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dimanche 6 novembre 2022

Soupe à la grimace

Le dérèglement climatique a des effets qu'on ne soupçonnait pas. Il dérègle aussi les esprits de certains activistes qui veulent le défendre. La mode veut qu'ils projettent de la soupe sur des œuvres d'art pour dénoncer l'inaction des gouvernements dans la lutte pour sauver le climat. Cherchez le lien. Il n'y en a pas. Sauf qu'ils clament que nous devons aujourd'hui choisir entre la vie l'art et qu'ils préfèrent la première. Mais l'art, c'est la vie. Comme l'écrit Caroline Fourest (1), "depuis quand, à gauche, oppose-t-on l'art à la vie ? Comme jadis l'Eglise ou l'Empire (qui voulait décrocher les toiles de Manet), la génération offensée peut donc brûler des livres ou attaquer des œuvres d'art si la cause leur paraît juste. A force de se rendre au musée pour jeter de la purée, elle semble ignorer qu'une tradition millénaire sépare le happening du vandalisme. Qu'il existe une différence philosophique de taille entre blasphémer et briser des idoles."

Que les activistes s'en prennent aux industries polluantes, celles de l'automobile, de l'aviation, de la chimie, de l'agro-industrie, est logique, simplement logique. Mais à l'art ? Les attaques contre l'art sont le fait des régimes autoritaires. "En démocratie, écrit encore Caroline Fourest, dégrader des œuvres d'art, décrocher des portraits de présidents élus, relève d'une subversion d'opérette, douteuse et capricieuse."

Des activistes britanniques ont été jusqu'à expliquer que s'ils avaient choisi de jeter de la soupe sur un tableau c'était pour faire comprendre que quantité de ménages britanniques n'auraient cet hiver pas les moyens de se réchauffer une brique de soupe vu l'augmentation des coûts de l'énergie. Le dérèglement climatique crée décidément une grande confusion.

(1) "L'écologie pour les nuls", Franc-Tireur, 2.11.2022.

jeudi 4 novembre 2021

Jeu de dupes

La COP26  est en cours. On va voir ce qu'on va voir. L'avenir de l'humanité est en jeu et les chefs d'Etats et de gouvernements le disent haut et fort: ils sont pleinement conscients de leur responsabilité historique. A l'exception des présidents chinois, russe, turc et brésilien qui ont visiblement d'autres priorités que l'avenir de leur peuple et de la planète. 
"Nous devons montrer que nous avons la maturité et la sagesse pour agir. Il est temps pour l'humanité de grandir, la COP26 est un tournant pour l'humanité", a déclaré à Glasgow le premier ministre britannique Boris Johnson, ratant aussitôt ce virage en prenant un jet privé pour regagner Londres et participer à un dîner avec ses anciens collègues journalistes du Daily Telegraph (1). 

Quelques jours avant l'ouverture de la grand-messe consacrée au climat s'en tenait une autre: le Sommet mondial sur l'avenir du tourisme. La Covid-19 a sérieusement ralenti l'activité de ce secteur en pleine explosion et les professionnels du tourisme n'attendent qu'une chose: faire voler, rouler et naviguer comme hier avions, autocars et paquebots de croisière. L'industrie touristique se souhaite un avenir "plus durable, plus inclusif et plus résilient" (2). A l'image sans doute de celle de Thaïlande qui pour remplacer les touristes perdus veut maintenant "attirer davantage les voyageurs d'affaires et les voyageurs haut de gamme", en encourageant le tourisme médical (sic), celui du bien-être ou encore le golf, autant de secteurs si inclusifs. "La France en manque de visiteurs chinois", s'inquiète en titre le journal de France 3 (3). Leur absence pour cause de pandémie génère un manque à gagner de 3 milliards d'euros par an. Le directeur du château de Chantilly est très inquiet. Il les attend impatiemment.
Le tourisme spatial devrait aussi se développer grâce à Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Il a l'intention d'installer une station privée dans l'espace avec un hôtel et des bureaux pour "developper l'activité économique et ouvrir de nouveaux marchés dans l'espace" (4).

A la COP26, quarante-six pays ont annoncé qu'ils abandonneraient le charbon d'ici 2040 et qu'ils n'accorderaient plus de soutien économique aux centrales à charbon. Mais uniquement pour les centrales à l'étranger et ce à partir de 2030. Ce qui laisse largement du temps pour brûler des millions de tonnes de charbon et subventionner ces centrales. La Chine et l'Inde, grands consommateurs de charbon, n'ont rien signé. D'après une étude du FMI, les grands producteurs mondiaux de gaz, de pétrole et et de charbon, reçoivent 11 (oui, onze) millions de dollars par minute (oui, par minute) dans 191 pays, soit rien de moins que 5100 milliards d'euros par an. Ces subventions représentent aujourd'hui 6,8% du PIB mondial. En 2025, 7,4%. Le secteur ne tremble pas. Mais se prépare néanmoins à une transition. Qui n'a rien d'écologique. "L'industrie des combustibles fossiles perd de l'argent sur ses marchés traditionnels de production d'électricité et transport. Elle construit donc de nouvelles usines de plastiques à un rythme stupéfiant afin de pouvoir liquider ses produits pétrochimiques sous forme de plastiques. Cette action annule d'autres efforts mondiaux pour ralentir le changement climatique." C'est une ancienne responsable de l'Agence américaine de protection de l'environnement qui l'écrit (5). Résultat: d'ici 2030, l'industrie américaine des plastiques émettra davantage de gaz à effet de serre que la totalité des centrales électriques au charbon.

Et cette décision encore au rayon des bonnes nouvelles: les dirigeants de plus de cent pays, représentant plus de 85% des forêts du monde, se sont engagés à la COP26 à mettre fin à la déforestation d'ici à 2030. Sachant que chaque minute l'équivalent d'une vingtaine de terrains de football sont "déforestés", calculez combien d'hectares de forêt il restera en 2030. Vous avez huit ans.

Autre nouvelle: le nombre d'immatriculations de voitures neuves est en lourde chute, à cause d'une pénurie de semi-conducteurs. C'est une mauvais nouvelle, nous dit-on.

Mais après tout, ce qui est important, ce sont tous ces petits gestes que nous pouvons, nous citoyens lambda, poser au quotidien pour sauver la planète: couper le robinet en se lavant les dents, prendre plus souvent son vélo, couper l'éclairage en quittant une pièce... On ne veut pas être défaitiste. Mais quand même. Après nous, les mouches. S'il en reste.

(1) https://www.lalibre.be/international/europe/2021/11/04/hypocrisie-choquant-un-choix-de-boris-johnson-provoque-la-polemique-en-pleine-cop26-NXLHTZMHQFHW7PM7SXXKBC74LQ/
(2) "Tourisme - Une pandémie, et ça repart !", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
(3) 4.11.2021, 19h30.
(4) "Délire des hauteurs", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
(5) "Au cul, la COP26 !", Charlie Hebdo, 3.11.2021.

jeudi 31 décembre 2020

Une année à virus

Nous voilà enfin au bout de cette année 2020, espérant que la suivante sera moins prodigue en virus. On en a eu son compte. 

Il y a ce satané coronavirus qui nous oblige à nous tenir à distance les uns des autres et à limiter notre non verbal aux regards, qui nous empêche de passer du temps à plusieurs, de nous embrasser, de nous toucher, de nous serrer dans les bras et dans les bars. Ce même virus a fermé les lieux de culture, nous laissant sur notre faim, un peu plus frustrés encore.

Il y a ce virus djihadiste qu'on croyait assoupi et qui est revenu en force cette année, massacrant à tort et à travers, ici et ailleurs, des enseignants et des étudiants, des civils et des militaires, des femmes, des hommes et des enfants.

Il y a le virus de la pureté, du repli sur soi et de l'hystérie identitaire qui s'installe dans les têtes de certains et se répand en gazouillis rageurs comme un poison, faisant la chasse à qui ne pense pas comme il faudrait, interdisant des spectacles, des expos ou des conférences, imposant une vision du monde en noir et blanc.

Il y a ce virus qu'on appelle dérèglement climatique qui mène le monde à sa perte mais semble être aujourd'hui un moindre souci.

