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mercredi 2 juin 2021

Le voile en face

En Belgique comme en France, le communautarisme gagne chaque jour du terrain. Les islamistes sourient dans leur barbe. Ils sont en train de gagner, avec l'aide active de la gauche. Où est l'internationalisme et l'universalisme des partis de gauche? Les voilà plus catholiques que le pape, aussi prudes qu'un ayatollah. La religion musulmane a désormais pour eux tous les droits et ses (pseudo) règles doivent avoir droit de cité. Au nom du décolonialisme, il faut soutenir les pratiques islamiques, même s'il n'y a pas plus colonisateur des esprits qu'une religion. 

En Belgique, voilà qu'Ecolo - par provocation? - désigne comme commissaire du gouvernement à l'égalité entre les hommes et les femmes une femme voilée. Faut-il pleurer, faut-il en rire? Le voile, vêtement politique, est précisément l'expression de l'inégalité hommes - femmes. 

Que diraient les bonnes âmes qui aujourd'hui défendent le port du voile et les accommodements dits raisonnables si demain les chrétiens obligeaient les femmes à se couvrir la tête, interdisaient que qui ce soit consomme de la viande le vendredi et pendant le Carême et qu'on vende et consomme de l'alcool dans les quartiers où ils vivent, revendiquaient des horaires différents pour les hommes et les femmes dans les piscines? Et s'ils élevaient les filles à faire des enfants et gérer le foyer? S'ils se montraient menaçants dès qu'on critique leur religion? S'ils pourchassaient l'adultère et l'homosexualité? N'y aurait-il pas du racisme à accepter pour d'autres des contraintes, des règles et des châtiments que soi-même on combattrait furieusement ? Qu'est-ce qui pousse Ecolo et d'autres partis de gauche, en Belgique comme en France - partis qu'on a connus féministes - à défendre le voile? L'électoralisme? Le paternalisme? Un sentiment très judéo-chrétien de culpabilité? Un peu de tout cela? La religion est l'opium du peuple et le carburant de trop de partis de gauche.

Nombreuses sont les femmes de culture musulmane qui rejettent le voile, ici comme dans les pays où l'islam est majoritaire.

Djemila Benhabib (qui a fui l'Algérie): " Je suis contre tous les foulards, qu'ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille ou Marseille, qu'ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose: la soumission forcée des femmes à un programme d'oppression." (...) "Cet apprentissage du foulard se fait sous la pression de l'entourage, pour amener la fillette à revendiquer son foulard vers 14 ans, en affrontant ses professeurs et en clamant c'est mon choix. Cette recherche ethnico-identitaire des adolescentes se fait sur le dos des femmes et il se trouve de ses défenseurs pour crier au racisme."

Seyran Ates, imame de la mosquée Ibn Rushd-Gœthe à Berlin (qui vit sous protection policière): elle considère le voile comme "un marqueur qui désigne les femmes en tant que telles". Ce sont, selon elle, les Occidentaux qui soutiennent l'idée que le hijab serait pour les femmes un signe de dignité ou un symbole d'empowerment. "Je suis avocate, j'ai travaillé pendant plus de trente ans avec ces femmes qui tentent d'avoir une vraie vie: 80% d'entre elles n'ont pas le moindre choix. Ça va bien au-delà du voile, elles n'ont aucun choix dans aucun domaine, aucune autodétermination."
"Quand une femme se couvre, ce sont les pulsions sexuelles de l'homme qu'elle protège. Elle ne se protège pas elle-même, elle protège le pauvre homme qui ne peut plus se concentrer sur sa foi en Dieu et sa pratique de la religion."
Elle défend la loi interdisant aux professeures, aux juges, aux policières de porter le voile. "Et je veux faire interdire le voile dans les écoles".
Aux féministes occidentales qui refusent de s'opposer au voile, voire le soutiennent, au nom de la lutte anti-colonialiste, elle répond que "c'est leur position qui est colonialiste. Ça ne tient pas debout: Je ne veux pas être colonialiste, mais je défends le foulard. Il est là, le colonialisme. C'est positivement raciste. Et arrogant. Il ne faut pas imposer nos valeurs occidentales aux autres pays, donc nous acceptons que les droits de l'homme ne s'appliquent pas aux pays musulmans? Pardon? Je croyais que les droits de l'homme étaient universels... J'aimerais bien voir ces dames faire du bénévolat en Iran. Elles devraient emmener leurs familles et passer six mois là-bas. (...) Quand je vois les conditions d'existence des femmes en Iran, je pourrais en pleurer. Elle se battent contre le voile depuis 1979. Ces féministes ne les écoutent pas. Parce que ce ne sont pas des victimes. Or elles aiment bien quand nous restons à notre place de victimes. Elles peuvent alors nous aider, nous apprendre à lire et à écrire, aller au Pakistan et en Afghanistan... Mais pas en Iran, parce que, justement, les femmes iraniennes se débrouillent très bien toutes seules, vont à l'université, ont un vaste savoir. Elles ne sont pas victimes des pays occidentaux. Elles sont victimes des mollahs. Ces féministes ne veulent pas l'entendre. Elles préfèrent se voir comme des dissidentes de prétendues dictatures occidentales".

