On l'a vu à cheval torse nu, un poignard de chasse au côté, on l'a vu pêcher dans la même tenue, on l'a vu neutraliser un tigre, on l'a vu lutter contre les feux de forêt. Comment dit-on superman en russe ? Vladimir est un mec, un vrai, qui aime montrer ses muscles, au propre comme au figuré, exhiber sa mécanique et ses exploits physiques. C'était hier.
Aujourd'hui, Poutine est un petit monsieur angoissé qui n'ose plus ou si peu mettre le nez dehors. Le bravache raserait presque les murs. Celui qui aime jouer les chefs de guerre intrépides vit dans des bunkers, sans téléphone portable de peur de se faire repérer. Ses conseillers n'ont pas le droit d'en utiliser. Selon un récent document du Kremlin transmis à la presse par un service de renseignement européen (1), les membres de son personnel sont sous surveillance permanente même à leur domicile et n'ont pas le droit d'utiliser les transports en commun. "Les membres de sa famille et lui, révèle Foreign Policy (1), ne vivent plus dans leurs résidences habituelles. Au lieu de cela, ils restent cantonnés dans des lieux secrets, sous protection renforcée. Le document affirme que Poutine ne travaille plus désormais que dans des bunkers éparpillés dans le sud de la Russie."
Il y a quelques jours, Poutine a quand même bravé le danger : il était en visite à Astana, capitale du Kazakhstan. Mais, rapporte Le Monde (2), "un véhicule doté d’une tourelle de mitrailleuse ainsi que d’un système mobile de brouillage antidrone figurait dans l’impressionnant cortège présidentiel : 20 voitures, 14 motards, un hélicoptère de surveillance sillonnant la ville, préalablement vidée de ses passants". C'est qu'il craint les drones ukrainiens, lui qui dirige une des plus puissantes armées du monde. Cet héritier de Staline a envoyé sans état d'âme à la mort des dizaines de milliers de ses compatriotes, le voilà plus paranoïaque que jamais, vivant en permanence dans la peur de se faire tuer. La mort des autres l'indiffère, voire le réjouit, et il tremble pour sa vie.
On voit par là que les grands hommes sont parfois très petits.
(1) Christian Caryl, "Guerre en Ukraine - A quoi joue Vladimir Poutine ?", Foreign Policy, 7.5.2026, in Courrier international, 21.5.2026.
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/02/vladimir-poutine-essuie-une-serie-de-revers-qui-alimentent-le-mecontentement-en-russie-et-interrogent-sa-strategie_6696294_3210.html
2 commentaires:
Beaucoup d'observateurs disent que nous sommes à un "tournant", mais personne ne sait quelle direction va prendre le char russe. Cela dépend aussi beaucoup du terrain militaire. Soit c'est le scénario de la fuite en avant, soit c'est le gel de la situation avec un cessez-le-feu (si les deux parties sont d'accord et si l'Europe envoye des troupes au sol - pas sur le front - pour garantir la sécurité des 80% du territoire ukrainien restants). Je crains que le premier scénario soit le plus probable, sauf "mise à l'écart" de Poutine par le KGB. Il ne faut cependant pas être très malin pour prophétiser que 2026 sera plus proche de la fin de la guerre que 2022. Cela finira un jour, et certainement pas par la conquête de l'ensemble du territoire ukrainien.
P.S. Pas le KGB, bien évidemment ! Le FSB et les "structures de force"...
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