lundi 19 septembre 2011

Info légère

Des familles roms occupaient des bâtiments inoccupés de la gare du Nord à Bruxelles. La bourgmestre de Schaerbeek les a fait déloger par la police. Les conditions d'hygiène étaient déplorables. On n'en doute pas. "C'est sûr que c'est pas mieux dehors. Mais voilà!" C'est ce qu'elle trouve à dire. Rien d'autre. Une centaine de personnes sont à la rue, dont une bonne moitié d'enfants. Elles n'ont nulle part où aller. Pas même un parc dont on leur interdit l'accès. Leur reste le trottoir. Le Délégué général aux Droits de l'Enfant (de la Communauté française) envoie un autobus pour héberger les enfants. Les adultes resteront sur le trottoir. Et voilà, comme dirait la bourgmestre...
Mais est-ce important? La pseudo interview de DSK captive les foules. L'homme a perdu sa légèreté. C'est ce qu'il dit. Nous aussi. Mais ça fait bien plus longtemps que l'ex-directeur du FMI.

Le Beuglant

C'est un lieu qui ne paie pas de mine. Dans une commune qu'on pourrait qualifier de lointaine (mais on n'est jamais loin que par rapport à un ailleurs), à deux pas à peine d'une zone d'activité économique connue pour l'horrible drame qui s'y déroula il y a de nombreuses années.
Un lieu qui ne paie pas de mine, mais une mine d'or. "Le Beuglant" est une bouquinerie et se veut lieu de mémoires. On peut y acheter les livres ou se contenter de les consulter. On peut aussi en discuter avec "le patron". Ou lui parler jazz. Il en connaît un rayon pour l'avoir diffusé pendant des années à travers une bonne partie de la Wallonie au volant du discobus de la Médiathèque de la Communauté française. Ou pour avoir programmé des concerts de grands comme de petits noms (s'il en est) du jazz, notamment dans le café qu'il a tenu un moment à Thuin.
Le feuillet publicitaire de lancement du Beuglant est illustré du Dictionnaire des livres condamnés au feu. Et lors de ce week-end d'ouverture, Christian Duray (c'est le nom du "patron") recevait notamment Frédéric Saenen autour de son Dictionnaire du pamphlet. On comprend ainsi où on met les pieds: dans un espace qui a non seulement des choses à lire, mais aussi des choses à dire.

Le Beuglant, asbl Workshop, 3 chemin Guyot à Ghislenghien - 068 56 83 61

samedi 17 septembre 2011

B / HV

Il est marchand de tapijten - tapis dans une commune que l'on dit "à facilité". Mais il n'a pas facile tous les jours, comme on dit en Belgique. En fait, il a moeilijk. Dorénavant, il ne pourra plus vendre que des tapijten. C'est ce qu'il déclare à un journaliste de la RTBF qui lui demande son opinion sur la scission de B.H.V.: ça ne changera rien pour nous, dit-il, les vexations et les harcèlements vont se poursuivre. Ses père et grand-père ont toujours vendu des tapijten - tapis, mais aujourd'hui le moindre mot en français est banni. Imprononçable, ou plutôt inécrivible devrait-on dire. Comment dirait-on en flamand? Onbeschrijfbaar? Finalement, BHV nous rend idiots mais créatifs. On voit par là qu'à quelque chose malheur est bon.
Ceci dit, les huit partis négociateurs sont arrivés à un accord sur la scission de cet arrondissement maudit. C'est une bonne chose. Un compromis, forcément. Comme tout compromis, il présente des avancées pour les uns, des pertes pour les autres. Et inversement. On va vers un Etat et des structures plus en phase avec leur temps, nous dit-on. On veut bien le croire, on est assez conciliant en ce moment. L'air du temps sans doute. Le Sénat ne sera plus composé d'élus directs, mais de représentants des Communautés. Il sera le lieu de rencontre des ces communautés. Pourquoi pas? Pourvu qu'il soit le lieu d'un véritable espace de dialogue. Mais pourquoi, bon sang de bonsoir, conserver dix sénateurs cooptés? Un statut qui permet aux partis forts en voix à la chambre de désigner au Sénat qui bon leur semble. Même s'il (ou elle) est mauvais. On en connaît. On ne citera pas de nom. Mais quand même. Il y en eut de bons. Mais il y en eut de catastrophiques, de ces non élus, parfois même pas candidats, repêchés par le fait du prince président de parti. La modernisation annoncée vous a aussitôt des allures d'ancien régime.