Abnousse Shalmani, journaliste d'origine iranienne: "Le voile, c'est l'islam politique. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile."

Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." 

Maya Ksouri, avocate tunisienne: "Lisez les mémoires d'un des plus éminents dirigeants de la Nahda (le parti islamiste tunisien Ennahdha, vendu comme le parangon de l'islam modéré), Abdelhamid Jelassi (...) et vous verrez que le voile et ses pendants ne sont pas des vêtements comme les autres. Il le dit clairement. Le voile et la volonté insidieuse de sa généralisation, sous toutes ses formes, dans l'espace public, est aujourd'hui, dans un contexte d'islam politique florissant, un élément de propagande, de démonstration de force et de victoire... Victoire remportée sur le modèle social caractérisé par la libération des femmes arabes et leur émancipation à partir des années 30 sous l'impulsion d'Atatürk, Bourguiba et Nasser."

Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, fustige "ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien! Et ces niqabées qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c'était une prouesse de sortir en scaphandrier! Comme si c'était une manière de grandir l'islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades". 

Rappelons enfin que l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh a été condamnée, en mars 2019, à trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Son crime: avoir défendu des femmes qui ne portaient pas le voile et en revendiquaient le droit. Bien sûr, le tribunal islamique a invoqué d'autres raisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres: "incitation à la corruption et à la prostitution", "insulte au Guide suprême", "incitation à la débauche", "propagande contre l'Etat" et on en passe tant ces accusations sont ridicules. Ce qu'on lui reproche, c'est de s'être opposée au port du hijab, d'avoir retiré celui-ci lors de visites de ses clientes en prison, d'avoir accordé des interviews aux médias à propos de l'arrestation violente et de la détention de femmes qui contestent l'obligation du port du voile islamique. Ce qu'on leur reproche, à elle et à ses clientes, c'est de vouloir être des femmes simplement libres. Et se montrer la tête libre lui coûte donc trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Ainsi va la vie pour les femmes dans ce pays de vieux barbus obsédés qui les haïssent.

Existent-elles ces femmes aux yeux des bonnes âmes de gauche qui défendent le voile?

A (re)lire sur ce blog: "Ecriture voilée", 9.5.2021; "Djemila Benhabib et les islamistes", 19.1.2021; "Enfin!", 4.10.2020; "Ces mollahs malades", 12.12.2019; "Moments de dévoilement", 2.12.2019; "Vivement le temps des femmes", 25.9.2019; "Mauvaise foi", 28.5.2018; "Cachez cette femme que je ne saurais voir", 24.10.2016; et bien d'autres billets encore (cliquez sur le libellé voile).

