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vendredi 9 août 2019

La porte des trous

La déconstruction des arches centrales du Pont des trous à Tournai fait du bruit. Des Tournaisiens en ont pleuré. La presse en parle abondamment, souvent sans maîtriser le dossier. Même le Guardian à Londres s'en inquiète. Les réseaux prétendument sociaux - c'est devenu leur spécialité - permettent à Monsieur et Madame Toutlemonde de tempêter.
Ces arches datent de 1947 et non du XIIIe siècle comme les tours qu'elles reliaient. Elles avaient été démolies durant la seconde guerre mondiale par l'armée anglaise. Leur démolition est justifiée, qu'on l'accepte ou non (1), par l'étroitesse du passage pour les bateaux.
Faut-il les reconstruire à l'identique ou d'une manière résolument contemporaine? C'est la bataille tournaisienne d'Hernani. Défenseurs du faux vieux et partisans du vrai neuf s'étripent.
Et voilà qu'un architecte tournaisien sort son œuf de Colomb. Jacques Desablens propose, au vu de l'état actuel du chantier, de quasiment tout laisser en l'état. "Le massacre a assez duré, écrit-il. Le passage pour les péniches est dégagé, le SPW (service public de Wallonie) est content et son ministre aussi... gardons la dernière arche sans rien reconstruire. On garde la travée côté beffroi, témoignant de la reconstruction de 1948 et on ne fait pas du faux vieux. On  reste aussi dans l'expression de la ruine, pittoresque et un tant soit peu romantique, sans lisses de guidage. Et cela ne coûte quasi rien...". (2)
Ce pont a toujours mal porté son nom, il n'a jamais permis de passer d'une rive à l'autre, mais bien de fermer le passage sur l'Escaut. Il n'était en rien un pont mais une porte militaire. "On pourrait garder les traces de la reconstruction, propose encore l'architecte, et le fait qu'une partie subsiste permet à l'imaginaire de reconstituer la courtine. En plus, cela n'est pas moche, ça ouvre la perspective; c'est une porte ouverte, dans laquelle on montre sa situation quand elle défendait...".
Voilà une excellente idée, une évidence à laquelle personne n'avait pensé.
Mais les pouvoirs publics seront-ils assez rapides et assez intelligents pour stopper le chantier?
Après tout, le ministre avait pris peu de temps pour jeter à la poubelle le projet issu d'une concertaion populaire.

(1) (Re)lire sur ce blog
« Démocratie de l’esthétique », 22.10.2015 
http://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/10/democratie-de-lesthetique.html
et « De la complexité des arches », 9.4.2019 


mardi 9 avril 2019

De la complexité des arches

La perspective de la démolition des trois arches du Pont des Trous à Tournai a scandalisé d’innombrables personnes. Qui toutes se déclarent amoureuses d’un patrimoine intangible et estimaient que les politiques avaient, comme toujours, pris une décision unilatérale, contre l’avis de la population. Bel exemple ici encore de notre époque où chacun se fait une opinion sur un sujet en ayant lu trois mots sur Internet, se fait justicier et  tempête et vitupère ayant entendu une vache braire. La réalité est plus complexe. 
A commencer par celle des trois arches : elles ont beau être considérées comme intangibles, elles n’en ont pas moins été déjà changées, puisqu’elles ne datent pas du XIIIe siècle, comme les solides piliers du pont auxquels on ne touchera pas, mais d’après la deuxième guerre mondiale au cours de laquelle elles ont été détruites lors d’un bombardement. Elles ont été reconstruites en 1947, elles ont donc un peu plus de septante ans et non huit siècles.
Le Pont des Trous est une ancienne porte militaire du XIIIe siècle sur l’Escaut. Aujourd’hui déjà, son passage pose problème aux péniches actuelles. Il est difficile à franchir du fait de son étroitesse et est extrêmement dangereux en cas de crue. Mais il sera demain trop étroit pour permettre le passage aisé de péniches de gros tonnage. Or l’Escaut doit être mis à gabarit dans le cadre du projet du canal Seine Nord-Europe. Peut-être le pont aurait-il pu être contourné. Mais ce n’est pas une option qui a été retenue. La Commune de Tournai a consulté sa population en 2015 à propos de la modification des arches. Les citoyens pouvaient choisir entre une rénovation en pierre ou une figuration en résille métallique de la porte actuelle. Mais en réalité le passage des péniches de gros tonnage entraîne de plus importantes modifications dans le centre de la ville où l’administration wallonne a décidé d’élargir le fleuve et de reconfigurer, de manière importante, les quais et certains ponts. Des associations et de nombreux citoyens ont dénoncé un assujettissement de ce projet à ce qu’il considèrent comme des politiques néo-libérales : une ville, ses commerces, son patrimoine, sa relative tranquillité doivent-ils se soumettre aux exigences du trafic international ? Par ailleurs, la voie d’eau, voie d’avenir dans le cadre de la transition écologique, doit-elle être adaptée à un gigantisme des bateaux présenté comme inévitable ? Sur ces questions-là, fondamentales et complexes, il n’y eut ni débat public réunissant élus et citoyens, ni consultation populaire. Juste un bref débat et un vote en conseil communal et le titanesque chantier est en cours en centre-ville depuis plus d’un an et pour un moment encore. La consultation populaire fut donc résumée à un point de détail par rapport à l’ensemble du dossier : pierre ou résille pour les arches redessinées ? C’est le choix qui était alors offert aux Tournaisiens. Comme si, dans une famille, les enfants étaient consultés sur la couleur des murs de la cuisine (jaune ou vert ?) quand les parents décidaient seuls de transformer en hôtel la maison familiale. 
Les Tournaisiens qui avaient participé à cette consultation populaire (un sur cinq) avaient opté très massivement  pour la pierre. Mais suite aux protestations de nombreux citoyens estimant la réflexion trop courte (pour ne pas dire inexistante), la Ville de Tournai avait cependant mis en place, sur injonction du Ministre wallon en charge des voies fluviales, une procédure de concertation avec tous les acteurs concernés pour définir l’aménagement souhaité pour et autour de ce Pont des trous. Les portes du comité de concertation mis en place étaient largement ouvertes à qui voulait s’y investir. Cent quinze personnes – simples citoyens, représentants d’associations, architectes, fonctionnaires et élus communaux - ont participé à une dizaine de réunions en deux mois et demis pour aboutir à un projet unanimement reconnu pour sa qualité et sa prise en compte de tout l’environnement de ce monument. Ce croisement de regards, d’expériences, d’envies, d’idées et de besoins divers a créé de l’intelligence collective. La qualité des échanges a notamment été rendue possible par l’intervention d’un organisme dont le rôle est précisément de « faciliter le contact humain pour la rencontre réelle et co-créative entre décideurs et utilisateurs à travers l’intelligence collective, la conscience systémique et la collaboration » (1). Ce processus participatif a cherché la transparence : les rapports de chacune des réunions ont été rapidement publiés sur le site de la ville et diffusés à la presse et via les réseaux sociaux, de manière à établir une confiance suffisante et à tenir informés tous les citoyens qui ne participaient pas activement au processus. Au terme de celui-ci, il revenait au pouvoir politique, maître d’œuvre, de prendre une décision. Forts de cette expérience fructueuse, de nombreux participants ont souhaité que celle-ci soit étendue à tous les grands projets publics futurs. Tout en s’interrogeant : comment permettre à tous les acteurs-citoyens de s’impliquer utilement et efficacement dans de multiples processus similaires, en connaissant les limites du bénévolat ? Et surtout comment faire en sorte que toutes les catégories de la population d’une commune participent à ce type d’assemblée, sans qu’en soient exclues les populations les plus défavorisées ? 
Bref, pour revenir au Pont des trous, le processus participatif aboutit à un projet riche, prenant en compte le nouvel aménagement du pont et son environnement et proposant, notamment, de nouvelles arches résolument contemporaines. Le Conseil communal avait promis de respecter les propositions qui sortiraient de ce groupe largement ouvert. Il vota donc pour ce projet.
Deux ans plus tard, c’est-à-dire tout récemment, à l’approche du chantier, les réseaux prétendument sociaux s’affolent : on va détruire le Pont des trous ! Stéphane Bern, fondus du moyen-âge, Gilets jaunes, journaux français, citoyens au fait du dossier ou en ignorant tout ont dit, chacun à sa manière, haut et fort leur indignation, certains venant même de loin manifester leur désaccord avec un projet qui avait fait l’objet d’une réflexion approfondie et qui avait pris forme à l’issue d’un processus complexe de consultation populaire.                            Et voilà qu’à deux mois des élections régionales, fédérales et européennes, un ministre régional CDH décide de jeter à l’eau le projet de nouvelles arches (2). On démolit les fausses vieilles et on reconstruira à l’identique. Et pas question d’approche actuelle, même en améliorant le projet caricaturalement baptisé McDonald. Tous les spécialistes, affirme-t-il, sont opposés au projet contemporain. Il faut donc comprendre qu’il n’y en avait aucun parmi les cent quinze personnes qui ont participé à la réflexion pendant deux mois et demis et que ce sont eux qui ont raison. « Un permis va être accordé en mai ou juin pour la partie élargissement et déconstruction », annonce le ministre. Puis, un autre permis le sera, plus tard, pour un projet qui reste à définir. Mais « le caractère médiéval du pont doit être totalement préservé », déclare martialement le ministre. Même s’il ne l’est plus depuis la seconde guerre mondiale. Va-t-on construire avec des pierres du Moyen-Age, avec des techniques de l’époque, avec des maçons habillés en tenue de l’époque ? Le temps doit-il s’arrêter ?, demandent les défenseurs d’une approche contemporaine (3) qui rappellent les exemples d’aménagement réussis tels que la pyramide du Louvre à Paris ou la bulle de verre au sommet du Reichstag à Berlin. On ne manque pas d’exemples de bâtiments anciens adaptés avec goût et talent aux matériaux et styles actuels. Faut-il faire semblant, faire du faux vieux ? Faut-il figer une ville dans une illusion de passé ?
Les questions que pose ce dossier passionnel sont nombreuses. Bien sûr, il est réjouissant que tant de gens se mobilisent pour défendre leur patrimoine,  mais les réseaux prétendument sociaux ne sont-ils pas, en la matière en tout cas, fondamentalement conservateurs ? Pour prendre une décision par rapport à un projet d’intérêt général, faut-il donner la préférence à une consultation populaire où chacun se positionne par rapport à son goût personnel ou à une réflexion collective via un processus participatif plus large, prenant en compte tous les aspects du dossier concerné ?                                                                                
Les référendums et consultations populaires se résument, trop souvent, à poser une question simple (ceci ou cela, oui ou non ?) à propos de problèmes complexes. On le voit par l’exemple du Pont des trous, on peut imaginer des processus de « co-construction » souples et créatifs qui permettent aux citoyens de prendre pleinement la place qui leur revient dans le jeu démocratique. Ce qui passe par une réflexion et une expression collectives de ces citoyens plutôt que par le recueil de la somme d’avis individuels, le plus souvent émotionnels. A l’heure où le Gouvernement français tire un premier bilan de son Grand débat, voici – par rapport à la réflexion sur les outils participatifs – ma pierre à l’édifice. Ou mon bout de résille.

