jeudi 17 juin 2010

Il n'y a pas de problème, il n'y a que des journalistes *

Nord Eclair, dans son édition d'hier, nous apprend que le bras droit du bourgmestre d'Antoing, employé communal, a participé vendredi dernier à des distributions de tracts du Ps dans la commune d'Antoing. Il affirme qu'il était cependant en congé à ce moment-là et que c'était donc à titre strictement privé qu'il opérait alors. Le bourgmestre, lui, avait affirmé auparavant que son adjoint travaillait bel et bien le vendredi. Avant de revenir sur ses propres propos, précisant que son bras droit n'a pas d'horaire. "Il s'arrange en fonction de ses besoins." Le plus inquiétant dans cette affaire, si peu étonnante en soi, au vu de tant de pratiques politiques, dans ce parti en particulier, c'est que le bourgmestre n'y voit pas malice. "Cela ne pose pas de problème qu'un employé du Cabinet, payé par la ville, distribue des tracts électoraux aux partisans pendant ses heures?", demande Marie Braquenier. "Pour moi, ce n'est pas un souci, répond le bourgmestre Bauwens. Ces tracts n'étaient pas pour moi, ni même pour un candidat d'Antoing". C'était des tracts de Rudy Demotte en fait. Donc, c'est normal. Nous pouvons en supposer que tous les employés communaux de toutes les communes ont le droit de distribuer des tracts pour Demotte. De toute façon, tout le monde le soutient. Ou presque.
C'est le même bourgmestre qui l'an dernier ne comprenait pas qu'on lui reproche de louer des locaux communaux pour faire office de bureaux pour les promoteurs du projet de "centre de glisse". On était alors en pleine enquête publique. Et la commune était censée rester neutre, en recueillant tous les avis quels qu'ils soient. Etait censée...

Allez, vivement le parti unique! Ce sera plus simple pour Bernard Bauwens. Il n'aura plus à répondre aux questions qu'il ne se pose pas. Il est vrai qu'à Antoing, le parti unique n'est pas loin.

* le titre fait référence à une phrase d'un poème de Jacques Prévert: "il n'y a pas de problème, il n'y a que des professeurs".

mercredi 16 juin 2010

Le dilemne

Franchement, je ne voudrais pas être à la place d'Elio Di Rupo, de Rudy Demotte, de Julie Fenandez2, de Laurent Devin, de Maxime Prévot. Elus il y a un an exactement au Parlement wallon, les voilà, les pauvres, aujourd'hui élus à la Chambre fédérale. Et obligés de choisir entre Namur et Bruxelles. Eux qui en juin 2009 nous avaient fait savoir à quel point la région était le choix de leur coeur. C'était là toute leur vie. Ou presque. C'est à ce niveau qu'ils voulaient à toute force s'investir. "Oui, mais c'est vraiment une surprise que cette élection", déclare Julie Fernandez2. Je ne pensais vraiment pas être élue." Elle va donc, comme ses cinq autres collègues, démissionner d'un de ses mandats. Renoncer au mandat fédéral en affirmant qu'ils n'étaient sur la liste qu'en soutien reviendrait à dire à leurs électeurs qu'ils n'avaient pas à voter pour eux. Et renoncer à leur mandat régional reviendrait à nier leurs électeurs de l'an dernier. C'est tout bénéfice évidemment pour leurs suppléants placés dans un fauteuil. S'étonnera-t-on des critiques à l'égard de la démocratie? Vivement, une seule élection aux différents niveaux de pouvoir!

lundi 14 juin 2010

Ils ont voté... et puis après?

Quelques commentaires post-électoraux. Subjectifs. Totalement subjectifs.

