Discours à la fois humble, calme et décidé du Président de la République ce lundi soir. Il reconnaît des erreurs, condamne la violence, annonce des mesures concrètes et rapides en faveur des revenus les plus faibles. Il dit vouloir affronter les questions du réchauffement climatique et de l'immigration et promet une consultation large de l'ensemble de la société notamment pour en finir avec une société trop centralisée. Il appelle chacun à assumer ses devoirs et promet de revenir rendre des comptes. Il met en avant trois valeurs: dialogue, respect, engagement. Que pouvait-il dire de plus? Annoncer des mesures fortes en faveur du climat qui, plus que tout, doit être la priorité des priorités (1). Mais pas celle des Gilets jaunes.
Le risque est grand de voir la société française basculer dans un chaos que souhaitent les pyromanes, nombreux tant dans ce qu'on appelle la société civile que dans la classe politique. Les irresponsables se sont multipliés ces dernières semaines.
Il y a quelques jours, dans l'Obs, le journaliste Serge Raffy (2) appelait à voler au secours du "soldat Macron": "jamais aucun président n'avait connu un tel déferlement de haine". Certains, dit-il, lui ont prédit une fin à la Kennedy, "ce qui ressemble furieusement à des incitations à la haine". Il rappelait la légitimité d'Emmanuel Macron, malgré ses erreurs et son arrogance. Il reste, écrit-il, "le rempart contre toutes les dérives, celles du chaos, de l'insurrection généralisée courant vers une France trumpisée. Car il ne faut pas se voiler la face, le mouvement des Gilets jaunes n'a rien de bolchevik. Il pourrait très vite se transformer en un mélange détonnant du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue qu'on voit à l'œuvre en Italie."
Certains à l'extrême gauche soutiennent pleinement le mouvement, guère gênés par les positions racistes et réactionnaires d'une partie des G..J. Toujours cette même vieille logique simpliste et dangereuse qui veut que les ennemis de notre ennemi sont nos amis. Les populismes se retrouvent dans le dégagisme, et la surexcitation de la perspective d'une révolution peut rendre aveugles voire stupides certaines personnes qu'on pensait plus mesurées et capables d'analyses un peu nuancées.
Dès la fin du discours du Président, des représentants (légitimes ou non? on s'y perd) des G.J. condamnaient (3) ses annonces, témoignant de leur incapacité à saluer leur propre victoire, de leur volonté de jusqu'au boutisme (mais pour aller au bout de quoi? chacun d'entre eux seul le sait) et de leur analphabétisme démocratique.
S'ils étaient honnêtes avec eux-mêmes, ils reconnaîtraient qu'ils ont été entendus sur la part la plus importante de leurs revendications, ils célèbreraient leur victoire et ils quitteraient leurs ronds-points, au risque, sinon, d'y tourner en rond et d'apparaître comme totalitaires. Leurs actions ont créé entre eux de nombreuses rencontres et des liens forts. On peut comprendre qu'ils abandonnent difficilement leurs campements. A eux de passer à un autre mode de fonctionnement, à être actifs et solidaires dans leurs villages, dans leurs quartiers, à participer, comme tout citoyen, aux débats qui se mettront en place et à inventer l'avenir. Dans le dialogue, dans le respect, dans l'engagement.
(1) http://www.lalibre.be/actu/planete/en-2030-le-climat-ressemblera-a-celui-d-il-y-a-3-millions-d-annees-5c0ed1b1cd70e3d2f72d4142
(2) https://www.nouvelobs.com/politique/20181207.OBS6746/edito-il-faut-sauver-le-soldat-macron-par-serge-raffy.html
(3) sur le plateau de France 2.
Post-scriptum: à propos de la comparaison avec l'Italie, lire cet article du Monde (réservé aux abonnés, donc lisible partiellement si on ne l'est pas):
https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/12/on-retrouve-dans-l-opposition-a-emmanuel-macron-les-memes-mecanismes-mis-en-place-contre-matteo-renzi_5396108_3232.html