jeudi 15 septembre 2011

Not in my name

Ca canarde sec dans les rangs républicains entre les candidats à l'investiture pour les présidentielles américaines. Les amis d'hier se tirent dessus et ne se font pas de cadeau. On se croirait au Texas. D'ailleurs on y est. C'est viril. En témoignent les attitudes de Sarah Palin et de Michelle Bachmann qui, chacune de leur côté, attaquent rudement le favori actuel, Rick Perry, gouverneur du Texas (1). C'est à qui sera le plus conservateur et réactionnaire. Rick Perry répète que rien ne prouve scientifiquement que le réchauffement climatique soit l'oeuvre de l'homme. On ne peut dès lors, sous ce prétexte fallacieux, freiner l'économie américaine, dit-il. Il préfère faire appel à Dieu plutôt qu'aux scientifiques pour régler les problèmes de climat: il a organisé trois journées de prière pour faire venir la pluie (2). N'est venue que la bêtise. C'est idiot, parce qu'il y en avait déjà bien assez. Il a aussi déclaré que d'avoir autorisé l'exécution de 234 condamnés à mort ne l'avait jamais empêché de dormir (3). Il n'a pas dit s'il avait prié pour le repos de leurs âmes, mais on le devine.
Il y a quelques jours, lors de la commémoration des attentats du 11 septembre 2001, on entendait à nouveau certains Européens affirmer que "nous sommes tous des Américains". Euh, si je peux me permettre, en fait, pas tous.

(1) voir LLB, 15 septembre 2011
(2) entendu au Journal parlé sur France Inter, 8 septembre 2011
(3) voir LLB, 9 septembre 2011

mercredi 14 septembre 2011

Tout ça pour ça?

La charia constituera la base de la nouvelle constitution libyenne. C'est ce qu'a annoncé le président du Comité National de Transition. Les femmes, les laïques, les démocrates apprécieront de se laisser voler leur révolution par les barbus qui les mettront au pas. Mais non, qu'on se rassure, déclare le président: l'islam est ici modéré. Curieuse logique qui en faisant de la loi religieuse le fondement constitutionnel de l'Etat donne une puissance maximale à l'islam. Avec le risque de le voir se radicaliser très rapidement. La révolution libyenne ne sera-t-elle finalement qu'iranienne? Les dictateurs cédant le pas aux ayatollahs?
La révolution parfois ça devient dégueulasse / Ça fait de la doctrine de la théorie et de la merdasse / La révolution cocufiée par les bureaucrates / Mise dans des bouquins écrasée par les appareils / La révolution faut jamais que ça s'arrête / Contre ceux d'hier doivent se lever ceux de demain
François Béranger

Rions un peu sous un ciel morose. Le sinistre Carl Lang entend être le candidat d'extrême droite en France. Marine Le Pen est trop à gauche, dit-il. On se dit qu'il doit voir en Nicolas Sarkozy un nouveau Che Guevara. Ceci dit, deux candidats d'extrême droite plutôt qu'une, c'est toujours bon à prendre. L'idéal étant évidemment qu'il n'y en ait pas.

mardi 13 septembre 2011

Comment réussir

Ne dites plus "école de la réussite". Dites plutôt "tribunal de la réussite". Les délibérations de classe vont-elles désormais se traiter au tribunal? On se le demande (cette époque est pleine de questions). Le JT de France 2 (1) nous apprend que les plaintes d'élèves qui contestent leurs résultats de fin d'année se multiplient en Italie. "J'ai étudié, j'aurais dû avoir la moyenne", disent-ils. Des parents déposent plainte si leur fils ou leur fille ne réussit pas. Mais, nous dit la journaliste, "certains ont honte et ne veulent pas montrer leur visage". On ne sait pas de quoi ils ont honte. De l'échec de leur enfant? De leur tentative de le faire réussir à tout prix? Certains disent avoir payé des cours particuliers à leur enfant, il ne peut donc que réussir. Le tribunal donne droit à un recalé sur trois. Il a le droit de passer dans l'année supérieure, même si le conseil de classe en avait décidé autrement. Les sportifs qui se sont entraînés durement vont-ils déposer plainte parce qu'ils n'ont pas gagné un match? Les candidats à un emploi vont-ils déposer plainte parce qu'ils ne sont pas engagés alors qu'ils avaient préparé l'entretien d'embauche assidûment? Ne faudrait-il pas songer à supprimer les examens et autres tests stressants? Les questions sont décidément multiples. On vit une époque formidable. La grande époque des juges et des parents.

(1) 12 septembre 2011

lundi 12 septembre 2011

Sous les drapeaux

Voici longtemps (ce devait être vers 1975), Jean Ferrat, dans une chanson, posait une bonne question: comment peut-on être un jeune républicain indépendant? Comment à vingt ans peut-on être séduit par le conservatisme giscardien? Aujourd'hui, on se le demande: comment peut-on être un jeune nationaliste? Un nationaliste a des allures de vieillard chenu et cacochyme, mais surtout courbé en deux par le poids des années, replié sur lui-même, ne voyant plus l'avenir, juste son nombril. Le JT de la RTBF (1) nous montre des jeunes (et aussi de moins jeunes, il est vrai) membres d'un mouvement flamand qui s'affirme populaire. Ils agitent fièrement le drapeau flamand face aux objectifs de la BBC, lors de la Night of the Proms. Ils estiment que leur drapeau sera ainsi vu par la planète entière. Et, à force, apprécié. Mais personne ne connaît leur drapeau. Certains spectateurs pensent que ce lion pourrait être gallois. Pourquoi pas camerounais aussi? Ou namibien. C'est le problème des nationalismes: ils se ressemblent. Il y en a trop. On s'y perd.

