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dimanche 11 janvier 2026

(Agri)Culture de l'irrationnel

Les agriculteurs français sont fâchés. Ça devient une habitude chez eux. Pour exprimer leur colère, les affiliés de la Coordination rurale (syndicat agricole proche de l'extrême droite) se débarrassent, une fois encore, de leurs déchets sur la voie publique. Des pneus notamment qu'ils brûlent pour qu'on voit de loin qu'ils sont les premiers des écologistes (1).

En ce moment, l'objet de leur colère s'appelle Mercosur, cet accord commercial entre l'Union européenne et quatre pays latino-américains  - le Brésil, l'Argentine l'Uruguay et le Paraguay - négocié pied à pied depuis vingt-six ans et signé vendredi par l'UE. "Le Mercosur, c'est la mort à coup sûr", disent-ils. Le président de la République, la Ministre de l'Agriculture et tous les partis politiques se sont engagés, assez inconsidérément, dans un rejet de l'accord. Dans ce dossier, il semble, selon de nombreux analystes, que l'irrationnel domine.

"Malgré les controverses, écrit Le Monde (2), la portée commerciale du traité de libre-échange entre l’UE et les quatre pays du Mercosur reste limitée. Sa mise en application sera très progressive et comporte de nombreux garde-fous."
L'accord du Mercosur vise à augmenter les échanges, jusqu'à présent peu importants, entre l'UE et ces quatre pays sud-américains. "Au total, les pays de l’UE et du Mercosur abritent 750 millions de consommateurs et génèrent le cinquième du produit intérieur brut (PIB) mondial. Sur le papier, c’est un marché considérable, mais ces deux ensembles, éloignés géographiquement, commercent peu ensemble : le Mercosur ne représente que 2,1 % des exportations de l’UE, loin derrière la Turquie, la Norvège ou encore la Corée du Sud." L'accord vise à faire disparaître progressivement 91 % et 92 % des droits de douane des deux côtés de l’Atlantique. "Les entreprises européennes économiseront ainsi plus de 4 milliards d’euros de droits de douane par an, selon Bruxelles. Mais les barrières douanières ne sont pas que tarifaires. Les pays du Mercosur se sont engagés à ouvrir leurs marchés publics aux Européens, aux mêmes conditions que les entreprises locales. De plus, les taxes à l’exportation vont aussi diminuer, ce qui est stratégique pour l’UE, qui s’approvisionne dans ces pays en minerais stratégiques, comme le lithium ou le cuivre, indispensables pour son industrie de la transition énergétique. Bruxelles y voit là une garantie pour sa « sécurité économique »."
Les secteurs européens de l'automobile, des machines et de la chimie devraient trouver de nombreux intérêts à cet accord. Au contraire de l'agriculture : "l’accord pourrait faire baisser jusqu’à 1,2 % sa production de viande de bœuf et de mouton, et 1 % celle de sucre". Par contre, les producteurs de vin, de Cognac et de fromages - une part non négligeable du secteur agricole - trouvent une aubaine dans cet accord pour doper leurs ventes vers l'Amérique latine.

On a laissé croire, constate Patrick Cohen, éditorialiste de France Inter (3), "que le Mercosur n’est qu’une diabolique invention bruxelloise destinée à nous inonder de bœuf aux hormones et à faire disparaitre nos éleveurs. (...) C’est déjà à peu près ce qui se disait du CETA, l’accord de libre-échange avec le Canada, qui a permis à la France depuis huit ans, de tripler son excédent agricole avec ce pays."
Ce "drame" a été caricaturé, affirme-t-il encore. "Caricaturé, parce que si on le regarde précisément, le Mercosur n’est pas le monstre qui va ruiner notre agriculture, éradiquer nos éleveurs et empoisonner les consommateurs. Pour la viande importée, le point le plus sensible, l’accord prévoit un quota supplémentaire annuel pour toute l’Europe de 99 000 tonnes de bœuf, sur un marché de plus de 6 millions de tonnes. Soit 1,6% de la production totale. Un steak par an et par Européen. Pour les volailles, c’est 180 000 tonnes, 1,4%. Soit moins que le volume importé de poulets ukrainiens. Est-ce de la viande qui pourrait avoir été nourrie aux hormones ? C’est interdit en Europe, ni hormones, ni antibiotiques et ça continuera d’être interdit. Mais cela pose, c’est vrai, la question des contrôles et de leur fréquence. En contrepartie, le traité ouvrirait aux Européens un marché de 270 millions de consommateurs, marché aujourd’hui très protégé, avec des droits de douane de 20 à 35%, qui demain seraient réduits à zéro. Et qui représenterait une aubaine pour les filières industrielles à forte valeur ajoutée : automobile, aéronautique, pharmacie, produits de santé, chimie. Activités de service, où la France est bien placée. Et dans le domaine agricole : vins et fromages. Avec protection des AOP, ce qui interdirait le faux Champagne, ou le faux Roquefort."

A l'heure où Trump augmente considérablement et autoritairement les droits de douane et où la Chine et la Russie se montrent agressives (notamment) sur le plan commercial, l'UE est à la recherche de nouveaux partenaires. Et mieux vaut des règles que des rapports de force. "Alors que Trump nous a déclaré la guerre commerciale et qu’il veut régner en maitre sur le continent américain, estime Patrick Cohen, l’Europe dispose d’une opportunité unique de faire pièce à la puissance étatsunienne sur son propre terrain. Dans une sorte de réplique au coup vénézuélien. "
C'est ce que pense aussi le quotidien espagnol El Pais (4) : "Le traité commercial entre l'UE et le Mercosur (...) est aussi une déclaration de principes géopolitiques au moment où l'Europe et l'Amérique latine sont prises en tenaille dans la guerre d'hégémonie que se livrent les Etats-Unis et la Chine - et ce détail ne peut être négligé. (...) Une alliance commerciale permettrait à n'en pas douter de tempérer la dérive autoritaire de la région. L'Europe a devant elle une occasion unique, qu'elle ne doit pas laisser passer. Dans un monde toujours plus divisé, c'est une question de survie."

