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mardi 2 juin 2026

Petit homme

On l'a vu à cheval torse nu, un poignard de chasse au côté, on l'a vu pêcher dans la même tenue, on l'a vu neutraliser un tigre, on l'a vu lutter contre les feux de forêt. Comment dit-on superman en russe ? Vladimir est un mec, un vrai, qui aime montrer ses muscles, au propre comme au figuré, exhiber sa mécanique et ses exploits physiques. C'était hier.
Aujourd'hui, Poutine est un petit monsieur angoissé qui n'ose plus ou si peu mettre le nez dehors. Le bravache raserait presque les murs. Celui qui aime jouer les chefs de guerre intrépides vit dans des bunkers, sans téléphone portable de peur de se faire repérer. Ses conseillers n'ont pas le droit d'en utiliser. Selon un récent document du Kremlin transmis à la presse par un service de renseignement européen (1), les membres de son personnel sont sous surveillance permanente même à leur domicile et n'ont pas le droit d'utiliser les transports en commun. "Les membres de sa famille et lui, révèle Foreign Policy (1), ne vivent plus dans leurs résidences habituelles. Au lieu de cela, ils restent cantonnés dans des lieux secrets, sous protection renforcée. Le document affirme que Poutine ne travaille plus désormais que dans des bunkers éparpillés dans le sud de la Russie."

Il y a quelques jours, Poutine a quand même bravé le danger : il était en visite à Astana, capitale du Kazakhstan. Mais, rapporte Le Monde (2), "un véhicule doté d’une tourelle de mitrailleuse ainsi que d’un système mobile de brouillage antidrone figurait dans l’impressionnant cortège présidentiel : 20 voitures, 14 motards, un hélicoptère de surveillance sillonnant la ville, préalablement vidée de ses passants". C'est qu'il craint les drones ukrainiens, lui qui dirige une des plus puissantes armées du monde. Cet héritier de Staline a envoyé sans état d'âme à la mort des dizaines de milliers de ses compatriotes, le voilà plus paranoïaque  que jamais, vivant en permanence dans la peur de se faire tuer. La mort des autres l'indiffère, voire le réjouit, et il tremble pour sa vie.
On voit par là que les grands hommes sont parfois très petits.

(1) Christian Caryl, "Guerre en Ukraine - A quoi joue Vladimir Poutine ?", Foreign Policy, 7.5.2026, in Courrier international, 21.5.2026.
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/02/vladimir-poutine-essuie-une-serie-de-revers-qui-alimentent-le-mecontentement-en-russie-et-interrogent-sa-strategie_6696294_3210.html

jeudi 28 mai 2026

Vantards et méprisants

Poutine et Trump sont à la fois très différents et très semblables. Le froid serpent russe et l'imprévisible bouffon américain ont bien des points communs. Dont celui de prendre leurs compatriotes pour des cons. Tous deux n'entendent que ce qu'ils exigent qu'on leur dise. Ils veulent entendre et faire entendre que les guerres qu'ils ont entreprises sont des victoires malgré leurs échecs.

Le média russe Dos’e a révélé un plan élaboré en février par l’Administration présidentielle russe (1) : une série d’arguments pour donner à la population russe une image positive de la « victoire » au cas où  un accord de paix serait conclu avec l’Ukraine.
"La paix obtenue par Poutine est une immense victoire", peut-on lire dans ce document. "Poutine a fait plier l’Occident. Nous avons fait échouer les plans occidentaux destinés à étendre et prolonger le conflit. Une victoire sur qui  ? Sur l’impérialisme international et le globalisme. Ce n’est pas le nationalisme ukrainien que nous avons vaincu, mais un adversaire autrement important, rusé et puissant  : le front occidental. Une victoire pour quoi  ? Pour la défense de nos compatriotes  : le peuple russe du Donbass. C’est un résultat remarquable : la Russie a défendu les Russes ; elle a démontré qu’elle n’abandonnait pas les siens. Elle a forgé un bouclier pour mettre à l’abri les russophones de toute l’Ukraine. La Russie est vainqueure ; sa victoire lui rapporte." Cette prétendue victoire lui rapporterait des territoires, des populations et des ressources naturelles, charbon, terres rares, terres agricoles, ainsi qu'un accès terrestre à la Crimée. "La Russie a ainsi conquis le littoral de la mer d’Azov dans sa totalité, ce qui représente de nouvelles stations balnéaires et espaces de loisir pour des millions de Russes." Une guerre pour de nouvelles stations balnéaires, voilà qui valait bien des centaines de milliers de morts et de blessés ! Et tout ceci grâce à l’armée russe, "la plus opérationnelle du monde".
En réalité, analyse Guillaume Lancereau dans Le Grand continent (1), ce document "confirme d’abord que les responsables du Kremlin sont conscients de la position russe actuelle. Les exigences territoriales sont revues à la baisse  : elles ne concernent plus que les régions de Donetsk et Louhansk ainsi que les territoires de Kherson et Zaporijjia jusqu’à la ligne de front ; les troupes russes se retireraient même des régions de Soumy et de Kharkiv. Les auteurs de cette présentation expliquent qu’« il faut savoir s’arrêter à temps », autrement dit, avant que les fissures qu’ils constatent dans les sphères économique et sociale du pays ne conduisent à son effondrement. La poursuite d’une guerre d’usure coûterait en effet énormément à la Russie pour un gain assez maigre. La présentation évoque même une « victoire à la Pyrrhus » en cas d’entêtement militaire."

Pendant ce temps, Trump fait ce qu'il fait le mieux : se vanter. Dans un document qui décrit la stratégie de contre-terrorisme de son administration, le Père Ubu américain, écrit Jean-Yves Camus (2), "s'attribue la gloire d'avoir terminé la guerre à Gaza, où il aurait ramené la prospérité et la sécurité en commençant à démanteler le Hamas". Trump assure aussi "avoir porté des coups à l'Iran qui vont l'empêcher d'obtenir l'arme nucléaire". En avant-propos de ce document, le Donald "se présente en sauveur qui, en un an, a transformé l'Amérique faible, en faillite, défaite et humiliée en nation forte aux frontières sûres, respectée partout dans le monde".  
La vantardise de ces (ir)responsables politiques est sans limite. Leur mépris pour leurs compatriotes l'est tout autant.

(2) Jean-Yves Camus, "Contre-terrorisme - La nouvelle bouillie stratégique américaine", Charlie Hebdo, 20.5.2026.

vendredi 27 mars 2026

Gens de rien

Il est bien loin le temps où les états majors militaires osaient parler de frappes chirurgicales. Comme si une frappe n'était pas par essence violente et comme si la chirurgie pouvait être destructrice.
On voit dans quel état est la bande de Gaza. Les frappes de l'armée israélienne qui visaient les combattants du Hamas ont tué des dizaines de milliers de civils et le territoire est détruit dans sa majeure partie.
La guerre que mènent Israël et les Etats-Unis au régime dictatorial iranien a de sanglantes retombées sur une population iranienne à présent prise en tenailles entre ce régime répressif et les bombes et missiles qui visent la fin de ce dernier (bien que les motivations de cette guerre restent floues).
Le Liban se retrouve entraîné dans cette guerre, une de plus, à cause du Hezbollah et des réactions tout aussi destructrices de l'armée israélienne. Comme toujours, comme ailleurs, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd.

Et pendant qu'Israël mène cette guerre, les colons en profitent pour s'attaquer à des villages de Cisjordanie : agression d'habitants, incendies d'habitations et de voitures, jets de pierres.
"Depuis le début de la guerre avec l’Iran, rapporte Le Monde (1), les colons les plus extrémistes, qui bénéficient d’une impunité de fait depuis des mois, ont multiplié les assauts, tuant six Palestiniens en trois semaines. Cette dégradation a conduit des anciens généraux israéliens à rendre publique, le 16 mars, une lettre ouverte adressée à la hiérarchie militaire afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « pogroms » et de « terrorisme juif »." Dimanche dernier, indique encore Le Monde, le ministre israélien des finances, chargé des colonies, "a déclaré viser « l’effondrement » de l’Autorité palestinienne et l’annexion complète de la Cisjordanie. Le candidat de gauche, Yaïr Golan, a dénoncé le soutien du gouvernement au « terrorisme juif » alors que l’armée opère sur deux fronts, en Iran et au Liban."
"La guerre lancée par l’Etat hébreu avec les Etats-Unis contre l’Iran a déplacé l’attention médiatique et politique, constatent les Palestiniens (2). « La bande de Gaza et la Cisjordanie sont en quelque sorte reléguées au second plan parce que tous les regards sont tournés vers un problème régional plus grand », souligne la ministre, en poste depuis 2025. « Dans le même temps, nous assistons à une recrudescence sans précédent des actes terroristes perpétrés par les colons illégaux sur l’ensemble du territoire palestinien », s’alarme-t-elle, en dénonçant le rôle joué par des membres influents du gouvernement israélien dans la défense du mouvement de colonisation."

