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lundi 31 mai 2021

Le parti d'en rire

Les partis politiques tremblent: les Gilets jaunes - ceux de Châteauroux en tout cas - annoncent leur décision de se présenter aux élections législatives de 2022 et de faire table rase de la politique actuelle (1). C'est indispensable parce qu'aucun élu n'est légitime à leurs yeux. Quand ils seront élus, ils l'auront, cette légitimité. Puisque qu'ils bénéficient du soutien général, assurent-ils. Ils se présentent comme totalement anti-système. D'ailleurs, leur première revendication, c'est la baisse du prix de l'essence. Ils ne proposent pas une vraie politique de transport en commun, de co-voiturage ou de soutien au vélo, non, ils veulent juste que le carburant coûte moins cher, pour pouvoir circuler plus en voiture. Soit un soutien au système bagnoles. Il est des anti-système très système. Pour se débarrasser du parti En Marche, les Gilets jaunes créent En Marche arrière.

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/indre-des-gilets-jaunes-creent-leur-parti-politique?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=14&pageId=57da5ce5459a4552008b469a



samedi 14 mars 2020

D'où vient l'expression "Con comme un gilet jaune"?

De là:
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/malgre-les-recommandations-du-gouvernement-des-gilets-jaunes-defilent-a-paris_2120896.html

De là toujours, on en arrive à se poser une question qu'on ne s'était jamais posée: et si les Gilets jaunes étaient des agents de l'étranger? Payés par Ubu Trump? On en est au même niveau de réflexion intellectuelle.

samedi 27 avril 2019

Grogne et élections

Le président Emmanuel Macron n'avait pas fini d'énumérer, il y a deux jours, la longue liste des réformes qu'il veut engager à la suite du Grand débat que les Gilets jaunes exprimaient déjà leur déception. Mais un Gilet jaune le serait-il encore s'il n'était pas mécontent, s'il ne restait un éternel insatisfait? C'est ce qui le caractérise: bougon, boudeur, grognon, râleur. Aucune annonce ne peut le contenter. France 3  (1) recueillait sur un rond-point les réactions de Gilets jaunes pendant la conférence de presse du président. Sans surprise, ils s'affirmaient très déçus. La mauvaise foi est érigée en vertu. On croirait voir des enfants qui, face aux remarques de leurs parents, se mettent les mains sur les oreilles en criant pour être sûrs de ne rien entendre. Ils pourraient se réjouir d'avoir été, au moins partiellement, entendus, mais ils préfèrent la posture du puriste ou du capricieux. Sans doute aucun président n'a-t-il jamais annoncé, dans l'histoire de la République française, autant de réformes en même temps pour répondre à la grogne, mais les Gilets jaunes avaient décidé, dès le départ, que quoi qu'il dise ils resteraient mécontents. Leur existence repose sur l'insatisfaction. Il n'est point de pire sourd que celui qui a attrapé la fièvre jaune.

Le Journal d'Arte (1) affirme qu'ils sont notamment déçus par les annonces du président en matière d'écologie, "un thème très cher aux Gilets jaunes". Voilà qui nous avait échappé: si une petite frange d'entre eux est inquiète pour l'avenir de la planète, la plupart est quand même faite d'automobilistes qui veulent rouler comme bon leur semble.
Les écologistes, eux, ne sont pas déçus, parce qu'ils n'attendaient rien de Macron, disent-ils (2). Ce qui ne les empêche pas de regretter que les réflexions sur l'avenir de la planète et les mesures à prendre soient confiées à un panel de citoyens tirés au sort. Mais quel élu a pris ou oserait prendre des mesures fortes et contraignantes en faveur de l'environnement et du climat? Aucun. Même chez les écologistes. On se souvient qu'il y a seize ans, suite à son cuisant échec aux élections fédérales, Ecolo avait décidé de non plus s'opposer mais s'abstenir sur le dossier dit de Francorchamps, estimant avoir été mal compris et injustement sanctionné par les électeurs. Plus récemment, ce sont les Verts allemands qui revenaient sur leur projet de taxer lourdement les carburants routiers. L'élection oblige à renoncer à ses propres objectifs, à sa cohérence. De qui espérer une avancée indispensable sinon de personnes qui ne sont pas liées à une élection?
Autre exemple à Limoges. Où le maire considère comme "une catastrophe" la décision de la compagnie aérienne Twin Jet de ne plus assurer la liaison Limoges-Paris depuis le 1er janvier dernier (3). En mai 2018, la Ministre des Transports avait fixé deux nouvelles obligations de service public sur les liaisons Limoges-Paris et Limoges-Lyon. "L'aéroport veut une desserte moderne, des avions plus grands, des toilettes à bord et des prix plus bas", soulignait le président de Limoges Métropole. La compagnie ne pouvant assurer un tel service avait annoncé en septembre qu'elle abandonnerait cette liaison. Comment peut-on parler de service public en parlant d'avion? Quel intérêt public y a-t-il à soutenir un mode de transport aussi polluant? Pourquoi faut-il une liaison aérienne entre Paris et Limoges (372 km)? Entre Limoges et Lyon (331 km)? Un élu est-il obligé de soutenir les positions les plus stupides? Ne peut-il plaider pour un abandon de ces lignes scandaleuses en accordant toute priorité au chemin de fer? Un élu, s'il veut survivre, doit plaire à son électorat et surtout ménager les grognons. Il doit assurer que tout va bien, que tout ira bien, que le confort ne fera que croître et que rien de ce qui le permet ne sera remis en question.