Ceci dit, quel sens y a-t-il à faire venir de la viande de l'autre bout du monde ? Surtout en ce moment où, pour des raisons de lutte contre le réchauffement climatique et de santé publique, on nous appelle à diminuer fortement nos consommations de viande ? Qu'ils le veuillent ou non, les éleveurs devront - comme tant d'autres professions l'ont fait - modifier drastiquement leurs pratiques. Même si, pour l'instant, ils continuent à se mettre la tête dans le sable (5).

(1) En décembre, des représentants de la Coordination rurale ont saccagé des locaux de la Ligue de protection des Oiseaux. Comprend qui peut ces gens qui prétendent être les premiers, si pas les seuls, à comprendre et à respecter la nature. 
https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/espace-presse/communiques/cp-2025/notre-siege-national-vandaliseutm_source=Sarbacane&utm_medium=email&uutm_campaign=Newsletter%20LPO%20France%20-%20Janvier%202026
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/10/mercosur-agriculture-minerais-industrie-ce-que-contient-l-accord_6661235_3234.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mardi-06-janvier-2026-3103545
(4) "Européens, saisissez l'occasion !", El Pais, 29.12.2025, in Le Courrier international, 8.1.2026.
(5) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/11/les-tenants-de-l-agriculture-intensive-veulent-sanctuariser-le-droit-a-pomper-sans-limites-et-a-polluer-les-ressources-d-eau-potable_6661384_3232.html

mardi 22 avril 2025

Hors-sol

C'est une histoire comme il y en a trop. Celle d'un jeune homme qui a trouvé sa place, mais est en butte à une administration tatillonne, sourde et aveugle. C'est l'histoire de Manssour, jeune paysan mauritanien qui travaille en CDI pour trois fermes creusoises, mais que la préfète veut renvoyer dans son pays où il est en danger.
L'un de ses patrons, producteur de fromage, était soulagé : "C’est la croix et la bannière pour trouver des employés qualifiés, polyvalents et qui restent sur des postes si difficiles", déclare-t-il au Monde (1). En l'engageant il y a deux ans, après de longues et vaines recherches, il a vite constaté "que Manssour Sow était aussi à l’aise à la traite qu’à la transformation laitière, aux volailles ou à la découpe". Malgré tout cela, malgré son intégration dans le village de Maisonnisses, son implication dans le club de foot voisin, Manssour n'obtient toujours pas son titre de séjour. "Les conditions de régularisation se sont durcies avec l’arrivée de Bruno Retailleau Place Beauvau et sa circulaire de janvier, rappelle Le Monde. Celle-ci demande aux préfets de recentrer les régularisations accordées dans les métiers en tension : sont exigés trois ans de présence en France et douze mois d’ancienneté dans le travail, et l’exercice d’un métier relevant d’une liste arrêtée par décret. En la matière, Manssour Sow coche toutes les cases. Sauf qu’il fait l’objet d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) non exécutée de moins de trois ans – un obstacle non négligeable, compte tenu de l’allongement de un à trois ans de la durée de validité d’une OQTF, depuis la loi sur l’immigration de 2024."
Voilà donc un homme qui se rend utile, qui travaille, dont ont un impératif besoin trois agriculteurs et que, de manière totalement insensée, l'administration veut renvoyer chez lui.  "Manssour a le plus d’ancienneté et de compétences, affirme un de ses employeurs. C’est lui qui forme les nouveaux. Quand je m’absente, je lui laisse les clés les yeux fermés. Sans lui ce serait mission impossible." Cent cinquante habitants ont manifesté récemment pour soutenir le jeune paysan. « A quoi bon être subventionnés par des programmes d’Etat visant à redynamiser nos villages si en parallèle ça ne se traduit pas humainement, déplore le maire, Dominique Berteloot. Manssour participe de ces efforts : c’est un jeune dans un territoire âgé, qu’on voit à la bibliothèque, aux commémorations, aux fêtes, au foot. » « S’il devait partir, ça déstructurerait nos fermes, le village, mais aussi notre famille », abonde Aurélie Lardy, chez qui loge Manssour Sow.
Le Tribunal administratif de Limoges s'est penché sur son cas et doit rendre sa décision aujourd'hui.

On voit par là que les partis politiques et les élus qui luttent fermement contre l'immigration n'ont, contrairement à ce qu'ils prétendent, aucune connaissance des besoins de terrain. Ils sont déconnectés des réalités, enfermés dans une idéologie qui méprise quantité d'employeurs et est nuisible au dynamisme local. Et à l'avenir de personnes qui ne souhaitent que se réaliser utilement et s'intégrer. Ces partis et ces élus sont hors-sol, quand ceux qu'ils méprisent ont les pieds bien plantés dans leur terre.

Post-scriptum (23.4) : Le tribunal de Limoges enjoint à la Préfecture de la Creuse de réexaminer le cas de Manssour d'ici un mois. https://www.lamontagne.fr/limoges-87000/economie/le-tribunal-administratif-de-limoges-ordonne-a-la-prefecture-de-creuse-de-reexaminer-la-situation-de-manssour-sow-travailleur-agricole-sans-papier_14676204/

