Affichage des articles dont le libellé est François Fillon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est François Fillon. Afficher tous les articles

lundi 29 mai 2017

Et alors?

Cyril Hanouna ressemble à François Fillon. Tous deux sont de ces personnes dont le statut les amène à croire qu'ils peuvent tout faire ou tout dire. Et qui tombent des nues quand on leur reproche d'avoir outrepassé les règles de la morale, du respect ou de la bienséance.
François Fillon, depuis le temps qu'il multiplie les mandats, a cru qu'il était au-dessus des règles, au-dessus de la morale qui veut qu'on ne donne pas un emploi fictif à son épouse en la faisant payer par de l'argent public. "Et alors?", s'est-il étonné face aux indignations.
Cyril Hanouna, le roi de la grossièreté, animateur de l'émission la plus vulgaire de toutes les chaînes françaises, a commis ce qu'il appelle un sketch, qui consistait à se moquer en direct d'un homosexuel qu'il avait appelé par téléphone. Il l'a véritablement livré en pâture à ses téléspectateurs. L'audience et le succès de son émission le poussent à croire qu'il peut tout se permettre, y compris l'abjection, pourvu qu'il rit et fasse rire. "Et alors?, a-t-il réagi, j'ai toujours ri de tout."
Le succès politique et l'audience cathodique n'autorisent pas tout. Peut-être faudrait-il limiter, comme le nombre de mandats politiques, le nombre d'années qu'un présentateur passe à l'antenne. Histoire de l'aider à garder les pieds sur terre et le sens de la mesure, de la dignité et de la décence. (Mais sans doute est-ce là trop demander à Hanouna.)


lundi 13 mars 2017

Les yeux au beurre noir de la démocratie

C'est compliqué la démocratie. Ça se fait bousculer. Ça pose plein de questions. Comme le peuple, ça a bon dos.
Erdogan le mégalomaniaque voudrait changer la constitution turque pour avoir tous les pouvoirs, être le chef, et le seul, de l'Etat, du gouvernement et de la justice. Et sans doute directeur de rédaction de tous les organes de presse de son pays. Pas sûr que son peuple l'entendra de cette oreille, il envoie ses ministres faire campagne dans les pays européens où les communautés turques sont importantes. Il compte ainsi sur les expatriés pour faire passer son projet. Il injurie les gouvernements européens qui s'opposent aux meetings de ses représentants sur leur sol. Ce ne sont pas des démocraties, dit-il. Il va jusqu'à leur reprocher des méthodes nazies. Et dans le même temps, il fait tout ce qu'il peut, dans son propre pays, "champion du monde des journalistes emprisonnés" (1), pour empêcher les meetings de l'opposition. Il veut donc pouvoir s'exprimer librement partout, sans laisser ceux qui ne sont pas d'accord avec lui en faire autant. Le vote des Turcs de l'étranger pose question quand les enjeux sont aussi importants. Est-il démocratique de donner à des gens qui ne vivent pas dans un pays le même droit de vote qu'à ceux qui y résident et vont devoir subir, au prix de leur liberté parfois, physique et d'expression, les conséquences du référendum? Le principe "un homme - une voix" doit-il être, en toutes circonstances appliqué? Est-il toujours démocratique?
En France, dans la droite ligne de la campagne du Brexit et de celle de Dingo Trump, certains candidats multiplient impunément les mensonges. François Fillon a fustigé les médias qui avaient annoncé le suicide de sa femme. Mais personne ne trouve trace d'une telle information. Voilà à présent qu'il évoque un faits divers dans le Vaucluse: des garçons s'amusaient, dit-il, à envoyer au lance-pierres des lames de rasoir dans les jambes de filles portant des jupes courtes. Ici encore, personne n'a entendu parler de tels agissements (2).
Marine Le Fiel, elle, monte d'un cran encore dans ses théories du complot. Si l'U.E., a-t-elle affirmé, veut créer une armée européenne, c'est pour "tenir le peuple par les armes". Elle parle de "sombre projet" qui illustre les "dérives totalitaires" de l'Europe. Peut-être faudrait-il alors supprimer l'armée française? Elle pourait tenir le peuple par les armes. Elle dénonce "le projet mondialiste", affirme que  ses adversaires sont soutenus par "les tireurs de ficelles à Wall Street ou à Bruxelles" (3). Bref, les vieux arguments populistes outranciers et mensongers. La démocratie consiste-t-elle à laisser des candidats dire n'importe quoi? Les campagnes électorales autorisent-elles tous les sketchs, même les plus stupides ? Pas sûr qu'on puisse se rassurer en se disant que les électeurs savent faire preuve de maturité.

