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lundi 13 juillet 2026

La politique du pire

Les titres se téléscopent dans la presse régionale, apparemment sans que ça ne pose question. Sans que soient pointées du doigt certaines de nos aberrations, toutes ces activités insensées qui devraient appartenir au passé. Au milieu de nombreux articles relatant des incendies, on lit qu'un rallyecross de voitures a eu lieu ce dimanche, devant 5 000 spectateurs. "Sur une piste mi-terre mi-asphalte rapidement asséchée par la chaleur, la poussière voltigeait, les moteurs chauffaient et les pilotes suffoquaient", constate la Nouvelle république (1). Une semaine auparavant, on avait appris qu'une course de dragsters avait dû être annulée en dernière minute à cause d'un incendie à proximité. Le dragster est "la machine la plus violente jamais créée pour rouler sur quatre roues", aux accélérations fulgurantes, qui dégage "des flammes géantes, des vibrations monstrueuses, avec des pneus qui se déforment totalement ; chaque départ ressemble à une explosion contrôlée" (2).
On continue à jouer comme si la situation était normale, on continue à consommer allègrement de l'essence, à polluer, à participer à l'augmentation du réchauffement climatique comme s'il n'existait pas.

"On a toujours fait comme ça" est la phrase que j'ai le plus souvent entendue dans ma brève expérience de conseiller municipal et communautaire. Devrait-on changer nos habitudes et nos pratiques parce que le climat change ? On ne peut imaginer prendre moins sa voiture, on l'a toujours utilisée plusieurs fois par jour pour le moindre déplacement. On a toujours fait comme ça. On ne va quand même pas cesser de prendre l'avion une, deux ou trois fois par an, parce que, tu comprends, on a besoin de soleil. On a toujours fait comme ça. On doit pouvoir désormais prendre l'avion régulièrement pour aller vers le nord parce que, tu comprends, on a besoin d'air frais. On ne va quand même pas cesser de commander des produits chinois de mauvaise qualité transportés à travers les mers dans des centaines de milliers de conteneurs. Parce que, tu comprends, on n'en trouve pas à des prix pareils chez nous. On a toujours fait comme ça.

Mais le climat, lui, n'a jamais fait comme ça. Donc, l'intelligence humaine (la naturelle, pas l'artificielle) voudrait qu'on change. Tout. Nos modes de pensée, nos modes de production, de consommation, de déplacement, de logement. Mais la résistance au changement est lourde. Et puis sommes-nous intelligents ? Avons-nous le souci du bien commun ? De l'avenir ? Bien sûr, il faut prendre de toute urgence des mesures pour s'adapter à ce climat brûlant. Mais il faut aussi - et enfin - changer radicalement nos pratiques pour empêcher que ce réchauffement climatique (que nous avons refusé de combattre) cesse d'augmenter plus encore. 
On s'est bien amusé, on a beaucoup joué. Il serait temps que l'être humain accepte de devenir enfin adulte, envisage l'avenir, le sien, mais surtout celui des générations suivantes qui va être infernal.
Mais les (ir)responsable politiques aiment que leurs électeurs restent des enfants, qu'ils continuent à s'amuser. Pas question de les priver de leurs jouets. 
"Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, écrit le journaliste Stéphane Foucart dans Le Monde (3), le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne."
Des centaines de milliers de personnes, des millions sans doute, souffrent de la canicule dans leur logement de location. Et que fait le gouvernement ? Le 24 juin dernier, il a déposé "un projet de loi qui doit remettre 700 000 passoires thermiques sur le marché locatif".
On attend des architectes et des urbanistes qu'ils adaptent le bâti, les villes et les territoires à un climat qui s'affole. Et que fait le gouvernement ? Il dissout le groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains, chargé de piloter plus de 200 projets de recherche dans ces domaines.
Le fonds vert, destiné à financer l’adaptation des collectivités territoriales, a été amputé des deux tiers.
En 2022, le président Macron a lancé un ambitieux plan de reboisement : « Planter 1 milliard d’arbres en dix ans » et, pour ce faire, il subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. "Un peu partout en France, de l’argent public contribue à vulnérabiliser les territoires au risque d’incendie", écrit encore Stéphane Foucart. Et, chaque année, malgré les grands discours, 20 000 kilomètres de haies sont rasés.
Les élevages hors-sol continuent à être favorisés et connaissent une surmortalité telle que les équarisseurs n'arrivent plus à suivre. L'agriculture biologique, elle, est loin de connaître le même soutien. Au contraire. Les surfaces cultivées en bio sont en diminution en France et "Paris s’oppose à la Commission européenne pour que les aides à l’agriculture biologique ne soient pas inscrites dans la prochaine politique agricole commune".
Et le sénat participe de la même politique hors-sol : "devant le constat d’une pénurie rampante de la ressource hydrique, ses élus ont ainsi voté sans trembler, le 3 juillet, la destruction pure et simple des principes qui fondent les instances de la démocratie locale de l’eau, au bénéfice de quelques irrigants".
Voilà donc un gouvernement, un président et un sénat qui nous mènent, de manière totalement consciente, d'une situation extrêmement grave à une situation désespérée. Les lobbies l'emportent sur le sort de la population et de la nature. Difficile pour tous ces (ir)responsables d'affirmer qu'ils gèrent le pays en bons pères de familles. Quel père de famille sacrifierait ainsi ses enfants ? Les experts annoncent que les dégâts que causera ce climat devenu fou se chiffreront en milliards d'euros chaque année. 