lundi 9 novembre 2020

Aveuglement

Nombreux sont les intellectuels occidentaux qui, inlassablement, après chaque attentat commis chez nous, nous invitent à battre notre coulpe: nous devons respecter les musulmans dans leurs croyances et leurs règles. S'ils condamnent les crimes terroristes, ils nous invitent cependant à cesser ce qu'ils nomment "des provocations". Il nous faut, disent-ils, une laïcité, plus ouverte, plus tolérante, plus inclusive. Il en est même (1) qui affirment que "nous sommes victimes de l'aveuglement des Lumières". A se mettre la tête dans le sable, leur répond-on, on ne peut voir clair. L'Autriche a connu, voilà quelques jours, un attentat islamiste qui a tué quatre personnes et en a blessé plusieurs autres. Or, aucune caricature du Prophète n'a été publiée dans ce pays qui n'est pas laïc. A Kaboul tout récemment, vingt-deux étudiants ont été tués par des talibans. Leur grand tort: visiter le Salon du livre iranien. Comme le dit Abnousse Shalmani (2), essayiste d'origine iranienne, "dans un pays à 99% musulman, le problème n'est pas le salon du livre iranien ou algérien ou tunisien. Le problème, c'est le salon du livre tout court. Parce que c'est un livre, une foi, et tous ceux qui refusent cela sont condamnés à mourir. Une semaine avant cet attentat, au nord-ouest de Kaboul, un autre attentat a tué vingt-quatre étudiants. Ça ne s'arrêtera jamais. Dès qu'on ouvre un autre livre que le Coran, qu'on se permet de douter, même pas d'ouvrir un autre livre, on est condamné à mourir de la main de ces talibans qui sont en train de négocier pour revenir au pouvoir". Mais les bonnes âmes qui veulent que la laïcité fasse un pas de côté face à l'islamisme ignorent ce qu'il se passe dans les pays musulmans et veulent à tout prix que nos pays s'adaptent pour accompagner cette régression des esprits et des corps que veut imposer l'islamisme.

" Dès qu’un attentat a lieu au nom d’une idéologie ayant pris en otage une religion, des gens, souvent bardés de diplômes, s’empressent d’absoudre l’islamisme, et de nier ses responsabilités intrinsèques. Ils préfèrent chercher des coupables dans les pays visés, aussi différents soient-ils", écrit Jack Dion (3). Et de citer différentes tribunes publiées dans Le Monde, sur Mediapart, dans L'Humanité, de sociologues qui veulent à toute force que la laïcité se remette en question. L'un d'eux, constate-t-il " fustige « la réponse répressive, souvent stigmatisante et dénonce la laïcité frileuse, crispée qui se mue en religion civile. A Kaboul aussi ?", demande Jack Dion. Voir L'Humanité, organe du Parti communiste, s'attaquer à la laïcité pour défendre une religion, c'est constater combien l'obscurantisme a gagné un terrain inattendu. Marx, reviens! Ils sont devenus fous!

L'imam de Drancy, en région parisienne, Hassen Chalghoumi, est l'objet de milliers de messages de haine et de menaces (4). Il n'ose plus circuler librement. Il n'a pas publié de caricatures, mais a le grand tort d'avoir pris position contre l'intégrisme et de défendre les valeurs de la République.

En commentaire de mon billet sur Samuel Paty (5), Bernard De Backer, sociologue bruxellois, citait un extrait d'une récente tribune de Gilles Kepel dans Le Monde où celui-ci retraçait brièvement l'historique de l'islamisme en France: "Le terme de séparatisme a suscité beaucoup de débats. mais quel que soit le vocable qui sera retenu, la racine du problème tient à une expression arabe à laquelle les Frères musulmans, salafistes et djihadistes s'efforcent de réduire la dogmatique islamique, et qui est l'objet d'un intense prosélytisme, depuis ces cours de récréation où il ne fait plus bon se dire athée, surtout quand on est musulman de faciès, jusqu'aux sermons du vendredi, en passant par Facebook et Twitter et les innombrables sites qui lui sont dédiés sur la Toile: al wala'wa-l bara'a. Le syntagme signifie allégeance et rupture  - le second terme étant fréquemment rendu, dans la novlange salafiste, comme désaveu. L'impératif de tout bon musulman, selon ces doctrinaires, consiste à se désavouer d'avec tout ce qui ne constitue pas le dogme dans son acception la plus rigide - y compris l'islam mystique, confrérique, etc., stigmatisé comme hérésie (chirk) ou apostasie (ridda) - et donc de mettre en œuvre un séparatisme  radical par rapport aux infidèles. Ce dernier terme (...) désigne tout non ou mauvais musulman n'ayant pas fait allégeance totale et exclusive. Mais il est grave, car la sanction (...) est la mise à mort." Commentaire de Bernard De Backer: "Ce que nous vivons de manière de plus en plus intense et diffuse en Europe, et plus particulièrement en France, c'est que les islamistes veulent s'y établir, voire y régner (en commençant par les populations musulmanes immigrées et leurs descendants), ceci en s'emparant des institutions musulmanes (ou en en créant de nouvelles) et en instrumentalisant les lois démocratiques. C'est ce qu'écrivait déjà, rappelle-t-il, en 1964, Sayyid Qut'b, l'idéologue des Frères musulmans créés par le grand-père de Tariq Ramadan en 1928, qui avaient pour objectif de lutter contre l'emprise laïque occidentale et l'imitation aveugle du modèle européen en terre d'islam. Une forme de pensée décoloniale, en somme. Sauf que, pour Qut'b (le Lénine des Frères musulmans), la terre d'islam était la terre entière". Et de citer cet extrait de "Jalons sur la route de l'islam (1964): "Une autre direction de l'humanité s'impose! La direction de l'humanité par l'Occident touche à sa fin, non parce que la civilisation occidentale a fait faillite sur le plan matériel (...) mais parce que le monde occidental a rempli son rôle et épuisé son fonds de valeur qui lui permettait d'assurer le direction de l'humanité. (...) L'islam seul est pourvu de ces valeurs et de cette ligne de conduite." 