Quel beau dimanche pour la NVA! Le triomphe est total. Restera à le gérer, disent les commentateurs. Bart De Wever risque de devoir mettre de l'eau dans son vin s'il veut entrer dans le gouvernement. Au risque de se mettre à dos une part non négligeable de ses électeurs. De Wever croit-il réellement que la Flandre pourrait un jour prochain, ou même plus lointain, prendre son indépendance? L'Union européenne a dû lui envoyer précédemment des messages clairs, lui indiquant qu'il est hors de question qu'une Flandre indépendante soit un jour accueillie dans le grand concert européen. L'Europe des 27 n'est déjà pas une sinécure. Alors, l'Europe des 270 régions... Les Catalans, les Corses, les Bretons, les Basques, les Italiens du Nord, les Ecossais et tous les régionalistes que j'ignore encore ont déjà tous le nez au balcon. Ils frétillent comme des gardons.
Et puis la Flandre prendrait-elle son indépendance en abandonnant aux Francophones Bruxelles et tout ce que représente cette ville sur le plan international? Difficile à croire qu'on n'ait pas surtout eu affaire à une grande entreprise de musculation.
Une réflexion par rapport à l'électorat: de récents sondages en Flandre indiquaient que seuls 10% des Flamands seraient favorables à une scission de la Belgique. Mais 30% votent pour la NVA séparatiste. Cherchez l'erreur.

Quel beau dimanche pour le Ps. Les sourires paient. Elio est à nouveau empereur. Elio Di Rupo, c'est celui-là même qui se faisait élire en 2007 au Parlement fédéral. Pour en démissionner deux ans plus tard parce qu'il s'était fait élire au Parlement wallon. Un an plus tard, c'est-à-dire demain, il va en démissionner puisqu'il s'est à nouveau fait élire au Parlement fédéral. Et le Ps se présente comme un garant de stabilité. C'est sûr: Elio Di Rupo est l'incarnation même de la stabilité, capable d'assurer ses responsabilités jusqu'au bout et ne prenant pas ses électeurs pour des veaux!
Michel Daerden triomphe aussi à nouveau. Interrogé par RTL hier soir, il savourait son succès: lui en queue de liste a fait bien plus de voix qu'Alain Mathot, tête de liste. "Alain a joué, il a perdu", a-t-il déclaré de cette voix pâteuse qui, paraît-il, fait son charme. A la place d'Alain Mathot, je demanderais une protection rapprochée. A la RTBF, François De Brigode éclatait de rire, parce que Daerden l'interpellait par son prénom. De mon côté, je cherchais en vain une raison de rire. La question, après chaque élection, reste entière: comment cet individu fait-il un tel paquet de voix (72.000 cette année, si j'ai bien lu - c'est 71.999 d'inexpliquables)? Aux yeux de certains, cet homme apparaitrait chaleureux, paraît-il. Il me glace. Et on s'étonnera que les Flamands ne comprennent pas les Wallons. Je me sentais Flamand. Un souffle venu de Russie sortait de la télé. Là-dessus, j'ai repris un verre de vin.

Au JT de la RTBF ce soir, Thomas Gadisseux, face au palais royal, nous parle d'un parti de centre-droite d'un côté, d'un parti de gauche de l'autre. Ce qui me réjouit, c'est l'optimisme de ce jeune homme. Ne pas vouloir voir que la NVA est solidement ancrée à droite et que le Ps est un parti d'une vague gauche (ou d'une gauche vague), c'est faire preuve ou de naïveté ou d'incapacité d'analyse. Biffez la mention inutile, s'il échet.

Une raison de se réjouir. Quand même! Le FN disparaît totalement du côté francophone. Et le Vlaams Blokbelang perd un tiers de ses sièges. Je le disais: quel beau dimanche!

"C'est un pays qui me débèqu'te
Pas moyen de se faire anglais
Ou suisse ou con ou bien insecte
Partout ils sont confédérés...
Faut les voir à la télé-urne
Ces vespasiens de l'isoloir
Et leur bulletin dans les burnes
Et le mépris dans un placard

Ils ont voté... et puis après?

Dans une France socialiste
Je mettrais ces fumiers debout
A fumer les scrutins de liste
Jusqu'au mégot de mon dégoût
Et puis assis sur une chaise
Un ordinateur dans l'gosier
Ils chanteraient la Marseillaise
Avec des cartes perforées

Le jour de gloire est arrivé"

(Léo Ferré: Ils ont voté)

samedi 12 juin 2010

Allez voter (pour un parti démocratique)! 16 (et dernier)

Chaque jour jusqu'aux élections, une citation pour vous convaincre - s'il le fallait - d'aller voter. Et de bien voter. Sinon, ce serait trop facile.
Allez, aujourd'hui, on solde.
Et avant cela, un conseil, si je peux me permettre: ne votez pas pour celles et ceux qui se sont fait élire dans un parlement régional il y a un an exactement. Et surtout pas pour celles et ceux qui sont aujourd'hui ministres régionaux ou communautaires. Ces candidats à tout qui pensent être candidats atouts. Il y a des limites à l'indécence.

