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jeudi 12 mars 2026

Animal sans mémoire

La résistance au changement altère-t-elle la mémoire ? Si on compte bien, voilà cinquante-trois ans qu'a eu lieu la première crise pétrolière. Depuis, on ne cesse de se dire qu'il faut se libérer des énergies fossiles, sortir de la dépendance au pétrole et aux pays qui en produisent, vivre de manière plus sobre. Le dérèglement climatique en augmente un peu plus chaque jour la nécessité. Mais l'Homme est un animal paresseux et sans mémoire.
Ces dernières années est apparue l'expression sortir de sa zone de confort. Elle est souvent injonction : il faut sortir de sa zone de confort. Changer de travail, modifier ses habitudes, multiplier les expériences. Mais la dépendance au pétrole y échappe. Chacun veut continuer à pouvoir prendre sa voiture quand il le veut et rouler vite, voyager en avion pour pouvoir se déconnecter (de la nécessité de ne plus le faire), acheter de mauvais produits chinois dont il n'a pas vraiment besoin. 
La guerre du tandem Trump - Netanyahou fait grimper le prix du pétrole et donc de l'essence. Et voilà les automobilistes qui se précipitent aux pompes. Verra-t-on les gilets jaunes s'afficher à nouveau ?
A chaque crise pétrolière, on redécouvre l'eau chaude. Le covoiturage se réorganise. Les appels se répètent, à modifier son comportement d'automobiliste, en utilisant sa voiture de manière moins fréquente et plus rationnelle, en roulant moins vite et plus souplement, en ressortant son vélo.
Mais si on veut rester dans sa zone de confort, on peut faire comme cette automobiliste, entendue dans un micro-trottoir lors d'une crise pétrolière précédente : "moi, l'augmentation, je m'en fiche, je ne mets toujours que pour 20 € d'essence dans mon réservoir. Donc, ça ne change rien pour moi".

mercredi 11 mai 2022

Lever le pied

Il fait chaud, trop chaud pour la saison. Et beaucoup trop sec. Les nappes phréatiques sont insuffisamment rechargées. A ce jour, quinze départements français ont déjà franchi le seuil de vigilance. Ici, nous sommes en phase de vigilance et tous invités à économiser l'eau. Les agriculteurs sont très inquiets. Les récoltes s'annoncent déjà faibles. Les chenilles n'ont jamais été aussi nombreuses et dévorent les feuilles des fruitiers.
Ailleurs dans le monde, dans de nombreux pays d'Afrique notamment, la situation est totalement catastrophique. On ne se souvient pas y avoir vu tomber la pluie. Les récoltes sont réduites à néant. En Asie, les canicules risquent de tuer des millions de personnes, le seuil maximal de chaleur humide que l'homme peut supporter y est largement dépassé. " “Mourir de chaud” n’est plus seulement une expression en Inde et au Pakistan., écrit le HuffPost. Les deux pays de l’Asie du Sud subissent des vagues de chaleur sans précédent depuis deux mois. Les températures y sont infernales et atteignent un pic ce mercredi 11 à plus de 50°C. La chaleur, combinée à des niveaux élevés d’humidité, dépasse déjà le seuil limite de survie des personnes se trouvant à l’extérieur pendant une période prolongée"
La Sibérie est en feu, mais le président russe préfère, pour des raisons que lui seul comprend, faire la guerre à l'Ukraine, participant plus encore au réchauffement climatique et augmentant les risques de pénurie alimentaire.

Des mesures drastiques doivent être prises d'urgence pour, si pas inverser la tendance, au moins ralentir nos consommations d'énergie fossiles et donc notre production de CO2. Mais qui le veut vraiment ? Ni les gouvernements, ni la majorité des citoyens. Et pourtant... Si nous suivions les recommandations du GIEC et de l’AIE (l’Agence Internationale de l’Energie), "nous pourrions, à l’échelle européenne, réduire notre consommation de pétrole de 2.7 millions de barils par jour, ce qui équivaut à notre importation russe". C'est Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque (qu'on imagine pas, a priori comme un écolo intégriste) qui le dit (1).
Nous pourrions, par exemple, dès demain, abaisser les limites de vitesse d’au moins 10 km/h sur les autoroutes. "Pourquoi donc ne pas imposer sur les autoroutes dans toute l’Europe une vitesse limitée à 110 km/h pour les voitures et à 90 km/h pour les camions, sans exception ? Et mettre en place, un maillage de radars pour éviter le moindre écart. Un système d’amendes progressives pourrait être imposé et les montants ainsi récoltés pourraient approvisionner un fonds d’aide aux plus précarisés et les plus touchés par la hausse des prix de l’énergie." Le gouvernement français avait, il y a quelques années, imposé une vitesse maximale sur les routes de 80 km/h. Mais devant la levée de boucliers du lobby automobile ardemment soutenu par les Gilets jaunes il avait battu en retraite et laissé la main aux départements qui, nombreux, ont courageusement décidé de rétablir la limite à 90 km/h. Des automobiles vivant en milieu rural affirmaient qu'ils n'avaient "pas le temps de rouler moins vite". Demain, auront-ils le temps de lutter contre les incendies qui menaceront leurs maisons ? Faire passer la limitation de vitesse sur autoroute de 130 à 100 km/h revient à diminuer de 15% nos consommations de carburant et dès lors notre pollution (et nos dépenses). Les Américains et les Canadiens qui circulent dans des espaces autrement plus vastes que les nôtres n'ont pas l'air particulièrement malheureux d'être limités à 100 km/h.