A quelque chose malheur étant bon, le coronavirus a créé de la solidarité entre voisins, a (un peu) diminué la production de CO2, a fait revenir la nature dans les agglomérations urbaines, a poussé plus de consommateurs encore vers le bio et les producteurs locaux et nous a obligés à être créatifs. 

N'empêche, qui regrettera 2020? Même pas Ubu Trump. 

A lire: https://www.lemonde.fr/m-le-mag/visuel/2020/12/31/ces-expressions-de-l-annee-2020-qu-on-aimerait-ne-plus-voir-en-2021_6064893_4500055.html


dimanche 28 juin 2020

En avant, citoyens!

En France, la Convention citoyenne pour le climat (1), expérience inédite et jugée passionnante par les 150 citoyens, de 16 à 80 ans, tirés au sort qui y ont participé, a remis ses propositions au gouvernement. Sa mission: définir des mesures permettant d'atteindre une baisse d'au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 (par rapport à 1990), et ce dans un esprit de justice sociale.
Ces citoyens ont auditionné quantité d'acteurs et d'experts et débattu pendant huit mois et, partant de constats dans les domaines des déplacements, du logement, de la consommation, de la production, du travail, de l'alimentation, ont défini des objectifs et formulé 150 propositions concrètes pour les atteindre. Toutes semblent marquées du sceau du bon sens et devraient être adoptées si l'humanité veut se sauver de la catastrophe annoncée. "Les citoyens bien informés vont plus loin et plus vite que leurs élus", estime une membre de la Convention.
Tous les regards se tournent à présent vers le président de la République pour connaître ses réactions à ces propositions. Parce qu'en France, on le sait, il n'est de salut en dehors du président. Même si les communes, les communautés de communes, les départements, les régions, les entreprises, les associations et les citoyens pourraient tous et toutes se saisir de ces propositions et les concrétiser, chacune et chacun à son niveau. C'est d'ailleurs ce qu'espèrent "Les 150" (le nom de l'association qu'ils ont formée pour donner des suites à leur travail): "ces propositions ne nous appartiennent plus. Nous vous les remettons à vous, Françaises et Français, et vous invitons tous et toutes, voisins, parents, amis, collègues, à vous en saisir, à les critiquer, à débattre, et à envisager l'avenir avec autant de responsabilité, d'esprit critique, d'investissement et de passion que nous avons eu l'honneur et le plaisir de le faire", disent-ils (2).
Emmanuel Macron recevra ce lundi les participants à la Convention et leur fera part des suites qu'il compte donner à leur conséquent et ambitieux travail. Enverra-t-il ces propositions au parlement? Les soumettra-t-il à référendum? Et si oui, quelles propositions et avec quelle formulation? Le gouvernement adoptera-t-il lui-même les mesures réglementaires qui peuvent l'être?

"Aujourd'hui, on mobilise d'importants moyens financiers pour des plans d'urgence et de relance. Il faut en profiter pour orienter l'économie française dans une autre direction. (...) Nous vivons un moment de bascule. Donc oui, c'est un tournant et il faut le prendre", affirme Laurence Tubiana (3), présidente de la Fondation européenne pour le Climat, qui a coprésidé le Comité de gouvernance de la Convention.
La question de la pédagogie sera centrale, le rôle des médias aussi. D'autres expériences de forums citoyens ont échoué à engendrer, au-delà de leurs intéressantes et parfois ambitieuses propositions, des résultats concrets (comme le montre David Van Reybrouck dans "Contre les élections" (4))  parce que les référendums donnent rarement des résultats progressistes et parce que de nombreux médias, surtout privés, se sont montrés méprisants et caricaturaux vis-à-vis de ces expériences démocratiques. 
Une des propositions de la Convention a été mise en avant par certains médias, "comme si on voulait cristalliser l'opinion", dénonce Cyril Dion (5), un des promoteurs de la Convention. C'est celle de la limitation de vitesse à 110 km/h sur autoroute. Un institut de sondage s'est dépêché de prendre l'avis de la population française et en conclut que les trois quarts des Français sont opposés à cette mesure et que 66% la considèrent comme "une mesure technocrate" déconnectée de leur quotidien. Ces grognons qui pensent que seuls les autres doivent changer sont-ils déconnectés du dérèglement climatique qui perturbe gravement notre quotidien et nous oblige, que nous le voulions ou non, à changer notre mode de vie? 
"Quand on sera face au mur climatique, il faudra prendre ces mesures. Donc, est-ce qu'il vaut mieux les prendre maintenant (...) dans un procesus démocratique (...) ou être obliigé de prendre des mesures radicales, comme ça a été le cas pour le confinement?, demande Cyril Dion.

Post-scriptum: dans la soirée électorale, ce soir, sur France 2, Laurent Delahousse demande aux représentants de partis présents sur le plateau de donner rapidement leur avis sur la limitation à 110 km/h. Pas sur les 149 autres mesures, juste sur celle-là. Cet homme est-il journaliste?

(1) https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr
(2) https://www.huffingtonpost.fr/entry/convention-citoyenne-pour-le-climat-macron-doit-faire-son-job-comme-on-fait-le-notre_fr_5eef6aa9c5b66598b235f760?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) https://www.nouvelobs.com/planete/20200628.OBS30583/la-convention-citoyenne-pour-le-climat-doit-recevoir-une-reponse-serieuse-previent-laurence-tubiana.html
(4) Babel essai, 2014.
(5) https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-110-kmh-sur-autoroute-rebutent-les-trois-quarts-des-francais_fr_5ef59447c5b612083c4b8056?utm_hp_ref=fr-homepage

EU et Canada: 100

lundi 13 janvier 2020

Le simplisme peut rendre simplet

Les "anti", ceux à qui on ne la fait pas, qui ont tout compris, se retrouvent parfois coincés dans leur opposition et leur méfiance systématiques. Exemple vécu via une connaissance croisée récemment.
A l'extrême droite comme à l'extrême gauche, ils en sont convaincus: la presse est pourrie et les journalistes sont tous des vendus. Il faut s'en méfier comme de la peste. Ils sont les porte-voix de ce maudit "Système". Donc, il faut s'informer via Internet (qui, comme chacun le sait, n'a rien à voir avec le "Système") où on comprend combien les gestionnaires du monde emmènent à grande vitesse l'humanité dans le mur en défendant cet odieux système capitaliste destructeur de biodiversité et de vies.
Mais voilà que la presse nous appelle tant et plus à changer de mode de vie pour lutter contre le dérèglement climatique et sauver la planète. Pas un jour sans que des journalistes  ne nous enjoignent de modifier nos comportements dans un secteur ou dans un autre: mobilité, consommation, énergie, habitat, alimentation, etc. Ça cache quelque chose, se disent les" anti". Ils essaient de nous vendre une nouvelle manière de vivre prônée par le Système qui a une capacité d'adaptation sans limite. Il faut s'en méfier. C'est donc que le dérèglement climatique n'est pas la réalité qu'on essaie de nous vendre. Après tout, la planète a connu tant de changements climatiques dans son histoire. Cette phase n'en est qu'une de plus. Restons calmes et attendons. Mais n'obéissons pas aux injonctions du Système.
Que voit-on par là? Que le délire rend schizophrène.

mercredi 8 janvier 2020

Les hommes du passé

En 2019, la France a connu quinze catastrophes, qu'on ne peut plus qualifier de naturelles, dont le coût est estimé à un milliard d'euros. (1) 
Si on est intelligent, on se dit qu'il y a urgence à changer de mode de vie. Mais nous avons sans doute cessé d'être intelligent. Et notre système démocratique basé sur les élections ne nous y aide pas. Les élus, de quelque bord qu'ils soient, souhaitent avant tout garder leur poste. Et sont, dès lors, très frileux quand il s'agit de prendre des décisions qui risquent de les rendre impopulaires.