"Antiféministe par idéologie, l’extrême droite exalte une conception de la famille basée sur une logique d’exclusion et de rejet de l’universalisme. Face à la libération des mœurs (…), dans ce domaine comme dans les autres, l’extrême droite veut apparaître comme une alternative capable de conjurer les peurs du lendemain. La bataille contre l’extrême droite est tout à la fois politique, idéologique et culturelle. On ne peut ignorer aucune de ces dimensions."
Hugues Le Paige : Le désarroi démocratique – L’extrême droite en Belgique

"POPULISME
Doctrine consistant à plaire au peuple, à épouser toutes ses querelles. Du coup, le populisme est populaire, c’est même son essence.
« Mes idées sont les vôtres. » (Ségolène Royal, printemps 2006)
REM. Il existe un populisme de gauche et un populisme de droite.
SYN. Démagogie."
Nathalie Segaunes et Dominique de Montvalon :
Dico inespéré de la gauche, Le Parisien – Aujourd’hui en France, 2007

"Le paradoxe est bien là : l’exigence de moralité (voire le moralisme, de l’opinion publique) est ambiguë et variable. Et il en fut toujours ainsi : le même citoyen bruxellois pouvait vilipender les partis « pourris par l’argent » et revoter pour le énième fois en faveur d’un candidat - ancien Premier ministre – condamné par la justice comme étant le « champion toute catégorie de la fraude fiscale », « viscéralement fraudeur », dit un jour un magistrat à son propos. La fraude étant dans ce cas valorisée comme un bon tour joué à l’Etat. Le populisme a deux versants : il est la manifestation du rejet virulent de la politique et l’expression de la complaisance roublarde vis-à-vis des fraudeurs. (…)
Comme si la « proximité de terrain » était retournée par ses acteurs contre les Institutions (avec un grand I) lointaines que sont la Justice et les appareils politiques centraux."
Hugues Le Paige : Vive la politique !

vendredi 11 juin 2010

Votez Néandertal

Les courriers volent ces jours-ci. Bas. C'est fou le nombre de responsables politiques qui ignorent les règles. Ou qui se trompent. Ou qui ne l'ont pas fait exprès. Ou qui tombent à cours de timbre.
Il y a eu ce bourgmestre MR (dont j'ai oublié le nom) qui appelle ses concitoyens à voter pour sa femme en utilisant un papier à lettre avec l'en-tête de la commune. Pour ce que ça change, dit-il.
Il y a Claude Eerdekens qui ne rate jamais une occasion de faire parler de lui. Cette fois en envoyant des courriers à en-tête du Parlement wallon en franchise postale. Une franchise réservée aux envois vers l'administration. Oui, mais j'étais en rupture de stock de timbres, se justifie-t-il. Fait-il venir ses timbres de Sao Paulo par bateau ?
Et puis il y a celui qu'on avait presque oublié, l'ineffable José Happart. Il a envoyé un courrier à des centaines de personnes, leur rappelant qu'il est un jour intervenu pour les soutenir dans un dossier et leur demandant de lui renvoyer l'ascenseur en votant pour son ami Michel Daerden. Une attitude contraire au code des élus, lui rappelle celle qui lui a succédé au perchoir du Parlement wallon. De telles pratiques ne sont plus dans l'air du temps, relève la journaliste de RTL. "L'air du temps, ça ne me concerne pas. C'est pas mon problème, l'air du temps", déclare l'ancien belge.
Et pendant ce temps-là, Elio Di Rupo sourit dans tous les débats. Vous lui parlez intérêts notionnels ? Il sourit. Contrôle des chômeurs ? Il sourit. Avenir de la Belgique ? Il sourit. Heureusement que les débats électoraux ne sont pas (encore) coupés par de la pub, on ne s'y retrouverait plus.