Selon l’AIE, "l’instauration d’un jour de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de pétrole d’environ 170.000 barils par jour. À court terme, l’instauration de trois jours de télétravail par semaine permettrait de la réduire d’environ 500.000 b/j".
Autre mesure proposée : sortir la voiture des centres urbains. Si les voitures ne circulaient pas dans les grandes villes européennes les dimanches, ce sont 380.000 b/j qui seraient économisés à court terme. Ce qui ferait le plus grand bien aux inertes que nous sommes devenus en nous poussant à marcher et à rouler à vélo. Et à prendre des transports en commun qui doivent être rendus plus abordables.

Autres mesures à encourager :  le covoiturage et le choix du train à grande vitesse ou des trains de nuit plutôt que de l’avion chaque fois que c'est possible. "Selon l’AIE, ces mesures appliquées dans l’ensemble des pays avancés permettraient en quatre mois de réduire la consommation de pétrole de 2.7 millions b/j, ce qui représente ce que l’Europe importe comme pétrole de Russie. Et si ces mesures ne sont pas justes limitées à quatre mois, mais définitivement imposées, tout en étant évidemment accompagnées des mesures que le GIEC demande de prendre urgemment dans tous les autres secteurs, elles permettront d’accompagner la transition énergétique. Il s’agit en plus de mesures facilement adaptables pour nos sociétés et que les consommateurs peuvent intégrer dans leur quotidien sans que cela soit perçu comme brutal et ingérable. Cela demande juste à nos gouvernements d’adopter ces nouvelles normes de façon concertée. L’Europe a montré avec la guerre en Ukraine qu’elle est capable d’adopter une position commune et le défi climatique ne pourra se résoudre que tous ensemble."

On le sait, les gouvernements sont très réticents à prendre des mesures qui pourraient fâcher leur électorat Sauf si les citoyens agissent en citoyens responsables plutôt qu'en enfants gâtés qui veulent que soient prises des mesures de lutte contre le réchauffement climatique qui ne modifient en rien leurs habitudes assassines pour la planète et ses habitants. 

(1) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/05/10/il-netait-pas-utopique-de-reduire-facilement-notre-consommation-de-petrole-de-27-millions-barilsjour-DQ3QFE6GMFCLTI6AU22LGTOJ44/ 

vendredi 3 avril 2020

Du pétrole en fumée

Je regrette d'avoir arrêté de fumer il y a si longtemps (33 ans, 5 mois, 26 jours et 13h37 à l'heure où j'écris ce billet). Parce que si j'étais fumeur aujourd'hui, j'arrêterais aussitôt. Avec l'économie d'un paquet de cigarettes par jour, tous les deux jours, je pourrais acheter un baril de pétrole brut, tant son prix s'est effondré. Un bel investissement que je rentabiliserais dès la fin du confinement. Quand les affaires repartiront de plus belle. 
Mais bon, j'ai arrêté de fumer il y a longtemps.

mercredi 8 janvier 2020

Les hommes du passé

En 2019, la France a connu quinze catastrophes, qu'on ne peut plus qualifier de naturelles, dont le coût est estimé à un milliard d'euros. (1) 
Si on est intelligent, on se dit qu'il y a urgence à changer de mode de vie. Mais nous avons sans doute cessé d'être intelligent. Et notre système démocratique basé sur les élections ne nous y aide pas. Les élus, de quelque bord qu'ils soient, souhaitent avant tout garder leur poste. Et sont, dès lors, très frileux quand il s'agit de prendre des décisions qui risquent de les rendre impopulaires.

L'Australie est en feu depuis août dernier. Déjà, une surface équivalente à celle de la Belgique a été ravagée par les flammes. Et le pire est à venir, selon des experts. Les morts sont nombreux chez les humains et innombrables chez les animaux. Le pays a connu des précipitations et des températures records (49,8°C le 19 décembre), engendrées, selon les spécialistes, par le dérèglement climatique qui est aussi la cause de vents violents.
Entre le 1er août et le 16 décembre 2019, "les feux de brousse qui ravagent l'Australie ont libéré 270 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, ce qui représente un peu moins de 10% des émissions globales du pays sur la même période". (2) 
Toute personne sensée se dirait qu'il faut prendre des mesures radicales et rapides pour diminuer les causes du réchauffement climatique. Fermer les mines de charbon notamment, l'Australie produisant un tiers des exportations mondiales de ce minerai. Cette hypothése est vue par le premier ministre comme "irresponsable" et "nuisible à l'économie". Le feu aussi est irresponsable et nuisible à l'économie. Mais le premier ministre a promis de "maintenir le cap d'une gestion responsable en abordant de manière responsable les changements du climat et en veillant de manière responsable à ce que nous puissions faire croître notre économie" (3). Des propos - tenus au retour de ses vacances à Hawaï - qu'on ne saurait qualifier autrement que d'irresponsables.