Pendant ce temps, la reine des grognons passe en tête des sondages pour l'élection européenne. La fille à papa peut remercier les Gilets jaunes, leurs analyses et leurs positions simplistes. On la croyait finie après le débat de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle où elle avait démontré l'extrême limite de ses capacités intellectuelles. Le RN-ex-FN engrange les voix de ceux qui sont, par essence (dans tous les sens du terme), mécontents.

Post-scriptum: on ne sait que penser des revendications des G.J. Arte (voir ci-dessus) affirme que l'écologie est un "thème très cher aux G.J.". Mais le Huffpost (4) s'étonne que Macron n'ait pas répondu positivement à l'exigence des G.J. de supprimer la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires et d'abandonner tout projet de taxe carbone. Sont-ils pour ou contre l'écologie finalement? Faudrait savoir. Mais c'est sans doute qu'il y a Gilets jaunes et Gilets jaunes: ceux qui sont plus jaunes que jaunes, ceux qui sont verts de rage, ceux qui sont en colère, ceux qui sont le vrai peuple fâché, ceux qui sont le peuple vraiment fâché, ceux qui sont oh là là vous n'avez encore rien vu. Chaque samedi, lors de leur promenade traditionnelle, ils sont un peu moins nombreux. Ils ne lâchent rien, mais sont lâchés par tous les autres.

(1) 25.4.2019.
(2) https://www.nouvelobs.com/politique/20190425.OBS12118/les-ecologistes-n-attendaient-rien-de-macron-ils-n-ont-pas-ete-decus.html
(3) "Une surprise générale... qui surprend", La Montagne, 27.12.2018.
(Re)lire sur ce blog "En marche", 27.12.2018.


jeudi 28 mars 2019

L'absence de radar tue

Ah! c'est vraiment chouette de rouler ces derniers mois sur les routes françaises. Les Gilets jaunes, dans leur haine de l'Etat, ont détruit ou mis hors d'état de fonctionner les trois quarts des radars du pays. Résultat: le nombre de morts sur les routes est reparti à la hausse. Et pas un peu: du jamais vu depuis dix ans: + 4% en janvier et + 17% en février (37% de plus qu'un an auparavant), soit 253 personnes décédées le mois dernier. Parmi elles, beaucoup de cyclistes et de piétons. Les responsables nationaux de la sécurité routière pointent du doigt la destruction des radars. Elle crée "un sentiment de carnaval", affirme l'un d'entre eux, l'impression qu'on peut rouler sans limites. Ce qui, mécaniquement, dit-il, provoque des accidents (1). 
Si d'aventure un Gilet jaune était amené à lire ce billet, il serait intéressant qu'il nous explique quel est l'intérêt de niquer des radars. Et qu'il ne nous sorte pas le vieil argument rabaché et stupide de l'Etat qui vole les braves automobilistes. Sans compter le manque à gagner, le remplacement des radars détruits ou leur remise en état est estimé à quarante millions d'euros. On ne peut s'empêcher de se dire qu'on aurait pu mener tant de projets sociaux ou culturels intelligents avec une telle somme plutôt que de la dépenser pour réparer une casse imbécile. Les morts, eux, ne reviendront pas.

(1) Journal de 13h, France Inter, 28.3.2019.

Post-scriptum: "Casser les radars, l'œuvre d'abrutis":
https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-29-mars-2019

samedi 23 mars 2019

Ça suffit (2)

Je n'ai pas l'habitude de diffuser, tels quels, sur ce blog d'autres textes que les miens. Mais je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous un texte de Bruno Frappat, directeur du quotidien (au titre si étrange et si rébarbatif) La Croix, et auparavant directeur de la rédaction du Monde. Je partage. Entièrement.

Ça suffit, les gilets jaunes !
Bruno Frappat , le 22/03/2019 à 10h48 - La Croix

Le moment est venu où l’on aimerait faire autre chose, le samedi, que de se demander dans quel quartier de Paris, ou dans quelle ville moyenne les gilets jaunes vont défiler ou stationner. C’est assez d’énergie vitale dépensée depuis le 17 novembre à se planter devant BFM TV, la chaîne qui est aux gilets jaunes ce que TF1 fut naguère à la Formule 1 ou Canal + à la pornographie. Impossible de se détacher de ces images en boucle et de ces commentaires creux tentant de décrire chaque détail des drames en cours. On a même surpris un jour la chaîne officielle des plaies et bosses montrer en direct, de toute urgence, des images venues de Toulouse où, expliquait l’envoyé spécial, il y avait déjà « une dizaine de gilets jaunes en train de se rassembler non loin de la place du Capitole » sous l’œil encore bonhomme de quelques CRS immobiles.
Que de temps perdu à essayer de lire un message clair sur les visages exaspérés de ces manifestants déguisés en naufragés de la route. Que de dizaines d’heures passées à subir des vociférations sur leurs colères irrépressibles, venues du fond de détresses matérielles dont on voulait bien admettre la réalité. Que d’invitations complaisantes sur plateau à certains de leurs représentants (mot inadéquat) pour laisser libre cours, à longueur d’antenne, à leur détestation de tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une autorité, de tous ceux qui, de près ou de loin, détiennent une parcelle de pouvoir.
Un jour, ce sont les chefs d’État que la France s’est donnés « depuis trente ou quarante ans », le lendemain ce sont les députés « payés à rien faire avec notre argent », « les hauts fonctionnaires », ces « incapables trop payés avec nos impôts », le surlendemain ce sont les journalistes, ces bobos des villes qui disent et écrivent n’importe quoi sous la dictée du pouvoir depuis leurs bureaux parisiens. Ou bien ce sont les policiers d’une « violence » que « même l’ONU a décidé de condamner » et qui mutilent les braves gilets jaunes, leur crèvent les yeux, leur sectionnent les mains ou les bras avec une sauvagerie inégalée sur terre.

