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vendredi 17 juillet 2026

Démission d'homme

On aurait dû écouter George Sand.

La forêt de Fontainebleau n'est pas seulement belle par sa végétation ; le terrain y a des mouvements d'une grâce ou d'une élégance extrêmes. Ses entassement de roches offrent à chaque pas un décor magnifique, austère ou délicieux. Mais ces ravissantes clairières, ces chaos surprenants, ces sables mélancoliques deviendraient navrants, peut-être vulgaires s'ils étaient dénudés. Les sciences naturelles aussi ont le droit de protester contre la destruction des plantes basses que ferait bientôt disparaître le dessèchement de l'atmosphère avec la chute des grands végétaux. (...)
Il y a un grand péril en la demeure, c'est que les appétits de l'homme sont devenus des besoins impérieux que rien n'enchaîne, et que si ces besoins ne s'imposent pas, dans un temps donné, une certaine limite, il n'y aura plus de proportion entre la demande de l'homme et la production de la planète. (...)
En attendant que l'humanité s'éclaire et se ravise, gardons nos forêts, respectons nos grands arbres. (...)  Quand la terre sera dévastée et mutilée, nos productions et nos idées seront à l'avenant des choses pauvres et laides qui frapperont nos yeux à toute heure. Les idées rétrécies réfléchissent sur les sentiments qui s'appauvrissent et se faussent. L'homme a besoin de l'Eden pour horizon. Je sais bien que beaucoup disent : "Après nous la fin du monde !" C'est le plus hideux et le plus funeste blasphème que l'homme puisse proférer. C'est la formule de sa démission d'homme, car c'est la rupture du lien qui unit les générations et qui les rend solidaires les unes des autres.

George Sand, "Impressions et souvenirs", paru dans Le Temps, 13.11.1872, texte publié en soutien à ses amis artistes qui s'étaient mobilisés pour défendre la forêt de Fontainebleau. L'Etat français voulait alors supprimer  13298 chênes et 4828 hêtres centenaires pour y substituer l’exploitation du pin jugé plus rentable.
(in "Sand - Ecrits sur la nature - présentation par Patrick Scheyder", éd. Le Pommier, 2022)

A lire :

vendredi 10 juillet 2026

C'est la nature qu'on assassine

On n'entend plus les oiseaux. Juste le loriot tôt le matin. Ils ont autre chose à faire que chanter. Ils consacrent aussi moins de temps à chercher une nourriture et une eau qui se font rares. Ils cherchent à survivre, ailes et bec grands ouverts pour essayer de dissiper la chaleur. Plus assez alertes pour se nourrir ou échapper aux prédateurs, que la chaleur rend plus agressifs, ils voient leurs chances de survie dégringoler.
Les rivières se meurent et avec elles la faune et la flore qui y sont liées : poissons, crustacés, insectes, oiseaux, plantes. Mais qui s'en soucie ? 
Et pourtant... "Avec des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes à cause du dérèglement climatique, écrit The Knowable Magazine (1), les troubles cognitifs observés dans tout le règne animal pourraient avoir des répercussions sur l'ensemble des écosystèmes et fragiliser davantage des espèces déjà en difficulté. Si les pollinisateurs ne savent plus quelles fleurs butiner, la flore sauvage et les cultures en pâtiront." Les animaux sont comme nous : un cerveau en surchauffe et c'est tout le système nerveux qui fonctionne mal, avec des répercussions potentielles sur la perception, la mémoire et l'apprentissage. "Dans les écoles sans climatisation, lorsque le thermomètre monte d'à peine 0,5°C sur une année scolaire, les résultats des élèves baissent de 1%. Alors, quand il monte de 5 degrés... Il en va de même dans la nature : "si les insectes oublient quelles fleurs ils pollinisent (chez les bourdons, il s'agit notamment des tomates et des myrtilles) ou bien comment rapporter du nectar à leur colonie, les insectes en pâtiront, mais aussi les cultures humaines", prévient la chercheuse Emily Baird. 

