Affichage des articles dont le libellé est Cyril Hanouna. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cyril Hanouna. Afficher tous les articles

samedi 1 avril 2023

Le bas-parleur

Il a tout du patron d'un bar poisseux, de ces troquets où l'on parle - jusqu'à plus soif (mais ça n'arrive jamais) - de tout et de rien. Où personne ne connaît rien à rien mais où tout le monde est expert en n'importe quoi et se doit d'avoir un avis tranché sur tout, en particulier sur ce qui paraît scandaleux ou incroyable. On n'y refait pas le monde, on le défait un peu plus. TPMP, ce n'est pas le café philo, c'est le café toxico. Tous les complotistes de France y ont leur tabouret au comptoir. Touche pas à mon poste n'est pas un salon où l'on cause mais un bouge où se diffusent rumeurs, bêtises, blagues sexistes et racistes, attaques personnelles, fausses informations.
Récemment, Cyril Hanouna recevait un homme, dont le nom importe peu, ancien dealer reconverti dans les théories complotistes, qui ne l'a pas déçu : « L’adrénochrome, c’est du sang d’enfant. Céline Dion, elle en prend », a-t-il déclaré, avant de charger une série d'autres personnalités. Hanouna confirme  les délires de son invité parti en vrille : "Mais en tout cas c’est une pratique, ça existe et ça, il a raison de le dire, il a raison de le dire". Réaction de Sophia Aram dans sa chronique du 13 mars sur France Inter (1) : "Oui c’est ça, il confirme. C’est d’ailleurs un peu le problème quand on attend d’un décérébré qu’il régule un autre décérébré, c’est un peu comme nettoyer du vomi avec du vomi, ça marche moyen moins."
L'humoriste en arrive cependant à prendre la défense de Cyril Hanouna : " Si, si, j’en suis là… Parce qu’après avoir mis des nouilles dans le slip d’un de ses employés, organisé des canulards homophobes et sexistes, alimenté un mouvement factieux en jaune fluo, laissé libre antenne à tous les antivax en période de pandémie, dessiné une cible sur Mila ou sur Charlie, privilégié l’exposition d’un candidat raciste pendant la campagne présidentielle, sacrifié les droits de la défense sur l’autel d’une justice expiatoire, insulté un député pour lui interdire de parler de Bolloré… Si personne ne l’arrête, à un moment ce n’est plus de sa faute. Depuis le temps qu’il promeut le sale et popularise le pire, s’il y a encore des artistes, des auteurs, des journalistes, ou des annonceurs pour aller vendre leur soupe dans ce cloaque, ce n’est plus de sa faute. S’il y a autant de responsables politiques pour continuer de légitimer ce crétin en participant à ses émissions, ce n’est plus de sa faute. (...) Franchement, tant que nous serons aussi peu nombreux à prendre nos responsabilités, Cyril Hanouna a raison de s’en tamponner le coquillard comme de son premier 4X4 et de continuer à faire dans le poste jusqu’à ce que celui-ci déborde et que la horde de complotistes finisse par peser vraiment dans le jeu démocratique."

Dans TPMP, un des passe-temps favoris des habitués est de critiquer les autres et le patron n'est pas le dernier. Mais qu'on ne se mêle pas de le critiquer, lui, parce qu'alors il distille un peu plus son fiel. Hanouna adore faire parler de lui mais ne supporte pas qu'on donne des coups de pied sur son trône de bouffon. Que trouve-t-il à répondre à Sophia Aram ? "Occupe-toi de ta maman, ma chérie » (...) « Khadija Aram, condamnée à deux ans de prison dont six mois ferme… Pourquoi ? »  (...) « Elle est accusée d’avoir berné des personnes en situation irrégulière en leur faisant miroiter des titres de séjour alors qu’elle était adjointe au maire de Trappes. Pas beau ça… » (...) « Sophia, t’as déjà du boulot avec ta famille, lâche-nous ! ». (2) C'est tout ce qu'il a trouvé à répliquer. Ça s'appelle être à court d'arguments et donner raison à ses détracteurs.
Dans sa chronique suivante (3), Sophia Aram s'est livrée, émue et émouvante. "Eh bien, à tous ceux qui me rabâche que ma mère mériterait de passer le reste de ses jours en prison : j’aimerais leur dire que je suis d'accord avec eux  ! (...) Comme tous les enfants ayant eu un parent délinquant ou maltraitant – et ma mère était les deux – c’est un point de vue assez fréquent. Alors pourquoi ne l’avoir jamais dit ? Parce que comme tout enfant d’une mère délinquante et maltraitante, j'avais honte. C’est idiot hein… Mais voilà, ça fait près de cinquante ans que j’ai honte." Hanouna et ses basses attaques, dit-elle, lui donnent "l’occasion pour décider de me débarrasser de la culpabilité d'avoir eu une mère délinquante et maltraitante. Attention, j’ai toujours pensé que personne n'est responsable des actes de ses parents et que la seule chose que l’on peut reprocher à quelqu’un, c'est de reprendre à son compte l'héritage moisi de ses parents. (...) Et pourtant ça fait douze ans qu’après chaque chronique sur l’extrême droite, l’extrême gauche, les antivax, les gilets jaunes, les complotistes, les fans de Morandini, de Raoult, de Zemmour ou d’Hanouna, on me remet le nez dans cette culpabilité. Et ça fait douze ans que je me tais. (...) Mais voilà, maintenant c’est fini." L'attaque d'Hanouna ne parle pas d'elle, mais de lui : "(Elle) dit tout de lui, de sa violence, de l’importance qu’il porte à l’hérédité et au sang, comme porteur d’indignité, d’ignominie ou de déclassement… Mais toujours rien de moi. Alors, si je n’ai jamais laissé ma mère faire de moi une victime, ce n’est pas pour laisser ce crétin et sa meute faire de moi leur victime. Parce qu’au fond de moi, je sais maintenant que je n’ai plus honte."

