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dimanche 3 novembre 2019

Les maçons aveugles

On a les héros qu'on peut. Ou qu'on veut. Celui de Théo Francken, ex-secrétaire d'Etat à l'asile et aux migrations et un des leaders de la nationaliste NVA, s'appelle Donald Trump.
"Il est du côté de l'homme modeste, du peuple", dit sans rire Francken (1) en parlant du milliardaire arrogant et prétentieux. Il apprécie que le Donald ait respecté ses promesses. A commencer par la construction d'un mur à la frontière mexicaine qui est sans conteste la marque de la proximité du président américain avec l'homme modeste mexicain, panaméen ou guatémaltèque. Y a-t-il projet plus positif et  plus enthousiasmant qu'un mur? On peut aisément penser que Francken rêve d'en construire un entre la Wallonie et la Flandre, pour empêcher les réfugiés d'entrer et en même temps pour marquer la différence entre sa Flandre prospère et cette Wallonie pouilleuse. Que fera-t-il quand le niveau de la mer du Nord sera tel que l'eau envahira une partie non négligeable de la Flandre? Se retrouvera-t-il le dos à son mur? Ce qui devrait être la priorité absolue pour la Flandre, la lutte contre le dérèglement climatique, ne semble pas être un souci pour lui. Il s'aligne sur son modèle américain: tout est sous contrôle, ne paniquons pas, la roue climatique tourne. Les prévisions devraient pourtant l'empêcher de dormir. D'après Climate Central, organisation de scientifiques, en 2050, c'est-à-dire demain, une partie importante de la Flandre risque de se retrouver sous eau (2). La mer pourrait non seulement inonder toute la bande côtière, mais même atteindre Gand, Malines, Termonde. De quoi rêve Théo Francken? D'être l'empereur d'une flaque d'eau?

(1) https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/theo-francken-ne-tarit-pas-d-eloges-au-sujet-de-donald-trump-5dbea15ad8ad5838874291c7
(2) https://www.lalibre.be/planete/environnement/une-partie-de-la-belgique-inondee-d-ici-2050-5db96d00f20d5a264d36f90d?cx_testId=1&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s
https://choices.climatecentral.org/#6/46.225/2.186?compare=temperatures&carbon-end-yr=2100&scenario-a=warming-4&scenario-b=warming-2

mercredi 28 novembre 2018

Le temps des autruches

Quelques mesurettes ici, quelques autres là-bas, le réchauffement climatique n'a pas de souci à se faire. Il va pouvoir sévir pleinement et ses conséquences, incalculables, se faire sentir à travers la planète entière. Et après nous les mouches. S'il en reste.
A part quelques rares pays, telle la Suède, les gouvernements ne prennent aucune mesure sérieuse  pour changer notre mode de vie et de consommation et nous permettre d'entrevoir un avenir moins noir. Et seul un faible pourcentage de la population est prêt à changer de mode de vie pour éviter la catastrophe. 
De plus en plus de pays sont gouvernés par le Club des Brutes épaisses qui rient des catastrophes climatiques annoncées, ne se soucient que de faire des affaires ou la guerre économique ou militaire. Parfois le tout ensemble. 

Le gouvernement français veut mettre fin au "tout bagnole" et annonce un réinvestissement dans le rail. 15,4 milliards d'euros seront investis dans les infrastructures et le fonctionnement du chemin de fer, avec une priorité aux lignes de proximité. Et la SNCF consacrera chaque année 3,6 milliards d'euros à l'amélioration de son réseau. On ne peut qu'applaudir. Sauf quand on constate que la même SNCF, dans le même temps, supprime des arrêts de train (et peut-être bientôt les gares elles-mêmes) à Argenton-sur-Creuse, à Loches, à Chinon, à Saint-Maixent et dans tant d'autres villes considérées comme secondaires. Pour donner priorité aux trains des lignes secondaires, aucune nouvelle ligne TGV ne sera créée, bravo! Mais bien quelques nouvelles liaisons autoroutières: les axes Rouen-Orléans et Toulouse-Castres, la route Centre-Europe-Atlantique, les contournements d'Arles et de Rouen, la désaturation de l'A31 en Lorraine. La vignette poids lourds est, une fois de plus, abandonnée, de même que le péage urbain. Mais qu'on se rassure: l'autopartage sera favorisé tout autant que celui des trottinettes (1).
Pendant ce temps, des Gilets jaunes occultent des radars et réclament la suppression de la limitation à 80 km/h. Il s'agit là, apparemment, d'une liberté non négociable: celle de rouler à la vitesse qui nous plaît. Qu'importent la sécurité routière et le climat? Heureusement, dans ce mouvement hétéroclite, d'autres réclament l'interdiction du glyphosate.
N'empêche, les contradictions sont partout. Tout le monde dit et fait n'importe quoi. Le match est (totalement) nul: 0-0.

La Belgique, elle, est menacée par la montée des eaux. On dit la Belgique, mais il s'agit plus précisément de la Flandre. La Vlaamse kust pourrait avoir totalement disparu en 2100. Mais les leaders nationalistes flamands ont d'autres priorités: l'indépendance d'un pays dont une part importante sera demain sous eau. La densité de population dans cette Flandre réduite à la portion congrue risque de dépasser celle de Hong Kong. De Wever et ses troupes se trompent totalement de combat. Au rythme où progresse le réchauffement climatique et où monte le niveau de la mer, 1,8 million de Flamands devront déménager d'ici la fin du siècle. De De Panne à Knokke, toutes les villes côtières seront des cités fantômes englouties par la mer. Même Antwerpen sera sous eau (2). Les nationalistes ont intérêt à prévoir de très hauts mâts pour leurs drapeaux.

Explications du climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC: "Cette chaleur supplémentaire que nous créons par nos émissions de gaz à effet de serre reste seulement pour 1% dans l'atmosphère. Plus de 90% vont dans l'océan. Le véritable test du réchauffement climatique, c'est l'océan.
"Il y a une telle inertie dans l'énorme machine océanique qu'une fois la montée des eaux engagée, on ne pourra plus l'arrêter. Elle sera le résultat de la dilatation thermique - l'eau chaude occupe plus de place que l'eau froide - et de la fonte des glaces. Si nos émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, on se dirige vers près de 1 mètre supplémentaire à la fin de ce siècle, 2 ou 3 mètres à la fin du siècle prochain et, à échéance millénaire, la fonte totale du Groenland. De grandes villes côtières, Tokyo, Shangai, Bangkok, Dacca, mais aussi Miami, New York ou Lagos sont très vulnérables. Même si l'on maintient, par une réduction de nos émissions, le réchauffement à 2 degrés, les océans auront monté de 50 centimètres à la fin du siècle. Et surtout, l'élévation va se poursuivre pendant des siècles, voire des millénaires."

Il reste possible, selon le climatologue, de limiter les dégâts. Mais cela exige des mesures fortes: "abandonner le pétrole, le gaz et le charbon d'ici à 2050, c'est justement ce qui permettrait de tenir l'objectif de 1,5 degré. Cela signifie que l'on diminue par deux nos émissions dans les dix prochaines années, et qu'on poursuive l'effort dans les vingt ans qui suivent! C'est drastique. Pour cela, il faut que chaque citoyen réfléchisse à chacun de ses comportements, et surtout que tous les secteurs d'activité, logement, transport, agriculture, énergie..., s'y mettent. Cela suppose des investissements majeurs".