(Pour l’anecdote, on notera que c’est le groupe politique communal qui s’appelait autrefois CDH et s’est rebaptisé Ensemble aux dernières élections communales qui s’est associé au ministre CDH pour annoncer cette décision. Sans doute vaut-il mieux qu’il assume son appartenance au CDH. Faire jeter à la poubelle un projet collectif et s’appeler  Ensemble est pour le moins contradictoire.)

(Re)lire sur ce blog: "Démocratie de l'esthétique", 22.10.2015.
(2) http://www.notele.be/it9-media63913-pont-des-trous-la-mort-du-projet-contemporain-actee-par-carlo-di-antonio.html
(3) http://www.notele.be/it12-media63998-samedi+-debat-citoyen-apres-la-mort-du-projet-contemporain-du-pont-des-trous.html


mercredi 17 octobre 2018

La chute des papillons

Le week-end dernier, anormalement estival, fut très vert. Les écologistes ont connu un succès important lors d'élections en Belgique, au Luxembourg et en Bavière. Les jeunes, en Belgique en tout cas, furent nombreux à soutenir les Verts. C'est qu'ils sont, plus que les autres, concernés par la dérive insensée et incontrôlée de la planète Terre. Du bout des lèvres, des candidats d'autres partis commencent à reconnaître l'urgence écologique. On peut espérer que l'entrée des écolos dans des majorités communales empêchera les projets négatifs pour l'environnement et, bien plus, s'appuiera sur un tout autre type de développement, en renversant la vapeur (cette vapeur qui est à l'origine du désastre actuel - et futur).

A Tournai, on annonçait, pour ces élections communales, un combat de coqs entre le Ministre-Président de la Communauté française et la Ministre fédérale de l'Energie. Qui allait vaincre l'autre?  De combat, il n'y eut pas. A vouloir être au four et au moulin, ils ont été battus par eux-mêmes. On ne peut être en même temps bourgmestre ou échevin et ministre. Tous deux se sont affaissés dès leur entrée dans le gallodrome, y laissant de nombreuses plumes, quantité de voix et une bonne part de leur superbe. 

"Tournai, rien d'autre", affichait durant la campagne Marie-Christine Marghem, ministre fédérale empêtrée dans le dossier nucléaire. Ce slogan fut un cadeau à l'opposition écologiste au niveau fédéral qui y trouva une explication à son incapacité à maîtriser ses dossiers nationaux. Mais aussi un message contradictoire à ses électeurs tournaisiens qu'elle avait laissés tomber en abandonnant, après deux ans, son échevinat tournaisien, pour lui préférer une fonction ministérielle.
Même explication à la chute de Rudy Demotte. Quelle prétention faut-il avoir pour, alors qu'on est ministre, venir s'installer dans une ville, proclamant urbi et orbi (urbi surtout) qu'on entend en être le bourgmestre, et ensuite, une fois élu, se déclarer empêché d'exercer la fonction parce qu'on reste ministre durant toute la législature? Croyait-il que les Tournaisiens allaient le réélire à une fonction qu'il voulait mordicus mais qu'il a négligée une fois élu?
A vouloir être partout, Marghem et Demotte n'étaient nulle part. Les coqs n'étaient que papillons.
La démocratie est parfois rassurante. Les électeurs ne sont pas aussi couillons que semblent le croire certains candidats, du haut de la certitude qu'ils ont de leur caractère indispensable. Le cumul de mandats a parfois fasciné. Est-ce encore le cas? Ici du moins, on peut en douter.
En attendant, c'est celui qui se fait appeler "Polo" qui a triomphé et passe d'échevin délégué à la fonction maïorale (le titre qu'avait voulu lui imposer Demotte) à bourgmestre en titre, en fonction et non-empêché. L'homme est qualifié de populiste, de shérif, de brut de décoffrage; il n'a, loin s'en faut, aucun talent de rhéteur (ce qui participe, dit-il, de sa popularité); n'est ni un analyste fin, ni un visionnaire, ni un grand démocrate, mais les Tournaisiens devront s'en accommoder pour six ans. 
Que va devenir Rudy Demotte? On peut parier qu'on lui trouvera un poste de président dans une instance internationale (ou régionale?). Le Ps a toujours su trouver des lots de consolation pour ses braves officiers. 
Une réflexion encore sur le Ps: son siège national est situé boulevard de l'Empereur à Bruxelles. Et voilà qu'on découvre que son QG tournaisien est un café nommé L'Impératrice. C'est le côté napoléonien des socialistes. 

