Affichage des articles dont le libellé est biodiversité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est biodiversité. Afficher tous les articles

mercredi 15 juillet 2026

Bêtes nuisibles

La forêt meurt. Non pas à petit feu, mais à grands feux. Et avec elle, toute la flore et toute la faune qui y sont liées. Mais ces morts par incendies ne suffisent pas. Il en faut plus. 

Le Gouvernement français s'apprête à renouveler sa liste "d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts". Ne dites plus nuisibles, dites ESOD. La belette, la fouine, la martre, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet sont classés de la sorte. C'est que ces méchants animaux nous dérangent de janvier à décembre. Ils peuvent dès lors "être éliminés par des tirs, du piégeage et du déterrage tout au long de l’année, même en dehors des périodes de chasse", nous explique Le Monde (1). Les scientifiques, les organisations environnementales et l'inspection générale de l'environnement contestent ces destructions, mais le gouvernement n'a d'oreilles, comme il l'a toujours fait, que pour les chasseurs, tout puissants en France, qui aiment s'amuser tout au long de l'année et refusent toute restriction à leur passion aussi viandarde que virile. Le Moyen-Age a la vie longue.
Cette règlementation n'existe dans aucun autre pays de la planète, rappelle Le Monde. Il faut croire que ces espèces sont particulièrement dangereuses en France. C'est pourquoi chaque année, environ 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés y sont tués. A la grande satisfaction de la Fédération nationale des chasseurs (qui met un bémol cependant : la liste est trop courte). Et la colère des associations de défense de la nature qui mettent en avant les services rendus par ces espèces : "les renards consomment des campagnols qui ravagent certaines cultures, les geais des chênes contribuent à la régénération des forêts en disséminant des glands. Une étude récente montre aussi que les renards et les fouines pourraient contribuer à réguler la chenille processionnaire du pin, qui pose des risques pour la santé humaine et des animaux domestiques. « Nous sommes dans une procédure à charge contre ces espèces, avec un procureur mais pas d’avocat », regrette Dominique Py", spécialiste des questions de chasse au sein de France Nature Environnement.
Une consultation publique est ouverte à ce sujet jusqu'au 30 juillet (2).

L'état de la planète, aujourd'hui en surchauffe totale, et l'effondrement de la biodiversité désignent pourtant une espèce non pas susceptible d’occasionner des dégâts, mais occasionnant réellement des dégâts irréversibles : l'être humain. Voilà - qui oserait le contester ? - l'espèce réellement nuisible pour l'environnement. Sans doute faudrait-il l'éradiquer.
Dans cette espèce il en est une sous-classe qui prend plaisir à détruire tout ce qui l'entoure : celle des ultra riches. Leurs yachts, leurs jets privés, leurs fusées émettent des quantités astronomiques de CO2. "Un superyacht de milliardaire émet de l’ordre de 7 000 tonnes de CO₂ par an, constate Lucas Chancel (professeur d’économie à Sciences Po et codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d’économie de Paris) dans Le Monde (3), alors que les émissions moyennes d’un Français sont de 8 tonnes. Les jets privés viennent gonfler le total : ceux d’Elon Musk en auraient brûlé 5 500 en 2023, ceux de Jeff Bezos 2 900. S’y ajoutent les fusées : un vol suborbital émet de l’ordre de 100 tonnes de CO₂ par passager et par heure. Une personne issue du milliard le plus pauvre de la planète n’atteint pas ce niveau sur une vie entière." Mais quel serait l'intérêt d'être milliardaire si on ne pouvait en permanence faire un bras d'honneur à ceux qui ne le sont pas ? Extrait du sixième rapport du GIEC : "Les individus ayant un statut socio-économique élevé contribuent de manière disproportionnée aux émissions et ont le plus grand potentiel de réduction des émissions, notamment en tant que citoyens, investisseurs, consommateurs, modèles et professionnels." Polluer est un plaisir et doit le rester. "L’empreinte carbone des plus fortunés se mesure aussi par le portefeuille des propriétaires. Le 1 % le plus riche de la planète (soit 50 millions d’adultes) concentre 15 % des émissions de CO₂ liées à la consommation, et plus de 40 % de celles liées au capital."

Résumons-nous : l'homme est une bête nuisible. Surtout ses sous-espèces milliardaires et chasseurs. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/15/belettes-renards-etourneaux-la-liste-des-especes-susceptibles-d-occasionner-des-degats-renouvelee-malgre-les-critiques_6723531_3244.html
(2) https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/toutes-nos-actualites/articles/actus-2026/consultation-publique-mobilisons-nous-massivement-contre-le-classement-esod?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=Consultation%20ESOD%202026
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/14/rechauffement-climatique-la-vie-tres-carbonee-des-plus-fortunes_6723300_3244.html

vendredi 10 juillet 2026

C'est la nature qu'on assassine

On n'entend plus les oiseaux. Juste le loriot tôt le matin. Ils ont autre chose à faire que chanter. Ils consacrent aussi moins de temps à chercher une nourriture et une eau qui se font rares. Ils cherchent à survivre, ailes et bec grands ouverts pour essayer de dissiper la chaleur. Plus assez alertes pour se nourrir ou échapper aux prédateurs, que la chaleur rend plus agressifs, ils voient leurs chances de survie dégringoler.
Les rivières se meurent et avec elles la faune et la flore qui y sont liées : poissons, crustacés, insectes, oiseaux, plantes. Mais qui s'en soucie ? 
Et pourtant... "Avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes à cause du dérèglement climatique, écrit The Knowable Magazine (1), les troubles cognitifs observés dans tout le règne animal pourraient avoir des répercussions sur l'ensemble des écosystèmes et fragiliser davantage des espèces déjà en difficulté. Si les pollinisateurs ne savent plus quelles fleurs butiner, la flore sauvage et les cultures en pâtiront." Les animaux sont comme nous : un cerveau en surchauffe et c'est tout le système nerveux qui fonctionne mal, avec des répercussions potentielles sur la perception, la mémoire et l'apprentissage. "Dans les écoles sans climatisation, lorsque le thermomètre monte d'à peine 0,5°C sur une année scolaire, les résultats des élèves baissent de 1%. Alors, quand il monte de 5 degrés... Il en va de même dans la nature : "si les insectes oublient quelles fleurs ils pollinisent (chez les bourdons, il s'agit notamment des tomates et des myrtilles) ou bien comment rapporter du nectar à leur colonie, les insectes en pâtiront, mais aussi les cultures humaines", prévient la chercheuse Emily Baird. 

