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vendredi 5 juin 2015

La Cave aux sculptures

Personne n'a pu dater précisément ces centaines de sculptures réalisées dans le tuffeau d'une cave troglodytique. Mais la majorité des spécialistes, en fonction des personnages représentés et de leurs tenues, estime qu'elles devraient avoir été créées aux XVIe et XVIIe siècles. Certains y voient François Ier ou encore Catherine de Médicis, une pieta païenne, un Indien, des caricatures... Peut-être sont-ils l'œuvre d'une confrérie de tailleurs de pierres qui auraient agi de manière cachée, en pleine guerre des religions. Ils étaient connus pour leur tradition libertaire et leur résistance à l'ordre moral.
La Cave aux Sculptures de Denezé-sous-Doué, dans le Maine-et-Loire, a été découverte en 1956. Redécouverte plutôt. Parce qu'elle avait été fermée, en son temps, par un curé qui trouvait trop satiriques et moqueuses certaines de ces représentations. Il n'était pas Charlie. Histoire, religion, érotisme et carnaval semblent se mêler dans ces œuvres insolites qui intriguent. Et qui hélas disparaissent progressivement. La (petite) commune de Dénezé est seule à gérer cet espace, sans aide extérieure. Or, les ruissellements d'eau, des phénomènes de dissolution et de cristallisation, le manque d'aération (dû notamment à la couverture en béton censée protéger le site) altèrent irrémédiablement les sculptures qui sont nombreuses à s'effriter.
Qu'attendent tous les responsables du patrimoine en France pour intervenir? Dans vingt ou trente ans, François Ier aura perdu la face et cette cave unique son intérêt. Si l'esprit de Charlie souffle encore, il pourrait lui donner de l'air. 








dimanche 21 octobre 2012

Le martyr de Sainte Marguerite

L'église Sainte-Marguerite, sur la place de Lille à Tournai, est inutilisée depuis quelques dizaines d'années. Sa tour gothique est classée, elle date du XIVe siècle. Laissée à l'abandon, l'église a été cédée en 2004 par la Fabrique d'église à la société tournaisienne "Monument Hainaut". Le "rachat" s'est fait pour un euro symbolique. On suppose que l'entreprise de construction avait des projets de réaffectation de l'église. En tout cas de conservation. C'est d'ailleurs son objet premier: elle "a centré ses activités sur la conservation du patrimoine architectural" (1). "Le patrimoine européen est très riche et il nous incombe de le préserver", affirme-t-elle. Loin de le conserver, elle a laissé le bâtiment se dégrader plus encore. Monument Hainaut vient de revendre l'église à la société immobilière Gil Construction qui compte rénover totalement le bâtiment en y créant une quinzaine d'appartements et des espaces d'expo, de bureaux, de commerce.
Le nouveau propriétaire n'a pas voulu dévoiler le montant de l'achat, "tout en laissant entendre, dit le Courrier de l'Escaut (2), que l'on peut multiplier ce montant (d'1 €) au minimum par 100.000...".
En ces temps difficiles, vous cherchez un moyen de gagner de l'argent? Les églises désaffectées sont de plus en plus nombreuses dans nos pays. Achetez-en l'une ou l'autre pour un euro, en promettant de la réaffecter un jour (à la saint glinglin par exemple), puis revendez-la quelques années plus tard. Au prix fort. La préservation de notre patrimoine n'a pas de prix.

(1) http://fr.monument.be/companies/8-monument-hainaut
(2) 17 octobre 2012.