Dans le Parc naturel régional de la Brenne, 700 hectares, sur 1.000 impactés - ont brulé. "Les dangers sont multiples, même si on peine encore à les mesurer, alarme Laura Beau, responsable scientifique de la réserve naturelle de Chérine. La mortalité des bêtes augmente fortement, aussi bien dans les bois, dans les prairies, dans les haies. Nous avons vu des sangliers partir en courant face à la fumée. Les cistudes [tortues caractéristiques de la Brenne] sont encore en période de ponte : les œufs enterrés sous la surface ne sont pas protégés des flammes ni de la chaleur. Des étangs avec les roselières ont également brûlé, sauf que les oiseaux paludicoles s’y reproduisent, et que les plus jeunes n’ont pas encore appris à voler. Là je ne parle que du feu mais ces espèces souffrent déjà beaucoup. La biodiversité est impactée par le changement climatique, la réduction des habitats ou l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes. Donc nous sommes face à une catastrophe pour certaines espèces."
Le président du PNR déplore de voir "des paysages et des écosystèmes totalement détruits en quelques heures" et pose des questions : "Au-delà de la canicule, on doit se poser la bonne question sur l’enfrichement de la Brenne au détriment des paysages ouverts agricoles. Aujourd’hui, beaucoup de zones sont réservées à la chasse et s’enfrichent. Doit-on continuer à développer ces réserves de chasse qui favorisent des incendies de cette ampleur ?". 

N'en déplaise aux esprits simplistes, la climatisation ne résoudra pas tout et ne sera d'aucune aide à la nature. Après les mouches. S'il en reste.

(1) Marta Zaraska, "Les animaux déboussolés par les vagues de chaleur", The Knowable Magazine, 19.5.2026, in Courrier international, 2.7.2026.
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/reagissons-avant-qu-il-soit-trop-tard-alors-que-des-incendies-ravagent-la-brenne-le-president-du-parc-naturel-pointe-les-reserves-de-chasse-1783607387
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/saint-michel-en-brenne/nous-sommes-completement-demunis-le-desarroi-et-la-frustration-face-aux-feux-qui-menacent-la-biodiversite-en-brenne-1783616957

mercredi 7 mai 2025

What a wonderful world

On sentait bien qu'il y avait un manque. Poutine et sa clique de tueurs qui veulent avaler le territoire ukrainien quel que soit le prix du sang et qui terrorisent leur propre population ; Nétanyahou et son gouvernement d'extrême droite qui veulent raser Gaza et faire fuir ses habitants qu'ils n'auront pas tués ; le Hamas qui préfère voir mourir les Palestiniens que de relâcher les otages israéliens ; le Soudan qui se déchire, tout comme le Yemen ; la guerre entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo ; l'Iran et l'Afghanistan qui enferment les femmes qui ont le grand tort de ne pas se contenter de vivre dans leur cuisine ; la Chine qui menace Taïwan ; l'Algérie et la Tunisie qui emprisonnent leurs intellectuels ; le régime turc qui enferme ses opposants ; la Birmanie, la Corée du nord, la Biélorussie et tant d'autres pays qui empêchent toute liberté à leurs habitants ; la Chine et la Russie qui colonisent l'Afrique ; les extrémistes de droite et les populistes qui s'installent au pouvoir ou s'en approchent ; l'antisémitisme qui revient au grand galop avec l'aide, notamment, de l'extrême gauche ; les demandeurs d'asile qui sont considérés comme des pestiférés ; le réchauffement climatique qui s'accélère tandis que les voyages en avion n'ont jamais été aussi nombreux ; le Père Ubu qui a pris la tête des Etats-Unis et s'amuse à tout casser ; tout cela ne suffisait pas. Voilà que l'Inde et le Pakistan se font la guerre. 

L'animateur et comédien Hervé Pauchon a traversé la France à pied en demandant aux gens croisés sur sa route ce qui les rend heureux (1). Le plus souvent, c'est leur lien avec la nature qu'ils citent. On voit par là que la nature est bien plus rassurante que l'humanité. 