On peut toujours s'aveugler, accompagner la régression, demander de baisser les Lumières, il y a urgence à sortir d'une vision franco- (ou belgo-) centrée du phénomène islamiste (et d'une réaction judéo-chrétienne de culpabilisation) et à comprendre dans quel jeu mondial l'islamisme veut nous enferrer. Urgence à entrer, avec les musulmans qui veulent vivre tranquillement leur religion, dans la résistance à ce projet totalitaire. Urgence pour cette gauche qui a perdu la tête à cesser de jouer les collabos.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/09/caricatures-de-mahomet-nous-sommes-victimes-de-ce-qu-il-faut-bien-appeler-l-aveuglement-des-lumieres_6059037_3232.html

(2) https://www.arte.tv/fr/videos/097407-055-A/28-minutes/    

(3) https://www.marianne.net/lislamisme-pour-les-nuls   

(4) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-imam-chalghoumi-fait-l-objet-de-milliers-de-menaces-depuis-la-mort-de-samuel-paty-20201108

(5) 18.10.2020.

lundi 28 mai 2018

Mauvaise foi

Le voile, encore et toujours. Fichu voile qui empoisonne la vie socio-politique en nos pays. Cette fois, c'est celui de la présidente du syndicat étudiant UNEF qui choque, par le message qu'il délivre. Maryam Pougetoux, qui porte un voile qui ne laisse voir que son visage, s'en défend: "Mon voile n'a aucune fonction politique. C'est ma foi", affirme-t-elle (1). Naïveté, ignorance ou mensonge? On s'interroge.
Le voile islamique est éminemment politique. Qui en doute encore aujourd'hui? Il faut être coupé du monde pour ne pas entendre ces femmes de pays musulmans qui risquent prison, emprisonnement  et coups de fouet si elles ne cachent pas leur corps et leurs cheveux. Car la femme, pour les islamistes, est par nature impure.
"Chaque mercredi depuis un an, rappelle le mensuel féministe Causette (2), des Iraniennes s'affichent avec un foulard blanc, sur les cheveux ou au bout d'une perche, pour protester contre le port obligatoire du voile. (...) Un combat encore risqué: depuis le début de l'année, au moins trois femmes ont été emprisonnées et vingt-neuf autres arrêtées pour avoir enlevé leur voile."

