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vendredi 23 juin 2017

Le temps des culottés

Jean-Luc Mélenchon entre à l'Assemblée nationale et il faut que ça se sache. Aussi doit-il faire le buzz. Il se plaint d'y voir le drapeau européen à côté du drapeau français. "Franchement, on est obligés de supporter ça? C'est la République française ici, pas la Vierge Marie", s'est-il exclamé (1).  "Je ne comprends pas", a-t-il ajouté. Nous non plus, on ne comprend pas, on comprend même de moins en moins celui qui fut député européen pendant huit ans et dont les supporteurs n'ont cessé, durant la campagne électorale, d'essayer de nous convaincre que non, vraiment, il n'est pas opposé à l'Europe, mais qu'il veut une autre Europe. Et le voilà à tenir des propos dignes de Marine Le Pen. On a connu plus belle entrée.
C'est le même Mélenchon qui, avec la délicatesse qu'on lui connaît, a déclaré, parlant du mathématicien Cédric Villany, néo-député En Marche: "j'ai vu le matheux, je vais lui expliquer ce que c'est qu'un contrat de travail et il va tomber par terre. Il ne le sait tout simplement pas. Il ne sait pas que la journée de huit heures, c'est cent ans de lutte. Le gars, il croit que ça a été toujours été comme ça." (2)  Quand, comme le gars Mélechon, on vit depuis près de trente ans de ses indemnités d'élu et qu'on n'est pas connu pour avoir été un député européen très assidu, on devrait s'abstenir de donner des leçons sur les contrats de travail et les journées de huit heures. Cédric Villany lui a répondu calmement: "directeur de l'IHP (Institut Henri Poincaré, de recherches mathématiques, qu'il dirige depuis 2009), j'en ai vu des contrats de travail... mais c'est toujours un plaisir de recevoir des cours particuliers!". (3)

En Belgique francophone, le Parti socialiste va sans doute se retrouver éjecté du Gouvernement wallon et de celui de la Communauté française. Son partenaire centriste, le CDH, le lâche, écœuré par les xièmes affaires de magouille du Ps. Des ténors socialistes s'indignent: c'est de l'opportunisme; nous avons été plus corrects avec le CDH qu'il ne l'est avec nous; ce qui compte pour nous, c'est de sauver des emplois, pas d'entrer dans des jeux politiciens... On les a peu entendus battre leur coulpe. Le président à vie du Ps, Elio Di Rupo, se contente de répliquer, parlant du CDH: "ils sont là depuis 139 ans, c'est vrai qu'à la lumière de leur attitude il est grand temps qu'ils se retirent". (4) Le Ps est au pouvoir en Wallonie et en Communauté française depuis trente ans sans discontinuer, certains de ses membres sont ministres depuis près de vingt ans. Comment ce parti ne veut-il comprendre et ne peut-il admettre que le pouvoir corrompt (et que le pouvoir absolu corrompt absolument)? Une (longue) cure d'opposition ferait le plus grand bien à tout le monde, au Ps comme aux Wallons.

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/jean-luc-melenchon-voit-le-drapeau-europeen-a-lassemblee-nation_a_22493319/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/jean-luc-melenchon-multiplie-les-coups-declats-pour-son-arrivee-assemblee-nationale_a_22491360/
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/cedric-villani-repond-a-jean-luc-melenchon-qui-laccuse-de-ne-pas-savoir-contrat-de-travail_a_22491411/(4) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/di-rupo-a-propos-du-cdh-ils-sont-la-depuis-139-ans-c-est-vrai-qu-a-la-lumiere-de-leur-attitude-il-est-grand-temps-qu-ils-se-retirent-594c381dcd70530690c375e4

mercredi 25 janvier 2017

La Wallonie: une vraie cure de jouvence

Voilà bientôt quatre ans que j'ai quitté la Belgique. La Wallonie en particulier. Je pourrais y revenir aujourd'hui, sans avoir l'impression que quoi que ce soit y ait changé. Le Ps reste ce qu'il est, miné par les affaires (dont il a toujours eu le sens) Ce parti a décidément l'argent dans son ADN. Bien sûr, Tecteo, ce monstre, n'existe plus, remplacé par Publifin, autre organisme aux allures de pieuvre, dont le rôle est notamment de distribuer de larges et généreux dividendes aux camarades et même à leurs amis. Stéphane Moreau est passé de l'un à l'autre avec un égal bonheur et une aisance dont il a le secret. 
Les ministres (Ps mais aussi Cdh) - Magnette, Demotte, Furlan, Prévot, Di Antonio - restent dans les faits bourgmestres, même si la loi le leur interdit (c'est qu'il faut bien respecter le choix de leurs braves électeurs) et certains emploient leur compagne et leurs amis dans leur cabinet. Et Elio Di Rupo s'indigne toujours, la main sur le cœur, des pratiques inacceptables de ces parvenus.
Vivre en Wallonie devrait être remboursé par la sécurité sociale. Le temps n'y a pas prise. Je dirais même plus: le temps ne fait rien à l'affaire (ou aux affaires).
Dans ce monde en plein bouleversement, ce Ps wallon immuable est un repère.

A lire:  http://www.lalibre.be/dossier/l-affaire-publifin-587f2cb8cd708a17d56a699c

lundi 12 octobre 2015

Représentants du peuple

Malgré la loi, ils cumulent les postes de ministre et de bourgmestre, mais croyez les sur parole: ils n'aiment pas cela. Ils n'en peuvent rien: c'est plus fort qu'eux, ils aiment se rendre utiles partout où on a besoin d'eux et ils aiment tellement leur commune qu'ils ne pourraient la laisser dirigée par un autre.  Et surtout, ils ont une vraie et grande vision stratégique pour leur ville.
Ils sont quelques-uns dans ce cas en Wallonie, Demotte, Magnette, Di Antonio, Prévot, Furlan, de cette génération qui allait renouveler les mœurs politiques et améliorer la gouvernance. En fait de renouvellement, on les a parfois vus revenir en arrière. Ainsi, dans ce qu'il faut désormais appeler la Wallonie picarde, le Parti socialiste a corrigé ses règles internes, n'interdisant plus à ses élus de choisir entre un mandat de parlementaire et celui de membre d'un collège communal dans une ville de plus de cinquante mille habitants. La règle freinait les appétits de certains.
Ceux-ci ont beau être ministres, ils entendent rester bourgmestres, bien que la loi le leur interdise. Ils ont inventé l'appellation de "bourgmestre en titre" pour remplacer celle de "bourgmestre empêché". On les voit partout dans leur ville, empêchés de rien et pêcheurs de voix, ils inaugurent le moindre pot de fleurs, la moindre fête de quartier, reçoivent les personnalités étrangères, interviennent dans les débats publics, ont un avis sur tout, laissant les basses besognes au bourgmestre faisant fonction, qu'ils ont parfois rebaptisé "échevin délégué à la fonction maïorale", histoire de bien faire comprendre qu'il n'y a qu'un seul chef et que la fonction ne se partage pas. Elle ne doit effectivement pas être partagée et tout ministre est formellement prié de s'effacer de la "fonction maïorale" le temps de son mandat. Mais les règles sont-elles vraiment claires?, demandent certains de ces insatiables élus qui affirment qu'on peut être au four et au moulin.
Le chef de groupe socialiste au Parlement wallon, Christophe Collignon, a appelé les ministres à se concentrer exclusivement sur cette fonction (1), mais les ministres-bourgmestres se défendent: la population locale, leur population, les a élus, ils ne peuvent décevoir leurs chers électeurs. Récemment, c'est le ministre socialiste Jean-Claude Marcourt qui déplorait "un déficit de transparence" à ce sujet, estimant que "un jour, il faudra se pencher là-dessus" (2). Son ministre-président, Paul Magnette, également "bourgmestre empêché" de Charleroi, estime que les règles ne sont pas toujours très claires et aimerait qu'elles précisent qu'il peut continuer à présider le conseil comunal, porter les insignes de la fonction, participer aux cérémonies officielles de sa commune. Le député Ecolo Stéphane Hazée dénonce là "une volonté de légaliser les arrangements pris avec la législation". L'interdiction pour un ministre d'être bourgmestre est déjà très claire, il rappelle que l'objectif du décret est d'éviter les conflits d'intérêt et d'amener les ministres à se consacrer à 100% à leur fonction.