https://www.youtube.com/watch?v=VqhCQZaH4Vs

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-mercredi-07-mai-2025-6502218

samedi 6 mai 2023

Un monde fou

Vous plantez des arbres et des arbustes, tant et plus. Vous laissez pousser librement, un peu partout, herbes et fleurs sauvages. Vous respectez les haies. Vous laissez des tas de foin et de branchages pour qu'ils servent d'abris aux animaux. Et puis vous levez le nez. Et un découragement soudain vous tombe sur les épaules en voyant des dizaines de traces de passage d'avions. 
Vous vous souvenez de ce que vous avez entendu ces derniers jours. Air France a augmenté ses tarifs mais ses vols ne désemplissent pas, au contraire. Le nombre de vols de jets privés a explosé. Les voyageurs aériens sont toujours plus nombreux. Les agences touristiques et le commerce français réclament plus de vols au départ de la Chine : les touristes chinois sont de bons clients. 
Vous vous souvenez aussi avoir entendu que les stations de sports d'hiver ont fait le plein cet hiver et que les autoroutes sont saturées lors de tous les longs week-ends de ces semaines-ci.
Vous vous demandez qui sera tenu responsable de ce suicide collectif.



Et, parfois, vous vous dites qu'il vaudrait mieux ne regarder le ciel que la nuit.





vendredi 28 octobre 2022

Inquiétant

La nature est totalement perturbée par cet été qui n'en finit pas, avec ces températures beaucoup trop douces, voire trop chaudes pour la saison. Des arbres produisent des feuilles, des bourgeons sont prêts à s'ouvrir.
Et voilà que cet après-midi un grand vol de grues passe dans la direction du nord-est, à l'exact opposé de celle qu'elles ont prise il y a quelques jours ou quelques semaines. La nature perd le nord. Par notre faute.


Post-scriptum : les grues, ce dimanche 30 octobre, ont retrouvé le sud-ouest. Ouf !



lundi 30 mars 2020

Chut !

Dans dix ans, nous disait-on récemment (1), le silence de la nature aura disparu de la Terre. Il est aujourd'hui impossible, sur la majeure partie de la surface terrestre, de ne pas entendre un seul bruit causé par les activités humaines pendant un quart d'heure. Quinze minutes sans bruit non naturel, voilà la définition du silence. Voitures, camions, motos et bus, trains, engins agricoles, avions, tronçonneuses, tondeuses, ponçeuses, foreuses, tirs de chasse laissent peu de place au silence. Plus aucun lieu en France n'est à l'abri du bruit. Ce qui met en danger de nombreuses espèces animales qui ont besoin de calme.
Et voilà qu'un petit virus impose le silence. Dans nos campagnes que certains qualifient de reculées et déjà calmes habituellement, voilà que plus un avion ne nous survole, plus une voiture ne passe pendant plus d'une demi-heure. Quasiment aucune le dimanche après-midi ni la nuit.
La faune en profite pour prendre ses aises. Même en ville. On a vu des sangliers cavaler en plein centre de Barcelone, un puma se promener dans un quartier résidentiel du Chili, une famille de canards en balade le long du périphérique parisien, protégée par la police. Les plages de Lima, interdites aux humains, sont occupées par des milliers d'oiseaux, tant sédentaires que migrateurs.
"Le silence n'est pas l'absence de quelque chose, mais la présence de tout." Il suffit de savoir l'écouter.

(1) Arte, "28 minutes", 25.11.2019.
(2) France 2, Journal, 29.3.2020, 20h.