Dans la guerre sans merci que mène le boucher de Moscou à l'Ukraine, les pertes côté russe (morts et blessés) seraient de 40 000 par mois (3). Et combien de morts en Ukraine ?
Mais toutes ces morts, tous ces drames, ces gens mutilés, ces familles endeuillées, ces villages et ces villes détruites, rien de tout cela n'a d'importance face à la volonté de conquête et de pouvoir de ces extrémistes. Les gens n'existent pas.

Chacun défend ses intérêts, et dans le calcul froid des pertes et des profits, le sang humain n’a aucune importance. (...)
J'ai en moi une question : quand le monde décidera-t-il que la vie d’un enfant à Gaza, à Téhéran ou au Koweït a plus de valeur que tous les détroits et tous les gisements pétroliers ?
Taleb Alrefai, écrivain koweïtien (4)

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/23/en-cisjordanie-une-serie-d-attaques-coordonnees-commises-par-des-colons-juifs-contre-des-villages-palestiniens_6673876_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/26/l-autorite-palestinienne-alerte-sur-le-terrorisme-des-colons_6674405_3210.html
(3) https://www.marianne.net/societe/defense/dronification-comment-l-ukraine-a-inflige-6-000-pertes-a-la-russie-en-quatre-jours
(4) https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/20/pour-l-ecrivain-libanais-charif-majdalani-le-liban-se-trouve-bel-et-bien-entraine-a-son-corps-defendant-dans-de-nouvelles-calamites_6672741_3260.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

mardi 24 février 2026

Admirables Ukrainiens trop délaissés

Voilà quatre ans que le monstre du Kremlin a débuté sa sale guerre. Quatre ans qu'il sème la mort, la terreur, la torture, la misère, la destruction, la répression, le chagrin. Sacré bilan !
Côté ukrainien, l'analyste Iouriy Boutoussov évoque 70 000 tués et 35 000 disparus. L'ONU estime le nombre de civils ukrainiens tués à 15 000. Il faut y ajouter les pertes dans les zones occupées. Rien qu'à Marioupol, on parle de 27 000 à 88 000 civils tués. De l'autre côté, selon le Ministère britannique de la Défense, début novembre 2025, la Russie comptait 1 140 000 tués et blessés dans ses rangs.
Toutes ces pertes pour un gain de territoire finalement assez ridicule pour la grande et puissante armée russe : après la contre-offensive ukrainienne durant l'année 2022, l'armée russe contrôlait 17,4 % du territoire russe. Trois ans plus tard, 19,5%. (1)

La fin de cette boucherie n'est hélas pas pour demain. Le tueur en série qu'est Poutine ne négociera jamais.
"Les formules évolutives – « mettre l’Ukraine en position de force pour négocier », « amener Poutine à la table » – supposent que la négociation est un but en soi, estime Pierre Raiman, docteur en Histoire, spécialiste des totalitarismes et cofondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! (2). Or, dans une guerre où l’un des camps nie l’existence même de l’autre, la table des négociations devient instrument tactique : gagner du temps, diviser les alliés, figer des conquêtes. Les accords de Minsk l’ont démontré. Tant que les buts de guerre ne seront formulés que par des négations et des horizons flous, la stratégie restera absente. Et ce vide sera comblé – non par nos intentions, mais par la logique de l’adversaire."
Pierre Raiman appelle l'Union européenne à cesser de danser d'un pied sur l'autre et à changer de logiciel. "Cette errance exprime une dérive européenne plus profonde : l’abandon du politique au profit du procédural. Le politique, pour Aron, c’est l’intelligence de l’État qui apprécie la nature de la situation avant de fixer les fins. Mais l’Europe a inversé l’ordre clausewitzien : la crainte militaire – l’escalade, le chantage nucléaire – dictent les buts politiques, au lieu que la politique fixe les fins et calibre ensuite les moyens. Quand la coalition des volontaires propose d’envoyer des troupes après un hypothétique cessez-le-feu plutôt qu’avant, elle révèle cette inversion fatale. Reporter à un « après » incertain les engagements que l’urgence exige maintenant, c’est encore une fois laisser l’adversaire fixer le tempo."
Derrière l'Ukraine, c'est l'Europe qui est visée. Pierre Raiman appelle à renverser le point de vue : "retourner le refrain en pacte stratégique. « Vous nous avez, et nous vous avons », au sens clausewitzien : nos destins de sécurité sont liés. L’Ukraine tient une partie du front européen ; l’Europe doit tenir l’Ukraine par des moyens à l’échelle. Il ne s’agit plus de se soutenir comme on se console, mais de se lier comme on s’engage : fixer une fin politique intelligible – que l’agresseur soit défait, que les troupes russes soient chassées d’Ukraine – puis ordonner à cette fin l’ensemble des moyens, afin que la répétition des sommets et des promesses cesse d’être un rituel et devienne la cadence d’une stratégie. Alors seulement, le refrain ne sonnera plus comme un déni : il deviendra la formule d’une solidarité qui ne se dit pas, mais qui se prouve." (...)
"Cette guerre n’est pas conflit territorial mais guerre totale menée par un régime néo-totalitaire. Elle ne se résoudra pas par un compromis territorial mais par la défaite stratégique de la Russie. Elle n’oppose pas des intérêts négociables mais deux visions du monde inconciliables. Accepter cette vérité constitue le préalable à toute politique adéquate." 

Ce à quoi il faut arriver selon Raiman : "retrait des forces russes hors du territoire ukrainien dans ses frontières internationalement reconnues, retour des enfants déportés, intégration de l’Ukraine dans les architectures de sécurité atlantiques et européennes. C’est la seule traduction politique cohérente du diagnostic : face à un régime qui nie l’existence de sa victime, tout ce qui n’est pas la défaite de l’agresseur n’est qu’un répit qu’il mettra à profit – la leçon de Minsk, répétée sans fin.
Dès lors, les dimensions cessent de flotter séparément pour s’aligner. L’arraisonnement de la flotte fantôme et la confiscation des avoirs de la Banque centrale russe frappent l’économie de guerre dans ses deux artères vitales – revenus pétroliers et réserves financières. Cette hémorragie retourne le facteur temps : c’est désormais Moscou qui verrait le sablier se retourner – ses ressources s’épuisant grain à grain sous une contrainte temporelle qu’elle ne maîtrise plus. Simultanément, la fourniture à l’Ukraine de capacités de frappe en profondeur rétablit la réciprocité de l’espace : la logistique, les bases et l’industrie militaire russes cessent d’être des sanctuaires intouchables. Et la protection du ciel ukrainien – par un bouclier aérien européen – soustrait les populations civiles de l’Ukraine libre à la stratégie de terreur, principal levier de pression russe." Il faut "non pas convaincre le régime, mais lui retirer les moyens de poursuivre son agression".

En attendant, même sans terme actuellement imaginable à cette guerre infâme, la détermination des Ukrainiens reste intacte. Plutôt morts que russes, disent nombre d'entre eux dans divers reportages entendus ces derniers jours. Les Ukrainiens sont "un peuple de marmottes tenaces", estime le traducteur ukrainien Iouriy Dourkot dans Die Welt (1) : chaque jour ils se remettent au travail comme le feraient des marmottes une fois leur terrier détruit. Ils reconstruisent, ils réparent, même s'ils savent qu'ils devront recommencer la semaine suivante. Même si "un régime criminel terrorise  les civils" et que les prétendus "efforts de paix" de Donald Trump sont risibles, "les marmottes n'abandonnent jamais". 

(1) Courrier international, 19.2.2026.
(2) https://desk-russie.eu/2026/02/15/errer-des-jours-sans-fin-avec-macron-ou-penser-la-guerre-en-ukraine-avec-aron.html

mercredi 31 décembre 2025

Les petits hommes

Poutine est au moins aussi aussi fort que son camarade Trump en matière de post-vérité. Plus c'est gros, plus ça passe. Seul Trump veut croire que le Vieux (comme l'appelle les jeunes opposants russes) souhaite mettre fin à la guerre qu'il mène contre les Ukrainiens. Alors qu'un accord de cessez-le-feu semblait possible, acculé, le tueur en série se fâche prétextant une attaque ukrainienne contre une de ses résidences. "Un acte terroriste", affirme-t-il sans rire (lui qui est spécialiste en la matière - de terrorisme, pas de rire). Le premier ministre indien Modi, s’est dit « profondément préoccupé », tandis que son collègue pakistanais Sharif a dénoncé une « menace grave pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Comme si la guerre que mène depuis plus de dix ans la Russie contre l'Ukraine n'était pas en elle-même une « menace grave pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Poutine aurait pu se scandaliser d'une agression contre un hôpital, contre une école, contre une centrale nucléaire. Mais il préfère inventer le pire des crimes : celui de lèse-majesté. C'est au tsar lui-même que les Ukrainiens auraient voulu s'en prendre, prétend-il. S'en prendre à cet homme, innocent comme l'enfant qui vient de naître, c'est gifler le peuple russe tout entier, risquer de le rendre orphelin, lui qui souffre déjà de cette guerre qu'il n'a jamais voulue mais qui lui a été imposée par cet Occident dégénéré !
Le pouvoir russe se reconnaît incapable d'apporter la moindre preuve de cette attaque. Mais que lui importe ? « Moscou a désormais les mains libres », titrait le tabloïd Komsomolskaïa Pravda.
On voit par là que Poutine l'assassin n'a de considération pour personne sinon sa petite (si petite) personne et que jamais la diplomatie ne viendra à bout de cette guerre. Avec les jusqu'au-boutistes, seule la force est payante. Mais Trump est faible face à Poutine.