L'Australie n'est pas, loin s'en faut hélas, le seul pays touché par les incendies. "2019 fut le théâtre d'une activité exceptionnelle, tant en termes d'intensité des feux de forêts que d'émissions, avance le CAMS (service de surveillance de l'atmosphère du programme européen Copernicus). Entre le 1er janvier et le 30 novembre, environ 6.735 millions de tonnes de CO2 ont été relâchées dans l'atmosphère. Outre l'Australie, d'importants incendies ont touché l'Amazonie, l'Indonésie, mais également la Syrie, faisant peser des inquiétudes sur la sécurité alimentaire de ce pays déjà fragilisé. Et au mois de juin, les feux de forêts du Cercle polaire arctique ont également été sans précédent en termes d'emplacement, d'ampleur et de durée." (2)

Pendant que la Terre part en fumée, des parents d'élèves s'indignent que leurs enfants, lors d'un spectacle de Noël, puissent porter un message écologique. Ils produisent du pétrole et n'envisagent pas une seconde qu'on puisse ne pas en consommer. Suite à la représentation du spectacle Santa goes green par ses élèves, la directrice de cette école du Saskatchewan a présenté ses excuses aux parents: il ne faut y voir "aucun message hostile à l'industrie pétrolière ou gazière", importante dans cette région. Les industries devenues traditionnelles sont sacrées. Les habitants du Saskatchewan y croient plus qu'au réchauffement climatique. En 2016, 56% d'entre eux seulement croyaient que ce dernier  puisse être une réalité (4).

De l'autre côté du Canada, l'industrie du sapin de Noël se porte bien. Dubaï en achète en quantités industrielles. Ils y arrivent par bateau en conteneurs réfrigérés. Ils se vendent bien à New York aussi: jusqu'à 1.000 dollars pièce, alors qu'ils ne coûtent que 150 dollars à Montréal ou à Québec.
La province de Québec est un des principaux producteurs mondiaux de sapins de Noël: en 2018, 3,9 millions de sapins ont été exportés, pour un montant de 43 millions de dollars (5). Faire voyager à travers la planète des arbres en frigos, voilà une pratique qui donne envie d'en finir avec Noël. 

Dans l'Union européenne, selon sa Commission, le transport routier de marchandises devrait croître de 60 % d'ici 2050 (6). Où fera-t-on rouler tous ces véhicules qui augmenteront considérablement un niveau de pollution que l'Europe s'est engagée à juguler?

"L'avenir appartient à Greta Thunberg et à sa génération. Ces types actuellement au pouvoir aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil, ne sont que des losers, des représentants d'un monde et d'un système en bout de course. Ils vivent dans le passé, croyant qu'ils peuvent arrêter la marche du temps. Il existe un décalage de plus en plus grand entre nos leaders et le peuple, surtout les jeunes. Ça ne peut plus durer." Neil Young (7).

(1) Journal de 13h, France Inter, 27.12.2019.
(2) "2019, une année exceptionnelle pour les feux de forêt", Le Soir, 20.12.2019.
(3) "Pour le Premier ministre australien, le charbon à tout prix", Le Soir, 24.12.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/un-pere-noel-ecolo-lors-dun-concert-provoque-un-tolle-dans-une-ville-petroliere-canadienne_fr_5e029d15e4b0843d36020b01?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) Ludovic Hirtzmann, "Les profits délirants des vendeurs de sapins québécois", Le Soir, 24.12.2019.
(6) Elodie Lamer, "L'accord sur le dumping social crée la polémique", Le Soir, 24.12.2019.
(7) Hugo Cassavetti, "L'Indompté", Télérama, 6.11.2019.

jeudi 27 mai 2010

Poisseux

Ce serait donc deux à trois millions de litres de pétrole qui se seraient échappés chaque jour, suite à la fuite de la plateforme au large de la Louisiane. Soit trois à quatre fois plus que ce que déclaraient jusqu'à présent les dirigeants de BP. En comptant juste, ce serait donc 70 à 100 millions de litres qui se seraient répandus dans l'océan depuis le 22 avril dernier. Les conséquences sur le plan économique (la pêche notamment) et écologique sont et seront catastrophiques. C'est surprenant: je n'ai entendu aucun défenseur des oiseaux réclamer la fermeture immédiate de toutes les plateformes pétrolières et du trafic pétrolier. Vous savez: ces gens qui s'opposent aux éoliennes parce qu'elles tuent des oiseaux.
En attendant, le pétrole gagne 4% sur le marché. On vit quand même une époque formidable!