Les politiques devraient écouter les scientifiques. Mais ils regardent ailleurs semblent sourds. Ils préfèrent préserver leurs chances de réélection en prenant des mesurettes qui ne les rendront pas (trop) impopulaires. L'humanité sera-t-elle réélue? 

J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.
Molière, "Le Misanthrope"

(1) Denis Daumin, "Comment la France va mieux bouger", La Nouvelle République - Indre, 27.11.2018.
(2) https://reporterre.net/La-Belgique-a-la-merci-de-la-montee-des-eaux
(3) Télérama, 24.11.2018.
A lire à ce sujet: https://reporterre.net/6-questions-6-reponses-sur-le-changement-climatique-ses-effets-et-les

mardi 25 novembre 2014

Schtroumpf grognon

Manifester pour refuser les autres est à la mode en France. Des députés UMP alsaciens s'y sont mis, arborant dans l'Assemblée nationale un calicot: "Ne tuez pas l'Alsace ". Ils auraient voulu que - dans la réforme territoriale voulue par la majorité - la région Alsace reste seule, sans être associée à la Lorraine et à la Champagne-Ardennes (1). Un député UMP a tenté de se justifier sur France Inter (2). Il fut assez obscur, dans tous les sens du terme. Jusqu'à ce qu'il nous dise qu'il faut tenir compte du contexte économique, que l'Alsace est la deuxième région économique de France. Et là, tout s'éclaire: son raisonnement est le même que celui des indépendantistes flamands, italiens du nord, catalans et de tant d'autres: celui des riches. De ceux qui ne veulent pas partager. Mais qui n'aiment qu'une chose: vendre leurs produits à l'extérieur.
On se dit alors qu'on devrait laisser entre eux ceux qui ne veulent pas des autres, mais les pousser dans leur logique. Ce qui voudrait dire qu'en dehors des Alsaciens, personne ne consommerait plus de choucroute, de munster, de riesling ou de gewurtzraminer. Nous, nous boirons du vin de Loire, de Jurançon, du Chili, de Roumanie ou d'Algérie.
On se dit aussi qu'on comprend que de plus en plus de Wallons se sentent différents des Flamands (3). A force de se sentir rejeté, de s'entendre critiqué, on ne peut rester insensible. A force de dire qu'on n'aime pas les autres, on finit par susciter l'impression chez ces autres qu'ils ne sont pas les mêmes. Gagne-t-on quelque chose à ce jeu-là?

jeudi 23 octobre 2014

Pyrrhus de Eerste

Bart De Wever n'est pas content. Il n'apprécie pas les attaques pour racisme dont a fait l'objet le secrétaire d'Etat Théo Francken, membre de son parti, la NVA (1). Elles l'empêchent "de (se) concentrer sur les problèmes de ce siècle". On voit par là qu'on encombre les débats fédéraux de broutilles alors que le président de la NVA a de grandes ambitions. Quels sont ces problèmes auxquels il entend s'attaquer? On s'interroge.
Pas le racisme visiblement. Le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Théo Francken - qui pratique l'humour de comptoir (2) - peut cracher tant qu'il veut, faire "de l'ironie", son président ne voit dans les réactions que suscitent ses propos que "foutaises francophones". Il se pose en victime, comme un vulgaire parti d'extrême droite.
La nécessité de soutenir une politique culturelle forte ne fait pas non plus partie de ses priorités. Au contraire. "Chaque fois que la NVA est au pouvoir, que ce soit à Anvers ou au gouvernement flamand, le budget de la culture fut particulièrement visé", écrit Guy Duplat (3). C'est le cas maintenant des institutions publiques fédérales qui vont perdre de 15% à 30 % de leurs subsides.
Le grand problème de ce siècle, pour Bartje, est sans doute l'enfermement de la Flandre dans la Belgique. Il est temps qu'elle prenne son indépendance. Il devrait pourtant se méfier et mettre ailleurs ses priorités: selon certaines études (4), 6% du territoire belge, et plus précisément flamand, vont se retrouver sous le niveau de la mer à la fin du siècle. "Et si le rythme de l'élévation (du niveau de la mer) s'accentue, écrit la Libre Belgique, ce sont 660.000 personnes qui habiteraient dans des zones à risque" et pourraient être régulièrement victimes d'inondations. Soit un peu plus de 10% de la population flamande. Celui qui se voit déjà empereur de Flandre pourrait se faire appeler Pyrrhus Ier.

(1) www.lalibre.be/actu/politique-belge/bart-de-wever-puis-je-s-il-vous-plait-me-concentrer-sur-les-problemes-de-ce-siecle-544396b43570102e50906fac
(2) www.lalibre.be/actu/belgique/theo-francken-zut-meme-quand-on-a-bu-la-zwarte-piet-il-reste-noir-544376233570102e509056a4
(3) www.lalibre.be/culture/politique/la-culture-federale-frappee-de-plein-fouet-comme-jamais-5448a7e23570a5ad0edd049d
(4) www.lalibre.be/actu/planete/6-du-territoire-belge-sous-le-niveau-de-la-mer-a-la-fin-du-siecle-5434bf19357030e61044fdf1


dimanche 30 juin 2013

Domheid zonder grens

Sur le territoire de la commune de Denderleuw, toute communication dans les commerces, les clubs sportifs, les associations culturelles devra se faire en néerlandais. En terre flamande, on parle néerlandais et rien d'autre. Ainsi l'exige le "manifeste flamand" adopté par la commune (1). Les enseignes de magasins qui ne seraient pas uniquement en néerlandais seront considérées comme "inadaptées". 
On pense à ces campings en Wallonie et en France tenus par des néerlandophones et fréquentés en très grande majorité par des Flamands et des Néerlandais. Imagine-t-on un seul instant d'y imposer le seul usage du français?

La Wallonie, elle, entend mieux exister aux yeux du monde. Pour ce faire, elle s'est acheté un nouveau "branding". La Wallonie aime l'anglais. D'ailleurs, elle s'est aussi offert une nouvelle "tagline". Cinq points forment un w et renvoient aux cinq continents et à wallonia.be. Le slogan: "feel inspired". Premiers coûts de l'opération: 477.000 euros pour l'étude et 60.000 euros pour le visuel (2). Restent à les décliner. Si c'est possible. Un point noir vient en effet de s'ajouter aux cinq premiers. Les concepteurs du branding ont été trop peu inspired: l'adresse wallonia.be appartient à un retraité flamand (3). Avec un peu de chance, il acceptera de le revendre si le site wallonia.be est publié exclusivement en néerlandais.