"Le voile, c'est l'islam politique, affirme la journaliste d'origine iranienne Abnousse Shalmani dont la famille a fui l'Iran devenu invivable. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble, écrit-elle encore. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile." (3)

Djemila Benhabib a grandi à Oran. Sa famille, menacée de mort par les islamistes, a dû fuir l'Algérie et s'est réfugiée en France. Djemila s'est peu après installée au Québec.
"Pour les intégristes, être musulmane c'est porter le voile islamique, écrit-elle (4). S'il peut prendre une multitude de formes, hidjab, burka, niqab, khimar, jilbab, tchador ou tchadri, il renvoie à la même réalité: l'apartheid sexuel." (pp. 61-62)
Djemila Benhabib rappelle qu'en 2002, dans l'incendie d'une école de filles à La Mecque, la police religieuse saoudienne a empêché des fillettes de fuir parce qu'elles ne portaient pas le foulard et qu'elles risquaient de rencontrer des hommes. Le quotidien saoudien Arab News a même rapporté les déclarations de témoins selon lesquels des membres de la police religieuse forçaient des jeunes filles à retourner dans le bâtiment en flamme sous prétexte qu'elles n'étaient pas voilées. (p. 63)
" Le voile est un instrument de contrôle social qui identifie la femme comme appartenant exclusivement à la communauté des croyants. (...) Il est leur identité politico-religieuse et elles ne peuvent concevoir d'appartenir à un quelconque autre groupe, qu'il soit sportif, artistique ou culturel, que celui des croyants. Le message est clair: les lois d'Allah priment sur toutes les autres." (p. 77)
Elle cite Chadortt Djavann, anthropologue d'orgine iranienne, vivant en France: Si aujourd'hui des jeunes Juifs commençaient à porter l'étoile jaune, en clamant "c'est ma liberté"; et si des jeunes Noirs décidaient de porter des chaînes au cou et aux pieds, en disant: "c'est ma liberté", la société ne réagirait-elle pas? Pourquoi n'est-ce pas le cas pour le voile islamique? " En acceptant le voile, affirme Djemila Benhabib, nous participons inconsciemment à renforcer et à façonner l'identité collective musulmane telle que circonscrite par les intégristes, car il n'y a rien dans le Coran qui en fasse une obligation explicite comme le prétendent les intégristes." (p. 72)
Elle cite aussi Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." (p. 73)
Elle cite également Malek Chebel: "L'obligation à porter le tchador pour les femmes n'est rien d'autre que la démission avouée des politiques face au puissant lobby d'imams rétrogrades parfois plus misogynes que religieux." (p. 73)
Comme ses consœurs, Djemila Benhabib a vécu terrorisée (et le mot a tout son sens) l'imposition du voile. Comme toutes les étudiantes algériennes, elle a reçu en mars 1994 l'ordre des islamistes du GIA de se voiler pour se rendre à l'université. Comme d'autres, elle a refusé de le faire "pour célébrer le courage de Katia Bengana, assassinée à la sortie de son lycée (...) à l'âge de 17 ans, le 28 février 1994 à Meftah. Katia avait refusé de porter le voile". (p. 76)
"Quel sens donner à un tel choix lorsqu'il se fait dans un contexte entaché par le sang de celles qui refusent de porter ce stigmate? (...) En fait, le voile est l'une des pires formes de sexualisation des femmes. Le voile, c'est un rapport obsessionnel au corps, à la chair, au sexe. Le voile, c'est le contrôle de la sexualité des femmes." (p. 79)

Chadortt Djavann ne dit pas autre chose:
"C'est très mal vu, un tchador qui s'ouvre furtivement. Indice de pute. Tchador clignotant.
Tout se montre alors que tout est censé être dissimulé, caché, à l'abri des regards nâmahrâm, illicites. Tout se montre, tout s'offre, le temps d'un seul regard. Indiscret. Voyeur. Voleur. Concupiscent. Le regard vole. Le regard des hommes dans cette contrée est aussi pénétrant que leur sexe. Plus puissant que leur sexe. Dès qu'un tchador noir s'ouvre, les regards y pénètrent déjà.
Et le péché est déjà là. Dans le regard des hommes. Dans la démarche de la femme." (5)

Pour les intégristes, le voile normal n'est qu'une étape. Comme en témoigne cette invective d'un "jeune habitué des mosquées à barbe de patriarche" à Molenbeek à l'adresse d'Hind Fraihi: "Ton voile ne convient pas! Porte une burqa ou va brûler dans les flammes de l'enfer!". Une phrase, fait-elle remarquer, qui fait écho à celle d'un prêcheur de la chaîne Al Jazeera, Youssef Al Qardawi: "L'enfer est la destination finale de la femme qui ne porte pas le voile". (6) 

