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mercredi 15 janvier 2020

Show must go on

Une bonne partie de l'Australie est en feu et un nuage de fumée aussi large que la superficie de l'Europe plane sur le pays. A Melbourne, le niveau de pollution est classé "dangereux" à cause des fumées. On pourrait croire que l'Open de tennis qui doit y débuter lundi prochain serait annulé. Ce serait faire peu de cas des enjeux financiers en jeu, nous explique-t-on: les droits de retransmission vendus aux télés du monde entier se chiffrent en centaines de millions de dollars.
C'est donc des sportifs qu'on fait peu de cas. Une joueuse slovène a dû abandonner lors des épreuves de qualification, prise de quintes de toux, victime de détresse respiratoire. Le public, peu nombreux et masqué, l'a applaudie à sa sortie du court. Une joueuse colombienne a eu recours à un inhalateur pendant les pauses. "On a l'impression d'être dans un fumoir", déclare un coach. Une Française explique que de sa chambre elle ne peut voir les courts de tennis, noyés dans la fumée. (1)
On voit par là que l'argent n'a pas d'odeur, même pas celle d'un incendie, et que, même s'ils sont bien payés, les joueurs et joueuses de tennis sont des esclaves qui doivent assurer, coûte que coûte, le spectacle du cirque.

how can we dance when our earth is turning?
how can we sleep while our beds are burning?

the western desert lives and breathes
in forty five degrees

Midnight Oil, "Beds are burning" (1986)

(1) France Inter, Journal de 13h, 14.1.2020.

mercredi 8 janvier 2020

Les hommes du passé

En 2019, la France a connu quinze catastrophes, qu'on ne peut plus qualifier de naturelles, dont le coût est estimé à un milliard d'euros. (1) 
Si on est intelligent, on se dit qu'il y a urgence à changer de mode de vie. Mais nous avons sans doute cessé d'être intelligent. Et notre système démocratique basé sur les élections ne nous y aide pas. Les élus, de quelque bord qu'ils soient, souhaitent avant tout garder leur poste. Et sont, dès lors, très frileux quand il s'agit de prendre des décisions qui risquent de les rendre impopulaires.

L'Australie est en feu depuis août dernier. Déjà, une surface équivalente à celle de la Belgique a été ravagée par les flammes. Et le pire est à venir, selon des experts. Les morts sont nombreux chez les humains et innombrables chez les animaux. Le pays a connu des précipitations et des températures records (49,8°C le 19 décembre), engendrées, selon les spécialistes, par le dérèglement climatique qui est aussi la cause de vents violents.
Entre le 1er août et le 16 décembre 2019, "les feux de brousse qui ravagent l'Australie ont libéré 270 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, ce qui représente un peu moins de 10% des émissions globales du pays sur la même période". (2) 
Toute personne sensée se dirait qu'il faut prendre des mesures radicales et rapides pour diminuer les causes du réchauffement climatique. Fermer les mines de charbon notamment, l'Australie produisant un tiers des exportations mondiales de ce minerai. Cette hypothése est vue par le premier ministre comme "irresponsable" et "nuisible à l'économie". Le feu aussi est irresponsable et nuisible à l'économie. Mais le premier ministre a promis de "maintenir le cap d'une gestion responsable en abordant de manière responsable les changements du climat et en veillant de manière responsable à ce que nous puissions faire croître notre économie" (3). Des propos - tenus au retour de ses vacances à Hawaï - qu'on ne saurait qualifier autrement que d'irresponsables.

L'Australie n'est pas, loin s'en faut hélas, le seul pays touché par les incendies. "2019 fut le théâtre d'une activité exceptionnelle, tant en termes d'intensité des feux de forêts que d'émissions, avance le CAMS (service de surveillance de l'atmosphère du programme européen Copernicus). Entre le 1er janvier et le 30 novembre, environ 6.735 millions de tonnes de CO2 ont été relâchées dans l'atmosphère. Outre l'Australie, d'importants incendies ont touché l'Amazonie, l'Indonésie, mais également la Syrie, faisant peser des inquiétudes sur la sécurité alimentaire de ce pays déjà fragilisé. Et au mois de juin, les feux de forêts du Cercle polaire arctique ont également été sans précédent en termes d'emplacement, d'ampleur et de durée." (2)

Pendant que la Terre part en fumée, des parents d'élèves s'indignent que leurs enfants, lors d'un spectacle de Noël, puissent porter un message écologique. Ils produisent du pétrole et n'envisagent pas une seconde qu'on puisse ne pas en consommer. Suite à la représentation du spectacle Santa goes green par ses élèves, la directrice de cette école du Saskatchewan a présenté ses excuses aux parents: il ne faut y voir "aucun message hostile à l'industrie pétrolière ou gazière", importante dans cette région. Les industries devenues traditionnelles sont sacrées. Les habitants du Saskatchewan y croient plus qu'au réchauffement climatique. En 2016, 56% d'entre eux seulement croyaient que ce dernier  puisse être une réalité (4).