Enfin, un mot sur les intoxiqués de la politique. Raymond Langendries, évincé du maïorat à Tubize en 2012, rêvait de prendre sa revanche. A 75 ans. Raté pour cette fois. En 2024, peut-être? A Marche-en-Famenne, par contre, André Bouchat (79 ans) est confortablement réélu bourgmestre. Il occupe la fonction depuis 1986. Claude Eerdekens (70 ans) fait mieux encore: il vient d'être réélu à Andenne dont il est bourgmestre depuis 1972. En Belgique, à 65 ans au plus tard, on est poussé vers la sortie pour faire place aux jeunes et ce n'est que normal. Pourquoi la régle ne s'applique-t-elle pas en politique?

(Re)lire sur ce blog,
- "En nu onze hit-parade met Rrrrrrrudy", 10 octobre 2018;
- "Pêcheurs empêchés", 13 octobre 2018;
- "Le petit déjeuner des gens de terrain", 17 octobre 2018.

mercredi 16 mai 2018

Supériorité de la nature sur l'élu

Les populations d'oiseaux déclinent partout dans nos pays. Même en Brenne, pays d'étangs, de prairies et de haies (qu'on appelle ici bouchures). On y croise toujours une très grande variété d'oiseaux et ils sont très nombreux, mais certaines espèces connaissent des déclins inquiétants. On recensait en Brenne des centaines d'outardes canepetières dans les années '80. On n'en a vu que six en 2017. Les chardonnerets élégants, les verdiers d'Europe, les linottes mélodieuses, les hirondelles voient leurs populations diminuer. Certaines espèces ont chuté de 50 à 80% ces dernières années. On n'a plus vu de moineau friquet en Indre depuis deux ans (1).
Les causes sont diverses et pour une bonne part dues à l'agriculture intensive: suppression de haies et de jachères, monocultures, disparition des petites parcelles, utilisation de produits phytosanitaires. Mais les  particuliers et leurs jardins sans "mauvaise herbe" ont aussi leur part de responsabilité. Tout comme les chasseurs autorisés à tuer beaucoup trop d'espèces, dont certaines sont en voie d'extinction, telle l'alouette des champs. Derrière les oiseaux, ce sont les insectes qui disparaissent, la biodiversité qui est menacée.

A Tournai, en Belgique, un promoteur voudrait créer un terrain d'entraînement au golf sur la Plaine des Manœuvres, espace vague et herbeux de quelque treize ou quatorze hectares (si je me souviens bien), en bordure du boulevard périphérique. Au fil des années, depuis une quarantaine d'années, le terrain vague s'est réduit, la Plaine accueillant la Maison de la Culture, le hall des sports, des immeubles à appartements, des parkings, des terrains de sport. Restent quelques hectares encore. Le terrain de golf mesurerait trois cents mètres sur cent entièrement grillagés et un bâtiment de trois étages y serait érigé. Ça tombe bien, dit l'échevin des Sports, "il reste un vaste espace sur la Plaine des Manœuvres et nous ne savons rien en faire." Ne sait-il vraiment pas quoi en faire? N'en faire rien justement, rien d'autre qu'un espace naturel, un lieu d'accueil de la nature, des oiseaux, des insectes, de plantes divers. La nature est plus intelligente que les élus, elle sait que faire de zones sans projet. C'est ce que le jardinier et paysagiste Gilles Clément appelle le tiers-paysage, ces espaces, notamment urbains, délaissés et qu'il est bon de laisser délaissés.
"Le Tiers-Paysage –fragment indécidé du Jardin Planétaire- désigne la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Il concerne les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc … A l’ensemble des délaissés viennent s’ajouter les territoires en réserve. Réserves de fait : lieux inaccessibles , sommets de montagne, lieux incultes, déserts ; réserves institutionnelles : parcs nationaux, parcs régionaux, « réserves naturelles ». 
Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionne la diversité et parfois l’exclut totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérée est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant.
Considéré sous cet angle le Tiers-paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur." (2) 


Des citoyens tournaisiens pensent aussi qu'un terrain naturel constituerait un bien meilleur destin pour le dernier espace libre de la Plaine des Manœuvres plutôt qu'un beau gazon tondu ras et arrosé régulièrement. Ils se réuniront prochainement pour en discuter (3).

Et pendant ce temps-là, au niveau mondial, après l'effervescence du succès de la COP21, le destin environnemental de la planète ne semble plus susciter grand enthousiasme (4). Comme si le joueur de golf qui joue parfois à être président des Etats-Unis arrivait à imposer ses priorités.
Un jour, pourtant, la nature aura raison de lui.

(1) "Déclin des oiseaux: "il faut agir maintenant!" - interview de l'ornithologue Thomas Chatton, chargé d'études à Indre Nature, La Nouvelle République, 12.5.2018
(2) http://gillesclement.com/cat-tierspaysage-tit-le-Tiers-Paysage
(3) Réunion citoyenne, ouverte à tous, au bar de la Maison de la Culture de Tournai le jeudi 24 mai à 18h.
(4) http://www.lalibre.be/actu/planete/rechauffement-climatique-apres-l-effervescence-de-la-cop21-le-retour-de-l-inertie-5af5be94cd7028f079e96b3a


mardi 17 avril 2018

Zone à défoncer vs pépinière

Revenons, une fois encore, sur l'évacuation de la ZAD de Notre-de-Dame-des-Landes (voir billet précédent). Sophia Aram s'interrogeait hier (1): pourquoi empêcher certains de créer des potagers dans une terre dont les autorités publiques, une fois abandonnée l'idée d'en faire un aéroport, ne savent plus que faire? C'est idiot, dit-elle, de dégager de cette zone les seuls qui savent quoi en faire. Mais, vu de l'Etat, il n'y a pas de place dans cet espace immense pour des projets collectifs. Dès lors, la gendarmerie a fait de la ZAD (zone d'aménagement différé devenue zone à défendre) une "zone à défoncer". Suscitant ainsi une saine réaction de citoyens indignés revenus défendre la zone et ses projets. Résultat: après les opérations d'évacuation, il y a encore plus de monde à NDDL, comme le fait remarquer Sophia Aram.
Les interventions des zadistes sont malheureusement ternies par les actions de certaines personnes qui ont une curieuse conception de l'écologie et du pacifisme, balançant billes d'acier et bouteilles d'acide sur les gendarmes, parsemant le terrain de carcasses de voitures et incinérant des pneus. On peine à croire que l'écologie fasse partie de leurs valeurs. Ou alors ils n'en ont pas bien compris le sens. En tout cas, ils participent à renforcer les clichés sur les zadistes et à permettre à certain chef d'Etat de parler de "professionnels du désordre" en mettant dans le même sac tous les défenseurs de cette zone.  

