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mardi 14 février 2023

Une question de temps

Une nouvelle autoroute va être construite. Elle va relier Castres à Toulouse, soit une distance de 62 kilomètres. Elle permettra aux 7.000 automobilistes qui empruntent actuellement la nationale (que l'autoroute longera) de gagner une vingtaine de minutes. Et à la terre de perdre combien de siècles ?
Comment peut-on aujourd'hui construire encore le moindre kilomètre de route ou d'autoroute ?
Pour Cécile Argentin, présidente de France Nature Environnement Midi-Pyrénées, c'est "la sidération qui s'impose à la lecture de ce projet, certains n'ont-ils toujours pas compris que les temps ont changé ? Que les autoroutes ne sont plus une fin en soi, a fortiori pour déverser des hordes de véhicules vers la ZFE de Toulouse (zone de faible émission) qui fait tout pour ne plus en avoir dans son périmètre. 62 kilomètres de 2x2 voies n'est pas l'avenir d'un territoire, c'est au contraire le diviser irrémédiablement, émietter ses terres agricoles, en détruire ses atouts, ses continuités écologiques et sa richesse biologique". (1)
La transition écologique attendra que les bétonneurs aient fini leur grand œuvre.
Depuis plusieurs jours, la qualité de l'air est mauvaise à cause de ce temps beaucoup trop ensoleillé, trop sec et sans vent que nous connaissons. Les cartes météo sont au rouge. La vitesse sur autoroute est limitée à 110 km/h pour cause de pollution. La plupart des automobilistes s'en moquent. Ils n'ont pas de temps à perdre. 

Post-scriptum : Michel Sardou fait partie de ces automobilistes qui ont autre chose à faire que de se traîner sur les autoroutes. "Rouler à 130 sur autoroute franchement, ça m'emmerde. (...) Je me suis fait gauler à 166. J'étais en train de doubler un mec qui était à 110, faut pas charrier. (...) Quand on a une voiture comme la mienne, elle va beaucoup plus vite, j'ai une Porsche Carrera 911S, ça veut dire qu'elle fait des courses. C'est 600 chevaux." (2) On comprend mieux pourquoi " (il) fonce comme une bête /Sur le premier sens interdit / Aucun feu rouge ne (l)'arrête/ (Il se) sent bien dans (sa) folie/ (Il a) envie de violer des femmes / De les forcer à (l)'admirer /Envie de boire toutes leurs larmes/ Et de disparaître en fumée". (3)
Bonne idée, ça, disparaître en fumée.

(1) https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/tarn/castres/autoroute-a69-castres-toulouse-la-polemique-sur-l-enquete-publique-en-cours-continue-2680260.html
(2) BFMTV, 18.1.2023, cité par Charlie Hebdo, 25.1.2023.
(3) extrait de "Dans les villes de grande solitude".

jeudi 18 octobre 2018

Grands désespérés

Le climat change et les catastrophes se succèdent et se succèderont. Mais qui s'en soucie?
Pas les élus et les chefs d'entreprise de Saint-Etienne chez qui l'annonce de l'abandon de la construction d'un tronçon d'autoroute entre leur ville et Lyon suscite un "grand désespoir". Ces élus et ces chefs d'entreprise nous désespèrent. Ils sont "furax", nous dit la journaliste de France Inter (1), d'apprendre que cette voie de 47 km ne se fera pas. Jugé peu compatible "avec la tragédie écologique", ce projet d'A45 a été enterré par la Ministre des Transports. Aussi délicat qu'un Mélenchon face à des policiers qui le perquisitionnent, un cadre du Medef a déclaré: "qu'ils aillent se faire foutre". C'est précisément ce qui nous arrive et nous arrivera à tous: se faire foutre par le dérèglement climatique entretenu par le Medef et tous ses correspondants et leurs soutiens à travers le monde. "Une erreur historique", disent les pro-A45, sans penser une seconde que c'est l'inverse, la création de l'autoroute, qui serait aujourd'hui une erreur historique.
A Limoges s'est créé un "Comité de salut climatique", référence au Comité de salut public, premier organe du gouvernement révolutionnaire mis en place en 1793 par la Convention pour faire face aux dangers qui menaçaient alors la République. Lors d'une récente conférence, ce Comité rappelait qu'il faut s'attendre en Limousin, comme ailleurs, à une rareté de l'eau, à la sècheresse, à des canicules fréquentes, à un impact majeur sur la faune et la flore. "Quand ça va devenir difficile chez nous, c'est que ce sera carrément invivable ailleurs", selon Jean-Jacques Rabache, le directeur de Limousin Nature Environnement. Jean-Louis Pagès qui anime ce Comité estime que "à force de dire qu'il y a des solutions, on finit par oublier qu'il y a des problèmes à régler. La léthargie collective doit cesser". Il est urgent d'agir, renchérit Nicolas Thierry, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge de la biodiversité: "le citoyen a principalement deux cartes entre les mains: la première, c'est sa carte de crédit pour faire des choix éclairés en tant que consommateur. L'autre, c'est sa carte d'électeur." 
Mais ils sont nombreux en politique et plus encore dans les milieux économiques ceux qui pensent vivre encore dans les années '60, ceux qui croient encore que les voitures et les autoroutes sont facteurs d'un développement dont ils ne veulent pas voir la fin, ceux qui n'ont fait que multiplier les "erreurs historiques". Au risque de voir l'histoire s'arrêter. 
Disons-le tranquillement: qu'ils aillent se faire foutre.

