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mercredi 8 juillet 2026

Et alors ?

Le Rassemblement national a changé de slogan. C'est désormais "Tête haute, mains sales". Voilà la fille à papa condamnée par la Cour d'appel pour détournement de fonds publics et complicité de ce délit. Au total, ils sont vingt-cinq membres du RN - le plus souvent élus et dirigeants - à avoir été condamnés : douze rejugés hier en appel et treize autres qui avaient aussi été condamnés en première instance mais n'avaient pas fait appel (1).
Même si les peines sont finalement relativement légères, estime Le Monde (2), "l’arrêt de la cour est (...) sévère, il insiste sur « la violation de la confiance que les électeurs sont fondés à placer dans chacun de leurs représentants » ; Marine Le Pen, présidente du parti à partir de 2011, avait, de ce fait, « une obligation de probité particulièrement exigeante » ; et si son père, Jean-Marie Le Pen, a été « l’instigateur » d’« une organisation » qui a permis de détourner 2,8 millions d’euros du Parlement européen, sa fille « y a adhéré et l’a perpétué »".

Elle est condamnée et alors ? La confirmation de sa condamnation en appel ne l'empêche pas de réaffirmer sa candidature à l'élection présidentielle. Et donc d'imaginer pouvoir, sans honte, diriger la république en ayant été condamnée pour avoir détourné de l'argent public. On a connu candidats plus probes. "Quelle crédibilité accorder à son discours sur la loi, l’ordre et la morale, si sa condamnation dans une affaire de détournement de fonds publics devait être définitive ?", interroge El Païs (3). "Les Français auront le dernier mot", affirme-t-elle en fière populiste. Comprenez : pas la justice. Comme le disait  un journaliste, quand il y a eu un cambriolage, le cambrioleur est condamnée par la justice et tout le monde applaudit, le RN en premier ; quand il y a eu des faits de terrorisme, la justice a raison de condamner les terroristes ; mais si le RN est condamné pour détournement de fonds, c'est tout à coup la justice qui a tort et qui rend un jugement politique. Marine Le Pen a régulièrement affirmé que toute personne condamnée par la justice devrait être interdite d'élection. Toute personne sauf elle qui est au-dessus des lois. Comment imaginer la France dirigée par une présidente aussi trumpiste ?

Se pourvoyant en cassation, les peines sont suspendues, elle ne fera donc pas campagne sous bracelet électronique. Du moins au début. La Cour de cassation annonce sa décision pour janvier 2027. "Le risque, constate Le Monde (2), est évidemment que la Cour de cassation, qui ne juge que le droit, confirme la condamnation. Il resterait, dans ce cas, à Marine Le Pen à purger un an de bracelet électronique, une peine qui courrait jusqu’en 2028." Sa campagne s'interromprait brutalement. Elle sait qu'elle prend un risque, mais sa prétention est la plus forte. Elle fonce ainsi dans le brouillard pleins feux, s'exposant aux critiques de ses adversaires qui auront beau jeu de dénoncer en elle une délinquante. La Le Pen prend le risque de s'aveugler (si ce n'est déjà fait) et d'entrer dans un mur. On n'en portera pas le deuil ici (4).

Post-scriptum : 
La candidature de la fille à papa va de soi : qu'il s'appelle Front national ou Rassemblement national, ce parti est l'affaire de la famille Le Pen. Fin de la semaine dernière, le RN a choisi sa directrice de la communication pour la présidentielle : Nolwenn Olivier. Elle est la fille du conseiller de MLP Philippe Olivier et de sa sœur Marie-Caroline et l'ex-compagne de Jordan Bardella. Comme l'écrit Franc-Tireur (5), "Marine Le Pen place une proche au cœur du réacteur de campagne, gardant ainsi la main sur le récit, le programme et l’organigramme. (...) Bardella est averti : le business et le pouvoir restent en famille."

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/07/proces-en-appel-de-marine-le-pen-retrouvez-les-peines-prononcees-contre-tous-les-prevenus-dans-l-affaire-des-assistants-parlementaires-du-fn_6721484_4355770.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/08/jugement-en-appel-de-marine-le-pen-des-faits-graves-des-peines-legeres_6721556_823448.html
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-l-etranger-marine-le-pen-annonce-maintenir-sa-candidature-a-l-election-presidentielle-2027_247371
(4) A (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2022/04/ets-le-pen-magouilles-en-tout-genre.html
(5) Franc-Tireur, L'œil de Sire, 8.7.2026.




lundi 29 septembre 2025

Puissants comme misérables

L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a donc été condamné par la justice et sera prochainement emprisonné. Le soir-même, sur le plateau du Journal de France 2, un de ses lieutenants s'indignait : cette condamnation est grave parce qu'elle prouve que la séparation des pouvoirs n'existe pas. On a du mal à le comprendre : on y voit plutôt la preuve qu'elle existe, que la justice est capable, en toute indépendance, de condamner ceux qui votent les lois et sont censés les faire respecter. Cette condamnation, rappelait ce matin sur France Inter (1) Peimane Ghaleh-Marzban, président du tribunal judiciaire de Paris, s'appuie sur plus de dix ans de procédure et un jugement de 400 pages qui en détaille minutieusement les raisons. Ce qui n'empêche pas les critiques en nombre et la dénonciation de "la République des juges". Eh quoi ? Seuls les politiques devraient donc échapper à la justice ?