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/31/guerre-en-ukraine-apres-la-supposee-attaque-de-drones-contre-la-residence-de-poutine-les-preuves-introuvables_6660131_3210.html

mercredi 26 novembre 2025

Ne dites plus MAGA, dites MARGA

Comment dit-on larbin en américain ? On pourrait ainsi qualifier Donald Trump. On peut se prendre pour le roi et n'être qu'un valet.
Elle est loin, la guerre froide. Les deux puissances américaine et russe n'en sont plus à se regarder en chiens de faïence avec le doigt sur la gâchette nucléaire. Leurs dirigeants se font des ronds de jambe, se donnent du "cher ami", se congratulent mutuellement. Les Américains sont même devenus, de manière parfaitement consciente, les larbins des Russes. Make America Great Again se combine avec Make Russia Great Again. Leur plan de paix qu'ils veulent imposer aux Ukrainiens a en réalité été rédigé par les Russes.
Plusieurs analystes ces derniers temps soupçonnaient le plan de la Maison blanche de n'être qu'un copier-coller de celui du Kremlin. On en a maintenant la preuve.
L’agence Bloomberg vient de révéler des conversations qui témoignent de la grande proximité qui existe entre le conseiller de la Maison Blanche, le promoteur immobilier Steve Witkoff, et ses interlocuteurs russes et du stratagème russe pour faire passer le projet de plan de paix du Kremlin (1). "Je pense qu’on va juste faire ce document à partir de nos positions, et je le transmettrai de façon informelle, en disant clairement que tout est informel. Qu’ils fassent comme si c’était à eux. Mais je ne pense pas qu’ils prendront exactement notre version, mais au moins ce sera aussi proche que possible de cela." C'est ce qu'a dit à Iouri Ouchakov (conseiller diplomatique de Poutine) Kirill Dmitriev, patron du Fonds d’investissement direct russe et principal interlocuteur de Steve Witkoff.
Celui-ci, de son côté, a suggéré à Ouchakov quelle attitude avoir avec Trump : le flatter encore et encore et lui dire qu'il est "un homme de paix". Witkoff a aussi affirmé sa "conviction" que la Fédération de Russie "a toujours voulu un accord de paix". Il a même fait plus fort encore : "Tu sais que j’ai le plus profond respect pour le président Poutine".

L'Ukraine pourra être dépecée avec les félicitations d'Ubu roi et de ses courtisans à l'agresseur. Les extrêmes droites les plus puissantes s'entendent comme larrons en foire sur le dos des plus petits qui ont juste le droit de se taire et de s'aligner. Et le devoir de dire merci en criant Make America and Russia Greats Again. Amen.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/26/steve-witkoff-un-envoye-special-de-donald-trump-tres-proche-de-ses-contacts-russes-j-ai-le-plus-profond-respect-pour-le-president-poutine_6654831_3210.html
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-mercredi-26-novembre-2025-9869769
Verbatim de la conversation entre Witkoff et Ouchakov :
https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/26/l-integralite-de-la-conversation-entre-steve-witkoff-envoye-special-de-donald-trump-et-iouri-ouchakov-conseiller-diplomatique-de-vladimir-poutine-revelee-par-bloomberg_6654892_3210.html

dimanche 19 octobre 2025

La guerre sans fin

Il y a une et une seule personne au monde qui fait confiance à Vladimir Poutine. Ça tombe mal : c'est le président des Etats-Unis. Lui qui allait mettre fin à la guerre d'Ukraine en vingt-quatre heures n'est capable que de rouler des mécaniques. Chaque fois qu'il devrait enfin se montrer offensif, il fait un pas en arrière.
On l'a compris : il faut définitivement cesser de croire que le Père Ubu pourrait être d'une aide quelconque pour s'opposer à Vladimir le Terrible. Il ne fera rien contre lui. Sans doute, comme le soupçonnent de nombreux observateurs, Poutine a-t-il les moyens de faire chanter Trump (1). 
« Je pense que le président Poutine veut mettre un terme à la guerre », déclarait vendredi Fanfaron Ier (2). A nouveau, il est le seul à le croire. En fait, on a l'impression de voir deux chefs mafieux faire semblant de se menacer alors qu'ils ne font que marquer leurs territoires respectifs.

Le philosophe d'origine russe Alexander Mozorov, rappellent Borukh Taskin et Aaron Lea (3), estime que "la guerre d’usure sans fin n’est pas un résultat, mais un objectif de Poutine, car elle maintient l’Ukraine dans un état de déstabilisation et les Russes dans un état de mobilisation permanente, et empêche l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN, atteignant ainsi ses objectifs sans occuper complètement l’État voisin. La propagande du Kremlin, qui présente la guerre comme un affrontement entre la civilisation russe unique, partie intégrante du « Sud global » (n’est-ce pas paranoïaque de penser ainsi pour un peuple si nordique ?), et « l’Occident décadent », martèle cette idée dans l’esprit des citoyens malheureux, ralliant la société russe et la forçant à s’habituer à la guerre sans fin et au programme impérial de Poutine".
Mais qui est décadent ? Celui qui mène la guerre ou celui qui veut la paix ? Avec Poutine, on assiste à un retournement des normes. On plonge dans 1984 d'Orwell. Faire la guerre, c'est être fort. Est faible celui qui prône la paix.
Et est stupide et naïf celui qui prend Poutine au mot. Borukh Taskin et Aaron Lea rappellent que le 28 mai 2002, après la réunion constitutive du Conseil Russie-OTAN, Poutine déclarait : « L’Ukraine est un État souverain et a le droit de décider de manière indépendante de son adhésion à l’OTAN». Huit ans plus tard, il commençait à envahir l'Ukraine. L’extrémisme de Poutine se manifeste également dans le démantèlement des accords multilatéraux de sauvegarde, dans le retrait de la Russie du Conseil de l’Europe et de la Convention européenne des droits de l’homme, dans la suspension de sa participation au traité New START, dans le rejet des conventions internationales, y compris la Convention contre la torture. Ce "ne sont pas des « signaux » diplomatiques, mais des obus lancés contre la normalité qui a vu le jour dans le monde d’après-guerre", affirment Borukh Taskin et Aaron Lea. 
Poutine impose dans la violence et la terreur sa normalité à lui, ses règles et ses lois (celle du plus fort d'abord). "La guerre, écrivent-ils encore, offre de nombreux avantages à l’autocratie, dont la suppression de toute opinion alternative et l’exploitation de sentiments nationalistes généralement dangereux. Et c’est précisément cette guerre en Ukraine et la menace d’une extension de l’agression de la Fédération de Russie à d’autres pays qui servent d’appui au régime de Poutine, en créant des incitations économiques et politiques inattendues (apparues littéralement de nulle part, c’est-à-dire de la guerre elle-même) tant pour les élites que pour la population."

Mais le roi Donald qui s'impose lui aussi comme un autocrate ne veut rien savoir de tout cela et veut réduire la guerre d'Ukraine à une querelle de voisinage. Jamais il ne fera quoi que ce soit pour gêner l'empereur Vladimir pour qui il a tant d'admiration (ou dont il a peur ?).  

(1) https://desk-russie.eu/2025/07/28/le-cloaque-et-le-chaos-la-russian-connexion-de-laffaire-epstein.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/10/18/donald-trump-presse-l-ukraine-et-la-russie-de-conclure-la-guerre-affichant-a-nouveau-sa-confiance-en-vladimir-poutine_6647943_3210.html
(3) https://desk-russie.eu/2025/10/12/la-guerre-sans-fin-de-poutine-ambitions-imperiales-et-moment-de-verite-pour-leurope.html

mercredi 17 septembre 2025

Répétition des gâchis

A Gaza, l'horreur répond à l'horreur. Le jusqu'au-boutisme au jusqu'au-boutisme. Ne peut-on répondre à la folie furieuse qu'en étant soi-même fou furieux? Les Hommes n'apprennent-ils donc rien de l'Histoire ?
Ce mardi, la chaîne Histoire diffusait le documentaire de Thomas Sipp "Opération Barbarossa", cette campagne que mena l'armée allemande fin 1941 pour tenter de conquérir l'URSS. L'armée soviétique se croyait invincible, elle s'est avérée désorganisée, mal dirigée et sous-équipée. Hitler, lui, n'allait faire qu'une bouchée de l'URSS. Après une avancée fulgurante, ses troupes se sont embourbées, se sont laissé piéger par l'hiver et finalement elles aussi étaient sous-équipées et sous-alimentées. La retraite de Russie de Napoléon ne leur avaient pas servi de leçon. Au bout du compte, les chefs ne gagnent rien, les militaires et les populations civiles perdent tout. Et le compte est cruel : les pertes en vies humaines se sont chiffrées en millions.
Les stratèges étaient mauvais, aveuglés par leur prétention. Chacun se croit plus fort que son adversaire, convaincu de mener une opération éclair. Mais l'éclair dure des années et le triomphe attendra. Au bout de la guerre, un gâchis immense.