(1) JT RTBF, 28 juin, 19h30.
(2) LLB, 28 juin 2013.
(3) LLB, 29 juin 2013.

samedi 10 novembre 2012

Arroseur arrosé

La Ville d'Antwerpen a-t-elle encore un avenir? A-t-elle du sens? Est-elle gouvernable? On se pose ces questions. Bart De Wever y a triomphé aux dernières élections communales, mais n'y a cependant pas obtenu la majorité absolue. Le voilà contraint de composer une majorité. Ce qui prend du temps. Dans son cas, beaucoup de temps. Voilà un an ou deux, des difficultés d'Elio Di Rupo à former une majorité au niveau fédéral, le même De Wever concluait qu'elles étaient la preuve que ce pays était ingouvernable et n'avait ni sens, ni avenir. On voit par là qu'il ne faut jamais tirer de conclusions ni trop hâtives, ni trop simplistes.
Economiquement, ces derniers jours, la Flandre connaît choc sur choc. La situation est dramatique pour des milliers de travailleurs flamands qui se retrouvent sur le carreau. La suffisance de Bart de Wever et de la NVA à l'égard de la Wallonie et de ses chômeurs, cette prétention à croire en une Flandre inoxydable nous amèneraient - presque - à ricaner. Voilà que le lion qui s'est pris pour un coq s'enroue.

dimanche 30 septembre 2012

Ce n'est pas demain la veille

Quelle mouche a donc piqué Jean-Charles Luperto, le président du Parlement de la Communauté française? Voilà qu'il propose de mettre sur pied "une cellule de veille médiatique" pour corriger l'image "souvent tronquée" de la réalité francophone telle qu'elle est rapportée par les médias flamands.
"Méthode communiste", lui répond Luc Vanderkelen, éditorialiste à "Het Laatste Nieuws" (1). Drôle d'idée en effet de jouer les Big Brother et de rectifier les informations qui ne seraient pas... Qui ne seraient pas quoi? Justes? Correctes? Vraies? Et donc conformes à quelles vérités? Vanderkelen invite Luperto à venir parler des francophones en Flandre, à inviter des Flamands en Wallonie, pour mieux se connaître. Son collègue Eric Donkier, du Belang van Limburg, signale qu'il a écrit, au printemps dernier, une série de six articles pour démontrer que les choses changent vraiment en Wallonie. Et dans le bon sens" (1).
Pascal Verbeken, ancien journaliste à Humo, a publié cette année Grand Central Belge, le récit d'un voyage qu'il a fait à pied le long de la première voie ferrée privée qui reliait Flandre et Wallonie. Il a apprécié Charleroi où, dit-il, ce n'est pas seulement le passé qu'on peut voir, mais aussi l'avenir. Verbeken essaie de dépasser cette vision du hier en nu qu'ont, selon lui, trop de médias et de responsables politiquesC'est donc à Charleroi que l'a rencontré un journaliste de Knack pour un entretien. A la fin de celui-ci, en quittant le bistrot, Pascal Verbeken salue à la cantonade. Stijn Tormans s'en étonne: "vous connaissez vraiment toutes ces personnes dans ce café et celles que vous avez saluées dans la rue?". "Non, je ne les ai jamais vues, répond Verbeken en riant. Je me balade en Wallonie depuis des années. Et partout où tu vas, les gens te disent bonjour. Tout le monde a une attitude amicale. Pour moi, c'est une observation qui n'est ni risible, ni anodine." (2)
Il faudrait que les francophones lisent plus la presse flamande, estime Martin Buxant (3), journaliste francophone, ancien de la Libre qui écrit maintenant dans le Morgen, que les francophones parlent plus le néerlandais, plutôt que d'être sur la défensive. Et finalement dans l'ignorance.

(1) LLB, 28 septembre 2012.
(2) Knack, 21 maart 2012: In Wallonië zeggen ze tenminste nog dag tegen elkaar (Stijn Tormans).
(3) JT de la RTBF, 27 septembre 2012.

lundi 19 décembre 2011

Gardez-moi de mes amis

Qui sont ses amis, qui sont ses ennemis? La NVA ne s'y retrouve plus, elle a beaucoup de mal à faire la différence. Bart De Wever, son président, estime que "c'est la NVA qui a fait baisser le score de l'extrême droite. (...) Le grand ennemi du Vlaams Belang, c'est moi et moi seul", a-t-il déclaré (1).
Dans le même temps, Ben Weyts, député NVA, se faisait allumer à la Chambre par Gerolf Annemans du V.B.: le député d'extrême droite asticote la NVA sur ses positions. Il affirme qu'elle fut, un temps, prête aux concessions avec les francophones, que le Gouvernement flamand (dont est membre la NVA) soutient le programme fédéral, que l'accord institutionnel de ce dernier correspond au projet du Gouvernement flamand. Chaque fois, Ben Weyts lui a rétorqué qu'il se trompait d'ennemi: "M. Annemans, lui a-t-il dit, regardez autour de vous: votre ennemi n'est pas à la tribune!" (2). Pierre Bouillon (du Soir) estime que Wouter Beke, patron du CDV, n'avait peut-être pas tort "quand il déclarait que la NVA ressemblait de moins en moins à la Volksunie (dont elle est l'héritière) et de plus en plus au Vlaams Belang".
Le journaliste indépendant Guido Fonteyn pense de même: il estime qu'il y a "une prise de conscience croissante en Flandre - entre autres dans les milieux syndicaux - que la NVA n'est pas seulement un parti communautaire, mais qu'elle se situe aussi à l'extrême droite sur les plans social, économique et même culturel. Le groupe autour de De Wever (...) attend seulement le jour de la proclamation de la république flamande indépendante. Afin de pouvoir y servir (...) les intérêts d'une élite de fortunés. Certainement pas les intérêts du peuple (flamand)..." (3). La NVA n'a donc pas seulement des amis ou de faux ennemis. Elle sait aussi se faire des ennemis qui ne sont pas forcément là où on (et elle) le pense.
Et voilà maintenant que De Wever se découvre de nouveaux amis: ce sont les supporters d'Etienne Tshisekedi en Belgique. Ils manifestent à Bruxelles pour contester la victoire de Joseph Kabila. Ils considèrent que les partis belges francophones ont soutenu et soutiennent encore l'actuel président. Ils se drapent dès lors, avec une logique pour le moins particulière, dans le drapeau flamand, annonçant que désormais ils voteront pour Bart De Wever. Voilà donc le boutefeu de la Belgique consacré sauveur de la démocratie congolaise. Après tout, si Dewinter s'exile en Namibie, pourquoi pas Bart au Congo? La terre africaine va-t-elle réconcilier les frères ennemis? On se le demande. On se demande aussi si les Africains ont mérité ça?

(1) "De Wever condamne le oui des souris", Le Soir, 14 décembre 2011
(2) "Quand le Belang, à trois reprises, se trompe d'ennemi", Le Soir, 14 décembre 2011
(3) Le Vif, 16 décembre 2011

mardi 13 décembre 2011

Comment dit-on lamentable en néerlandais?