Si le Parlement wallon se penche à nouveau sur les interdictions de cumuls, peut-être pourrait-il en profiter pour réfléchir à la limitation dans le temps de l'exercice de mandats politiques.
"J'ai été ministre à trente-deux ans, il y a seize ans, déclarait récemment (3) l'ancien Président du Conseil italien Enrico Letta. Seize ans, ça use les gens. J'ai dit stop, parce que je pense que c'est terminé les longues carrières politiques de quarante ans dans laquelle vous laissez le poste de premier ministre pour devenir ministre des Affaires étrangères, etc. Je me suis dit que la seule façon de parler aux gens, c'est l'authenticité. Et un politicien qui n'a pas de travail, pas de métier, c'est quelqu'un qui ne connaît pas la vie réelle. (...) Si vous n'êtes pas sur le terrain, les gens ne vous écouteront plus." Combien de mandataires ont le courage d'avoir une telle réflexion, et surtout de l'appliquer?
Ils sont nombreux dans nos pays celles et ceux qui n'ont jamais eu d'autre activité que des fonctions politiques, qui sont entrés en politique dès leur sortie de l'université et tremblent à l'idée de perdre leurs mandats et de devoir chercher un travail comme un citoyen lambda. 
Ils sont nombreux en Belgique, exemples parmi d'autres: une Onkelinx qui est parlementaire depuis belle lurette: vingt-sept ans exactement et qui a été ministre durant dix-neuf ans sans interruption; un Demotte qui est parlementaire depuis vingt ans et ministre non stop depuis seize ans; un Reynders qui est parlementaire depuis 1992 et ministre depuis 1999. Quel lien ont encore ces représentants du peuple avec celui-ci? Quelle activité professionelle et/ou associative et bénévole ont-ils ou ont-ils jamais eues? Quelle crédibilité ont-ils encore quand ils se retrouvent dans l'opposition?
Ils ont réponse à tout, ils vous répondent que c'est précisément le fait d'être en même temps parlementaire ou ministre et bourgmestre qui leur permet de connaître la vraie vie des vraies gens. L'unique moyen pour eux de connaître les gens, c'est de les représenter.

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/quand-quelqu-un-est-ministre-ca-doit-etre-sa-seule-activite-estime-collignon-5579c7b935709a87ac8f73b6
(2) "La guerre des cumuls relancée", L'Avenir, 19 août 2015.
(3) Emission "28 minutes", Arte, 23 septembre 2015.

A (re)lire sur ce blog:
- "Nouvel aristo", 2 mai 2014;
- "Bourgmestres même pas empêchs de titre", 17 janvier 2013;
- "Abonnés à Cumul+", 28 àctobre 2011;
- et de nombreux autres billets à ce sujet.


mardi 25 novembre 2014

Schtroumpf grognon

Manifester pour refuser les autres est à la mode en France. Des députés UMP alsaciens s'y sont mis, arborant dans l'Assemblée nationale un calicot: "Ne tuez pas l'Alsace ". Ils auraient voulu que - dans la réforme territoriale voulue par la majorité - la région Alsace reste seule, sans être associée à la Lorraine et à la Champagne-Ardennes (1). Un député UMP a tenté de se justifier sur France Inter (2). Il fut assez obscur, dans tous les sens du terme. Jusqu'à ce qu'il nous dise qu'il faut tenir compte du contexte économique, que l'Alsace est la deuxième région économique de France. Et là, tout s'éclaire: son raisonnement est le même que celui des indépendantistes flamands, italiens du nord, catalans et de tant d'autres: celui des riches. De ceux qui ne veulent pas partager. Mais qui n'aiment qu'une chose: vendre leurs produits à l'extérieur.
On se dit alors qu'on devrait laisser entre eux ceux qui ne veulent pas des autres, mais les pousser dans leur logique. Ce qui voudrait dire qu'en dehors des Alsaciens, personne ne consommerait plus de choucroute, de munster, de riesling ou de gewurtzraminer. Nous, nous boirons du vin de Loire, de Jurançon, du Chili, de Roumanie ou d'Algérie.
On se dit aussi qu'on comprend que de plus en plus de Wallons se sentent différents des Flamands (3). A force de se sentir rejeté, de s'entendre critiqué, on ne peut rester insensible. A force de dire qu'on n'aime pas les autres, on finit par susciter l'impression chez ces autres qu'ils ne sont pas les mêmes. Gagne-t-on quelque chose à ce jeu-là?

dimanche 30 juin 2013

Domheid zonder grens

Sur le territoire de la commune de Denderleuw, toute communication dans les commerces, les clubs sportifs, les associations culturelles devra se faire en néerlandais. En terre flamande, on parle néerlandais et rien d'autre. Ainsi l'exige le "manifeste flamand" adopté par la commune (1). Les enseignes de magasins qui ne seraient pas uniquement en néerlandais seront considérées comme "inadaptées". 
On pense à ces campings en Wallonie et en France tenus par des néerlandophones et fréquentés en très grande majorité par des Flamands et des Néerlandais. Imagine-t-on un seul instant d'y imposer le seul usage du français?

La Wallonie, elle, entend mieux exister aux yeux du monde. Pour ce faire, elle s'est acheté un nouveau "branding". La Wallonie aime l'anglais. D'ailleurs, elle s'est aussi offert une nouvelle "tagline". Cinq points forment un w et renvoient aux cinq continents et à wallonia.be. Le slogan: "feel inspired". Premiers coûts de l'opération: 477.000 euros pour l'étude et 60.000 euros pour le visuel (2). Restent à les décliner. Si c'est possible. Un point noir vient en effet de s'ajouter aux cinq premiers. Les concepteurs du branding ont été trop peu inspired: l'adresse wallonia.be appartient à un retraité flamand (3). Avec un peu de chance, il acceptera de le revendre si le site wallonia.be est publié exclusivement en néerlandais.


(1) JT RTBF, 28 juin, 19h30.
(2) LLB, 28 juin 2013.
(3) LLB, 29 juin 2013.

jeudi 24 janvier 2013

Le bal des hypocrites

Arcelor Mittal ferme sept des douze sites de sa phase à froid chez Cockerill à Liège. Pour les 1300 travailleurs qui se retrouvent sur le carreau (après les 795 de la phase à chaud), la décision est une véritable claque et on comprend leur tristesse, leur colère et leur désarroi. Mais cette annonce n'est pas aussi inattendue qu'ils veulent bien le déclarer face aux caméras. Qui croyait ce secteur inoxydable en Belgique? Qui pensait que ce qui arrive à Arcelor à Fleurange resterait étranger à la Belgique? Les responsables politiques versent des larmes de crocodile. Jean-Claude Marcourt, Rudy Demotte, André Antoine tentent de faire bonne figure en tentant de conjuguer indignation et fermeté. C'est scandaleux, disent-ils. Ca ne se passera pas comme ça, clament-ils. Jean-Marc Nollet se veut optimiste: on leur fera nettoyer le site, puis on créera de nouveaux emplois. Ca ne coûte rien de le dire. Elio Di Rupo revient dare-dare de Davos. (Davos ou Rio, chez les riches suffisants aujourd'hui ou chez les indignés altermondialistes hier, Elio ne sait où donner de la tête.)
Quel Belge, qui avait au moins dix-huit ans au milieu des années '80 (au moment du plan Gandois), peut honnêtement déclarer qu'il ne pensait pas que ce qui arrive aujourd'hui arriverait un jour? Tout le monde savait et sait que la sidérurgie belge était et est condamnée. On a pu et on peut encore investir des millions dans des canards vieillissants, mais on savait et on sait ces canards mortels. On sait que leur sort est inéluctable.