Certains ont été jusqu'à adresser des menaces de mort à la magistrate qui a présidé l'audience. "Ce qui se passe dans notre pays aujourd'hui est grave, c'est une véritable dérive dans notre démocratie", se fâchait ce matin Peimane Ghaleh-Marzban. "Concevez qu'une magistrate qui a statué dans une collégialité, trois magistrats, à l'issue de débats dont tout le monde a salué la qualité, même les avocats de Nicolas Sarkozy... Et aujourd'hui, cette magistrate fait l'objet de menaces de mort. On a dit qu'une décision de justice était une atteinte à l'État de droit : non, ce qui est une atteinte à l'État de droit, ce sont des menaces contre les juges. C'est inacceptable et ça devrait être un électrochoc dans notre pays."
Suite à la condamnation du Rassemblement national dans l'affaire des assistants parlementaires, des menaces de mort avaient déjà été adressées à des magistrats. Ces menaces sont, hélas, dans l'air du temps qui veut que les désaccords ne donnent pas lieu à des débats ou des contre-argumentations, mais à des menaces, voire des coups. 

"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir", écrivait Jean de La Fontaine dans "Les Animaux malades de la peste". Cette morale est mise à mal par cette condamnation de Nicolas Sarkozy, comme elle l'a été dans d'autres affaires touchant des élus et des mandataires tant de droite que de gauche (2). Mais certains refusent de le voir. Les mêmes qui trouvent la justice laxiste la critiquent si elle condamne l'un des leurs. 

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-29-septembre-2025-1130494
(2) A écouter ou lire, l'éditorial de Patrick Cohen ce matin :

lundi 31 mars 2025

Les dégâts de la Marine

La fille à papa a hérité du parti de son père. Elle l'a pris tel quel, tout en essayant de le dédiaboliser, d'en donner une image plus respectable, de laisser croire qu'il était moins raciste, moins antisémite, moins injurieux. Elle en a cependant gardé les pratiques, tout en sachant que certaines étaient illégales. Le FN-RN a toujours craché sur l'Union européenne tout en l'utilisant à son avantage même si c'était au mépris des règles. Lors du procès qui vient de s'achever pour détournement de fonds au Parlement européen, elle et les élus de son parti n'ont marqué aucun regret de n'avoir pas respecté ces règles.
Aujourd'hui, on les entend tempêter : l'inéligibilité décidée de Marine Le Pen et de huit eurodéputés de son parti serait une attaque contre la démocratie. Mais sur quoi repose une démocratie sinon sur des règles ? Elle vacille quand ses dirigeants les modifient à leur avantage. Comme Erdogan qui emprisonne ses opposants pour essayer de gagner des élections qu'il s'attend à perdre. Comme Ubu Trump qui envisage déjà deux mois après le début de son second mandat d'en faire un troisième, ce que lui interdit la Constitution américaine. Quand on entend Poutine et Orban venir au secours de la fille à papa, on n'arrive pas à croire que c'est la démocratie qui est en danger, mais plutôt l'autocratie. Savoir qu'il existe une justice et qu'elle fait respecter les lois est rassurant et fait précisément croire en la démocratie.
"Tête haute, mains propres", disaient-ils. Aujourd'hui, ils baissent la tête, les yeux sur leurs mains sales. 

dimanche 4 juin 2023

Barbares

Bizutage en France, baptême en Belgique, le nom change, mais les pratiques barbares sont les mêmes. D'un autre âge, elles se poursuivent, donnant l'occasion à des jeunes d'asseoir le pouvoir qu'ils se donnent et d'exercer leur agressivité et leur mépris, leur violence parfois, sur les nouveaux étudiants.
Le verdict d'un procès en appel en Belgique fait scandale, il laisse penser à une (in)justice de classe.
Dix-huit étudiants de l’Université catholique de Leuven étaient poursuivis pour avoir fait subir en 2018 à Sanda Dia, un étudiant belgo-mauritanien, un véritable calvaire qui a entraîné sa mort. Ils n'ont été condamnés qu'à des travaux d’intérêt général.
Durant trois jours, le bleu fut forcé d’ingérer des quantités d'alcool et quatre litres d’huile de poisson, à haute teneur en sel, de la bouillie pour chien et une souris malaxée, fut arrosé d'urine et plongé dans un trou d'eau glacée. Ses tortionnaires (y a-t-il un mot plus adéquat ?) l'ont empêché de dessoûler en le privant d’eau. L'un d'entre eux, alors que le jeune homme était inconscient, a jugé « pas utile » de l’envoyer à l’hôpital, tandis qu'un autre le filmait plutôt que de l’aider et qu'un troisième envoyait un message estimant que : « Il est bon pour la poubelle ».
Sanda Dia est  décédé d’hypothermie – la température de son organisme avait chuté à 28,7 degrés – et d’un œdème cérébral. 