Dans le Parc naturel régional de la Brenne, 700 hectares, sur 1.000 impactés - ont brulé. "Les dangers sont multiples, même si on peine encore à les mesurer, alarme Laura Beau, responsable scientifique de la réserve naturelle de Chérine. La mortalité des bêtes augmente fortement, aussi bien dans les bois, dans les prairies, dans les haies. Nous avons vu des sangliers partir en courant face à la fumée. Les cistudes [tortues caractéristiques de la Brenne] sont encore en période de ponte : les œufs enterrés sous la surface ne sont pas protégés des flammes ni de la chaleur. Des étangs avec les roselières ont également brûlé, sauf que les oiseaux paludicoles s’y reproduisent, et que les plus jeunes n’ont pas encore appris à voler. Là je ne parle que du feu mais ces espèces souffrent déjà beaucoup. La biodiversité est impactée par le changement climatique, la réduction des habitats ou l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes. Donc nous sommes face à une catastrophe pour certaines espèces."
Le président du PNR déplore de voir "des paysages et des écosystèmes totalement détruits en quelques heures" et pose des questions : "Au-delà de la canicule, on doit se poser la bonne question sur l’enfrichement de la Brenne au détriment des paysages ouverts agricoles. Aujourd’hui, beaucoup de zones sont réservées à la chasse et s’enfrichent. Doit-on continuer à développer ces réserves de chasse qui favorisent des incendies de cette ampleur ?". 

N'en déplaise aux esprits simplistes, la climatisation ne résoudra pas tout et ne sera d'aucune aide à la nature. Après les mouches. S'il en reste.

(1) Marta Zaraska, "Les animaux déboussolés par les vagues de chaleur", The Knowable Magazine, 19.5.2026, in Courrier international, 2.7.2026.
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/reagissons-avant-qu-il-soit-trop-tard-alors-que-des-incendies-ravagent-la-brenne-le-president-du-parc-naturel-pointe-les-reserves-de-chasse-1783607387
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/saint-michel-en-brenne/nous-sommes-completement-demunis-le-desarroi-et-la-frustration-face-aux-feux-qui-menacent-la-biodiversite-en-brenne-1783616957

vendredi 15 mai 2026

Blaireau toi-même !

Pourquoi un tel acharnement contre les blaireaux ? On se le demande.
Le tribunal administratif de Limoges a annulé l’autorisation de période complémentaire de chasse au blaireau par déterrage, une pratique particulièrement - et inutilement - cruelle. Cette décision avait été confirmée le 24 février dernier par un arrêt de la cour administrative d’appel de Bordeaux. Et voilà que le Ministère de la Transition écologique fait appel de cet arrêt (1). On se pince pour y croire. On regarde le calendrier : le 1er avril est loin déjà derrière nous. On se demande à quelle transition nous prépare ce ministère. A un retour à des temps préhistoriques ? Quelle idée se fait-il de l'écologie, de la biodiversité ? 
Selon Jacques Lucbert d'Indre Nature, "la France est isolée en Europe sur ce sujet. Dans beaucoup d’autres pays comme l’Espagne ou la Slovaquie, les blaireaux sont protégés". La chasse au blaireau devrait être totalement proscrite, tout comme celle de tous ces animaux classés jusqu'il y a peu comme nuisibles (terme désormais remplacé par un euphémisme). S'il fallait détruire tous les nuisibles, il ne resterait plus aucun être humain. Qui l'est plus que lui ? Qui sont les blaireaux (2) ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/chasse-au-blaireau-dans-l-indre-le-ministere-de-la-transition-ecologique-porte-l-affaire-devant-le-conseil-d-etat-1778762019
(2) Blaireau : Individu antipathique, conformiste et borné (fam.), selon Larousse.

samedi 13 mai 2023

Des haies et des hommes

Dans la série "Ce monde marche sur la tête", parlons des haies. Voilà des années, des décennies sans doute, qu'on nous appelle à les respecter, qu'on nous vante leurs multiples qualités et que les pouvoirs publics réinvestissent pour soutenir leurs replantations. On serait donc amené à croire qu'il y en a de plus en plus. On se trompe totalement.
Depuis 1950, la France a éliminé 70 % de ses haies, soit 1,4 million de kilomètres de végétation détruite. Et la destruction se poursuit allègrement. L’arrachage de haies a beau être interdite par la PAC depuis 2015, selon un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), indique le Huffingtonpost (1), la France perd en moyenne, depuis 2017, 23.500 km de haies par an, deux fois plus que ce que l’on arrachait il y a dix ans.
Or la haie est un excellent moyen de lutter contre la sécheresse. « La haie permet de retenir l’eau et de la faire pénétrer dans les sols, jusqu’aux nappes phréatiques, plutôt que de la laisser ruisseler sur les terrains et provoquer de l’érosion », indique Luc Abbadie, écologue. Plantées perpendiculairement aux pentes, elles limitent à la fois les risques de crues et de sécheresse. Elles permettent aux troupeaux de s'abriter du vent, du soleil et de la pluie, elles favorisent la biodiversité, réduisent les extrêmes de températures et permettent de stocker du CO2. "Dans les vignes, les haies sont efficaces pour couper les vents caniculaires du sud, qui viennent brûler les feuillages des cultures », constate Sylvie Monier, agronome et directrice de la Mission haies Auvergne-Rhône-Alpes. Les arracher tient donc d'une rare bêtise. C'est pourtant ce que continuent à faire quantité d'agriculteurs parce qu'elles occupent de la place sur leurs terres et diminuent ainsi les rendements. L'élimination des haies a longtemps été vue comme un signe de modernité. Mais cette modernité-là est aujourd'hui totalement ringarde et inadaptée aux aléas climatiques que nous connaissons à présent.
En 2021, le gouvernement  français a lancé un programme de replantation de haies » et investi 50 millions d’euros pour aider les agriculteurs à planter 7.000 km de haies sur la période 2021-2022. Et chaque année, 23.500 km de haies disparaissent...

