On n'entend plus les oiseaux. Juste le loriot tôt le matin. Ils ont autre chose à faire que chanter. Ils consacrent aussi moins de temps à chercher une nourriture et une eau qui se font rares. Ils cherchent à survivre, ailes et bec grands ouverts pour essayer de dissiper la chaleur. Plus assez alertes pour se nourrir ou échapper aux prédateurs, que la chaleur rend plus agressifs, ils voient leurs chances de survie dégringoler.
Les rivières se meurent et avec elles la faune et la flore qui y sont liées : poissons, crustacés, insectes, oiseaux, plantes. Mais qui s'en soucie ?
Et pourtant... "Avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes à cause du dérèglement climatique, écrit The Knowable Magazine (1), les troubles cognitifs observés dans tout le règne animal pourraient avoir des répercussions sur l'ensemble des écosystèmes et fragiliser davantage des espèces déjà en difficulté. Si les pollinisateurs ne savent plus quelles fleurs butiner, la flore sauvage et les cultures en pâtiront." Les animaux sont comme nous : un cerveau en surchauffe et c'est tout le système nerveux qui fonctionne mal, avec des répercussions potentielles sur la perception, la mémoire et l'apprentissage. "Dans les écoles sans climatisation, lorsque le thermomètre monte d'à peine 0,5°C sur une année scolaire, les résultats des élèves baissent de 1%. Alors, quand il monte de 5 degrés... Il en va de même dans la nature : "si les insectes oublient quelles fleurs ils pollinisent (chez les bourdons, il s'agit notamment des tomates et des myrtilles) ou bien comment rapporter du nectar à leur colonie, les insectes en pâtiront, mais aussi les cultures humaines", prévient la chercheuse Emily Baird.
Dans le Parc naturel régional de la Brenne, 700 hectares, sur 1.000 impactés - ont brulé. "Les dangers sont multiples, même si on peine encore à les mesurer, alarme Laura Beau, responsable scientifique de la réserve naturelle de Chérine. La mortalité des bêtes augmente fortement, aussi bien dans les bois, dans les prairies, dans les haies. Nous avons vu des sangliers partir en courant face à la fumée. Les cistudes [tortues caractéristiques de la Brenne] sont encore en période de ponte : les œufs enterrés sous la surface ne sont pas protégés des flammes ni de la chaleur. Des étangs avec les roselières ont également brûlé, sauf que les oiseaux paludicoles s’y reproduisent, et que les plus jeunes n’ont pas encore appris à voler. Là je ne parle que du feu mais ces espèces souffrent déjà beaucoup. La biodiversité est impactée par le changement climatique, la réduction des habitats ou l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes. Donc nous sommes face à une catastrophe pour certaines espèces."
Le président du PNR déplore de voir "des paysages et des écosystèmes totalement détruits en quelques heures" et pose des questions : "Au-delà de la canicule, on doit se poser la bonne question sur l’enfrichement de la Brenne au détriment des paysages ouverts agricoles. Aujourd’hui, beaucoup de zones sont réservées à la chasse et s’enfrichent. Doit-on continuer à développer ces réserves de chasse qui favorisent des incendies de cette ampleur ?".
N'en déplaise aux esprits simplistes, la climatisation ne résoudra pas tout et ne sera d'aucune aide à la nature. Après les mouches. S'il en reste.
(1) Marta Zaraska, "Les animaux déboussolés par les vagues de chaleur", The Knowable Magazine, 19.5.2026, in Courrier international, 2.7.2026.
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/reagissons-avant-qu-il-soit-trop-tard-alors-que-des-incendies-ravagent-la-brenne-le-president-du-parc-naturel-pointe-les-reserves-de-chasse-1783607387
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/saint-michel-en-brenne/nous-sommes-completement-demunis-le-desarroi-et-la-frustration-face-aux-feux-qui-menacent-la-biodiversite-en-brenne-1783616957
3 commentaires:
Qu'en est-il des centaines d'étangs et plans d'eau de ta région ?
"Jusqu’ici la réserve (naturelle de Chérine, dans le nord du PNR Brenne) a été plutôt épargnée, même si le feu n’est pas passé très loin. On craint évidemment de nouveaux départs de feu. Malheureusement, il n’y a pas grand-chose à faire pour éviter ça. Nous ne sommes pas équipés et sommes complètement démunis face à cette situation. En même temps, le niveau des étangs baisse très vite, ils perdent facilement un centimètre par jour et la température de l’eau augmente vite." Propos de Laura Beau, de la réserve de Chérine.
Hier, il y a eu 5 départs de feu dans le ce même secteur. Une enquête est ouverte...
Solidarité totale. Prenez soin de vous (et des autres).
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