(1) https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/04/17/dans-la-creuse-la-mobilisation-pour-regulariser-un-ouvrier-agricole-sans-papiers-emblematique-du-manque-de-main-d-uvre_6596970_3224.html
https://www.lamontagne.fr/maisonnisses-23150/actualites/le-seul-crime-que-jai-commis-cest-de-travailler-en-creuse-un-ouvrier-agricole-est-menace-d-expulsion_14675619/

mercredi 4 décembre 2024

Les écologistes anti-écolos

Depuis longtemps, certains agriculteurs ne cessent de clamer qu'ils sont les seuls et vrais champions de l'écologie. Ils la pratiquent quotidiennement. C'est une priorité pour eux. Comment comprendre alors qu'ils s'attaquent aujourd'hui aux sièges d'associations naturalistes ? 
Le message est clair : « Foutez-nous la paix ! », disent des militants de la Coordination rurale qui ont déversé des pneus et du fumier sur les locaux de l’association Manche Nature à Coutances. Ils ont également répandu de la terre et du fumier devant l’Office français de la biodiversité, dans la même ville, rapporte Le Monde (1) avant de déposer une tête de sanglier et des peaux de renards. Retour à des pratiques moyenâgeuses. 
A Gap, dans les Hautes-Alpes, des manifestants ont muré les locaux de la Société alpine de protection de la nature, alors que des salariés et des bénévoles étaient à l’intérieur.
A Châteauroux, dans l'Indre, des militants de la FNSEA ont déversé de la paille devant les locaux de l’association Indre Nature. Quand les salariés se sont réfugiés à l’étage, des agriculteurs montés dans les nacelles des tracteurs ont tambouriné contre les volets et ont tenté de les soulever.
En quoi des associations environnementales sont-elles responsables du malaise du milieu agricole ? La FNSEA qui durant des décennies a poussé ses membres à toujours surinvestir, à s'agrandir toujours plus, à se vendre pieds et poings liés à l'agro-industrie, à se rendre malades et à tuer la nature en consommant des quantités de pesticides, a d'immenses responsabilités dans la crise actuelle. Mais elle les reporte sur ceux qui font ce qu'ils peuvent pour essayer de sauver une situation qui se dégrade à toute vitesse, notamment du fait de l'agriculture intensive.

Certains agriculteurs s'en sont même pris à l'INRAE, l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, un établissement public à caractère scientifique et technologique qui mène des recherches notamment pour aider les agriculteurs à mieux s'adapter au dérèglement climatique. Pourquoi s'y attaquer ? Pas sûr que les agriculteurs eux-mêmes le sachent, mais ils ont visiblement besoin de boucs émissaires.

Dans leur ligne de mire, notamment le Mercosur, ce traité d'échanges économiques avec des pays d'Amérique du Sud. Les viticulteurs le voient d'un bon œil, pas les éleveurs qui redoutent, et on les comprend, de voir vendue sur le sol européen de la viande produite dans des conditions peu contraignantes. Le Mercosur n'est pas (encore) adopté, mais pourquoi alors ces agriculteurs se prennent-ils maintenant pour des douaniers en arrêtant et en contrôlant le contenu de camions qui circulent sur les routes françaises ?

Les autorités les laissent faire, compréhensives ou (surtout) effrayées à l'idée de se les mettre à dos. La Confédération paysanne, qui rassemble des agriculteurs et des éleveurs qui prennent clairement leur part dans la sauvegarde de l'environnement, mène des actions plus policées et plus conviviales (2). Si ses membres faisaient un dixième de ce que font les militants de la Coordination rurale ou de la FNSEA, les maires, les gendarmes et la justice agiraient immédiatement et les traiteraient d'éco-terroristes. Mais les agro-terroristes ont tous les droits.

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/11/28/des-associations-ecologistes-denoncent-des-violences-d-agriculteurs-a-travers-la-france_6417501_3234.html
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/chateauroux-la-confederation-paysanne-de-l-indre-offre-des-produits-locaux-et-demande-des-aides-directes
(Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/07/pas-maintenant.html

dimanche 13 octobre 2024

La mort est dans le pré

 "Le bio, c'est de la merde !", "Faut arrêter avec ces conneries !", "Si tu crois que tu vas nourrir l'humanité avec le bio, tu te fourres le doigt dans l'œil !". Voilà quelques propos éructés par des conseillers municipaux qui refusaient le label "Territoire bio engagé" qui leur était proposé parce que 24% de la superficie agricole utile de leur immense commune du sud de l'Indre est cultivée en bio.
On comprend par là que rien ne vaut les pesticides et l'agriculture dite conventionnelle. Comment expliquer alors que tant d'agriculteurs souffrent de cancers professionnels pour avoir répandu des engrais et des pesticides sur leurs champs ? Comment expliquer qu'au moins deux millions de Français doivent faire appel à l'aide alimentaire pour vivre ? Comment expliquer que 18% des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté ? Comment ne pas vouloir voir que la malbouffe est la cause première de l'explosion de l'obésité et de diabètes ?

Un récent rapport français (1) intitulé "L'injuste prix de notre alimentation. Quels coûts pour la société et la planète ?" fait apparaître qu'au moins 19 milliards d'euros ont été dépensés en 2021 rien que pour réparer les dommages causés par le système agro-industriel. Même les fleuristes se plaignent de souffrir de cancers liés aux pesticides dont sont arrosées les fleurs qu'ils vendent. L'une d'entre elles a perdu sa fille de 11 ans morte d'une leucémie. A cette somme colossale  de 19 milliards, il faut ajouter 48 milliards d'euros "offerts aux acteurs de la machine à produire de la malbouffe par le biais d'exonérations fiscales, sociales, de subventions diverses" (2). Soit 67 milliards d'euros pour soutenir l'agro-industrie et tenter de réparer ses dégâts. "D'une main, la collectivité répare, de l'autre, elle entretient la cause même des dommages occasionnés", résume l'étude. "La malbouffe tue, la malbouffe pollue, on découvre désormais qu'elle nous ruine", constate Natacha Devanda. 