Ils ont l'air d'être heureux ces gens, ils rient tout le temps
Leurs visages semblent n'être faits que pour l'écran
Ils causent de choses qu'on ne verra jamais ici
Ils ont des bouches qui parlent plus vite qu'il n'est permis
Comme s'ils n'existaient pas vraiment
Dehors on n'entend plus un bruit
Tous les bruits sont pris par l'écran
Où dire compte plus que ce qu'on dit
Nous avons reçu des nouvelles du monde lointain
Puis comme l'écran nous fatiguait on l'a éteint
Dominique A, "Nouvelles du Monde Lointain"

Ou, ultime recours, mesurant que la personne avec laquelle il dispute lui est exceptionnellement supérieure, lui imputer des choses fausses, sordides de préférence, et l'attaquer perfidement en ce qu'elle a de plus intime par des sous-entendus allusifs ou des insinuations grossières. Rien de tel pour réduire votre adversaire au silence du désespoir et triompher de lui, un pied sur sa poitrine (Schopenhauer, stratagème XXXVII).
(...)
Il appelle ses protégés : ses petits ; les fait jouer les uns contre les autres (ça le distrait) ; leur fait miroiter un avenir de luxe et raque ce qu'il faut pour faire leur promo. 
Ceux-ci, victimes de son vice mais craignant de paraître ingrats, le remboursent en louanges mais le détestent en secret.
Lydie Salvayre, "Irréfutable essai de successologie" (Seuil, 2023), extrait du chapitre "L'homme influent".

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-13-mars-2023-4567222
https://www.huffingtonpost.fr/medias/article/tpmp-sophia-aram-charge-hanouna-avec-ironie_215180.html
(2) https://www.huffingtonpost.fr/divertissement/article/tpmp-cyril-hanouna-charge-sophia-aram-en-reponse-a-sa-chronique_215197.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-20-mars-2023-2644432
A lire : le portrait de Sophia Aram dans Le Monde
https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2023/03/24/un-apero-avec-sophia-aram-je-suis-de-moins-en-moins-drole-mais-je-m-en-fous_6166871_4497916.html

dimanche 30 octobre 2022

Du goudron et des plumes pour Hanouna

La popularité rend-elle ignoble ou est-ce l'ignominie qui rend populaire ? Cyril Hanouna a affiché clairement, il y a peu, sa conception de la justice : expéditive et sans appel. Lola, une jeune fille de 12 ans, est morte victime d'un crime atroce qui a révulsé la France entière. Dans son émission, très suivie quotidiennement, le paon de M6 affirme que « le procès doit se faire immédiatement en quelques heures et terminé c’est perpétuité directe » pour la femme, déséquilibrée, immigrée et en situation irrégulière qui a assassiné cet enfant. Pourquoi pas la potence tout de suite comme au meilleur temps du Far West ? « On est dans un État de droit ! », lui rétorque Georges Fenech,  ex-député LR. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, s'est fâché, lui aussi : «  Une justice expéditive, quelques heures, perpétuité, pas d'avocat… C'est ça, la conception de l'état de droit ? [...] Si c'est ça l'époque, on est tombés bien bas. Car ça, c'est le Moyen-Âge. » Oui, mais "les Français en ont marre", assène le prince de la vulgarité.