(1) https://rsf.org/fr/actualites/la-turquie-pays-champion-du-monde-des-journalistes-emprisonnes
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/11/lintrouvable-fait-divers-evoque-par-francois-fillon-en-meeting/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/11/chateauroux-marine-le-pen-discours-complotiste/?utm_hp_ref=fr-homepage

vendredi 3 mars 2017

Mieux vaut avoir son passé derrière soi

La logique des électeurs est parfois difficile à suivre. 
François Fillon est de plus en plus lâché par les siens. Le champion choisi par la droite est soupçonné d'emplois fictifs. Il aurait engagé son épouse comme assistante parlementaire sans qu'elle n'occupe la fonction. Il risque pour cela d'être mis en examen. A droite, de nombreuses voix s'élèvent pour pousser Alain Juppé, battu par Fillon au second tour de la primaire de la droite, à prendre sa place. Et cette perspective devient de plus en plus crédible. Vollà d'ailleurs qu'un sondage annonce que, s'il était candidat, Juppé passerait devant Macron et Le Pen (1).
Ainsi donc, pour de très nombreux Français, mieux vaut un candidat déjà condamné pour emplois fictifs (2) qu'un candidat qui a toutes les chances de l'être. 
On voit par là que l'électeur est un être insaisissable.

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/d-apres-un-sondage-juppe-devancerait-macron-et-le-pen-s-il-se-presentait-direct-58b94fbdcd708ea6c0f424c3
(2) "Il est contraint de quitter la vie politique en 2004, la cour d'appel de Versailles l'ayant condamné à 14 mois de prison avec sursis et à un an d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris." (Wikipedia)

mercredi 1 mars 2017

C'est trop injuste

Pathétiques. François Fillon et Marine Le Pen sont pathétiques. Les voilà tous deux rattrapés par la Justice. Les voilà tous deux qui hurlent au grand complot d'une justice instrumentalisée par le gouvernement. Les voilà tous deux qui en appellent au peuple pour les défendre. Alors que c'est à eux-mêmes que doivent s'en prendre ces deux grands bourgeois qui se croyaient au-dessus des lois et surtout au-dessus de la morale.
François Fillon affirme qu'il n'a "pas été traité comme un justiciable comme les autres". Il l'est, répond le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier (1), mais un candidat à la présidence de la République ne peut être considéré comme un justiciable comme les autres. On attend de lui, s'il veut accéder à la fonction suprême, qu'il ait respecté les règles communes. C'est bien le moins qu'on puisse en attendre.
"Au-delà de ma personne, c'est la démocratie qui est viséee", clame Fillon. "Ne vous laissez pas abuser!", dit-il. Par qui? Par lui?  Le champion de la droite se fait résistant et appelle à le rejoindre: "Résistez! Je le fais! Ma famille le fait!". Faut-il résister à la justice? Le voilà même qui parle d'assassinat politique. Ne confondrait-il pas assassinat et suicide? ll va falloir confier l'affaire au commissaire Maigret. Il adore les sombres affaires de province.
Marine Le Pen, de son côté, affirmait encore tout récemment qu'on a suffisamment parlé de cette affaire, qu'il est temps de passer à autre chose. On l'a connue plus virulente vis-à-vis de ses adversaires. Serait-elle fatiguée? Elle s'avère plus prompte à critiquer le fonctionnement de la justice qu'à répondre à une convocation de cette police qu'elle aime tant et qu'elle ne supporte pas de voir méprisée. Et voilà que même le syndicat policier Alliance, pourtant très à droite, se rebelle face aux menaces qu'elle a proférées contre les fonctionnaires aux ordres.
Magnifique dessin de Coco en une de Charlie Hebdo ce jour: on y voit Fillon dans les bras de Le Pen s'encourant, poursuivis par un juge. "Taubira, reviens!", dit Fillon. "On veut une jusice laxiste!", crie Le Pen.
On voit vers qui regardent ces deux candidats, vers Erdogan, vers Orban, vers Trump, tous ces chefs d'Etat qui aime(raie)nt mettre à leur service la presse, la justice et la police. Le Pen et Fillon nous laissent entrevoir ce qu'ils seraient s'ils arrivaient au pouvoir: des autocrates, éliminant les corps intermédiaires entre eux et leur cher peuple. Décidément, il a bon dos, le peuple.