Mauvaise foi
Au bout d’un moment, franchement, la coupe de la haine ainsi déversée déborde dans nos salons et nos appartements au moment où s’annonce d’ordinaire le calme salutaire et domestique des week-ends familiaux et nous n’en pouvons plus. Nous en avons eu par-dessus la tête du simplisme, de la violence verbale et physique, de la vulgarité de la « pensée », de la mauvaise foi à propos des commentaires politiciens des hommes et femmes tentant de récupérer à leur profit un mouvement populaire. Mouvement monopolisant à la fois la parole et la légitimité du « peuple » dont il n’est pourtant qu’une infime partie, l’équivalent d’un Parc des Princes. Mauvaise foi quand les « bons » manifestants sont soigneusement distingués des horribles casseurs dont ils sont les poissons pilotes. Laideur de ces « braves gens » qui se photographient triomphalement devant des kiosques calcinés, comme des chasseurs d’Afrique le pied martial posé sur les cadavres de lions ou d’antilopes.
Convenez que, pour un journaliste, voir brûler un kiosque à journaux provoque un intense traumatisme et que ces faux badauds rigolards en train de filmer la scène paraissent des complices de criminels. Il n’y a rien de plus pénible que ces scènes répétées d’hommes à terre, isolés, battus par des groupes haineux, qu’il s’agisse de policiers ou de gilets jaunes et leurs alliés à capuches noires ; rien de plus honteux pour notre civilisation que ces émeutiers s’emparant de tout ce dont débordent les boutiques qu’ils ont éventrées et qui repartent en courant chez eux avec leur butin de luxe.

Assez de tout cela, épargnez-nous cela, gilets jaunes ! Assez de ces saccages en direct, de ces analyses fumeuses sur le niveau d’aspiration démocratique que cela traduit. Assez de ces péremptoires analyses des maladresses du pouvoir, de son « autisme », de ses séjours au ski ou dans de folles soirées en famille ou entre amis. Assez de ces tombereaux de haine, de grossièretés dont, dès le début du mouvement, nous avions anticipé que cela finirait par sentir très mauvais. De nombreux lecteurs, cathos désolés, nous avaient reproché de ne pas être du côté des « pauvres » et de mépriser, bourgeois incorrigible, une révolte juste. Certains nous vouèrent à la géhenne. Nous ne regrettons pas d’avoir, semaine après semaine, au risque de radoter, dit tout le mal que nous ressentions au spectacle de ce mouvement des « ronds-points », dont la place de l’Étoile fut le point d’orgue navrant pour une symphonie nationale d’une particulière mocheté. Assez, aussi, de ne pas pouvoir dire un mot sans être traité de richard, de Parisien ignorant les besoins des « vraies gens », de journaliste planqué sous son clavier et tirant ses grenades de mots.

Interdictions
Tellement assez qu’on en vient à approuver les décisions « liberticides » visant à interdire certaines de ces manifestations qui nous gâchent l’existence et nous auront fait passer, à nous qui sommes autant la France que tous les violents et les mécontents perpétuels, un des pires hivers de notre existence. Mauvaise foi, toujours, de ceux qui, après avoir reproché au pouvoir sa faiblesse et son laxisme, en viennent, dans le même souffle, à dénoncer le passage en force au niveau répressif que représente l’interdiction de manifestation dans certains quartiers de nos villes.

Oh ce goût d’amertume que nous laisse le mouvement des gilets jaunes et dont la trace dans l’histoire sera celle d’un immense gâchis, divisant les Français et déchirant les familles au-delà du raisonnable. Ce sera le souvenir de milliers de braves gens, en effet, manipulés par des petits malins et des pervers qui détestent la société et les règles qui la régissent. Cela restera le souvenir d’une grande manipulation et d’un théâtre d’ombres accoutrées. Dès le début, on pouvait deviner sous les cagoules des petits voyous venus de tous côtés, et représentant le visage odieux du fascisme et de son pendant, l’anarchie, avec ces « révolutionnaires » qui rêvent dans le noir et tentent d’abattre le régime sous lequel nous vivons – pas si mal. Donc, voyous et braves gens, laissez-nous maintenant goûter le printemps, qui a fini par revenir.

Bruno Frappat

https://www.la-croix.com/Debats/Chroniques/Ca-suffit-gilets-jaunes-2019-03-22-1201010625?from_univers=lacroix

Post-scriptum:
Quelques slogans - édifiants - vus dans les manifs de ce samedi:
"Militaires, policiers, désobéissez, rejoignez-nous contre cette mafia";
"Stop à l'oppression du gouvernement et des médias contre les citoyens en colère!";
"Arrête le bla-bla, on attend les résultats";
"On en a marre de se faire taxer, rends-nous notre pognon".
Mon slogan à moi: "On n'est pas sauvé avec cette bande-là".

(Re)lire sur ce blog:
- "Ça suffit", 16.3.2019;
- "Pourquoi Paris brûle-t-il?", 19.3.2019;
- "Morosité et populisme", 3.3.2019;
- "Les Gilets jaunes par les nuls", 21.1.2019;
- "Les Gilets jaunes pour les nuls", 12.1.2019
et tant (trop) d'autres billets sur ce thème irritant.

mardi 19 mars 2019

Pourquoi Paris brûle-t-il?