En 1997, voici quasiment seize ans (c'était le 18 mars), voici ce que déclarait, dans la conclusion de son intervention intitulée "La Belgique en voie de sous-développement", Fernand Bézy, professeur émérite à l'UCL, devant l'Université des Aînés à Louvain-la-Neuve (1):

"Que nous réserve l'avenir ?
Cet exposé est pessimiste, mais la réalité n'est pas exaltante; l'avenir est-il aussi noir ? Nous n'avons hélas pas fini de nous purger des erreurs du passé; c'est ce qui occulte dans une certaine mesure les raisons d'espérer. L'étude de la Kredietbank, dont il était question ci-dessus, conclut son analyse en disant : "pendant encore une grande partie du 21ème siècle, la Belgique devra payer les erreurs commises pendant les années 70." (...)
Pour prévoir ce qui va se passer, il faut prendre conscience des changements structurels importants qui affectent l'économie mondiale depuis 15 ou 20 ans : ce qu'on appelle "la mondialisation", suscitée par la libre circulation des biens et des capitaux comme jamais auparavant dans l'histoire. Cette évolution tient à des progrès techniques sans précédent :
- pour les produits, un abaissement considérable des coûts de transport maritimes grâce à l'augmentation de la dimension des navires, l'automatisation de leur pilotage et surtout la "conteneurisation";
- pour les capitaux, la télématique qui leur permet de circuler par delà des frontières à la vitesse de l'éclair.
Il est possible maintenant de fractionner la production des marchandises et de la délocaliser géographiquement en profitant des différences dans les coûts de production, notamment de la main-d'oeuvre. Cette dernière, en de nombreux pays du tiers monde, atteint maintenant une qualification suffisante pour être apte au travail en usine.
Dans les pays actuellement développés, le secteur industriel connaîtra, en termes d'emploi, l'histoire de la peau de chagrin, comme auparavant l'agriculture. Historiquement la Belgique a détenu le record de l'emploi dans le secteur industriel : 53% des actifs en 1950. Il ne faut surtout pas pavoiser : si nous avions autant de main-d'oeuvre dans nos usines, c'est qu'elles étaient en retard de mécanisation. Aujourd'hui, des prévisionnistes sérieux pensent qu'en l'an 2.000, dans les pays développés, la main-d'oeuvre industrielle ne représentera plus que 10% des actifs; et dix ans plus tard, 2% seulement : moins qu'aujourd'hui dans l'agriculture. Cela ne réduira pas nécessairement la production industrielle, mais comme aujourd'hui en agriculture, on produira toujours plus avec toujours moins de travailleurs."

Les miroirs aux alouettes fonctionnent bien. Mais les politiques et les syndicalistes ne devraient pas s'y mirer trop longtemps.

(1) http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/ucl/documents/Bezy_belgique.HTML



mardi 4 décembre 2012

Premiers communiants

Les conseils communaux nouveaux sont comme le Beaujolais pareillement qualifié. Un peu rêches, toujours un peu décevants, avec un goût écœurant de banane. Ils se sont mis en place hier dans toutes les communes de Wallonie.
Une nouvelle règle est apparue: ils peuvent être désormais présidés par un autre conseiller que le bourgmestre. Il s'agit de faire mieux vivre la démocratie. Le Conseil communal est le législatif, le collège l'exécutif. Il n'est pas normal que les deux se confondent et que le bourgmestre arbitre des débats au centre desquels il se trouve. Très peu de conseils communaux wallons ont choisi de fonctionner de la sorte. C'est que "les bourgmestres sont souvent jaloux de cette prérogative" de présider les débats, affirme Paul Furlan, ministre wallon des Pouvoirs locaux (1).
Prenons deux exemples au hasard, à Thuin et à Tournai. A Thuin, les débats du conseil seront arbitrés par le "bourgmestre en titre". Il s'appelle Paul Furlan. C'est une vraie surprise. A Tournai, ils le seront par Rudy Demotte, ministre-président de la Région wallonne et "bourgmestre en titre" de Tournai. En voilà une autre. No Télé le présente d'ailleurs sous cette fonction de "bourgmestre en titre" (2), même si elle n'existe pas (3). Mais le Napoléon de la Wallonie picarde entend bien qu'on l'appelle de la sorte. D'autant qu'il "communie avec la ville" qu'il a conquise. Même si sa victoire ne fut pas à la hauteur de ses espérances: 7.000 voix alors qu'il en espérait le double. Ce ne fut pas Waterloo, mais ce ne fut pas non plus Arcole ou Austerlitz. "Je dois prouver que je suis présent dans la ville", déclare celui qui n'entend pas être bourgmestre empêché, même si c'est ce qu'exige une loi qui n'arrivera pas à contraindre ses ambitions. Pour ce faire, il animera les débats du conseil communal, "ce vivier de la démocratie". Le rédacteur en chef de No Télé interroge Paul-Olivier Delannoy, "l'échevin délégué à la fonction de bourgmestre" (celui qui n'est donc pas bourgmestre faisant fonction, une fonction inenvisageable pour Rudy Ier qui n'aime que le soleil): "si le roi vient à Tournai, c'est Rudy Demotte qui le recevra; s'il y a une explosion dans le zoning de Marquain, c'est vous qui allez en correctionnelle....?" Autrement dit: à lui les honneurs, à vous les emmerdes. Polo, en bon petit soldat, acquiesce. Il affirme même qu'il s'en réjouit, qu'il l'a toujours voulu ainsi. On voit par là que Rudy Demotte est un artiste. Peu lui chaut les diminutions des subventions à la création théâtrale, c'est un créatif inné. Du grand art. Avec les applaudissements du public et d'une partie de la presse. Et des rappels?

(1) Matin Première, la Première (RTBF radio), 3 décembre 2012.
(2) No Télé, 4 décembre 2012.
(3) lire "Pêcheurs empêchés" (13.10.2012) et "Le bal des hypocrites" (12.11.2012).

dimanche 30 septembre 2012

Ce n'est pas demain la veille

Quelle mouche a donc piqué Jean-Charles Luperto, le président du Parlement de la Communauté française? Voilà qu'il propose de mettre sur pied "une cellule de veille médiatique" pour corriger l'image "souvent tronquée" de la réalité francophone telle qu'elle est rapportée par les médias flamands.
"Méthode communiste", lui répond Luc Vanderkelen, éditorialiste à "Het Laatste Nieuws" (1). Drôle d'idée en effet de jouer les Big Brother et de rectifier les informations qui ne seraient pas... Qui ne seraient pas quoi? Justes? Correctes? Vraies? Et donc conformes à quelles vérités? Vanderkelen invite Luperto à venir parler des francophones en Flandre, à inviter des Flamands en Wallonie, pour mieux se connaître. Son collègue Eric Donkier, du Belang van Limburg, signale qu'il a écrit, au printemps dernier, une série de six articles pour démontrer que les choses changent vraiment en Wallonie. Et dans le bon sens" (1).
Pascal Verbeken, ancien journaliste à Humo, a publié cette année Grand Central Belge, le récit d'un voyage qu'il a fait à pied le long de la première voie ferrée privée qui reliait Flandre et Wallonie. Il a apprécié Charleroi où, dit-il, ce n'est pas seulement le passé qu'on peut voir, mais aussi l'avenir. Verbeken essaie de dépasser cette vision du hier en nu qu'ont, selon lui, trop de médias et de responsables politiquesC'est donc à Charleroi que l'a rencontré un journaliste de Knack pour un entretien. A la fin de celui-ci, en quittant le bistrot, Pascal Verbeken salue à la cantonade. Stijn Tormans s'en étonne: "vous connaissez vraiment toutes ces personnes dans ce café et celles que vous avez saluées dans la rue?". "Non, je ne les ai jamais vues, répond Verbeken en riant. Je me balade en Wallonie depuis des années. Et partout où tu vas, les gens te disent bonjour. Tout le monde a une attitude amicale. Pour moi, c'est une observation qui n'est ni risible, ni anodine." (2)
Il faudrait que les francophones lisent plus la presse flamande, estime Martin Buxant (3), journaliste francophone, ancien de la Libre qui écrit maintenant dans le Morgen, que les francophones parlent plus le néerlandais, plutôt que d'être sur la défensive. Et finalement dans l'ignorance.

(1) LLB, 28 septembre 2012.
(2) Knack, 21 maart 2012: In Wallonië zeggen ze tenminste nog dag tegen elkaar (Stijn Tormans).
(3) JT de la RTBF, 27 septembre 2012.