Yamina Saheb, autrice du GIEC, adresse une lettre au président Macron, répercutée par Avaaz (à signer - 4 ) : "Cette canicule n'est pas une fatalité météorologique. Elle est la conséquence directe et mesurée de votre décision de nous enfermer dans le capital fossile. Nous l'avions écrit, noir sur blanc, dans les rapports du GIEC (IPCC). Vous le saviez. Nous le savions tous. Ce qui nous accable aujourd'hui n'est pas une surprise : c'est un rendez-vous que vous, avec d'autres responsables politiques, avez choisi de ne pas honorer. Et que proposez-vous face à cela ? De nous adapter à une France devenue fournaise, comme si l'on pouvait s'adapter sans fin à un monde que vous vous obstinez à rendre invivable. (...) Je vous demande d'agir enfin à la hauteur des enjeux, à commencer par mettre un terme à toutes les subventions publiques directes ou indirectes aux énergies fossiles dans notre pays. Demain, il sera déjà trop tard."

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/commune/pont-de-ruan/rallycross-de-touraine-davy-jeanney-triomphe-devant-julien-febreau-deception-pour-damien-meunier-1783887513
(2) https://cultureauto.fr/dragster/
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/12/nous-sommes-coinces-dans-une-dystopie-climatique-un-scenario-de-comedie-noire-ou-le-grotesque-le-dispute-a-la-farce-orwellienne_6722848_3232.html
(4) https://secure.avaaz.org/campaign/fr/arretez_les_subventions_aux_energies_fossiles_loc/?baluBfb&v=175517&cl=22782269031&_checksum=fb2197f394450a9e42dc626f7b8012d18c6a8f588e5959cc27a7dc2b47101ece&utm_source=email&utm_medium=blast_email&utm_campaign=175517&email_id=019f54e9c90871d98f04b9dd727fbf13

samedi 7 décembre 2024

Le bazar

Quel bazar, la France ! La politique et aucun de ses représentants ne sortent grandis de cette chute (prévisible) du gouvernement Barnier.
Le premier responsable en est le monarque Macron (1). C'est Emmanuel I qui a pris, après les élections européennes de juin, cette décision incompréhensible de dissoudre l'Assemblée nationale. C'est lui qui a fait fi ensuite de l'arrivée en tête du Nouveau Front Populaire aux législatives et a choisi de nommer un premier ministre issu du parti de droite réduit à peu de chose.
La responsabilité en incombe aussi à Michel Barnier qui n'a gouverné qu'à droite et a cédé aux revendications du FN-RN, avant de voir celui-ci s'amuser d'être le maître du jeu. La fille à papa Le Pen craint de devenir inéligible, suite au procès qu'a intenté à son parti et à elle-même le Parlement européen. Il était temps pour elle de détourner l'attention de ses fraudes et, qui sait ?, de bénéficier de l'immunité présidentielle en cas d'élection anticipée. La gauche, elle, ne semble pas gênée d'avoir fait tomber le gouvernement avec l'aide d'une extrême droite contre laquelle elle prétend lutter de toutes ses forces. Auparavant, cette même gauche n'avait pas été capable - elle ne semble même pas en voir eu l'idée - de prendre la main, qu'elle avait pourtant, en négociant avec le centre pour former une majorité et présider un gouvernement de coalition. LFI, elle, n'a plus aujourd'hui qu'un programme réduit à celui des Gilets jaunes : "Macron, démission !" (qu'on peut traduire par "Mélenchon, président !"). Jean-Iznogoud Mélenchon trépigne, il croit toujours son heure venue et rêve toutes les nuits qu'il sera bientôt calife à la place du calife. Tellement imbu de lui-même, il n'a plus conscience qu'il est devenu, avec sa politique du bruit et de la fureur, un repoussoir. En cas de duel entre lui et un candidat du FN-RN (Le Pen ou Bardella), tout indique qu'il serait vraisemblablement nettement battu, mais il croit tellement, soutenu par des courtisans qui l'idolâtrent, en son destin de rédempteur. Et de toute façon, pour lui et ses adeptes, le chaos semble être devenu un objectif en soi.