On pense à Poutine, aux dirigeants du Hamas, à Netanyahou, tous aussi inconséquents. Poutine, piètre stratège, pensait occuper l'Ukraine en trois jours. Le coût en vies humaines, ukrainiennes comme russes, lui importe peu. Le nouveau tsar n'a aucune intention de conclure la paix, pas plus que de préserver son peuple. Israël ne vaincra jamais le Hamas. Sa guerre jusqu'au-boutiste est en train de fabriquer de nouveaux combattants terroristes qui voudront venger leurs morts. Le Hamas savait pertinemment que son pogrom du 7-octobre se retournerait contre les habitants de la bande de Gaza. Mais il les a sacrifiés pour atteindre son objectif premier : la disparition de l'Etat israélien. Son antisémitisme passe avant l'intérêt des Palestiniens. Netanyahou, lui, sacrifie les derniers otages israéliens et se met à dos une bonne partie de l'opinion publique internationale, ce qui était l'objectif du Hamas. Et les juifs un peu partout en paient le prix, même s'ils sont très critiques par rapport à la politique du gouvernement Netanyahou, même s'ils n'ont strictement rien à voir avec cette guerre. Mais l'antisémitisme est décidément éternel et n'attend que des occasions comme celle-ci pour pouvoir s'exprimer librement.

Dans le documentaire sur l'opération Barbarossa, cette phrase : "il y a deux choses qui peuvent unir les hommes : les idéaux communs et la criminalité partagée". Mais l'heure n'est pas aux idéaux.
Résumons-nous : l'Homme est un triste sire sans mémoire.

jeudi 11 septembre 2025

The sky is the limit

Le tueur en série Poutine n'a aucune limite. L'Ukraine ne lui suffit pas. Voilà qu'il a envoyé dix-neuf drones en Pologne. Même s'il s'en défend. C'est pas moi, dit comme à son habitude le tsar irresponsable. Ses drones n'ont plus besoin d'ordre, ils connaissent leur mission : s'en prendre aux nazis. Ils en voient partout à l'ouest. L'Occident n'est qu'un nid de nazis qu'il faut détruire comme des frelons asiatiques. 

Vu le nombre de drones, difficile de croire qu'il s'agit là d'une erreur. "Dix-neuf drones, c’est beaucoup pour une erreur, et ce n’est pas beaucoup pour une attaque, affirmait ce matin sur France Inter l'éditorialiste Pierre Haski (1). Les attaques contre les villes ukrainiennes mobilisent désormais des centaines de ces engins explosifs. D’où l’hypothèse d’un test, pour évaluer la capacité de réponse de l’OTAN, la disponibilité des alliés de la Pologne, ou de tout autre pays frontalier, à voler à leur secours. A tester aussi les réactions américaines." Cette incursion a provoqué la mobilisation de plusieurs pays de l’OTAN : deux avions néerlandais ont participé à la chasse aux drones aux côtés de l’aviation polonaise à la chasse, un avion-radar italien a été mobilisé, un avion-ravitailleur de carburant de l’OTAN a décollé et une batterie anti-aérienne Patriot allemande a été activée. Mais elle a aussi, dit-il "montré la faible préparation de l’alliance. Varsovie parle de « provocation » et l’incident va pousser à accélérer la marche vers la défense européenne."
Seuls quatre de ces dix-neuf drones, de conception iranienne et produits en Russie, ont été détruits. C'est peu. "L’incident montre (...) une faible préparation de l’OTAN, constate Pierre Haski. Que se serait-il passé s’il s’était agi d’une attaque massive semblable à ce que vit l’Ukraine ? L’impact aurait été dévastateur."

Donald Tusk, le premier ministre polonais, est très inquiet : cette « action russe » est de nature à « nous rapprocher plus que jamais d’un conflit ouvert comme cela n’a jamais été le cas depuis la seconde guerre mondiale » (2). Aussitôt, le ministère russe des affaires étrangères a accusé la Pologne de vouloir « aggraver » le conflit en Ukraine en propageant des « mythes » concernant l’intrusion de drones dans l’espace aérien polonais. De son côté, Donald Trump roule des mécaniques en disant qu'il n'est pas content. On a compris depuis longtemps que c'est tout ce qu'il est capable de faire. Tant que le Père Ubu dirigera les Etats-Unis, l'Europe ne doit compter que sur elle-même. Oui, il y a une extrême urgence à construire une Europe de la défense et à envisager tous les cas de figure. Avec le psychopathe russe, ils sont innombrables.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-jeudi-11-septembre-2025-8150223
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/11/l-otan-face-au-dilemme-de-la-multiplication-des-provocations-militaires-russes_6640365_3210.html



dimanche 17 août 2025

Rencontre pépère

Le Père Ubu et le Petit Père des Peuples se sont rencontrés. Sont issus de ce sommet qui ressemblait à une butte deux discours modèles de langue de bois, d'hypocrisie et de cynisme. On ne sait s'il faut en rire ou en pleurer. Qu'ont-ils dit ? Rien. Sinon que le sort de l'Ukraine importe peu à Trump et que son anéantissement reste et restera le grand rêve de Poutine. On a les rêves qu'on peut.
Ce fut dérisoire, entre show grossier et mauvais sketch. Ils se sont salués entre voisins, fait des révérences, envoyé des compliments (1). Et n'ont rien résolu. Au contraire : Trump, en le recevant, a considéré Poutine, pourtant poursuivi par la justice internationale pour crimes de guerre, comme un interlocuteur parfaitement respectable.

Comme à son habitude, le tueur en série Poutine a salué en l'Ukraine un "peuple frère" et répété que "tout ce qui se passe est pour nous une tragédie et une terrible blessure. C’est pourquoi notre pays souhaite sincèrement mettre fin à cette situation". Tout en refusant de le faire en se justifiant par un fatras d'arguments qui tiennent de la langue de bois. Poutine est un vrai polyglotte : il manie à merveille la langue de bois, la langue de vipère et la langue de pute.
Le Père Ubu est aussi doué que lui. Il a trouvé "très profond" le discours de son homologue russe, mais a rappelé, en excellent analyste politique, que "il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord". Usant de la même langue de bois, il a déclaré ceci : "Nous avons eu une réunion extrêmement productive et nous nous sommes mis d’accord sur de nombreux points, il n’en reste que quelques-uns. Certains ne sont pas très importants. L’un d’entre eux est probablement le plus important, mais nous avons de très bonnes chances d’y parvenir. Nous n’y sommes pas encore, mais nous avons de très bonnes chances d’y arriver".
Le plus important étant sans doute pour lui que "tout le monde veut traiter avec nous. En très peu de temps, nous sommes devenus le pays le plus en vue au monde. Et nous nous en réjouissons".
Pendant ce faux sommet, l'armée russe a lancé 85 drones et un missile sur l’Ukraine.
Les deux cyniques auto-satisfaits n'ont que mépris pour l'Ukraine et les Ukrainiens. Les gens méprisants sont méprisables.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/16/bonjour-cher-voisin-retrouvez-la-retranscription-integrale-de-la-conference-de-presse-commune-entre-donald-trump-et-vladimir-poutine_6630476_3210.html


vendredi 4 juillet 2025

Traitre et incapable

Make America Great Again, serine-t-il. En quoi l'America serait-elle à nouveau grande avec lui ? Elle s'avère traitresse, racrapotée sur elle-même, mesquine, cynique, stupide. En un mot : petite. Le Père Ubu vient d'embrasser sur la bouche le tueur en série Poutine en décidant de ne plus livrer de missiles de défense à l'Ukraine. Il a choisi son camp. Il abandonne un pays démocratique à son agresseur. Jouer au golf est plus facile et plus reposant que faire de la politique. Et demande moins de courage. Trump vient de reconnaître son incapacité. Le roi des vantards prétendait mettre fin à la guerre d'Ukraine en 24h. Six mois plus tard, il abdique. Traitre et incapable, ça fait beaucoup pour celui qui s'aime tant.
Reste à l'Union européenne à se mobiliser en force pour soutenir l'Ukraine. Qu'elle se souvienne de 1938 !

mardi 13 mai 2025

Le silence du Rambo russe

Comme tous les dictateurs, Vladimir Poutine a un sens de l'humour qui lui est propre. Il s'était dit prêt à un cessez-le-feu si les livraisons d'armes à l'Ukraine cessaient. Ainsi sont les tyrans, prêts à se montrer magnanimes avec ceux qu'ils ont mis à genoux et qui ne peuvent même plus se défendre.
Aujourd'hui, il déclare qu'il veut négocier directement avec l'Ukraine. Volodymyr Zelensky le prend au mot et lui propose de venir discuter directement avec lui en Turquie ce jeudi. Mais le chef mafieux se tait. On ne l'entend pas dans le bruit et la fureur qu'il continue à faire tomber sur l'Ukraine. Zelensky dénonce un "silence bien étrange". Il a déploré que "malheureusement, le monde n’a toujours pas reçu de réponse claire de la Russie aux nombreuses propositions de cessez-le-feu". Poutine, dit-on, malgré ses airs bravaches et ses roulements de mécaniques, a une peur panique qu'on attente à sa vie.  Le tueur en série aura-t-il le cran d'aller jusqu'en Turquie et de discuter avec son homologue ukrainien ?
Son porte-parole, lui, a rejeté toute idée de cessez-le-feu inconditionnel de trente jours : " ce langage d’ultimatums est inacceptable pour la Russie, il ne convient pas. On ne peut pas s’adresser à la Russie avec un tel langage", a déclaré Dmitri Peskov. Pour s'adresser à l'Ukraine, la Russie ne connaît que le langage des bombes. 
La Russie, championne de l'hypocrisie, s'est enfermée dans une fuite en avant : elle ne veut que la paix et ne fait que la guerre.

