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vendredi 27 mars 2026

Gens de rien

Il est bien loin le temps où les états majors militaires osaient parler de frappes chirurgicales. Comme si une frappe n'était pas par essence violente et comme si la chirurgie pouvait être destructrice.
On voit dans quel état est la bande de Gaza. Les frappes de l'armée israélienne qui visaient les combattants du Hamas ont tué des dizaines de milliers de civils et le territoire est détruit dans sa majeure partie.
La guerre que mènent Israël et les Etats-Unis au régime dictatorial iranien a de sanglantes retombées sur une population iranienne à présent prise en tenailles entre ce régime répressif et les bombes et missiles qui visent la fin de ce dernier (bien que les motivations de cette guerre restent floues).
Le Liban se retrouve entraîné dans cette guerre, une de plus, à cause du Hezbollah et des réactions tout aussi destructrices de l'armée israélienne. Comme toujours, comme ailleurs, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd.

Et pendant qu'Israël mène cette guerre, les colons en profitent pour s'attaquer à des villages de Cisjordanie : agression d'habitants, incendies d'habitations et de voitures, jets de pierres.
"Depuis le début de la guerre avec l’Iran, rapporte Le Monde (1), les colons les plus extrémistes, qui bénéficient d’une impunité de fait depuis des mois, ont multiplié les assauts, tuant six Palestiniens en trois semaines. Cette dégradation a conduit des anciens généraux israéliens à rendre publique, le 16 mars, une lettre ouverte adressée à la hiérarchie militaire afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « pogroms » et de « terrorisme juif »." Dimanche dernier, indique encore Le Monde, le ministre israélien des finances, chargé des colonies, "a déclaré viser « l’effondrement » de l’Autorité palestinienne et l’annexion complète de la Cisjordanie. Le candidat de gauche, Yaïr Golan, a dénoncé le soutien du gouvernement au « terrorisme juif » alors que l’armée opère sur deux fronts, en Iran et au Liban."
"La guerre lancée par l’Etat hébreu avec les Etats-Unis contre l’Iran a déplacé l’attention médiatique et politique, constatent les Palestiniens (2). « La bande de Gaza et la Cisjordanie sont en quelque sorte reléguées au second plan parce que tous les regards sont tournés vers un problème régional plus grand », souligne la ministre, en poste depuis 2025. « Dans le même temps, nous assistons à une recrudescence sans précédent des actes terroristes perpétrés par les colons illégaux sur l’ensemble du territoire palestinien », s’alarme-t-elle, en dénonçant le rôle joué par des membres influents du gouvernement israélien dans la défense du mouvement de colonisation."

Dans la guerre sans merci que mène le boucher de Moscou à l'Ukraine, les pertes côté russe (morts et blessés) seraient de 40 000 par mois (3). Et combien de morts en Ukraine ?
Mais toutes ces morts, tous ces drames, ces gens mutilés, ces familles endeuillées, ces villages et ces villes détruites, rien de tout cela n'a d'importance face à la volonté de conquête et de pouvoir de ces extrémistes. Les gens n'existent pas.

Chacun défend ses intérêts, et dans le calcul froid des pertes et des profits, le sang humain n’a aucune importance. (...)
J'ai en moi une question : quand le monde décidera-t-il que la vie d’un enfant à Gaza, à Téhéran ou au Koweït a plus de valeur que tous les détroits et tous les gisements pétroliers ?
Taleb Alrefai, écrivain koweïtien (4)

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/23/en-cisjordanie-une-serie-d-attaques-coordonnees-commises-par-des-colons-juifs-contre-des-villages-palestiniens_6673876_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/26/l-autorite-palestinienne-alerte-sur-le-terrorisme-des-colons_6674405_3210.html
(3) https://www.marianne.net/societe/defense/dronification-comment-l-ukraine-a-inflige-6-000-pertes-a-la-russie-en-quatre-jours
(4) https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/20/pour-l-ecrivain-libanais-charif-majdalani-le-liban-se-trouve-bel-et-bien-entraine-a-son-corps-defendant-dans-de-nouvelles-calamites_6672741_3260.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