Allez voter (pour un parti démocratique)! 15

Chaque jour jusqu'aux élections, une citation pour vous convaincre - s'il le fallait - d'aller voter. Et de bien voter. Sinon, ce serait trop facile.
Allez, j'ai des réserves. En voilà deux aujourd'hui.

"Le corps social n’accorde plus de délai aux politiques qu’il considère désormais comme des professionnels confortablement rémunérés pour gérer la chose publique, et non plus comme des militants se sacrifiant pour le bien commun. Leurs décisions doivent être suivies d’effets rapides et tangibles. L’infidélité est la règle, d’autant que les dérapages, les gaffes ou les « affaires » se succèdent à un rythme effréné et amplifié par la concurrence médiatique, réduisant parfois la vie publique à un spectacle peu engageant et laissant l’individu désabusé. Pour autant, celui-ci n’a pas beaucoup de mémoire, et sa faculté d’oubli le conduit à réhabiliter rapidement l’homme public pris en défaut. Peut-être en se disant : « que celui qui n’a jamais fauté lui lance la première pierre », ou que décidément la nature humaine ne change pas avec l’exercice du pouvoir…"
Pascal Josèphe : La société immédiate

"On ne mesure jamais assez ce que la question du temps catalyse comme enjeu pour la démocratie. C’est au nom de la vitesse que l’on présente les raisonnements les plus sommaires, que l’on phagocyte les assemblées, que l’on raccourcit les débats parlementaires. Or, la démocratie est une institution qui prend du temps et il faut savoir se le donner. La rapidité n’est pas, en elle-même, une valeur démocratique.
L’ère médiatique impose une réflexion sur l’éthique du débat. Un débat se construit. Il lui faut du temps pour être clair, la télévision n’en a pas ; il faut pouvoir y développer des idées, on n’échange que des propos partiels et hachés qui deviennent des caricatures…"
Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Editions Raison d’agir, Paris 1996

jeudi 10 juin 2010

Belgitude et inquiétude sont dans un bateau

Les musculations des uns et des autres autour de l'avenir de la Belgique, des limites des régions, de leur région, sont-elles "belges"? Tiennent-elles de la culture belge? On a l'impression que ce pays navigue aujourd'hui dans les eaux profondes de l'incommunicabilité. Deux communautés se regardent en chiens de faïence. Des chiens qui aboient de temps en temps. Chacun dans sa langue. Au coeur d'un pays de mixité, d'influences diverses, de gens curieux, ouverts, un peu rigolards. Aujourd'hui, l'enracinement prime. La terre a pris la main sur la parole. La dérision a fait machine arrière. Ne resterait-il que le dérisoire?

Dans un texte savoureux et perspicace, intitulé "Pourquoi je suis devenu belge", l'auteur néerlandais Benno Barnard, établi depuis longtemps en Flandre, se pose (en 1996) une question: "qu'est-ce que le côté flamand du Flamand sinon une question de nature, de famille, d'enracinement, de province, de dialecte, de tout ce qu'on est de soi-même, sans faire d'effort particulier? La nature est neutre, n'est ni bonne ni mauvaise, elle est, tout simplement. Les problèmes surgissent dès lors que quelqu'un se met en tête d'exalter sa nature et de parfumer la boue dont il a été tiré, ou à l'inverse, lorsqu'il méprise pour quelque raison intellectuelle cette nature et prétend être tombé des astres ou être né dans le monde entier. Oui, je ne nie pas avoir été tiré de la boue de Hollande, et je ne le regrette pas. Mais aussi m'est-il impossible de devenir Flamand.
En revanche, poursuit Benno Barnard, le côté belge du Belge, sa belgitude comme on dit, est une question de culture, de mode de vie, d'amitié, d'urbanité, de français et de néerlandais - et c'est pour cette culture que j'ai opté. (...)
Le Néerlandais rappelle vaguement le bovin qu'il élève en masse. (...) Le Belge, passez-moi l'expression, tient plutôt du cochon: un animal intelligent, à la réputation défavorable, mais qui ne le mérite pas. Terrestre. Se méfiant toujours du charcutier qui lui a fait perdre tant de ses ancêtres. (...)
Aussi la belgitude a-t-elle un caractère joyeux, épicurien, doucement cynique qui, cependant, demeure caché à tout étranger derrière des volets, beaucoup de bureaucratie, de formalisme, de distance - l'horizon de l'étranger passant en Belgique coïncide en règle générale avec le bord de sa table de restaurant. A l'inverse, cette inintelligibilité de la belgitude pour les non-initiés contribue à la joie de vivre du Belge belge, pour lequel l'être-belge comporte aussi un aspect stratégique: moins les autres comprennent la Belgique, mieux cela vaut. En ce sens, la belgitude est sa manière toute méthodique de passer dans la clandestinité de l'histoire, car sa riche expérience avec ses bouchers de diverses nationalités lui a appris à choyer les apparences comme une vertu et à les pratiquer comme on pratique un art. (...)
La confusion semée ainsi à tous vents ne fait pas qu'amuser les Belges, elle entre aussi parfaitement dans la stratégie de survie qu'est la belgitude, qui nous apprend dans son premier principe que la Belgique est occupée même si elle ne l'est pas, à savoir par la Belgique elle-même." (1)