Big Brother is hearing you. Ca se passe à Grimbergen. Si on y boit la bière locale (de fameuse réputation) en disant "santé" (en français dans le texte), on risque gros. C'est que désormais, dans cette commune de la périphérie bruxelloise, située en Région flamande, on ne pourra parler et écrire publiquement que le néerlandais. Les citoyens seront invités à signaler au point de contact pour plaintes linguistiques les entorses à cette règle. Ont-ils entendu parler français ou une autre langue? Ils sont priés de le faire savoir. Ont-ils vu une inscription en français? Hop! Une dénonciation. Toute publicité multilingue sera interdite. La délation, elle, sera encouragée.
Décidément, on le dit et le répète, la bêtise est à la mode. Et le ridicule n'a jamais tué personne.
Cette mesure est illégale, affirme Dirk Vanoverbeke (1): "l'article 30 de la Constitution consacre le principe du libre choix dans les relations autres qu'administratives et judiciaires". Et de rappeler que les relations commerciales sont d'ordre privé.
Le Syndicat neutre pour indépendants se permet de signaler, s'il le fallait (et apparemment il le faut), que le multilinguisme est un atout pour les commerçants et que ceux-ci vivent de leurs clients (2). On veut bien prendre les paris: ce protectionnisme linguistique risque de se retourner contre les commerces de Grimbergen. Quel non néerlandophone aurait encore envie de faire ses courses dans une commune où il risque d'être dénoncé pour son absence de connaissance du néerlandais ou de faire dénoncer, à son corps défendant, le commerçant qui a eu la gentillesse de lui parler dans sa langue?
Mais peut-être les acheteurs flamands y remplaceront-ils les allophones ? Dirk Vanoverbeke constate que "la seule personne qui s'est opposée à cette mesure, c'est un député Groen bruxellois. Et il s'est fait traiter par l'ensemble des parlementaires flamands de francophone de service. Donc, ça montre bien qu'en Flandre cette mesure est considérée comme normale".
Pendant ce temps-là, à la Chambre, Jan Jambon de la NVA fait très sérieusement la chasse aux erreurs de prononciation en néerlandais d'Elio Di Rupo. Et Jean-Marie Dedecker (qu'on avait oublié) reproche au premier ministre de citer Jacques Brel. Un chanteur à laisser aux oubliettes, lui qui eut le culot, dans une de ses chansons, de refuser "d'aboyer le flamand". Christian Laporte rappelle à JMDD (3) que la cible de Brel était les flamingants. Et pas les Flamands, et moins encore les Flamandes qu'il appréciait beaucoup.
Lamentable se dit jammerlijk.

(1) Le Soir, 9 décembre 2011
(2) LLB, 10 décembre 2011
(3) LLB, 12 décembre 2011
(Re)lire aussi sur ce blog "J'ai acheté des plantes à Mooieoog", 27.09.2007

Post-scriptum: Tout comme il ne faut pas confondre musulmans et islamistes, il ne faut pas confondre flamands et flamingants. Ce n'est pas parce qu'on a du respect pour les uns qu'on ne peut pas pourfendre les autres. Au contraire. Les distinctions sont utiles. On est bien au-delà de la nuance.
Pour Jean-Marie Dedecker, rappel de la chanson de Jacques Brel qui brocarde les flamingants.

Les Flamingants, chanson comique !

Messieurs les Flamingants
J'ai deux mots à vous rire
Il y a trop longtemps
Que vous me faites frire
À vous souffler dans le cul
Pour devenir autobus
Vous voilà acrobates
Mais vraiment rien de plus

Nazis durant les guerres
Et catholiques entre elles
Vous oscillez sans cesse
Du fusil au missel
Vos regards sont lointains
Votre humour est exsangue
Bien qu'y aient des rues à Gand
Qui pissent dans les deux langues
Tu vois quand j'pense à vous
J'aime que rien ne se perde
Messieurs les Flamingants
Je vous emmerde

Vous salissez la Flandre
Mais la Flandre vous juge.
Voyez la mer du nord
Elle s'est enfuie de Bruges.
Cessez de me gonfler
Mes vieilles roubignoles
Avec votre art flamand-italo-espagnol.
Vous êtes tellement tellement
Beaucoup trop lourds
Que quand les soirs d'orage
Des chinois cultivés
Me demandent d'où je suis,
Je réponds fatigué
Et les larmes aux dents :
"Ik ben van Luxembourg".
Et si aux jeunes femmes,
On ose un chant flamand,
Elle s'envolent en rêvant
Aux oiseaux roses et blancs

Et je vous interdis
D'espérer que jamais à Londres
Sous la pluie on puisse
Vous croire anglais
Et je vous interdis
À New-York ou Milan
D'éructer Messeigneurs
Autrement qu'en flamand
Vous n'aurez pas l'air cons
Vraiment pas cons du tout
Et moi je m'interdis
De dire que je m'en fous
Et je vous interdis
D'obliger nos enfants
Qui ne vous ont rien fait
À aboyer flamand
Et si mes frères se taisent
Et bien tant pis pour elles.
Je chante persiste et signe :
Je m'appelle Jacques Brel ....

lundi 12 septembre 2011

Sous les drapeaux

Voici longtemps (ce devait être vers 1975), Jean Ferrat, dans une chanson, posait une bonne question: comment peut-on être un jeune républicain indépendant? Comment à vingt ans peut-on être séduit par le conservatisme giscardien? Aujourd'hui, on se le demande: comment peut-on être un jeune nationaliste? Un nationaliste a des allures de vieillard chenu et cacochyme, mais surtout courbé en deux par le poids des années, replié sur lui-même, ne voyant plus l'avenir, juste son nombril. Le JT de la RTBF (1) nous montre des jeunes (et aussi de moins jeunes, il est vrai) membres d'un mouvement flamand qui s'affirme populaire. Ils agitent fièrement le drapeau flamand face aux objectifs de la BBC, lors de la Night of the Proms. Ils estiment que leur drapeau sera ainsi vu par la planète entière. Et, à force, apprécié. Mais personne ne connaît leur drapeau. Certains spectateurs pensent que ce lion pourrait être gallois. Pourquoi pas camerounais aussi? Ou namibien. C'est le problème des nationalismes: ils se ressemblent. Il y en a trop. On s'y perd.

(1) 11 septembre 2011

mardi 30 août 2011

Du coq à l'âne

"Les négociations ne donnent rien. Il faut passer à un Etat confédéral." C'est Bart De Wever qui le dit. On le sent un peu énervé. Il est hors jeu et n'aime pas ça. Il devrait rester calme. Il met sa santé en danger. Et ainsi celle de toute la Flandre. Car il est la Flandre. C'est Tijl Uilenspiegel, l'abbé Daens, Will Tura, Guido Gezelle et Roger De Vlaeminck à lui tout seul. Et aussi le Père Damien et Bob et Bobette. Que perdrait la Flandre si Bart De Wever était victime d'une apoplexie? On n'ose l'imaginer.
En attendant, la bêtise nationaliste prend de la hauteur. Deux habitants de Haringe, près de Poperinge, rêvent de remplacer le coq du clocher de leur village par un lion. Le bourgmestre (CDV) estime que ça n'a aucun sens. De toute façon, l'église est classée. Leur idée aussi. Au rayon "cocorico".

lundi 11 juillet 2011

Providences

Des hommes. Barbus, vêtus de blanc, armés de bâtons. Ils crient. Ils ont l'air très fâché. Le journaliste nous explique qu'une loi voudrait imposer plus de place à la laïcité dans cet Etat islamique qu'est le Bangladesh. Ils s'y opposent.

Le même jour. D’autres gens ailleurs, chez nous en fait. Hommes et femmes cette fois. Ils ont le sourire. Ils sont drapés de jaune et noir. Ils ovationnent leur héros, un homme fort. Bart De Wever affirme qu’il est fini le temps de se laisser faire par les francophones. Que leur ont fait les francophones ? les ont-ils frappés ? humiliés ? colonisés ? On ne le sait pas. Mais ils sont décidés et fiers.

Des deux côtés, même si comparaison n’est pas raison, on sent le fanatisme. Et qu’il soit religieux ou nationaliste, il fait peur. Même quand il se donne des airs goguenards.
On se demande quelle est la part d’autonomie de gens qui vénèrent un drapeau, la part d’esprit libre chez des gens qui ont peur des autres, ceux qui ne pensent comme eux. On ne peut s’empêcher de penser que leur identité ou leur foi doit être fragile. Et que l’humanité marche à reculons.