Comment expliquer de tels déchainements de violence en France lors des manifs des Gilets jaunes? On n'en voit pas ailleurs d'une telle ampleur et d'une telle régularité. Ni au Venezuela, ni en Algérie, là où la violence aurait des raisons plus légitimes de se manifester. Contrairement à la France, quoi qu'en disent des Gilets jaunes qui la soutiennent sans la défendre : "moi, je ne suis pas violent, mais ils ont raison, c'est normal d'être violent vu ce qui se passe". Comprenez que nombre de G.J. sont contre la violence mais sont en fait pour. Certains d'ailleurs la pratiquent allègrement. Ou pillent après le saccage des Blacks Bloks. "De toute façon, y a que comme ça qu'on est entendu". Mais qu'est-ce qui est entendu sinon la brutalité, la hargne et la bêtise ? Qu'est-ce qui explique que la France soit tombée si bas, regardée ébahis par tous les autres pays qui n'arrivent pas à comprendre comment une démocratie est à ce point conspuée par une poignée de radicalisés obsessionnels ?
Qu'est-il arrivé au pays de la tchatche et du cartésianisme ? Nombreux sont les G.J. à avoir décrété dès le début et par principe que les débats ne servent à rien. On ne discute pas : on cogne, on brûle, on casse, on pille, on agresse, on crie, on conspue. Comment expliquer l'incendie volontaire et le saccage de sept kiosques à journaux, dont cinq totalement détruits (1) ? On ne peut s'empêcher de penser aux autodafés des nazis et de l'Inquisition. Quinze autres kiosques ont été vandalisés. Au total, quatre-vingt-onze commerces ont été détruits et pillés samedi dernier.
Les responsables des G.J. qui avaient appelé à manifester sur les Champs Elysées avaient d'emblée annoncé qu'ils n'assumeraient aucune responsabilité de ce qui arriverait. On a donc affaire à une bande de vrais irresponsables. Des gamins incapables d'assumer les conséquences de leurs actes. Des représentants qui n'assument pas leur rôle. Mais ce qu'engendre ce grand magma est effrayant. Comme l'écrit Jean-François Kahn, on assiste à la naissance d'un "monstre aux ailes d'extrême-gauche, aux pattes d'extrême droite, au bec fascisto-identitaire et au poil anarcho-libertaire". (2) On voit aujourd'hui les Gilets jaunes échanger avec les Blacks Bloks (3), créer entre eux des solidarités dans ce grand melting pot qui réunit des fâchés et des fous furieux qui ne structurent pas des demandes mais cassent, comme s'ils étaient incapables de formuler ou même de savoir ce qu'ils veulent.
Les oppositions de toutes couleurs ont beau hurler et fustiger le gouvernement et en particulier le Ministre de l'Intérieur sur leur incapacité à empêcher les dégradations, on peut aisément imaginer qu'aucune d'entre elles, au pouvoir, n'arriverait à maîtriser ce mouvement sans queue ni tête, ces fous furieux qui échappent à toute logique. Et le gouvernement n'a qu'une peur : celle d'un mort lors d'une de ces manif-émeutes dont le sens échappe de plus en plus à ceux qui n'y participent pas.
"Nous sommes nombreux à avoir sous-estimé la puissance de la ritualisation de l'action collective, à quel point elle galvanise ceux qui y participent", déclare Xavier Crettiez, professeur de sciences politiques à l'Université de Versailles (4). "Ce qui se déroule chaque samedi n'est plus une manifestation au sens traditionnel. (...) Tout est fait pour s'affranchir de ces règles institutionnalisées. On ne dépose plus de demande d'autorisation, car on ne veut plus se montrer dans une position où on échange avec l'Etat. (...) Cette suppression du cadre génère forcément du désordre."
Les G.J. sont fâchés, donc ils ont raison, donc ils ont tous les droits. Y compris de ne pas respecter certains devoirs. C'est comme ça. Point. On ne discute pas. Et tant pis si on est dans l'irrationnel. Tant pis s'il n'y a plus rien à comprendre. "La France, écrivait il y a quelques semaines déjà Paolo Levi, le correspondant de La Stampa à Paris, ne doit pas oublier son côté cartésien. Cette caractéristique doit être une boussole face à une partie des G.J. qui est entrée dans la nuit de l'irrationnel. Lors de réunions publiques pour le grand débat, certaines revendications sortent de tout cadre et n'ont parfois aucun sens." (5)
La question reste entière : pourquoi Paris brûle-t-il ? Quelqu'un le sait-il ?

Post-scriptum : et j'ajoute cette question : pourquoi n'y a-t-il pas plus d'indignation contre cette violence imbécile ? On a vu une mère et son enfant échapper de justesse à un incendie provoqué volontairement par ces fous furieux. Mais on n'entend pas "l'opinion publique" condamner ces assassins en puissance... Pas plus que s'indigner (au moins) de l'attitude antisémite ou raciste de nombre de Gilets jaunes. On s'en détourne, mais personne (ou si peu) n'ose les critiquer.