Aujourd'hui, on peut avoir le sentiment que la nature a repris la main sur la culture. Si la Belgique devait poursuivre dans cette voie de l'incommunicabilité entre ses deux principales communautés - ou pire imploser - , c'en serait fini de cette "inintelligibilité de la belgitude". On n'aurait plus que deux pays tristement banalisés, accrochés à leurs frontières.
Resterait-il même le chagrin des Belges...? Revenant vingt-cinq ans après sa publication sur cette oeuvre majeure qu'est Het verdriet van België de Hugo Claus (on notera que le Chagrin de la Belgique est devenu en français celui des Belges), son traducteur, Alain van Crugten, estime que "vu l'âpreté et la mesquinerie des luttes linguistiques en Belgique, on peut apprécier à sa juste valeur le fait que ce soit le plus grand écrivain flamand de notre temps qui ait ainsi passionné les francophones, pourtant si prompts à dénigrer ce qui se fait dans le nord du pays. Il y eut énormément de réactions de lecteurs qui se disaient intéressés, charmés, attirés et amusés, non seulement par la beauté et la puissance de l'oeuvre, mais aussi par tout le pittoresque familier: ils se reconnaissaient dans le comportement, les modes de pensée et la façon de s'exprimer des personnages de Claus! Cela tendrait-il à montrer que, en dépit de ce qu'affirme l'ensemble du discours politique sur la coupure culturelle irrémédiable entre les communautés flamande et francophone, il existe dans le grand public un sentiment (vague) d'appartenance à une entité culturelle belge? Ce serait trop beau: un réconciliation par la littérature!" (2)

La culture salvatrice? On peut rêver. Mais force est de constater que les crispations ces derniers temps se sont accentuées et que le climat s'est détérioré.
La NVA entendrait aujourd'hui supprimer la Région bruxelloise. Devra-t-on rattacher flamands et francophones de Bruxelles à la Flandre et à la Wallonie? Et selon quels critères?
Une proposition qui vient du champ culturel et qui a le mérite de donner dans l'absurde dans lequel baigne aujourd'hui ce pays. Elle vient de l'artiste Aimé Ntakiyika ( qui se présente 80%-20% Hutu-Tutsi). Il a présenté une oeuvre "à l'ironie inquiétante" à l'exposition Belgicarium montée à Bruxelles en 2008. C'est Caroline Lamarche qui la présente: " la pièce principale de l'oeuvre consiste en un bottin téléphonique ouvert, dans lequel l'auteur a distingué d'un trait de marqueur jaune les noms à consonnance néerlandophone et d'un marqueur rouge les noms à consonnance francophone. Un commentaire y est adjoint: Malgré une apparente complexité, la Belgique et plus précisément le peuple belge, nous montre une lecture limpide de ses différentes ethnies (...) Il est fondamental de savoir que les deux communautés parlent respectivement leur propre langue: le néerlandais pour les néerlandophones et le français pour les francophones. De ce constat évident je déduis une théorie simple et impitoyable. Toute personne ayant un nom flamand est flamande. Toute personne ayant un nom francophone est francophone. Le roi se situant au-dessus de la mêlée n'a pas de nom mais un prénom. En rire, ou en frémir?, demande Caroline Lamarche.