jeudi 8 mars 2012

Les gens indispensables

Il y a des gens dont il est absolument impossible de se passer. Sans eux, le monde s'arrêterait de tourner. Ils sont au four et au moulin.
Prenons, par exemple, notre premier ministre. Allez savoir pourquoi, on imagine Elio Di Rupo assez occupé. Mais il briguera à nouveau, en octobre, le poste de bourgmestre de la Ville de Mons. Il ne pourra véritablement, et surtout officiellement, exercer la fonction, en plus de celle de premier ministre. Mais qu'on se rassure, nous dit sa porte-parole, il se consacrera à 100% à sa ville. On suppose qu'il en donnera au moins tout autant au Gouvernement fédéral. C'est Monsieur 200%. Il fait mieux que le footballeur entendu vendredi dernier (sur la Première) qui affirmait: "je suis 100%".
D'autres que lui seront dans le même cas. Un exemple (au hasard): Rudy Demotte. Le double ministre-président du Gouvernement wallon et de celui de la Communauté française (1), on le sait, joue les parachutistes et brigue le maïorat tournaisien. Il veut redonner tout son lustre à cette ville qu'il aime tant. Pour pouvoir être candidat, il a fait changer les règles internes au Ps de Wallonie picarde (un modèle du genre, nous dit-on) qui interdisait le cumul de mandats. Mais dans le même temps, le Parlement wallon agit en sens contraire et interdit ces mêmes cumuls. Pas totalement cependant. Il y aura des privilégiés: les gros scoreurs (politique et football ont décidément bien des traits communs) pourront s'abonner à Cumul +. Un quart des députés wallons pourront en même temps être bourgmestre, échevin ou président de CPAS. Les heureux élus seront ceux qui auront obtenu le meilleur taux de pénétration, entendez par là le plus grand nombre de voix obtenues par rapport au nombre d'électeurs (2). Bref, les champions seront avantagés.
Une fois élus, ces gens indispensables ne pourront cependant pas être à la fois membre d'un exécutif communal et d'un gouvernement. Qu'à cela ne tienne, ils désigneront un bourgmestre faisant fonction qui fera ce qu'on lui dit de faire et tiendra la place au chaud pour son bourgmestre hélas empêché.
Des communes comme Mons et Tournai l'auraient-elles pas besoin d'un vrai bourgmestre à temps plein, légitimement élu à ce poste?
S'ils veulent voir Rudy Demotte occuper réellement le siège de bourgmestre, les Tournaisiens, non militants socialistes, savent ce qui leur reste à faire: ne pas voter pour Demotte. Vu sa popularité, il sera bien sûr élu au Conseil communal, et largement, par les militants socialistes. Mais si son taux de pénétration est plus faible, il devra choisir entre deux sièges. Et on peut parier qu'il choisira d'être bourgmestre. Sa nouvelle ville lui tient tellement à cœur.

(1) Il ne sera pas ici question de Fédération Wallonie-Bruxelles, xième nom, déjà contesté au sein même de son propre Gouvernement, de la Communauté française, cette appellation-ci étant celle qu'indique la Constitution belge (art.2).
(2) lire "La Wallonie choie les gros cumulards", in Le Vif, 3 février 2012

lundi 7 novembre 2011

Le monde comme il va

Les informations régionales de France3 Nord - Pas de Calais (1) nous apprennent qu'un jeune prisonnier, détenu à Maubeuge, a été violemment frappé par certains de ses co-détenus. Il est dans le coma. On nous dit qu'il s'agit là d'un garçon très gentil et naïf. On se demande ce qu'il a pu faire de grave qui l'a condamné à quatre ans de prison. On apprend qu'il l'a été pour "détention et usage de cannabis". On se demande ce qui se passe dans la tête de juges qui envoient en prison pour de tels délits. On se demande si la justice a toute sa tête.

Toujours plus. Les productions de CO2 au niveau mondial ne cessent d'augmenter: + 6% de 2009 à 2010, pour arriver à un total de 9 milliards de tonnes. Les dix milliards sont à notre portée. Plus qu'un petit effort!

C'est la crise. Partout, on racle les fonds de tiroir, nous dit-on. Il faut faire des sacrifices. Une idée (pas très neuve, les fidèles lecteurs de ce blog le savent): supprimer toute dotation publique au Grand prix de Francorchamps. Le député wallon écologiste Bernard Wesphael a sorti sa calculette: depuis 2006, les pouvoirs publics wallons ont déboursé la coquette somme de 106 millions d'euros en investissements, exigés par les autorités de la Formule 1, et en épongements de dettes. C'est qu'il s'agit de sauver la fierté de la Wallonie, le plus beau circuit du monde. Pas encore de chiffres officiels pour cette année, mais le déficit du GP 2011 devrait tourner autour des cinq millions d'euros. Qui paie? La Wallonie, entendez par là l'institution Wallonie, enfin la Région wallonne (2). Donc nous. Mais ça vaut la peine: "un boulanger fait sur ces trois jours-là, un chiffre d'affaires énorme", a déclaré noss miniss de l'Economie walleonne, Jean-Claude Marcourt (3). Cinq millions pour faire connaître les pistolets et les couques de Wallonie, tout en faisant tourner en rond des bolides polluants qui n'intéressent pas grand monde, c'est pas de l'argent jeté par les fenêtres, c'est de la promo. Il n'y a que les mauvaises langues pour ne pas le comprendre.

(1) JT FR3, 5 novembre 2011
(2) Les changements de nom d'organismes, très à la mode sous l'ère Demotte (voir "Wallons, nous?", billet du 13 octobre dernier), ont visiblement été décidés à l'emporte-pièce. Une fois de plus. Dans un article intitulé "Ne pas brouiller l'image", Michel Delwiche explique (dans le Vif du 4 novembre) que "Rudy Demotte est si peu sûr d'être compris qu'il se sent obligé de parler de l'institution Wallonie. De la Région wallonne donc".
(3) Le Vif, 28 octobre 2011

jeudi 13 octobre 2011

Wallons, nous?

C'est la grande mode actuellement: on change les noms des institutions.
Ne dites plus Communauté française de Belgique, ni Communauté Wallonie-Bruxelles. Dites Fédération Wallonie-Bruxelles.
Ne dites plus Région wallonne. Dites Wallonie, tout simplement. Il s'agit de "promouvoir une conscience collective wallonne". Rien de moins. C'est la grande ambition de la proposition de décret qui vient d'être adoptée par la Commission des Affaires intérieures du Parlement wallon.
Visiblement, ce projet est déjà appliqué. Ainsi, ce matin, dans une pub diffusée sur la Première, a-t-on pu entendre que telle organisation bénéficie du "soutien de la Wallonie". Oui, de la Wallonie dans son ensemble. Personnellement, moi qui suis considéré comme un Wallon, (sans en avoir la conscience ni individuelle ni collective, je suis forcé de l'avouer), je n'ai pas été consulté par rapport à ce soutien. On voit par là qu'appeler de la même manière la région et l'institution qui la gère mène à la confusion. Entendra-t-on bientôt que le Théâtre royal de la Monnaie ou le Musée de Tervueren bénéficie du soutien de la Belgique plutôt que de l'Etat fédéral? Au sud de la frontière, que la Fête de la Musique bénéficie du soutien de la France? Priorités aux besoins des gens, nous disent-ils.

dimanche 5 juin 2011

La Belgique n'a plus toute sa tête

C'était une période difficile. Mais qui n'empêchait pas l'espoir. Un formateur avait été nommé. C'était nouveau. On pouvait vaguement espérer que, près d'un an après les élections, un gouvernement se forme dans les mois à venir.
Mais aussitôt les nationalistes flamands ont répandu, un peu plus chaque jour, leur scepticisme dans la presse. Certains d'entre eux multiplient les déclarations à l'emporte-pièce. Et la pièce est tellement mauvaise qu'elle semble déjà emportée. Les acteurs sont de plus en plus exécrables.

Il y a le sniper nationaliste Van Aelst qui déplore que des élus francophones "maltraitent notre langue", pointant en particulier Di Rupo, Onkelinx et Milquet. Une réflexion amusante à l'heure où - enfin - les francophones manient beaucoup plus le néerlandais et où, dans le même temps, tant de Flamands l'abandonnent. Ce que regrettent de nombreux intellectuels flamands, tel l'écrivain Geert Van Istendael qui, ce vendredi matin encore sur la Première, constatait que les Flamands préférent au néerlandais... diverses versions du flamand.
Van Aelst se dit prêt à être solidaire des Turcs mais pas des Wallons et dénonce les prêts hypothécaires accordés par le Vlaamswoningsfonds "à des noirs francophones qui viennent s'installer à Asse". On se croirait en Yougoslave au début des années '90.
De nombreux Flamands, dans les milieux politiques et économiques, estiment que Bruxelles ne peut constituer une région à part entière. Que la capitale doit être gérée paritairement par la Flandre et Wallonie. Bref, ils refusent aux Bruxellois l'autonomie qu'eux-mêmes revendiquent pour la Flandre. Cherchez l'erreur et la cohérence.
En réponse, les Francophones viennent de rapprocher formellement les Régions wallonne et bruxelloise, en créant la Fédération Wallonie-Bruxelles, déjà baptisée "WalloBrux". Cette décision a été prise à l'unanimité par les députés du Parlement de la Communauté française. Qui de facto ne reconnaissent pas l'autonomie de la Région bruxelloise puisqu'elle est ainsi étroitement associée à la Wallonie et éloignée de la Flandre. Cherchez l'erreur et la cohérence.
"Ce WalloBrux est perçu par la Flandre comme une étape du fameux plan B, estime Jan De Troyer (1), flamand bruxellois, connu comme un esprit libre et particulièrement modéré. En créant cette fédération, poursuit-il, la classe politique francophone se prépare, aux yeux des Flamands, à une scission dont cette fédération constituerait la Belgique résiduelle.
Avec une telle perspective, dit-il encore plus loin, les francophones ne doivent plus s'étonner que tant de Flamands soutiennent la NVA et que le Ministre-Président flamand Kris Peeters déclare que ceci constitue un danger pour la stabilité de la Belgique. Aux Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, Monsieur Demotte a simplement annoncé que dans la nouvelle Belgique, l'enseignement flamand à Bruxelles sera fusionné avec celui de la Communauté française."
Y a -t-il encore des responsables politiques dans ce pays? On se le demande. Tel Diogène, on les cherche.