A lire cette intéressante et effrayante analyse:
https://www.huffingtonpost.fr/jeanphilippe-moinet/quand-la-connivence-melenchon-le-pen-devient-visible_a_23698043/?utm_hp_ref=fr-homepage

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/03/19/gilets-jaunes-les-kiosquiers-appellent-a-l-aide-le-ministre-de-la-culture_5438462_3234.html
(2) www.lesoir.be / 19.3.2019.
(3) https://www.nouvelobs.com/societe/20190318.OBS1942/jusqu-ou-etes-vous-prets-a-aller-le-drole-de-questionnaire-envoye-aux-black-blocs-par-des-gilets-jaunes.html
(4) https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/18/gilets-jaunes-l-usage-de-la-violence-est-toujours-un-calcul-risque_5437952_3224.html
(5) Le Courrier international, 7.3.2019.
A lire:
https://www.nouvelobs.com/chroniques/20190318.OBS1949/gilets-jaunes-l-art-du-maintien-du-desordre.html
https://www.nouvelobs.com/chroniques/20190318.OBS1919/gilets-jaunes-la-prise-du-fouquet-s-ou-la-bastille-pour-les-nuls.html


samedi 16 mars 2019

Ça suffit

Qu'on arrête d'essayer de nous faire croire que les Gilets jaunes ont le moindre lien avec les écologistes, le moindre souci de l'avenir de la planète. Ils nous donnent l'image de chiens en meute qui agressent, cassent, brûlent, polluent. Des chiens enragés sont évidemment incapables de s'asseoir autour d'une table et de discuter. Ils veulent aller jusqu'au bout. De quoi? Le savent-ils eux-mêmes? Ils ne suscitent plus que dégoût, incompréhension et écœurement. 
Qu'ils regardent les manifestants algériens, les jeunes un peu partout à travers la planète qui se battent pour leur avenir. On peut manifester dignement, joyeusement. Mais les Gilets jaunes se sont enfermés  dans leur rage imbécile et irresponsable.
Il est temps que les Gilets jaunes s'organisent entre eux pour améliorer la société autour d'eux et cessent leurs rassemblements haineux et violents. Ils sont totalement ringardisés par les manifestants pour le climat, autrement plus nombreux et plus audibles qu'eux.

A écouter: http://www.notele.be/it9-media63842-edito-les-gilets-ont-ils-franchi-la-ligne...-jaune.html
A lire:
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/16/il-n-y-a-que-quand-ca-casse-qu-on-est-entendu-recit-d-une-journee-de-violences-des-gilets-jaunes-a-paris_5437197_3224.html
Post-scriptum: dans l'article du Monde, une femme G.J. de Châtearoux affirme que "le train de Paris ne s'arrête plus à Argenton-s-ur-Creuse". Vérification faite sur le site de la SNCF, il y a ce dimanche 10 trains entre Argenton et Paris Austerlitz, entre 10h et 20h. Mais il y a, c'est vrai, des suppressions d'arrêts sur la ligne. De là à dire qu'il n'y a plus d'arrêt du tout, c'est - disons - un peu excessif. Mais les GJ sont tellement enfermés dans leurs certitudes et leurs fake news...

dimanche 10 mars 2019

Plus blancs que blanc

Parmi les mesures envisagées pour satisfaire les Gilets jaunes, on parle aujourd'hui d'une "reconnaissance" du vote blanc. C'est une obsession pour beaucoup de Français depuis longtemps. J’en ai déjà parlé ici (1) et je n'arrive toujours pas à la comprendre.
Quel sens a le vote blanc dans un pays où le vote n'est pas obligatoire? Pourquoi se déplacer jusqu'à un bureau de vote pour aller dire que personne ne vous convient? Si c'est le cas, présentez-vous à l’élection. Si aucun candidat ne peut vous représenter, alors présentez-vous vous-même comme candidat. 

C'est ce qu'ont fait certains, mais en présentant une liste « Vote blanc », (1) pour tenter de récupérer de manière absurde, voire scandaleuse, les votes des insatisfaits.
Pour l’élection présidentielle de 2017, Stéphane Guyot, qui avait mené une liste « Citoyens du vote blanc » en Ile-de-France aux élections européennes de 2014, entendait se présenter comme « le président du vote blanc ». Bien longtemps avant que les candidats à l’élection présidentielle ne soient officiellement connus, son « Parti du vote blanc » avait déjà décidé qu’aucun de ces candidats – non encore déclarés ! – ne répond(r)ait à ses attentes et il voulait donc présenter son candidat avec pour tout programme la reconnaissance du vote blanc. Voilà donc des listes ou des candidats qui reprochent aux autres les manques dans leur programme et qui se proposent au vote sans aucun programme. Si le FN est proche du degré zéro de la politique, on est ici au degré - 3. Peut-on imaginer un seul citoyen qui voterait pour une liste qui n'a ni idée, ni programme, ni souhait, qui se présente aux élections pour affirmer qu'il est insatisfait et est prêt à siéger pour dire qu'il ne pense rien? Quand la démocratie représentative verse dans un tel non-sens, une telle escroquerie, il y a de quoi s'inquiéter.
Pourtant, sans doute, une partie de ces candidats, candidement, croient en défendant le vote blanc œuvrer en faveur du bon sens. Comme si celui-ci existait et constituait une vérité indiscutable. Le bon sens de l’un est le mauvais de l’autre… 

Reste la question délicate de la validité d’élections auxquelles moins de la moitié des électeurs auraient participé. La plupart des consultations populaires et des référendums, pour que leurs résultats soient pris en compte, doivent réunir un certain pourcentage de participation. Devrait-il en être de même pour les élections ? Quand deux ou trois listes seulement se proposent aux suffrages des électeurs, on peut comprendre que certains d’entre eux n’y trouvent pas le programme qu’ils souhaitent. Mais alors n’est-ce pas à eux précisément de présenter une alternative ? S’il n’y a pas suffisamment de partis et de listes en présence, c’est alors aux électeurs insatisfaits de prendre leurs responsabilités. Sinon à qui d’autre ? Ainsi va la démocratie représentative.


