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mardi 1 octobre 2024

Le pape est l'avenir de l'homme

Le procès de Dominique Pélicot et des cinquante-et-un hommes qui ont violé sa femme à son invitation indique combien l'éducation sexuelle et affective est indispensable (quoi qu'en disent des esprits qui se veulent purs et surtout aveugles). Et à quel point on est toujours dans une conception préhistorique du rapport entre les hommes et les femmes (mais peut-être l'homme de Cro-Magnon était-il plus respectueux de ses compagnes). C'est sa femme, il en fait ce qu'il veut, a affirmé un des violeurs. Une femme réduite à un objet de consommation.

En parallèle à ce procès, s'en mène un autre, qui n'a rien à voir : celui de Peter Cherif accusé d'être l'organisateur du massacre de l'équipe de Charlie Hebdo (1). Fatma, son ex-femme, y a témoigné. Elle a été déscolarisée à 11 ans par son frère, contrainte à porter le voile intégral, interdite de quitter le domicile familial, puis mariée mineure à Peter Cherif qui l'a séquestrée durant des semaines dans sa chambre, à peine nourrie, battue et "tellement violée" qu'elle ne sait "plus combien de fois c'est arrivé". Après tout, c'était sa femme, il en fait ce qu'il veut. 
Aux Etats-Unis, J.D. Vance, l'alter ego d'Ubu Trump, estime que les États-Unis sont dirigés par “une horde de folles à chats sans enfants qui ont raté leur vie et qui veulent donc que le reste du pays soit aussi malheureux qu’elles”. Pour lui, les femmes sans enfant sont des "désaxées" et des "sociopathes". Toute femme doit avoir des enfants. Elle est faite pour cela. Et sans doute uniquement pour cela.
Et voilà que le pape François, interpellé lors de sa visite en Belgique sur la place des femmes dans l'Eglise, affirme que "la femme est accueil fécond, soin, dévouement vital".  A qui doit-elle se dévouer totalement  ? A son mari, à ses enfants et à ses parents sûrement. Il a aussi annoncé sa volonté de béatifier Baudouin, un roi "courageux", qui avait "choisi de quitter son poste pour ne pas signer une loi meurtrière". Pour rappel, Baudouin s'était mis, en 1990, en IVR (interruption volontaire de règne) pour ne pas signer la loi dépénalisant l'IVG. "Un avortement est un homicide, les médecins qui font cela sont, si vous me permettez l’expression, des tueurs à gages", affirme le pape qui, comme tous ses prédécesseurs, entend régenter la vie des femmes. Après tout, ce sont ses sœurs, il en fait ce qu'il veut (2). 

La femme appartient à l'homme. D'ailleurs, dès le mariage elle perd son identité pour endosser celle de son époux. Pourquoi la France reste-t-elle toujours aussi rétrograde en la matière ? L'administration donne automatiquement le nom de son mari à une femme mariée. Ce qui a pour seul sens d'affirmer la  domination de l'homme sur "sa" femme, l'appartenance de celle-ci au mâle dominant. Aujourd'hui, alors que les couples homosexuels peuvent se marier, cette imposition du nom du mâle n'a définitivement plus aucun sens, mais perdure, sans être remise en question.

Pendant ce temps, des hommes se retrouvent entre eux au Bali Time Chamber - on se bouscule pour participer à ces stages : "c’est reconnexion à la nature, salle de muscu, sauna, jacuzzi, bain glacé, massages et un kilo de viande par jour !", explique sur France Inter Mathilde Serell (3). "Nous vivons dans une période d’hommes faibles, d’hommes qui n’ont jamais appris ce que signifiait être un homme fort", affirme un participant qui, comme les autres, souffre de l'angoisse du déclin et de la perte de sens et le trouve dans l'entre-soi masculin, la musculation et la viande. Ils devraient écouter le pape et J.D. Vance, ils se sentiraient soutenus.