A voir ce soir à 21h sur Arte : "Zelensky", documentaire d'Yves Jeuland, Ariane, Chemin et Lisa Vapné.


dimanche 23 mars 2025

Le courage

Alexander Skobov est de ceux qui forcent le respect et l'admiration. A l'âge de dix-neuf ans, il avait été arrêté pour avoir publié un magazine critique du gouvernement soviétique et avait été condamné à suivre un traitement psychiatrique dans un hôpital pénitentiaire pendant trois ans. Ce traitement ne l'a pas brisé. Ce « marxiste n’acceptant pas le régime soviétique » a une nouvelle fois, en 1982, été condamné pour « propagande antisoviétique » et contraint à un nouveau traitement psychiatrique. Il a alors passé cinq ans à l’hôpital, avant d’être libéré à l’été 1987. Ce traitement ne l'a pas brisé. Professeur d’histoire, il est resté actif politiquement et s’est opposé dès le début à Poutine qu'il qualifie de "nouvel Hitler". Vendredi, il a été condamné à seize ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « participation aux activités d’une communauté terroriste ». La Russie, comme tous les régimes totalitaires, accuse ses opposants de ses propres crimes. 

Alexander Skobov s'est rangé, dès les premières invasions russes, du côté de l'Ukraine. "La Russie n’était attaquée par personne, elle n’était menacée par personne. C’est le régime nazi de Poutine qui a attaqué l’Ukraine. Uniquement au nom de la mégalomanie de ses dirigeants, et de leur soif inhumaine de domination sur tout ce qui les entoure. Ils affirment leur pouvoir en tuant des centaines de milliers de personnes. Ce sont des dégénérés, des rebuts de l’humanité, une racaille nazie. La culpabilité de la dictature nazie de Poutine dans la préparation, le déclenchement et la conduite d’une guerre d’agression est évidente et ne nécessite aucune preuve. De la même manière, notre droit à une résistance armée contre cet agresseur, que ce soit sur le champ de bataille ou de l’intérieur de son territoire, ne nécessite aucune justification. Mais il serait risible d’attendre une telle reconnaissance de la part d’un régime qui jette les gens en prison simplement parce qu’ils ont exprimé une condamnation morale de l’agression. Toutes les possibilités de protestation légale contre l’agression de la Russie de Poutine ont été anéanties."

Alexander Skobov savait qu'il retournerait en prison. Lors de son procès, il a dénoncé le rapprochement entre Moscou et Washington : « Depuis 1945, l’Europe construit un monde sur les principes du droit, de la justice, de la liberté et de l’humanisme. Aujourd’hui, ce monde est mis en pièces par deux scélérats des deux côtés : le Kremlin et Washington, où des personnes aux valeurs profascistes sont arrivées au pouvoir. Nous assistons à une tentative répugnante de conspiration purement impérialiste entre deux prédateurs, encore plus vile que les accords de Munich de 1938. » Alexander Skobov va être envoyé dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité. Il ne fera pas appel. "Je n’ai rien à débattre avec les marionnettes de la dictature sur la manière dont elles appliquent leurs lois, déclarait-il en janvier dernier. De toute façon, ces lois sont celles d’un État totalitaire, conçues pour réprimer la dissidence. Je ne reconnais pas ces lois et je ne m’y soumettrai pas. Que les armes parlent pour moi. Je ne ferai pas non plus appel contre les décisions ou actions des représentants du pouvoir nazi. Je ne cherche pas la clémence de mon adversaire armé."

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/21/russie-l-historien-alexander-skobov-condamne-a-seize-ans-de-prison_6584368_3210.html
https://desk-russie.eu/2025/01/27/je-nai-rien-a-debattre-avec-les-marionnettes-de-la-dictature.html

jeudi 13 mars 2025

Sinistres comiques

Le tsar et sa clique de mafieux ont enfin une bonne idée : démilitariser l'Ukraine. C'est une des conditions que pose le dictateur russe. En contre-partie, il faudra alors, dans le même temps, ce n'est que logique, que la Russie en fasse autant. Sinon, le grand méchant loup avalera cette Ukraine sans défense. L'agressé se désarmerait tandis que l'agresseur conserverait sa force de destruction ? Ce ne serait que naïveté autodestructrice de l'accepter. Dans la foulée, il faudra que tous les autres pays suivent. Démilitarisons la planète. Et consacrons les énormes économies ainsi réalisées à la lutte contre le dérèglement climatique et donc à la sauvegarde de la biodiversité à laquelle appartient l'humanité. Sortons de la logique suicidaire dans laquelle nous entraînent les nuisibles.
Ce n'est - évidemment - pas ce qu'envisage le tueur en série Poutine : les petits ne peuvent attaquer, ni même se défendre. Ils doivent laisser les grands les agresser librement. Et il prévient : déployer des soldats de la paix en Ukraine serait une déclaration de guerre à la Russie. Qui peut croire une seule seconde que le régime russe aspire à la paix ? Poutine a décidément un humour particulier.

De l'autre côté, Ubu Trump, l'autre grand humoriste actuel, continue à vouloir englober le Canada dans les Etats-Unis. Tout comme le Groenland. Il semble réellement convaincu qu'une part importante du monde se rêve américaine. Il vomit le terme inclusion, mais veut l'appliquer aux autres Etats. Tous les Etats du monde devrait aujourd'hui annoncer qu'ils veulent annexer les Etats-Unis. Pas sûr que Trump soit capable de goûter l'ironie. 

Depuis la (non) rencontre entre le président Zelensky et son homologue américain flanqué de son roquet, qui ont tous deux reçu le premier de la plus ignominieuse des façons, la relation a évolué plus favorablement grâce à des représentants américains moins rustres (1). Et la balle est à présent dans la camp du tsar de toutes les Russies.
Avant cela, Claude Malhuret, sénateur français, avait tenu un discours vif et carré à la tribune du Sénat (2).
"L’Europe est à un tournant critique de son histoire. Le bouclier américain se dérobe, l’Ukraine risque d’être abandonnée, la Russie renforcée. Washington est devenu la cour de Néron. Un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l’épuration de la fonction publique. C’est un drame pour le monde libre, mais c’est d’abord un drame pour les États-Unis." Son message tourne en boucle notamment aux Etats-Unis où il a été vu par des millions de personnes qui étaient visiblement en attente d'un discours aussi clair et percutant.
"Jamais dans l’histoire un président des États-Unis n’a capitulé devant l’ennemi. Jamais aucun n’a soutenu un agresseur contre un allié. Jamais aucun n’a piétiné la Constitution américaine, pris autant de décrets illégaux, révoqué les juges qui pourraient l’en empêcher, limogé d’un coup l’état-major militaire, affaibli tous les contre-pouvoirs et pris le contrôle des réseaux sociaux. Ce n’est pas une dérive illibérale, c’est un début de confiscation de la démocratie. Rappelons-nous qu’il n’a fallu qu’un mois, trois semaines et deux jours pour mettre à bas la République de Weimar et sa constitution."
En un mois, constate-t-il, Trump a fait plus de dégâts qu’en quatre ans de sa présidence précédente. "Nous étions en guerre contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître." Nous devons faire face, clame Claude Malhuret. Parce que la défaite de l'Ukraine serait aussi celle de l'Europe. Il faut réarmer militairement et moralement celle-ci. "Le sort de l’Ukraine se joue dans les tranchées, mais il dépend aussi de ceux qui aux États-Unis, veulent défendre la démocratie, et ici de notre capacité à unir les Européens, à trouver les moyens de leur défense commune et à refaire de l’Europe la puissance qu’elle fut un jour dans l’Histoire et qu’elle hésite à redevenir. Nos parents ont vaincu le fascisme et le communisme au prix de tous les sacrifices. La tâche de notre génération est de vaincre les totalitarismes du 21e siècle."
On aimerait que tous les chefs d'Etat européens, des membres du Parti Républicains (s'ils ne sont pas tous transformés en valets agenouillés), que les Démocrates, les soi disants influenceurs qui défendraient la démocratie et le droit, aient une voix aussi forte. Que tous leurs discours couvrent le bruit et la fureur qui dominent. Et nous redonnent espoir.