(1) (Re)lire sur ce blog "Chèque en blanc", 5.5.2014.


vendredi 8 mars 2019

Education permanente et intelligences collectives

Un peu partout, ces dernières années, la parole citoyenne se libère. En France, c’est particulièrement le cas avec les Gilets jaunes, même si cette parole s’exprime souvent de façon très brouillonne, avec des revendications qui mêlent des points de vue parfois très contradictoires ou irrationnels. Elle s’exprime aussi dans près de dix mille débats organisés à travers tout le pays, dans le cadre du Grand débat, par des maires, des parcs naturels, des associations diverses. Pour certains citoyens, cette expression est une première. C’est la première fois qu’on leur demande leur avis en dehors des isoloirs. Il ne faudrait surtout pas que cette première soit une dernière. On peut espérer que l’Etat jacobin que reste la France aura entendu l’essentiel du message : les citoyens ont des choses à dire. Aux pouvoirs publics maintenant d’ouvrir des espaces de dialogue permanents avec la population. De cesser de « décider pour ». De « décider et construire avec » (ce qui est tout autre chose que la pauvre pratique du référendum). De permettre aux intelligences collectives de se construire et de s’exprimer.
« L’exercice de la citoyenneté, écrit Majo Hansotte, implique pour les citoyens une double responsabilité face aux Etats de droit et à leurs représentants mandatés : maintenir ouvert le débat sur le juste et l’injuste, discerner le légitime et l’illégitime. Cette responsabilité implique que chaque citoyen apprenne à construire des liens entre la réalité concrète et la référence aux principes démocratiques ou aux lois communes. Un tel apprentissage est celui de la raison pratique ; il repose sur une formation du jugement et de l’engagement, à travers l’exercice de la parole et s’appuie sur des processus collectifs ou des méthodes partagées, favorisant la construction d’une intelligence collective. Ces processus et méthodes légitiment les pratiques de délibérations ou d’engagements des citoyens et différencient ces pratiques collectives des consultations solitaires, come le référendum, par exemple. »[1] Majo Hansotte distingue quatre faces à l’intelligence collective : argumentative, narrative, prescriptive et déconstructive.
-       L’intelligence argumentative se situe dans une logique de consensus et questionne les actes de parole pour construire des résolutions communes.
-       L’intelligence narrative se situe dans une logique de rattachement et questionne le sens des récits pour se relier à d’autres histoires.
-       L’intelligence prescriptive se situe dans une logique d’affrontement et questionne ce qui survient pour exiger une perspective de changement.
-       L’intelligence déconstructive se situe dans une logique de dissensus et questionne les catégories dominantes pour débusquer l’arbitraire.
« Ces quatre intelligences citoyennes, explique Majo Hansotte, actualisent des options politiques différentes, complémentaires ou opposées. Elles représentent les exigences méthodologiques par lesquelles la société civile peut advenir à elle-même ou avoir prise sur elle-même. »

Les classes populaires et le milieu rural sont les premiers à se laisser séduire par les sirènes populistes aux discours carrés. Ce sont eux qu’il faut, en priorité, réembarquer dans le jeu démocratique. De nombreuses études ont démontré que plus les citoyens ont un diplôme élevé, moins ils votent pour l’extrême droite. Il ne s’agit pas de doter chacun d’un bac+5, mais de permettre à chacun de mieux comprendre la société dans laquelle il vit, de cesser de craindre le changement et surtout d’être actif dans celui-ci.
Ouvrir la parole citoyenne, permettre aux habitants de partager des réflexions et des analyses sur leur vécu, mieux, de prendre collectivement des décisions, nécessitent de les outiller. Ce qui signifie renforcer les moyens de l’éducation permanente ou populaire.
Former les groupes de citoyens, pour qu’ils puissent prendre la parole, exprimer leur vécu, leurs attentes, défendre un point de vue collectif, et au-delà et surtout construire des projets, c’est là l’objectif de l’éducation permanente. Elle se fonde sur l’idée de progrès social par la connaissance, le débat, la participation. Elle a clairement un caractère politique puisque ses actions visent à la fois l’acquisition de connaissances et de techniques et une action collective visant un changement social et/ou la modification d’attitudes ou de comportements. Il s’agit, pour le groupe concerné par une action d’éducation permanente, de se prendre en charge pour modifier positivement sa réalité.                                                              
L’éducation permanente s’adresse en priorité aux populations les plus défavorisées sur le plan socio-économique et socioculturel, les aide à affronter leur réalité et à agir dans une perspective  de changement. Elle devrait aussi pouvoir les aider à faire la part entre valeurs privées et normes publiques « pour que les citoyens soient capables de définir ce qui est juste pour tous et pas seulement ce qui est bon pour eux ».[2]  Il y a urgence à investir dans l’éducation et la culture. Et de manière créative et innovante.
Je rêve de trolls positifs sur Internet, de théâtre invisible dans les bistrots, où le populisme s’auto-alimente, ou dans les quartiers qui vivent un sentiment d’abandon, d’animateurs-comédiens qui apportent la contradiction, ouvre vers d’autres points de vue, suscitent réflexions et débats. Les débats actuels font vivre positivement la France. Ne les laissons pas se réinstaller dans les Cafés du Commerce.