Cette bande organisée a un nom : le cercle Reuzegom, réputé depuis longtemps pour sa violence et qui voulait des baptêmes « fous et brutaux ». Le fait que Sanda soit noir n'est sans doute pas étranger aux tortures inhumaines dont il a été victime. Mais "la question inévitable du racisme de Reuzegom a été survolée, constate Le Monde, alors même que certains de ses membres ne cachaient pas leurs convictions – l’un d’eux traitait Sanda de « nègre », un autre disait d’Hitler qu’il était « [leur] bon ami allemand »."

Le procureur réclamait des peines de dix-huit à cinquante mois de prison, mais la cour n'a condamné les prévenus qu'à des travaux d’intérêt général (de deux cents à trois cents heures) et à une amende de 400 euros. Leur condamnation ne sera pas inscrite dans leur casier judiciaire et leur identité n'a pas été révélée. C'est qu'il s'agit de « ne pas hypothéquer l’avenir » des jeunes gens concernés, 
Celui qu'on appelait « l’enfant du dimanche », "parce qu’il était joyeux, rayonnant et ouvert aux autres", n'a, lui, plus d'avenir. Pour avoir croisé une meute de chacals dorés. Une espèce protégée.

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/05/31/en-belgique-la-clemence-de-la-justice-apres-un-bizutage-fatal-suscite-l-amertume_6175492_3210.html

lundi 29 mai 2023

Le prix de la liberté

Libre enfin ! Le travailleur humanitaire belge Olivier Vandecasteele a été libéré vendredi dernier après 455 jours de détention en Iran. Officiellement accusé d’espionnage, il avait été condamné à 40 ans de prison et à une punition de 74 coups de fouet (1). En réalité, il était otage du régime iranien qui est arrivé à ses fins en l'échangeant contre l'un des ses diplomates, Assadolah Assadi, qui avait été condamné en 2018 en  Belgique à 20 ans de prison pour un projet d'attentat contre un rassemblement de l’opposition iranienne à Villejuif, près de Paris. 
La libération d'Olivier Vandecasteele est évidemment une excellente nouvelle, d'autant qu'on a pu craindre qu'il ne sorte jamais vivant de l'enfer dans lequel l'avaient plongé les fous de Dieu, mais elle se teinte d'amertume du fait précisément de cet échange entre un innocent et un terroriste. Et c'est tout le problème de ces échanges, pièges tendus aux démocraties par des régimes dictatoriaux contre lesquels ne peuvent rien ou si peu les défenseurs du droit et de justice. Ces Etats voyous s'en moquent, connaissent notre impuissance et ne cesseront de nous adresser des bras d'honneur. On ne peut les présenter comme sans foi ni loi. Leur foi aveugle (en un dieu, en leur nationalisme ou en tout cas en eux-mêmes) leur permet les lois les plus iniques. 

(1) (Re)lire sur ce blog "Etat voyou", 14.12.2022
 https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/7058406552239157049

dimanche 30 octobre 2022

Du goudron et des plumes pour Hanouna

La popularité rend-elle ignoble ou est-ce l'ignominie qui rend populaire ? Cyril Hanouna a affiché clairement, il y a peu, sa conception de la justice : expéditive et sans appel. Lola, une jeune fille de 12 ans, est morte victime d'un crime atroce qui a révulsé la France entière. Dans son émission, très suivie quotidiennement, le paon de M6 affirme que « le procès doit se faire immédiatement en quelques heures et terminé c’est perpétuité directe » pour la femme, déséquilibrée, immigrée et en situation irrégulière qui a assassiné cet enfant. Pourquoi pas la potence tout de suite comme au meilleur temps du Far West ? « On est dans un État de droit ! », lui rétorque Georges Fenech,  ex-député LR. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, s'est fâché, lui aussi : «  Une justice expéditive, quelques heures, perpétuité, pas d'avocat… C'est ça, la conception de l'état de droit ? [...] Si c'est ça l'époque, on est tombés bien bas. Car ça, c'est le Moyen-Âge. » Oui, mais "les Français en ont marre", assène le prince de la vulgarité.

Le lendemain de cette émission aux odeurs nauséabondes, l'animateur à haleine de chacal faisait la fête avec son équipe pour célébrer l'audience atteinte grâce à cette émission : deux millions de téléspectateurs.
"Le plus grand nombre était d'accord avec moi, se défend le paon. Et les bien-pensants se sont servis de ça pour détourner l'affaire. » On comprend par là qu'il pense mal et on peut imaginer qu'il l'assume. Mais ce n'est pas le cas.