Dans Marianne (2), Natacha Polony se fâche sur "les irresponsables et les boutiquiers" : "Y a-t-il aujourd’hui dans le personnel politique plus de dix individus dont les citoyens français puissent se dire qu’ils défendent l’intérêt général plutôt que leur carrière ou leur boutique ? Y a-t-il plus de dix représentants qui sachent analyser la nature des difficultés que rencontre le pays et considèrent qu’ils pourraient s’extraire des logiques de parti pour tenter de répondre à l’urgence ?"
Il est temps que les représentants des partis démocratiques se mettent autour de la table et négocient un accord de gouvernement, à l'image de ce qui se pratique dans tout Etat démocratique. Le compromis est inhérent à la démocratie, n'en déplaise à LFI qui n'admettra jamais qu'il n'a pas la majorité et continue à hurler qu'il n'appliquera que son programme, rien que son programme et tout son programme.

"Les élections législatives n’ont rien clarifié, sauf une chose, constatent trois élus de Place publique (3) : une majorité de Français refuse encore de donner les manettes à l’extrême droite. Il n’y eut, au fond, qu’un vainqueur incontestable le 7 juillet : le front républicain, dont le seul but était de barrer la route au Rassemblement national." Raphaël Glucksmann, Aurore Lalucq et Aurélien Rousseau estiment que "le moment est venu de se montrer fidèle au sursaut républicain du deuxième tour des élections législatives, ce qui suppose le dialogue et la confrontation des idées entre partis n’ayant ni le même projet ni les mêmes visions. Face à l’absence de majorité absolue, c’est le chemin que nous avions proposé dès le soir du 7 juillet. Et c’est plus que jamais le seul à pouvoir nous sortir de l’ornière." Ils appellent les groupes parlementaires concernés à "prendre la main et (...) voir s’ils peuvent dégager une plateforme minimale, attendue aujourd’hui par une majorité de Français, sur le pouvoir d’achat, les retraites, la réduction du déficit, la réindustrialisation du pays, la transition écologique ou la réforme du mode de scrutin comme de l’architecture institutionnelle".

C'est là en effet une priorité que devrait se donner le nouveau gouvernement et le président : changer les règles constitutionnelles aujourd'hui inadaptées à la situation politique, sortir de cette présidence monarchique de la Ve République, quitter le système majoritaire à deux tours et adopter le suffrage proportionnel. "En France, le système majoritaire à deux tours, que ce soit pour l’élection du président, pour celle des députés, ou celle des élus locaux, génère une culture à l’antithèse de celle du compromis parlementaire", analyse Paul Magnette, président du Parti socialiste belge (4). Pour lui, les prérequis d’un bon fonctionnement d’une démocratie parlementaire reposent sur "une faible personnification du pouvoir, des partis importants qui reposent sur un travail collectif, une culture de la négociation, la recherche de majorités qui dépassent les blocs politiques…". 
"Il y a différents systèmes de coalition en Europe, rappelle Paul Magnette qui est aussi politiste. Le système à l’allemande, avec souvent de grandes coalitions : hier les sociaux-démocrates se retrouvaient avec les libéraux et les Verts, demain les conservateurs avec les Verts… C’est un peu la même chose en Belgique ou aux Pays Bas. Et puis vous avez d’autres systèmes de coalition avec une forte structure majoritaire, des blocs de droite ou des blocs de gauche : c’est le cas aujourd’hui en Italie ou en Espagne. Enfin, vous avez, comme dans les pays nordiques, des systèmes dans lesquels les coalitions ne sont pas forcément majoritaires. Elles sont formées à l’intérieur du bloc de gauche ou du bloc de droite. Quand le bloc de gauche n’a pas de majorité, il ne forme pas de gouvernement avec la droite. Mais il doit, pour faire adopter des lois, et évidemment le budget, chercher des majorités en dépassant son propre espace politique. Et cela fonctionne."