(1) Journal de 8h, ce 18 octobre 2018.
(2) "La fin d'un monde et l'espoir d'un autre", Le Populaire du Centre, 17.10.2018.



mardi 16 octobre 2018

Pluie du matin n'arrête pas le progrès

Pluies torrentielles dans l'Aude. Il est tombé en quelques heures l'équivalent de quatre mois de pluie. Résultat: des maisons détruites ou inondées, des routes et des ponts emportés et surtout onze morts. Le premier ministre est venu faire part à la population locale de sa compassion. Bien sûr, cette présence et cette attitude font partie de son rôle, mais l'empathie ne changera rien: cette catastrophe-ci n'est qu'un épisode parmi beaucoup d'autres à venir dans un contexte climatique totalement perturbé. Les météorologistes sont pointés du doigt pour leur incapacité à prévoir ces pluies dont le degré de violence, disent-ils, est imprévisible. Les climatologues et le Giec, eux, annoncent depuis longtemps la multiplication d'orages très violents, de typhons, d'inondations, de périodes de sècheresse, de fonte des glaciers, de montée du niveau des mers. Mais les politiques pas plus que les citoyens n'entendent changer de cap et d'habitudes.
Le même jour, on apprend que pendant le congé de début novembre, les Belges seront 20% de plus à prendre l'avion "pour changer d'air". Ce faisant, ils changeront l'air aussi. Mais qui s'en soucie, sinon ceux qui ont maintenant les pieds dans l'eau?
On apprend aussi que "les milieux économiques" du Limousin font pression sur les autorités politiques pour que soit construite une autoroute entre Limoges et Poitiers. Les milieux économiques devraient mettre le nez dehors et regarder ce qui se passe autour d'eux. La voiture n'est pas la solution. Elle est le problème. Mais qui oserait remettre en question cette déesse?