Lundi, dans sa chronique hebdomadaire sur France Inter (1), Sophia Aram vole dans les plumes du paon qu'elle traite de barbare. " En touillant le remugle des instincts mortifères d’une foule criant vengeance, ne nous y trompons pas : Hanouna est un barbare au service de la barbarie. Un barbare de la pire espèce. Un barbare auquel tout le monde vient servir la soupe en le présentant comme un “homme du peuple“ ou “de son temps“ alors qu’il n’est que le fossoyeur d’une civilisation au service d’un multimilliardaire ayant compris depuis longtemps que le populisme de ses antennes constitue le moyen le plus sûr de servir l’extrême-droite. Voilà qui est Hanouna. Alors, on peut toujours se mentir, se raconter qu’on parle à tout le monde, sans mépris et sans tabous, mais tous ceux qui vont sur son plateau ou l’invitent, en le considérant comme un inoffensif trublion populaire, ne font qu’alimenter un barbare. Un barbare, populiste, joyeux, souvent couillon, mais un barbare."
Hanouna fustige les bien-pensants mais ne supporte pas d'être traité de mal pensant. « Tous ceux qui ont fait des éditos là-dessus, comme Sophia Aram, cela doit être examiné par l’Arcom, parce que rigoler là-dessus et m’insulter c’est extrêmement grave », a-t-il réagi. 
" Entre nous, on ne percevait pas spécialement l’envie de rigoler chez Sophia Aram, plutôt un sentiment situé entre la colère et le dégoût », commente son collègue François Morel, également chroniqueur sur France Inter (2). En revanche, ainsi que le dit l’expert judiciaire Cyril Hanouna, critiquer quelqu’un d’aussi considérable que lui dans le Paysage audiovisuel français est certainement extrêmement grave et ne doit sûrement pas rester impuni. Comment l’Arcom, autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, va réagir. On ne sait pas. On attend. Licencier Sophia Aram ? La priver de ses droits civiques ? L’envoyer au bagne ? Comment essuyer l’affront fait au jurisprudent Hanouna ? Pourquoi ne pas le nommer Garde des Sceaux afin de mettre en pratique ses idées si novatrices ? " 
Plutôt mettre un frein à la logorrhée écœurante du garde des sots, comme l'appelle dans le titre de sa chronique François Morel.

(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-du-vendredi-28-octobre-2022-1294283
(Re)lire sur ce blog "Et alors ?", 29.5.2017.

lundi 5 février 2018

Home sweet home

Finalement, c'est bien ou c'est pas bien les droits de l'homme, la démocratie, tout ce bazar sur lequel crachent ces djihadistes, nés et élevés en Europe et partis faire la guerre dite sainte (1) en Syrie ou en Irak? Ils rejettent les modes de vie à l'occidentale et veulent remplacer nos gouvernements d'impies et de mécréants par des institutions islamiques. La seule loi, pour eux, c'est la charia. Et voilà maintenant que celles et ceux qui ont été arrêtés dans ces pays demandent à être jugés dans leur pays d'origine. Là où les droits de l'homme sont respectés, au contraire des pays où ils ont contribué à faire tout exploser: des êtres humains, des maisons et des règles. Ils ont une conception de la justice à géométrie variable. Ou plutôt à intérêts variables. Entendez par là que c'est le leur qui prime largement sur celui des autres pour lequel ils n'ont que mépris. "Ces djihadistes, constate Guy Konopnicki (2), qui n'ont cessé de clamer leur haine de la France et de la République laïque, redécouvrent leur passeport français pour échapper à la justice des pays où ils ont semé la mort et la terreur."
Home sweet home, c'est désormais leur devise.
Suivre leurs souhaits et ceux de leurs avocats de les voir jugés dans leur pays d'origine serait contraire aux régles habituelles qui veulent que les crimes soient jugés là où ils ont été commis. "En suivant les beaux raisonnements de leurs défenseurs, souligne Guy Konopnicki, la nationalité française permettrait de protéger une partie des djihadistes, de les distinguer du gros des troupes. Les terroristes français jouiraient donc d'un privilège, ils pourraient agir en n'importe quel pays, sans jamais partager le sort de leurs frères d'armes. On ne saurait mieux revendiquer une justice coloniale séparant les djihadistes français des indigènes du Proche-Orient et du Maghreb, qui, eux, peuvent bien être pendus."
Oui mais, soulignent les défenseurs des djihadistes, on ne peut accepter qu'ils soient jugés par la justice d'un Etat qui n'existe pas (l'Etat kurde) ou qui, trop instable ou trop fragile, n'offrirait aucune garantie d'application de la peine prononcée. Pour juger des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, il existe une solution indiscutable: un tribunal pénal international qui jugerait les djihadistes quelles que soient leurs nationalités. "La France, conclut Guy Konopnicki, perdrait tout honneur en protégeant des criminels français. Il lui revient d'agir pour que les crimes de Daech soient traduits devant un tribunal international, pour n'être pas recouverts par l'oubli et la négation."

Pendant ce temps-là, face à la justice belge, Salah Abdeslam refuse de répondre aux questions du tribunal. Ce qui est son droit. "Moi, c'est en mon seigneur que je place ma confiance, s'est-il contenté de dire. Je n'ai pas peur de vous, je n'ai pas peur de vos alliés, de vos associés, je place ma confiance en Allah et c'est tout."  (3) Peut-être est-ce cela que veulent nos djihadistes: pouvoir venir se taire dans les tribunaux de chez eux. Voilà donc ce que sont les soldats internationaux de Dieu: de piètres individus qui veulent être jugés à la maison tout en étant incapables d'assumer leurs actes si peu glorieux et de les expliquer.