(1) https://www.huffingtonpost.fr/environnement/video/le-nombre-de-haies-degringole-en-france-et-c-est-un-mauvais-choix-face-au-changement-climatique_217180.html





mardi 4 avril 2023

Machine arriérée

Le parti présidentiel en France s'appelait En Marche. Il s'appelle à présent Renaissance. Qu'est-ce qui est en marche, qu'est-ce qui renait, sinon le vieux système ? Celui-là même qui a détruit la planète et nous a envoyés dans le mur.
Le Ministre de l'Agriculture défend les pesticides. Selon Le Monde (1), il a demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments, de l’environnement et du travail (l'Anses) de revenir sur l’interdiction, décidée par celle-ci, d’un herbicide majeur, le S-métolachlore, responsable d’une pollution quasi généralisée des nappes phréatiques. Cet herbicide, très utilisé sur le maïs, le tournesol et le soja, pollue les eaux souterraines et l’eau de distribution. "En 2021, selon les chiffres officiels, près de 3,5 millions de Français ont reçu au robinet une eau non conforme aux critères de qualité alors en vigueur, pour cause de présence d’un métabolite de ce pesticide au-delà du seuil réglementaire de 0,1 microgramme par litre." Le S-métolachlore est classé cancérogène suspecté. 
De son côté, le Secrétaire d'Etat à la Mer est fier d'annoncer que, grâce à son intervention, la Commission européenne a renoncé à son plan : le chalutage de fond dans les aires marines protégées ne sera finalement pas interdit d’ici à 2030. "La mesure, explique Le Monde (2) visait à protéger poissons, coquillages et crustacés mais aussi des tortues et oiseaux marins menacés par l’usage d’engins de fond mobiles (chaluts, dragues, palangres, casiers…), dans des aires qui devraient couvrir jusqu’à 30 % des eaux européennes en 2030. Bruxelles dénonçait une pêche très gourmande en carburant et forte émettrice de CO2, qui, en raclant les fonds, détruit des écosystèmes constituant eux-mêmes des puits de carbone, fragilise les populations de poissons qui s’y abritent et s’y reproduisent, et favorise des prises accidentelles « disproportionnées » faute de sélectivité. La Commission demandait alors aux Etats membres de prévoir d’adopter des mesures pour « éliminer progressivement » cette pêche controversée." Mais les pêcheurs français n'en voulaient pas (au point de brûler quantité de pneus devant l'Office français de la biodiversité à Brest - tout un symbole !) et le gouvernement leur a donné raison.
Quant au président Macron, tout en nous invitant à économiser l'eau, il relance la filière nucléaire, grande consommatrice d'eau.
Quelques exemples parmi beaucoup (trop) d'autres. Avec Renaissance, c'est machine arrière et même arriérée. 

Ceux qui se battent pour des mesures de protection de l'environnement et de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique sont aujourd'hui taxés d'écoterroristes. 
Comment qualifier ceux qui font vivre  ce vieux système nuisible à la vie et participent activement à l'augmentation de ce réchauffement ? Agroterroristes ? Conservatoterroristes ? Capitaloterroristes ? Cynicoterroristes ?

"J'ai compris (...) que nous nous trouvions précisément au point tournant d'une époque. La preuve, on déployait maintenant l'énergie du désespoir pour salir la lutte écologiste, accusant les citoyens mobilisés d'encenser ces voyous, ces terroristes environnementaux."
Gabrielle Filteau-Chiba, "Bivouac", Stock, 2023.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/31/pesticides-la-volonte-du-ministre-de-l-agriculture-de-revenir-sur-l-interdiction-du-s-metolachlore-suscite-un-tolle_6167798_3244.html
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/04/03/chalutage-de-fond-les-pecheurs-francais-ont-gagne-a-bruxelles-la-technique-est-maintenue_6168040_3234.html

jeudi 25 août 2022

Un chasseur sachant ne pas chasser

Rien ne peut arrêter le chasseur. Surtout pas la souffrance animale, ni même l'hécatombe dont est victime la faune sauvage du fait des incendies, des canicules, de la sécheresse, des inondations, de la baisse de la biodiversité. On a tous vu, dans des reportages télé, ces sangliers aux pattes brûlées, ces chevreuils fuyant le feu, ces cadavres d'animaux carbonisés. Tous, sauf les chasseurs qui ne voient que le bout de leur fusil.
Ainsi Régis Hargues, directeur de la fédération des chasseurs des Landes (où le 12 août 7.400 hectares déjà avaient brûlés) : "Il n'y a pas eu de mortalité. Il n'y a pas eu de déplacement massif des animaux. Si on voit des signes de détresse des populations, on reculera l'ouverture." (1) Il tombe sous le sens du commun des mortels qu'il faudrait interdire toute chasse cette année au moins. Mais les chasseurs ne sont pas le commun des mortels, mais le commun des obstinés qui détruiront jusqu'au dernier des vers de terre, avant de se plaindre qu'ils n'ont plus rien à se mettre sous le canon.
Marc Giraud, écrivain et porte-parole de l'Association pour la protection des animaux sauvages, est d'un tout autre avis : "Les victimes les plus visibles sont les poissons, privés de leur milieu de vie, agonisant par milliers dans l'eau brûlante, séchés sur la boue fissurée. Avec eux trépassent les grenouilles, les insectes et tant d'autres misérables bestioles sur lesquelles personne ne semble se pencher, mais qui sont les bases de toute chaîne de vie. Même phénomène avec les animaux terrestres : seuls les plus gros arrivent à toucher nos consciences, une image de faon ou de sanglier sauvés des flammes nous cache l'hécatombe silencieuse de nos forêts en cendre. Même les oiseaux ne peuvent échapper aux incendies géants et aux gaz toxiques." (2)
Même sans incendie, le manque d'humidité tue la microfaune, les vers, les insectes qui nourrissent les autres espèces. Et les survivants sont plus vulnérables que jamais.
C'est toute la chaîne alimentaire de la vie sauvage qui est gravement perturbée. Mais le chasseur, ce grand écologiste, ne veut rien voir. 
Laisser tirer des chasseurs aveugles, c'est accélérer l'hécatombe.

Oui, l'homme est responsable et rendra compte un jour (...)
Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège
Confine à l'assassin et touche au sacrilège.
Victor Hugo, "Le droit de l'animal".