A Tournai, le week-end prochain, sera inaugurée la Pépinière, à prendre au sens propre comme au sens figuré: pépinière pour végétaliser la ville avec ses habitants et pépinière pour changer le monde. Le lieu se veut aussi rassembleur en mettant en lien et en faisant connaître les associations qui tendent vers la transition énergétique. Une vingtaine d'activités, parmi lesquelles une conférence-débat, permettront de mettre en exergue et de faire progresser les initiatives citoyennes en la matière (2). 

Résumons-nous: si on ne va pas dans le mur, ce sera grâce aux citoyens.

(1) https://www.franceinter.fr/programmes/2018-04-16
(2) http://lapepiniere-tournai.be/ 


vendredi 26 août 2016

Il n'est jamais trottoir pour bien faire

C'est une petite ville au dynamisme culturel bien réel et au patrimoine impressionnant. Elle possède deux monuments classés par l'Unesco au patrimoine mondial: son beffroi  (le plus ancien de Belgique) et sa cathédrale. Et aussi beaucoup d'églises (dont plusieurs du XIIIe siècle), de nombreux musées, des maisons romanes, des maisons Louis XIV, une halle aux draps du XVIIe siècle, des vestiges de ses remparts et quantité d'autres édifices qui méritent le détour. Ses quais le long de l'Escaut et certaines de ses rues, malgré le terrible bombardement allemand de mai 1940 qui détruisit quasiment tout le centre ville, ne manquent pas de charme. Cette ville avait su conquérir les touristes. Mais aujourd'hui, elle semble à l'abandon. Celui qui, comme moi, y revient régulièrement retrouve toujours les mêmes rues fermées à la circulation depuis des années, les mêmes trottoirs défoncés, les mêmes pavés déchaussés. Les mauvaises herbes poussent le long des façades, à côté des mégots, des canettes et des déjections canines. Il vaut mieux y marcher en regardant ses pieds plutôt que les monuments. Les commerces vides ne se comptent plus, tandis que les quartiers commerciaux ne cessent de s'étendre en périphérie. Comment s'étonner d'entendre un guide de la ville déplorer que les groupes de touristes y sont chaque année un peu moins nombreux? C'est une ville que le natif émigré que je suis n'a plus de plaisir à retrouver. Quel contraste avec la plupart des petites villes françaises, parfois sans grands atouts, mais propres, entretenues et où il fait bon se promener. Visiblement, deux bourgmestres (un "en titre" et un "faisant fonction") ne suffisent pas à gérer Tournai. Peut-être en faudrait-il un troisiéme? A temps plein alors.

Un couple de cyclo-touristes berrichons revient d'un périple qui l'a mené en Belgique. Et est revenu enthousiasmé de découvrir "des pistes cyclables partout" et de voir tant de gens pratiquer le vélo. Précisons qu'ils ont essentiellement circulé en Flandre. Ils conservent un autre souvenir de la Wallonie et de ses "mauvaises pistes cyclables" (1). 

(1) "La Belgique à bicyclette", La Nouvelle République - Indre, 26 août 2016.

jeudi 22 octobre 2015

Démocratie de l'esthétique

La démocratie est une chose trop sérieuse pour la confier au peuple. Surtout quand elle se veut directe. La Ville de Tournai l'a bien compris, invitant ses habitants à participer dimanche à une consultation populaire qui ne leur demande pas de réfléchir à l'avenir de leur commune et moins encore au type de société qu'ils veulent. Mais à se positionner sur une option de modification du Pont des Trous: pierre ou résille. Comme si, dans une famille, les parents n'associaient pas leur enfant à une décision quant à son avenir et son choix d'études, mais lui laissaient choisir la couleur des murs de sa chambre d'étudiant. Les journalistes font remarquer que le Collège communal tournaisien et le ministre wallon en charge du dossier ont déjà opté pour la résille. Ils rappellent que le résultat de la consultation populaire organisée ce dimanche n'aura pas de caractère contraignant, que c'est le Collège communal tournaisien qui se prononcera ensuite, et enfin que c'est le fonctionnaire délégué de la Région wallonne qui rendra l'avis ultime. Précisons que le terme délégué indique qu'il est le représentant de son ministre. Qui, lui, a donc déjà pris sa décision.
Le choix des Tournaisiens sera donc simple: indiquer à quoi ils souhaitent que ressemble (en pierre ou en résille métallique transparente) le Pont des Trous, ouvrage du XIIIe siècle, qu'il faut impérativement élargir. La liaison fluviale Seine - Nord Europe est à ce prix. Le pont, ancien ouvrage militaire défensif, vu l'étroitesse de son arche centrale, constitue déjà un goulot d'étranglement sur l'Escaut pour les péniches actuelles et empêchera de passer les énormes embarcations de 4.400 tonnes qui s'annoncent. Donc, il faut élargir. C'est ainsi, c'est ce qui a été décidé par la Région wallonne qui a la tutelle sur les voies navigables. Bien sûr, l'argument écologique, le transfert du transport de marchandises de la route vers la voie d'eau, la diminution de la production de CO2 sont importants. Mais déjà aujourd'hui, le Pont des Trous laisse passer (de justesse, il est vrai) des barges qui annoncent fièrement qu'elles remplacent quelque 38 camions. Demain, il faudra pouvoir accueillir des doubles barges bien plus grandes qui remplaceront jusqu'à 180 camions (1) et transporteront des centaines de conteneurs empilés sur plusieurs étages. Un tel gigantisme est-il indispensable? Où s'arrêtera-t-il? Est-ce aux villes de s'y adapter ou le contraire? Personne (ou si peu de citoyens) ne semble se poser ces questions, tout le monde (ou presque) se soumet aux implacables lois économiques (parfois cachées derrière des arguments écologiques).
Le débat qui anime aujourd'hui Tournai est juste esthétique (avec un choix très restreint), en aucun cas politique.  Le patrimoine, les habitants d'une ville doivent s'adapter au progrès lié au développement économique. Les carriers du Tournaisis feront plus aisément voyager leurs pierres et leur ciment jusque dans le Bassin parisien, voilà qui est primordial. Curieusement, ce développement économique qui n'a pas de prix en a un quand il s'agit de trouver une solution. Celle d'un contournement, petit ou grand, a d'emblée été écartée en raison de son coût. Le petit contournement, sur la rive droite, aurait pu être l'occasion de redessiner totalement le quartier et d'intégrer le pont au Jardin de la Reine voisin. Aux termes du débat organisé tout récemment par No Télé (2), des citoyens ont déploré que la Ville ait raté là une opportunité d'être audacieuse et créative, elle aurait pu organiser un concours d'architectes à ce sujet, histoire, comme le disait l'un d'entre eux, de "donner du sens à ce projet". Résumons-nous: la démocratie est affaire de spécialistes et n'est là pour donner du sens.