(1) Quelqu'un peut-il nous expliquer ce qu'une guerre peut avoir de sainte?
(2) "Juger les crimes de Daech", Marianne, 2.2.2018.
(3) http://www.lalibre.be/actu/belgique/20-ans-de-prison-requis-pour-abdeslam-et-ayari-le-proces-suspendu-jusque-jeudi-5a77f08ecd70f924c7d9d40e

samedi 3 février 2018

Un crime d'Etat

"Vous venez de passer un bon moment en regardant votre fiction avec telle marque", dit la voix off après la diffusion de Crime d'Etat (1). Eh bien non, on n'a pas passé un bon moment devant ce qui n'est pas une fiction. On a regardé effrayé le récit d'une réalité glaçante. Celle de l'assassinat déguisé en suicide d'un ministre français en 1979, celle de l'implication au plus haut sommet de l'Etat d'un groupuscule mafieux et criminel, celle d'un crime resté impuni à ce jour.
Ecœuré par ce qu'il avait découvert, Robert Boulin, 59 ans, alors Ministre du Travail et de la Participation dans le gouvernement dirigé par Raymond Barre, avait visiblement décidé de dire ce qu'il savait: le financement occulte du RPR, nouvellement créé par Jacques Chirac, par la Françafrique. Il avait des preuves que des valises de billets étaient apportées à des responsables du parti par des hommes de main de dictateurs africains. Comme l'explique dans le téléfilm l'un des acteurs de cette histoire, tout ce monde-là s'y retrouvait: l'Etat français soutenait les dictateurs en place, faisait des affaires dans ces pays aux ressources intéressantes et envoyait son armée soutenir les forces locales en cas de troubles. Et ce soutien avait un prix que des autocrates africains payaient au RPR sans trop d'états d'âme.
Dangereux concurrent aux yeux de certains, Robert Boulin, qui visiblement avait une vraie éthique, était l'objet d'une campagne de diffamation. Tout en se défendant, il a voulu contre-attaquer. Mal lui en lui a pris: trop seul et trahi par certains de ses proches, il a fini suicidé dans 50 cm d'eau dans un étang. Ce suicide est, aujourd'hui encore, la thèse officielle. Même si les gendarmes qui l'ont trouvé ont découvert un homme au visage tuméfié, comme après un tabassage, sans aucune trace de boue ni sur ses chaussures ni sur le bas de son pantalon, alors qu'il était censé avoir marché sept mètres dans la boue et la vase. Ces gendarmes ont été aussitôt écartés de l'enquête, confiée à des membres de la SRPJ qui l'ont expédiée rapidement. Le médecin appelé sur les lieux a signé le certificat de décès sans même examiner le corps.
Vers deux heures du matin, Raymond Barre, premier Ministre, et Christian Bonnet, Ministre de l'Intérieur, avaient été prévenus que le corps de Robert Boulin avait été retrouvé, mais l'avis officiel de recherche ne sera lancé qu'à 6h25 et le corps retrouvé par deux motards de la gendarmerie qu'à 8h40.
Au fil des années, de nombreuses pièces de l'enquête (y compris des organes du ministre) disparaissent. La veuve de Robert Boulin, pas dupe du sort qui avait été réservé à son mari, reçoit des pressions. Une forte somme lui est proposée pour qu'elle cesse de proclamer sa conviction que son mari a été assassiné. C'est visiblement le S.A.C., Service d'Action civique, groupe de barbouzes attaché au RPR, qui est derrière cet assassinat.
L'enquête apparaît complètement orientée. De nombreuses analyses pourtant logiques et indispensables n'ont jamais été effectuées. Comme s'ils avaient la certitude qu'aucune enquête sérieuse ne serait jamais menée, les exécuteurs du ministre ont à peine pris la peine de maquiller leur crime, sûrs que la thèse du suicide serait la thèse officielle soutenue par les plus hautes instances de la PJ, du Parquet, de l'Etat.

En septembre 2015, une nouvelle information judiciaire a - enfin - été ouverte au Tribunal de Versailles pour arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat. "L'enquête va enfin commencer", déclarait alors la fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin-Burgeat. Beaucoup de protagonistes de l'affaire sont morts, mais quels sont les complices de ce crime d'Etat qui ont occupé et occupent encore d'importantes fonctions? On aimerait le savoir. 

Toutes les informations sur cette affaire sont très largement détaillées sur le site de l'association Robert Boulin - Pour la vérité (http://www.robertboulin.net) qui a "pour objet d'apporter son soutien moral et financier au combat de Fabienne Boulin-Burgeat. Trop d'éléments probants ont fait exploser la thèse du suicide, trop de questions restent en suspens auxquelles la justice française ne peut s'exonérer de répondre. La part d'ombre de la 5e République que renferme la vérité de l'affaire Boulin est plus que jamais d'actualité".