Post-scriptum: en ce jour de fête de la Communauté flamande, une bonne nouvelle: Jan Peumans, de la NVA, a déclaré que "la Flandre ne lâchera pas Bruxelles". Ce qui, en d'autres termes, signifie que la Belgique continuera à vivre, puisque les francophones, largement majoritaires à Bruxelles, n'ont évidemment aucune raison d'abandonner Bruxelles à la Flandre. Donc, CQFD depuis longtemps: la Belgique est indivisible. Reste juste à s'accorder sur sa gestion. Allez, juste un petit effort.

jeudi 23 juin 2011

Le pouvoir des imbéciles

Culture et populo-nationalisme ne font pas bon ménage. Le second n'aime pas la première. Sauf s'il parvient à l'instrumentaliser. Ce qui n'est pas simple. Alors, il la menace ou lui coupe les vivres.
Il y a quelques mois, Guy Duplat constatait "le divorce entre la culture et la NVA" (1). Il rappelait que "l'écrivain Tom Lanoye et le peintre Luc Tuymans s'en sont pris en termes parfois très vifs aux thèses de Bart De Wever. Luc Tuymans estimant que ce dernier était par certains points encore pire que le Vlaams Belang". Il faut dire que la NVA est plutôt forte en gueule: elle a reproché à Clouseau de chanter "Lieve Belgïe", elle a reproché à Ozark Henry de remercier son public en disant... "merci", elle reproche aux acteurs culturels de ne pas suffisamment soutenir son combat flamand. Les populo-nationalistes aiment une culture aux ordres, incapables de comprendre que ce qui fait la force de la culture est précisément son indépendance. Ou peut-être l'ont-ils trop bien compris... Guy Duplat fait remarquer le paradoxe dans lequel se trouve aujourd'hui la Flandre: "jamais les artistes flamands n'ont été aussi célébrés et aussi peu complexés". Ecrivains, dramaturges, metteurs en scène, cinéastes, plasticiens remportent, loin au-delà des frontières flamandes, un succès dont la Flandre peut être fière. "On ne voit pas ce que la Flandre aurait à gagner à obliger ses artistes à devenir des militants nationalistes", écrit l'éditorialiste de la Libre. "Le populisme, selon lui, consiste ici à s'en prendre au monde culturel taxé d'être trop à gauche et trop élitiste. Des attaques qui, aux Pays-Bas, virent à la kunsthaat, la haine de l'art."
Là, le monde culturel est sous le choc ces derniers jours, nous apprend Guy Duplat dans la Libre de ce 21 juin: la semaine dernière, "le secrétaire d'Etat à la culture (2) a dévoilé sa nouvelle vision de la culture". Vision particulièrement courte et étroite qui passe par une diminution des budgets de 200 millions d'euros, soit 22 % du budget. Si seules quelques grandes institutions internationales sont préservées, les secteurs de l'innovation, de la création, de l'édition, du développement, de l'éducation sont touchés de plein fouet. Le secrétaire d'Etat à la Culture présentera ses plans au Parlement le 26 juin. Ce jour-là, une "marche de la Civilisation" aura lieu à La Haye.
En Italie, la culture est traitée de la même manière, sous les bannières réunies du marché et du populisme. "Le financement des films par les chaînes de télévision dépend plus ou moins directement du pouvoir. C'est Berlusconi ou Berlusconi, résume le producteur Angelo Barbagallo" (3), ancien associé de Nanni Moretti. Et ce sont les comédies qui sont évidemment privilégiées. Le Fonds de création du cinéma et des spectacles vivants est sous la tutelle de Giulio Tremonti, ministre de l'Economie, pour qui "con la cultura non si mangia" (ce n'est pas avec la culture qu'on se nourrit). Mais le producteur Riccardo Tozzi ne désespère pas: "L'Italie est pleine de talents, et le cinéma y a de l'avenir, même si le gouvernement est composé d'imbéciles". Toute la force de la culture est là: dans la résistance aux imbéciles incapables de comprendre en quoi elle nous nourrit.

(1) LLB, 1er mars 2011
(2)VVD, membre du gouvernement minoritaire libéral-chrétien-démocrate, soutenu de l'extérieur par le parti extrémiste de Geert Wilders
(3) Télérama, 11 mai 2011

dimanche 5 juin 2011

La Belgique n'a plus toute sa tête

C'était une période difficile. Mais qui n'empêchait pas l'espoir. Un formateur avait été nommé. C'était nouveau. On pouvait vaguement espérer que, près d'un an après les élections, un gouvernement se forme dans les mois à venir.
Mais aussitôt les nationalistes flamands ont répandu, un peu plus chaque jour, leur scepticisme dans la presse. Certains d'entre eux multiplient les déclarations à l'emporte-pièce. Et la pièce est tellement mauvaise qu'elle semble déjà emportée. Les acteurs sont de plus en plus exécrables.

Il y a le sniper nationaliste Van Aelst qui déplore que des élus francophones "maltraitent notre langue", pointant en particulier Di Rupo, Onkelinx et Milquet. Une réflexion amusante à l'heure où - enfin - les francophones manient beaucoup plus le néerlandais et où, dans le même temps, tant de Flamands l'abandonnent. Ce que regrettent de nombreux intellectuels flamands, tel l'écrivain Geert Van Istendael qui, ce vendredi matin encore sur la Première, constatait que les Flamands préférent au néerlandais... diverses versions du flamand.
Van Aelst se dit prêt à être solidaire des Turcs mais pas des Wallons et dénonce les prêts hypothécaires accordés par le Vlaamswoningsfonds "à des noirs francophones qui viennent s'installer à Asse". On se croirait en Yougoslave au début des années '90.
De nombreux Flamands, dans les milieux politiques et économiques, estiment que Bruxelles ne peut constituer une région à part entière. Que la capitale doit être gérée paritairement par la Flandre et Wallonie. Bref, ils refusent aux Bruxellois l'autonomie qu'eux-mêmes revendiquent pour la Flandre. Cherchez l'erreur et la cohérence.
En réponse, les Francophones viennent de rapprocher formellement les Régions wallonne et bruxelloise, en créant la Fédération Wallonie-Bruxelles, déjà baptisée "WalloBrux". Cette décision a été prise à l'unanimité par les députés du Parlement de la Communauté française. Qui de facto ne reconnaissent pas l'autonomie de la Région bruxelloise puisqu'elle est ainsi étroitement associée à la Wallonie et éloignée de la Flandre. Cherchez l'erreur et la cohérence.
"Ce WalloBrux est perçu par la Flandre comme une étape du fameux plan B, estime Jan De Troyer (1), flamand bruxellois, connu comme un esprit libre et particulièrement modéré. En créant cette fédération, poursuit-il, la classe politique francophone se prépare, aux yeux des Flamands, à une scission dont cette fédération constituerait la Belgique résiduelle.
Avec une telle perspective, dit-il encore plus loin, les francophones ne doivent plus s'étonner que tant de Flamands soutiennent la NVA et que le Ministre-Président flamand Kris Peeters déclare que ceci constitue un danger pour la stabilité de la Belgique. Aux Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, Monsieur Demotte a simplement annoncé que dans la nouvelle Belgique, l'enseignement flamand à Bruxelles sera fusionné avec celui de la Communauté française."
Y a -t-il encore des responsables politiques dans ce pays? On se le demande. Tel Diogène, on les cherche.

(1) LLB, 1er Juin 2011

dimanche 5 septembre 2010

Et la tendresse, gordel?