C'est alors qu'Adam comprend: L'espèce humaine est profondément malade. Elle n'en a plus pour longtemps.  C'était une expérience aberrante. Bientôt le monde sera rendu aux intelligences saines, les intelligences collectives. Les colonies et les ruches.
Richard Powers, L'Arbre Monde, éd. Le Cherche-Midi, 2018.




[1] Majo Hansotte,, “Les intelligences citoyennes, comment se prend et s’invente la parole collective, De Boeck Editeur, 2005, p. 211.
[2] Majo Hansotte, op. cit., p. 85.

lundi 4 mars 2019

Le pacte avec les loups

Le populisme réduit au dégagisme ne mène nulle part. Démonstration en Italie avec le Mouvement 5 Etoiles. Le parti anti-partis partage officiellement le pouvoir avec la Ligue, parti populiste lui aussi, mais clairement installé à l'extrême droite. C'est ce dernier, et surtout son chef Matteo Salvini, qui mène le jeu. Les 5 Stelle promettaient un gouvernement par le peuple et en réalité c'est la seule extrême droite qui gouverne, relégant dans l'ombre de falots démagogues quasi inexistants.
"La politique faite directement par le peuple me semble une illusion dangereuse, affirme Nanni Moretti (1), une manipulation infantilisante et démagogique. Chez nous, les 5 Etoiles ont remporté des élections sur ce seul discours, sans réelle identité politique. Résultat: ils participent à un gouvernement qui porte en réalité la marque forte de leur allié, la Ligue. Laquelle, en revanche, a une identité très claire d'extrême droite." Le cinéaste pointe l'inaction des 5 Stelle à Rome, ville qu'ils ont conquise il y a trois ans, "sans vision ni projet, sur la seule vindicte contre les politiciens professionnels. C'est aujourd'hui une ville totalement à l'arrêt".
Le pays entier est sous la botte de la Ligue et de Salvini qui "recycle l'idée berlusconienne que les élus sont au-dessus des lois, quand il prétend ne pas pouvoir être poursuivi en justice puisqu'il est élu alors que les juges ne le sont pas. Mais quel rapport? Cela s'appelle la séparation des pouvoirs ! Nos dirigeants sont des analphabètes des institutions et de la politique".

En France, un énième membre actif des Calimero habillés de gilets jaunes annonce, après d'autres, une liste pour les élections européennes de mai prochain (2). Le programme sera annoncé cette semaine, promet-il. On risque fort de découvrir un projet écrit à la va-vite sur un coin du comptoir du Café du Commerce. Dans la grande confusion qui domine actuellement le champ politique, les yakistes (ceux qui croient qu'yaka) sont partout. Mais n'iront nulle part. Dans l'ombre, les loups se lèchent les babines.
Ils ont pour nom Steve Bannon et Vladimir Poutine. Les Gilets jaunes conspuent la presse, coupable de ne pas dire leur vérité et leur principale référence est Russia Today, chaîne d'information porte-voix du Kremlin qui prend un malin plaisir à amplifier, quitte à sortir des contre-vérités (ou des vérités alternatives), toute nouvelle qui peut mettre à mal l'Union européenne.
Celle-ci, ils sont au moins deux, l'un à l'ouest, l'autre à l'est, à vouloir sa mort: "bien qu'il reproche à Trump de ne pas défendre les intérêts américains face à Poutine, Bannon travaille dans la même direction que le Kremlin dès qu'il s'agit d'affaiblir l'Europe", écrit Caroline Fourest (3). Et dans leur objectif de faire imploser une Union européenne qui prend trop de place dans le jeu international, ces deux nuisibles se sont trouvé des partenaires telles que la Ligue italienne et le RN-ex-FN en France. Ce n'est pas par hasard, nous dit Caroline Fourest, que c'est en Italie que Bannon vient d'acheter un immense monastère où il compte former des militants. Deux journalistes de l'Espresso s'apprêtent à publier Le Livre noir de la Ligue dans lequel ils révèlent les nombreux rendez-vous entre des proches du Kremlin et le parti de Salvini.
Le RN, lui, à son époque FN, avait contracté un prêt de 9 millions d'euros auprès d'une banque russe qui, depuis, a fait faillite "et dont les créances sont désormais gérées par la Banque centrale de Russie. Celle-ci peut réclamer le remboursement de ses intérêts ou temporiser, au choix. Une alternative qui ouvre un moyen de pression évident." Quand l'agence russe a réclamé le remboursement de ses intérêts, le RN-ex-FN a pu être rassuré rapidement par une intervention du Kremlin: "tout a été pris en main par l'Etat russe", a déclaré son trésorier. Et voilà comment on retrouve ces partis souverainistes manger "dans la main d'une puissance étrangère dont la politique d'ingérence menace les intérêts de nos nations".

Les populistes-dégagistes du type 5 Stelle ou Gilets jaunes apparaissent ainsi comme les idiots utiles d'une extrême droite, prétendument patriote, très claire dans ses objectifs destructeurs et qui sans état d'âme s'acoquine avec les loups.

Post-scriptum (8.3):
"Il n'est pas rare qu'un Etat se retrouve, comme certains sujets psychotiques, membra disjecta, démembré, morcelé. Quand la parole ne tient plus, quand elle ne peut plus tenir les membres ensemble, le corps humain, comme le corps social peut partir en morceaux. C'est peut-être ce qui se passe aujourd'hui pour l'Europe. On entend dire qu'elle s'enfonce dans le gouffre néo-fasciste par les pieds: par la botte, par l'Italie." Yann Diener, "Faites attention à vos pieds", Charlie Hebdo, 6.3.2019.