La situation semble enfin évoluer, sans qu'on sache évidemment à ce stade si un gouvernement de coalition pourrait voir le jour. Hier, écrit Le Monde (5), Olivier Faure, le premier secrétaire du PS "s’est dit prêt à discuter avec les macronistes, et même la droite, sur la base « de concessions réciproques ». Il s’est dit aussi prêt à faire « des compromis sur tous les sujets », y compris sur l’abrogation de la réforme des retraites, hautement symbolique pour la gauche. Le patron du PS a ainsi évoqué « un gel » de la réforme, et non plus une abrogation immédiate, avec la nécessité d’organiser « une conférence de financement ». Jean-Donald Mélenchon est furieux, ce qui ne le change guère.
Ce qui fait largement défaut à la France dans le chaos actuel, ce sont des hommes ou des femmes d'Etat. Peut-être en a-t-on une sous la main ? Depuis juillet, S'EGOlène la Royale ne cesse de clamer qu'elle est disponible pour être première ministre. "On est assez peu nombreux finalement dans le paysage politique à avoir l'expérience, à n'être rejeté par aucun des groupes politiques. (...) Si à un moment c'est une possibilité, oui, bien sûr." (6) Enfin, quelqu'un de responsable sans la moindre ambition personnelle. Juste se mettre au service de son pays. Admirable.

https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-allemagne-chute-du-gouvernement-incorrigibles-francais-a-toujours-montrer-les-autres-du-doigt_225338
(2) https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/natacha-polony-irresponsables-et-boutiquiers-reste-t-il-a-lassemblee-quelques-defenseurs-de-linteret-general?at_medium=Email_marketing&at_campaign=NL_La_Quotidienne&at_format=jours_ouvres&_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ%3D%3D
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/12/05/raphael-glucksmann-aurore-lalucq-et-aurelien-rousseau-apres-la-censure-du-gouvernement-barnier-les-forces-politiques-du-front-republicain-doivent-se-reunir-pour-definir-les-convergences-possibles_6431253_3232.html
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/12/05/paul-magnette-la-regle-du-jeu-politique-francaise-rend-tres-difficile-la-democratie-parlementaire_6430776_3232.html
(5) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/12/06/le-parti-socialiste-recu-a-l-elysee-se-met-en-rupture-avec-la-france-insoumise_6434139_823448.html
(6) BFMTV, 26.11.2024, cité par Charlie Hebdo, 4.12.224.