(1) Charlie Hebdo, 24.8.2022.
(2) Luce Lapin, "Ni chasse, ni pêche !", Charlie Hebdo, 24.8.2022.
 A lire : https://www.aspas-nature.org/la-faune-a-besoin-deau-pas-de-fusils

vendredi 5 août 2022

Plaidoyer pour le renard

Le prince de ceux que les Français d'un autre âge classent parmi les nuisibles et traquent systématiquement est le renard. L'animal est fin et rusé, peut-être est-ce pour cela qu'ils le trouvent insupportable. Une question de jalousie. Il joue pourtant, bien plus que l'homme, un rôle utile dans l'équilibre des espèces et l'assainissement de la nature.
"Si les renards se nourrissent parfois de lapins et de taupes, ils se délectent des rats et des mulots, luttant ainsi très efficacement contre la diffusion de la maladie de Lyme, rappelle Alain Baraton (1). Mieux encore, ce sont eux qui éliminent les cadavres d'autres animaux, comme les oiseaux, évitant ainsi la propagation de nombreuses maladies."
Comment expliquer, sinon par une tradition totalement dépassée et insensée, que le renard soit chassable de juin à mars en tant que « gibier sédentaire » et puisse être tué par différents moyens tout au long de l’année dans les 91 départements où il est classé « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » ?

Un article du Monde il y a quelques mois (2) soulignait le point de vue d'un chasseur siégeant dans l’une des commissions départementales de la chasse et de la faune sauvage (et qui a préféré rester anonyme !) selon qui l’argument de la protection des élevages ne tient pas. « Le renard est accusé de croquer poules et agneaux, mais il y a d’autres moyens pour protéger les enclos », estime-t-il. De plus, ce comportement serait minoritaire. « Les animaux d’élevage sont des proies quand les prédateurs économisent leur potentiel énergétique. Le renard se nourrit à 75 % des petits rongeurs, c’est d’ailleurs ce qui en fait un excellent auxiliaire de l’agriculture et un moyen de lutter contre la propagation de certaines maladies », affirme Carine Gresse, assistante vétérinaire et fondatrice du Clos des Renardises, premier refuge pour renard, citée également par Le Monde. Un renard mange jusqu’à 6.000 campagnols par an. Dans un documentaire (3), un paysan supplie les chasseurs de respecter les renards qu'il considère comme de précieux et indispensables alliés.
« La maladie de Lyme est transportée par les tiques via les rongeurs. Leurs prédateurs limitent donc sa propagation », affirme Marc Giraud, naturaliste et porte-parole de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). Selon les années, cette maladie bactérienne touche entre 50.000 et 100.000 personnes en France, d’après les estimations des autorités sanitaires, précise Le Monde. Alors que l’échinococcose alvéolaire, une maladie parasitaire véhiculée par les renards et qui sert d'argument aux anti-renards ne touche qu'une trentaine de personnes par an en France. Le Monde ajoute que "en se nourrissant principalement de petits rongeurs, les renards représenteraient un gain économique pour l’agriculture, en évitant l’utilisation de produits chimiques. Un arrêté préfectoral a ainsi fait retirer le renard des ESOD (espèce susceptible d’occasionner des dégâts) dans 117 communes du Doubs en 2019 afin de « favoriser la prédation exercée sur les campagnols par les renards dans les communes où au moins un agriculteur aura souscrit un contrat de lutte raisonnée ». Il participe en outre à l’élimination des animaux malades et des cadavres, et, friand de végétaux, à la dissémination des graines de diverses essences d’arbres par ses déjections, plaide l’Aspas."
Patrick Janin, juriste dans le droit environnemental et membre de l’Association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire, constate qu'« il y a les motifs officiels et les motifs inavoués » au classement en nuisible. « Pour repeupler un territoire, les chasseurs utilisent du gibier d’élevage (faisans, perdrix, lièvres) qui n’a pas acquis de capacité de défense, ni d’instinct sauvage ». Des proies particulièrement faciles pour un renard. Les chasseurs considéreraient, selon lui, le renard comme un concurrent.
Reste alors à classer les chasseurs parmi les ESOD. Allez, hop !



(1) Alain Baraton, "Mon tour de France des bois et forêts", Stock, 2022.
(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/04/09/le-renard-tue-toute-l-annee-doit-il-rester-classe-espece-nuisible_6121382_3244.html
(3) https://www.france.tv/france-3/la-ligne-bleue/2128147-des-fraises-pour-le-renard.html

dimanche 29 mai 2022

Les propriétaires de la nature

Les chasseurs français se sont choisi l'homme idéal pour les représenter. Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, est l'incarnation du mépris des autres (les non-chasseurs, quels qu'ils soient) et de la certitude d'avoir tous les droits qu'on attend de tout vrai chasseur. Comment faire en sorte que les promeneurs ne soient plus victimes d'accidents de chasse, lui demande-t-on ? C'est simple : ils n'ont qu'à se promener à domicile. "Ils n'ont qu'à le faire chez eux, ils n'auront aucun problème. (...) La nature n'est pas à tout le monde. Et les gens qui racontent ça, des mecs comme Jadot, (...) Mélenchon, Tout est open, allez-y, promenez-vous, la nature est à tout le monde, c'est pas vrai, c'est pas ça la vraie vie" (1). Traduction : la nature appartient aux chasseurs et si vous ne l'êtes pas, allez vous faire foutre. Et je tirerai sur le premier qui ose sortir de son 30 mètres carrés.
Ce qui amusant, c'est de lire ce que le même roi des flingueurs écrit dans une luxueuse brochure intitulée "La chasse cœur de biodiversité" et envoyée à tous les élus de France (2) : "nous serons à l'écoute des élus de la République que vous êtes, et votre vision devra nous permettre de faire évoluer notre passion de façon constructive, pour qu'elle reste en parfaite cohérence avec la modernité de notre temps". Visiblement, pour Schraen, la biodiversité ne concerne pas les humains. Les seuls humains autorisés à fréquenter la nature durant la saison de chasse doivent être munis d'un fusil. Et sa vision de la modernité doit remonter, au mieux, à Louis XIV.

(1) "Home, sweet home", Charlie Hebdo, 18.5.2022.
(2) (Re)lire sur ce blog "Lapin chasseur", 23.11.2021 et "L'élégance du sanglier", 12.11.2021.

samedi 25 septembre 2021

Chasse punitive

Il est drôle, Willy Schraen. C'est sans doute un des meilleurs humoristes français actuels. Quand il se présente en malheureuse victime, on s'esclaffe. Le président de la Fédération nationale des chasseurs dénonce l'interdiction de la chasse à certains oiseaux. C'est de "l'écologie punitive", tonne-t-il. Il nous fait rire. On se demande ce que lui ont fait les alouettes des champs, les vanneaux huppés, les pluviers dorés, les grives et les merles noirs pour être punis de mort par lui et les chasseurs qui veulent continuer à s'adonner à cette étrange passion morbide sous prétexte qu'il faut continuer à faire vivre une tradition culturelle qui remonte à Néandertal (qui reste visiblement leur modèle).