(1) http://www.vnf.fr/sne/article.php3?id_article=86&id_rubrique=5&lang=fr
(2) http://www.notele.be/list151-pont-des-trous-media38684-debat-public-sur-l-avenir-du-pont-des-trous.html
A écouter: l'édito de Xavier Simon sur No Télé:
http://www.notele.be/list147-l-edito-media38373-edito--consultation-ou-mascarade.html

Juste pour le plaisir, deux positions - comment dire?  amusantes? ridicules? pathétiques? - relevées dans le débat de No Télé:
- Marie-Christine Marghem, 1ère échevine empêchée et par ailleurs ministre, a été favorable à une option et se bat pour une autre avec l'énergie d'une girouette qui comprend dans quel sens tourne le vent.
- Rudy Demotte, bourgmestre empêché et par ailleurs ministre (absent cette fois du plateau de No Télé pour cause de déplacement) n'a pu s'empêcher (on ne peut être empêché de tout) de rappeler qu'il est le seul bourgmestre légitime: "bourgmestre élu des Tournaisiens, c'est-à-dire celui que les Tournaisiens ont choisi, je dois leur donner la parole sur cette question sensible". C'est lui aussi qui a affirmé, défendant l'option résille: "il faut du courage en politique". Chacun met son courage où il peut.

vendredi 2 octobre 2015

Un sacré fêtard

"Manger, boire, danser, s'amuser", c'est un vrai programme politique, celui de l'épicurien Rudy Demotte. Demain, c'est le "bal de Rudy". Un événement "à ne pas rater", annonce-t-il sur son site.
Trois semaines après le grand week-end festif de Tournai regroupant un carnaval d'été, les Cortèges de  Tournai, le bal des géants, la Grande Procession et la finale des 400 coups, une semaine après les Fêtes de la Communauté française qu'il préside, voilà donc le bal à Rudy. Cet homme est un concentré d'énergie. On comprend qu'il tienne à rester bourgmestre même s'il n'en a pas le droit puisqu'il est aussi ministre. Qu'est-ce qu'on s'amuse avec ce dionysien!

mercredi 2 septembre 2015

Un air de printemps

Il y a des jours où on sent l'automne arriver, des jours dépressifs où on désespère de la nature, même humaine. Les fous furieux qui agressent et tuent au nom de leur dieu, de leur doctrine politique  ou pour conserver leur pouvoir y sont pour quelque chose. De même que ceux qui veulent fermer leurs portes aux réfugiés qui fuient cette folie meurtrière.
Et puis il y a des jours où on croit au printemps. C'est le cas quand on apprend que des dizaines de Tournaisiens ont accueilli hier soir chaleureusement la première centaine de candidats réfugiés désormais hébergés dans des locaux de la caserne Saint-Jean. Applaudissements, gâteaux et jouets pour les enfants (1), juste de quoi rassurer et donner le sourire. Et retrouver confiance en l'humanité, malgré les esprits chagrins et les prophètes de mauvais augure (2). 

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/les-tournaisiens-accueillent-les-refugies-sous-les-applaudissements-video-55e6c28d3570ebab3d7a4bcc
http://www.notele.be/list14-l-info-en-continu-media37753-une-arrivee-toute-en-emotion.html
(2) voir sur ce blog "Paroles, paroles, paroles", 26 août 2015.


mercredi 26 août 2015

Paroles, paroles, paroles

Les candidats réfugiés sont et seront toujours plus nombreux à tenter de gagner l'Europe. Le mot réfugié dit bien ce qu'il veut dire: il désigne celui qui cherche et demande asile, un lieu, un pays, une ville où trouver refuge. L'Europe a beau faire le gros dos, bougonner, voire tempêter, elle n'y pourra rien: les guerres civiles et les régimes dictatoriaux qui règnent en Syrie, en Libye, en Irak, en Erythrée et dans d'autres pays pousseront toujours plus de gens à fuir et à tenter de sauver leur peau. Les accueillir est forcément un devoir pour tout être humain. Reste à le faire le plus dignement possible et à les répartir équitablement entre pays et entre communes. Le flot de réfugiés ne va pas se tarir. C'est un fait qu'il faut prendre en compte. Sans angélisme, sans cynisme, sans nymbisme.
Visiblement, une étrange vision électoraliste l'a emporté chez Rudy Demotte, l'un des deux demi-bourgmestres de Tournai. On peut évidemment condamner l'absence de concertation qui a amené le Secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations, Théo Francken, à décider d'autorité que la caserne Saint-Jean à Tournai accueillerait de 400 à 700 candidats réfugiés politiques, autre chose est de fermer la porte sans précisément cette volonté de concertation. Rudy Demotte affirme que ce projet de centre "revient à ghettoïser des poches entière de populations au statut précaire" (1). Ce type de lieu a pour vocation d'offrir un abri avec un confort minimal aux candidats réfugiés, le temps (raccourci à présent à trois mois) que leur dossier soit traité. Un tel centre d'accueil est ouvert, les réfugiés peuvent y aller et venir, il ne s'agit pas d'un centre fermé. En refusant fermement dans sa ville ce qu'il considère comme un ghetto, Rudy Demotte ignore-t-il que des milliers de  candidats réfugiés restent prisonniers de la jungle de Calais, de l'île de Lampedusa, de Vintimille ou de ports lybiens? Pas de ghetto chez moi, mais ailleurs?
Demotte souligne la précarisation importante de la population tournaisienne. C'est un fait, mais que fait la Ville en la matière? Quelle politique volontariste et novatrice mène-t-elle? Où est son bourgmestre en titre? Cette ville semble à l'abandon depuis plusieurs années. Il est temps qu'elle se réveille et se reprenne en mains.
Rudy Demotte voit dans le projet de centre d'accueil à Tournai "un dessein de PROVOQUER politiquement et, au passage, de créer un climat de tension entre communautés diverses avec des risques d'incompréhension évidents, générés par la peur de l'autre, mais aussi l'absence d'un réel projet  d'accueil de ces personnes". Rudy Demotte fait donc un procès d'intention tant au Gouvernement fédéral qu'à sa population, à qui il ne fait pas plus confiance qu'à son équipe, à son administration, aux services et organismes locaux. Les Tournaisiens auraient-ils automatiquement peur de l'autre, seraient-ils incapables de monter un projet d'accueil? Heureusement, certains d'entre eux lui répondent, l'appelant à leur faire confiance, lançant des initiatives, telle celle du pianiste Fred Wilbaux qui propose aux citoyens tournaisiens de parrainer un candidat réfugié, de manière à lui apporter un soutien moral (2).
Affirmer son attachement aux droits de l'homme et à l'accueil de l'autre ne coûte rien. Appliquer ces valeurs est autre chose. Mais pour cela, il faut être sur le terrain et agir, sortir d'une vision électoraliste du discours politique. Ce qui est difficile quand on cumule les mandats (dans une quasi illégalité), on ne peut être bourgmestre quand ça vous arrange. On l'est ou on ne l'est pas. Tournai est une ville qui mérite mieux que la poussière qui semble la recouvrir ces dernières années. De nombreuses communes un peu partout en Europe ont fait le pari que l'apport de populations étrangères pouvait leur être bénéfique (3). Tournai mérite d'avoir un seul bourgmestre, totalement investi dans sa fonction, capable d'une politique audacieuse pour sortir cette ville de son déclin et de sa frilosité. Et si l'autre était une chance?

(1) http://www.lavenir.net/cnt/dmf20150807_00685171
http://www.lalibre.be/actu/belgique/accueil-des-demandeurs-d-asile-pathetique-lamentable-revue-de-presse-55c844b63570b5465333523c
http://portfolio.lesoir.be/main.php?g2_itemId=971006&_ga=1.132754697.626903632.1439743595
(2) http://www.lavenir.net/cnt/DMF20150810_00686098
(3) (re)lire sur ce blog "Le pays de l'accueil", 12 octobre 2007.