Dans la plaine d'Aunis, au sud de la Rochelle, on s'inquiète depuis 2018 de cas de cancers pédiatriques, surtout depuis la mort de Pauline, une jeune fille de 15 ans en 2019. Les familles de soixante-dix enfants ont fait analyser des prélèvements de cheveux et d’urine par le laboratoire de toxicologie et de pharmacovigilance d’un CHU. Les résultats viennent d'être rendus publics. "Quatorze molécules différentes ont été retrouvées dans les urines et quarante-cinq dans les cheveux, nous apprend Le Monde (3) et jusqu’à six (dans les urines) et dix (dans les cheveux) par enfant. Tous présentent des traces de pesticides. Certains sont particulièrement préoccupants. Ainsi du phtalimide, détecté dans les urines de plus de 15 % des enfants : cette molécule est le produit de la dégradation du folpel, un fongicide classé cancérogène, mutagène, et reprotoxique possible par l’Agence européenne des produits chimiques. Ainsi, également de la pendiméthaline, présente dans 20 % des prélèvements capillaires. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) associe cet herbicide très utilisé pour les cultures céréalières à des risques de cancer (pancréas et colorectal). Parmi ces substances figurent aussi des pesticides interdits."
Plus on lit l'article, plus on s'inquiète. D'autres enfants sont, très jeunes, atteints de cancer. Certains sont morts. L'agro-agriculture n'a pas plus de limite que de prix. Elle doit nourrir l'humanité.

Pour la petite histoire : la commune du sud de l'Indre n'a jamais demandé le label bio auquel elle a droit. Il ne faudrait vexer personne.

(1) rapport établi par le Secours catholique, le réseau Civam, Solidarité paysans et la Fédération française des diabétiques.
(2) Natacha Devanda, "Agro-industrie - La malbouffe dévore l'argent public", Charlie Hebdo, 25.9.2024.
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/10/12/des-pesticides-interdits-retrouves-chez-les-enfants-de-la-plaine-d-aunis-ou-se-multiplient-les-cancers-pediatriques_6349719_3244.html

lundi 5 février 2024

Un réarmement désarmant

Et à la fin, ce sont l’agro-industrie et la chimie qui gagnent. Tout ça pour ça ! Tant de manifestations, tant d'actions, tant de déplacements, de pollution et de dégradations pour voir en fin de compte la FNSEA obtenir satisfaction. Ne changeons rien au système agro-industriel. Les paysans ont perdu, les exploitants agricoles ont gagné.

Le gouvernement a ouvert son portefeuille : 400 millions d’euros au total pour soutenir les agriculteurs. 50 millions pour les éleveurs touchés par la maladie hémorragique épizootique (MHE), 20 pour les agriculteurs bretons affectés par la tempête, 50 pour la filière bio en crise, 80 pour les viticulteurs, 150 pour soulager les charges fiscales et sociales des éleveurs et enfin le coût de l’abandon d’une hausse de la fiscalité prévue sur le gazole non routier (entrée en vigueur au début de 2024, elle avait pourtant été négociée avec la FNSEA) (1).

"Le gouvernement , écrit Le Monde, a répété être favorable à l’adoption rapide du règlement sur les nouvelles techniques génomiques (NGT), considérés comme les nouveaux OGM, un texte en discussion à Bruxelles. Concernant les phytosanitaires, il a fini par accepter de mettre sur pause jusqu’à la fin de février le projet Ecophyto, qui devait fixer les nouveaux objectifs de réduction de l’usage des pesticides. Il se dit prêt à rediscuter des indicateurs et des zonages de traitement. Et prêt aussi à attaquer les décisions des tribunaux administratifs sur les zones de non-traitement aux produits phytosanitaires définies par des chartes départementales. De plus, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire devra s’aligner sur le calendrier de l’autorité européenne de sûreté des aliments."
Au nom de la souveraineté alimentaire, la FNSEA avait demandé, en 2023, de surseoir à l’obligation de 4 % de jachère fixée par la nouvelle PAC. Une nouvelle dérogation, sous conditions, vient d’être obtenue de Bruxelles. Les terres n'ont pas droit au repos, elles doivent produire en permanence.
"M. Attal, écrit encore Le Monde, avait annoncé, dès le 26 janvier, un premier train de dix mesures de simplification prises par décret. Qui vont de la simplification des curages de cours d’eau, à la réduction des délais de recours contre des projets agricoles et des délais de contentieux pour des projets de stockage d’eau, en passant par la limitation à un du nombre de contrôle annuel. L’un des enjeux est de pouvoir plus facilement étendre les capacités des bâtiments d’élevage porcin et de volaille et de mener à bien les projets de stockage d’eau."

La France a le plus jeune premier ministre que le pays ait jamais connu. Un jeune pour maintenir le vieux monde, celui qui nous mène collectivement à la perte. Celui de l'exploitation maximale des sols, de la production maximale, de l'utilisation excessive de pesticides, de tous ces produits en cide qui ne cachent pas leur nocivité ni pour la terre, ni pour pour la faune, ni pour les humains.
Le gouvernement français décline la nouvelle lubie de son président : il faut réarmer la France. Il parle de réarmement civique, de réarmement moral, de réarmement démographique. Voici le réarmement agricole. "Si « réarmement agricole » il y a, écrit l'éditorialiste du Monde Stéphane Foucart (2), c’est surtout d’un « réarmement chimique » de l’agriculture qu’il est question. A l’heure où l’infertilité et les maladies chroniques s’envolent dans la population générale, où environ un tiers des foyers français reçoivent au robinet une eau non conforme aux critères de qualité pour cause de métabolites de pesticides, où sans doute plus de 80 % de la biomasse d’insectes volants et 60 % des oiseaux des champs ont disparu en quarante ans, on se plaît à imaginer le fou rire nerveux d’hypothétiques historiens qui chercheraient, dans les prochaines décennies, à décrire et surtout comprendre la logique de ce qui se produit ces jours-ci."