"On a un harcèlement terrible qui vient de l'écologie punitive en permanence, pleurniche Schraen dans un de ses sketchs dont il a le secret. Les chasseurs sont malmenés. On commence à en prendre plein la gueule à longueur de journée."  (1) Bien moins que les oiseaux. L'alouette des champs a perdu près du tiers de ses effectifs en trente ans. Mais les larmes de crocodile de Schraen ont ému le gouvernement français: le Ministère de la transition écologique met en consultation plusieurs projets d’arrêtés pour autoriser à nouveau le piégeage de quelque 115 000 oiseaux par le biais de méthodes de chasse dites « traditionnelles ». Même si elles sont fondées sur des techniques non conformes au droit européen et ont été jugées illégales par le Conseil d’Etat. Peu auparavant, en clôture du Congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (à Marseille du 3 au 11 septembre), le gouvernement français, la main sur le cœur, avait déclaré son intention de faire tout ce qui est en son pouvoir pour sauver la biodiversité. Le Monde (2): "Le temps est venu, a résumé Bruno Oberle, le directeur général de l’UICN, d’un « changement fondamental ». Certes, répond en substance la France, pays hôte du congrès, mais nous souhaitons malgré tout pouvoir continuer à enfreindre la loi pour permettre à une fraction de pourcent de nos concitoyens de s’adonner au plaisir de tuer des dizaines de milliers d’oiseaux en déclin. Parmi les espèces ciblées par les projets d’arrêtés, certaines ont vu leurs populations se contracter de moitié, en Europe, au cours des trente à quarante dernières années. Le contraste entre le fracas des mots utilisés pour décrire le problème et l’absence forcenée du plus petit début de réponse politique à ce problème incarne bien plus que ce que la novlangue politicienne qualifie généralement de « mesure pragmatique ». Ce contraste illustre plutôt le fait que l’enjeu environnemental est désormais au cœur d’une rupture du pacte démocratique."

Le Monde rappelle que "l’alouette des champs et le vanneau huppé sont respectivement classés en « préoccupation mineure » et « quasi menacé », selon la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en France. « Les nouveaux arrêtés en préparation demeurent illégaux, et la LPO [la Ligue de protection des oiseaux] demandera leur suspension immédiate devant le Conseil d’Etat si jamais ils sont signés », a immédiatement réagi la LPO. Les populations d’oiseaux des villes et des champs se sont effondrées en France à cause des activités humaines, alertent les scientifiques. Pour la LPO, il s’agit de « satisfaire les lobbys cynégétiques à l’approche de l’élection présidentielle ». « Chasser hors du cadre légal, c’est braconner », a ainsi assené son président, Alain Bougrain-Dubourg dans un communiqué." (3) Schraen, lui, a critiqué « une radicalisation d’une partie ultraminoritaire de la société » contre la chasse, refusant de voir que l'opinion publique rejette très majoritairement la chasse, aujourd'hui vue comme une activité d'un autre âge.

Les oiseaux qui résident dans les marais d'Harchies, réserve naturelle belge, à la frontière française, sont depuis toujours victimes de la chasse punitive des chasseurs français. Dans les années '80 Jean-Pierre Verhaeghen, le conservateur de l'époque, m'expliquait le problème que lui posaient ces derniers: certains d'entre eux, sous prétexte de promenade, circulaient dans les marais et y faisaient un maximum de bruit pour pousser les oiseaux vers la frontière où les attendaient leurs camarades canardeurs. Plus de trente ans après, rien n'a changé. Ces cinq dernières années, les naturalistes ont recensé le nombre de coups de feu tirés par les chasseurs français lors de leur première soirée de chasse: 1100 en 2016, 2054 en 2020.  Mais ces chasseurs sont ou très mauvais ou trop imbibés: "Ce n'est pas un massacre. Nous, ce soir, on tuera un ou deux canards tout au plus. Il y a même des soirs où l'on ne prend rien. On dit alors qu'on fait capot. En fait, on vient surtout pour passer une bonne soirée ensemble et partager un bon barbecue." (4) Qui donc arrivera un jour à expliquer aux chasseurs qu'on peut passer un bon moment entre amis sans sortir son fusil ?

Dans une luxueuse plaquette audacieusement intitulée "La chasse, cœur de la biodiversité" et distribuée il y a quelques mois aux 520.000 conseillers municipaux de France, la Fédération des chasseurs tente de se présenter comme une organisation dont l'écologie est le souci premier. Leur vision de l'écologie est assez particulière: "Tuer des animaux et les déguster est une évidence pour nous. (...) Nous ne renierons jamais que la quête de l'animal est une philosophie de vie pour nous." Ecologiste donc, mais aussi philosophe. Willy Schraen est décidément un humoriste qui ose tout. 

Le mal aimé / Je suis le mal aimé (Claude François)

Post-scriptum: j'avais cru comprendre que les chasseurs étaient les seuls vrais écolos. Et voilà qu'ils ne sont que des barbares néandertaliens : https://www.huffingtonpost.fr/entry/hautes-alpes-une-louve-tuee-par-balles-retrouvee-pendue-devant-une-mairie_fr_614de817e4b03dd7280a8a3d

Consultation publique sur les projets d’arrêtés relatifs à la capture de 98 702 alouettes des champs au moyen de pantes dans les Landes, la Gironde, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques

 

Consultation publique sur les projets d’arrêtés relatifs à la capture de 7 798 alouettes des champs au moyen de matoles dans les Landes et le Lot-et-Garonne

 

Consultation publique sur le projet d’arrêté relatif à la capture de 1 200 vanneaux huppés et 30 pluviers dorés au moyen de tenderies aux filets dans les Ardennes

 

Consultation publique sur le projet d'arrêté relatif à la tenderie de 5800 grives et merles noirs dans les Ardennes

 

Le site des consultations sature fréquemment en cas de trop nombreuses connections simultanées et il faut parfois persévérer ou recommencer à un autre horaire. Il est également important de ne pas simplement copier-coller des argumentaires existants car seuls les avis individuels originaux sont pris en compte. (LPO)




(1) France Inter, 17.9.2021, Journal de 13h.

