mercredi 15 juillet 2026

Bêtes nuisibles

La forêt meurt. Non pas à petit feu, mais à grands feux. Et avec elle, toute la flore et toute la faune qui y sont liées. Mais ces morts par incendies ne suffisent pas. Il en faut plus. 

Le Gouvernement français s'apprête à renouveler sa liste "d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts". Ne dites plus nuisibles, dites ESOD. La belette, la fouine, la martre, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet sont classés de la sorte. C'est que ces méchants animaux nous dérangent de janvier à décembre. Ils peuvent dès lors "être éliminés par des tirs, du piégeage et du déterrage tout au long de l’année, même en dehors des périodes de chasse", nous explique Le Monde (1). Les scientifiques, les organisations environnementales et l'inspection générale de l'environnement contestent ces destructions, mais le gouvernement n'a d'oreilles, comme il l'a toujours fait, que pour les chasseurs, tout puissants en France, qui aiment s'amuser tout au long de l'année et refusent toute restriction à leur passion aussi viandarde que virile. Le Moyen-Age a la vie longue.
Cette règlementation n'existe dans aucun autre pays de la planète, rappelle Le Monde. Il faut croire que ces espèces sont particulièrement dangereuses en France. C'est pourquoi chaque année, environ 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés y sont tués. A la grande satisfaction de la Fédération nationale des chasseurs (qui met un bémol cependant : la liste est trop courte). Et la colère des associations de défense de la nature qui mettent en avant les services rendus par ces espèces : "les renards consomment des campagnols qui ravagent certaines cultures, les geais des chênes contribuent à la régénération des forêts en disséminant des glands. Une étude récente montre aussi que les renards et les fouines pourraient contribuer à réguler la chenille processionnaire du pin, qui pose des risques pour la santé humaine et des animaux domestiques. « Nous sommes dans une procédure à charge contre ces espèces, avec un procureur mais pas d’avocat », regrette Dominique Py", spécialiste des questions de chasse au sein de France Nature Environnement.
Une consultation publique est ouverte à ce sujet jusqu'au 30 juillet (2).

L'état de la planète, aujourd'hui en surchauffe totale, et l'effondrement de la biodiversité désignent pourtant une espèce non pas susceptible d’occasionner des dégâts, mais occasionnant réellement des dégâts irréversibles : l'être humain. Voilà - qui oserait le contester ? - l'espèce réellement nuisible pour l'environnement. Sans doute faudrait-il l'éradiquer.
Dans cette espèce il en est une sous-classe qui prend plaisir à détruire tout ce qui l'entoure : celle des ultra riches. Leurs yachts, leurs jets privés, leurs fusées émettent des quantités astronomiques de CO2. "Un superyacht de milliardaire émet de l’ordre de 7 000 tonnes de CO₂ par an, constate Lucas Chancel (professeur d’économie à Sciences Po et codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d’économie de Paris) dans Le Monde (3), alors que les émissions moyennes d’un Français sont de 8 tonnes. Les jets privés viennent gonfler le total : ceux d’Elon Musk en auraient brûlé 5 500 en 2023, ceux de Jeff Bezos 2 900. S’y ajoutent les fusées : un vol suborbital émet de l’ordre de 100 tonnes de CO₂ par passager et par heure. Une personne issue du milliard le plus pauvre de la planète n’atteint pas ce niveau sur une vie entière." Mais quel serait l'intérêt d'être milliardaire si on ne pouvait en permanence faire un bras d'honneur à ceux qui ne le sont pas ? Extrait du sixième rapport du GIEC : "Les individus ayant un statut socio-économique élevé contribuent de manière disproportionnée aux émissions et ont le plus grand potentiel de réduction des émissions, notamment en tant que citoyens, investisseurs, consommateurs, modèles et professionnels." Polluer est un plaisir et doit le rester. "L’empreinte carbone des plus fortunés se mesure aussi par le portefeuille des propriétaires. Le 1 % le plus riche de la planète (soit 50 millions d’adultes) concentre 15 % des émissions de CO₂ liées à la consommation, et plus de 40 % de celles liées au capital."

Résumons-nous : l'homme est une bête nuisible. Surtout ses sous-espèces milliardaires et chasseurs. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/15/belettes-renards-etourneaux-la-liste-des-especes-susceptibles-d-occasionner-des-degats-renouvelee-malgre-les-critiques_6723531_3244.html
(2) https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/toutes-nos-actualites/articles/actus-2026/consultation-publique-mobilisons-nous-massivement-contre-le-classement-esod?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=Consultation%20ESOD%202026
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/14/rechauffement-climatique-la-vie-tres-carbonee-des-plus-fortunes_6723300_3244.html

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