A (re)lire aussi:
- "La honte", 9 juin 2015
- "Il y a trop d'étrangers dans le monde", 3 février 2011.



lundi 1 septembre 2014

Des gens admirables

Heureusement, oui heureusement qu'il existe encore des hommes politiques comme lui, qui ont le sens du sacrifice, qui choisisse le bien commun avant leur vie privée. Le marquis de Motte est maintenant ministre-président de la Communauté française (qu'on-ne-peut-plus-appeler-comme-cela-quoi-qu'en- dise-la-Constitution), mais sans attribution, sans compétence. Bref, un titre un peu ronflant, mais un portefeuille vide. N'aurait-il pas préféré s'occuper vraiment de la ville dont il est bourgmestre empêché de titre (1)?  C'est mal le connaître. "Après quinze années de vie ministérielle, dit-il, j'aurais sans doute pu trouver une vie familiale un peu plus confortable. Mais l'intérêt de Tournai comme de la Wallonie picarde, c'est de conserver ses relais..." (2) Il y croit profondément: "j'ai cherché l'intérêt politique. Pas l'intérêt personnel: il aurait été beaucoup plus simple et confortable, pour moi et ma famille, d'être juste député-bourgmestre de Tournai. " On apprécie le "juste député-bourgmestre", une double fonction à la portée du premier benêt et qui serait en effet indigne de l'empereur de Rudiland.
"Dans les heures difficiles que nous vivons, dit-il encore, avec la montée du nationalisme en Flandre, c'est le moment de rester sur le pont. Et pas dans un transat sur la plage." (2) Faut-il comprendre que son siège de bourgmestre serait comparable à un transat à Tournai-les-Bains, que l'occuper demanderait la même énergie?
Le marquis préfère donc être "ministre des pots de fleurs" (3), ce qui l'empêche - officiellement - d'exercer la fonction de bourgmestre. Dans les faits, il en va tout autrement. Il est au four et au moulin. Il y a les règles d'un côté et leur application de l'autre. Elles sont faites pour d'autres que lui. Lesquels? Pas son collègue de la Région wallonne Paul Magnette qui, tout ministre-président qu'il est, entend bien rester maïeur de Charleroi. Ni le ministre wallon Maxime Prévot qui reste à la tête de Namur. Ces deux-là avaient juré leurs grands dieux, lors des dernières élections communales, qu'ils se consacreraient totalement à leur mandat de bourgmestre. Mais les sirènes ministérielles les ont alpagués. A leur corps défendant.
Rudy Ier a de grandes ambitions pour sa ville: "ma toute grande priorité, c'est la gestion du quotidien", affirme-t-il (2). On voit par là qu'on n'a pas affaire à un visionnaire. Mais on lui pardonne: il est ministre-président, un relais. On ne peut être au four et au moulin.
Voilà pourqwé nos s'tons fîrs d'iess wallon.

(1) ou quelque chose d'approchant... On se perd entre le titre officiel et ce qu'il faut dire, ce qu'on ne peut pas dire, ce qui est politiquement plus correct. C'est compliqué.
(2) L'Avenir, 30 août 2014.
(3) l'expression est de Jean-Luc Crucke (Sudpresse, 23 juillet 2014).

(Re)lire sur ce blog: "Abonnés à Cumul+", 28 octobre 2011.

dimanche 6 juillet 2014

Boire et déboires

Le Français est chauvin, le Belge ne cesse de le dire. Lui ne l'est pas. Mais alors pas du tout, il en est convaincu. 
Quittant pour quelques jours la France, à la veille du match de foot opposant les Bleus à l'Allemagne, je n'y vois guère de drapeaux aux couleurs nationales arborés aux fenêtres. Arrivant en Belgique, à Tournai plus précisément, je n'y compte pas les centaines, les milliers de drapeaux affichés aux fenêtres et aux murs des maisons, accrochés aux voitures, à leurs rétroviseurs, les gens vêtus de rouge-jaune-noir. L'hystérie collective a gagné le pays. Les journaux ne parlent que de foot, que de cette équipe nationale qui enthousiasme le pays et ira, c'est sûr, jusqu'en finale. Si pas au-delà. Le monde a dû s'arrêter de tourner. La presse n'a plus ni espace ni temps pour aborder d'autres sujets. On voit par là que le Belge est un supporteur comme les autres, chauvin, nationaliste, sûr que son équipe est la meilleure.

Ce samedi à 18h, à l'heure de la rencontre opposant les équipes belge et argentine, je sors en ville. Elle n'est qu'une clameur.  Les supporteurs en retard se pressent vers la grand-place, où se donne la grand messe. Ailleurs, les rues sont vides, d'un calme inhabituel à cette heure. Derrière des fenêtres, on entend parfois les commentaires du journaliste de la RTBF, on devine des gens vêtus aux couleurs nationales. La police a mobilisé ses chevaux qui frappent le pavé de leurs sabots. Autour des poubelles s'entassent des canettes de Jupiler. Les rues sentent l'urine. Les homme savent pourquoi. Déjà, la rumeur de la foule s'est adoucie. La Belgique est menée au score. "A la chanson wallonne", à Saint-Piat, l'amertume a gagné les verres. Dans un café du quartier de Sainte Marguerite, Che Guevara ne parvient pas à motiver la petite dizaine de supporteurs qui regardent la télé d'un œil déçu: "hasta la victoria siempre", dit-il. On sait quel camp il soutient.
Aux terrasses des cafés, des supporteurs trop sensibles au stress, boivent une bière, loin des écrans. Au café "Le Paradis", on espère un miracle. Mais c'est Messi et non les Diables qui y fait la loi. La fête est finie. C'est trop injuste. On était pourtant les meilleurs. "Chuis trop zaraf", dit un jeune au bord des larmes. La pluie tombe drue, nettoyant les trottoirs et les coins de porte. Une écharpe aux couleurs belges dérive lentement sur l'Escaut.

vendredi 2 mai 2014

Nouvel aristo

C'est l'histoire d'un homme, jeune alors, qui fut un espoir pour de nombreux militants du Ps wallon. Il incarnait le changement, il allait rénover ce vieux parti gangréné par des affaires à répétition.
Vingt ans plus tard, c'est devenu un cumulard qui a fait reculer les règles de son parti pour pouvoir être partout. Le Ps du Hainaut occidental interdisait à un mandataire de ses rangs d'être à la fois parlementaire et bourgmestre ou échevin d'une ville de plus de cinquante mille habitants. L'imperator de Wallonie picarde a fait sauter la règle. C'était nécessaire car il est indispensable. Qui d'autre que lui pourrait à la fois présider le gouvernement wallon et celui de la Communauté française, tout en étant bourgmestre de Tournai (où il s'est auto-parachuté) et grand chef de la Wapi?
Rudy Demotte méprise les règles de l'institution qu'il préside. Il refuse d'être "bourgmestre empêché",  se dit "bourgmestre en titre", et donc, en dépit des décrets dont il est censé être le garant, bourgmestre de facto de Tournai, une ville avec laquelle il "communie" (sic - et on est prié de ne pas rire).
Aujourd'hui, ce bourgmestre qui ne peut l'être mais l'est quand même annonce qu'il rempilerait volontiers à la double fonction de ministre-président (1).
On voit par là que l'ambition personnelle est toute puissante et nuit à la démocratie. Et qu'il faudrait changer les règles: un seul mandat à la fois et deux ou trois au grand maximum, et puis céder la place. Passer de gouvernant à gouverné quand d'autres feront, pour un temps aussi limité, le chemin inverse. Il faut mettre fin au professionnalisme politique, à l'aristocratie élue (selon les terme de David Van Reybrouck) (2) dont le petit marquis de Wapi est l'illustration.