(1) LLB, 1er Juin 2011

jeudi 13 janvier 2011

Des p'tits trous

Avec un coq comme emblème, il est sans doute normal que la Wallonie soit le royaume des nids-de-poule. Les trous sont innombrables. Le service de médiation de la Région wallonne reçoit quotidiennement deux cents plaintes d'automobilistes en ces journées post-gel.
Voilà une éternité (quinze ans? vingt ans? plus peut-être) que la Cour des Comptes souligne chaque année l'insuffisance des budgets d'entretien des routes en Wallonie. Certains parlementaires (j'en fus) ont relayé ces observations auprès du Gouvernement wallon. Mais rien n'y fit (ni n'y fait, semble-t-il): les soi-disant chainons manquant avaient priorité. Toujours plus de routes dans un des Etats qui a la plus forte densité routière au monde. Sans que suivent les moyens de les entretenir.
Voici plusieurs mois, l'émission "Questions à la Une" comparait la gestion des travaux routiers entre France et Wallonie. Les Français ont gagné. Comme chez nous, c'est logiquement à un appel d'offres que répondent les entrepreneurs. Mais chez eux, la réalisation des travaux est contrôlée. Pas chez nous. Ce qui est explique que, très souvent, le revêtement des (auto)routes wallonnes ne soit pas conforme au cahier des charges. Et qu'il manque ici un centimètre de tel matériau, là trois ou quatre. Ou plus peut-être. Et que tout soit toujours à recommencer. Les autoroutes wallonnes ou le tonneau des Danaïdes.
Chez eux, les autoroutes sont payantes et la qualité suit, du revêtement, des aires de repos, de la propreté. Chez nous, pour des raisons d'abord populistes, elles restent gratuites. Les résultats du populisme ne sont guère populaires en ce moment.
Pendant une dizaine d'années, le ministre de tutelle des travaux publics en Wallonie fut un certain Michel Daerden. A qui il fut (et il reste) reproché bien des choses, mais on entendait toujours l'un ou l'autre supporter affirmer qu'il s'agissait d'un excellent comptable et d'un très bon gestionnaire. On en a la preuve aujourd'hui dès qu'on prend sa voiture.

mercredi 20 octobre 2010

Poseur (de première) (pierre)

Une belle grande photo en couleurs intrigue en pages économiques de la Libre Belgique de ce jour. L'article nous apprend que le groupe Janssen, filiale pharmaceutique du groupe américain Johnson & Johnson, a posé hier à La Louvière la première pierre de son futur centre de distribution européen. Un centre qui devrait employer de cent à cent trente-cinq personnes. "La Région wallonne a investi onze millions d'euros en subsidiation directe" dans ce centre, nous explique Jaak Peeters, président du groupe Janssen en Europe. Déjà, on s'interroge et on s'inquiète: on ne connaît pas le groupe, mais on sait que l'activité pharmaceutique n'est pas toujours parmi les plus soucieuses de la santé de l'homme, quoi qu'elle puisse laisser croire. Quels critères amènent la Région wallonne à investir dans tel ou tel projet, dans tel ou tel secteur?
Mais ce qui nous interpelle ici, c'est la photo. Elle nous montre le ministre-président Rudy Demotte poser la première pierre. La tâche fait partie de ses obligations, il s'en acquitte avec le sérieux dont il a toujours fait preuve. Plus surprenant est de voir que celui qui lui tend une brique à cimenter n'est autre qu'Elio Di Rupo. On s'interroge: à quel titre joue-t-il les maçons? Il n'est plus ministre depuis un bon moment. Il est (parfois) bourgmestre de Mons, mais - que l'on sache - La Louvière n'est pas Mons. Il est membre d'on ne sait plus quel parlement, fédéral imagine-t-on (l'homme, comme son collègue Demotte, est difficile à suivre), parlementaire du Hainaut c'est sûr. Mais si c'est en fonction de ce statut qu'il joue les poseurs de première pierre, pourquoi ses collègues de tous les partis n'occupent-ils pas la même place que lui? Il est aussi - et surtout - président de parti. Mais tous les présidents de partis n'étaient pas invités à jouer le même rôle de bâtisseur. C'est que l'homme est président du Ps. Et là, tout s'explique: le Ps est triomphant en Wallonie et plus encore en Hainaut. Donc, son président-empereur représente la Région wallonne, suppose-t-on. Et plus personne ne s'étonne de le voir partout.
Le Vif du 15 octobre nous apprenait que le même Di Rupo a décidé, en tant que bourgmestre de Mons, "de renoncer momentanément à son salaire". Il considère que depuis quelques mois il n'a pas pu consacrer beaucoup de temps à ce mandat, englué qu'il fut dans les louables tentatives qu'il entreprit pour trouver un accord gouvernemental. On en convient avec lui, il faut, voire faudrait, faire des choix. On ne peut être à la fois à l'hôtel de ville, au parlement et à la présidence de son parti, être au four, au moulin et au pied du mur. Là où l'on voit le maçon.

mardi 5 octobre 2010

Il n'y a pas de pire sourd...

Que faire pour sortir la Belgique de l'ornière dans laquelle elle s'est fourrée? On me le demande. Je me le demande. Qui jouera le rôle de la dépanneuse? Faut-il faire appel à Europe Assistance? C'est une des pistes. L'Union européenne sait que l'indépendance de la Flandre ouvrirait la boîte de Pandore. Demain, les Ecossais, les Gallois, les Bretons, les Siciliens, les Catalans, les Basques, les Irlandais du nord, les Italiens du nord, les Luxembourgeois du sud, les Estoniens de l'est (tout est possible, allez savoir!) s'engouffreraient dans la brèche. L'Europe a donc logiquement dû envoyer des messages aux chantres de la nation flamande. A dû (ou devrait) leur faire comprendre que jamais elle ne la reconnaîtrait. Les raisons ne manquent pas. L'Union européenne repose sur le principe de la solidarité: les Etats les plus nantis contribuent à aider les plus "en retard de développement" à se remettre à niveau. Voilà ce qui s'appelle solidarité. Or, c'est précisément cette valeur que les Flamingants veulent mettre à mal en Belgique. Si demain un (encore à ce jour) hypothétique Etat flamand devait voir le jour au sein de l'Union européenne, il contribuerait, indirectement cette fois, à soutenir la Wallonie, quelle que soit la forme de celle-ci. Cherchez l'erreur. Ou l'incohérence. Ou l'absurdité. Et biffez la mention inutile, s'il devait y en avoir une.
La solution peut donc venir de l'Europe. Mais aussi de Flandre bien sûr. Si les autres partis démocratiques avaient le courage de mettre la NVA hors jeu pour former une majorité sans elle. Ce qui ne sera pas le cas. On a compris que, pour d'inexplicables raisons (1), le CDV s'est intimement scotché à la NVA. Il pense comme elle, rêve comme elle, ricane comme elle. Il est l'ombre de son ombre. Il pourrait être l'ombre de son chien, l'ombre de sa main. Peut-être même se teindrait-il en blonde. On a compris qu'il ne fallait rien en attendre. Reste l'opinion publique flamande. On a un peu entendu les syndicats nationaux affirmer que les priorités sont ailleurs. La FGTB se dit révoltée par l'idée de la régionalisation de l'impôt sur les personnes physiques et de l'impôt des sociétés. Elle voit l'Etat social menacé. Mais la réaction est peu forte et guère audible. Il faudrait que la rue se fasse entendre. On nous dit que la majorité des Flamands tient à la Belgique. Mais la rue semble bien tranquille ces temps-ci. Une solution à la crise? Honnêtement, en ce moment, Anne, ma soeur Anne, je ne vois que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie. En fait, l'herbe verdoie peut-être, mais sa verdoyance est peu visible à cause des feuilles mortes qui la recouvrent. Bref, et désolé, de mon point de vue, le temps n'est guère à l'optimisme, vous l'aurez compris.

(1) en fait elles sont parfaitement explicables puisque trivialement électoralistes, même si on sait que les électeurs préfèrent toujours l'original à la copie. Le positionnement du CDV semble relever d'une attitude politique naïve, ou absurde, ou simpliste. En tout cas ahurissante.