mercredi 5 mars 2025

Insoumis à la solidarité

Les moments de grande crise sont des révélateurs. La gauche française, nous explique Le Monde (1), se déchire sur l'Ukraine. Elle est divisée depuis longtemps sur de nombreux points. Cette fois, c'est - est-ce une surprise ? - sur le soutien à l'Ukraine.
Les écologistes appellent à « un engagement militaire et financier renforcé », qui passerait notamment par « la fourniture des équipements de défense avancés » ou « le renforcement de la présence de troupes européennes dans les pays frontaliers de l’Ukraine ». Tandis que les socialistes affirment leur volonté de  « financer ce soutien militaire à l’Ukraine », de saisir « les 210 milliards d’euros d’avoirs russes gelés dans nos banques » et d’arrêter de laisser « transiter par nos ports, avec la complicité de nos entreprises, son gaz naturel liquéfié ». Enfin, ils appellent à un « grand emprunt commun de 500 milliards », seule façon de « sauver la paix et la sécurité en Europe ». Pas question cependant de financer le réarmement de l'Ukraine pour les communistes et les insoumis (à la solidarité ?). Un élu communiste veut que Macron aille négocier avec Poutine (ce qu'il a déjà tenté et on sait le tsar sourd) et un élu LFI estime que « notre sécurité n’est pas en cause dans l’immédiat ». La sécurité des Ukrainiens et de leurs voisins n'a donc pas d'importance, seule compte la nôtre, pour ces élus de partis qui se sont longtemps présentés comme internationalistes et ne sont finalement que des partis souverainistes comme ceux de l'extrême droite qui prennent comme ils peuvent de timides distances avec leurs idoles Trump et Poutine.

Pour financer le réarmement de l'Ukraine, certains proposent d'utiliser les liquidités que la Banque centrale de Russie avait placées dans des établissements financiers étrangers : 300 milliards d'euros dans le monde, 209 rien qu'en Europe. Jusqu'à présent, les intérêts - un peu moins de 3 milliards par an - profitent aux Ukrainiens, mais le capital reste gelé. L'Union européenne a toujours refusé d'y toucher, par respect du droit international. Un droit dont le régime russe se moque chaque jour. Mais l'envie de puiser là de quoi financer l'aide à l'Ukraine fait son chemin. Une proposition dans ce sens sera soumise au vote du Parlement européen la semaine prochaine. Et en France, Gabriel Attal réclame maintenant la saisie de ces avoirs. De même que les socialistes et les écologistes. Le gouvernement, lui, y reste opposé, toujours au nom du droit international. "C’est aussi ce que disent les Insoumis, qu’on a connu plus offensifs contre la finance…", constatait ce matin l'éditorialiste de France Inter Patrick Cohen. "Alors, formellement, ils ont raison : le principe d’immunité souveraine protège les Etats et leurs biens. Mais dans le chaos actuel, l’argument fait doucement rigoler l’avocat spécialisé que j’ai interrogé hier. Parce que le droit international, il dit en premier qu’on ne doit pas envahir son voisin. Et que les agressions donnent lieu à des réparations. L’Irak a payé pendant plus de 30 ans pour l’invasion du Koweït, quelque 52 milliards. L’Europe pourrait donc bien faire payer la Russie tout de suite. Ou utiliser ses avoirs comme garantie. Et puis le droit, Poutine s’assied dessus, il ne respecte rien, ni le droit de la guerre, ni aucun autre. La quasi-totalité des actifs européens et américains en Russie ont déjà été confisqués. Qui imagine Poutine saisir la Cour internationale de justice, l’organe judiciaire de l’ONU, pour récupérer son argent ?"
Autre argument pour s'opposer à cette prise de guerre : l’idée du « précédent économique » qui pourrait effrayer les investisseurs. "Argument partagé là encore par le gouvernement et par les Insoumis." Ici encore,  les Insoumis se montrent tout à coup très soumis aux marchés et aux investisseurs. A moins qu'ils ne le soient au régime russe ? Conclusion de Patrick Cohen : "Contrairement à ce que l’exécutif voudrait faire croire, le sujet des avoirs russes est bien plus politique que juridique. Question d’astuce et de volonté. Pour aider l’Ukraine et gratter des roubles, il n’est pas interdit d’être un peu roublard".

Pétition à signer sur Avaaz :

Post-scriptum : 
Me revient cette chanson qu'on chantait dans les manifs fin des années '70 - début des 80.
Prenez l'argent où il est / Dans les banques, dans les banques / Prenez l'argent où il est / Dans les coffres des banquiers.
Mélenchon a dû la chanter. Il a bien changé.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/03/04/la-gauche-se-fracture-sur-l-aide-a-l-ukraine_6576306_823448.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mercredi-05-mars-2025-8009881

lundi 3 mars 2025

Boycott USA

Serait-ce l'amorce d'un mouvement important ? Les appels au boycott des produits américains se multiplient dans le nord de l'Europe. Ailleurs aussi, on l'espère.
La compagnie pétrolière norvégienne Haltbakk Bunkers, opérateur numéro un dans les ports norvégiens, a annoncé qu'elle ne ravitaillera plus les navires de la marine américaine. Et ce suite à l'épisode scandaleux de vendredi, le « plus grand merdier jamais présenté en direct à la télévision par l’actuel président américain et son vice-président ».
"Dans son communiqué, explique Le Monde (1), conclu par le slogan « Slava Ukraini ! » (« Gloire à l’Ukraine ! »), Haltbakk Bunkers, dont le compte Facebook n’était plus accessible dimanche 2 mars, rend hommage à la retenue du président ukrainien, face au « spectacle télévisé de plantage de couteau dans le dos », organisé par l’administration américaine. « Cela nous a rendus malades », affirme l’entreprise, qui « encourage tous les Norvégiens et les Européens à suivre [son] exemple »."
Gunnar Gran, le président de Haltbakk Bunkers affirme que cette décision est « morale » :  sa compagnie a cessé de fournir les navires russes, dès le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Il est donc logique pour lui d'en faire autant vu l'attitude  des Etats-Unis vis-à-vis des Ukrainiens. Pour lui, plus un seul litre de fuel ne sera livré aux navires militaires américains "tant que Trump n’aura pas quitté le pouvoir".
Dans les pays nordiques, les appels au boycott des produits américains se succèdent. "Si l’impact de cette action est encore difficile à évaluer, les participants espèrent inspirer une mobilisation plus large, au niveau européen, capable de faire trembler les entreprises américaines." Certains annoncent avoir vendu leurs actions dans des compagnies américaines. L'un d'eux "espère faire plonger « la Bourse américaine dans le rouge pendant quelques jours", seul moyen visiblement de toucher Trump et son équipe de mafieux. Un peu partout en Europe, les ventes de Tesla s'effondrent. Tous ces milliardaires ne connaîtront jamais le sort que leur camarade Poutine réserve aux Ukrainiens, mais si l'économie américaine est ne serait-ce qu'un peu plus small que great again, les entreprises américaines pourraient demander des comptes aux Infâmes qui dominent aujourd'hui les Etats-Unis. Les consommateurs ont un pouvoir qu'ils n'exercent pas assez (2). 

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/03/les-appels-au-boycott-contre-les-produits-americains-s-etendent-en-europe-du-nord_6574506_3210.html
(2) (Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2025/02/lukraine-cest-nous.html

vendredi 28 février 2025

Répugnant

Ça fait un bon moment qu'on a compris que l'Ubu américain est un vrai sale type. Chaque jour, il dépasse les bornes, un peu plus odieux à chaque fois. Aujourd'hui, Trump a pulvérisé ces bornes. Le président américain n'est qu'un valet de Poutine, il en est devenu le porte-parole et il joue son rôle avec une arrogance plus insupportable que jamais. Quelle honte de traiter de la sorte un résistant, un président qui, avec son armée, son équipe et sa population, fait ce qu'il peut pour tenter de préserver l'indépendance de son pays face à un régime brutal qui tue, viole, massacre, détruit sans vergogne ! Quel mépris pour les Ukrainiens ! L'attitude et les mots de Trump et Vance alors qu'ils recevaient Volodymyr Zelensky sont d'une indécence totale. Les deux racketteurs ont voulu imposer leur loi, continuant à vouloir faire de l'agressé l'agresseur.