(1) www.lesoir.be/533791/article/actualite/belgique/elections-2014/2014-05-01/rudy-demotte-candidat-sa-propre-succession
(2) David Van Reybrouck: "Contre les élections", Babel - Actes Sud, 2014.

(re)lire aussi sur ce blog, notamment (il y en a beaucoup d'autres sur le même monarque):
- "Un homme providentiel", 18.02.2014.
- "Premiers communiants", 04.12.2012.
- "Pêcheurs empêchés", 13.10.2012.
- "Shizophrénie", 25.11.2011.

samedi 4 janvier 2014

Etre et avoir été

"Qui part vivre loin de sa ville natale s'expose à la voir d'un autre œil quand il y remet les pieds". Ce proverbe syldave voit juste. 
Le regard qu'on peut poser sur Tournai, ville qui s'enorgueillit d'être "ville d'art et d'histoire(s)" et première capitale d'Occident et de posséder deux monuments (sa cathédrale et son beffroi) répertoriés au patrimoine mondial par l'UNESCO, est aujourd'hui peu positif. 
Bien des rues sont sales, parsemées de canettes, de papiers, de crottes de chien. Certaines sont tellement défoncées qu'elles ont l'aspect de pistes (d'obstacles). De très nombreux trottoirs présentent depuis des années des rustines, balafrés de goudron, de graviers, de terre. Des jonctions entre des rues récemment rénovées et les voiries adjacentes n'ont jamais été terminées.  Des escaliers et des passages sont fermés depuis des années, dans l'attente d'une improbable restauration. Des feux de passage pour piétons sont en panne depuis vingt ans, peut-être trente.
La capitale de la Wapi a peu de respect pour ses habitants et pour les touristes qu'elle espère séduire. Le nouvel office du tourisme (qu'on considèrera, selon sa bienveillance, comme une semi-réussite ou un demi-échec) n'offre aucun parking pour vélos. Les pèlerins cyclistes en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle et venus de Flandre ou des Pays-Bas sont pourtant nombreux à y faire étape. La ville considérée comme pilote en matière de circulation cycliste par la Région wallonne semble ignorer les deux-roues autant que les piétons. Et que dire du sort des personnes à mobilité réduite?
On voit par là que cette ville mériterait d'avoir un vrai bourgmestre à temps plein, plutôt qu'un maïeur cumulard qui s'enorgueillit d'être "bourgmestre en titre", mais a autre chose à faire et un "échevin délégué à la fonction maïorale" (on est prié de ne pas rire). En attendant, la ville accuse le poids de ses années et son urbanisme, même si certaines artères ont été rénovées, indique clairement qu'il s'agit là  de "la plus ancienne ville de Belgique".

Et ceci qui n'a rien à voir (quoique):
On le sait peu: on produit du vin à Tournai. On en trouve la preuve au rayon vins du Colruyt qui propose un Pinot blanc cuvée 2012. Son nom: Rudisbourg.

dimanche 24 novembre 2013

L'art hors la ville

L'art mural est très présent en Irlande du Nord où il raconte l'Histoire, honore les héros et les combats et préserve la mémoire. Les murs de bien des communes d'Amérique latine sont des supports à la créativité populaire, ils diffusent des slogans socio-politiques, témoignent de l'Histoire ou servent l'art.
Les plus grands musées du monde ont aujourd'hui exposé des œuvres d'artistes de rue, d'Ernest Pignon-Ernest à Cédric Bernadotte, en passant par Banksy, Lek ou bien d'autres.
La plupart du temps, l'art urbain - et c'est ce qui fait sa force et lui donne son sens - s'exprime librement, presque sauvagement.
A Tournai, qui est fière de sa politique culturelle (à juste titre à bien des points de vue), le street art, art rebelle par essence, doit se plier aux règles.  "L'art dans la ville" y a sa période: deux semaines en octobre. Hors ces dates, il est prié de regagner les galeries et de ne pas s'afficher à l'extérieur.
Voici quelques années, un grand pignon en centre-ville, sur la rive gauche de l'Escaut, a été peint par trois artistes de street art. Le propriétaire de la maison, peintre en bâtiment, avait mis son mur et de la peinture à disposition des trois jeunes artistes pour qu'ils s'expriment. Il n'avait demandé aucune autorisation pour ce faire. Mal lui en prit. La Ville opposa un refus à sa volonté de régulariser la situation. Aujourd'hui, c'est le tribunal qui lui enjoint de faire disparaître la fresque (1).
Deux artistes tournaisiens ont relancé la peinture murale au lendemain de la seconde guerre mondiale: Edmond Dubrunfaut et Louis Deltour avaient créé "Forces murales" avec le bruxellois Roger Somville. Leur objectif: mettre l'art à la portée de tous, et donc d'abord dans la rue. La Ville s'enorgueillit encore de les avoir comptés parmi les siens. On trouve des œuvres de Dubrunfaut dans le tunnel de la gare de Tournai, à la piscine de Kain et en de nombreux lieux publics à Antoing. Des commandes publiques à chaque fois, qui par leur nature même induisaient sans doute une autorisation automatique.
A Tournai, il semble que l'art doive rester sous contrôle des institutions: Ville ou Maison de la Culture.
Pendant que le peintre en bâtiment est prié d'effacer ce témoignage d'art urbain non autorisé, IDETA (2) se bâtit à deux pas de là, de l'autre côté de l'Escaut, un immeuble qui est affirmation de puissance. Il dépasse de deux étages toutes les constructions voisines. Ce temple de la suffisance affichée est donc irrespectueux des règles d'urbanisme. IDETA a notamment pour rôle de conseiller les communes de sa zone d'influence en matière d'urbanisme et d'aménagement du territoire. Ce chantier dispose évidemment d'un permis en bonne et due forme. 
A quoi reconnaît-on une petite ville de province?

(1) www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20131122_00392726
(2)  IDETA est l'Intercommunale de Développement économique de Tournai-Ath.

dimanche 6 janvier 2013

Vos beaux yeux, Marquis, d'amour mourir me font

On ne devrait jamais partir en vacances à la jonction de deux années. De l'une à l'autre, on a la faiblesse d'espérer un changement. On est fatalement déçu. On quitte la Wapi (cette magnifique Wallonie picarde que l'Europe entière - voire le monde - nous envie) fin 2012. On la retrouve début 2013. On constate que la féodalité se porte toujours aussi bien. A Tournai, le Marquis de Motte a prononcé ses voeux (1). Il espère le meilleur et il y croit comme chaque année, mais estime - répliquant à Bart de Leeuw van De Wever en Vlaanderen - que "le confédéralisme est un piège à cons". Sa phrase n'entrera pas plus dans l'Histoire que celle qu'il a paraphrasée: "le confédéralisme, c'est le fédéralisme des cons", avait déclaré bien avant lui quelqu'un d'autre (2). Après cette saillie forte, Rudy Ier attend des applaudissements qui n'arrivent pas. En grand professionnel, il enchaîne, sous le regard admiratif de ses courtisans réunis en la Halle aux Draps à Tournai. Ils sont nombreux. Très. Au point qu'il sont innombrables. Mais qu'importe pour lui? Il a tenu à saluer chacun personnellement. Il embrasse chacun et chacune d'entre eux. Peut-être l'an prochain les embrassera-t-il sur la bouche, à la soviétique. En attendant, nous assistons là à un grand moment d'autodémocratie. Une communion entre un chef et celles et ceux qui l'ont fait. C'est si beau à voir. Si émouvant. On est sûr que toujours ses chaussures seront bien cirées. C'est la marque du marquis.