L'Australie est en feu depuis août dernier. Déjà, une surface équivalente à celle de la Belgique a été ravagée par les flammes. Et le pire est à venir, selon des experts. Les morts sont nombreux chez les humains et innombrables chez les animaux. Le pays a connu des précipitations et des températures records (49,8°C le 19 décembre), engendrées, selon les spécialistes, par le dérèglement climatique qui est aussi la cause de vents violents.
Entre le 1er août et le 16 décembre 2019, "les feux de brousse qui ravagent l'Australie ont libéré 270 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, ce qui représente un peu moins de 10% des émissions globales du pays sur la même période". (2) 
Toute personne sensée se dirait qu'il faut prendre des mesures radicales et rapides pour diminuer les causes du réchauffement climatique. Fermer les mines de charbon notamment, l'Australie produisant un tiers des exportations mondiales de ce minerai. Cette hypothése est vue par le premier ministre comme "irresponsable" et "nuisible à l'économie". Le feu aussi est irresponsable et nuisible à l'économie. Mais le premier ministre a promis de "maintenir le cap d'une gestion responsable en abordant de manière responsable les changements du climat et en veillant de manière responsable à ce que nous puissions faire croître notre économie" (3). Des propos - tenus au retour de ses vacances à Hawaï - qu'on ne saurait qualifier autrement que d'irresponsables.

L'Australie n'est pas, loin s'en faut hélas, le seul pays touché par les incendies. "2019 fut le théâtre d'une activité exceptionnelle, tant en termes d'intensité des feux de forêts que d'émissions, avance le CAMS (service de surveillance de l'atmosphère du programme européen Copernicus). Entre le 1er janvier et le 30 novembre, environ 6.735 millions de tonnes de CO2 ont été relâchées dans l'atmosphère. Outre l'Australie, d'importants incendies ont touché l'Amazonie, l'Indonésie, mais également la Syrie, faisant peser des inquiétudes sur la sécurité alimentaire de ce pays déjà fragilisé. Et au mois de juin, les feux de forêts du Cercle polaire arctique ont également été sans précédent en termes d'emplacement, d'ampleur et de durée." (2)

Pendant que la Terre part en fumée, des parents d'élèves s'indignent que leurs enfants, lors d'un spectacle de Noël, puissent porter un message écologique. Ils produisent du pétrole et n'envisagent pas une seconde qu'on puisse ne pas en consommer. Suite à la représentation du spectacle Santa goes green par ses élèves, la directrice de cette école du Saskatchewan a présenté ses excuses aux parents: il ne faut y voir "aucun message hostile à l'industrie pétrolière ou gazière", importante dans cette région. Les industries devenues traditionnelles sont sacrées. Les habitants du Saskatchewan y croient plus qu'au réchauffement climatique. En 2016, 56% d'entre eux seulement croyaient que ce dernier  puisse être une réalité (4).

De l'autre côté du Canada, l'industrie du sapin de Noël se porte bien. Dubaï en achète en quantités industrielles. Ils y arrivent par bateau en conteneurs réfrigérés. Ils se vendent bien à New York aussi: jusqu'à 1.000 dollars pièce, alors qu'ils ne coûtent que 150 dollars à Montréal ou à Québec.
La province de Québec est un des principaux producteurs mondiaux de sapins de Noël: en 2018, 3,9 millions de sapins ont été exportés, pour un montant de 43 millions de dollars (5). Faire voyager à travers la planète des arbres en frigos, voilà une pratique qui donne envie d'en finir avec Noël. 

Dans l'Union européenne, selon sa Commission, le transport routier de marchandises devrait croître de 60 % d'ici 2050 (6). Où fera-t-on rouler tous ces véhicules qui augmenteront considérablement un niveau de pollution que l'Europe s'est engagée à juguler?

"L'avenir appartient à Greta Thunberg et à sa génération. Ces types actuellement au pouvoir aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil, ne sont que des losers, des représentants d'un monde et d'un système en bout de course. Ils vivent dans le passé, croyant qu'ils peuvent arrêter la marche du temps. Il existe un décalage de plus en plus grand entre nos leaders et le peuple, surtout les jeunes. Ça ne peut plus durer." Neil Young (7).

(1) Journal de 13h, France Inter, 27.12.2019.
(2) "2019, une année exceptionnelle pour les feux de forêt", Le Soir, 20.12.2019.
(3) "Pour le Premier ministre australien, le charbon à tout prix", Le Soir, 24.12.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/un-pere-noel-ecolo-lors-dun-concert-provoque-un-tolle-dans-une-ville-petroliere-canadienne_fr_5e029d15e4b0843d36020b01?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) Ludovic Hirtzmann, "Les profits délirants des vendeurs de sapins québécois", Le Soir, 24.12.2019.
(6) Elodie Lamer, "L'accord sur le dumping social crée la polémique", Le Soir, 24.12.2019.
(7) Hugo Cassavetti, "L'Indompté", Télérama, 6.11.2019.

samedi 4 janvier 2020

Je système, moi non plus

Le Système, si honni, n'a pas beaucoup de souci à se faire. Le Système, qu'est-ce? Un magma indéfini, auquel - à notre corps défendant (parfois, mais pas toujours) - nous participons tous. Et allègrement.
La période des fêtes se termine. L'argent a bien circulé, les commerces ont bien vendu, les voitures ont bien roulé (il est vrai qu'il était assez difficile de circuler en train en France).
Le Système a de beaux jours devant lui. Il ne manque pas de soutiens.

Il vit grâce à ceux qui se persuadent qu'ils ont besoin de leur voiture pour le moindre déplacement;
ceux qui délaissent les petits commerces et préfèrent acheter dans les supermarchés et via Internet; ceux qui font le lit d'Amazon;
ceux qui achètent de la viande d'Argentine, des asperges du Pérou, des tomates et des fraises en plein hiver;
ceux qui prennent des vacances au minimum deux ou trois fois par an et, grâce aux vols low cost,  le plus loin possible;
ceux qui partent chaque hiver à l'autre bout de la terre pour trouver du soleil et de la chaleur parce que, vous comprenez, sans soleil ils dépriment;
ceux qui ont oublié qu'ils savent rouler à vélo;
ceux qui n'utilisent que Google et tous ses dérivés;
ceux qui savent que leur banque est nuisible à la planète mais trouvent que c'est compliqué d'en  changer;
ceux qui passent la moitié de leur vie sur leur smartphone et se jettent sur le dernier modèle de téléphone mobile et le dernier jeu video à la mode;
ceux qui réélisent des professionnels de la politique qui ont cessé de compter leurs mandats, parce qu'on sait qu'on peut compter sur eux pour un passe-droit ou une lettre de recommandation;
ceux qui font le choix d'un Trump, d'un Poutine, d'un Bolsonaro, d'une Le Pen, parce qu'ils les croient anti-système alors que personne n'en a profité et ne les incarnent plus qu'eux.

Le Système sait que si nous sommes nombreux à pester contre lui, nous le sommes beaucoup moins à  changer nos habitudes.
Qu'un responsable politique ait le courage de s'attaquer à la voiture, à son usage et à son coût et il sera aussitôt couvert de goudron et de plumes.
Le monde court à grande vitesse dans le mur du dérèglement climatique et on a vu circuler ces derniers jours une pétition appelant à s'opposer à l'augmentation du prix du carburant à la pompe.
Le lobby automobile n'a pas à dépenser d'argent pour se défendre. Nous le soutenons tous. Même s'il faudrait interdire la publicité pour les bagnoles. On l'a interdite pour le tabac, vu sa dangerosité pour la santé. On l'a limitée pour l'alcool. Pourquoi pas pour les voitures, nuisibles pour la planète? Parce que les voitures continuent à nous faire rêver. Comme l'ensemble de ce Système que nous maudissons.

mercredi 4 décembre 2019

Nous si lourds

Hier, des représentants de six départements de la Région Centre - Val de Loire se sont concertés pour réinstaurer une limitation à 90 km/h (plutôt que 80) sur divers tronçons routiers (1).
Des entreprises du BTP bloquaient ces derniers jours des raffineries pour protester contre la suppression des avantages fiscaux dont ils bénéficiaient sur le carburant utilisé pour leurs engins.
Il y a quelques jours, c'étaient les chauffeurs routiers qui manifestaient à la frontière belge contre la hausse du carburant.
Les producteurs français de champagne et de roquefort s'inquiètent de voir les Etats-Unis augmenter les taxes sur les exportations françaises. Ils veulent continuer à faire voyager au-delà des mers leurs productions. Il en va de leur survie, affirment-ils.