(1) "L'Italie ne regarde plus qu'elle-même", Télérama, 20.2.2019.
(2) https://www.ledauphine.com/vaucluse/2019/03/03/le-gilet-jaune-du-vaucluse-christophe-chalencon-annonce-le-lancement-d-une-liste-pour-les-elections-europeennes
(3) "Bannon et Poutine à l'assaut de l'Europe", Marianne, 1.3.2019.

dimanche 3 mars 2019

Morosité et populisme

Baignons-nous dans le pessimisme? L'émission d'Arte Vox Pop se posait la question récemment (1). Tant qu'on y est, demandons-nous aussi si les mouvements sociaux auxquels on assiste actuellement sont réellement sociaux. Ne sont-ils pas plutôt le signe d'un repli sur soi, d'un narcissisme qui nourrit le populisme?
Le psychologue canadien Steven Pinker, professeur à Harvard et invité de Vox Pop, rappelle que "aux Etats-Unis, le taux de criminalité est en baisse depuis 25 ans (note: un historien français constatait récemment qu'en Europe, en quatre siècles, le nombre de crimes de sang a été divisé par cent), que le
taux de  pauvreté dans le monde a chuté de 75 % en trente ans. Mais le populisme repose sur l'idée que tout empire, que rien ne fonctionne, que tout irait mieux si on fermait nos frontières. Et qu'il faut donc faire table rase de ce qui existe, qu'on peut résumer en un mot le système.
Pour exister, les populistes ont intérêt à exagérer les réalités, à confondre faits et ressentis, à augmenter la grogne et le mal-être. A nous faire broyer des idées noires.
En réalité, c'est surtout la peur du déclassement qui motive les votes populistes. La baisse du pouvoir d'achat est plus un ressenti qu'une réalité. Depuis une vingtaine d'années le pouvoir d'achat connaît une croissance régulière partout en Europe (même s'il augmente moins depuis 2008). Et si nous avons le sentiment d'une perte du pouvoir d'achat, c'est dû en effet à une augmentation de dépenses contraintes (loyers, prix de l'energie, coût des transports, etc.), mais aussi à l'augmentation de nos consommations, notamment en outils technologiques et en voyages, qui butent sur les limites de nos revenus. (2)

"Le soutien aux populistes ne vient pas des plus pauvres, constate Steven Piker, mais souvent de la classe moyenne et de beaucoup de riches. En général, le populisme bénéficie d'un soutien culturel, non économique. Ce sont des gens qui pensent qu'il y a trop de politiquement correct, trop d'influence de ces bureaucrates éloignés à Bruxelles, qu'il y a trop d'universalisme, pas assez de patriotisme ou de nationalisme." Beaucoup de gens qui estiment leur situation plus ou moins satisfaisante mais se sont convaincus que le pays entier est en crise.
De tous les pays développés, affirme-t-il, "la France a le plus haut taux de redistribution du P.I.B. réalloué aux service sociaux. (...) Les gens ne peuvent pas à la fois réclamer moins d'impôts et plus de prestations sociales, parce que les aides de l'Etat viennent des taxes".
Une fois au pouvoir, les populistes n'essaient pas de réduire les inégalités. Trump supprime des impôts aux riches, réduit les allocations des pauvres, ne s'attaque pas aux inégalités et ses soutiens s'en fichent.
On ne peut comparer, toujours selon Steven Piker, aux années '30 la période actuelle: "la plupart des pays dans le monde sont des démocraties, il y a des organisations internationales qui rendent la guerre illégale, il y a une grande réduction du nombre de guerres et de gens qui en meurent, il y a une grande interdépendance économique. (...) Certains partis populistes ont des idées semblables à celles de certains partis européens fascistes des années '30, mais le fait qu'ils soient similaires ne veut pas dire que nous vivons dans le même monde."

A refuser de participer aux milliers de débats organisés actuellement à travers toute la France, la secte des Gilets jaunes s'enferme dans sa vision, se prive d'autant d'occasions d'entendre des nuances, d'autres analyses, d'autres points de vue, de quitter des idées reçues, de prendre du recul. Et préfère affirmer haut et fort que ces débats ne servent à rien. Et effectivement, ils ne peuvent, du point de vue des G.J., que servir à rien puisqu'ils n'y participent pas. D'autant qu'y participer risquerait de mettre à jour les visions parfois diamétralement opposées qui existent entre eux.
A propos de leur incapacité à se mettre d'accord sur des revendications communes et à se structurer, Jacques Julliard (3) constate, chez les G.J., l'absence "de volonté propre, d'objectifs et de moyens pour les faire aboutir". "Quand la volonté du peuple est un pavillon de complaisance pour camoufler l'individualisme le plus débridé, c'est que quelque chose ne fonctionne plus dans la démocratie.
Autrement dit, le mouvement des G.J., en tant que symptôme d'une série de dysfonctionnements de notre société - inégalités criantes, confiscation de la démocratie par les élus, vertigineuse solitude du président de la République -, a aujourd'hui épuisé sa fécondité, et il est temps d'en finir avec le narcissisme d'opprimés et de passer à des applications concrètes."
Il est temps, oui. Temps, par exemple, d'agir positivement dans son quotidien plutôt que de s'enfermer dans la conspuation d'un système honni. C'est un bon moyen de cesser de broyer du noir, de sortir de l'auto-apitoiement. 

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/083974-005-A/vox-pop/
(2) (Re)lire sur ce blog "Sobriété", 18 janver 2019.
(3) https://www.marianne.net/debattons/editos/pour-en-finir-avec-le-narcissisme