"Chaque lapin dans son clapier", déclarait ce soir au JT de France2 un participant au Gordel, voulant signifier ainsi que Flamands et Francophones doivent vivre séparés. Ce qui - on doit bien l'admettre - ne sera pas une mince affaire à Bruxelles et dans les communes de la périphérie où le mélange s'est plus ou moins bien opéré. Mais soit, imaginons. Et observons deux lapins, chacun dans son clapier. Que constatons-nous? Ils ne communiquent pas entre eux. Ils ne se reproduisent pas. Ils finissent à la casserole.
Un autre participant estimait que nous sommes décidément deux peuples aux cultures trop différentes que pour pouvoir vivre ensemble. Mes voisins et moi aussi avons des cultures différentes. Je suis sûr que nous n'avons pas les mêmes lectures, que nous n'écoutons pas les mêmes musiques, que nous n'apprécions pas les mêmes films. Que faire? Dois-je leur demander de s'installer sur le trottoir d'en face?
La volonté de certains Flamands de scinder l'Etat belge est lamentable, mesquine, égoïste, individualiste et stupide. Les mots manquent. En un mot, elle est insensée. En ce sens qu'elle n'en a pas. De sens. On attend que se manifestent les intellectuels, les artistes, les associations de Flandre. Que la Flandre sorte de l'hystérie collective qui semble la gagner. A l'heure de l'Union européenne, la désunion de la Belgique serait rétrograde. On ne sait si on pourrait compter les pas en arrière sur les doigts d'une seule main. Qu'attend l'Union européenne pour signifier aux chantres de la Vlaamse republiek qu'elle ne la reconnaîtra jamais ? Si les Flamands ne veulent plus faire preuve de solidarité avec les francophones, pourquoi en témoigneraient-ils avec les régions les plus pauvres d'Europe? Demain, la Vlaamse kust? S'ils la veulent pour eux seuls, qu'ils la gardent pour eux seuls. Nous les prendrons au mot.
En attendant, le promeneur des rivages observe les péniches qu'il voit passer sur les voies navigables. Elles viennent de France, des Pays-Bas, de Wallonie, de Flandre. Que constate le promeneur? Que parmi les flamandes, identifiables au nom de leur port d'attache écrit à côté de leur nom, elles sont extrêmement rares celles qui arborent le drapeau flamand. Qu'en conclut-il? Que les bateliers sont peu sensibles au droit du sol et ont peu le sens des frontières. Et le promeneur de souhaiter quarante jours de déluge. Au moins.

jeudi 10 juin 2010

Belgitude et inquiétude sont dans un bateau

Les musculations des uns et des autres autour de l'avenir de la Belgique, des limites des régions, de leur région, sont-elles "belges"? Tiennent-elles de la culture belge? On a l'impression que ce pays navigue aujourd'hui dans les eaux profondes de l'incommunicabilité. Deux communautés se regardent en chiens de faïence. Des chiens qui aboient de temps en temps. Chacun dans sa langue. Au coeur d'un pays de mixité, d'influences diverses, de gens curieux, ouverts, un peu rigolards. Aujourd'hui, l'enracinement prime. La terre a pris la main sur la parole. La dérision a fait machine arrière. Ne resterait-il que le dérisoire?

Dans un texte savoureux et perspicace, intitulé "Pourquoi je suis devenu belge", l'auteur néerlandais Benno Barnard, établi depuis longtemps en Flandre, se pose (en 1996) une question: "qu'est-ce que le côté flamand du Flamand sinon une question de nature, de famille, d'enracinement, de province, de dialecte, de tout ce qu'on est de soi-même, sans faire d'effort particulier? La nature est neutre, n'est ni bonne ni mauvaise, elle est, tout simplement. Les problèmes surgissent dès lors que quelqu'un se met en tête d'exalter sa nature et de parfumer la boue dont il a été tiré, ou à l'inverse, lorsqu'il méprise pour quelque raison intellectuelle cette nature et prétend être tombé des astres ou être né dans le monde entier. Oui, je ne nie pas avoir été tiré de la boue de Hollande, et je ne le regrette pas. Mais aussi m'est-il impossible de devenir Flamand.
En revanche, poursuit Benno Barnard, le côté belge du Belge, sa belgitude comme on dit, est une question de culture, de mode de vie, d'amitié, d'urbanité, de français et de néerlandais - et c'est pour cette culture que j'ai opté. (...)
Le Néerlandais rappelle vaguement le bovin qu'il élève en masse. (...) Le Belge, passez-moi l'expression, tient plutôt du cochon: un animal intelligent, à la réputation défavorable, mais qui ne le mérite pas. Terrestre. Se méfiant toujours du charcutier qui lui a fait perdre tant de ses ancêtres. (...)
Aussi la belgitude a-t-elle un caractère joyeux, épicurien, doucement cynique qui, cependant, demeure caché à tout étranger derrière des volets, beaucoup de bureaucratie, de formalisme, de distance - l'horizon de l'étranger passant en Belgique coïncide en règle générale avec le bord de sa table de restaurant. A l'inverse, cette inintelligibilité de la belgitude pour les non-initiés contribue à la joie de vivre du Belge belge, pour lequel l'être-belge comporte aussi un aspect stratégique: moins les autres comprennent la Belgique, mieux cela vaut. En ce sens, la belgitude est sa manière toute méthodique de passer dans la clandestinité de l'histoire, car sa riche expérience avec ses bouchers de diverses nationalités lui a appris à choyer les apparences comme une vertu et à les pratiquer comme on pratique un art. (...)
La confusion semée ainsi à tous vents ne fait pas qu'amuser les Belges, elle entre aussi parfaitement dans la stratégie de survie qu'est la belgitude, qui nous apprend dans son premier principe que la Belgique est occupée même si elle ne l'est pas, à savoir par la Belgique elle-même." (1)

Aujourd'hui, on peut avoir le sentiment que la nature a repris la main sur la culture. Si la Belgique devait poursuivre dans cette voie de l'incommunicabilité entre ses deux principales communautés - ou pire imploser - , c'en serait fini de cette "inintelligibilité de la belgitude". On n'aurait plus que deux pays tristement banalisés, accrochés à leurs frontières.
Resterait-il même le chagrin des Belges...? Revenant vingt-cinq ans après sa publication sur cette oeuvre majeure qu'est Het verdriet van België de Hugo Claus (on notera que le Chagrin de la Belgique est devenu en français celui des Belges), son traducteur, Alain van Crugten, estime que "vu l'âpreté et la mesquinerie des luttes linguistiques en Belgique, on peut apprécier à sa juste valeur le fait que ce soit le plus grand écrivain flamand de notre temps qui ait ainsi passionné les francophones, pourtant si prompts à dénigrer ce qui se fait dans le nord du pays. Il y eut énormément de réactions de lecteurs qui se disaient intéressés, charmés, attirés et amusés, non seulement par la beauté et la puissance de l'oeuvre, mais aussi par tout le pittoresque familier: ils se reconnaissaient dans le comportement, les modes de pensée et la façon de s'exprimer des personnages de Claus! Cela tendrait-il à montrer que, en dépit de ce qu'affirme l'ensemble du discours politique sur la coupure culturelle irrémédiable entre les communautés flamande et francophone, il existe dans le grand public un sentiment (vague) d'appartenance à une entité culturelle belge? Ce serait trop beau: un réconciliation par la littérature!" (2)