(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/19/l-enjeu-environnemental-est-desormais-au-c-ur-d-une-rupture-du-pacte-democratique_6095186_3232.html

(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/16/le-gouvernement-veut-autoriser-a-nouveau-certaines-chasses-traditionnelles-d-oiseaux_6094886_3244.html


(4) https://www.rtbf.be/info/regions/hainaut/detail_encore-un-soir-complique-pour-les-canards-des-marais-d-harchies-canardes-en-passant-la-frontiere?id=10828025&fbclid=IwAR2y7MTtNev9fmZNoxY2fChfi7UEBUzbaj1DejldDmx0VrplYM2iafQ9vdw


https://www.lalibre.be/international/europe/2021/09/22/un-chasseur-manifeste-en-accrochant-un-pigeon-vivant-sur-une-pancarte-PAQIC56M3ZBVLEXNUXXMMFMGZQ/

jeudi 20 mai 2021

Nouvel eldorado

Le réchauffement climatique est une bénédiction. Les glaces de l'Arctique fondent comme neige au soleil, les températures montent, des autoroutes maritimes s'ouvrent et les innombrables richesses de cette zone seront bientôt à portée de pioche. En prévision, la Russie y installe des bases militaires, arguant qu'elle est chez elle et qu'elle peut donc faire ce qui lui plaît. Ce sont nos terres, affirment les autorités russes, tout ce que notre pays y fait est absolument légitime. La région arctique est une mine d'or, entendez par là de pétrole, de gaz, de fer, d'uranium, de rubis, de terres rares. Sans compter les ressources halieutiques. Le Conseil de l'Arctique - qui regroupe les huit pays riverains: Russie, Finlande, Suède, Norvège, Danemark, Islande, Etats-unis et Canada - est en réunion ces jours-ci, avec l'objectif de sauvegarder, autant qu'il est encore possible de le faire, cette région qui a atteint un point critique. Mais la Russie, qui va présider le Conseil pendant deux ans, n'y voit que ses intérêts militaires et économiques. Les cinq cents mille autochtones et leur volonté de sauvegarder la biodiversité pèsent peu face aux deux millions de Russes qui vivent dans la zone arctique. Les conquistadors russes figurent aujourd'hui parmi les pires capitalistes de la planète. 

A partir de "Arctique: terre froide pour une nouvelle guerre froide?", émission "28 minutes", Arte, 19.5.2021:  https://www.arte.tv/fr/videos/103890-002-A/arctique-terre-froide-pour-nouvelle-guerre-froide/

jeudi 8 avril 2021

Chers arbres

Ils figurent parmi les grands absents du projet de loi Climat du Gouvernement français. Ils ne passent pourtant pas inaperçus, eux qui occupent 30% du territoire de la France. Aucune des mesures concernant les arbres proposées par la Convention citoyenne sur le climat n'a été reprise dans ce projet de loi. La Convention proposait qu'on interdise les coupes rases de plus d'un demi-hectare, qu'on ne puisse prélever chaque année plus de bois que l'année précédente, qu'on abandonne la monoculture de résineux pour lui préférer des forêts mixtes, qu'on renforce sur le terrain les équipes de l'ONF. Mais, comme l'écrit Luc Le Chatelier (1), "les lobbies du bois, toujours plus gourmands, sont passés par là". La forêt n'est pas une compétence de la Ministre du Développement durable, mais de son collègue de l'Agriculture. On comprend par là qu'elle compte peu, cette forêt: on la plante et on la récolte comme du maïs, du blé ou du soja. "La filière bois, la forêt trinque", disait récemment la banderole d'un défenseur de la nature. L'ONF a vu disparaître cent postes l'an dernier. Ils seront presque aussi nombreux cette année à passer à la trappe. Les rouleaux compresseurs peuvent saccager tranquillement la forêt.

Traverser le plateau de Millevaches en ce moment, c'est découvrir des centaines et des centaines d'hectares de forêt rase. Les coupes à blanc y sont innombrables, coupes de résineux qu'on s'empresse, c'est vrai, de remplacer. Mais visiblement toujours en monoculture. On est frappé d'y entendre peu d'oiseaux. Où nicheraient-ils? 




Francis Hallé, botaniste et biologiste français, spécialiste renommé des arbres et des forêts tropicales, constate (2) la banalité de l'abattage des arbres: "un propriétaire forestier ou un exploitant abat ses arbres ou exploite une parcelle de forêt qui lui appartient, puis il vend son bois à un prix qui dépend de l’essence considérée et qui est fixé par les règles du marché. Il est le seul bénéficiaire de l’opération et cela nous paraît normal, puisque cet homme est propriétaire de la ressource". C'est ainsi depuis des siècles sans que ça ne dérange grand-monde. "Cette relative bienveillance envers les abattages et le commerce du bois se justifiait par le fait que, jusqu’à une époque récente, ces activités étaient artisanales et que leurs conséquences restaient discrètes, voire imperceptibles. Mais les temps ont changé, les abattages se sont industrialisés et les contraintes écologiques de notre époque amènent à questionner un processus d’exploitation qui fonctionnait bien dans le passé, mais qui paraît maintenant trop simple ; car s’il y a un bénéficiaire, il y a aussi des perdants." Et nous en sommes tous. Le botaniste rappelle que chaque arbre représente un patrimoine qui absorbe le CO2, fixe le carbone atmosphérique, nous fournit de l’oxygène, régule le débit des eaux, améliore la fertilité des sols, les protège contre l’érosion et maintient une diversité biologique qui nous est vitale. Sans compter qu'il agrémente nos paysages, inspire les peintres et les poètes et influence bénéfiquement notre santé physique et mentale. Les innombrables et incommensurables services qu'ils rendent ne valent pourtant rien face au profit immédiat de quelques-uns. 

Sur la porte de son bureau au MIT, Donella Meadows, une des auteurs du rapport The Limits to Growth  - Les limites à la croissance, publié en 1972, avait écrit: "Si le monde devait crever demain, je planterais un arbre aujourd'hui". Le monde va crever demain et chaque jour des arbres tombent par milliers.

(1) Luc Le Chatelier, "Avec la loi Climat, les lobbies sortent du bois", Télérama, 10.3.2021.