Alors, quand on entend la présidente de l'UNEF affirmer: "à aucun moment je n'ai mis mon voile par volonté politique ou réactionnaire. Absolument pas", on peut se dire qu'elle est de mauvaise foi. Mais aussi qu'elle est étudiante, qu'elle a encore beaucoup à apprendre. On ne peut que l'encourager à lire, à rencontrer toutes ces femmes qui, pour sauver leur vie, pour pouvoir vivre libres, sans voile, ont dû fuir ces pays dominés par des islamistes pour qui le voile est un outil de domination, de soumission. Pour qui la femme est un être inférieur et le voile une manière de le montrer. Elle comprendra que porter le voile en affirmant qu'il n'a rien de politique, c'est nier ce que vivent au quotidien toutes ces femmes. C'est les insulter un peu plus.
Qu'elle lise aussi le "Discours de la servitude volontaire" d'Etienne de la Boétie. Voilà ce qu'il écrivait en 1576, alors qu'il avait dix-huit ans. L'âge où on est étudiant: "Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d'abord mordent leur frein, et après s'en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d'eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l'armure". 

(1) https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/20/maryam-pougetoux-juge-pathetique-la-sortie-de-gerard-collomb-a-son-egard_a_23439128/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) Causette, mai 2018.
(3) Abnousse Shalmani, "Khomeiny, Sade et moi", Grasset, 2014 (pp. 44-45).
(4) Djemila Benhabib, "Ma vie à contre-Coran - Une femme témoigne sur les islamistes", VLB éditeur, 2009.
(5) Chadortt Djavann, "Les putes voilées n'iront jamais au paradis", Grasset 2016.
(6) Hind Fraihi: "En immersion à Molenbeek", éditions de la Différence, 2016.(pp. 122-123)
A lire: https://www.marianne.net/politique/bruno-julliard-ex-president-de-l-unef-le-discours-de-l-unef-pour-defendre-le-voile-ce-sont
Et pour celles et ceux qui ont du temps à perdre: le discours pathétique de Besancenot, plus stalinien que jamais
https://www.marianne.net/politique/voile-maryam-pougetoux-unef-olivier-besancenot-une-charlie-hebdo-me-choque




mercredi 6 janvier 2016

La nuit des prédateurs

Durant la nuit de nouvel-an, une centaine de femmes ont été agressées sexuellement en Allemagne: à Cologne, mais aussi à Stuttgart et Hambourg. D'après leurs témoignages, les agresseurs (on parle d'un millier!) étaient "d'apparence arabe ou nord-africaine" (1). Si c'est le cas, voilà qui démontre(rait), s'il le fallait encore, combien il faut s'opposer au relativisme culturel défendu par une certaine gauche. Par ceux qui pensent qu'il faut admettre le voile, voire la burqa, parce qu'il s'agit là de références culturelles pour des femmes venues d'ailleurs. L'explication de ces codes, la plupart du temps imposés aux femmes par des hommes, veut que les cheveux d'une femme, ses épaules, ses jambes (et ne parlons pas du reste) excitent les hommes. Et qu'il faut donc qu'elles cachent leur corps pour échapper à leur sauvagerie. Ils ne peuvent se maîtriser, à elles de disparaître de l'espace social. Celles qui ont le toupet de "se montrer" sont considérées comme des putains, qu'on peut donc toucher, voire violer comme on l'entend. Je l'ai déjà évoqué ici: lors d'un débat sur le voile (c'était  à Tournai il y a plus de dix ans), les deux jeunes filles qui témoignaient affirmaient que ce morceau de tissu leur permettait de ne plus subir les insultes, voire les menaces des garçons (2). Il faut donc rester intransigeant sur les règles de ce vivre ensemble dont on parle tant aujourd'hui. Elles doivent être les mêmes pour tous. Comme les droits doivent être identiques pour les femmes comme pour les hommes. Ici et ailleurs. On pense aux femmes du bus 678, le film de Mohamed Diab, aux agressions sur la place Tahrir au Caire, au bus 110 à Brooklyn où les femmes doivent s'installer à l'arrière pour ne pas tenter les hommes hassidiques qui habitent dans le coin (3). Le sexe fort est si faible.
"Je ne sais pas pourquoi mais c'est ma faute, écrit Abnousse Shalmani (4). C'est ma faute si un homme éprouve du désir à mon endroit. Quelle que soit la situation, c'est ma faute. Est-il vraiment nécessaire de rappeler les viols en Iran ou ailleurs, où c'est la femme violée qui est jugée et condamnée pour incitation au viol? Ce qui est logique puisque l'homme est libéré des contraintes morales et sociales quand il est provoqué. C'est absurde, mais c'est rudement logique. Cette femme pourrait être une fille seule dans un taxi la nuit ou une étudiante flânant dans les rues trop de sourire aux lèvres, ou encore cette femme fatiguée qui s'est endormie dans le bus où il ne restait plus que des hommes et son foulard a glissé. Il ne faut pas tenter le diable. Etrange conception du vivre ensemble où chacun est autorisé à se transformer en prédateur. Sans culpabilité. La femme est là pour être coupable pour deux. Au nom de quelle foi la femme est-elle si dangereuse pour l'homme?"