"D’un côté, rappelait ce matin Alain Frachon dans Le Monde (1), un homme qui a échappé à la conscription durant la guerre du Vietnam pour cause de malformation à un pied (aujourd’hui, ça a l’air d’aller mieux). Né richissime, Trump affiche le teint hâlé des bien portants. Il est toujours entre deux parties de golf en Floride, où il passe le quart de son temps, ses soirées bercées par le doux clapot atlantique. De l’autre côté, pâle, traits tirés, infatigable, héroïque, Zelensky préside au destin d’un pays en guerre depuis trois ans, bombardé toutes les nuits par les Russes. Il n’a pas le temps de jouer au golf, lui." 
Et l'agent orange, ce pâle type, a le culot de faire la leçon au président ukrainien. Pour qui travaille-t-il ?
"Le discours trumpiste se coule dans la rhétorique poutinienne. En moins de deux semaines, les concessions à Moscou se sont accumulées – même si elles se dessinaient déjà depuis l’administration de Joe Biden : pas d’Ukraine dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ; pas de force de l’OTAN en tant que telle pour surveiller un éventuel cessez-le-feu ; nécessaires concessions territoriales de la part de Kiev. Il y a plus. Avant même la paix en Ukraine, Trump prépare la normalisation des relations avec Poutine. Il colle à la désinformation du Kremlin : aux Nations unies et au G7, les Etats-Unis se refusent à dire que la Russie a « agressé » l’Ukraine !"
Voilà les Etats-Unis qui votent maintenant à l'ONU avec la Russie et les pires régimes de la planète.
La rencontre entre Zelensky le résistant et Trump le collabo était sans espoir. On ne peut discuter avec un tel individu bouffi de suffisance. On attend de l'Union européenne qu'elle soutienne fermement Zelensky et l'Ukraine et qu'elle rappelle au grossier personnage qu'est Trump les règles minimales de la décence. Le former à l'intelligence et au respect est mission impossible.

Post-scriptum : il y a trois jours, le Gorafi, journal satirique, annonçait que Trump exigeait que l'Ukraine s'excuse d'avoir été envahie par la Russie. On en est quasiment là.
https://www.legorafi.fr/2025/02/25/donald-trump-ordonne-a-lukraine-de-sexcuser-davoir-ete-envahie-par-la-russie/

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/27/comment-en-est-on-arrive-la-a-la-guerre-a-l-exact-contraire-des-illusions-du-debut-du-siecle-a-ce-pivotement-americain-vers-la-russie_6567228_3232.html

lundi 24 février 2025

L'Ukraine, c'est nous

Voilà trois ans aujourd'hui que le tsar de toutes les Russies a lancé sa nouvelle offensive impérialiste et assassine contre l'Ukraine. Elle devait durer trois jours, mais elle perdure. A un prix humain désastreux. Selon les Nations Unies, cette guerre a fait plus de 28 000 victimes civiles et plus de 10 000 morts, mais le bilan réel est très probablement plus élevé. Côté militaire, difficile de connaître les chiffres, ils se comptent en dizaines  de milliers de morts. Et en centaines de milliers de blessés et de morts du côté russe où la vie de la piétaille ne compte pas. 10,6 millions d'Ukrainiens ont été déplacés, 12,7 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire, 2 millions de logements ont été détruits ou endommagés, 200 000 personnes ont fui leurs foyers de l'est rien que ces six derniers mois. Un tiers du territoire ukrainien serait contaminé par des mines ou des munitions. (1)
Et Dingo Ier, roi des Amériques et du reste du monde, veut mettre fin à cette guerre en donnant raison à l'agresseur et en niant les droits de l'agressé qu'il insulte (c'est la seule chose qu'il sait faire). Le père Ubu américain se contente de répéter la propagande russe et ses éléments de langage pour forcer l'Ukraine à se mettre à genoux. Livrer l'Ukraine, même partiellement, au serpent Poutine, c'est ouvrir le droit à la guerre pour quiconque joue les machos et méprise l'Etat de droit et la démocratie. Qui empêchera demain Poutine d'avaler l'ensemble de l'Ukraine, puis la Géorgie, la Moldavie, les pays baltes ? Comment peut-on encore entendre de pseudos experts tenter de nous rassurer en prétendant que la Crimée et les territoire de l'est lui suffiront ? N'ont-ils rien retenu des Accords de Munich de 1938 ? Une partie de la Tchécoslovaquie - qui n'avait pas été invitée à négocier ces accords - a été livrée à Hitler, ce qui devait mettre fin, chez lui, à toute velléité de nouvelles conquêtes. On sait ce qu'il en fut. 

Et nous, nous restons là, atones. Comme si tout cela était loin et ne pouvait nous atteindre. Comme si nous ne pouvions rien y faire. Le monde brûle dans notre indifférence. Mais elle peut durer parce que rapidement d'autres pays européens seront touchés.
Derrière l'avenir de l'Ukraine, c'est le nôtre qui se joue. Poutine et Trump veulent mettre fin à la démocratie qui les empêche d'exercer un pouvoir absolu. Poutine, Musk et Vance, constate Raphaël Glucksmann (2), "voient nos démocraties comme des ennemies à abattre et mettent la puissance américaine au service des extrêmes droites européennes les plus poutinistes ; les services de sécurité allemands comme danois prévoient une guerre russe sur le sol de l’Union européenne avant 2029 ; les Baltes et les Finlandais creusent des tranchées : que nous faut-il de plus pour éprouver enfin l’ébranlement commun qui seul permet les grands sursauts ?" 
L'écrivain ukrainien Andreï Kourkov pense aussi que "ce n'est plus seulement le sort de l'Ukraine qui est en jeu, c'est un rapport d'influence sur le monde entier. L'Ukraine n'est qu'un instrument de la domination." (3) Si l'Ukraine tombe, Trump aura toute latitude pour mettre, lui aussi, la main sur les pays qu'il convoite. Son allié Poutine trouvera cela simplement normal. Les néo-colonialistes se partagent le monde.

Comment soutenir le peuple ukrainien ? En réclamant de l'Union européenne un soutien sans faille à l'indépendance de l'Ukraine et en renforçant les moyens militaires européens. "L’UE sera écrasée et démembrée si elle ne devient pas en quelques mois la puissance politique, militaire, économique, souveraine et intégrée qu’elle n’arrive pas à être depuis des décennies, écrit encore Raphaël Glucksmann  . Les petits pas qu’affectionnent ses dirigeants – que rien ne prédestinait à faire face à une situation aussi grave – ne suffiront plus, il faut un saut de géant."
Des partenariats doivent se nier d'urgence entre démocraties. "Il s’agit donc de trouver en nous, en chacun de nous, les ressources morales et la force mentale de changer notre rapport au monde. Et il s’agit pour les dirigeants européens, en étroite coordination avec nos alliés britanniques et canadiens, d’annoncer rapidement un plan à court et moyen terme de protection de nos nations et de sauvegarde de nos démocraties. Ce plan doit partir d’un constat réaliste – déléguer notre sécurité aux Etats-Unis de Donald Trump est suicidaire – et proposer des mesures immédiates ainsi qu’un cap intangible pour les années à venir."

La défense de l'Ukraine et de la démocratie implique aussi de faire barrage - partout - à l'extrême droite, soutien et de Poutine et de Trump. Laisser prospérer ces partis de la haine, ennemis de la démocratie, est suicidaire. L'ensemble du champ politique doit se remettre en question et sortir - mais c'est sûrement un vœu pieux - de positionnements électoralistes.

Enfin, si l'on veut s'opposer à Trump et sa mafia, c'est sur leur terrain qu'il faut le faire : le commerce et l'économie. La seule valeur que connaît Trump est le dollar. On peut rêver d'un boycott mondial des produits américains (Facebook et ses dérivés, X, Google (4), Mc Donald, KFC, Coca-Cola, Fanta, Red Bul, Pepsi, Kellogg's, General Motor, Tesla, Apple,  M&M's, Heinz, Nesquik, Snickers, Marlboro, la liste est longue. On peut rire d'une telle idée, mais on ne peut rire du pire qui s'avance. On ne peut rire du bruit des bottes et des bombes.

(1) chiffres de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés dans un message publié ce jour.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/22/raphael-glucksmann-eurodepute-jamais-la-menace-d-une-guerre-a-l-interieur-des-frontieres-de-l-union-europeenne-et-de-l-otan-n-a-ete-aussi-elevee_6558261_3232.html
(3) "Les Ukrainiens continuent à refuser la défaite", interview d'Andreï Kourkov, Télérama, 12.2.2025.
(4) Il existe des moteurs de recherche solidaires : Lilo et Ecosia, par exemple.
A lire : https://nepassubir.fr/2025/02/23/leurope-et-lukraine-vont-elles-se-faire-trumper/


mardi 18 février 2025

La conjuration des matamores

Le tueur en série Poutine, parrain de la mafia russe, ne supporte pas d'être traité de nazi. C'est lui qui décide qui l'est et qui ne l'est pas. S'il fait la guerre à l'Ukraine, c'est pour la sortir des griffes des nazis qui la dominent. Sergio Mattarella, le président de la république italienne, a provoqué la fureur de Moscou. Le 5 février, il avait rappelé, rapporte Le Monde (1), l’avènement de « régimes despotiques et illibéraux » ayant conduit à « l’accentuation d’un climat de conflit », faisant prévaloir « le critère de la domination » et aboutissant à « des guerres de conquête ». Et il avait conclu : « Tel était le projet du IIIe Reich en Europe. L’agression russe d’aujourd’hui contre l’Ukraine est de cette nature ».