(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/21/deforestation-l-industrie-du-bois-tue-et-detruit-les-arbres-sans-tenir-compte-des-services-qu-ils-nous-rendent_6073904_3232.html 

https://www.arbre-patrimoine.fr/association-francis-halle-pour-la-foret-primaire/

(Re)lire sur ce blog "Massacre à la tronçonneuse", 1.10.2021.

jeudi 18 juillet 2019

Mes propositions à la nouvelle ministre de la transiton énergétique

Bon, maintenant ça suffit, on arrête les conneries. On voit où elles nous ont menés. 21°C à 800 km du Pôle Nord. Chez nous, des épisodes de canicule et de sécheresse de plus en plus importants et fréquents. Ailleurs, des ouragans, des pluies diluviennes. Un manque d'eau qui tue. Population, animaux et arbres. Ça suffit.
Voilà ce qu'on va faire. 
D'abord, on interdit la création de toute nouvelle route ou autoroute (même un tronçon, c'est non!), de tout nouvel aéroport (même une extension), de tout nouveau port. Il y en a plus qu'assez.
On investit massivement dans les transports en commun, on rouvre des lignes de chemin de fer et de bus et on augmente fortement le prix du litre de carburant.
Les nouvelles voitures mises sur le marché ne pourront être qu'électriques et devront obligatoirement être partagées. On diminue les vitesses sur routes et autoroutes (Les Etatsuniens et les Canadiens sont limités à 100 km/h sur autoroute et ne sont pas jaunes de rage).
On taxe enfin - et solidement - le kérosène et les billets d'avion et on fixe un quota de kilomètres par personne. Chacun dans sa vie a le droit de parcourir, par exemple, 10000 km en avion. Pas plus. Le reste, on le fera à la voile. Ou à la rame.
On favorise par tous les moyens (fisc, infrastructures) l'usage du vélo, de la voile, du cuistax, du kayak, etc.
On taxe énormément, mais alors énormément, tout produit alimentaire qui voyage sur plus de, disons, 100 km. Plus il vient de loin, plus il est taxé. C'est compliqué? Non, c'est complexe. Mais on a inventé la roue, l'arbre à came, l'extasy, l'ordinateur, la carte routière qui parle et les baskets qui clignotent. Alors, ça ne doit pas être bien difficile. Ce n'est qu'une question de volonté.
On enterre les accords de type CETA qui favorisent la circulation de marchandises à travers la planète.
On ferme toutes les mines de charbon et on fixe une limite (basse, bien sûr) annuelle à la production de pétrole. Démerdez-vous.
Puisque la plupart des gens ne veulent pas voir une éolienne dans leur environnement, chaque famille recevra un générateur à pédales pour produire l'électricité qui lui est nécessaire. C'est bénéfique pour la santé et pour l'équilibre de la sécurité sociale. 
Chacun n'a le droit d'acheter un téléphone mobile que tous les vingt ans.
On interdit de transformer en zone constructible des zones agricoles, vertes, forestières, etc. Donc, plus aucune nouvelle zone constructible. Il y a des maisons à vendre et des sites à réaffecter un peu partout. Et la construction de maisons quatre façades est désormais interdite.
Plus question de gagner de nouveaux pâturages pour le bétail sur des zones forestières.
On fixe un quota d'eau par personne, pas bien cher. Mais au-delà la facture sera très salée. Et tant pis pour les piscines individuelles.
On interdit totalement les pesticides.
On réduit drastiquement le nombre des espèces chassables pour préserver la biodiversité.
Et une dernière chose encore: on arrête le homard aussi.
Voilà, on commence par là, y a du boulot. Et on fait le point dans un an. Si vous voulez d'autres idées, n'hésitez pas à me contacter.
Un truc encore: qu'on ne vienne pas me dire que c'est fasciste de réduire la liberté individuelle, que chacun a le droit de vivre comme il l'entend. On l'a fait, on l'a trop fait, vivre comme on l'entend. On est libre de quoi aujourd'hui? De mourir la gueule ouverte? 

jeudi 13 septembre 2018

La saison des Tartarin

Face à cet été caniculaire qui n'en finit pas, au manque de pluie, aux incendies, aux typhons, à la montée du niveau des mers, à la perte de biodiversité, tout le monde est d'accord: nous devons modifier radicalement notre mode de vie et nos productions. Tout le monde sauf les pays pétroliers et les raffineurs, sauf les fabricants de véhicules à moteur et ceux qui les conduisent, sauf les agriculteurs, sauf les fabricants de béton, de plastique et de pesticides, sauf les compagnies d'aviation et les touristes. 
Et les chasseurs aussi. L'état de la biodiversité ne les inquiéte pas. De nombreuses espèces disparaissent, mais ils veulent continuer à les chasser.

De toute façon, ils alimentent chaque année avec des animaux d'élevage les populations des espèces qu'ils aiment chasser: le syndicat national français des gibiers de chasse propose chaque année aux chasseurs 15 millions de faisans, 5 millions de perdrix, 1 million de canards colverts, 100.000 lapins, 40.000 lièvres. En conseillant bien aux chasseurs, avant de lâcher à portée de leurs fusils ces animaux de compagnie, de "réguler" les prédateurs: renards et rapaces (1).
Ce qui amène Christian Ledoux, président de l'Association de gestion et de régulation des prédateurs de l'Indre (eh oui, ça existe) à  expliquer que son rôle est de "contenir les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, en les piégeant." En fait, ces chasseurs ne chassent pas, ils régulent. C'est-à-dire qu'ils tuent les animaux qui s'attaquent à leur cher gibier.
"Dans le département de l'Indre, écrit la Nouvelle République, c'est le renard qui figure en tête de liste, pour les dégâts qu'il occasionne au sein des populations de gibiers et chez les particuliers. (2)" Mais le pire prédateur, celui qui occasionne le plus de dégâts à la nature, n'est-il pas le chasseur? Celui qui n'a aucun aucun prédateur au-dessus de lui?
Certains d'entre eux aiment se présenter comme les plus grands amoureux de la nature que cette terre ait connus. Ils la respectent plus que n'importe qui. Même si "bon an, mal an, chasseurs, braconniers et amateurs de ball-trap tirent autour de 200 millions de cartouches et abandonnent dans l'environnement près de 8000 tonnes de plomb et autres métaux" (2). Au point que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail recommande de ne pas dépasser trois repas par an avec de la viande sauvage. Au risque de souffrir de saturnisme?
En France, 64 espèces sont chassables, alors que la moyenne européenne est de 14 à 24. Et sur ces 64 espèces, 20 ont été placées sur liste rouge par l'Union européenne de conservation de la nature. Au total, chaque année, les chasseurs français tuent plus de 30 millions d'animaux sauvages, ce qui n'est visiblement pas encore assez pour eux. Ils ont tous les droits. Même celui de chasser des espèces protègées. Plus qu'un droit, c'est leur devoir de gestionnaire.  "La gestion adaptative, c'est celle qui nous permet de pouvoir chasser toutes les espèces, mêmes celles qui sont protégées, comme le cormoran par exemple. A force d'être protégées, elles finissent par être en surpopulation!" (2).
Le chasseur français a toujours été protégé par les différents gouvernements français, quelles que soient leurs idéologies. Il convient donc de le chasser - c'est même un devoir - avant qu'il ne finisse par être en surpopulation. La prudence nous le conseille.