lundi 23 septembre 2019

Au feu

Ce blog a souffert de la sécheresse. Difficile de le faire vivre sans connexion Internet, ce qui fut le cas durant plusieurs jours suite à un important incendie qui a ravagé quelque quatre cents hectares de prés, de haies et de bois aux abords du village et dans l'un de ses hameaux. Le pire a été évité: aucune victime à déplorer et aucune habitation touchée grâce à l'action efficace de trois cent cinquante pompiers, dont certains venus de très loin pour combattre un feu qui, aidé par un vent assez violent, a galopé sur quatre kilomètres.
Un autre incendie s'était déclaré le même jour et sur une superficie analogue dans une forêt voisine.
Et d'autres encore dans les départements voisins de la Haute-Vienne et de la Creuse ces derniers temps.
Le département de l'Indre était devenu une véritable boîte d'allumettes, déclarait un colonel des pompiers, tant la sécheresse était extrême dans cette région, pourtant connue pour sa richesse en eau, grâce à ses "mille étangs" (qui sont en réalité trois à quatre mille), à ses mares, à ses rivières, à ses fossés remplis d'eau à ras bord en période de pluie. Mais la pluie, jusqu'à hier, n'était plus qu'un lointain souvenir. A part l'une ou l'autre rare averse, il n'avait plus réellement plu ici depuis quatorze mois, constatait récemment Christian Toussaint d'Indre Nature (1). De nombreuses rivières sont totalement sèches, avec de graves conséquences pour leur faune et leur flore. D'autres rivières, où l'on peut habituellement pratiquer le kayak, sont réduites à quelques flaques d'eau. 
Il y a une semaine, le niveau de la rivière Indre a baissé de soixante centimètre en quarante-huit heures. A Ardentes, près de Châteauroux, on est à 4% du débit habituel en septembre. La Creuse est en situation d'écoulement négatif: l'évaporation y est supérieure à l'apport en eau.
Quand ils n'ont pas été calcinés, les arbres sont gris, certains ont déjà laissé tomber leurs feuilles. Les feuilles mortes crissent sous les pas, se réduisent en miettes dès qu'on les piétine.
A Guéret, chef lieu du département voisin de la Creuse, longtemps qualifié de "château d'eau de la France", les réserves d'eau sont quasiment épuisées. Le maire, m'explique un ami néo-creusois, a acheté 16.000 bouteilles d'eau qu'il fera distribuer aux habitants le jour très proche où les robinets ne délivreront plus une goutte.

Les exploitations piscicoles, nombreuses dans le Pays des 1000 étangs, sont au bord de la faillite. La Fédération de l'Indre pour la pêche et la protection du milieu aquatique réclame "une aide financière exceptionnelle et urgente" (2). Mais on sait déjà, toutes les études l'indiquent, que cette situation, impensable il y a quelques années encore, se repètera dans les années à venir et qu'on ne pourra pas multiplier les aides exceptionnelles. Ce que vit cette région du centre de la France n'est qu'une illustration parmi tant d'autres des conséquences dramatiques du réchauffement climatique. 
Plus qu'à distribuer des aides financières aux pêcheurs, aux pisciculteurs, aux agriculteurs, aux éleveurs, aux forestiers, aux pépiniéristes, il y a une extrême urgence à changer nos modes de vie incendiaires. Ce qui passe notamment par un réinvestissement dans les transports en commun et simultanément par - la Cour des Comptes vient d'en rappeler l'importance - l'application d'une taxe carbone. Mais le gouvernement, tétanisé par les Gilets jaunes, n'en veut pas. Récemment, suite aux tensions dans le Golfe persique, le prix du baril de pétrole avait fait un bond de 15%. Immédiatement, des Gilets jaunes avaient hurlé pour exiger une garantie du maintien des prix à la pompe. Aujourd'hui, on apprend la faillite de l'agence de voyage Thomas Cook. Six cent mille voyageurs sont bloqués ici, là et ailleurs. Dont des touristes qui ont pris l'avion pour un week-end de trois ou quatre jours à Venise, Barcelone ou Vienne. Nos modes de vie basés sur un plaisir égoïste et insouciant mettent le feu à la planète. Et donc à nos villages.

Post-scriptum: Le Journal de 19h de France 3 Centre - Val de Loire de ce lundi nous apprend que le niveau de l'Indre a à nouveau baissé de 60 cm en 48 heures. Au point que la rivière est quasiment à sec. Les dégats seront irréversibles, estime Indre Nature. La moitié des cours d'eau du département sont à sec, soit 2500 km de rivière. Les autres présentent des débits de 80% inférieurs aux minima connus jusqu'ici. Et les responsables politiques restent muets face à cette situation catastrophique, dénonce Indre Nature. Il faudrait 50 jours de pluie pendant quatre mois pour revenir à une situation à peu près normale.