La culture salvatrice? On peut rêver. Mais force est de constater que les crispations ces derniers temps se sont accentuées et que le climat s'est détérioré.
La NVA entendrait aujourd'hui supprimer la Région bruxelloise. Devra-t-on rattacher flamands et francophones de Bruxelles à la Flandre et à la Wallonie? Et selon quels critères?
Une proposition qui vient du champ culturel et qui a le mérite de donner dans l'absurde dans lequel baigne aujourd'hui ce pays. Elle vient de l'artiste Aimé Ntakiyika ( qui se présente 80%-20% Hutu-Tutsi). Il a présenté une oeuvre "à l'ironie inquiétante" à l'exposition Belgicarium montée à Bruxelles en 2008. C'est Caroline Lamarche qui la présente: " la pièce principale de l'oeuvre consiste en un bottin téléphonique ouvert, dans lequel l'auteur a distingué d'un trait de marqueur jaune les noms à consonnance néerlandophone et d'un marqueur rouge les noms à consonnance francophone. Un commentaire y est adjoint: Malgré une apparente complexité, la Belgique et plus précisément le peuple belge, nous montre une lecture limpide de ses différentes ethnies (...) Il est fondamental de savoir que les deux communautés parlent respectivement leur propre langue: le néerlandais pour les néerlandophones et le français pour les francophones. De ce constat évident je déduis une théorie simple et impitoyable. Toute personne ayant un nom flamand est flamande. Toute personne ayant un nom francophone est francophone. Le roi se situant au-dessus de la mêlée n'a pas de nom mais un prénom. En rire, ou en frémir?, demande Caroline Lamarche.

Et si la réponse à la question de l'existence d'une culture belge était maritime? "La culture belge existe, affirme Jean-Marie Klinkenberg. La culture belge existe. Mais deux à trois mois par an, sur une bande de sol friable, large de quelques centaines de mètres, longue de quelques lieues. Ce terreau où fleurit la culture belge, c'est la Côte. De Kust." (4)
La mer, comme la Belgique, sans cesse recommencée.


(1) Benno Barnard: "Pourquoi je suis devenu belge" - in "Littérature en Flandre - 33 auteurs contemporains", Escales du Nord - Le Castor Astral, 2003
(2) Alain van Crugten: "Le chagrin des francophones: le vingt-cinquième anniversaire du Verdriet" - in Septentrion - arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 2008/2
(3) Caroline Lamarche: "Bruxelles, théâtre magique (seulement pour les fous)" - in Septentrion - arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 2008/2
(4) Jean-Marie Klinkenberg: "Petites mythologies belges" - Les Impressions Nouvelles, 2009

mardi 27 avril 2010

Le fossé - de sloot

Le nombril du VLD mène donc la Belgique au bord du gouffre. Et témoigne qu'un fossé, si pas un ravin, s'est creusé entre certains "représentants" politiques et une part importante de la population belge.
Au JT hier soir, Didier Reynders se demandait: "que veulent encore faire ensemble les gens du nord et les gens du sud?". Plein de gens du nord et du sud de la Belgique travaillent ensemble tous les jours, dans l'économie, le commerce, la culture, l'associatif...
Je participais hier à la conférence de presse de la fête de l'accordéon de Tournai. Y étaient présents également des représentants des fêtes et festivals de l'accordéon de Wazemmes (Lille), d'Avelgem et de Brugge. Les liens sont forts et les partenariats nombreux entre les diverses associations. Des étudiantes malinoises en formation à Tournai ont parfois traduit en néerlandais les propos de la responsable tournaisienne. Un Brugeois a vite fait comprendre, en français, que l'intention était sympathique mais l'effort inutile, chaque Flamand présent comprenant parfaitement les propos francophones.
Le Next Festival, issu d'une collaboration entre centres culturels de Flandre, de Wallonie et du nord de la France, témoigne du même dépassement des frontières. Certaines émissions communes à No Télé, WTV et C9 aussi. Le combat environnemental procède d'une même vision transfrontalière: on a vu des militants écologistes flamands et francophones se réunir pour s'opposer au projet de "centre de glisse" de Maubray ou faire fermer la décharge du Radar à Flobecq.
L'associatif et le politique ne vivent-ils pas sur la même planète? Ils n'ont en tout cas pas la même culture.
En Belgique, il est urgentissime de soutenir tous ceux qui participent au rapprochement entre communautés plutôt qu'à leur séparation. On se connaît mal. Ou pas. On se connaît par cliché imbéciles. On se parle dans le mépris. Maingain, évoquant le refus flamand de nomination des trois bourgmestres de la périphérie, parle de pratique des nazis sous l'occupation, De Wever se lance dans une comparaison totalement déplacée entre Reynders et Dutroux.
La proposition (des écologistes notamment) de création d'une circonscription électorale à l'échelle nationale pourrait, pour une part, éviter le repli sur soi d'une communauté. Elle obligerait les candidats à s'adresser aux électeurs de l'autre communauté. Pour l'instant, c'est exactement l'inverse: chacun parle aux "siens", sans le moindre souci de l'impact électoral de ses propos sur l'autre communauté.

On l'a dit et écrit, l'attitude du (bien peu "open") VLD et de son jeune président, Alexander De Croo, semble dictée par des visées purement électoralistes. Peut-être témoigne-t-elle aussi de l'attitude de la génération du "temps réel". L'ordinateur, les courriels, les téléphones portables ont inventé le temps réel. Le temps de l'attente, de la réflexion, de l'échange d'arguments serait donc un temps faux, irréel. Peut-être du temps perdu. Dans "La société immédiate" (1), Pascal Josèphe évoque deux tendances de fond actuelles: "d'une part une tendance à l'accélération et à la compression du temps, qui fait de l'immédiateté le nouveau paradigme des techniques et des pratiques sociales. Entre l'énonciation d'un projet et son accomplissement, l'attente est vécue comme une frustration, un retard, contraires à l'idéal de fluidité généralisée. (...) Notre époque n'aime pas que l'on perde son temps. D'autre part, une tendance à l'individualisation, qui affecte la légitimité des corps intermédiaires que sont les médias, les organisations politiques, associatives, syndicales, les relais d'opinion traditionnels, les institutions publiques, comme le système éducatif. (...) Ces deux tendances prennent en étau la société démocratique d'aujourd'hui."
Plus loin, Pascal Josèphe estime que "avec l'hyperindividualisme et le culte de l'immédiat qui caractérisent les sociétés postmodernes, on peut diagnostiquer la fin de la politique telle qu'elle existait jusqu'à présent. Les identités et les projets collectifs, la responsabilité sociale disparaissent au profit d'une revendication généralisée des droits individuels."

S'il est bien un secteur où le temps compte, c'est celui de la politique. La négociation exige de la patience, le compromis prend du temps. La génération Q - De Croo ne l' a pas ce temps. Pour elle quatre jours de négociations, c'est insupportable. En attendant, en cette année sans élections qui allait permettre aux politiques de travailler plus sereinement, nous allons vers des élections dont nous ne sommes même pas sûrs qu'elles seront validées. Jolie perte de temps!

Et pendant ce temps-là, un Rudy Demotte en pull rouge continue à utiliser ses fils devant les caméras de No Télé, les faisant déposer dans l'urne ses bulletins de vote qui le désigneront président de l'Union communale socialiste de Tournai.
Admirable démocratie!