Mais il y a trop de normes, se plaignent les agriculteurs. Peut-être. Mais d'où viennent-elles ? Longtemps, ce fut le laisser-faire, le laxisme le plus total. L'environnement n'était pas un souci, on pouvait bétonner où on voulait, on pouvait massacrer faune et flore sans égard pour elles, on pouvait gaspiller l'énergie en brûlant sans compter des sources polluantes voire toxiques, on pouvait empoisonner les sols, les producteurs et les consommateurs, on pouvait arracher les haies et les arbres et supprimer les fossés et les zones humides. Donc, des normes. Heureusement. Pour tenter de mettre un frein à cette folie destructrice.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/02/01/le-vaste-eventail-des-annonces-de-gabriel-attal-en-phase-avec-les-demandes-de-la-fnsea_6214305_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/03/si-rearmement-agricole-il-y-a-c-est-surtout-d-un-rearmement-chimique-de-l-agriculture-qu-il-est-question_6214548_3244.html
https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/01/la-suspension-du-plan-ecophyto-un-signal-desastreux-selon-les-ong-de-defense-de-l-environnement_6214293_3244.htm

mardi 30 janvier 2024

Grogne des procrastineurs

Le secteur agricole est en pétard un peu partout en Europe de l'ouest. Les agriculteurs néerlandais se sont mobilisés pour s'opposer à la décision de leur gouvernement de faire baisser les émissions d’azote en réduisant les cheptels, notamment de vaches laitières. Les agriculteurs flamands ont manifesté aussi pour l’azote. Puis, leurs confrères allemands pendant des semaines contre le projet de leur gouvernement de supprimer les aides publiques au diesel agricole. Maintenant, c’est la France. Et la Wallonie suit.
Le Vif (1) publie une interview de Philippe Baret, ingénieur agronome à l’UCLouvain et spécialiste du monde agricole belge et européen.

Pour Philippe Baret, "’il y a un effet de contagion et une bonne part d’opportunisme à moins de six mois du scrutin européen. Les agriculteurs savent très bien que la politique agricole européenne sera mise sous pression en cas de changement de majorité au Parlement et à la Commission UE. En réalité, c’est un bras de fer ancien qui se poursuit aujourd’hui. Il faut rappeler que près d’un tiers du budget européen est attribué à l’agriculture".
Faute de consensus entre ses Etats membres, l’Union européenne a récemment allongé de dix ans l'autorisation d'utilisation du sur le glyphosate. "Il existe évidemment tout un écosystème rassemblant des acteurs du secteur agricole, du secteur chimique et du secteur financier qui forment une masse d’influence pour faire reculer ou retarder les avancées au niveau écologique mais aussi de la santé." Phlippe Baret rappelle que la plupart des directives dont les agriculteurs dénoncent la lourdeur "poursuivent un objectif de santé avant tout et pas seulement écologique. (...) Les directives sont là pour améliorer la qualité de ce qu’il y a dans nos assiettes et la santé des gens."

"Le problème principal est, en fait, interne au monde agricole, pas au niveau de la Commission. D’un côté, les gros exploitants, soit 20 % des agriculteurs, qui font de plus en plus de bénéfices, absorbent néanmoins 80 % des subventions européennes. De l’autre, les petits exploitants, soit 80 % des agriculteurs, qui sont de plus en plus sous pression, ne touchent que 20 % des subsides. C’est cette inégalité-là qui est, à mon sens, à la base des problèmes du monde agricole."
"En Belgique, il y a des fermiers qui gèrent 1 200 hectares en pommes de terre et qui exploitent d’autres agriculteurs qui travaillent pour eux. Cette configuration est encouragée par le secteur agro-alimentaire et de la grande distribution. Au lieu de bloquer les routes et de gêner les citoyens, les tracteurs devraient faire le siège des supermarchés comme Aldi, responsables d’une course aux prix les plus bas et aux profits."

Les agriculteurs se plaignent d'un excès de contraintes administratives, mais certains contrôles ont été facilités. "Lorsqu’on reçoit des subsides surtout à une telle échelle, cela suppose des contrôles, donc de l’administratif. C’est logique. Le contrôle par satellite, lui, est en réalité une simplification pour les agriculteurs. Exemple : un fermier doit semer son couvert végétal pour le 11 novembre. Le 8, le satellite constate que ce n’est pas fait. Un sms prévient l’exploitant que le satellite repassera le 11, avec une sanction à la clé cette fois. Avant, l’agriculteur devait envoyer lui-même la preuve avec des photos quadrillées qu’il coloriait. Et les contrôles étaient aléatoires. Désormais, ils sont systématiques mais simplifiés. (...) "Toutes ces mesures n’ont pas été décidées sans concertation avec le monde agricole. Les syndicats étaient autour de la table pour les négocier et aujourd’hui ils sont dans la rue pour dénoncer ce qu’ils ont négocié. (...) Si vous consultez le registre des lobbies européens, vous verrez que la Copa-Cogeca, qui regroupe les principales organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, est dans les bureaux de la DG Agri de la Commission tous les jours. La politique agricole commune (PAC) a pris un an de retard à cause des négociations."

Philippe Baret rappelle que le patron du grand syndicat FNSEA en France est le président du conseil d’administration du groupe Avril (Ndlr : qui est le numéro 1 des huiles alimentaires, comme Puget, Lesieur, et qui compte des filiales dans 18 pays). L'agronome est "inquiet du rôle simpliste que ces grands syndicats jouent par rapport à la mue indispensable du monde agricole". Selon lui, les grands syndicats agricoles mènent "un combat d’arrière-garde pour maintenir le vieux monde. Ce n’est pas représentatif de l’ensemble des agriculteurs. Ce n’est qu’une partie des agriculteurs qu’on retrouve sur les barrages routiers et dans la rue. La transition du modèle du passé vers le modèle de demain est inévitable. Ce n’est pas qu’une question écologique. C’est avant tout une question de système agricole. Les agriculteurs eux-mêmes sont les premières victimes du changement climatique, du manque d’eau… Ils savent depuis le début des années 2000 qu’il va falloir changer. Mais voilà, on a procrastiné et aujourd’hui la transition fait plus mal. Il y a sûrement des choses à négocier et à revoir. Mais ce qui m’inquiète le plus avec ces mouvements d’agriculteurs, c’est de savoir si ces manifestants ont un projet au-delà de la grogne et sont-ils vraiment dans l’optique de changer ?"
"On est dans le populisme tel que le définit l’historien Pierre Rosanvallon. (...) Pour lui, le populisme c’est la politique négative : on râle, on critique, mais on ne propose rien ou presque. Or le mouvement agricole tel que je le vois aujourd’hui dans les rues ne me semble pas avoir, jusqu’ici, de proposition à faire pour l’avenir. Il est juste dans la grogne – trop d’administratif, pas assez de revenus… –, sans aucun projet.