Au même moment s'est ouverte à Madrid la COP 25. Mais qui s'y intéresse? Le principal souci de chacun semble être de pouvoir continuer à produire, exporter et consommer comme avant. Ne changeons rien. Les premières journées de gel qui suivent un automne pluvieux nous font joyeusement oublier les épisodes caniculaires et la longue période de sécheresse. Qui vont cependant se reproduire à un rythme accéléré.
Les études sur les conséquences du dérèglement climatique et de l'effondrement de la biodiversité se succèdent, chacune plus alarmiste que les précédentes. Un article de juin 2018 de la revue Nature Geoscience envisage la possibilité d'une élévation de six mètres du niveau des océans à la fin du siècle. La situation dramatique que vivent les habitants du Var aujourd'hui n'est rien encore par rapport à ce qui se passera dans les années à venir. 375 millions d'habitants à travers la planète verraient leur maison irrémédiablement disparaître sous les eaux. A la même période, la hausse des températures pourrait être de 5°C. La planète serait en état de sécheresse permanente. Invivable donc.
Le processus est enclenché et sera, chaque jour, un peu plus difficile à maîtriser. Aux Etats-Unis, en 2045, plus de 300.000 logements auront sombré dans la mer. D'ici 2100, près de 1.000 milliards de biens immobiliers y auront disparu sous eau (2).
On n'entend plus guère les paons climatosceptiques qui péroraient il y a quelques années encore. L'évolution du climat les a ridiculisés. Mais nous sommes nombreux à nous comporter en climatosceptiques silencieux: nous donnons priorité à notre confort, préférant ignorer les études scientifiques et feignant de croire qu'on trouvera une solution. Par contre, nous nous mobilisons rapidement dès que notre mode de vie semble remis, ne serait-ce que très légèrement, en question.
"La décarbonisation de nos économies ne sera pas une tâche facile, mais elle est nécessaire, écrit Rachel Riederer (2). Ce sera dur, mais pas aussi dur que la série de désastres qui s'abattront sur nous si nous ne faisons rien. (...) Il ne s'agit alors pas de renoncer à une Terre habitable, mais à un siècle de règne de l'automobile et de déforestation sauvage, à des années de consommation illimitée de viande et de voyages bon marché, et enfin à une croissance économique massive comme fondement de notre système. (...) Choisir l'inaction, c'est renoncer à la raison".

Nous sommes prompts à dénoncer la soumission des élus politiques aux lobbies économiques. Mais, bouffis de contradictions comme nous le sommes, nous soutenons ardemment ces derniers en nous opposant à toute mesure qui entend réduire la circulation routière et ses vitesses.
Aux Pays-Bas, face à la colère des agriculteurs obligés de réduire leurs émissions d'azote, le gouvernement a décidé de faire participer aussi les automobilistes aux efforts de lutte contre les émissions de CO2. Dès 2020, la vitesse sur autoroute en journée sera limitée à 100 km/h plutôt que 130 (3). On n'ose imaginer les réactions de colère noire (ou jaune) que susciterait une telle mesure en Belgique, en France ou en Allemagne.

(1) France 3 Centre - Val de Loire, Journal, 3.12.2019, 19h.
(2) Rachel Riederer, "La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", Le Courrier international, .11.2019.
(3) https://www.lefigaro.fr/flash-eco/les-pays-bas-abaissent-la-vitesse-maximale-a-100-km/h-sur-autoroute-20191113

vendredi 29 novembre 2019

Coincés dans ce foutu vieux temps

Qu'y avait-il de bon dans ce vieux temps que tant de gens regrettent?
La mortalité infantile? Le nombre de morts sur les routes? La faim dans le monde? La misère? Le nombre de crimes? Le nazisme, le fascisme et le stalinisme? L'inconscience de la pollution? 
C'était le temps où on produisait, on consommait et on polluait dans la joie et l'insouciance. C'est dans le bon vieux temps qu'on a préparé ce que nous vivons aujourd'hui, qu'on a brûlé tant et plus de pétrole, de gaz et de charbon, qu'on a fabriqué tous ces gaz à effet de serre qui menacent maintenant l'humanité.
Bien sûr, les temps actuels ne sont guère réjouissants, avec précisément la pollution qui atteint des niveaux inouïs et le dérèglement climatique, avec l'érection de murs, avec l'arrivée au pouvoir de fous furieux et haineux. Ce sont ceux-là mêmes qui essaient de nous faire croire que leurs murs, le rejet des étrangers, l'entre-soi nous ramèneront à ce bon vieux temps qui n'a jamais été aussi positif qu'on a envie de le croire. Qui n'est donc qu'un vieux temps qu'il est illusoire - et qu'il serait sans doute suicidaire - de vouloir retrouver. Puisqu'on ne revient jamais en arrière, il faut bien aller de l'avant. Et être inventifs. Plus que jamais.
"La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", titrait la semaine dernière Le Courrier international. La Terre devient invivable et il va bien falloir que nous changions de mode de vie si nous voulons survivre.
"Alors que le doute et le déni autour du dérèglement climatique ont reculé, écrit Rachel Riederer, ils ont été remplacés par des sentiments - tout aussi paralysants - comme la panique, l'angoisse et la résignation." (1)
Mais la peur est utile, estime le journaliste américain David Wallace-Wells (2). C'est le principe de la destruction mutuelle assurée qui a encouragé les dirigeants mondiaux à mettre fin à la guerre froide. Et la peur du cancer, rappelle-t-il, incite bien des fumeurs à cesser de fumer.
"Nous devons accepter que notre de vie n'est plus viable, affirme la psychologue Renee Lertzman, et que nous devons maintenant nous montrer à la hauteur du problème. Ce qui fonctionne vraiment bien, c'est quand les gens se sentent invités et encouragés à participer à quelque chose de constructif, tout en ayant conscience de la gravité de la situation."
Un de ses collègues estime que le seul remède à l'angoisse climatique est l'engagement. Et une autre que ce qui est bon pour le climat - sous forme de participation à un effort collectif - est également bon pour le mental.
Résumons-nous: laissons le prétendu bon vieux temps là où il est: dans le passé et dépêchons-nous de construire les temps nouveaux. Il y a urgence. Mais bon... il faut bien constater qu'une majorité de gens (on n'oserait dire citoyens) continuent à vivre comme dans leur insouciant vieux temps. Même si nombreux sont les appels à consommer moins et de manière plus responsable, on peut craindre qu'en cette journée de grande fête du commerce le friday soit effectivement assez black pour la planète. Le vieux temps dure longtemps.

(1) "La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", Le Courrier international, .11.2019.
(2) auteur de "The Doomed Earth Catalog" - "La Terre inhabitable".

dimanche 3 novembre 2019

Les maçons aveugles

On a les héros qu'on peut. Ou qu'on veut. Celui de Théo Francken, ex-secrétaire d'Etat à l'asile et aux migrations et un des leaders de la nationaliste NVA, s'appelle Donald Trump.
"Il est du côté de l'homme modeste, du peuple", dit sans rire Francken (1) en parlant du milliardaire arrogant et prétentieux. Il apprécie que le Donald ait respecté ses promesses. A commencer par la construction d'un mur à la frontière mexicaine qui est sans conteste la marque de la proximité du président américain avec l'homme modeste mexicain, panaméen ou guatémaltèque. Y a-t-il projet plus positif et  plus enthousiasmant qu'un mur? On peut aisément penser que Francken rêve d'en construire un entre la Wallonie et la Flandre, pour empêcher les réfugiés d'entrer et en même temps pour marquer la différence entre sa Flandre prospère et cette Wallonie pouilleuse. Que fera-t-il quand le niveau de la mer du Nord sera tel que l'eau envahira une partie non négligeable de la Flandre? Se retrouvera-t-il le dos à son mur? Ce qui devrait être la priorité absolue pour la Flandre, la lutte contre le dérèglement climatique, ne semble pas être un souci pour lui. Il s'aligne sur son modèle américain: tout est sous contrôle, ne paniquons pas, la roue climatique tourne. Les prévisions devraient pourtant l'empêcher de dormir. D'après Climate Central, organisation de scientifiques, en 2050, c'est-à-dire demain, une partie importante de la Flandre risque de se retrouver sous eau (2). La mer pourrait non seulement inonder toute la bande côtière, mais même atteindre Gand, Malines, Termonde. De quoi rêve Théo Francken? D'être l'empereur d'une flaque d'eau?