(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/secheresse-l-indre-a-baisse-de-60-cm-en-48-heures-des-degats-irreversibles?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=57&pageId=57da5ce5459a4552008b469a
(2) "La Fédération de pêche de l'Indre tire la sonnette d'alarme", La Nouvelle République Indre, 19.9.2019.

vendredi 7 juin 2019

Un coq qui manque de savoir vivre

L'extinction des espèces s'opère à un rythme trop lent. La nature est trop bruyante. Elle empêche l'homme civilisé de dormir. L'homme civilisé est épuisé par sa vie trépidante. Il a besoin de récupérer. Mais la nature l'en empêche.
Sur l'île d'Oléron, un coq a la mauvaise idée de chanter dès le matin. Et même avant. Ce qui réveille un couple de retraités qui s'en plaint. Maurice - c'est le nom du coq - fait ce qu'ont fait avant lui tous ses aïeux: annoncer le lever du jour. Mais ses voisins civilisés n'ont pas besoin de son chant qu'ils trouvent peu mélodieux: ils ont un radio-réveil qui leur propose de la musique de variétés et même de la musique classique. Ils souhaitent donc que Maurice passe à la casserole ou en tout cas aille chanter ailleurs sans plus les importuner. Il suffirait qu'il cesse de chanter. Ce que ne peut un instant imaginer Maurice qui déprime: enfermé toute la nuit dans une cabane, il ne peut en sortir qu'à 8h30. Mais Maurice n'est heureusement pas seul. Il reçoit beaucoup de soutien d'élus et d'habitants soucieux de préserver le caractère du monde rural avec son lot de cocoricos, de sonneries de cloches, de coassements de grenouilles, de chants d'oiseaux, de meuglements de vaches et de rouspétances des voisins civilisés.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/06/07/maurice-le-coq-chanteur-devenu-le-symbole-d-une-ruralite-menacee_5472718_3224.html

mercredi 20 janvier 2016

La nature (in)humaine




Le dit-on assez? La nature va mal. Et on n'est pas sûr que les décisions de la COP21 y changeront grand-chose. Aujourd'hui, quantité d'espèces disparaissent presque aussi vite que fond la glace du pôle nord. Selon la journaliste américaine Elisabeth Kolber, qui a mené à ce sujet une analyse durant cinq ans(1), un tiers des amphibiens seraient menacés de mort et il en va de même pour un quart des mammifères ou encore un sixième des oiseaux. "En tout, plus de dix pour cent de la faune actuelle s'éteindrait en une génération. Un tel événement se produit en général tous les cent millions d'années, et beaucoup plus lentement, et voilà que nous avons la (mal)chance d'y assister en direct, relève la reporter dans un demi-sourire (2)."
L'urbanisation sans cesse croissante, la déforestation, la désertification, les champs pétroliers, l'agriculture intensive, la production et la consommation de viande, l'extension des zones d'élevage, l'augmentation des transports terrestres et aériens, la surpêche, la production de CO2, l'emprise d'un tourisme de plus en plus massif, la commercialisation des animaux, le réchauffement climatique, voilà autant de causes humaines de la dévastation de la nature.
Bien sûr, ici et là, et même un peu partout, des citoyens, des associations, des pouvoirs publics tentent si pas de renverser la vapeur, en tout cas d'éviter le pire.
Mais l'économie a toujours besoin de plus d'espace, sur terre comme dans les airs, pour se développer. D'espaces aseptisés, débarrassés de cette nature incontrôlée ("La Terre, cette rebelle à mater",  écrit Fabrice Nicolono) (3). En France, 70.000 hectares sont bétonnés chaque année. Si on apprécie (parfois) la nature en vacances, il ne faudrait cependant pas qu'elle nous empêche de vivre au quotidien. On peut reprocher à quantité de responsables (?) politiques leur servilité au rouleau compresseur de l'économie et de la croissance, mais il faut aussi constater qu'il sont trop peu nombreux les citoyens qui s'opposent aux nouveaux centres commerciaux, aux nouveaux lotissements, à ces villes qui s'installent à la campagne parce que l'air y est plus sain... Combien d'entre nous râlent sur ces villes qui n'offrent plus de place pour se garer et se réjouissent de voir se développer, à la périphérie des villes, des zones commerciales excessivement gourmandes en espaces de nature ou en terres agricoles? Un environnementaliste français faisait récemment remarquer qu'en Allemagne, quand un centre commercial s'installe, ses parkings sont exclusivement prévus ou sur son toit ou dans son sous-sol. En France comme en Belgique, comme dans trop de pays, chaque commerce a ses parkings gigantesques, étalés à l'horizontale et bétonnés. 
L'homme est un bipède à quatre roues qui dévore la nature. Et se moque de l'avenir de ses enfants.