(1) France Inter ce jour, journal de 13h.

vendredi 17 février 2017

Gens honnêtes et honnêtes gens

C'est un homme politique honnête. On peut lui reprocher sa tiédeur, ses reculades, son manque d'audace. Mais pas le moindre délit, pas d'argent planqué ou détourné, pas de pratiques népotiques, pas de favoritisme de copains. A trop vouloir écouter les uns et les autres, vouloir se faire apprécier de tous, il n'a pas osé prendre de décisions fermes et s'est fait rejeter. Les Français ne l'ont jamais aimé, ne l'aiment pas. François Hollande ne se représente pas pour un deuxième mandat de président de la république.
Les candidats ne manquent pas pour la fonction.
A commencer par le champion de la droite. François Fillon incarne la rigueur et la droiture. Ou plutôt incarnait. Depuis qu'on sait qu'il a employé de manière fictive son épouse comme assistante parlementaire, il dégringole dans les sondages. 18% des Français continuent cependant à lui faire confiance.
Celle qui caracole en tête, c'est Marine Le Pen, la candidate anti-système qui a pu faire ses premières armes en politique en étant employée par son père qui lui a ensuite légué son parti. Grâce à son nom, elle a été élue au Parlement européen où elle est classée parmi les plus mauvais élèves pour manque d'assiduité. Elle collectionne les casseroles:
- Le Parlement européen lui reproche de ne pas avoir respecté ses règles et d'avoir employé des assistants parlementaires comme conseillers pour son parti ou comme garde du corps. (1) Mais il faut dire qu'elle a été initiée par papa à ces pratiques: dans les années '90, ses enfants ont eu comme baby-sitter une assistante parlementaire d'un élu européen du F.N. (2)
- Quasiment toutes les campagnes du FN menées depuis qu'elle a pris la succession de son père font l'objet d'instructions judiciaires pour "escroqueries", "recels d'escroquerie", "abus de biens sociaux", "recels d'abus de biens sociaux" et "blanchiment". Son micro-parti Jeanne se serait enrichi de 9 millions d'euros sur le dos de l'Etat. (3)
- L'agence russe d'assurance des dépôts bancaires réclame au F.N. le remboursement de neuf millions d'euros que le parti avait obtenu auprès d'une banque qui a fait faillite. Un prêt qui alimente les soupçons d'accointances entre le parti d'extrême droite et la Russie de Poutine. (4)
- La Haute autorité pour la transparence de la vie publique mène une enquête sur Marine Le Pen et son père pour "sous-évaluation manifeste de certains actifs" que détiennent en commun  père et fille. (5)
Ce parti anti-système sait comment profiter de celui-ci et aime, plus que les autres, l'argent. Ce qui n'empêche pas sa présidente d'être la préférée des Français, donnée en tête du premier tour à 25-26%.
Les électeurs sont comme des supporters de sportifs. Leurs champions ont le droit de tricher, de truquer des compétitions, de se doper, pourvu qu'ils les fassent rêver. Mais les autres qui en feraient tout autant doivent être éliminés radicalement. C'est ce qu'on appelle des fans. Des fanatiques.
Que voit-on par là? Que la démocratie représentative élective ne repose pas sur la raison. Qui peut encore croire que les électeurs mettent l'honneteté (financière et intellectuelle) en tête des valeurs qu'ils s'attendent à voir respectées au premier chef par leurs élus?

Post-scriptum: voir le dessin de Vadot:
http://www.levif.be/actualite/international/la-semaine-de-vadot/diaporama-normal-595431.html#photo=1

(1) http://www.marianne.net/soupcons-emplois-fictifs-fn-bruxelles-rapport-qui-charge-marine-pen-100249922.html
(2) "Le baby-sitting, c'est le Parlement européen qui le lui a payé, avec mes indemnités!, avait déclaré Jean-Claude Martinez à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Ils m'ont fait engager Huguette Fatna, la marraine des enfants, comme assistante parlementaire... Mais à l'époque, le Parlement européen, elle ne savait pas où ça se trouvait, elle n'y venait jamais. Par contre, elle passait son temps à garder les enfants de Marine!" ("Marine Le Pen - biographie", Grasset, 2011, p. 120)
(3) Relire sur ce blog "Au-dessus des lois", 14 octobre 2015 - "Argent, famille, paillettes", 29 avril 2015 - "Ce peu banal parti banalisé", 18 avril 2015 - "Pauvre petite fille riche", 14 avril 2014.
(4)  http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/05/les-4-affaires-judiciaires-qui-risquent-de-parasiter-la-campagne/?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/12/21/la-justice-appelee-a-se-pencher-sur-sur-le-patrimoine-de-marine-le-pen-et-jean-marie-le-pen_4836079_823448.html#cvG1fUj0trDVtRSe.99