(1) https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/theo-francken-ne-tarit-pas-d-eloges-au-sujet-de-donald-trump-5dbea15ad8ad5838874291c7
(2) https://www.lalibre.be/planete/environnement/une-partie-de-la-belgique-inondee-d-ici-2050-5db96d00f20d5a264d36f90d?cx_testId=1&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s
https://choices.climatecentral.org/#6/46.225/2.186?compare=temperatures&carbon-end-yr=2100&scenario-a=warming-4&scenario-b=warming-2

mercredi 24 juillet 2019

Il n'est de pire sourd...

La France suffoque et eux s'offusquent. Pas du manque de volonté politique de s'attaquer aux causes du dérèglement climatique. Non. Ils s'offusquent de l'invitation à l'Assemblée nationale d'une jeune fille qui vient tirer la sonnette d'alarme. Ils ne veulent pas de Greta Thunberg, que l'un d'entre eux a qualifiée de "Prix Nobel de la peur".
Guillaume Larrivé et Julien Aubert, jeunes députés de droite, ont appelé à boycotter la rencontre avec la jeune Suédoise organisée par 156 de leurs collègues. "Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n'avons pas de besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifiques et de courage politique", a déclaré le premier (1). On attend depuis longtemps un peu de courage politique en la matière de la part du parti Les Républicains. Que l'on sache, ce n'est ni sous Chirac, ni sous Sarkozy qu'on en ait plus vu que maintenant. On ne voit que le soleil qui poudroie et l'herbe qui brûloit.
Quant à la croyance dans le caractère salvateur du progrès scientifique, qui nous a donné le pétrole, les avions, les paquebots, les centrales nucléaires, on voit où elle nous a menés. Mais pour ces jeunes loups aux œillères étroites il est évidemment hors de question de remettre en question nos modes de vie qui dégradent à grande vitesse notre planète.
Les scientifiques se sont exprimés par milliers sur le réchauffement climatique, en pointant les causes et en évoquant les solutions. Et quand une jeune fille de seize ans se fait leur relais, appelle les politiques à les écouter, elle se retrouve face à d'affligeants élus qui ne veulent rien entendre, ni l'urgence à agir, ni ceux qui s'inquiètent pour l'avenir de leur planète.
L'astrophysicien Aurélien Barrau trouve leur attitude "scandaleuse et même indigne". "On sait depuis quarante ans, rappelle-t-il, que nous sommes dans une situation critique. Tous ceux qui s'y intéressent le savent. 15.000 scientifiques ont alerté sur la gravité de la situation. Rien n'a été fait. Les experts internationaux alertent. Rien n'a été fait. Et là, ils s'indignent du fait qu'une jeune femme vienne précisément relayer ce message?! Soyons clair: la Science est du côté de Greta."
Greta Thunberg n'est pas dupe de ce qu'elle vit: "nous sommes devenus les méchants qui devons dire aux gens des choses pas faciles, parce que personne ne veut le faire ou n'ose." 
"Personne n'aime le messager porteur de mauvaises nouvelles", écrivait Sophocle.

Dans le même temps, l'Assemblée nationale approuvait la ratification du CETA, traité de libre-échange entre l'U.E. et le Canada, avec ce qu'il entraînera de trafics de marchandises et de produits agricoles de part et d'autre de l'Atlantique, avec leur lot de pollutions diverses.
Preuve qu'il faudra encore beaucoup de Greta Thunberg avant que des décisions courageuses et radicales soient enfin prises. Malgré les tristes censeurs et les lamentables autruches.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/aurelien-barrau-reagit-face-aux-deputes-anti-greta-thunberg_fr_5d36df96e4b004b6adb5a0d1?utm_hp_ref=fr-homepage

jeudi 11 juillet 2019

Même les mollassons vont dans le mur

Pendant le réchauffement, les affaires continuent.
Le dérèglement climatique n'est plus contesté par personne aujourd'hui, sauf par ceux pour qui l'évolution de la planète est subordonnée au gonflement de leur portefeuille. On pourrait donc croire que tous les projets néfastes à l'environnement, à la biodiversité et au climat se sont évaporés d'eux-mêmes. Il n'en est rien. Les promoteurs d'Europa City en région parisienne rêvent toujours de leurs pistes de ski et de leur méga complexe commercial dédié à une consommation sans limite (1). Les projets d'autoroutes, d'agrandissement d'aéroports, d'élevage industriel, d'utilisation de pesticides et d'autres activités dévoreuses d'espace et pollueuses de l'air se poursuivent comme dans les années '60. Il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Le gouvernement français vient de décréter une taxe sur les billets d'avion. Elle pourrait se monter jusqu'a dix-huit euros. C'est déjà ça, peut-on se dire. Mais la taxation du kérosène n'est toujours pas plus à l'ordre du jour que la dimunition des vols.
Nous sommes en situation d'urgence et on nous propose au mieux des mesurettes.
Chaque lobby défend son (gros) bout de (très) gras, arguant qu'il n'est responsable que d'une si infime part du réchauffement. 

Les transports sont la première source de gaz à effet de serre en France: ils ont produit en 2017 30 % des émissions en équivalents CO2. Et les voitures particulières sont responsables de près d'un sixième de la contribution française au réchauffement climatique. Plus que les poids lourds. Mais le lobby de la bagnole sait qu'il peut compter sur "quarante millions d'automobilistes" qui estiment toujours que leur voiture, c'est leur liberté et que rouler (vite) est un plaisir et doit le rester.
Quand donc l'Union européenne refusera-t-elle d'homologuer de nouveaux véhicules s'ils ne sont pas réellement propres? Si c'était le cas, on veut bien prendre les paris: la recherche en la matière s'accélérerait soudain.
L'agriculture produit 19 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, la moitié venant de l'élevage. Donc de ce qui sera ensuite de la viande. Mais qui oserait remettre en question une alimentation qui reste majoritairement carnée? Et surtout le sacro-saint barbecue? Et comment justifier qu'on pourra demain importer, plus facilement encore qu'aujourd'hui, de la viande du Canada, du Brésil ou d'Argentine?

Certes, au niveau mondial, la  France ne produit que 1% des gaz à effet de serre. Loin, très loin des 28 % de la Chine ou des 15 % des Etats-Unis. Mais quel pourcentage de gaz à effet de serre nos pays importent-ils avec les produits qu'ils achètent à ces pays?
Dans leur grande majorité, les entreprises pas plus que les citoyens ne sont prêtes à changer leurs habitudes et leur fonctionnement.
On voit par là que le réchauffement est tel qu'il nous rend léthargiques.

(1) (Re)lire sur ce blog: "La cécité de la social-démocratie", 26.3.2019 et "Tant d'émotions si naturelles", 27.10.2014.
(2) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/08/voiture-industrie-viande-quelles-sont-les-causes-du-rechauffement-climatique-en-france_5486767_4355770.html

mardi 2 juillet 2019

Pas maintenant

Ce sera maintenant ou jamais, écrivais-je très récemment. Maintenant que cette dérégulation catastrophique du climat doit nous amener à changer radicalement de mode de vie, sous peine de l'y laisser, la vie.
Mais ce maintenant-là n'est visiblement pas pour aujourd'hui.
Le merveilleux G20, qui rassemble les chefs des Etats les plus puissants de la planète autour du souci de faire tourner plus et mieux encore l'économie mondiale, a confirmé (à l'exception bien sûr des Etats-Unis) l'Accord de Paris sur le climat. Ce qui ne constitue en rien une avancée notable en matière d'amélioration de l'environnement, cet accord étant déjà considéré comme trop peu ambitieux. 
Dans le même temps, on apprend que les investissements dans les énergies renouvelables diminuent. 
Ils étaient de 292 milliards d'euros en 2017 et de 259 milliards en 2018. Les combustibles fossiles et nucléaires restent plus concurrentiels, "hautement subventionnés par les Etats", dénonce une spécialiste (1). Subventions qui ont augmenté de 30% entre 2017 et 2018. Il faudrait produire plus de 300 gigawatts par an en énergie alternative d'ici 2030 pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, soit le double de la croissance actuelle (177).
Dans même temps toujours, on apprend qu'un accord économique vient d'être conclu entre l'Union européenne et le Mercosur qui permettra notamment aux pays qui le constituent (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) d'exporter vers l'Europe quantité de sucre et de viande de bœuf et de poulet. Outre que ces exportations fragiliseront plus encore la situation des agriculteurs européens, ils soulignent l'absurdité qu'il y a à faire voyager d'un bout à l'autre de la planète des denrées alimentaires. A l'heure où de plus en plus de voix plaident pour qu'on diminue nos productions et nos consommations de viande, voilà qu'on nous en apporte à bas prix de l'autre côté de l'Atlantique, produite dans des conditions peu contraignantes et peu respectueuses des normes environnementales. 
Plus la planète se dérègle, plus l'économie referme ses œillères.