Le Kremlin est furieux (ou feint de l'être). Cette déclaration de Sergio Mattarella  « ne peut pas rester et ne restera pas sans conséquences », a réagi la porte-parole de la diplomatie russe, réitérant les menaces dont la Russie est maintenant coutumière et rappelant que « malheureusement, l’Italie est le pays où le fascisme est né » et que le président italien « sait combien de soldats italiens ont tué nos grands-pères et nos arrière-grands-pères sur notre territoire pendant la seconde guerre mondiale sous des bannières et des slogans nazis ». Ramenant l'Italie à son passé, elle oublie d'expliquer en quoi les crimes commis quotidiennement par l'armée russe en Ukraine seraient plus justifiés que ceux des fascistes ou des nazis. Le gouvernement russe ne change pas d'attitude : lui seul peut critiquer les autres et il n'est absolument pas admissible qu'on fasse de même à son égard.
Voilà deux ans que l'Ukraine résiste à la guerre de Poutine qui pensait devenir maître du pays en trois jours. Combien de morts, combien de viols, de tortures, de rafles d'enfants a déjà causé cette guerre infâme  qu'aucune justification ne peut excuser (2) ? Combien d'autres demain ?
Poutine, trop heureux d'avoir face à lui désormais des interlocuteurs américains d'une grande faiblesse intellectuelle, de peu de courage, mais d'une arrogance sans borne, s'est trouvé des alliés en Ubu Trump et sa clique, prêts à négocier une improbable paix avec le chef mafieux russe sans associer ni l'Ukraine, ni l'Union européenne aux négociations. Dans leur suffisance, tous ces grands sont très petits. Le sort de l'Ukraine est dans les mains de psychopathes qui se partagent le monde. Aujourd'hui, l'Ukraine, demain la Géorgie, Gaza, Panama, les pays baltes, la Moldavie et tant d'autres pays. 

(1) https://www.lemonde.fr/international/live/2025/02/17/en-direct-guerre-en-ukraine-a-la-sortie-de-la-reunion-d-urgence-a-l-elysee-olaf-scholz-se-dit-oppose-a-une-paix-de-diktat-imposee-a-kiev_6549023_3210.html
(2) A voir sur arte.tv :
https://www.arte.tv/fr/videos/114586-000-A/enfermes-par-les-russes-yahidne-2022/
https://www.arte.tv/fr/videos/109330-000-A/ukraine-sur-les-traces-des-bourreaux/

dimanche 12 mai 2024

Cette guerre qui s'avance

Depuis quelques jours, les troupes de Poutine intensifient leurs bombardements sur Kharkiv et sa région où plus de quatre mille personnes ont dû être évacuées. Cette nouvelle pression russe n'est pas une surprise pour ceux qui suivent la situation. Et contredit ceux qui estiment qu'il suffirait de laisser à la Russie les régions déjà conquises pour qu'elle mette fin à cette guerre. Ubu Trump, par exemple, toujours aussi prétentieux et méprisant, qui affirme que, s'il était président, il mettrait fin à la guerre en vingt-quatre heures en faisant pression sur le gouvernement ukrainien pour qu’il fasse définitivement une croix sur les territoires actuellement occupés par la Russie. Etrange moyen de mettre fin à une guerre : accepter les victoires de l'agresseur-voleur.

Le projet russe est terrifiant et s'apparente, si on écoute certains de ses zélateurs les plus monstrueux, à un projet de génocide.
Il y a un peu plus d'un mois, le traducteur et poète André Markowicz exprimait son impression que le discours poutinien se radicalise. "Maintenant, c’est par dizaines que l’on trouve des déclarations selon lesquelles, l’Ukraine, il faut la détruire complètement, totalement, qu’il n’y a aucune place pour une Ukraine  quelconque, pour le nom même de l’Ukraine, même à l’intérieur de la Fédération de Russie, (...).  Chez Soloviov (note : propagandiste en chef de Poutine), on entend de plus en plus souvent des appels à raser toutes les villes, parce qu’il n’y a rien à garder, culturellement parlant, dans ces villes (même Kiev, berceau de l’orthodoxie russe), et surtout pas les gens. Les gens, explique le député Lougovoï, en particulier les habitants de Kharkov, il faut qu’ils soient anéantis, que la ville soit frappée par une « catastrophe de masse » telle qu’il n’en reste rien, ou en tout cas que personne n’y ait plus aucun moyen d’y vivre, et qu’ils partent, les habitants, « à pied ou en voiture » (...), « avec leurs baluchons » , – ces gens qui y habitent en ce moment, qu’ils partent à l’Ouest, ceux qu’on n’aura pas tués, et qu’on ne les revoie plus. Les 800.000 habitants de Kharkov aujourd’hui (...). En gros, personne (en dehors, donc, de quelques rares voix) n’a dit que ces paroles étaient un appel au génocide. Parce que, le génocide, il est aujourd’hui considéré comme nécessaire et sain, – et, finalement, ce qui est nouveau, c’est le caractère massif de ces déclarations, pas les déclarations elles-mêmes, qui ne font que poursuivre la ligne de Timoféï Serguéïevtsev énoncée il y a exactement deux ans, fin mars - début avril 2022."
Et puis, il y a eu cette déclaration solennelle de l’Église orthodoxe russe, qualifiant de « guerre sainte » ce qu'on ne pouvait appeler jusqu'alors que Opération militaire spéciale. "Ça, c’est nouveau à double titre, dit André Markowicz : d’abord, parce que, dès lors, c’est officiel, cette « opération militaire » qui, si vous la qualifiez de « guerre » en Russie, peut vous valoir jusqu’à dix ans de prison, est bien devenue une guerre – puisqu’elle est « sainte ». Ça n’a l’air de rien, mais c’est fondamental, parce que ça signifie que, pour l’État russe et la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Moscou, c’est l’essence même de la nation qui est aujourd’hui engagée dans une guerre, et que, donc, cette guerre ne peut se régler que par une victoire totale sur les forces du mal." L’Église orthodoxe russe est très claire : « Après l’achèvement de l’opération militaire spéciale, tout le territoire de l’Ukraine contemporaine doit appartenir à la zone d’influence exclusive de la Russie. La possibilité de l’existence sur ce territoire d’un régime politique russophobe, ennemi de la Russie, doit être totalement exclue ».
L'Eglise russe en revient à des positions qu'on croyait appartenir définitivement au Moyen-Age : la Russie mène cette guerre sainte contre l’Antéchrist, contre les « assauts du globalisme et contre l’Occident tombé dans le satanisme ».  Et les prêtres orthodoxes ont l'obligation "de prier tous les jours pour la victoire des forces russes".
"Ça veut dire, estime André Markowicz, que, peu à peu, mais d’une façon très claire, Poutine a mobilisé la société tout entière, – tout le pays, et que cette guerre contre l’Ukraine est devenue une guerre existentielle." Jusqu'à l'intérieur de la Russie, explique encore André Markowicz, où des personnes  sont agressées, victimes de ratonnades, simplement à cause de leur physique asiatique ou caucasien. Dès lors, "les immigrés, par centaines aujourd’hui (mais le mouvement va s’amplifier) rentrent chez eux, du jour au lendemain (...)".

La guerre est qualifiée de sainte mais donc aussi d'existentielle, "non pas parce qu’elle est existentielle pour le pays, mais pour lui (le régime poutinien). Ce que dit Poutine (ou plutôt ce qu’il ne dit pas mais ce qu’il montre) c’est que, maintenant qu’il a les mains libres grâce à Trump (qui gouverne déjà, quoi qu’on puisse dire), il n’y aura pas de quartier, – il veut conquérir l’Ukraine tout entière et, réellement, concrètement, en remplacer les habitants. Les Ukrainiens qui ne comprennent pas qu’ils sont russes ou doivent vivre « l’influence exclusive de la Russie » seront détruits, « totalement », soit ils iront « à l’Ouest » – de nouveaux millions de réfugiés, donc, – libre à l’Europe sataniste de les accueillir ou pas."

André Markowicz est inquiet : "combien il y en a, de voix en France, de la gauche à la droite, pour dire que « non, la France ne fera jamais la guerre à la Russie »... Et combien ne comprennent pas que ce n’est pas la France qui fera ou ne fera pas la guerre à la Russie, mais la Russie qui fera, ou ne fera pas (mais qui fera) la guerre, – et plutôt non, disons-le autrement : qui la fait déjà, la guerre, sauf que nous, dans la vie quotidienne, on ne s’en rend pas compte. Et combien, en France, ne comprennent pas que, ce qui va arriver, c’est ça. Que nous sommes, aujourd’hui, entrés dans une période dont un dirigeant polonais (est-ce Donald Tusk lui-même ?) a dit que c’était une « avant-guerre ».
C’est la guerre qui s’avance. Pas une « opération militaire spéciale » Non, une guerre, d’annihilation. Et nous regardons ailleurs."

Oui, le monde n'a les yeux tournés que vers Gaza. Les jeunes (et moins jeunes) indignés ont raison réclamer la fin de la guerre à Gaza et de défendre le peuple palestinien. Mais qui se soucie de cette guerre à nos portes, qui menace la démocratie en Ukraine et chez nous ? Qui s'inquiète du sort des Ukrainiens ? Et pendant ce temps, Biden, coincé entre Israël et Gaza, perd des points (ce qui signifie que Trump en gagne), pendant ce temps, l'extreme droite européenne, qui trouve beaucoup de charme au régime poutinien, progresse partout. Le vacarme de cette guerre fait de moins en moins de bruit chez nous.
Il fait froid dans le monde.