(1) Téléfilm de Pierre Atkine, 2012, diffusé sur France 3 en 2013 et rediffusé sur France 5 le 29.1.2018.

mercredi 1 mars 2017

C'est trop injuste

Pathétiques. François Fillon et Marine Le Pen sont pathétiques. Les voilà tous deux rattrapés par la Justice. Les voilà tous deux qui hurlent au grand complot d'une justice instrumentalisée par le gouvernement. Les voilà tous deux qui en appellent au peuple pour les défendre. Alors que c'est à eux-mêmes que doivent s'en prendre ces deux grands bourgeois qui se croyaient au-dessus des lois et surtout au-dessus de la morale.
François Fillon affirme qu'il n'a "pas été traité comme un justiciable comme les autres". Il l'est, répond le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier (1), mais un candidat à la présidence de la République ne peut être considéré comme un justiciable comme les autres. On attend de lui, s'il veut accéder à la fonction suprême, qu'il ait respecté les règles communes. C'est bien le moins qu'on puisse en attendre.
"Au-delà de ma personne, c'est la démocratie qui est viséee", clame Fillon. "Ne vous laissez pas abuser!", dit-il. Par qui? Par lui?  Le champion de la droite se fait résistant et appelle à le rejoindre: "Résistez! Je le fais! Ma famille le fait!". Faut-il résister à la justice? Le voilà même qui parle d'assassinat politique. Ne confondrait-il pas assassinat et suicide? ll va falloir confier l'affaire au commissaire Maigret. Il adore les sombres affaires de province.
Marine Le Pen, de son côté, affirmait encore tout récemment qu'on a suffisamment parlé de cette affaire, qu'il est temps de passer à autre chose. On l'a connue plus virulente vis-à-vis de ses adversaires. Serait-elle fatiguée? Elle s'avère plus prompte à critiquer le fonctionnement de la justice qu'à répondre à une convocation de cette police qu'elle aime tant et qu'elle ne supporte pas de voir méprisée. Et voilà que même le syndicat policier Alliance, pourtant très à droite, se rebelle face aux menaces qu'elle a proférées contre les fonctionnaires aux ordres.
Magnifique dessin de Coco en une de Charlie Hebdo ce jour: on y voit Fillon dans les bras de Le Pen s'encourant, poursuivis par un juge. "Taubira, reviens!", dit Fillon. "On veut une jusice laxiste!", crie Le Pen.
On voit vers qui regardent ces deux candidats, vers Erdogan, vers Orban, vers Trump, tous ces chefs d'Etat qui aime(raie)nt mettre à leur service la presse, la justice et la police. Le Pen et Fillon nous laissent entrevoir ce qu'ils seraient s'ils arrivaient au pouvoir: des autocrates, éliminant les corps intermédiaires entre eux et leur cher peuple. Décidément, il a bon dos, le peuple.

(1) France Inter ce jour, journal de 13h.

dimanche 26 février 2017

Courage, fuyons!

Peut-être faudrait-il que la France entière s'arrête de fonctionner jusqu'au 7 mai, jour du deuxième tour de l'élection présidentielle française. Madame Le Pen fille est en campagne et rien ne doit perturber sa marche vers le pouvoir.
Elle peste contre la Justice qui a le culot de se pencher sur les rôles qu'elle a assignés à certains de ses collaborateurs directs qu'elle a fait payer comme assistants parlementaires par le Parlement européen. Elle suggère que la Justice laisse les candidats mener leur campagne tranquillement sans les déranger avec d'aussi vulgaires affaires (qui n'en sont d'ailleurs pas). Cette période, dit-elle, ne permet "ni la neutralité, ni la sérénité nécessaire au fonctionnement correct de la justice". Elle préfère attendre d'être élue présidente pour ne pas avoir à répondre aux questions qu'on voudrait lui poser.
Bien sûr, elle n'a rien à se reprocher, mais fuit la Justice et la police comme si elle en avait peur. Une fois encore, elle a refusé de répondre à une convocation de la police (1), elle qui n'a de cesse de défendre celle-ci et de fustiger ceux qui la méprisent. Même en dehors des campagnes électorales, elle ne trouve pas le temps de répondre à une convocation d'un juge d'instruction. Son agenda ne le lui permet pas (2). Il faut donc croire que Madame Le Pen est hors la loi.
Ses fans et certains ténors de son parti critiquent la sortie, en ce début de  campagne, du film "Chez nous" de Lucas Belvaux. Le vice-président du parti-qui-n'aime-pas-les-autres considère comme "scandaleux" et "inadmissible" que ce film sorte deux mois avant l'élection présidentielle (3). On comprend par là qu'il faudrait ne pas faire de politique pendant cette campagne. Ou en tout cas que le débat ne peut avoir lieu qu'entre candidats, pas sur la place publique. C'est ce que laisse entendre le parti qui se présente comme celui du peuple. Ce dernier ne doit surtout pas être perturbé dans ses convictions et aller voter joyeusement, sans se poser de questions.
Heureuses perspectives. 