jeudi 13 janvier 2011

Des p'tits trous

Avec un coq comme emblème, il est sans doute normal que la Wallonie soit le royaume des nids-de-poule. Les trous sont innombrables. Le service de médiation de la Région wallonne reçoit quotidiennement deux cents plaintes d'automobilistes en ces journées post-gel.
Voilà une éternité (quinze ans? vingt ans? plus peut-être) que la Cour des Comptes souligne chaque année l'insuffisance des budgets d'entretien des routes en Wallonie. Certains parlementaires (j'en fus) ont relayé ces observations auprès du Gouvernement wallon. Mais rien n'y fit (ni n'y fait, semble-t-il): les soi-disant chainons manquant avaient priorité. Toujours plus de routes dans un des Etats qui a la plus forte densité routière au monde. Sans que suivent les moyens de les entretenir.
Voici plusieurs mois, l'émission "Questions à la Une" comparait la gestion des travaux routiers entre France et Wallonie. Les Français ont gagné. Comme chez nous, c'est logiquement à un appel d'offres que répondent les entrepreneurs. Mais chez eux, la réalisation des travaux est contrôlée. Pas chez nous. Ce qui est explique que, très souvent, le revêtement des (auto)routes wallonnes ne soit pas conforme au cahier des charges. Et qu'il manque ici un centimètre de tel matériau, là trois ou quatre. Ou plus peut-être. Et que tout soit toujours à recommencer. Les autoroutes wallonnes ou le tonneau des Danaïdes.
Chez eux, les autoroutes sont payantes et la qualité suit, du revêtement, des aires de repos, de la propreté. Chez nous, pour des raisons d'abord populistes, elles restent gratuites. Les résultats du populisme ne sont guère populaires en ce moment.
Pendant une dizaine d'années, le ministre de tutelle des travaux publics en Wallonie fut un certain Michel Daerden. A qui il fut (et il reste) reproché bien des choses, mais on entendait toujours l'un ou l'autre supporter affirmer qu'il s'agissait d'un excellent comptable et d'un très bon gestionnaire. On en a la preuve aujourd'hui dès qu'on prend sa voiture.

jeudi 12 novembre 2009

Ma petite entreprise ne connaît pas la crise

La Communauté française a un trou budgétaire de 600 millions d'euros. La Région wallonne ne va pas bien. Et l'Etat fédéral non plus. Donc, il faut faire des économies. Mais tout va très bien, Madame la Marquise!
En Communauté française, la ministre de la Culture l'a confirmé: "les opérateurs culturels sous contrats-programmes ont vu leur indexation supprimée pour 2009." "Mais", s'empresse-t-elle d'ajouter, pour Mons 2015, hypothétique capitale européenne de la culture, "il y a un accord clair (1) et on l'appliquera: "100.000 euros en 2006 et 2007, un million en 2008, 500.000 euros en 2009 et 3,2 millions à attribuer entre 2010 et 2013, selon un calendrier à prévoir". Il ne faudrait quand même pas que Mons et son estimable bourgmestre se rendent compte que c'est la crise. Même si la ministre affirme que "contrairement aux fantasmes d'aucuns, tout ne va pas à Mons". (2)
Mais Mons n'est pas seule à ne pas connaître la crise. La gare de Liège s'est construite à grands frais. Il est vrai que le prestige n'a pas de prix. 437 millions d'euros. C'est bien ce qu'on vous disait.
Le Grand Prix 2009 de Francorchamps laisse à la Région wallonne un déficit de 5, 134 millions d'euros (3). Nous sommes bons princes (nous! suivez mon regard!), nous paierons.
Les aéroports régionaux vivent bien et rêvent d'extension pour mieux vivre encore.
Les autoroutes n'ont jamais de fin. Le député libéral Jean-Luc Crucke propose de créer un tronçon autoroutier de dix kilomètres entre Tubize et Wauthier-Braine pour contourner le bouchon de Hal. Un kilomètre d'autoroute coûte 6 à 6,5 millions d'euros en moyenne.
Et on apprend que la restauration du site de la bataille de Waterloo coûtera 43 millions d'euros.
Et pendant ce temps-là, les pompiers en crèvent. Les JT, ces derniers jours, multiplient les reportages sur ces casernes qui ne sont que des hangars qui prennent l'eau, sur ces camions qui gèlent dehors en hiver, sur ces équipes incomplètes. Sur l'ensemble de la Belgique, les pompiers recevront 2 millions d'euros sur les 70 promis pour l'amélioration de leurs conditions de travail.
Les SAJ, services d'aide à la jeunesse, mènent des actions pour dénoncer le manque de personnel et d'infrastructures. Alors que le nombre de dossiers explose. Le seul SAJ de Charleroi doit traiter 3.000 dossiers avec 4 conseillères, 33 délégués et 10 agents administratifs. (4)
En Belgique, un habitant sur sept se retrouve aujourd'hui en situation de pauvreté.
Mais tout va très bien, Madame la Marquise!

(1) Faut-il conclure de ces propos qu'avec les centres culturels, les compagnies théâtrales et musicales et tous les opérateurs culturels sous contrats-programmes les accords n'étaient pas clairs?
(2) LLB, 07.10.09
(3) LLB, 12.11.09
(4) Le Soir, 17.10.09