(1) Jean-Loup Adénor, "Procès Peter Cherif - Quand l'ex-djihadiste veut faire pleurer la galerie...", Charlie Hebdo, 25.9.2024.
(2) A lire : https://www.levif.be/opinions/chroniques/la-sacree-paire-de-melanie-geelkens-cher-pape-le-courage-appartient-a-ces-femmes-qui-osent-avorter/
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/un-monde-nouveau/un-monde-nouveau-du-lundi-30-septembre-2024-8383407

mardi 4 octobre 2016

Ne regarde pas la paille qu'il y a dans l'œil de ton voisin

Sacré François! Toujours le mot pour rire. Voià que le Pape dénonce la théorie du genre qui serait, selon lui, enseignée dans les écoles françaises. Ce qui représente, toujours d'après lui, une "colonisation idéologique". Voilà donc le chef de la principale religion au monde qui dénonce la colonisation idéologique. Autant mordre la main qui le nourrit. Qu'est-ce qui mieux qu'une religion peut coloniser les esprits?
La théorie du genre constiterait, d'après ceux qui en propagent la rumeur, en une incitation à pousser les enfants et les ados à changer de sexe. En fait, ce qui est enseigné, c'est le respect des choix sexuels de chacun, le refus de l'homophobie et du sexisme, l'égalité hommes-femmes. En cette matière l'église catholique n'a de leçon à donner à personne. Elle devrait plutôt en prendre.

http://next.liberation.fr/sexe/2016/10/03/la-declaration-mauvais-genre-du-pape-francois_1519249

Post-scriptum: il paraît qu'on ne peut pas critiquer le Pape. C'est de la suffisance.
Et laisser dire n'importe quoi, ça s'appelle comment?
http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/04/najat-vallaud-belkacem-pape-francois-theorie-du-genre_n_12327138.html?utm_hp_ref=france

mercredi 21 janvier 2015

The times, they are a changin'

Les barbares qui ont massacré l'équipe de Charlie Hebdo ont marqué des points. Et même des poings. Là où on ne s'y attendait pas. Voilà que le si gentil pape François déclare que "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing" (1). Peut-on être rassuré quand on n'est pas un grand ami du pape? Peut-on alors dire ce qu'on veut? On comprend en tout cas qu'on peut répondre par la violence physique à une critique verbale. Le temps du "si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite" est fini. Ou alors c'était juste des mots. Comme les critiques par rapport aux religions, par exemple. Juste des mots ou des dessins. Pas de quoi fouetter un mécréant. Eh bien si, fini de rire. Pour les religions, la violence est une réponse juste aux critiques ou aux moqueries.
"Pardonnez-moi, écrivait l'an dernier Abnousse Shalmani (dont la famille a dû fuir le régime théocratique iranien), mais le progrès c'est rire de Dieu et surtout de ses légionnaires. Pardonnez-moi, mais rire de ceux qui détiennent le pouvoir séculaire ou le pouvoir religieux, qui maintiennent un carcan au-dessus des têtes craignant que le ciel leur tombe dessus, qui tiennent toutes les couilles entre leurs mains de fer, c'est avoir beaucoup moins peur, c'est être dans le changement. Pardonnez-moi, mais il n'y a aucune raison de s'excuser de rire des religieux, de rire des figures du pouvoir. Aucune. Et même si les locaux de tel journal satirique sont plastiqués, même si des dirigeants de pays amis - ou pas - râlent, même si des contrats sont foutus, même si les politiques ne savent pas comment régler le problème diplomatiquement, il faut continuer de caricaturer l'absurde, il faut continuer de manquer de respect, il faut continuer de rire. C'est toujours le moment de la caricature, c'est toujours l'instant du sourire, c'est toujours le bon bâton quand c'est le bâton de la liberté de la presse. Point barre." (2)

A propos de rire, le magazine Spirou vient de sortir un hors-série en hommage à Charlie Hebdo: 150 auteurs pour défendre la liberté d'expression.

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150115.OBS0036/charlie-on-ne-peut-insulter-la-foi-des-autres-estime-le-pape-francois.ht
(2) Abnousse Shalmani, Khomeiny, Sade et moi, Grasset, 2014.