(1) http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/25/marine-le-pen-contre-l-etat-de-droit_5085546_4854003.html
http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/24/quand-marine-le-pen-promettait-de-parler-a-la-justice/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/24/assistants-fn-parlement-europeen-marine-le-pen-ne-veut-pas-repondre-aux-policiers/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.lalibre.be/actu/international/marine-le-pen-ne-s-est-pas-rendue-a-une-convocation-de-la-police-58b004c3cd70e8981808ed0d
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/24/quand-marine-le-pen-promettait-de-parler-a-la-justice/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3)  http://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/scandaleux-emules-goebbels-pot-tabac-nous-film-qui-enerve-front-national-1165057.html


mercredi 14 octobre 2015

Au-dessus des lois

Qu'est-ce qui fascine donc chez la fille à papa Le Pen? Un Français sur trois serait aujourd'hui prêt à voter pour elle. Pour son arrogance? Son mépris des lois et des règles de la République? Son côté élite qui ne s'assume pas? Sa grande capacité - reconnaissons-le - à faire des bras d'honneur à tout le monde? Son culot monstre? Son côté putassier et populiste? Son sourire carnassier? Sa façon d'ouvrir les bras sur scène comme papa?
Aujourd'hui, elle a refusé de se rendre à une convocation de la Justice qui voulait l'entendre comme "témoin assisté" par rapport au financement du F.N. qui est mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux et complicité d'escroquerie, et soupçonné d'avoir mis en place, via l'étrange micro-parti Jeanne (de Marine Le Pen), un système d'enrichissement frauduleux avec de l'argent public. Un représentant d'un autre parti aurait été soupçonné d'avoir agi de la même manière, elle lui serait tombé dessus à bras raccourcis, fustigeant, comme chaque fois, ces partis profiteurs, ces élus qui s'en mettent plein les poches. Mais dès qu'il s'agit d'elle et du parti qu'elle a hérité de son père, elle se positionne en victime. C'est son truc, ça: on lui en veut, elle fait peur et est donc victime d'un grand complot de la Justice, du Système. S'il y a bien quelqu'un qui a su profiter du système, c'est bien la princesse de Montretout, née avec une cuillère en argent dans la bouche, elle qui n'a jamais dû travailler pour arriver là où elle est, elle qui, comme son cher papa, figure parmi les plus mauvais élèves du Parlement européen. Elle a contre-attaqué en accusant les juges: ils ne seraient pas impartiaux. Elle adore faire des procès à qui a l'audace de se mettre en travers de sa route, c'est sa conception de la démocratie. Qu'est-ce qu'un juge impartial selon la fille à papa Le Pen? Un juge qui la laisse tranquille. On ne l'entendra jamais dire qu'elle fait confiance à la justice de son pays. Qui l'attaque a forcément tort. Sait-elle que les gens méprisants sont méprisables?

A relire sur ce blog:
- "Argent, famille, paillettes", 29 avril 2015;
- "Ce peu banal parti banalisé", 18 avril 2015;
- "Pauvre petite fille riche", 14 avril 2014;
- et beaucoup (trop) d'autres billets encore sur le FN et la fille à papa.

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/quand-marine-le-pen-snobe-les-juges-561e51ae3570b0f19f601552
http://www.huffingtonpost.fr/2015/10/14/financement-fn-marine-le-pen-juges-partialite_n_8291780.html?utm_hp_ref=france

lundi 27 août 2012

Les braves gens

Les braves gens ne sont pas contents. Michelle Martin, épouse de Marc Dutroux, devrait, selon toute vraisemblance, être libérée conditionnellement ce mardi, selon la décision du Tribunal d'Application des Peines de Mons, et accueillie par la communauté des Clarisses de Malonne. On entend et on voit la fureur des braves gens qui sont convaincus qu'elle doit payer jusqu'à la fin de ses jours, qu'il faut lui faire ce qu'elle a fait aux enfants, que de toute façon elle recommencera.
On peut comprendre la détresse des parents et des victimes de Dutroux, leur désarroi, leur colère. On peut se sentir en empathie avec eux, mais on a beaucoup de mal à accepter les éructations des braves gens qui manifestent sous les fenêtres des Clarisses et taguent leurs murs.
Que recommencerait Michelle Martin? Laisser mourir de faim des enfants parce qu'elle serait sous l'influence d'un mari autoritaire et violent? Elle agirait de la sorte en étant dans un couvent? L'argument n'a aucun sens. Les braves gens confondent justice et vengeance. Les braves gens sont pour la loi du talion. Refuser la libération conditionnelle (qui implique thérapie, respect  de règles, indemnisation des victimes), c'est désespérer de l'être humain, donc de soi-même.
On se souvient que peu après l'arrestation de Dutroux et de ses complices, un journal connu pour son populisme avait distribué un autocollant que ses lecteurs étaient invités à afficher sur leur voiture. Certaines personnes ont raconté avoir vu une de ces voitures passer en trombe sur un passage pour piétons que s'apprêtaient à traverser des enfants, affichant à l'arrière l'autocollant "protégez nos enfants". Contre nous-mêmes sans doute. Nous, les braves gens.