(1) "La société immédiate", Pascal Josèphe, Calmann-Lévy 2008

lundi 10 septembre 2007

België blues (1)

ou... Impasse du nationalisme

La Belgique avance dans le brouillard depuis maintenant trois mois exactement.
Peut-être séduits par la victoire d’un Sarkozy qui a ratissé large dans les terres lepénistes, le CDV et la NVA se sont lancés dans une course aux électeurs flamingants pour tenter de prendre la main sur le Vlaams Blok/Belang et la liste Dedecker. Et ils n’en démordent pas : un jour (plus ou moins...) prochain, que les Francophones le veuillent ou non, la Flandre sera indépendante.
En attendant, ils réclament toujours plus de compétences régionales. Toujours sous le prétexte que ces riches Flamands en ont assez de payer pour ces chômeurs wallons, pauvres et malades. Les clichés mènent la danse en Belgique.
Il y aurait donc en Flandre une part non négligeable de l’opinion publique qui n’entendrait plus jouer le jeu de la solidarité. Tout Etat, tout niveau de pouvoir démocratique fonctionne sur un système de répartition et de redistribution des richesses. Ceux qui ont un travail paient pour ceux qui n’en ont pas ou n’en ont plus ; les bien portants paient pour les malades ; les riches paient pour les pauvres.
Le même principe de solidarité fonctionne au sein de l’Europe : les régions les plus aisées aident celles qui sont en retard de développement à améliorer leur niveau de vie. C’est ainsi que des pays comme le Portugal ou l’Irlande se sont spectaculairement redressés.
Si les Flamands vont au bout de leur logique « l’argent des riches reste chez les riches », la Flandre indépendante ne devrait pas demander son adhésion à l’Union européenne, mais faire cavalier seul. Et quitter ces « Eurorégions » en construction où, à une échelle sous-régionale, des Flamands, des Wallons et ici ou là des Français, des Allemands ou des Néerlandais tentent de nouer des liens de partenariat. Ces coopérations ont-elles un sens quand on ne veut plus assumer, par ailleurs, sa part de solidarité ? C’est d’ailleurs ce que dit Geert Van Istendael (auteur du Labyrinthe belge – Castor Astral 2004) dans Libération aujourd’hui : « Si la Belgique est impossible, l’Europe est également impossible, car si on ne peut concilier deux ou trois communautés et langues, comment le faire à 27 ? »

A l’intérieur même d’une Flandre indépendante, quelles seraient les limites d’une solidarité réinventée ? Le principe « l’argent des riches appartient aux riches » devrait vite montrer ses limites et il ne fera pas bon être malade, vieux ou chômeur en Flandre. On sait qu’on ne vit pas aussi bien dans le Limbourg que dans la région de Courtrai. La Flandre soi disant riche va-t-elle devoir se débarrasser de ses sous-régions « en retard de développement » ?

De toute façon, quel serait l’intérêt de plus de régionalisation ? Les routes belges seront-elles plus sûres une fois la sécurité routière régionalisée ? Le Wallon qui se rendra à Bruxelles en voiture aurait alors trois codes de la route différents à respecter. Alors qu’il faudrait tenter d’harmoniser les règles de sécurité routière au niveau européen, certains voudraient choisir la voie inverse, par pur orgueil nationaliste. La SNCB serait promise au même sort, avec les mêmes conséquences absurdes et sans doute coûteuses.

Et puis à l’heure où la diversité culturelle est dans toutes les déclarations politiques, comment peut-on à ce point se replier sur son nombril nationaliste en rejetant son voisin ? Aucun nationalisme n’est progressiste. Ils sont tous réactionnaires et individualistes, tournés vers le passé, la nostalgie, le rejet.

De quelle Flandre parlent les nationalistes ? Et en parlent-ils d'une même voix? Dans une carte blanche récente (LLB – 03.09.07), Jan De Troyer, rédacteur en chef de TV Brussel, constate le retour en force des dialectes en Flandre, au point que des téléspectateurs flamands (et plus encore néerlandais) ne comprennent pas des séries télé ou des chanteurs pourtant flamands:
« on est donc arrivé en Flandre dans la situation bizarre qu’après des décennies de lutte d’émancipation flamande et de lutte pour la reconnaissance du néerlandais comme langue de culture, nos artistes retournent à la langue régionale et les profs de néerlandais abandonnent les bases de l’enseignement linguistique. (…) Bien qu’il semble être à la mode, l’arbitraire linguistique n’est pourtant rien d’autre qu’un repli sur soi-même et une exclusion de l’autre. »

C’est quoi la Belgique ? « Un pays petit tombé par accident dans un trou de l’histoire », comme le dit Claude Semal, mais aussi un pays multiculturel, où tout se mélange. Un pays zinneke. Où chacun a au moins un ancêtre qui venait de l’autre côté de la frontière linguistique. Où l’ancien ministre-président wallon porte un patronyme flamand, alors que son équivalent flamand affiche un nom francophone. Où les Flamands se sentent chez eux dans les Ardennes, autant que les Francophones à la côte. Où Arno l’ostendo-bruxellois fait un tabac, autant que la rocheforto-monégasque Justine Hénin. Cette multicultarité est-elle donc si haïssable aux yeux des nationalistes ? Après la fin de la Yougoslavie, celle de la Belgique ?
Mais sérieusement, cette fin est-elle possible ? Ou jouons-nous à nous faire peur ? De toute façon, Bruxelles, ville francophone en territoire flamand, empêche cette scission.

Et puis où en est l’opinion publique flamande ? Y a-t-il vraiment une majorité derrière cette volonté d’indépendance ?
Il serait temps que les intellectuels et les artistes se fassent – plus - entendre. Il y a quelques mois, Arno présentait son nouveau CD au casino d’Ostende et déclarait que l’urgence n’était pas de savoir qui serait le président d’une Flandre indépendante, puisque de toute façon à la fin du siècle les Ostendais et bien d’autres Flamands auraient les pieds dans l’eau à cause du réchauffement climatique. Et Arno de prévoir qu’un jour pas si lointain le président flamand se verrait forcé de se réfugier à Bruxelles.
« Et puis nous, on préfère s’envier et se détester
On adore les histoires de quartier
Ca part dans tous les sens
Rien qu’on se bat mais on se trompe de sens
Carrément on passe pas pour des gens qui pensent. »
(Arno et Faf Larage : I’m not into hop)


P.S. : Sur le plan parlementaire, seuls « grands » partis politiques à être nés chacun de leur côté alors que le processus fédéral était enclenché, les Ecologistes flamands et francophones constituent à la chambre un groupe commun. Une particularité dans ce pays qui suit plutôt un processus de division. Les trois familles traditionnelles (socialiste, sociale-chrétienne et libérale) ont suivi le chemin inverse : les partis nationaux se sont « communautarisés", jusqu’à n’avoir parfois plus beaucoup de contacts entre eux.
Les Ecologistes plaident pour une circonscription électorale unique : que les électeurs belges puissent élire, pour une part de leurs élus nationaux, des hommes et des femmes politiques qui auraient une légitimité dans tout le pays. Pour cela, il faudrait mieux se connaître et plus s'intéresser à "l'autre".

P.S.2: Signe des temps, le sens de l'auto-dérision typiquement belge n'a pas encore fait sa rentrée, semble-t-il...

P.S.3: La Belgique est un plaisir et doit le rester.

(1) België blues était le titre d'une chanson de Walter De Buck, à la fin des années '70.