Ps-scriptum: pour essayer de comprendre un peu mieux ce bazar et surtout pour en rire, voir "La Flandre pour les nuls", par Bert Kruismans, à la salle La Fenêtre à Tournai le samedi 16 octobre à 20h (www.lafenetre.be).

lundi 27 septembre 2010

Le succès ne se critique pas

Le succès aveugle, qu'il soit électoral, sportif ou autre. Et autorise à refuser la critique. Et plus encore l'autocritique. On le sait. On en a encore la preuve dans la Libre de ce samedi. Le président du Parti Socialiste, plus triomphant que jamais, y est interviewé. Martin Buxan lui demande si le succès de son parti n'est pas lié au clientélisme qu'il entretient. Elio Di Rupo prend son air pincé. On le voit en le lisant. "Pourquoi critiquez-vous ceux qui ont du succès?", demande-t-il. "On nous jette des expressions comme clientéliste qui ne signifient plus rien du tout", dit-il, après avoir affirmé que ce sont "des propos tenus par des gens qui sont intellectuellement conservateurs". On ne sait en quoi le reproche de clientélisme serait intellectuellement conservateur plutôt que l'inverse. Si ce n'est qu'on devrait savoir sans doute que le Ps a modifié de fond en comble ses pratiques. Mais on ne le sait pas assez. Or il faut croire, imagine-t-on dès lors, que désormais le Ps a supprimé les "permanences sociales", que les élus socialistes n'envoient plus de lettres de recommandation aux ministres, aux directeurs d'administration et aux patrons du privé pour soutenir la candidature de leurs "protégés" à un emploi, qu'ils n'interviennent plus dans les dossiers d'attribution de logements sociaux, que les ministres socialistes ne favorisent plus les communes dont ils ont les clés. Le Ps aurait abandonné ces pratiques conservatrices. Et on ne nous dit rien! Mais que fait la presse?
Martin Buxan parle aussi à Elio Di Rupo de la "machine de guerre" qu'est le PS. "Ai-je l'air d'une machine de guerre?", lui rétorque le président, réduisant ainsi son parti à sa propre personne. C'est sûr, ici aussi, les pratiques ont dû changer: le Ps a dû cesser de nommer des directeurs de l'administration en fonction de leur carte de parti, il a dû couper les ponts avec la Mutualité socialiste, avec la FGTB, avec cette myriade d'instances sociales, économiques, culturelles qui gravitent autour du parti. (Il n'y aurait donc plus de constellation. Juste une star.) Et P&V Assurance n'affichera désormais plus sur ses vitrines les affiches des candidats socialistes. Les employés de P&V n'useront plus de leur statut pour faire campagne, comme ce député-bourgmestre qui m'avouait avoir gardé quelques heures "parce que ça fait des voix". Bref, les temps ont changé et nous, conservateurs intellectuels que nous sommes, nous ne le savions pas.
Elio Di Rupo triomphe aujourd'hui dans tous les sondages et tout le monde lui reconnaît - un point de vue qu'on peut aisément partager - une grande opiniâtreté et de grands talents de négociateur. Le voilà même le deuxième homme politique le plus populaire auprès des Flamands, derrière Bart De Wever. Visiblement, cette position d'homme providentiel lui ôte tout sens autocritique. Même si le Ps a un peu plus le sens de l'éthique, il reste le Ps.(1) Et l'histoire a montré que plus il est puissant, plus il se laisse aller à des dérives hégémoniques. Pour être homme d'Etat, il est bon d'être conscient de tous ses états. Pas seulement d'âme.
D'autant que les manières d'agir du Ps ont, parmi d'autres facteurs (soyons de bon compte, bien sûr), un impact sur l'image de la Wallonie dans les autres régions. On ne s'étonnera donc pas de découvrir, dans le sondage que publiait ce même samedi la même Libre, que seuls 12% des Bruxellois souhaitent la création d'une fédération Wallonie-Bruxelles. Même si "en cas de scission inéluctable du pays", ils sont 39% à la souhaiter, contre 34% (quand même!) à rêver d'un Etat bruxellois indépendant. Au JT de la RTBF samedi, des micro-trottoirs (même si on sait qu'on leur fait dire ce qu'on veut) témoignaient de la distance que nombre de Bruxellois affichent avec la Wallonie. Une image ne tient pas qu'à des mots, mais surtout à des manières d'agir. Et là il faut bien convenir qu'il y a un certain retard de travail à récupérer.

Et qu'on ne vienne pas me considérer, comme certains se plaisent à le faire, comme "un anti-socialiste primaire". Ce serait bien mal me connaître. Et ce serait confondre le mot et la chose, croire que se dire socialiste serait l'être et ne pas comprendre qu'on puisse être à la fois socialiste et très critique vis-à-vis du Ps. Quant à l'adjectif de primaire, il implique l'absence d'analyse, d'expérience et de réflexion. Je préfère celui de secondaire.

(1) voir aussi sur ce blog "La stratégie de l'araignée", 12.09.2009

jeudi 10 juin 2010

Belgitude et inquiétude sont dans un bateau

Les musculations des uns et des autres autour de l'avenir de la Belgique, des limites des régions, de leur région, sont-elles "belges"? Tiennent-elles de la culture belge? On a l'impression que ce pays navigue aujourd'hui dans les eaux profondes de l'incommunicabilité. Deux communautés se regardent en chiens de faïence. Des chiens qui aboient de temps en temps. Chacun dans sa langue. Au coeur d'un pays de mixité, d'influences diverses, de gens curieux, ouverts, un peu rigolards. Aujourd'hui, l'enracinement prime. La terre a pris la main sur la parole. La dérision a fait machine arrière. Ne resterait-il que le dérisoire?

Dans un texte savoureux et perspicace, intitulé "Pourquoi je suis devenu belge", l'auteur néerlandais Benno Barnard, établi depuis longtemps en Flandre, se pose (en 1996) une question: "qu'est-ce que le côté flamand du Flamand sinon une question de nature, de famille, d'enracinement, de province, de dialecte, de tout ce qu'on est de soi-même, sans faire d'effort particulier? La nature est neutre, n'est ni bonne ni mauvaise, elle est, tout simplement. Les problèmes surgissent dès lors que quelqu'un se met en tête d'exalter sa nature et de parfumer la boue dont il a été tiré, ou à l'inverse, lorsqu'il méprise pour quelque raison intellectuelle cette nature et prétend être tombé des astres ou être né dans le monde entier. Oui, je ne nie pas avoir été tiré de la boue de Hollande, et je ne le regrette pas. Mais aussi m'est-il impossible de devenir Flamand.
En revanche, poursuit Benno Barnard, le côté belge du Belge, sa belgitude comme on dit, est une question de culture, de mode de vie, d'amitié, d'urbanité, de français et de néerlandais - et c'est pour cette culture que j'ai opté. (...)
Le Néerlandais rappelle vaguement le bovin qu'il élève en masse. (...) Le Belge, passez-moi l'expression, tient plutôt du cochon: un animal intelligent, à la réputation défavorable, mais qui ne le mérite pas. Terrestre. Se méfiant toujours du charcutier qui lui a fait perdre tant de ses ancêtres. (...)
Aussi la belgitude a-t-elle un caractère joyeux, épicurien, doucement cynique qui, cependant, demeure caché à tout étranger derrière des volets, beaucoup de bureaucratie, de formalisme, de distance - l'horizon de l'étranger passant en Belgique coïncide en règle générale avec le bord de sa table de restaurant. A l'inverse, cette inintelligibilité de la belgitude pour les non-initiés contribue à la joie de vivre du Belge belge, pour lequel l'être-belge comporte aussi un aspect stratégique: moins les autres comprennent la Belgique, mieux cela vaut. En ce sens, la belgitude est sa manière toute méthodique de passer dans la clandestinité de l'histoire, car sa riche expérience avec ses bouchers de diverses nationalités lui a appris à choyer les apparences comme une vertu et à les pratiquer comme on pratique un art. (...)
La confusion semée ainsi à tous vents ne fait pas qu'amuser les Belges, elle entre aussi parfaitement dans la stratégie de survie qu'est la belgitude, qui nous apprend dans son premier principe que la Belgique est occupée même si elle ne l'est pas, à savoir par la Belgique elle-même." (1)