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/090959-000-A/quel-budget-pour-les-energies-renouvelables/
(2)  https://www.lesoir.be/233737/article/2019-06-29/mercosur-les-agriculteurs-europeens-revoltes-par-laccord-union-europeenne

vendredi 28 juin 2019

Maintenant ou jamais

On va enfin savoir si l'homme est définitivement un imbécile suicidaire ou si son intelligence lui indiquera la voie à suivre. Celle d'un changement de mode de vie radical.
Une bonne partie de l'Europe étouffe plus que jamais. Et le pire est devant nous. Le réchauffement climatique et son cortège de perturbations graves de l'environnement et de la santé humaine ne peuvent plus être contestés que par d'égoïstes autruches.
Que faire maintenant sinon modifier totalement nos façons de produire, de consommer, de nous déplacer? 
Il revient bien sûr aux politiques de prendre des mesures fortes. Mais aussi aux consommateurs d'agir d'abord en citoyens. De cesser d'acheter des produits qui viennent de l'autre bout de la planète, de ne prendre notre voiture qu'en cas de vraie nécessité, de cesser de prendre l'avion comme on change de chemise. Toutes ces mesures et bien d'autres aptes à freiner le dérèglement climatique sont connues depuis longtemps, mais nous obligent à vivre autrement. 
Nous n'avons pas le choix, nous le savons. Mais serons-nous capables de remettre en question notre confort? Serons-nous capables d'être pratiquement intelligents?


vendredi 1 mars 2019

Hâtif mais tellement réjouissant

Nous voilà au premier jour du printemps météorologique, même si le printemps se manifeste depuis plusieurs semaines déjà. On aurait pu se croire en mai en février. Comment réagit l'homme face à ce dérèglement des saisons? Il se réjouit. Une journaliste de France 3 Centre - Val de Loire a interrogé les consommateurs qui ont envahi les terrasses de cafés sur la place de Tours. Elle a rencontré le bonheur. On profite au maximum de ce beau temps, nous disent-ils tout sourire. Quel plaisir de pouvoir boire un verre en terrasse en février! C'est du jamais vu, que du bonheur!
On aurait pu espérer un certain recul, une mise en perspective, une analyse de la part de la rédaction d'une télévison de service public. Mais non, on ne va pas gâcher notre plaisir en nous disant qu'il y a bien plus de quoi s'inquiéter que de se réjouir.
Et de toute façon, en soirée, la même chaîne nous propose son émission de jeu "La carte au trésor", où présentateur et concurrents circulent en hélicoptère et en quad. Que du bonheur, on vous dit.
On est rassuré: l'homme mourra heureux.

lundi 11 février 2019

Changeons tout

Y a pas d'avance, comme on dit en Belgique, si on veut avancer, il va falloir bouger. Et pas qu'un peu. Tout changer en fait à nos modes de vie dévastateurs pour la planète et donc pour nous-mêmes. Consommer moins, beaucoup moins, et mieux, c'est-à-dire plus intelligemment. Et vivre différemment.
Selon le bureau d'études B&L (1), il faudrait - si l'on veut éviter une augmentation de température moyenne de 1,5°C dans le monde - interdire désormais la vente de véhicules neufs pour un usage particulier, l'accès des villes aux voitures à moteur thermique et la construction de nouvelles maisons individuelles, instaurer un couvre-feu thermique, interdire dès 2020 tout vol hors Europe non justifié (pourquoi uniquement hors Europe?) ou encore obliger tout travailleur qui habite à plus de 10 kilomètres de son travail à au moins deux journées de télétravail par semaine. Il faudrait fixer des quotas sur les produits importés (tels que thé, café ou cacao, par exemple), relocaliser la production textile, réduire de plus des trois quarts nos consommations de viande, transformer les parkings en potagers.
Bref, il s'agit de modifier fondamentalement nos habitudes: fini le temps de la sacralisation de l'économie libre et du marché tout puissant, fini le temps du véhicule individuel que l'on utilise pour un oui pour un non, fini la consommation de produits venus de l'autre bout de la planète, fini notre foi en une croissance salvatrice qui s'apparente pourtant à un cancer. Il s'agit surtout d'accepter que, pour la survie de l'humanité, on nous interdise ce qui nous tient lieu de confort. Même si ce confort nous tue.
Les auteurs de ces suggestions ne se font pas d'illusions: "faire accepter à la population un ensemble de mesures complet aussi ambitieux est improbable", estiment-ils, eux qui veulent plutôt nous "aider à comprendre l'ampleur des efforts à réaliser". Ce grand changement, à la fois de points de vue et de pratiques, disent-ils, "se heurtera à nos barrières cognitives et entraînera certainement des rejets massifs". Mais, ajoutent-ils, "ne rien faire serait pire".

Ils rejoignent là ceux qui sont convaincus que tout notre système s'effondrera un jour ou l'autre (et si ce n'est pas à court terme ce le sera à moyen terme). On les appelle collapsologues. Pour eux, la collapsologie est "l'exercice transdisciplinaire d'étude de l'effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s'appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l'intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus". Pablo Servigne et Raphaël Stevens (2), qui nous donnent cette définition, citent le scientifique Denis Meadows (3) selon qui ces quarante dernières années, alors que nous savions que nous courions vers le pire, "nous avons simplement continué à changer les raisons  de ne pas changer notre comportement".
Les premiers lanceurs d'alerte écologique étaient moqués. Peu nombreux sont ceux qui n'ont pas ri de René Dumont, candidat à l'élection présidentielle de 1974, caricaturé en clown triste ou en oiseau de mauvais augure. Dans ces années-là, on tentait de nous rassurer: il n'y a pas de limites au développement. Dans les années '80, rappelle Meadows, la question des limites pouvait être abordée, mais comme elles semblaient encore très éloignées, elles ne valaient pas la peine de s'y pencher. Dix ans plus tard, ces limites apparaissaient plus proches, mais le marché et la technologie allaient offrir des solutions de confiance. Depuis, le message dominant nous affirme que c'est la croissance qui nous apportera la solution, c'est elle qui nous donnera les ressources nécessaires pour affronter les problèmes.
De plus en plus, il apparaît que la croissance n'est pas la solution mais le problème. Mis à part les lobbies économiques et ceux qui les soutiennent, qui doute encore que nos ressources sont de plus en plus limitées et que leur exploitation mène l'humanité dans le mur?
L'effondrement arrivera, d'une manière ou d'une autre, les collapsologues en sont sûrs. La seule question est: quand? Demain ou après-demain? "Cela ne se fera pas en un jour. Un effondrement prendra des vitesses, des formes et des tournures différentes suivant les régions, les cultures et les aléas environnementaux. Il doit donc être vu comme une mosaïque complexe où rien n'est joué à l'avance." (2) A nous de nous y préparer, à faire preuve de réalisme, sachant que l'utopie a changé de camp. "Est aujourd'hui utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. Le réalisme, au contraire, consiste à mettre toute l'énergie qui nous reste dans une transition rapide et radicale, dans la construction de résilience locale, qu'elle soit territoriale ou humaine." Et c'est bien parce que nous ne voulons pas de catastrophe qu'il faut l'avoir à l'œil, sans se mettre la tête dans le sable: "nous faisons un pas de plus en constatant  qu'il sera très difficile de l'éviter, et que nous pouvons seulement tenter d'en atténuer certains effets".
Pablo Servigne et Raphaël Stevens nous invitent à sortir de chez soi dès maintenant et "créer des pratiques collectives, ces aptitudes à vivre ensemble que notre société matérialiste et individualiste a méthodiquement et consciencieusement détricotées au cours ces dernières décennies. Ces compétences sociales sont notre seule vraie garantie de résilience en temps de catastrophe".
Ces questions, fondamentales pour l'humanité et son avenir, seront-elles dominantes dans le Grand débat en France? On a des doutes. Les populistes font, à leur sujet, comme les ultra-libéraux (et, il faut bien le dire, la grande majorité des partis politiques et de la population) les mêmes gestes que les trois petits singes: surtout ne pas savoir. Et faire semblant de croire. A qui ou à quoi? Ni la technologie, ni la croissance ni un deus ex machina ne nous sauvera de notre aveuglement et de notre attachement au confort.