Sabine Dardenne, l'une des victimes, rappelle qu'elle savait, comme tout le monde, qu'arriverait un jour ce moment, même s'il était redouté. De nombreux observateurs ont souligné que nous le savions tous, depuis le prononcé du jugement.
L'écrivain Xavier Deutsch estime que  "la question n'est pas de savoir si Michelle Martin est un être digne de sympathie. Ni de savoir si sa libération est un fait agréable à connaître. La question, la  seule question, est de savoir si elle réunit les conditions pour prétendre à la libération conditionnelle". Xavier Deutsch entend "rendre un hommage à ces clarisses admirables qui disent: Dans un monde tremblant, secoué, n'ajoutons pas de la violence à la violence. Aux vociférations de certains, elles répondent par des gestes et des paroles de paix, d'amour et de justice. Je suis consterné, écrit-il, de voir à quel point leur attitude si courageuse, si rare, si précieuse pour les humains que nous sommes est vilipendée." (1)
Le philosophe et économiste Joël Van Cauter, dont la femme a été assassinée il y a vingt ans, a publié une Lettre aux Clarisses de Malonne (2). Tout agnostique qu'il soit, il leur fait part "d'affection, de compréhension et d'encouragement". Votre décision d'accueillir Michelle Martin, leur dit-il "est cohérente avec votre engagement spirituel et humain. Les réactions auxquelles vous devez faire face sont, je crois, aussi déraisonnables et myopes que l'était, en son temps, la vague blanche".
"Je crois que celui qui a fait mal, ajoute-t-il, doit pouvoir grandir, par la confrontation au négatif qu'il a incarné, engendré à un moment. Je crois que l'assassin est ainsi confronté au même mouvement que les proches de la victime enfermés dans un même passé."
"Refuser la libération conditionnelle, que la loi autorise à certaines conditions, écrit-il encore, c'est maintenir le coupable et la victime enfermés dans un même passé."

Ls braves gens entendront-ils ces appels au calme? Aujourd'hui, les braves gens ont leur quotidien d'informations. Le groupe Sudpresse se fait leur porte-voix (3): en une, publiant une photo des religieuses, il les présentait comme "les nouvelles amies de Michelle Martin". Sudpresse est sûrement dirigé par des braves gens.
Les braves gens, avec l'aide d'une presse indigne, pensent peu, ils réagissent avec leurs tripes.
"Qui pense peu se trompe beaucoup", disait Léonard De Vinci.

(1) LLB, 25 août 2012.
(2) LLB, 21 août 2012.
(3) La Meuse, 1er août 2012. voir
www.rue89.com/2012/08/19/des-nonnes-accueillent-lex-femme-de-dutroux-et-scandalisent-la-belgique-234716

jeudi 28 octobre 2010

Hors la loi

Le 22 septembre dernier, j'évoquais ici même le cas de ces deux travailleurs du bâtiment qui, en Algérie, avaient eu l'audace de manger dans l'immeuble privé dans lequel ils travaillaient. C'était le 13 août à midi, on était alors en plein ramadan. Et quand je dis "on", je parle plus d'eux que de moi. Le tribunal local les avait inculpés pour atteinte à un précepte de l'islam. On a appris depuis lors (LLB, 06.10.2010) qu'ils ont été relaxés: ils sont chrétiens. L'information ne dit pas ce qui leur serait arrivé s'ils s'étaient déclarés athées. Ou pire: musulmans.
Le même article nous a appris que, en Indonésie cette fois, deux jeunes femmes ont été flagellées en public pour avoir commis le crime atroce d'avoir vendu de la nourriture durant les heures de jeûne du ramadan. En Indonésie comme en Algérie et tant d'autres pays, la charia devient la loi. Le religieux s'impose par la force. Comme il tente de le faire chez nous.
"Comment aujourd'hui, à l'heure de la liberté des consciences, une religion peut-elle encore se définir comme un système légal et coutumier s'imposant de façon collective?" C'est le philosophe Abdennour Bidar qui pose cette question (1) "Le Coran a été sacralisé de manière archaïque, estime-t-il, il est déclaré intouchable, comme si le sacré devait éternellement signifier pour les hommes le règne de l'indiscutable. Beaucoup de musulmans en Occident étouffent sous une telle conception et me soutiennent", dit-il.
Du côté de l'église catholique, on essaie de faire passer la "culture" religieuse devant la loi. L'archevêque Léonard a estimé dans l'émission "Questions à la Une" de ce mercredi que les prêtres retraités soupçonnés de faits de pédophilie devaient être laissés en paix, leurs victimes étant invitées à leur accorder le pardon. Leurseigneur Léonard s'insurge contre la volonté de "vengeance" des victimes. Visiblement, il confond vengeance et justice et ignore ou veut ignorer ce qu'est simplement la justice des hommes.
On voit par là que l'homme, s'il veut se sauver, ne peut accepter que les religions fassent la loi.

(1) "L'islam face à la mort de Dieu" (F. Bourin éditeur), interviewé dans Le Vif, 15 octobre 2010