Aujourd'hui, on peut avoir le sentiment que la nature a repris la main sur la culture. Si la Belgique devait poursuivre dans cette voie de l'incommunicabilité entre ses deux principales communautés - ou pire imploser - , c'en serait fini de cette "inintelligibilité de la belgitude". On n'aurait plus que deux pays tristement banalisés, accrochés à leurs frontières.
Resterait-il même le chagrin des Belges...? Revenant vingt-cinq ans après sa publication sur cette oeuvre majeure qu'est Het verdriet van België de Hugo Claus (on notera que le Chagrin de la Belgique est devenu en français celui des Belges), son traducteur, Alain van Crugten, estime que "vu l'âpreté et la mesquinerie des luttes linguistiques en Belgique, on peut apprécier à sa juste valeur le fait que ce soit le plus grand écrivain flamand de notre temps qui ait ainsi passionné les francophones, pourtant si prompts à dénigrer ce qui se fait dans le nord du pays. Il y eut énormément de réactions de lecteurs qui se disaient intéressés, charmés, attirés et amusés, non seulement par la beauté et la puissance de l'oeuvre, mais aussi par tout le pittoresque familier: ils se reconnaissaient dans le comportement, les modes de pensée et la façon de s'exprimer des personnages de Claus! Cela tendrait-il à montrer que, en dépit de ce qu'affirme l'ensemble du discours politique sur la coupure culturelle irrémédiable entre les communautés flamande et francophone, il existe dans le grand public un sentiment (vague) d'appartenance à une entité culturelle belge? Ce serait trop beau: un réconciliation par la littérature!" (2)

La culture salvatrice? On peut rêver. Mais force est de constater que les crispations ces derniers temps se sont accentuées et que le climat s'est détérioré.
La NVA entendrait aujourd'hui supprimer la Région bruxelloise. Devra-t-on rattacher flamands et francophones de Bruxelles à la Flandre et à la Wallonie? Et selon quels critères?
Une proposition qui vient du champ culturel et qui a le mérite de donner dans l'absurde dans lequel baigne aujourd'hui ce pays. Elle vient de l'artiste Aimé Ntakiyika ( qui se présente 80%-20% Hutu-Tutsi). Il a présenté une oeuvre "à l'ironie inquiétante" à l'exposition Belgicarium montée à Bruxelles en 2008. C'est Caroline Lamarche qui la présente: " la pièce principale de l'oeuvre consiste en un bottin téléphonique ouvert, dans lequel l'auteur a distingué d'un trait de marqueur jaune les noms à consonnance néerlandophone et d'un marqueur rouge les noms à consonnance francophone. Un commentaire y est adjoint: Malgré une apparente complexité, la Belgique et plus précisément le peuple belge, nous montre une lecture limpide de ses différentes ethnies (...) Il est fondamental de savoir que les deux communautés parlent respectivement leur propre langue: le néerlandais pour les néerlandophones et le français pour les francophones. De ce constat évident je déduis une théorie simple et impitoyable. Toute personne ayant un nom flamand est flamande. Toute personne ayant un nom francophone est francophone. Le roi se situant au-dessus de la mêlée n'a pas de nom mais un prénom. En rire, ou en frémir?, demande Caroline Lamarche.

Et si la réponse à la question de l'existence d'une culture belge était maritime? "La culture belge existe, affirme Jean-Marie Klinkenberg. La culture belge existe. Mais deux à trois mois par an, sur une bande de sol friable, large de quelques centaines de mètres, longue de quelques lieues. Ce terreau où fleurit la culture belge, c'est la Côte. De Kust." (4)
La mer, comme la Belgique, sans cesse recommencée.


(1) Benno Barnard: "Pourquoi je suis devenu belge" - in "Littérature en Flandre - 33 auteurs contemporains", Escales du Nord - Le Castor Astral, 2003
(2) Alain van Crugten: "Le chagrin des francophones: le vingt-cinquième anniversaire du Verdriet" - in Septentrion - arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 2008/2
(3) Caroline Lamarche: "Bruxelles, théâtre magique (seulement pour les fous)" - in Septentrion - arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 2008/2
(4) Jean-Marie Klinkenberg: "Petites mythologies belges" - Les Impressions Nouvelles, 2009

mardi 27 avril 2010

Le fossé - de sloot

Le nombril du VLD mène donc la Belgique au bord du gouffre. Et témoigne qu'un fossé, si pas un ravin, s'est creusé entre certains "représentants" politiques et une part importante de la population belge.
Au JT hier soir, Didier Reynders se demandait: "que veulent encore faire ensemble les gens du nord et les gens du sud?". Plein de gens du nord et du sud de la Belgique travaillent ensemble tous les jours, dans l'économie, le commerce, la culture, l'associatif...
Je participais hier à la conférence de presse de la fête de l'accordéon de Tournai. Y étaient présents également des représentants des fêtes et festivals de l'accordéon de Wazemmes (Lille), d'Avelgem et de Brugge. Les liens sont forts et les partenariats nombreux entre les diverses associations. Des étudiantes malinoises en formation à Tournai ont parfois traduit en néerlandais les propos de la responsable tournaisienne. Un Brugeois a vite fait comprendre, en français, que l'intention était sympathique mais l'effort inutile, chaque Flamand présent comprenant parfaitement les propos francophones.
Le Next Festival, issu d'une collaboration entre centres culturels de Flandre, de Wallonie et du nord de la France, témoigne du même dépassement des frontières. Certaines émissions communes à No Télé, WTV et C9 aussi. Le combat environnemental procède d'une même vision transfrontalière: on a vu des militants écologistes flamands et francophones se réunir pour s'opposer au projet de "centre de glisse" de Maubray ou faire fermer la décharge du Radar à Flobecq.
L'associatif et le politique ne vivent-ils pas sur la même planète? Ils n'ont en tout cas pas la même culture.
En Belgique, il est urgentissime de soutenir tous ceux qui participent au rapprochement entre communautés plutôt qu'à leur séparation. On se connaît mal. Ou pas. On se connaît par cliché imbéciles. On se parle dans le mépris. Maingain, évoquant le refus flamand de nomination des trois bourgmestres de la périphérie, parle de pratique des nazis sous l'occupation, De Wever se lance dans une comparaison totalement déplacée entre Reynders et Dutroux.
La proposition (des écologistes notamment) de création d'une circonscription électorale à l'échelle nationale pourrait, pour une part, éviter le repli sur soi d'une communauté. Elle obligerait les candidats à s'adresser aux électeurs de l'autre communauté. Pour l'instant, c'est exactement l'inverse: chacun parle aux "siens", sans le moindre souci de l'impact électoral de ses propos sur l'autre communauté.

On l'a dit et écrit, l'attitude du (bien peu "open") VLD et de son jeune président, Alexander De Croo, semble dictée par des visées purement électoralistes. Peut-être témoigne-t-elle aussi de l'attitude de la génération du "temps réel". L'ordinateur, les courriels, les téléphones portables ont inventé le temps réel. Le temps de l'attente, de la réflexion, de l'échange d'arguments serait donc un temps faux, irréel. Peut-être du temps perdu. Dans "La société immédiate" (1), Pascal Josèphe évoque deux tendances de fond actuelles: "d'une part une tendance à l'accélération et à la compression du temps, qui fait de l'immédiateté le nouveau paradigme des techniques et des pratiques sociales. Entre l'énonciation d'un projet et son accomplissement, l'attente est vécue comme une frustration, un retard, contraires à l'idéal de fluidité généralisée. (...) Notre époque n'aime pas que l'on perde son temps. D'autre part, une tendance à l'individualisation, qui affecte la légitimité des corps intermédiaires que sont les médias, les organisations politiques, associatives, syndicales, les relais d'opinion traditionnels, les institutions publiques, comme le système éducatif. (...) Ces deux tendances prennent en étau la société démocratique d'aujourd'hui."
Plus loin, Pascal Josèphe estime que "avec l'hyperindividualisme et le culte de l'immédiat qui caractérisent les sociétés postmodernes, on peut diagnostiquer la fin de la politique telle qu'elle existait jusqu'à présent. Les identités et les projets collectifs, la responsabilité sociale disparaissent au profit d'une revendication généralisée des droits individuels."

S'il est bien un secteur où le temps compte, c'est celui de la politique. La négociation exige de la patience, le compromis prend du temps. La génération Q - De Croo ne l' a pas ce temps. Pour elle quatre jours de négociations, c'est insupportable. En attendant, en cette année sans élections qui allait permettre aux politiques de travailler plus sereinement, nous allons vers des élections dont nous ne sommes même pas sûrs qu'elles seront validées. Jolie perte de temps!

Et pendant ce temps-là, un Rudy Demotte en pull rouge continue à utiliser ses fils devant les caméras de No Télé, les faisant déposer dans l'urne ses bulletins de vote qui le désigneront président de l'Union communale socialiste de Tournai.
Admirable démocratie!