lundi 15 avril 2019

Le temps de la démocratie

Le Gouvernement français entend privatiser La Française des Jeux et la société Aéroports de Paris. Les partis non gouvernementaux y sont fermement opposés. Les Gilets jaunes aussi. Ces sociétés sont publiques, disent-ils tous. Donc, elles nous appartiennent. L'Etat ne peut s'en défaire en les revendant au privé. De nombreux parlementaires voudraient que ce projet fasse l'objet d'un R.I.P.: un référendum d'initiative partagée. Partagée entre les parlementaires et la population. Il faut, selon la loi, un certain nombre des uns et de l'autre pour qu'un référendum soit organisé sur la question en débat.
Il en fut question sur Arte au cours de l'émission 28 minutes de vendredi dernier. Encore une fois, la complexité du dossier apparaît rapidement. Quelle(s) question(s) poser? Une question large sur le principe de privatisation des biens de l'Etat (les bijoux de famille, comme on a l'habitude de les nommer)? Ou une question sur les deux privatisations en projet ou sur chacune d'entre d'elles, sachant que les enjeux sont très différents pour l'une ou pour l'autre? Et si l'Etat s'en défait, doit-il y conserver des parts? Et si oui, de combien? 20%? 33%? 49%? Ajoutons à cela qu'on peut s'interroger sur l'intérêt qu'il y a pour un Etat de posséder ces types de société d'une logique profondément capitaliste. On peut aussi se demander si l'Etat peut être juge et partie, s'il est capable de réguler, pour le bien des consommateurs, des citoyens, des riverains et de l'environnement des structures dont il est lui-même propriétaire? Si l'on veut que l'Etat protège d'eux-mêmes les gens qui pratiquent les jeux de hasard, peut-il, doit-il les organiser lui-même? Ou, au contraire, sera-t-il plus à même de fixer des règles strictes pour une société qui ne lui rapporte pas directement de l'argent? Et à l'heure de la nécessité, pour cause de réchauffement climatique galopant, d'une diminution des déplacements, notamment aériens, l'Etat doit-il être propriétaire de structures qui n'ont d'intérêt qu'à voir augmenter ces déplacements? On le voit, ces questions sont trop nombreuses pour être réduites à une seule posée lors d'un référendum auquel les citoyens répondront bien plus dans l'émotion que dans la raison. Le principe de celui-ci est aussi simple que son application est complexe.
Une assemblée d'élus ou de citoyens tirés au sort serait bien plus à même de débattre de ces questions fondamentales. Et surtout d'en prendre le temps.
Bonne nouvelle: voilà qu'on apprend (1) qu'un collectif a décidé de se lancer et de créer une assemblée de citoyens tirés au sort, représentatifs de la société française. Il y a trois mois, ses membres avaient accueilli avec enthousiasme le lancement du Grand débat mais déploraient notamment "la précipitation" du processus. Mais le président français, sous l'extrême pression des Gilets jaunes, pouvaient-ils attendre encore et en peaufiner l'organisation avant de le démarrer? La semaine dernière, le premier Ministre en a dégagé les premiers enseignements. Quelques jours après, on apprenait que tous les textes n'avaient pas encore été traités. Mais tant de gens, journalistes, citoyens, partis politiques, Gilets jaunes s'impatientaient, trouvaient que gouvernement et président traînaient trop avant d'annoncer des décisions. Le temps dit réel devient dictatorial. Il faut aller vite, décider vite. Et  même tout de suite. Quitte à se voir reprocher ensuite un excès de précipitation.
Les tenants du principe du référendum accepteront-ils celui d'assemblées citoyennes qui devront prendre le temps? Le temps de se former, de s'informer, d'examiner les causes d'un problème, d'envisager toutes les solutions possibles, de consulter, de débattre, de décider. Et ces assemblées citoyennes seront-elles vues comme légitimes, comme représentatives de tout un peuple? 
Car pour certains, désormais, seul le peuple, rien que le peuple, tout le peuple seul peut et doit décider. Parce que le peuple a toujours raison. C'est aussi le peuple qui a porté au pouvoir Orban, Salvini, Trump, Poutine, Erdogan et tant de nuisibles. Ce peuple admirable, tant admiré par les populistes de tous poils. C'est le peuple français qui pourrait bien amener au pouvoir, un jour proche, une des membres de la dynastie Le Pen. Ce peuple-là est effrayant. 
(Re)lire sur ce blog "Une fausse bonne idée", 6.1.2019.

dimanche 6 mars 2016

Un gouvernement pas cap' ni COP

La planète peut-elle se contenter de mots? Visiblement, nombreux sont les gouvernements qui le pensent. Pour qui de belles paroles valent réalité. Un exemple: le gouvernement français. Il se veut exemplaire en matière d'environnement et multiplie les belles déclarations d'intention. Mais a abandonné l'écotaxe, veut prolonger la vie des centrales nucléaires, entend toujours créer un nouvel aéroport à Notre-Dame des Landes. Il avait annoncé qu'il renforcerait la reconnaissance du préjudice écologique. Et voilà maintenant qu'il envisage de revenir sur le principe, qu'on pensait de simple logique, du pollueur payeur. L'amendement proposé à sa loi sur la biodiversité exonèrerait de toute réparation le responsable d'un préjudice écologique résultant d'une activité autorisée. Aucun ultra libéral n'a dû rêver qu'une telle mesure puisse être prise par un gouvernement qui se dit (encore?) de gauche et est rrèsbfier d'avoir réussi sa COP21. Devant le tollé suscité par une des pires idées que n'importe quel homme sensé puisse avoir, le gouvernement Valls fait machine arrière (1).
Il paraît qu'il y a depuis peu à nouveau des écologistes dans ce gouvernement. Sans doute y a-t-il trop de membres dans ce gouvernement. Ils y sont cachés.