mercredi 8 février 2017

Pas de souci

Etre l'assistante parlementaire de François Fillon, c'est une sinécure.
"Sinécure: emploi où l'on est payé beaucoup pour très peu de travail" (Le Petit Larousse)
Du latin sine, sans, et cura, souci. Un emploi sans souci.
Mais, parfois, pour certains, comme François Fillon, la fonction de parlementaire est aussi une sinécure, comme l'explique Nicole Ferroni dans son billet de ce matin:
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-nicole-ferroni/le-billet-de-nicole-ferroni-08-fevrier-2017

mardi 29 novembre 2016

Brexin

Quasiment tous les candidats à toutes les élections nous promettent de diminuer le chômage, de prendre des mesures qui vont relancer l'emploi.
Mais plusieurs études affirment que l'informatisation et la robotisation vont, au contraire, diminuer l'emploi de manière considérable. De plus en plus de tâches seront assurées par des robots.
Est-ce si grave? Dans "I Daniel Blake", le dernier film de Ken Loach, on voit combien, en Grande-Bretagne, la privatisation de services liés à l'emploi et à la santé a transformé ceux-ci en machines à exclure. Les "personnes décisionnaires" agissent sans la moindre empathie, elles semblent n'avoir pour seul rôle que de cocher des cases et de sanctionner. Quelle différence entre eux et des machines? Au moins, on n'est pas déçu d'un robot, on ne peut attendre d'attitude humaine de sa part.
S'il devait être élu, François Thatcher Fillon et son programme ultralibéral risquent de faire entrer la France dans un tel modèle. Finalement, on risque d'assister à un mouvement inversé: la Grande-Bretagne va quitter l'Europe tandis que la France va adopter le système socio-économique britannique.

vendredi 25 novembre 2016

Bande de casseurs

Qui pourra enrayer cette contre-révolution conservatrice et nationaliste qui se répand tel un virus? Quels arguments peuvent être invoqués (et entendus) pour entraver cette progression de ce qui apparaît comme une marche arrière à vitesse grand V?
En Pologne, en Hongrie, en Grande-Bretagne, en Turquie, en Moldavie, en France, aux Etats-Unis, en Russie, le rouleau compresseur écrase les droits politiques et sociaux.
Pour gagner des élections, se présenter comme le candidat anti-système semble très à la mode. Sans réussir à tous. Nicolas Bling Bling Sarkozy a dû comprendre que, après avoir été président de la République, ministre, parlementaire et maire, après avoir affiché tous les signes matériels de la réussite, on ne peut plus faire semblant de ne pas avoir été un membre actif et choyé de ce fameux (et indéfini) système.
Dingo Trump, lui, a réussi. Même en étant milliardaire, même en possédant un véritable empire économique et  financier, même en organisant son propre système pour échapper au fisc, même en ayant poussé dans la misère des milliers (au moins) d'Américains. Il a largement perdu le vote populaire aux élections (de plus de deux millions de voix) mais a acquis une large majorité de grands électeurs, ceux-là même qui constituent un système.
Trump est l'incarnation même d'un système. Un système qui méprise, qui écrase, qui broie, au nom de l'argent. Trump le suffisant est l'incarnation même d'un capitalisme sans foi ni loi. D'une indécence sans nom. "Le lendemain des élections, écrit Laure Murat (1), les actions des deux plus grandes compagnies gérant des prisons privées (système que Hillary Clinton voulait abolir) ont bondi. Corrections Corporations of America a pris 49% et GEO Group Prison 21%. Bienvenue à Trumpland." La directrice du Centre d'Etudes européennes et russes à l'UCLA cite ces propos du philosophe et psychanalyste français Félix Guattari: "De même que les algues mutantes et monstrueuses envahissent la lagune de Venise, de même les écrans de télévison sont saturés d'une population d'images et d'énoncés dégénérés. Une autre espèce d'algues relevant, cette fois, de l'écologie sociale consiste en cette liberté de prolifération qui est laissée à des hommes comme Donald Trump qui s'empare de quartiers entiers de New York, d'Atlantic City, etc. pour les rénover, en augmentant les loyers et refouler, par la même occasion, des dizaines de milliers de familles pauvres, dont la plupart sont condamnées à devenir homeless, l'équivalent ici des poissons morts de l'écologie." Ces phrases sont extraites de son ouvrage "Les trois écologies" qui date de 1989. Il y a vingt-sept ans. Qui peut dire qu'il ne savait pas que Donald Trump est au service du système capitaliste dans toute son horreur et son inhumanité? Qui n'imagine pas qu'avec la liberté qui lui est donnée via son statut de président son système va proliférer dans l'ensemble des Etats-Unis et bien au-delà avec les pires conséquences qu'on puisse imaginer?