(1) JT de la RTBF, 6 janvier 2012, 19h30.
(2) Mais qui donc?

lundi 12 novembre 2012

Le bal des hypocrites

Ca y est, le Collège communal de Tournai est formé. Rudy Demotte l'a présenté à la presse. Rudy Demotte? N'est-il pas bourgmestre empêché? Certes, mais il est quand même bourgmestre en titre, une fonction qui n'existe pas (1), mais à laquelle il tient beaucoup (2). Il n'y aura d'ailleurs pas, à Tournai, de bourgmestre faisant fonction. Il n'aime pas non plus cette appellation. Il y aura un "échevin délégué à la fonction de bourgmestre". On est prié de ne pas rire. Il n'y a d'ailleurs pas de quoi. L'interdiction de cumul entre la fonction de ministre et celle de bourgmestre est totalement pervertie par le Coq wallon picard. Il signale également qu'il présidera les débats en conseil communal et qu'il occupera le bureau de bourgmestre (3). Les choses sont claires: il a été élu bourgmestre, il le sera envers et contre l'esprit de la loi. Celui qui apparaissait, voici quinze ans, aux yeux de plusieurs militants socialistes, comme un rénovateur, apportant la démocratie au sein du Ps, n'est finalement qu'un conservateur de plus. Il devrait se méfier, le pouvoir rend fou. Il pourrait être atteint. 
A Thuin, c'est d'échevin empêché qu'il s'agira, Mais "c'est à une autre hauteur qu'il y a de quoi s'énerver, écrit la Libre (4): sur l'hypocrisie voulant que des ministres se présentent aux communales sans intention de quitter leur gouvernement, puis qu'ils restent les vrais patrons dans leur commune en laissant penser l'inverse... Une situation qui prend un relief particulier dans le cas thudinien où le ministre en question, Paul Furlan (PS), a en charge la tutelle des communes wallonnes!"

Pendant ce temps-là, la collègue de Demotte et Furlan, Fadila Laanan, Ministre de la Culture, désigne au poste de président du CSA, son chef de cabinet adjoint (5). Un conseil comme le CSA a pour fonction de rendre des avis en toute indépendance par rapport à l'Exécutif. "Le CSA est l'autorité administrative indépendante chargée de la régulation du secteur audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles."(6) On se sent pleinement rassuré quant au respect de cette indépendance! 
On l'est tout autant par rapport à la CRAT, autre instance indépendante, chargée, elle, de rendre des avis dans le domaine de l'aménagement du territoire: elle a pour vice-présidente une membre du Cabinet Demotte, en l'occurrence Josiane Pimpurniaux, qui est aussi en charge - quelle coïncidence! - des questions d'aménagement du territoire dans ce même cabinet (7). O tempora, ô mores!

Tout petit déjà, c'est fou comme tout me foutait le dégoût.
Alain Souchon

(1) (re)lire "Pêcheurs empêchés" sur ce blog, 13 octobre 2012.
(2) (re)lire "Le petit déjeuner des gens de terrain" sur ce blog, 17 octobre 2012.
(3) L'Avenir, 12 novembre 2012.
(4) LLB, 12 novembre 2012.
(5) LLB, 9 novembre 2012.
(6) www.csa.be
(7) http://demotte.wallonie.be/equipe

dimanche 11 novembre 2012

I'm a neandertal man *

Il est des promeneurs qu'il faudrait éviter de rencontrer. Des promeneurs déplaisants et visiblement guère heureux qui cherchent à croiser votre regard pour aussitôt le trouver mauvais ou provocateur. Il ne leur en faut pas plus pour qu'ils cherchent et le plus souvent provoquent la bagarre. Ils ne vous saluent pas, ils vous frappent. Les nuits de week-ends, la place Saint-Pierre à Tournai semble (de l'avis de certains noctambules) fréquentée par nombre de ces promeneurs qui visiblement ne s'y baladent que dans ce seul projet. Les comprenne qui pourra. L'Homme de Néandertal devait être plus civilisé qu'eux.
Si vous ne pouvez croiser leur regard, ces promeneurs sont tout aussi agressifs. Ainsi, ce jeune aveugle qui, circulant tout récemment le long d'une chaussée tournaisienne, a entendu de l'autre côté de la rue qu'on s'adressait à lui de la sorte": "Hé, mongol, t'as vu comment tu marches! Une vraie démarche de mongol". Comment expliquer tant d'agressivité et de bêtise? On reste confondu par la capacité de régression de la race humaine.
Dans sa série "La vie secrète des jeunes", publiée dans Charlie Hebdo, Riad Sattouf dessine des scènes qu'il a observées dans des lieux publics (le plus souvent parisiens): rues, transports en commun, cafés, etc. On y retrouve, parfois, des scènes tendres ou drôles, le plus souvent des situations navrantes de bêtise. On voit par là qu'il faut investir, plus que jamais, dans l'éducation et la culture.


* titre d'un morceau du groupe Hotlegs, en 1970. Musique et paroles étaient assez primaires, mais elles invitaient à faire l'amour (même s'il était néandertalien) plutôt que la guerre.

dimanche 21 octobre 2012

Le martyr de Sainte Marguerite

L'église Sainte-Marguerite, sur la place de Lille à Tournai, est inutilisée depuis quelques dizaines d'années. Sa tour gothique est classée, elle date du XIVe siècle. Laissée à l'abandon, l'église a été cédée en 2004 par la Fabrique d'église à la société tournaisienne "Monument Hainaut". Le "rachat" s'est fait pour un euro symbolique. On suppose que l'entreprise de construction avait des projets de réaffectation de l'église. En tout cas de conservation. C'est d'ailleurs son objet premier: elle "a centré ses activités sur la conservation du patrimoine architectural" (1). "Le patrimoine européen est très riche et il nous incombe de le préserver", affirme-t-elle. Loin de le conserver, elle a laissé le bâtiment se dégrader plus encore. Monument Hainaut vient de revendre l'église à la société immobilière Gil Construction qui compte rénover totalement le bâtiment en y créant une quinzaine d'appartements et des espaces d'expo, de bureaux, de commerce.
Le nouveau propriétaire n'a pas voulu dévoiler le montant de l'achat, "tout en laissant entendre, dit le Courrier de l'Escaut (2), que l'on peut multiplier ce montant (d'1 €) au minimum par 100.000...".
En ces temps difficiles, vous cherchez un moyen de gagner de l'argent? Les églises désaffectées sont de plus en plus nombreuses dans nos pays. Achetez-en l'une ou l'autre pour un euro, en promettant de la réaffecter un jour (à la saint glinglin par exemple), puis revendez-la quelques années plus tard. Au prix fort. La préservation de notre patrimoine n'a pas de prix.

(1) http://fr.monument.be/companies/8-monument-hainaut
(2) 17 octobre 2012.