(1) "La société immédiate", Pascal Josèphe, Calmann-Lévy 2008

samedi 13 février 2010

Wallonie, le pays qui dit oui à tout

Scandale en Wallonie: voilà qu'un ministre, celui de l'environnement et de l'aménagement du territoire, a l'outrecuidance de dire non à des promoteurs. Il a même l'audace d'invoquer des arguments socio-économiques. Pire encore: voilà qu'il se met en tête d'appliquer la déclaration gouvernementale. Du jamais vu dans cette région où tout est possible et où les partis traditionnels avaient sans doute fini par croire eux-mêmes que les textes de leur programme de gouvernement n'avaient d'autre objet que de faire joli et moderne et de rassurer le bon peuple.
Le PS et le CDH mettent du "développement durable" dans toutes leurs phrases, mais n'ont - on l'a compris depuis longtemps - aucune intention d'aller au-delà des mots. Le SDER (Schéma de Développement de l'Espace régional), le CWATUP (Code wallon de l'Aménagement du Territoire, de l'Urbanisme et du Patrimoine), la déclaration gouvernementale ne sont pour eux que des outils de com'. Il s'agit de faire croire qu'on se soucie d'environnement, d'aménagement du territoire, d'économies d'énergie, etc. Juste de faire croire.

Mais voilà que, prenant au mot les textes pré-cités, Philippe Henry refuse le projet Citta Verde de Farciennes. En Wallonie, les promoteurs, plutôt habitués au tapis rouge, le sentent brusquement se dérober sous leurs pieds.
Au sein du Gouvernement wallon, on s'étrangle: cette forte tête constitue le maillon faible. Il fait du dogmatisme, disent ses collègues rouges-orange. Qui eux ne savent même plus ce que cela signifie, ayant abandonné depuis des temps immémoriaux toute réflexion sur le long terme et tout positionnement politique. Eux, ils sont devenus les gestionnaires de la Wallonie. (1) Leurs hymnes communs, ce sont "tout va très bien, madame la marquise" et "non, non, rien n'a changé".
Même un ministre du Gouvernement fédéral fait semblant de s'étrangler dans la Libre Belgique de ce jour: Paul Magnette "adhère à la DPR sur la concentration dans les centres urbains", mais dans le même temps soutient pleinement le projet Citta Verde, prévu hors centre urbain. Comprenne qui pourra. Il considère que "tout est balayé par un réflexe purement idéologique d'Ecolo". Venant de Monsieur Nucléaire, voilà une déclaration qui fera au moins sourire. Mais qui confirme la mort de l'idéologie dans le camp du Ps.
Pas tout à fait cependant: le Vif de ce vendredi cite les propos récents du député fédéral PS Jean Cornil. Il estime que "il reste du chemin à faire (au sein du bureau du PS), car la plupart de mes collègues restent bloqués avec une logique qui date de la révolution industrielle... Quand vous discutez avec quelqu'un comme Jean-Claude Marcourt, il croit qu'il faut développer le plan Marshall, attirer toujours plus de nouvelles entreprises et voilà... Pour lui, le progrès scientifique résoudra naturellement les problèmes écologiques." Le débat sur Citta Verde tombe à point pour lui donner raison.
En édito de LLB de ce jour, Xavier Ducarme titre: "un débat sain". Il estime que "ce qui ne reste qu'à ce jour qu'une crisette, une poussée de fièvre entre partenaires de majorité, montre combien ce grand principe (du développement durable), dont la plupart des dirigeants politiques aiment à se gargariser dans les grands discours, face à d'illustres auditoires, a encore bien du mal à passer l'épreuve de la mise en pratique."
Qui est aujourd'hui le maillon faible du Gouvernement wallon? Celui qui tente d'inscrire la Wallonie dans des logiques du XXIe siècle ou celui qui reste accroché aux logiques des golden sixties, confiant tous ses espoirs aux promoteurs providentiels et investissant dans des autoroutes, des zonings et des projets pharaoniques?

(1) on se souvient qu'avant d'être ministre-président de la Région wallonne, Rudy Demotte fut ministre fédéral de la santé publique. Il aimait alors se présenter comme "le manager de la santé publique".

lundi 14 décembre 2009

La Wallonie, à mille lieues de Copenhague

Cocorico! Le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, ne se sent plus de joie: la Wallonie est classée première de 61 zones d'Europe. Première région logistique d'Europe. Un des grands avantages, et de celui-là on peut effectivement se réjouir, c'est que la main d'oeuvre y est productive, qualifiée et multilingue. Pour le reste, qui dit logistique, dit entrepôt et infrastructures de transport. Le prix des terrains et des halls d'entreposage est faible chez nous. Traduisez: le sol (valeur première selon le Code wallon de l'aménagement du territoire) est bradé. Pour y construire d'immenses halls de stockage. C'est-à-dire des lieux qui ne sont pas des centres de production, mais de transit, à peu de valeur ajoutée. Et les autoroutes sont nombreuses et gratuites. Et génèrent des trafics de camions qui deviennent insupportables. A tous points de vue. Pour les riverains comme pour l'environnement. Ajoutons au tableau, pour qu'il soit complet, les aéroports de Gosselies et de Liège à la croissance constante, et nous comprenons de quoi nous pouvons être fiers: d'être une région qui résiste, envers et contre tout, à une évolution devenue indispensable. Voilà pourqwé, nos s'tons firs d'iesse wallons! Un mot encore, il paraît que Liège sera saturé à l'horizon 2020. Et ça, ça en jette vraiment, non?

Ici, au coeur de cette merveilleuse "Wallonie picarde" (dont j'ai malheureusement oublié le slogan *), ce sont les bourgmestres concernés par le projet d'un centre de glisse qui n'ose plus dire son nom qui font de la résistance. Quoi, s'étranglent-ils, le Ministre de l'Aménagement du Territoire demande aux promoteurs d'aménager leur projet pour l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui? Mais c'est insensé, s'exclament-ils en choeur dans le Soir du 12 décembre!
Daniel Westrade, bourgmestre de Péruwelz, estime que «un projet comme celui-là sera mieux chez nous qu’ailleurs. Il est sans doute à revoir mais il est vraiment porteur pour notre territoire». On notera qu'il concède que le projet doit sans doute être revu.
Pierre Wacquier, son collègue de Brunehaut, se dit " un peu déçu par le ministre de tutelle. (...) On ne peut plus se permettre d’attendre, dit-il, car il ne faut pas oublier la création énorme d’emplois». C'est le même Pierre Wacquier qui, à propos du projet d'éoliennes à Saint-Maur, déclarait que « la Commune de Brunehaut attache une énorme importance à l’avis du Parc Naturel des Plaines de l’Escaut » (sur No Télé, le 26 avril 2008). Or le PNPE a remis un avis extrêmement défavorable au projet de Maubray. Un avis que le Parc a adopté à l'unanimité, les représentants de Brunehaut ont donc exprimé leur refus du projet. Rappelons d'ailleurs que la commune de Brunehaut a remis un avis critique sur le projet, refusant, notamment, sa partie sud. Ce qui est pris en compte par le cabinet Henry. Mais le bourgmestre de Brunehaut semble brouillé à jamais avec tout sens de la cohérence.
Quant à Bernard Bauwens, bourgmestre d’Antoing, lui au moins reste cohérent avec lui-même et demeure, contre vents et marées, le porte-parole des promoteurs: «une fois encore, on recule dans ce dossier. Les promoteurs en ont ras-le-bol, plus de dix millions ont déjà été dépensés depuis 5 ans ».
Pour Bobo et Wawa, l'enquête publique qui a suscité des milliers d'avis négatifs, très argumentés, de toutes origines, semble nulle et non avenue. Etrange conception de la démocratie.
Et Copenhague est bien loin. On se souvient que le bourgmestre d'Antoing, à l'issue de la projection du film "Une vérité qui dérange", s'était dit extrêmement préoccupé par l'évolution de la planète, avant de défendre ardemment un projet de centre de loisirs gaspilleur en eau, en nature, en énergie, producteur de CO2 et de trafic automobile.
Finalement, c'est vrai qu'une des forces de la Wallonie, c'est le multilinguisme. Ici, on pratique couramment le double langage.

* assez amusant: cherchant le slogan, j'ai tapé www.walloniepicarde.be et je suis tombé sur un site qui me souhaite la "bienvenue en Tournaisis". On dirait que le Hainaut Occidental bouge encore! (je n'ai pas trouvé le slogan)