(1) https://www.marianne.net/societe/rechauffement-climatique-scenario-noir?_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ%3D%3D
(2) Pablo Servigne et Raphaël Stevens, "Comment tout peut s'effondrer - petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes", Seuil, 2015.
A lire aussi: http://www.socialter.fr/fr/module/99999672/748/pablo_servigne__qleffondrement_a_dj_commencq
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dennis_Meadows

mercredi 28 novembre 2018

Le temps des autruches

Quelques mesurettes ici, quelques autres là-bas, le réchauffement climatique n'a pas de souci à se faire. Il va pouvoir sévir pleinement et ses conséquences, incalculables, se faire sentir à travers la planète entière. Et après nous les mouches. S'il en reste.
A part quelques rares pays, telle la Suède, les gouvernements ne prennent aucune mesure sérieuse  pour changer notre mode de vie et de consommation et nous permettre d'entrevoir un avenir moins noir. Et seul un faible pourcentage de la population est prêt à changer de mode de vie pour éviter la catastrophe. 
De plus en plus de pays sont gouvernés par le Club des Brutes épaisses qui rient des catastrophes climatiques annoncées, ne se soucient que de faire des affaires ou la guerre économique ou militaire. Parfois le tout ensemble. 

Le gouvernement français veut mettre fin au "tout bagnole" et annonce un réinvestissement dans le rail. 15,4 milliards d'euros seront investis dans les infrastructures et le fonctionnement du chemin de fer, avec une priorité aux lignes de proximité. Et la SNCF consacrera chaque année 3,6 milliards d'euros à l'amélioration de son réseau. On ne peut qu'applaudir. Sauf quand on constate que la même SNCF, dans le même temps, supprime des arrêts de train (et peut-être bientôt les gares elles-mêmes) à Argenton-sur-Creuse, à Loches, à Chinon, à Saint-Maixent et dans tant d'autres villes considérées comme secondaires. Pour donner priorité aux trains des lignes secondaires, aucune nouvelle ligne TGV ne sera créée, bravo! Mais bien quelques nouvelles liaisons autoroutières: les axes Rouen-Orléans et Toulouse-Castres, la route Centre-Europe-Atlantique, les contournements d'Arles et de Rouen, la désaturation de l'A31 en Lorraine. La vignette poids lourds est, une fois de plus, abandonnée, de même que le péage urbain. Mais qu'on se rassure: l'autopartage sera favorisé tout autant que celui des trottinettes (1).
Pendant ce temps, des Gilets jaunes occultent des radars et réclament la suppression de la limitation à 80 km/h. Il s'agit là, apparemment, d'une liberté non négociable: celle de rouler à la vitesse qui nous plaît. Qu'importent la sécurité routière et le climat? Heureusement, dans ce mouvement hétéroclite, d'autres réclament l'interdiction du glyphosate.
N'empêche, les contradictions sont partout. Tout le monde dit et fait n'importe quoi. Le match est (totalement) nul: 0-0.

La Belgique, elle, est menacée par la montée des eaux. On dit la Belgique, mais il s'agit plus précisément de la Flandre. La Vlaamse kust pourrait avoir totalement disparu en 2100. Mais les leaders nationalistes flamands ont d'autres priorités: l'indépendance d'un pays dont une part importante sera demain sous eau. La densité de population dans cette Flandre réduite à la portion congrue risque de dépasser celle de Hong Kong. De Wever et ses troupes se trompent totalement de combat. Au rythme où progresse le réchauffement climatique et où monte le niveau de la mer, 1,8 million de Flamands devront déménager d'ici la fin du siècle. De De Panne à Knokke, toutes les villes côtières seront des cités fantômes englouties par la mer. Même Antwerpen sera sous eau (2). Les nationalistes ont intérêt à prévoir de très hauts mâts pour leurs drapeaux.

Explications du climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC: "Cette chaleur supplémentaire que nous créons par nos émissions de gaz à effet de serre reste seulement pour 1% dans l'atmosphère. Plus de 90% vont dans l'océan. Le véritable test du réchauffement climatique, c'est l'océan.
"Il y a une telle inertie dans l'énorme machine océanique qu'une fois la montée des eaux engagée, on ne pourra plus l'arrêter. Elle sera le résultat de la dilatation thermique - l'eau chaude occupe plus de place que l'eau froide - et de la fonte des glaces. Si nos émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, on se dirige vers près de 1 mètre supplémentaire à la fin de ce siècle, 2 ou 3 mètres à la fin du siècle prochain et, à échéance millénaire, la fonte totale du Groenland. De grandes villes côtières, Tokyo, Shangai, Bangkok, Dacca, mais aussi Miami, New York ou Lagos sont très vulnérables. Même si l'on maintient, par une réduction de nos émissions, le réchauffement à 2 degrés, les océans auront monté de 50 centimètres à la fin du siècle. Et surtout, l'élévation va se poursuivre pendant des siècles, voire des millénaires."

Il reste possible, selon le climatologue, de limiter les dégâts. Mais cela exige des mesures fortes: "abandonner le pétrole, le gaz et le charbon d'ici à 2050, c'est justement ce qui permettrait de tenir l'objectif de 1,5 degré. Cela signifie que l'on diminue par deux nos émissions dans les dix prochaines années, et qu'on poursuive l'effort dans les vingt ans qui suivent! C'est drastique. Pour cela, il faut que chaque citoyen réfléchisse à chacun de ses comportements, et surtout que tous les secteurs d'activité, logement, transport, agriculture, énergie..., s'y mettent. Cela suppose des investissements majeurs".

Les politiques devraient écouter les scientifiques. Mais ils regardent ailleurs semblent sourds. Ils préfèrent préserver leurs chances de réélection en prenant des mesurettes qui ne les rendront pas (trop) impopulaires. L'humanité sera-t-elle réélue? 

J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.
Molière, "Le Misanthrope"

(1) Denis Daumin, "Comment la France va mieux bouger", La Nouvelle République - Indre, 27.11.2018.
(2) https://reporterre.net/La-Belgique-a-la-merci-de-la-montee-des-eaux
(3) Télérama, 24.11.2018.
A lire à ce sujet: https://reporterre.net/6-questions-6-reponses-sur-le-changement-climatique-ses-effets-et-les

samedi 27 octobre 2018

Sacro-sainte bagnole

Que fait l'homme en cet automne qui n'en est pas un? Il se plaint. L'automobiliste trouve le prix du carburant trop cher. Et le paysan se désole de voir que ses champs ne produisent rien du fait de la sécheresse. Voilà les deux sujets qui ouvraient, l'un après l'autre, le journal de France 3 Centre - Val de Loire hier soir. Sans qu'il y ait de lien entre eux.

La colère gronde, nous dit-on, chez les automobilistes qui se voient pressés comme des citrons par le gouvernement. Ils contestent les taxes imposées sur le carburant. Même si la hausse des prix est moins le fait d'une augmentation des taxes que de celle du dollar et du prix du pétrole (1). 
Bien sûr, les gouvernements français successifs ont décidé d'augmenter les taxes sur le gasoil pour décourager l'usage de véhicules extrêmement polluants en particules fines. Et ça marche: les ventes de ces véhicules équipés de moteurs diesel s'effondrent. Mais les automobilistes sont en train de se mobiliser pour bloquer les routes et les stations-services. Bref, ils vont se mettre en grève. Espérons qu'elle dure longtemps.

On comprend mieux le désespoir des paysans face à leurs prairies et leurs champs asséchés. Les éleveurs sont obligés depuis des semaines de nourrir leur bétail avec du fourrage, faute d'herbe dans les prairies. Leurs réserves fondent à vue d'œil. Et les agriculteurs ne voient et ne verront sans doute pas pousser les céréales qu'ils ont plantées il y a des semaines. Il faut s'attendre à voir, dans les mois et même les années qui viennent, les prix agricoles flamber et les ressources des paysans diminuer. 

