera au pouvoir s'il augmente les impôts, refuse de gros investissements, si néfastes soient-ils, ou prévoit de réduire progressivement les secteurs de l'économie qui nous mettent tous en danger."

On a ainsi vu, tout récemment, la ministre française de l'Ecologie, Ségolène Royal, décider de supprimer l'écotaxe annoncée. "Le bon sens a prévalu", ont dit certains. Qu'est-ce que le bon sens?, se demande-t-on. Juste une "absence de courage et de vision", a rétorqué Eva Joly. Est-ce le bon sens de ne pas faire payer les pollueurs? De ne pas réinjecter le produit de ces écotaxes dans des moyens de transport moins polluants? On pourrait l'admettre si, par ailleurs, les gouvernements développaient une vision large et audacieuse d'une nouvelle organisation de la société. On n'en voit nulle trace, même embryonnaire. Partout, on ne pleure que pour voir revenir une bonne vieille croissance, celle qui nous a menés où nous en sommes. En France, on pleure la mort de Christophe de Margerie, "un grand capitaine d'industrie français très lucide sur la situation de la planète" a dit de lui le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé (3). Ce capitaine dirigeait Total. "La plus grande entreprise française gagne ses milliards en déstabilisant le climat pour des milliers d'années", écrit Fabrice Nicolino. Et le climat, vraiment, c'est important, affirment les ministres Fabius et Royal: ils appellent à "une mobilisation universelle et immédiate" sur le changement climatique, "menace grave pour la biodiversité, la sécurité alimentaire et la santé" (1). Ils sont aussi convaincants que leurs homologues belges Elio Di Rupo, qui a découvert avec émotion le problème il y a quelques années en s'entretenant avec Nicolas Hulot, ou Joëlle Milquet qui affirmait, il y a tant d'années maintenant, qu'il faut "être radical pour le climat".
N'attendons rien non plus, au contraire, du nouveau commissaire européen  en charge de l'Energie et du Climat, Miguel Arias Canete. Il a été l'un des responsables d'Italcar Espana (ce qu'il a oublié d'indiquer dans sa déclaration d'intérêts lorsqu'il était député européen), lobbyiste pour les OGM et fondateur de Petrolifera Ducar et Petrolis Canarias. Mais qu'on se rassure: avant de devenir commissaire européen, il a transmis ses actions à ses beaux-frères (4). Il ne peut donc être soupçonné de conflits d'intérêts. On ne pouvait trouver meilleures mains européennes à qui confier l'avenir du climat.
Bref, on désespère de voir un ou une responsable politique oser un vrai projet, plutôt que pleurnicher et se gargariser de mots.

"Il pourrait être beaucoup moins efficace, poursuit Naomi Klein de se battre pour une taxe carbone minimale que, par exemple, de former une grande coalition pour revendiquer un revenu minimal garanti, non seulement parce qu'un revenu minimum permettra aux travailleurs de refuser des emplois liés aux énergies polluantes, mais aussi parce que le fait même de plaider pour une protection sociale universelle ouvre la voie à un vrai débat de fond sur les valeurs - sur ce que chacun de nous doit aux autres au nom de notre humanité commune, et sur ce qui, collectivement, nous paraît plus important que la croissance économique et les bénéfices des entreprises."
Naomi Klein plaide pour une autre vision du monde, "fondée sur l'interdépendance plutôt que sur l'hyperindividualisme, sur la réciprocité plutôt que sur la domination et sur la coopération plutôt que sur la hiérarchie".

Récemment, le maire Montpellier, épuisé par les inondations à répétition qu'a connues sa ville déclarait qu'on ne pouvait plus dire que le réchauffement climatique n'existe pas. Mais la grande majorité des politiques et des citoyens ont choisi la politique de l'autruche. Ni voir, ni savoir est leur nouvelle devise. Tant qu'on voudra toujours plus de voitures et de camions sur nos routes, plus d'avions dans le ciel, plus de produits phyto sur nos terres, aucune éolienne dans la vue, un kérosène non taxé, un baril de pétrole au plus bas, on prendra le risque de se faire déplumer plus que l'arrière-train. "Ce qui est aujourd'hui politiquement réaliste ne le sera sans doute plus quand nous aurons essuyé d'autres ouragans Katrina, d'autres cyclones Sandy, d'autres typhons Bopha", estime Sivan Kartha, chercheur pour l'Institut pour l'Environnement de Stockholm (5).
Naomi Klein encore: "nous gagnerons en affirmant que de tels calculs (de ceux qui estiment que la lute contre le réchauffement coûte trop cher) sont moralement monstrueux, puisqu'ils insinuent qu'il serait économiquement acceptable de laisser des pays entiers disparaître, des millions de gens mourir sur des terres desséchées et de priver les enfants d'aujourd'hui de leur droit à habiter un monde fourmillant des merveilles et des beautés de la création".

Des notes positives - quand même! - on pourra en trouver dans le documentaire que diffuse Arte ce mardi soir (6): dans "Sacrée Croissance!", Marie-Monique Robin rencontre des "lanceurs d'avenir". "Il y a des initiatives qui sont les germes de la société post-croissance, explique-t-elle, d'une réponse globale au grand désordre planétaire actuel. (...) J'ai choisi des initiatives suffisamment abouties pour qu'on voie la transformation des territoires et des gens." (7) On trouvera dans ce film "un stimulant réservoir d'idées et d'énergie pour inventer demain", écrit Télérama.

(1) http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/11/le-résumé-pour-décideurs-du-giec.html
(2) The Nation (New York), 16 septembre 2014, à partir de son dernier ouvrage "This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate" in Le Courrier international, 2 octobre 2014.
(3) cité par Fabrice Nicolino, in "Derrière Margerie, les morts du pétrole", Charlie Hebdo, 29 octobre 2014.
(4) "Un commissaire européen qui sent le pétrole", Fabrice Nicolino, Charlie Hebdo, 8 octobre 2014. Miguel Arias Canete est le Zemmour espagnol: "il est compliqué de tenir un débat avec une femme, a-t-il déclaré, car montrer de la supériorité intellectuelle pourrait paraître sexiste". Vraiment, un grand monsieur que ce commissaire européen!
(5) cité par Naomi Klein - voir (1).
(6) Arte, mardi 4 novembre, 20h50. A revoir pendant les sept jours qui suivent sur Arte+7 (www.arte-tv.com).
(7) Télérama, 29 octobre 2014.