(1) 11 septembre 2011

mercredi 7 septembre 2011

Barons perchés

Wallonie et baronnies sont dans un bateau. Personne ne tombe à l'eau. Mais le bateau n'avance pas. Apparemment, la méthode Coué ne suffit pas à le faire avancer. Pas plus que les belles déclarations sur le dépassement des querelles sous-régionalistes.
La Wallonie entend créer un centre pour former ses sportifs de haut niveau. On peut supposer que l'idée est intéressante, même si on se méfie des sportifs dits de haut niveau (voir "Footu", 4 septembre). La difficulté n'est pas de décider de créer ce centre. Elle n'est - apparemment - pas non plus de dégager un budget de cinquante à nonante millions d'euros. La difficulté, c'est de savoir où le placer. Un appel à candidatures a été envoyé. Trois villes ont été retenues: Liège, Louvain-la-Neuve et Mons. Mais Mons est déjà bien servie: pour qu'elle soit en 2015 une capitale culturelle de haut niveau (entendez par là de niveau européen), la Communauté française lui attribue chaque année un million d'euros. Sans compter de ce qui vient d'autres sources, notamment de la Loterie nationale. Restent donc Liège et Louvain-la-Neuve. Comment choisir? Les dossiers ne suffisent pas. C'est que chacune des deux villes a ses défenseurs au sein-même du Gouvernement de la Région wallonne. Le liégeois Marcourt entendant défendre son clocher et le brabançon Antoine le sien. Le dossier serait bloqué et pourrait le rester jusqu'aux élections communales d'octobre 2012. "Ce gouvernement cherche comment décider de ne pas décider", écrit Michel Delwiche dans le Vif (1). On voit par là comment les barons, même perchés sur leurs clochers respectifs, empêchent d'atteindre le haut niveau.

(1) 2 septembre 2011

mardi 6 septembre 2011

Conseil de rentrée

Quelques règles que se donne Zoli, la poétesse rom, héroïne du roman éponyme de Colum McCann (1) :
"Ne suspends jamais ton manteau au crochet à la porte. Ignore le couvre-feu. Rappelle-toi le temps qu'il fait au son de la roue. Ne deviens pas l'imbécile qu'ils ont besoin que tu sois. Change de nom. Perds tes chaussures. Entraîne-toi à douter. Porte une toile cirée devant la maladie. Adore l'obscurité. Mets-toi de biais face au vent."
"Ne deviens pas l'imbécile qu'ils ont besoin que tu sois", en ce début d'année scolaire, on se dit que ce devrait être la base de toute éducation.

(1) éditions 10/18

lundi 5 septembre 2011

Propos radicaux

Le nouveau président du Centre Démocrate Humaniste a fait un tabac lors de son congrès d'intronisation ce week-end. Il se veut radical. Il l'a répété maintes fois, paraît-il. Voilà qui fait sourire. Le dessinateur Clou dans la Libre Belgique fait dire à Benoît Lutgen que son parti est "radicalement chèvre-choutiste". Etre radical, c'est faire des choix tranchés. Etre radicalement centriste est presque attendrissant.
Son radicalisme, le nouveau président l'a repêché dans les propos de celle qui l'a précédé à la tête du parti orange: présentant son "plan de lutte globale et radicale contre le réchauffement climatique", Joëlle Milquet déclarait que "il est temps d'être radical, pour notre climat, pour nos familles, pour notre environnement". C'était le 2 décembre 2006. A peine deux mois plus tard (c'était le 30 janvier 2007), André Antoine, ministre CDH de l’énergie et de l’aménagement du territoire, vice-président du Gouvernement wallon, était à Tournai Interpellé par deux membres de la CIAO à la suite d’une intervention au cours de laquelle il a appelé tous les Wallons à économiser l’énergie, André Antoine ne s’est pas opposé au projet de centre des sports de glisse, qui s'annonçait comme un modèle de gaspillage d'énergie et de production de CO2, comparant ce projet aux aéroports, eux aussi polluants mais fournisseurs d'emplois… Aéroports wallons dont il a d'ailleurs toujours été un des plus fermes soutiens. Bref, une position radicalement centriste: oui à l'écologie et oui au capitalisme. C'est ce qu'on appelle la tiédeur radicale. Passant de l'appellation de PSC à celle de CDH, le parti centriste abandonnait toute référence à la chrétienté, en profitant aussitôt pour oublier que Jésus-Christ disait: "tu vomiras les tièdes". Il n'avait pas envisagé que les tièdes pourraient être radicaux. Ca change tout.