(1) "Environnement: le gouvernement sans cap", Le Monde, 4 mars 2016.

vendredi 1 novembre 2013

Pauvres petits garçons riches

Cette fois, le président Hollande a tenu bon. Les joueurs de football aux salaires faramineux et leurs clubs ne seront pas exemptés de la taxation à 75% des plus hauts revenus. Les dirigeants des clubs sont très fâchés. Au point qu'ils menacent de se mettre en grève. Il n'y aurait pas de match le dernier week-end de novembre. Qu'est-ce qu'une grève? Normalement, un moyen de pression sur leur hiérarchie qu'utilisent des salariés en cessant le travail, la perte de revenus occasionnée par l'arrêt de l'activité étant censée amener la direction à écouter les revendications des salariés. Ici, c'est la direction qui annonce l'arrêt de sa "production" et qui se met donc elle-même en difficulté financière. Les présidents de clubs de foot ont une logique bien à eux. Peut-être pensent-ils avec leurs pieds. En tout cas, le dernier week-end de novembre sera celui de toutes les possibilités. Les supporters pourront faire quelque chose de plus intelligent qu'aller voir un match de foot. Les chaînes qui diffusent les matchs pourront programmer d'autres émissions, a priori plus passionnantes qu'un match de foot.
On dénombre en France 115 joueurs de foot qui gagnent plus d'un million d'euros par an. Leurs gains seront donc taxés à 75%. Que reste-t-il comme alternative aux divas en culottes courtes et à leurs clubs? Aller s'installer à l'étranger, en Belgique par exemple, comme l'ont fait Gérard Depardieu et bien d'autres Français fortunés qui veulent échapper à l'impôt. La Wallonie picarde leur ouvrira ses bras accueillants. Le PSG deviendra le Péruwelz Saint-Germain; l'OM sera l'Olympic de Mouscron; le LOSC se déplacera de quelques kilomètres: à Lamain. Quant à Monaco, c'est à Mons qu'il sera hébergé; le club s'appellera désormais Monsaco. Vive l'Europe!

jeudi 31 octobre 2013

Malaises

Bêtise ou perfidie? La fille à papa Le Pen a le rare talent de combiner les deux. L'allure des otages français rentrés du Niger a créé chez elle "un malaise". Et un étonnement sans borne: "j'ai trouvé ces images étonnantes, a-t-elle déclaré ce matin sur Europe 1, cette extrême réserve étonnante, leur habillement étonnant". Les barbes et les chèches l'ont beaucoup dérangée. Marine Le Pen découvre la vie: chez un homme, en trois ans, la barbe peut pousser abondamment, et le chèche a une utilité certaine dans le désert. Serait-elle cependant consciente de ses limites intellectuelles? "Je ne suis pas psychologue", a-t-elle reconnu. Mais elle est convaincue que ce qu'elle a ressenti, "c'est ce qu'ont ressenti beaucoup de Français". On voit par là qu'on peut ne pas être psychologue tout en étant capable de savoir ce que pensent les autres. (1)

On se réjouit de la libération de ces otages et on espère que tous les otages dans le monde, français ou autres, connaîtront rapidement le même sort heureux. Mais il est d'autres otages qu'il faudrait se soucier de libérer, c'est l'avenir de l'humanité qui en dépend. On veut parler de l'environnement et du climat. Pris en otage par le grand capital, le patronat, les lobbies du transport et du pétrole et une bonne partie des syndicats, ils ne font visiblement pas partie du souci premier (et même secondaire) de la plupart des gouvernements. La démission du gouvernement français sur les écotaxes en est une preuve de plus. Une démission d'autant plus stupide que ces écotaxes allaient permettre de réinvestir dans d'autres moyens de transport moins nuisibles et qu'elles étaient attendues impatiemment dans certaines régions. Ainsi, en Alsace, tous les élus, tous partis confondus, les réclament depuis 2005. Elles auraient pu décourager les poids lourds de passer par l'Alsace pour éviter la Suisse et l'Allemagne qui, depuis 2004, appliquent ce type de taxes (2).

Les Bretons (certains d'entre eux du moins) pensent avoir gagné une bataille, mais pas encore la guerre (3). Mais ils se trompent totalement de guerre. On attend désespérément des appels de Bretons invitant à un changement radical de cap. Les Bretons sont en colère et l'expriment main dans la main avec un patronat responsable de la crise. On se permet de penser qu'un peu de réflexion ne nuirait pas à l'affaire.

P.S.: on entend avec soulagement la Confédération Paysanne prendre ses distances avec ce mouvement de grogne et l'un de ses représentants parler du "pseudo-problème des écotaxes". Ouf!