Mais d'où vient cette sécheresse (ces sécheresses) sinon du dérèglement climatique? Lui-même dû à nos consommations excessives et notamment à la pollution engendrées par les moteurs thermiques.
Les prix du carburant ne sont pas trop chers. Ils devraient être multipliés par trois ou quatre pour que nous changions enfin nos modes de vie. Combien n'en voit-on pas de ces personnes qui, quotidiennement,  prennent leur voiture pour faire quelques centaines de mètres parfois, un ou deux kilomètres tout au plus pour aller acheter leur journal ou leur baguette ou conduire leurs enfants à l'école? Combien encombrent les centres des villes, après avoir cherché un quart d'heure à se garer, avec des voitures-ventouses qui ne bougeront pas huit heures d'affilée? Combien laissent tourner leur moteur cinq, dix, quinze minutes, le temps de discuter avec des connaissances croisées dans la rue ou sur la place? Visiblement, le prix de l'essence n'est pas trop cher pour ces gens-là.
Il existe divers moyens de lutter contre la hausse des prix des carburants. C'est de rouler moins vite et plus souplement par souci tant économique qu'écologique. C'est aussi et surtout de prendre sa voiture individuelle de manière plus réfléchie - uniquement quand elle est indispensable (elle ne l'est pas souvent) - et de lui préférer, chaque fois que c'est possible, la marche, le vélo, les transports en commun, le co-voiturage. Encore faut-il, c'est vrai, que les pouvoirs publics mènent une politique cohérente en la matière, en rouvrant des voies, des arrêts, des lignes de bus, de tram et de chemin de fer, plutôt que d'en fermer comme c'est le cas aujourd'hui, tant en Belgique qu'en France.
A Argenton-sur-Creuse, la SNCF supprime des trains. En Wallonie, les TEC ont supprimé les bus du dimanche sur diverses lignes. Comment comprendre d'aussi stupides décisions? 

De plus en plus de villes se ferment et se fermeront aux moteurs les plus polluants. Comment faire autrement maintenant que la coupe est pleine? Mais il faudra bien aller plus loin.
Il y a quarante-cinq ans, c'était la première crise pétrolière. Les prix du pétrole avaient flambé et nos gouvernements avaient décrété les dimanches sans voiture. C'était l'heureux temps où les réseaux dits sociaux n'existaient pas et où les grognons se fédéraient plus difficilement. N'empêche qu'il y eut beaucoup de mécontents, fâchés de ne pouvoir aller en voiture à la pêche ou manger chez maman le dimanche midi. Mais il y eut aussi d'innombrables bienheureux, profitant du silence retrouvé le temps d'une journée et des espaces disponibles pour les tricycles, les vélos et les chevaux. Il faudra bien réfléchir, d'urgence, à des mesures de ce type si on veut éviter la catastrophe. Ou en tout cas l'amoindrir.

Vouloir un pétrole, une essence, un diesel bon marché est non seulement un "combat" d'arrière-garde, mais bien plus une attitude suicidaire. On sait depuis longtemps que les prix du pétrole, qui ont fait du yoyo un moment, sont appelés à s'élever inexorablement. Et notre planète ne peut souffrir plus longtemps des excès qui sont les nôtres. On sait que les véhicules individuels à moteur thermique sont condamnés à brève échéance. Et quoi qu'en pensent la Le Pen et le Dupont-Aignant (qui retrouvent une raison d'exister en soutenant les râleurs), ce sont des mesures fortes de lutte contre tous les facteurs qui participent au dérèglement climatique qui devraient être prises. Elles ne seront sans doute pas populaires. C'est pourquoi aucun élu, s'il veut le rester, n'ose les prendre. Mais nous n'y échapperons pas, un jour à l'autre, parce que le mur s'approche. Celui contre lequel nous buterons tous si nous n'acceptons pas de sortir de ce confort égoïste et destructeur dans lequel nous baignons encore. Mais plus pour bien longtemps.
Un climat rééquilibré sera tout bénéfice pour l'environnement, pour l'agriculture et donc pour nous-mêmes.

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/26/les-taxes-ne-sont-pas-la-premiere-cause-de-la-flambee-du-prix-de-l-essence-et-du-diesel_5375162_4355770.html


mardi 16 octobre 2018

Pluie du matin n'arrête pas le progrès

Pluies torrentielles dans l'Aude. Il est tombé en quelques heures l'équivalent de quatre mois de pluie. Résultat: des maisons détruites ou inondées, des routes et des ponts emportés et surtout onze morts. Le premier ministre est venu faire part à la population locale de sa compassion. Bien sûr, cette présence et cette attitude font partie de son rôle, mais l'empathie ne changera rien: cette catastrophe-ci n'est qu'un épisode parmi beaucoup d'autres à venir dans un contexte climatique totalement perturbé. Les météorologistes sont pointés du doigt pour leur incapacité à prévoir ces pluies dont le degré de violence, disent-ils, est imprévisible. Les climatologues et le Giec, eux, annoncent depuis longtemps la multiplication d'orages très violents, de typhons, d'inondations, de périodes de sècheresse, de fonte des glaciers, de montée du niveau des mers. Mais les politiques pas plus que les citoyens n'entendent changer de cap et d'habitudes.
Le même jour, on apprend que pendant le congé de début novembre, les Belges seront 20% de plus à prendre l'avion "pour changer d'air". Ce faisant, ils changeront l'air aussi. Mais qui s'en soucie, sinon ceux qui ont maintenant les pieds dans l'eau?
On apprend aussi que "les milieux économiques" du Limousin font pression sur les autorités politiques pour que soit construite une autoroute entre Limoges et Poitiers. Les milieux économiques devraient mettre le nez dehors et regarder ce qui se passe autour d'eux. La voiture n'est pas la solution. Elle est le problème. Mais qui oserait remettre en question cette déesse?

jeudi 11 octobre 2018

Jusqu'au bout

Le GIEC vient de publier son nouveau rapport: le réchauffement climatique va atteindre 1,5°C en 2030. Au-delà, les risques sont nombreux - on les connaît déjà, mais ils seront pires encore: canicules, extinctions d'espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans, etc. Si on en reste aux accords de Paris de 2015, la hausse des températures atteindra allègrement les 3°C à la fin du siècle. Et ce sera une vraie catastrophe. On ne donne pas cher de la survie de quantité d'espèces, dont l'humaine. Il faut dès lors, dit le Giec, engager des transformations "rapides et sans précédent".

Que fait l'homme par rapport à ces menaces? Il garde son sang froid. Il reste mobile. 
Il prend l'avion et le prendra de plus en plus, avec l'aide notamment de Ryanair qui envisage l'ouverture de nombreuses lignes nouvelles. A Bruxelles, par exemple, il en annonce six et une augmentation du nombre de vols sur d'autres lignes déjà ouvertes.
L'homme part aussi en croisière sur les mers et les grands fleuves sur des paquebots qui transportent 3 ou 4.000 voyageurs et émettent autant de particules fines qu'un million de voitures.
L'homme va aussi tranquillement au salon de l'auto à Paris où il rêve de s'acheter un SUV. Il n'en a pas besoin, mais ce type de véhicule lui donne une allure d'aventurier urbain. "En 2009, écrit Fabrice Nicolino (1), les SUV ne représentaient que 6% des ventes de voitures neuves en France. On en est à un tiers. (...) Au plan mondial, cela donne 5 millions de SUV vendus chaque année en 2000, 20 en 2015, et 42 d'ici à une douzaine d'années." Comment s'étonner que les émissions de CO2 des voitures neuves repartent à la hausse depuis 2016? Ces monstres de la route prennent tellement de place que les rues des villes sont trop étroites pour les accueillir. Aux Etats-Unis, on détruit des parkings pour en construire de plus larges. En Suisse, on envisage d'élargir d'un demi-mètre au moins les voiries pour permettre la circulation des SUV. 
On voit par là que l'homme a le sens des priorités. Un sens particulier.



(1) "Salon de la bagnole, Trucage et enfumage", Charlie Hebdo, 26.9.2018.