En France, les deux ténors de la droite, qui s'affronteront dans les urnes dimanche, veulent changer le système. Pour éviter les questions qui le dérangent, François Fillon fustige le système des journalistes. Il en parle comme de l'Inquisition. L'homme qui s'est forgé une image caricaturale du candidat de droite considère que les analyses des journalistes à son égard sont de la caricature. Il en a assez d'assister "à un déchaînement ridicule du petit microcosme parisien qui croit tout savoir". Parce que lui, contrairement aux journalistes, connaît le peuple.
Je connais bien les Français, dit-il. j'ai entendu leur détresse. C'est pourquoi il propose de supprimer l'impôt sur la fortune et 500 000 emplois de fonctionnaires (2), d'augmenter la durée hebdomadaire du temps de travail et la TVA, de reculer l'âge de la retraite, de réserver les remboursements de sécurité sociale aux maladies graves. La France alors ira mieux. François Fillon a le talent d'un médecin dans une comédie de Molière qui recommande une longue purge pour améliorer l'état du malade. Dans quels secteurs entend-il supprimer 500 000 emplois? Dans l'enseignement, dans la police, chez les pompiers, dans les hôpitaux, à la Poste? Dans tous ces secteurs qui se plaignent déjà de manque de moyens et de personnel?
Dans quel système vit donc François Fillon? Quelle caricature se fait-il des attentes des Français? De quel système a-t-il entendu la détresse?
"Parce qu'il n'y a pas de système au singulier, personne ne peut s'arroger le qualificatif d'antisystème, écrit Guillaume Erner dans Charlie Hebdo (3). Le propre d'une société démocratique, c'est d'abriter en son sein différentes forces, sans que l'on parvienne jamais à situer le pouvoir en un lieu unique. Qui gouverne? Le peuple, les électeurs, la finance, etc. Ces différents groupe sont en concurrence pour le pouvoir, ils l'exercent en jetant leurs forces respectives dans la bataille. (...) Ce qui compte, c'est de démasquer la supercherie des antisystème. (...) Et la ruse de ces antisystème, au bout du compte, c'est de faire croire que le système existe, pour mieux le renforcer."
Finalement, l'objectif des anti-système semble bien être de casser. Casser les acquis sociaux, casser les avancées positives, casser les solidarités.

(1) http://www.marianne.net/caricature-inquisition-bouclier-anti-questions-qui-fachent-fillon-100248111.html
(2) Entendus dans un journal de France Inter ce jour, ces "Jeunes avec François Fillon" qui hurlent de joie en l'entendant dans le débat d'hier répéter qu'il veut supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires... C'est donc réjouissant? De quel type de société rêvent ces jeunes? D'une société sans écoles publiques, sans hôpitaux publics, sans justice, sans police, sans cantonniers, sans administration? Une société privatisée où tout se paie? Quel âge ont ces jeunes? Quele idée se font-ils des rapports entre citoyens?
(3) "Contre le système, tout contre", Charlie Hebdo, 23 novembre 2016.