(1) lire http://tempsreel.nouvelobs.com/vu-sur-le-web/20131031.OBS3533/otages-marine-le-pen-devient-la-risee-de-twitter.html
Et, toujours à propos du F.N., mais concernant ses fantasmes sur l'immigration, on écoutera avec grand intérêt les faits et les réflexions apportés par Edwy Plenel et surtout par l'excellent François Gemenne, dans une étrange émission d'Ardisson (où se mêlent visiblement sujets people dépourvus du moindre intérêt et réflexions politiques):
www.rue89.com/zapnet/2013/10/30/soudain-chez-ardisson-discours-fn-limmigration-secroule-247074
(2) www.liberation.fr/politiques/2013/10/30/ecotaxe-quand-les-alsaciens-manifestent-ils-sont-moins-entendus_943448
(3) Journal de France Inter, 31 octobre 2013, 13h.

mardi 29 octobre 2013

Fort minables

Qui sort gagnant, qui sort grandi de la décision du gouvernement français de report des "écotaxes" ? A ce jeu-là, tout le monde a perdu. Et seule l'extrême droite et l'ultra libéralisme risquent de gagner une fois encore.  Les agriculteurs français, et bretons en particulier, sont perdants, quoi qu'ils croient, autant que les politiques, de gauche comme de droite qui, hors le ridicule et le consternant, n'ont rien gagné. 
Le P.S. et le gouvernement, avec cette xième reculade face à l'obstacle, font le jeu de la droite et surtout de sa nuisible extrémité. 
L'U.M.P., qui est elle-même à l'origine de ces écotaxes (une des décisions d'un "Grenelle de l'environnement" qui en prit si peu), se couvre de ridicule, en reprochant au gouvernement à la fois l'application et la non-application de cet "impôt Borloo".
Les écologistes ne devraient plus avoir d'autre choix que de quitter ce gouvernement sans gouvernail.
On trouve d'autres gagnants du côté du MEDEF et de la FNSEA. Ce ne sont pas les agriculteurs, bretons ou autres, qui ont été entendus, mais le secteur agro-alimentaire, un des fleurons de ce capitalisme absurde et destructeur qui fait circuler des porcs, du maïs et des tomates d'un bout à l'autre de l'Europe. Les écotaxes avaient pour ambition d'essayer de changer, un peu, la tendance, d'aider à un transfert modal de la route vers la voie d'eau et le chemin de fer, d'éviter les déplacements idiots et inutiles, de relocaliser l'activité agro-alimentaire.
"Trop de marchandises transitent par camion en France", rappelait voici quelques jours Pascal Riché, directeur de la rédaction du Rue89 (1): "c'est polluant, cela émet des gaz à effet de serre, cela congestionne les routes. L'idée de l'écotaxe est de remédier à ces problèmes, en favorisant le fret ferroviaire, le fret fluvial et en favorisant, par de nouveaux investissements, une relocalisation de l'économie: est-il logique qu'un porc breton parte en Allemagne pour revenir sous forme de tranches de jambon dans les grandes surfaces? Ne serait-il pas plus malin d'investir localement dans la salaisonnerie?"
Défendant cet "impôt intelligent", Pascal Riché constate que "l'écotaxe doit conduire à une majoration moyenne de l'ordre de 4,1% du coût du transport. Pour un camembert, cela représente un centime".
Les Bretons allaient devoir payer des écotaxes "aménagées" en fonction de leur position excentrée. Mais c'était toujours trop pour le puissant secteur de l'agro-alimentaire.  "Avec cinq fois plus de cochons que de Bretons, conclut Pascal Riché, la région est bien avancée. Du porc bas de gamme, des poulets bas de gamme et des flots de lisier qui viennent polluer la nappe phréatique et bloquent le développement du tourisme: est-ce là le modèle de développement que désirent les Bretons?"
En attendant, ces Bretons ont eu raison, pour un temps ou pour longtemps, des écotaxes.

A ce jeu fort minable, personne n'est formidable. Sinon au sens étymologique du mot : "qui inspire ou est de nature à inspirer une grande crainte" (2). On éprouve effectivement une grande crainte pour la politique et l'environnement. Que nous disent les politiques de tous bords (les écologistes mis à part, du moins José Bové (3) et Noël Mamère (4))? Ne changeons surtout rien à nos pratiques et ne nous mettons personne à dos, les voix à gagner aux prochaines municipales le valent bien. Et allons donc tous dans le mur. Pas en chantant, mais en pleurnichant.