Post-scriptum: Il y a un excès de sangliers en Indre, ce qui a des conséquences fâcheuses sur les cultures. Aussi, le président de la fédération de chasse de l'Indre avait-il, au printemps dernier, annoncé l'interdiction du nourrissage des sangliers au maïs. "La décision a provoqué la colère des chasseurs de sangliers, vents debout contre cette mesure." (4) Aujourd'hui, la peste porcine africaine est une vraie menace. Et l'excès de sangliers inquiète. Un chasseur voit-il plus loin que le bout de son fusil?

A (re)lire sur ce blog:
- "La fable du loup et du rap", 17..2015.
- "La vache", 19.12.2013.
- "Un beau dimanche à la campagne", 20.1.2013.

(1) Jacky Bonnemains: Chasse - Le lobby qui a flingué Hulot, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(2) "On doit chasser certaines espèces protégées", La Nouvelle République - Indre, 10.9.2018.
(3) Jacky Bonnemains: Du plomb dans le sel, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(4) "Sangliers: l'urgence", La Nouvelle République - Indre, 16.9.2018.

samedi 15 novembre 2014

Grands travaux inutiles

Sur quelle planète vivent les travailleurs et responsables d'entreprises françaises de travaux publics? Visiblement pas sur la Terre. Ou alors ils n'ont jamais entendu parler de réchauffement climatique, de perte de biodiversité, de gaspillage d'énergie et de terre. Hier, ils ont manifesté à Nantes pour soutenir le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes. Sans lui, ils n'auront plus de travail, pleurnichent-ils. Il leur est vital. "Et si les travaux publics s'arrêtaient?", demandent-ils sur un calicot. Leur porte-parole exhorte le premier ministre à ignorer "les Khmers verts et les djihadistes verts" (1). Un peu d'intelligence dans ce monde de brutes ferait du bien. Peuvent-ils comprendre que derrière leurs insultes (imbéciles) aux écologistes, c'est l'avenir de la planète et leurs propres enfants qu'ils injurient? Peut-on suggérer à ces personnes d'ôter leurs œillères, de réfléchir un peu, de lire le dernier rapport du GIEC et d'investir et de s'investir dans les travaux d'isolation des bâtiments et les énergies renouvelables plutôt que dans des activités d'un autre siècle, nuisibles à la planète? 

Note: qu'on en finisse avec cette insulte de Khmers, qu'ils soient verts ou de n'importe quelle couleur. Bien sûr, le régime des Khmers rouges fut atroce. Mais la civilisation khmère fut d'une très grande richesse. En faire une insulte, c'est faire preuve d'inculture.

(1) France 3, Journal, 14 novembre 2014, 19h30.

lundi 18 octobre 2010

Sauver le thon et le Belge

Le Sommet de Nagoya s’est ouvert aujourd’hui. Il a pour ambition de définir des objectifs et de dégager des moyens pour préserver la biodiversité mondiale. D’après le WWF, elle a diminué de 30% depuis 1970. Dix-sept mille espèces, oui 17.000, seraient menacées de disparition : 37% des poissons, 21% des mammifères, 12% des oiseaux. Chaque année, treize millions (13.000.000!) d’hectares de forêt sont supprimés.
Le WWF invite tous les citoyens à se mobiliser. « Tous à Nagoya », crie-t-il, nous invitant à embarquer dans un avion virtuel, manière d’indiquer à nos responsables politiques que nous voulons qu’ils prennent le problème à bras le corps. Ticket d’embarquement sur www.wwf.be.
Il faut sauver le thon, le panda géant, l’albatros, le tigre du Bengale, la tortue luth, le cactus. Oui, même le cactus. Ils figurent parmi les victimes des activités humaines et du réchauffement climatique.

Le Belge, lui, est menacé de disparition, victime du « chauvinisme du bien-être ». C’est Mark Hunyadi qui évoque cette espèce d'égotisme des nantis (dans le Vif du 1er octobre). Ce philosophe suisse et professeur à l’UCL estime que les revendications flamandes sont psychologiquement compréhensibles au regard de l’histoire des deux communautés, mais, dit-il, « c’est pour le moins étriqué du point de vue moral et politique. On joue l’intérêt (immédiat et apparent) contre la solidarité. (…) Le fait caractéristique de ce chacun pour soi est qu’il s’affirme de façon décomplexée, dit-il. Même à gauche, on n’ose simplement plus affirmer ce qui était cependant l’une de ses valeurs cardinales : l’internationalisme. Même à gauche, la valeur de solidarité s’est repliée à l’intérieur des frontières nationales. Et à droite, on joue les riches contre les pauvres, les travailleurs contre les fainéants, etc. C’est aussi ce que fait Umberto Bossi en Italie. » L’identité flamande n’est pas menacée, estime le philosophe suisse : « ce n’est pas un repli identitaire, c’est une désolidarisation, c’est la revendication d’une non-solidarité, c’est tout différent ».
En écho, l'eurodéputé écologiste luxembourgeois Claude Turmes dénonce "cet égoïsme qui va de pair avec le succès économique". "On assiste à l'émergence d'une nouvelle droite, estime-t-il, très différente de la droite chrétienne-sociale de jadis. Le S a disparu. Cette nouvelle droite fédère les classes moyennes et les industriels qu'elle met égoïstement au centre de ses préoccupations, au détriment des autres. " Bert De Wever ne dément pas. Il a récemment déclaré que son patron est la VOKA, réseau des entreprises flamandes.

Le bien-être de quelques nantis n'a ni prix ni scrupule et a les mêmes effets. Et le chômeur wallon sera comme le thon: mis en boîte.
Il y a peu de chances que Joke Schauvliege, ministre flamande de l’Environnement, représentante de la Belgique à Nagoya, propose d’ajouter le Belge à la liste des espèces menacées.