mardi 22 novembre 2016

Alep et nous

Alep est en train de mourir et ses habitants piégés se font massacrer par les frappes du gouvernement syrien et de la Russie. Les écoles, les hôpitaux, les centres de distribution de nourriture sont particulièrement visés. Les enfants meurent sous les obus, les armes à sous-munitions et les armes chimiques. Les crimes de guerre se succèdent.
Qu'en pensent les catholiques français qui soutiennent François Fillon? Lui est proche de Vladimir Poutine et favorable à un rapprochement avec la Russie. L'Europe et les Etats-Unis ont laissé passer des occasions d'intervenir pour tenter d'aider les rebelles syriens démocrates et peut-être inverser le rapport de force. Mais la situation est ce qu'elle est aujourd'hui. L'horreur. Certains la comparent à Guernica. Comment Fillon peut-il encore honnêtement croire que c'est de Poutine que viendra la solution? Les soutiens chrétiens (et autres) à Fillon sont-ils uniquement préoccupés par l'interdiction de la GPA et de l'adoption par les homosexuels, par la suppression de l'ISF et de cinq cent mille postes de fonctionnaires? Ils ont l'occasion de mettre leur champion face à ses responsabilités pour qu'il fasse pression sur son ami Poutine. A moins que la notion de prochain leur soit étrangère.

lundi 21 novembre 2016

Le lundi au soleil

Il y a des matins où on se lève l'esprit sombre, à l'annonce d'un Brexit ou de la victoire d'un Dingo Trump. Et puis, plus rarement, d'autres matins, où on se lève plus léger, avec le sourire.
Comme ce matin, suite à la lourde défaite, dans l'élection primaire de la droite française, de Nicolas l'indispensable. Sarkozy abandonne la politique. Il l'avait déjà annoncé il y a quatre ans et demi, suite à son échec face à François Hollande. Mais le virus fut plus fort. Sarko s'aimait trop pour ne pas revenir. Un des arts de la politique est de savoir se retirer à temps.  Et d'éviter de croire les sondeurs. L'électeur est une anguille qui vous glisse entre les estimations. A trop singer l'extrême droite, à tenir des propos qui sont l'exact contraire de ce qu'il a dit précédemment, à tenter de se faire passer - sans rire - pour le défenseur des milieux populaires face au système et aux élites, Sarko la girouette ne pouvait que dérouter (dans tous les sens du terme) les électeurs de droite. Si on y ajoute la batterie de casseroles qu'il traîne derrière lui, on comprend qu'il lui était difficile de gagner la course.
C'est le janséniste Fillon qui l'emporte largement, un vrai homme de droite, ultralibéral, conservateur, admirateur de Margaret Thatcher, favorable à un rapprochement stratégique avec la Russie. Il a bénéficié d'un soutien appuyé du mouvement "Sens commun", proche de la pseudo "Manif pour tous", il est favorable "à un vrai statut pour la femme au foyer" et a l'intention de supprimer cinq cent mille postes de fonctionnaires. Lui président, la France en bavera, mais tranquillement, sans éclat.
La situation aura le mérite d'être clair: un vrai candidat de droite, plutôt qu'un homme qui fait les yeux doux à l'extrême droite. Qu'en pense les électeurs du centre associés à la droite?
Dans sa déclaration, Nathalie Kosciusko-Morizet a affirmé que le grand perdant de cette primaire, c'est François Hollande. Pas elle, arrivée quatrième avec 2,6% des voix? Pas Sarkozy? Pas Poisson, pas Le Maire, pas Copé? Non, c'est François Hollande. 
La gauche, elle, partira à la bataille en ordre dispersé, sans vraiment y croire. La mobilisation de la droite, hier, devrait l'inciter à serrer les rangs. Mais les erreurs, les pertes de repère, les désillusions, les rancœurs, les querelles d'ego sont trop fortes. La fille à papa, elle, attend son heure. Tranquillement.
Ce matin, il y avait un joli soleil automnal. A présent, les nuages sont gris et la pluie est drue.

Post-scriptum: les réactions de la presse étrangère:
http://www.courrierinternational.com/article/vu-dailleurs-defaite-de-sarkozy-clap-de-fin-pour-le-berlusconi-francais

vendredi 20 septembre 2013

Le loup et l'agneau

"Certains moutons s'interrogent: vaut-il mieux choisir l'homme ou le loup? Choisissons le moins sectaire." François Morel a consacré son billet de ce vendredi à l'avancée du loup en France. "Si l'on n'y prend garde, le loup sera le prochain maire." 
A écouter et faire écouter, pour ne pas se laisser glacer par le hurlement des loups dans les campagnes et les banlieues françaises: sur www.franceinter.fr, dans les émissions de ce vendredi 20 septembre, le billet de François Morel à 8h55.