Les êtres humains sont les seuls animaux dont j'ai réellement peur.
George Bernard Shaw



(1) La 6e extinction. Comment l'homme détruit la vie, éd. La Librairie Vuibert, 2015.
(2) Erwan Desplanques: La voix de la faune, Télérama, 23 décembre 2015.
(3) Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture, éd. Les Echappés, 2015.

mardi 7 octobre 2014

L'intolérance est-elle dans la nature?

"Un papa, une maman, c'est la nature". Voilà un des slogans des participants à la Manif dite "pour tous". Bien, observons alors la nature. On remarque assez vite que chez de très nombreuses espèces le père n'existe pas, le rôle du mâle se limitant à celui de reproducteur. On y voit aussi que l'homosexualité n'y est pas rare, on y a vu des couples du même sexe capables d'attention et d'affection pour des petits dont ils ont pris en charge l'éducation. Et que nombreux sont les animaux qui adaptent leur comportement en fonction des circonstances, de leur expérience, de l'attitude des autres. Bref, la nature est culturelle et s'inscrit dans une dynamique permanente. Elle n'est jamais figée. Elle s'adapte. Imaginons-la s'imposer sans culture. Quelles lois appliquerait-elle? La loi de la jungle, celle du plus fort, la domination voire l'élimination des faibles, la guerre, la conquête de territoires. C'est pourquoi les partis d'extrême droite font souvent référence à un "ordre naturel", à des "lois naturelles" et se méfient tant de la culture.
Dans "Bêtes et hommes" (1), Vinciane Despret relate de nombreuses observations qui ont permis de comprendre combien les animaux sont capables d'adaptabilité (2). "Tous ces exemples, écrit-elle, ont conduit les éthologistes à demander qu'on revisite certaines certitudes: la culture n'était pas le propre de l'humain; elle ne l'a jamais été. Les animaux inventent, changent leur habitudes, créent des ethos particuliers. Et l'éthologie renoue ainsi avec l'étymologie qui lui a donné son nom - ethos, les mœurs, les coutumes, les habitudes: elle devient science des habitudes, de celles qui sont fixées et de celles qui se modifient, de celles qui se transmettent et de celles qu'on voit disparaître. Comme celles des humains."
La nature est donc en mouvement et cette évolution est possible grâce à la culture. Ce que ne semblent pas savoir, ou vouloir voir, les opposants au mariage pour tous qui tentent de nous renvoyer à un état naturel qui n'existe pas. Le degré de civilisation d'une société (sa capacité à être civile, dans tous les sens du terme) se mesure à la complexité de son organisation, des rapports et des formes de communication entre ses membres, à son adaptabilité aux circonstances, à l'évolution de ses réflexions, à ses avancées scientifiques contrôlées. A sa culture donc. La référence à une nature à l'état pur et aux formes immuables est tromperie. Elle n'est qu'une manière de refuser l'évolution de la société.
Résumons-nous: les philistins roses devraient mieux observer la nature. Ils se cultiveraient.

(1) Gallimard, 2007.
(2) notamment ces mésanges anglaises qui avaient mis au point une technique pour ouvrir les bouteilles de lait déposées sur le seuil des maisons au petit matin. Ou encore ces baleines à bosse qui inventent de nouveaux chants qui se propagent comme des chansons à la mode à travers tout l'hémisphère australien.

mardi 4 juin 2013

Oh les beaux jours

Le printemps semble enfin se souvenir que cette période est la sienne. Il est en train de chasser l'automne. On s'en réjouit. Les jardiniers et les cantonniers aussi. La nature reprend ses droits et l'homme lui fait la guerre. Les mauvaises herbes n'ont guère d'espoir, elles ne connaîtront pas l'été. Ici et là, on croise des hommes masqués, harnachés d'un distributeur d'herbicide, le coude pompant à tout va. Un peu partout, on nous appelle à cesser d'utiliser une chimie mortifère, rejetée en ces temps qui se veulent écologiques. Mais bien des communes et des habitants ne sont visiblement pas de leur temps.