Post-scriptum: lire l'édito de Maroun Labaki dans le Soir:
http://www.lesoir.be/1089994/article/debats/editos/2016-01-11/violences-cologne-je-suis-une-femme-agressee

(1) http://www.liberation.fr/planete/2016/01/05/allemagne-vague-d-agressions-sexuelles-a-cologne-un-millier-de-personnes-impliquees_1424431
http://www.lalibre.be/actu/international/agressions-sexuelles-en-allemagne-des-temoignages-de-victimes-dans-les-medias-568ce3383570b38a57fef1a8
(2) re)lire sur ce blog "Vin, voile et burqa", 22 juin 2009.
(3) "La femme n'est pas un homme comme les autres", 31 juillet 2013.
(4) Abnousse Shalmani: Khomeiny, Sade et moi, Grasset, 2014.

mercredi 21 janvier 2015

The times, they are a changin'

Les barbares qui ont massacré l'équipe de Charlie Hebdo ont marqué des points. Et même des poings. Là où on ne s'y attendait pas. Voilà que le si gentil pape François déclare que "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing" (1). Peut-on être rassuré quand on n'est pas un grand ami du pape? Peut-on alors dire ce qu'on veut? On comprend en tout cas qu'on peut répondre par la violence physique à une critique verbale. Le temps du "si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite" est fini. Ou alors c'était juste des mots. Comme les critiques par rapport aux religions, par exemple. Juste des mots ou des dessins. Pas de quoi fouetter un mécréant. Eh bien si, fini de rire. Pour les religions, la violence est une réponse juste aux critiques ou aux moqueries.
"Pardonnez-moi, écrivait l'an dernier Abnousse Shalmani (dont la famille a dû fuir le régime théocratique iranien), mais le progrès c'est rire de Dieu et surtout de ses légionnaires. Pardonnez-moi, mais rire de ceux qui détiennent le pouvoir séculaire ou le pouvoir religieux, qui maintiennent un carcan au-dessus des têtes craignant que le ciel leur tombe dessus, qui tiennent toutes les couilles entre leurs mains de fer, c'est avoir beaucoup moins peur, c'est être dans le changement. Pardonnez-moi, mais il n'y a aucune raison de s'excuser de rire des religieux, de rire des figures du pouvoir. Aucune. Et même si les locaux de tel journal satirique sont plastiqués, même si des dirigeants de pays amis - ou pas - râlent, même si des contrats sont foutus, même si les politiques ne savent pas comment régler le problème diplomatiquement, il faut continuer de caricaturer l'absurde, il faut continuer de manquer de respect, il faut continuer de rire. C'est toujours le moment de la caricature, c'est toujours l'instant du sourire, c'est toujours le bon bâton quand c'est le bâton de la liberté de la presse. Point barre." (2)

A propos de rire, le magazine Spirou vient de sortir un hors-série en hommage à Charlie Hebdo: 150 auteurs pour défendre la liberté d'expression.

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150115.OBS0036/charlie-on-ne-peut-insulter-la-foi-des-autres-estime-le-pape-francois.ht
(2) Abnousse Shalmani, Khomeiny, Sade et moi, Grasset, 2014.