lundi 16 septembre 2013

Bon sens ne peut mentir

Les braqués qui tirent sur les braqueurs sont des héros qui devraient être décorés. Il faut encourager les citoyens à faire justice eux-mêmes, pour lutter contre "l'ensauvagement de la France". C'est ce qui ressort des réflexions menées par les élus et les militants du Front national lors de leur université d'été (1). Ce qui nous amène à nous demander ce qu'est une université. Robert (le petit) affirme qu'il s'agit d' "un établissement d'enseignement supérieur constitué par un ensemble d'unités de formation et de recherche, d'instituts, de centres et de laboratoires de recherche". Ainsi donc les analyses scientifiques menées par les chercheurs du Front national les amènent à produire des réflexions que n'importe quel Texan ras de front est capable de formuler: il faut toujours tirer le premier. L'université d'été du Front national explore le bon sens. C'est le bon sens qui affirme que seule la violence peut combattre la violence et qu'il est parfois prudent de tirer dans le dos. 
Le bon sens n'est évidemment pas du sectarisme. C'est pourquoi François Fillon qui a les pieds sur  terre n'est pas sectaire. Son parti, l'UMP, n'appellera à voter, lors de seconds tours dont il ne serait pas, que pour le parti le moins sectaire, le FN ou un autre parti. 
En 2002, le PS avait appelé à voter pour Jacques Chirac au second tour des présidentielles pour faire barrage à l'inquiétant et éructant Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui, Fillon n'hésite pas à tirer dans le dos du PS. Ainsi le veut le bon sens.
Quant à l'UDI de Jean-Louis Borloo, il refusera d'appeler à voter tant pour l'extrême droite que pour l'extrême gauche, entre lesquels il ne fait aucune différence. Suggérons aux militants de l'extrême centre et à François Fillon de lire "Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée" de Claire Checcaglini (2). On y découvre la stupidité abyssale de militants et de responsables du F.N., leur haine des Juifs, des Arabes, des Roumains, des homosexuels et toute personne qui n'est pas comme eux. Mais n'y voyons aucun sectarisme. Juste du bon sens. 


(1)
www.rue89.com/2013/09/15/bijoutier-nice-doit-etre-decore-quand-fn-celebre-les-citoyens-flics-245709
(2) éditions Jacob-Duvernet, 2012.

samedi 8 septembre 2012

Bernard Arnault, vite!

Qui croit encore en la Belgique? Plus aucun Belge. Le Belge est morose. Les Belges s'auto-dénigrent. Ils vivent dans un petit pays qui est aussi un pays petit, comme le chante Claude Semal, et ils le savent. Et en souffrent. Une enquête mondiale le démontre (1). Nous manquons de success story, nous dit un expert au JT. En voici une: celle de Bernard Arnault, première fortune de France et d'Europe, quatrième mondiale. Le citoyen français veut devenir belge. Les mauvaises langues affirment qu'il veut donner une leçon à François Hollande qui entend taxer à 75% les Français qui gagnent plus d'un million d'euros. Même François Fillon le croit: "le patron d'une des plus belles entreprises au monde quitte la France pour des raisons fiscales, à cause des projets de taxation du gouvernement", dit-il (2). Certains disent même qu'il voudrait profiter de cette nouvelle nationalité belge pour s'installer, ensuite, à Monaco et y planquer ses sous. Mais que ne disent les gens? Qui peut croire à cette explication? Arnault possède une fortune évaluée à 41 milliards de dollars. Taxés à 75%, il lui resterait, si on compte bien, quelque 10 milliards et 250 millions de dollars. Quitter la France pour éviter d'être taxé ne serait que mesquinerie. L'homme ne fait pas ce genre de calcul. 
Ce qu'on sait peu, c'est que Bernard Arnault est fan d'Arno, de Jean-Luc Fonck, d'Eddy Merckx, de Kim Clijsters, des Diables Rouges (depuis hier soir), de Jan Bucquoy. Qu'il adore les pralines, qu'il est un consommateur compulsif de frites au pickles, de babeluttes, de bières trappistes et de speculoos. Bref, Bernard Arnault est plus belge que belge. On sait qu'Elio Di Rupo s'est sacrifié pour garder un avenir à la Belgique, mais qu'il a hâte de redevenir bourgmestre de Mons et président de ce parti qui s'appelle socialiste. Dès qu'il aura obtenu la nationalité belge, Bernard Arnault devrait devenir premier ministre. Il a tout notre soutien.

(1) JT de la RTBF, 8 septembre 2012, 19h30.
(2) JT de la France2, 8 septembre 2012, 20h.