De l'autre côté du Canada, l'industrie du sapin de Noël se porte bien. Dubaï en achète en quantités industrielles. Ils y arrivent par bateau en conteneurs réfrigérés. Ils se vendent bien à New York aussi: jusqu'à 1.000 dollars pièce, alors qu'ils ne coûtent que 150 dollars à Montréal ou à Québec.
La province de Québec est un des principaux producteurs mondiaux de sapins de Noël: en 2018, 3,9 millions de sapins ont été exportés, pour un montant de 43 millions de dollars (5). Faire voyager à travers la planète des arbres en frigos, voilà une pratique qui donne envie d'en finir avec Noël. 

Dans l'Union européenne, selon sa Commission, le transport routier de marchandises devrait croître de 60 % d'ici 2050 (6). Où fera-t-on rouler tous ces véhicules qui augmenteront considérablement un niveau de pollution que l'Europe s'est engagée à juguler?

"L'avenir appartient à Greta Thunberg et à sa génération. Ces types actuellement au pouvoir aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil, ne sont que des losers, des représentants d'un monde et d'un système en bout de course. Ils vivent dans le passé, croyant qu'ils peuvent arrêter la marche du temps. Il existe un décalage de plus en plus grand entre nos leaders et le peuple, surtout les jeunes. Ça ne peut plus durer." Neil Young (7).

(1) Journal de 13h, France Inter, 27.12.2019.
(2) "2019, une année exceptionnelle pour les feux de forêt", Le Soir, 20.12.2019.
(3) "Pour le Premier ministre australien, le charbon à tout prix", Le Soir, 24.12.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/un-pere-noel-ecolo-lors-dun-concert-provoque-un-tolle-dans-une-ville-petroliere-canadienne_fr_5e029d15e4b0843d36020b01?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) Ludovic Hirtzmann, "Les profits délirants des vendeurs de sapins québécois", Le Soir, 24.12.2019.
(6) Elodie Lamer, "L'accord sur le dumping social crée la polémique", Le Soir, 24.12.2019.
(7) Hugo Cassavetti, "L'Indompté", Télérama, 6.11.2019.

lundi 17 décembre 2012

De braves gens d'armes

On dit - et on a raison de le dire - que c'est un pays qui s'est conquis et forgé les armes à la main. Les Indiens et les bisons ne sont plus là pour en témoigner. Des Américains affirment que leur retirer leur arme serait leur couper le bras. Leur laisser leur arme, c'est aussi leur retirer leurs enfants.
Une ixième agression dans une école primaire a fait vingt-sept morts il y a trois jours. L'émotion est énorme et compréhensible. Mais, nous dit un observateur (1), ces morts ne sont que le quotidien de ce pays qui en dénombre chaque année 30.000 par armes à feu. Soit 82 par jour en moyenne. 
Des Américains amateurs d'armes (ils sont 47% des habitants de ce pays) estiment que ces tueries ne sont l'affaire que "de gens qui pètent un câble". Les braves gens savent que eux ne pèteront jamais un câble et qu'il est indispensable de disposer d'une arme pour se défendre contre les gens qui en ont une et l'utilisent contre eux. C'est à cela qu'on reconnaît les braves gens: à leur clairvoyance. S'ils pètent un câble, c'est qu'ils n'étaient pas de braves gens, mais des péteurs de câble déguisés.  
La NRA, lobby des possesseurs d'armes, se mobilise déjà. Elle regroupe quatre millions de braves gens. Pas question de toucher au sacro-saint droit, garanti par la constitution, de posséder une arme. Même de guerre. C'est que les Américains sont constamment en guerre. Si ce n'est pas à l'autre bout de la terre, c'est chez eux, contre leurs semblables. Certains estiment que les instituteurs devraient posséder une arme pour défendre leurs enfants. "Où est l'humanité quand on empêche les faibles de se défendre?", demande un amateur d'armes (2). Peut-être faudrait-il armer les enfants eux-mêmes. Comme la mère du tueur de Newtown qui collectionnait les armes et emmenait ses enfants au stand de tir. 
Après trop de tueries, l'Australie a décidé en 1996 de réglementer la possession d'armes. L'Etat en a racheté 600.000 d'entre elles et a sévèrement restreint le droit de possession d'une arme. Résultat: le nombre de meurtres par arme à feu a diminué de 60% (2). 
Obama va-t-il oser affronter la NRA? He can? 

(1) JP de France Inter, 16 décembre 2012, 13h.
(2) JT de France2, 17 décembre 2012, 20h.