jeudi 6 décembre 2012

Un cirque face à la folie

La décision du gouvernement israélien de construire plus de trois mille nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem Est est une honte. Elle fait l'unanimité contre elle. Mais rien n'y fait, ce gouvernement qui ne veut pas de la paix poursuit sa fuite aveugle en avant. Il s'était pourtant engagé auprès des Etats-Unis à ne pas construire en lisière de Jérusalem Est. Par ces constructions nouvelles, Israël couperait en deux la Cisjordanie, morcelant un peu plus encore les territoires palestiniens. Ce projet "porterait un coup fatal aux dernières chances de garantir une solution à deux Etats", estime Ban Ki-Moon, secrétaire général de l'ONU.
Dans le mouchoir de poche qu'est la Bande de Gaza, les habitants deviennent fous d'être confrontés à la mort quotidiennement, fous de tourner en rond dans ce non Etat aux frontières fermées. L'émouvant reportage de la journaliste Caroline Bourgeret (1) indique combien l'attitude du gouvernement israélien et les attaques de son armée finissent par pousser dans le camp du Hamas des Palestiniens qui ne l'étaient pas. Elle montre aussi que, malgré la violence, les humiliations, nombreux sont ceux qui témoignent d'un courage hors norme, qui leur permet de vivre. Malgré tout.
La Palestinian Circus School, née dans les territoires occupés et les camps de réfugiés, croit aussi, malgré tout, en la vie. Elle est en Belgique ces jours-ci avec sa nouvelle création: "Kol Saber!" (2).
« Kol Saber » nous plonge au cœur des réalités de la rue en Palestine ; d’étranges silhouettes dansent pour exister… Elles s’éloignent, se retrouvent, s’affrontent, cohabitent dans une atmosphère de tensions, jusqu’à ce qu’une nouvelle et mystérieuse silhouette tombe du ciel et change les règles du jeu. Un pouvoir puissant mène la danse, divise, pollue et manipule…"

(1) 
http://www.rue89.com/2012/12/03/couvrir-gaza-sous-les-insultes-je-ne-me-tairai-pas-237525
(2) à Bruxelles, Tournai, Antwerpen, Durbuy, Charleroi, Namur (voir www.pac-g.be)

mardi 28 septembre 2010

Du rôle de l'artiste

Le gouvernement israélien n'a pas prolongé le moratoire sur les constructions en zones occupées. On n'arrive évidemment pas à croire à sa volonté d'entamer de vraies négociations. On se plaît parfois à dire en Belgique que les Palestiniens et les Israéliens s'intéressent de près au modèle belge du vivre ensemble entre communautés soeurs ennemies. Il semble que ce soit vrai. Le modèle belge actuel a la faveur du gouvernement israélien: il dit vouloir négocier un accord, mais fait tout pour qu'il n'y en ait aucun. Jamais. Bibi et Babart, même combat (même si l'un est le colon et que l'autre s'estime colonisé).
Des comédiens et metteurs en scène israéliens ont fait connaître leur opposition à la colonisation des territoires occupés: une cinquantaine d'entre eux a décidé de boycotter le nouveau centre culturel de la colonie d'Ariel en Cisjordanie. Donc en territoire occupé. Des ministres de droite ont menacé les compagnies théâtrales qui appliqueraient ce boycott de leur couper les vivres. Comme souvent, les menaces ont l'effet contraire à leurs objectifs: d'autres artistes emboîtent le pas aux gens de théâtre: les écrivains David Grossmann et Amos Oz notamment les soutiennent: "accorder la moindre légitimité à l'entreprise de colonisation porte atteinte aux chances d'Israël de parvenir à la paix avec nos voisins palestiniens", estiment-ils. (1) "Les artistes ne sont pas des soldats qui doivent marcher au pas", estime Yossi Sarid, ancien ministre de gauche. "Personne ne peut les contraindre à se produire".
Et pendant ce temps-là, ou presque, des organisations culturelles européennes boycottent des artistes israéliens. Les mêmes ou presque. Début juin, le réseau indépendant Utopia déprogrammait un film israélien, pour protester contre les violentes attaques de la marine israélienne à l'égard de la flottille qui tentait de rompre le blocus de Gaza. Boycotter des artistes, qui sont souvent sont très critiques par rapport à la politique suivie par leur gouvernement, a-t-elle un sens? (2) Quand nous boycottions les pommes et les oranges d'Afrique du Sud, il ne nous serait pas venu à l'idée de boycotter Johnny Clegg, J.M. Coetzee ou Nadine Gordimer.
Un colloque était prévu à Aix-en-Provence au début 2011 autour du thème "Ecrire aujourd'hui en Méditerranée, échanges et tensions". Il a été annulé. (3) Les échanges n'auront pas lieu. Restent les tensions. "Des écrivains et universitaires arabes, égyptiens et palestiniens" (selon les organisateurs) ont annulé leur participation parce qu'une écrivaine israélienne y était invitée. Esther Orner, l'écrivaine dont il était question, est favorable à la paix entre Israël et un Etat palestinien. Mais rien n'y a fait. "Aurait-on l'idée de boycotter un Iranien?", demande-t-elle. Que des artistes refusent le dialogue avec d'autres est contraire à leur rôle. Qui sont, que sont ces artistes qui refusent d'échanger? L'artiste est là pour forcer la réflexion, pour poser des questions que personne ne veut entendre. Ces artistes-là n'ont que des réponses à des questions qu'ils ne posent pas. Des réponses fermées à des questions même pas ouvertes. "Censurer la culture, dit Costa-Gavras, c'est l'apanage des dictatures. En démocratie, on accueille les films, qui sont porteurs d'idées parfois très fortes, on les contextualise, on en débat. Les refuser, c'est la pire des réponses."

(1) voir Marianne, 11.09.2010: "Israël. les artistes se rebiffent"
(2) voir Télérama, 23.06.2010: "Faut-il boycotter les artistes israéliens?"
(3) voir Libération, 23.07.2010: "Aix: la présence d'une Israélienne clôt le débat"