(1) par Thierry Denoël, 27.1.2024.
https://www.levif.be/societe/environnement/agriculture/agriculteurs-au-lieu-de-bloquer-les-routes-ils-devraient-faire-le-siege-daldi/

vendredi 26 janvier 2024

Changer de culture(s)

L'agriculture, en soi, ne va pas mal. Elle produit... Ce sont les agriculteurs (et la terre) qui vont mal. En tout cas, beaucoup d'entre eux. Certains, gros bonnets de l'agro-industrie, ont des revenus très confortables quand la plupart des autres ne parviennent pas à se dégager un salaire décent tout en travaillant six ou sept jours sur sept.
Le problème est ancien et a déjà suscité de nombreuses crises. Depuis longtemps, le secteur - largement subventionné - aurait dû remettre en question son fonctionnement (1). Il n'en est rien. Au contraire. Les syndicats agricoles majoritaires refusent de reconsidérer un système qui a montré ses limites, sinon sa folie, celle d'une agro-industrie de conception libérale qui continue à pousser ses travailleurs vers des monocultures en étendant toujours plus leurs superficies, en s'équipant toujours plus et en empoisonnant la terre sous prétexte de produire plus. Nourrir l'humanité n'a pas de prix. Sauf celui de leurs produits, achetés parfois en dessous de leur prix de revient par le secteur de la grande distribution et revendus avec des  « marges qui ne permettent pas une juste répartition de la richesse ». Un éleveur laitier du Nord dénonce « l’agro-industrie qui bénéficie de marges garanties quand nous, on doit répercuter la hausse des prix du gazole, de l’eau, du soja et du matériel » (2). Vincent Delobel,  jeune éleveur belge, constate que "l’agro-industrie augmente ses marges alors que les prix d’achat aux agriculteurs ne montent pas" (3). La majorité des consommateurs ne prête pas beaucoup d'intérêt au sort des agriculteurs. "On a habitué les Français à se nourrir pour pas cher. Ils ont oublié la valeur de leur alimentation, peste un agriculteur (2). Payer quelques centimes de plus leur semble insurmontable, alors qu’ils achètent des chaussures à 150 euros et des abonnements téléphoniques hors de prix. »  

« On marche sur la tête, estime un agriculteur. C’est tout le modèle agricole actuel qu’il faut changer. » (2) Mais la FNSEA, le syndicat agricole largement majoritaire en France, ne fait que le conforter, ce modèle. Pas l'ombre d'une autocritique sur "ce vaste merdier" qu'est devenue l'agriculture", pour reprendre le titre d'un livre du journaliste Fabrice Nicolino. Xavier Beulin a présidé la FNSEA de 2010 jusqu'à sa mort en 2017. Il était président du conseil d'administration du groupe Avril2 (anciennement Sofiprotéol), groupe agroindustriel international (chiffre d'affaires 7 milliards d'euros en 2013) de la filière oléagineuse et protéagineuse. Wikipedia le présente comme "homme d'affaires, actionnaire, administrateur, lobbyiste, syndicaliste, industriel, financier". Comment un tel personnage aurait-il pu faire sortir l'agriculture française de sa folie productiviste ? Il y avait des intérêts totalement opposés. La FNSEA est le seul syndicat à pousser ses adhérents dans le mur. Depuis une éternité, tous les ministres français de l'Agriculture ont mené des politiques voulues par la FNSEA.
On comprend la colère des agriculteurs qui travaillent comme des forçats pour des revenus misérables, mais il est urgentissime que l'agriculture dite traditionnelle (paradoxalement, il s'agit de celle qui n'a plus grand-chose à voir avec les traditions) change radicalement ses pratiques. 

La Confédération paysanne, syndicat agricole d'une tout autre approche, affirme sa solidarité avec les mouvements actuels et estime que "la colère exprimée est légitime, tant le problème de la rémunération du travail paysan est profond". Elle appelle "à se mobiliser et à porter des solutions durables de sortie de crise et de système".  Son  mot d'ordre : « Un revenu digne pour tous les paysans et paysannes » et « Rompre avec le libre-échange ». Elle constate que "l'agriculture française tourne en rond depuis des décennies derrière la sacro-sainte « compétitivité » chère à l'agrobusiness et aux marchés mondialisés. Résultat : un plan de licenciement massif dramatique qui tue nos campagnes".
La Confédération paysanne demande "d'urgence une loi interdisant tout prix agricole en-dessous de nos prix de revient et la fin immédiate des négociations d'accord de libre-échange".
"Les gouvernements successifs et la FNSEA ont mené conjointement l'agriculture dans l'impasse actuelle d'un système économique ultralibéral, inéquitable et destructeur. Nous alerterons nos collègues sur le mirage de la « suppression des normes » et celui du « complément de revenu » par la production d'énergies." La Confédération estime qu'une simplification administrative est nécessaire, mais qu'il ne faut pas se tromper de cible. "La demande de la majorité des agriculteurs et agricultrices qui manifestent est bien celle de vivre dignement de leur métier, pas de nier les enjeux de santé et de climat ou de rogner encore davantage sur nos maigres droits sociaux." (...)  "Ce dont nous avons besoin, c'est de s'attaquer aux racines du problème en offrant plus de protection sociale et économique aux agricultrices et agriculteurs."
Ses demandes : "Instauration de prix garantis pour nos produits agricoles, mise en place de prix minimum d'entrée sur le territoire national, accompagnement économique à la transition agroécologique à la hauteur des enjeux, priorité à l'installation face à l'agrandissement, arrêt de l'artificialisation des terres agricoles". C'est à ces conditions que le monde agricole sortira du marasme dans lequel il (s')est plongé. (4)

Comme toujours, pour beaucoup d'agriculteurs en colère, le coupable est tout trouvé : c'est la faute de l'Union européenne et de ses frontières ouvertes. L'extrême droite nationaliste, en France comme en Allemagne, espère récupérer ce ras-le-bol et répète sa haine de l'Europe. Alors que c'est précisément plus d'Europe qui sauvera l'agriculture, plus d'harmonisation des règles et des législations. Où était le président du Front du Rassemblement national quand était discutée la PAC ?  Aujourd'hui, il se balade de ferme en ferme avec ses belles bottes. Il cause, il pérore, il parade. Bien plus qu'au Parlement européen où  il a toujours brillé par son absence (*). Une tradition dans la famille  Le Pen.

