mardi 27 octobre 2026

Faites du bruit

La politique a muté.  Comment être élu aujourd'hui sans être hyperactif sur les réseaux présentés comme sociaux ?
Au Brésil, le vieux Lula a renversé la vapeur grâce aux réseaux sociaux dont il s'est saisi en dernière minute. Il en était absent jusque récemment et vient seulement de se procurer un téléphone mobile (1).
La politique est plus que jamais l'art de paraître et d'apparaître. Pour qu'on parle de lui, un candidat doit... parler de lui, multiplier les punchlines, flinguer ses adversaires, s'appuyer sur ceux qu'on appelle influenceurs, publier la moindre de ses réflexions, donner de l'importance à la moindre de ses actions même la plus banale, diffuser un maximum de photos de lui, sourire, lever le pouce.  
Pour plaire aux jeunes, il faut se montrer et faire du bruit. Bardella et Mélenchon l'ont compris, qui additionnent les UBM, les unités de bruit médiatique.
Raphaël Glucksmann refuse d'utiliser le réseau chinois TikTok qu'il considère comme une menace pour la démocratie et pour la jeunesse (2). Et il le paie. Beaucoup de jeunes ne l'entendent pas lui, mais uniquement les attaques et les moqueries dont il est l'objet de la part de ses adversaires. 
Quelle place y a-t-il encore pour le projet, le programme, le débat, la nuance ?

Un sondage récent (3) indique que dans tous les scénarios Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon récolteraient près d'un tiers des intentions de vote des moins de 35 ans. Chez les 18-24 ans, Mélenchon est même crédité de 42 %. Les jeunes apparaissent fascinés par les extrêmes, les virulents, ceux qui se présentent en sauveurs avec des solutions radicales et sans nuances. Sont-ils en recherche de démocratie ou d'autorité ?
D'un côté, une fille à papa qui a fait la preuve de son indigence intellectuelle lors des deux débats précédents d'entre-deux-tours et dont le parti vient de présenter un projet de budget de l'Etat que tous les économistes de France s'accordent à trouver ridicule.
De l'autre, un vieux stalinien caractériel qui éructe trop souvent, flingue qui ne pense pas comme lui, excommunie tout opposant interne, menace la presse, les préfets et la police.
Tous les deux n'ont quasiment pas eu de profession autre que l'exercice de multiples mandats politiques. Mandats dans lesquels, l'une comme l'autre, ont brillé par leurs absences aux assemblées. Tous deux se présentent comme des adversaires du système qui les a nourris.

Le bruit médiatique rend naïf. Ce sont des partis qui fonctionnent avec un chef, qui dépendent entièrement de celui ou celle qui y exerce sa toute-puissance et qui en exclut tout membre critique par rapport au chef et à sa stratégie. LFI appartient à Mélenchon, comme le RN appartient à la famille Le Pen et comme En Marche était le parti de Macron. On n'a pas ici de projets collectifs, mais des partis construits pour satisfaire des ambitions individuelles. Il est vrai que l'élection présidentielle française se résume encore et toujours au choix d'un roi.

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/26/raphael-glucksmann-un-candidat-a-la-presidentielle-a-la-recherche-de-la-jeunesse-perdue_6800424_823448.html
(3) https://www.tf1info.fr/politique/elections/presidentielle/sondage-lci-pour-qui-veulent-voter-les-jeunes-lors-de-l-election-presidentielle-2027-2471222.html
https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-belgique-le-rn-n-a-meme-plus-besoin-d-etre-respectable_281568

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