jeudi 27 septembre 2012

Ainsi fond, fond, fond

En 2015-2016, les glaces d'été pourraient avoir totalement disparu de la banquise arctique. C'est ce qu'affirme le Pr Peter Wadhams (de l'Université de Cambridge) (1). Cette fonte des glaces constituerait un "désastre global", dit-il, parce que, à cause de ce réchauffement, les fonds marins libéreraient d'importantes quantités de méthane qui augmenteraient le réchauffement de la planète.
Dans les Pyrénées, un autre scientifique tire le signal d'alarme: les glaciers reculent d'année en année, au point de risquer eux aussi de disparaître (2). C'est d'ailleurs déjà le cas de certains d'entre eux.
La revue scientifique "Nature" nous annonce, elle, "un changement d'ère" (selon l'expression de Libération" (3): nous allons vers un effondrement irréversible des écosystèmes et un destin humain de plus en plus incertain, selon certains chercheurs. "La biosphère est au bord d'un changement d'état, d'une sorte de basculement vers l'inconnu", écrit la journaliste Laure Nouahlat (3). "Plusieurs phénomène se télescopent: accélération de la perte de la biodiversité (4), intensification des épisodes climatiques extrêmes, modification rapide des flux de production et de dépense d'énergie...". On apprend via cette étude qu'au cours de son histoire l'humanité a modifié 43% des terres immergées de la planète, les villes s'étendant tant et plus et l'agriculture intensive ayant besoin de vastes espaces dénudés plutôt que de forêts. "Par ricochet, cela affecte quasiment toutes les surfaces restantes: un tiers de l'eau potable est détourné pour les usages humains et 20% de la production terrestre primaire sont réservés aux besoins humains", explique Tony Barnovsky, qui a coordonné les travaux des chercheurs. Le monde court vers un bouleversement total et incontrôlable. "On assistera probablement à de vastes mouvements d'espèces sur des parties inhabitées de la terre, des pertes colossales de la biodiversité, l'émergence de nouveaux biotopes et, pourquoi pas, des forêts tropicales en Antarctique", écrit Libération. Les scientifiques estiment que les pires modifications pourraient avoir lieu au cours de ce siècle, d'ici à 2050.

Pendant ce temps-là, le monde n'a qu'une préoccupation: savoir s'il faut autoriser ou non des caricatures du Prophète.
Pendant ce temps-là, les motards belges manifestent contre l'obligation d'un contrôle technique.
Pendant ce temps-là, le monde frémit dès qu'augmente le prix des carburants et que diminuent les ventes de voitures.
Pendant ce temps-là, des parlementaires wallons contestent la notion de noyau d'habitat et veulent pouvoir autoriser des constructions où bon leur semble.
Pendant ce temps-là, les zones commerciales et économiques continuent à se développer à l'extérieur des villes (comme à Tournai et à Mons, pour ne prendre que ces deux exemples), avec leurs inévitables parkings (5).
Pendant ce temps-là, la Cour de Justice de l'Union européenne interdit à l'association Kokopelli le commerce des semences de variétés anciennes, au nom d'un objectif de "productivité agricole accrue"(6).

"Défendre la nature sur tous les fronts est une chose malaisée car on se heurte à l'indifférence, à l'ignorance, au scepticisme, et surtout l'on a contre soi, plus ou moins ouvertement, tous ceux qui donnent aux convoitises personnelles le pas sur l'intérêt commun, tous ceux qui, prêts à compromettre le futur pour un avantage immédiat, ne font pas objection au déluge pourvu qu'ils ne soient plus là pour y assister." C'est le biologiste Jean Rostand qui s'exprimait ainsi. Pierre Fournier le citait dans l'éditorial du premier numéro de "La gueule ouverte". C'était en novembre 1972 (7). Il y a quarante ans.

(1) LLB, 19 septembre 2012.
(2) JT de France 2, 25 septembre 2012.
(3) 10 août 2012
(4) notons avec surprise que le correcteur orthographique de Word ne connaît pas le mot biodiversité.
(5)  LLB, 31 août 2012.
(6)  LLB, 25 juillet 2012.
(7) "Fournier, précurseur de l'écologie", Patrick Gominet et Danielle Fournier, Les cahiers dessinés, 2011.