Le lendemain de cette émission aux odeurs nauséabondes, l'animateur à haleine de chacal faisait la fête avec son équipe pour célébrer l'audience atteinte grâce à cette émission : deux millions de téléspectateurs.
"Le plus grand nombre était d'accord avec moi, se défend le paon. Et les bien-pensants se sont servis de ça pour détourner l'affaire. » On comprend par là qu'il pense mal et on peut imaginer qu'il l'assume. Mais ce n'est pas le cas.

Lundi, dans sa chronique hebdomadaire sur France Inter (1), Sophia Aram vole dans les plumes du paon qu'elle traite de barbare. " En touillant le remugle des instincts mortifères d’une foule criant vengeance, ne nous y trompons pas : Hanouna est un barbare au service de la barbarie. Un barbare de la pire espèce. Un barbare auquel tout le monde vient servir la soupe en le présentant comme un “homme du peuple“ ou “de son temps“ alors qu’il n’est que le fossoyeur d’une civilisation au service d’un multimilliardaire ayant compris depuis longtemps que le populisme de ses antennes constitue le moyen le plus sûr de servir l’extrême-droite. Voilà qui est Hanouna. Alors, on peut toujours se mentir, se raconter qu’on parle à tout le monde, sans mépris et sans tabous, mais tous ceux qui vont sur son plateau ou l’invitent, en le considérant comme un inoffensif trublion populaire, ne font qu’alimenter un barbare. Un barbare, populiste, joyeux, souvent couillon, mais un barbare."
Hanouna fustige les bien-pensants mais ne supporte pas d'être traité de mal pensant. « Tous ceux qui ont fait des éditos là-dessus, comme Sophia Aram, cela doit être examiné par l’Arcom, parce que rigoler là-dessus et m’insulter c’est extrêmement grave », a-t-il réagi. 
" Entre nous, on ne percevait pas spécialement l’envie de rigoler chez Sophia Aram, plutôt un sentiment situé entre la colère et le dégoût », commente son collègue François Morel, également chroniqueur sur France Inter (2). En revanche, ainsi que le dit l’expert judiciaire Cyril Hanouna, critiquer quelqu’un d’aussi considérable que lui dans le Paysage audiovisuel français est certainement extrêmement grave et ne doit sûrement pas rester impuni. Comment l’Arcom, autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, va réagir. On ne sait pas. On attend. Licencier Sophia Aram ? La priver de ses droits civiques ? L’envoyer au bagne ? Comment essuyer l’affront fait au jurisprudent Hanouna ? Pourquoi ne pas le nommer Garde des Sceaux afin de mettre en pratique ses idées si novatrices ? " 
Plutôt mettre un frein à la logorrhée écœurante du garde des sots, comme l'appelle dans le titre de sa chronique François Morel.

(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-du-vendredi-28-octobre-2022-1294283
(Re)lire sur ce blog "Et alors ?", 29.5.2017.

lundi 29 mai 2017

Et alors?

Cyril Hanouna ressemble à François Fillon. Tous deux sont de ces personnes dont le statut les amène à croire qu'ils peuvent tout faire ou tout dire. Et qui tombent des nues quand on leur reproche d'avoir outrepassé les règles de la morale, du respect ou de la bienséance.
François Fillon, depuis le temps qu'il multiplie les mandats, a cru qu'il était au-dessus des règles, au-dessus de la morale qui veut qu'on ne donne pas un emploi fictif à son épouse en la faisant payer par de l'argent public. "Et alors?", s'est-il étonné face aux indignations.
Cyril Hanouna, le roi de la grossièreté, animateur de l'émission la plus vulgaire de toutes les chaînes françaises, a commis ce qu'il appelle un sketch, qui consistait à se moquer en direct d'un homosexuel qu'il avait appelé par téléphone. Il l'a véritablement livré en pâture à ses téléspectateurs. L'audience et le succès de son émission le poussent à croire qu'il peut tout se permettre, y compris l'abjection, pourvu qu'il rit et fasse rire. "Et alors?, a-t-il réagi, j'ai toujours ri de tout."
Le succès politique et l'audience cathodique n'autorisent pas tout. Peut-être faudrait-il limiter, comme le nombre de mandats politiques, le nombre d'années qu'un présentateur passe à l'antenne. Histoire de l'aider à garder les pieds sur terre et le sens de la mesure, de la dignité et de la décence. (Mais sans doute est-ce là trop demander à Hanouna.)