Les maires, quasiment tous, soutiennent sans condition le combat des agriculteurs. Même ceux qui ont refusé un label bio dont peut se targuer leur commune. Même ceux qui s'opposent à la loi ZAN qui entend interdire de nouvelles artificialisations des sols au détriment des terres agricoles.

Les agriculteurs se plaignent d'un excès de règlementations à devoir respecter, notamment dans le domaine environnemental. Ils souffrent, c'est indéniable, des dommages causés par le dérèglement climatique. Dont ils sont aussi responsables. Pour que soit visible leur colère, certains brûlent des pneus. C'est le cas ici tout près, en Haute-Vienne,  vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec l'aide d'un garagiste si content de s'en débarrasser. Quel est le message ? L'environnement, on l'emmerde ? Ça, ça fait longtemps qu'on l'avait compris. Oui, "c’est tout le modèle agricole actuel qu’il faut changer". Et sa culture. Dans tous les sens du terme.

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2013/10/fort-minables.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/09/adieu-veaux-vaches-cochons.htmlhttps://moeursethumeurs.blogspot.com/2014/11/basse-cour.html
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/01/25/sur-les-barrages-des-agriculteurs-on-marche-totalement-sur-la-tete-c-est-tout-le-modele-agricole-actuel-qu-il-faut-changer_6212867_3234.html
(3) https://www.lavenir.net/regions/wallonie-picarde/2024/01/26/vincent-delobel-eleveur-a-havinnes-lagro-industrie-augmente-ses-marges-alors-que-les-prix-dachat-aux-agriculteurs-ne-montent-pas-U5TO5GIKNZAVBLUQVBPP6G63VI/
(4) https://confederationpaysanne.fr/actu.php?id=14096
(*) "La vocation de Jordan n'est pas d'être toujours à user ses fonds de pantalon sur les bancs de l'hémicycle. Il a rendez-vous avec l'Histoire prochainement ou dans quelques années, quelques décennies." Propos de l'eurodéputée RN Mathilde Androuët, excusant l'absentéisme de Bardella au Parlment européen (France 2, 18.1.2024). Faut-il en rire ou en pleurer ?


vendredi 12 janvier 2024

Hors sol

Les panneaux d'entrée de très nombreuses communes de France ont été retournés. La FNSEA, le tout puissant syndicat agricole, veut ainsi indiquer que "on marche sur la tête", critiquant les règles qui tentent de pousser l'agriculture vers une gestion plus respectueuse et plus durable de la terre. L'agro-industrie refuse de se remettre en question.
Le Pas-de-Calais est sous eau depuis plusieurs semaines. Les sols n'absorbent plus les pluies abondantes qui, emportant les terres, s'écoulent vers les vallées sans être retenues par des fossés, des arbres ou des haies. L'agriculture intensive les a fait disparaître, transformant les champs en déserts.
Oui, "on" marche sur la tête.


samedi 13 mai 2023

Des haies et des hommes

Dans la série "Ce monde marche sur la tête", parlons des haies. Voilà des années, des décennies sans doute, qu'on nous appelle à les respecter, qu'on nous vante leurs multiples qualités et que les pouvoirs publics réinvestissent pour soutenir leurs replantations. On serait donc amené à croire qu'il y en a de plus en plus. On se trompe totalement.
Depuis 1950, la France a éliminé 70 % de ses haies, soit 1,4 million de kilomètres de végétation détruite. Et la destruction se poursuit allègrement. L’arrachage de haies a beau être interdite par la PAC depuis 2015, selon un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), indique le Huffingtonpost (1), la France perd en moyenne, depuis 2017, 23.500 km de haies par an, deux fois plus que ce que l’on arrachait il y a dix ans.
Or la haie est un excellent moyen de lutter contre la sécheresse. « La haie permet de retenir l’eau et de la faire pénétrer dans les sols, jusqu’aux nappes phréatiques, plutôt que de la laisser ruisseler sur les terrains et provoquer de l’érosion », indique Luc Abbadie, écologue. Plantées perpendiculairement aux pentes, elles limitent à la fois les risques de crues et de sécheresse. Elles permettent aux troupeaux de s'abriter du vent, du soleil et de la pluie, elles favorisent la biodiversité, réduisent les extrêmes de températures et permettent de stocker du CO2. "Dans les vignes, les haies sont efficaces pour couper les vents caniculaires du sud, qui viennent brûler les feuillages des cultures », constate Sylvie Monier, agronome et directrice de la Mission haies Auvergne-Rhône-Alpes. Les arracher tient donc d'une rare bêtise. C'est pourtant ce que continuent à faire quantité d'agriculteurs parce qu'elles occupent de la place sur leurs terres et diminuent ainsi les rendements. L'élimination des haies a longtemps été vue comme un signe de modernité. Mais cette modernité-là est aujourd'hui totalement ringarde et inadaptée aux aléas climatiques que nous connaissons à présent.
En 2021, le gouvernement  français a lancé un programme de replantation de haies » et investi 50 millions d’euros pour aider les agriculteurs à planter 7.000 km de haies sur la période 2021-2022. Et chaque année, 23.500 km de haies disparaissent...