Et si la réponse à la question de l'existence d'une culture belge était maritime? "La culture belge existe, affirme Jean-Marie Klinkenberg. La culture belge existe. Mais deux à trois mois par an, sur une bande de sol friable, large de quelques centaines de mètres, longue de quelques lieues. Ce terreau où fleurit la culture belge, c'est la Côte. De Kust." (4)
La mer, comme la Belgique, sans cesse recommencée.


(1) Benno Barnard: "Pourquoi je suis devenu belge" - in "Littérature en Flandre - 33 auteurs contemporains", Escales du Nord - Le Castor Astral, 2003
(2) Alain van Crugten: "Le chagrin des francophones: le vingt-cinquième anniversaire du Verdriet" - in Septentrion - arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 2008/2
(3) Caroline Lamarche: "Bruxelles, théâtre magique (seulement pour les fous)" - in Septentrion - arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 2008/2
(4) Jean-Marie Klinkenberg: "Petites mythologies belges" - Les Impressions Nouvelles, 2009

Allez voter (pour un parti démocratique)! 14

Chaque jour jusqu'aux élections, une citation pour vous convaincre - s'il le fallait - d'aller voter. Et de bien voter. Sinon, ce serait trop facile.

"L’abstrait n’a pas d’image, donc il nous faut du concret. Il faut donc personnaliser au maximum la politique. Et la vie politique devient un combat d’hommes charnels, filmables, plutôt qu’un choc d’idées. Souvent, on atteint par là le comble de l’illusion : quelques questions de plusieurs journalistes en tir groupé, sondage en direct, appels des téléspectateurs… tout tend à accréditer l’idée que le leader interrogé va être jugé sur son analyse de la situation ou sur son action. Or, en fait, le verdict détermine seulement si le responsable politique a été jugé convaincant. C’est en effet la personne qu’on juge, sa psychologie, son caractère, sa maîtrise, et non sa politique. A ce titre, il n’y a plus de différence entre une « émission politique » et une « émission grand public du samedi soir ». Ce que jugent les spectateurs, c’est la performance en matière de mentir-vrai."
Ignacio Ramonet : La tyrannie de la communication, Gallimard, 2002

mercredi 9 juin 2010

Allez voter (pour un parti démocratique)! 13

Chaque jour jusqu'aux élections, une citation pour vous convaincre - s'il le fallait - d'aller voter. Et de bien voter. Sinon, ce serait trop facile.

"Dès que quelqu’un fait une promesse, il m’intéresse. Comme c’est souvent dans la politique qu’on fait des promesses, j’ai trouvé devant moi – et chacun d’entre nous a pu faire ces observations – des cas magnifiques. Cela ne part pas chez moi d’un intérêt particulier pour la politique(…), mais plutôt d’une fascination pour la théorie du râteau : le râteau est couché dans l’herbe avec les dents en l’air, et vous savez déjà que quand vous marcherez dessus, le manche se jettera tout droit sur votre visage. Et cela se produit, exactement comme ça. Et la prochaine fois, cela se reproduira de la même façon, comme quand vous aviez – déjà pour la troisième fois – verrouillé machinalement de l’extérieur la porte de votre voiture en laissant les clés sur le tableau de bord. Même que votre cerveau a eu le temps de vous dire (…) : « Imbécile, tu es occupé à bloquer ta portière avec les clés à l’intérieur ! » La politique, c’est comme s’ils le faisaient exprès, mais que vous continuiez à voter pour le râteau ou pour les clés – et pourtant, ils ont promis qu’ils ne le feraient plus."
Marc Moulin : A la recherche du bémol

mardi 8 juin 2010

Allez voter (pour un parti démocratique)! 12

Chaque jour jusqu'aux élections, une citation pour vous convaincre - s'il le fallait - d'aller voter. Et de bien voter. Sinon, ce serait trop facile.

"Il est en général trompeur de parler de droite et de gauche afin de définir la place des formations politiques modernes et contemporaines.
Toute la question est de comprendre quelles revendications, quelles attitudes et quelles politiques sont de droite, et lesquelles sont de gauche."
Luciano Canfora : L’imposture démocratique