(1) www.rue89.com/2013/10/27/bretagne-pourquoi-hollande-doit-tenir-bon-lecotaxe-246971
(2) le petit Robert
(3) Journal de France Inter, 28 octobre 2013, 13h.
(4) Journal de France Inter, 29 octobre 2013, 13h.

mardi 15 octobre 2013

Triomphe du café du commerce

Il est de bon ton de dire qu'on ne l'aime pas, qu'il déçoit. Ou plutôt qu'il a déçu. On en parle déjà au passé. François Hollande ne fait plus illusion, si tant est qu'il l'ait fait. Ce fut, en mai 2012, un choix par défaut dont aujourd'hui la plupart des électeurs français se défaussent. Ils ne voulaient plus du "teigneux monarque" (1) qu'était Nicolas Sarkozy, de son attitude rogue et suffisante, de sa vulgarité. Aujourd'hui, de  quoi rêvent-ils? D'un chef, un vrai, un fort un gueule? En tout cas pas d'un président trop normal, voire bonhomme. Avec Sarkozy, c'était "Au théâtre ce soir" tous les jours, le spectacle était permanent. Avec Hollande, c'est "Faut pas rêver".
Hollande perd des points dans les sondages chaque jour. Et les sondages mènent la France. Ils font la part belle à la fille à papa Le Pen.
Opinion publique (?) et médias s'accordent à dire que ce président est mou, que rien ne change, sauf l'espoir qui se désespère. Les Français sont grincheux et on ne le sait pas assez. Au point que le Journal télévisé de France 2 se sent obligé de leur donner la parole: "on va les écouter, cette France qui en a ras le bol, qui s'exprime. On ne les entend pas toujours", disait Laurent Delahousse le 22 septembre dernier dans le "13h15" (2). Et de donner la parole à  des réacs qui font le café du commerce à domicile. Dans son édition de demain, Charlie Hebdo exprime son "ras l'bol de la France qui en a ras l'bol". Ils râlent sur les impôts, sur l'insécurité, sur les jeunes, sur les Roms, sur les autres, sur le temps qu'il fait ou qu'il va faire. 
Et pourtant, même si on n'est pas hollandiste, on peut reconnaître au président normal et à son équipe quelques belles avancées. Le droit au mariage pour les couples homosexuels, malgré la résistance de réactionnaires particulièrement excités; la réforme annoncée du système pénitentiaire, qui tente de remplacer pour les peines les plus légères, la prison criminogène par une réparation qui ferait plus sens; les contrats de génération; les emplois d'avenir (des "emplois aidés" par les pouvoirs publics, critique l'opposition de droite, qui ne veut pas voir que c'est presque la seule solution en ces temps où le capitalisme, qu'elle défend, les supprime par milliers); le départ à la retraite facilité pour les carrières longues ou pénibles; l'interdiction du cumul des mandats; la création de huit mille nouveaux postes dans l'éducation (au déficit du secteur de la Défense qui perdra autant d'emplois); la garantie universelle des loyers. Bien sûr, il reste des motifs d'insatisfaction: une politique environnementale et énergétique à la traîne, le report sine die du droit de vote des étrangers, le redressement de l'économie, des projets aberrants comme celui de l'aéroport nantais...
Mais les avancées du gouvernement sont passées au bleu et le président est présenté comme inactif. Plantu, en première page du Monde de ce jour, le montre dormant sur ses dossiers. Une analyse populiste en quelques traits qui renforcent l'image. Car on est ici dans l'image, et presque uniquement dans l'image.
"La question principale, estime Denis Pingaud, conseil en stratégie d'opinion et de communication, auteur du livre L'homme sans com' (Seuil), est que les Français, particulièrement défiants vis-à-vis de leurs élites politiques, se mobilisent aujourd'hui autour de ceux qui leur paraissent les plus proches de leurs préoccupations par-delà même la pertinence de leurs propositions." (3) Derrière "ceux, il faut surtout voir "celle" qui  "paraît" ne pas appartenir à une élite qu'elle dénonce, elle qui est née avec une cuillère d'argent dans la bouche et qui sait, mieux que beaucoup d'autres, profiter d'un système qu'elle dénonce.
La politique est art du compromis et du dépassement de la complexité. Pour trop d'électeurs, elle est simple, voire simpliste, dans une société qui veut des réponses immédiates aux effets directement vérifiables. "Pour le gouvernement, dit Denis Pingaud, l'enjeu est désormais de faire comprendre le lien qui existe entre des décisions apparemment lointaines, macroéconomiques, souvent peu compréhensibles, et un quotidien proche marqué par l'angoisse du chômage et la peur du déclassement. C'est un exercice difficile qui suppose de quitter le seul registre de l'explication et de la pédagogie pour aborder celui de l'écoute et de la relation."


(1) expression de Patrick Rambaud dans "Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV", Grasset, 2013.
(2) cité par Luz, dans Charlie Hebdo, 2 octobre 2013.
(3) La Nouvelle République, 15 octobre 2013.