(1) https://www.huffingtonpost.fr/environnement/video/le-nombre-de-haies-degringole-en-france-et-c-est-un-mauvais-choix-face-au-changement-climatique_217180.html





mardi 4 avril 2023

Machine arriérée

Le parti présidentiel en France s'appelait En Marche. Il s'appelle à présent Renaissance. Qu'est-ce qui est en marche, qu'est-ce qui renait, sinon le vieux système ? Celui-là même qui a détruit la planète et nous a envoyés dans le mur.
Le Ministre de l'Agriculture défend les pesticides. Selon Le Monde (1), il a demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments, de l’environnement et du travail (l'Anses) de revenir sur l’interdiction, décidée par celle-ci, d’un herbicide majeur, le S-métolachlore, responsable d’une pollution quasi généralisée des nappes phréatiques. Cet herbicide, très utilisé sur le maïs, le tournesol et le soja, pollue les eaux souterraines et l’eau de distribution. "En 2021, selon les chiffres officiels, près de 3,5 millions de Français ont reçu au robinet une eau non conforme aux critères de qualité alors en vigueur, pour cause de présence d’un métabolite de ce pesticide au-delà du seuil réglementaire de 0,1 microgramme par litre." Le S-métolachlore est classé cancérogène suspecté. 
De son côté, le Secrétaire d'Etat à la Mer est fier d'annoncer que, grâce à son intervention, la Commission européenne a renoncé à son plan : le chalutage de fond dans les aires marines protégées ne sera finalement pas interdit d’ici à 2030. "La mesure, explique Le Monde (2) visait à protéger poissons, coquillages et crustacés mais aussi des tortues et oiseaux marins menacés par l’usage d’engins de fond mobiles (chaluts, dragues, palangres, casiers…), dans des aires qui devraient couvrir jusqu’à 30 % des eaux européennes en 2030. Bruxelles dénonçait une pêche très gourmande en carburant et forte émettrice de CO2, qui, en raclant les fonds, détruit des écosystèmes constituant eux-mêmes des puits de carbone, fragilise les populations de poissons qui s’y abritent et s’y reproduisent, et favorise des prises accidentelles « disproportionnées » faute de sélectivité. La Commission demandait alors aux Etats membres de prévoir d’adopter des mesures pour « éliminer progressivement » cette pêche controversée." Mais les pêcheurs français n'en voulaient pas (au point de brûler quantité de pneus devant l'Office français de la biodiversité à Brest - tout un symbole !) et le gouvernement leur a donné raison.
Quant au président Macron, tout en nous invitant à économiser l'eau, il relance la filière nucléaire, grande consommatrice d'eau.
Quelques exemples parmi beaucoup (trop) d'autres. Avec Renaissance, c'est machine arrière et même arriérée. 

Ceux qui se battent pour des mesures de protection de l'environnement et de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique sont aujourd'hui taxés d'écoterroristes. 
Comment qualifier ceux qui font vivre  ce vieux système nuisible à la vie et participent activement à l'augmentation de ce réchauffement ? Agroterroristes ? Conservatoterroristes ? Capitaloterroristes ? Cynicoterroristes ?

"J'ai compris (...) que nous nous trouvions précisément au point tournant d'une époque. La preuve, on déployait maintenant l'énergie du désespoir pour salir la lutte écologiste, accusant les citoyens mobilisés d'encenser ces voyous, ces terroristes environnementaux."
Gabrielle Filteau-Chiba, "Bivouac", Stock, 2023.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/31/pesticides-la-volonte-du-ministre-de-l-agriculture-de-revenir-sur-l-interdiction-du-s-metolachlore-suscite-un-tolle_6167798_3244.html
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/04/03/chalutage-de-fond-les-pecheurs-francais-ont-gagne-a-bruxelles-la-technique-est-maintenue_6168040_3234.html

samedi 11 février 2023

Les pesticides tuent

Paul François, céréalier charentais, a failli mourir deux fois.
Une première fois en avril 2004 après avoir inhalé une puissante bouffée de pesticide. Conséquences : d'énormes problèmes de santé et de fréquents séjours à l'hôpital. Il a déposé plainte contre Monsanto et gagné son procès (1). Entretemps, il a créé l'association Phyto-Victimes qui vient en aide aux paysans victimes de pesticides.
Deuxième risque de mort pour Paul François le 30 janvier dernier : trois brutes cagoulées l'ont agressé violemment à son domicile. «Il a été frappé et ligoté par trois personnes dans son garage à Bernac, au nord d'Angoulême», a déclaré son avocat Me François Lafforgue. "Si ce dernier, écrit Le Figaro (2), ne se prononce pas à ce stade sur les raisons de cette attaque, il précise cependant ce que les agresseurs ont dit à son client : «On en a marre de t'entendre et de voir ta gueule à la télé». Des propos entendus par la sœur de l'agriculteur qui était au téléphone avec lui." Ses agresseurs l'ont attaqué avec un objet tranchant et ont tenté de lui administrer un produit.
L'association Phyto-Victimes parle d'une tentative d'assassinat (3). "Même si on ne sait rien des agresseurs, on ne peut pas s'empêcher de faire le lien avec le combat que Paul François a mené contre Monsanto", affirme Antoine Lambert, qui a succédé à Paul François à la présidence de Phyto-victimes.

On se dit alors que la série Jeux d'influence n'est pas une fiction. Sa première saison était précisément inspirée de l'histoire de Paul François. La deuxième, récemment diffusée sur Arte (4), démontre la collusion entre le monde agricole dit traditionnel et le politique, mais aussi la violence dont peut faire preuve le secteur des pesticides contre qui ose se mettre en travers de sa route. C'est un euphémisme de dire que les méthodes mafieuses ne le rebutent pas

L'agression dont vient d'être victime Paul François confirme que son combat - qui visiblement dérange les intérêts financiers de gens sans foi ni loi - est juste et nécessaire. 
Le premier qui dit la vérité /
il doit être exécuté...

Post-scriptum 
Les élus écologistes sont-ils les seuls à s'indigner ? (5)
Tous les élus, toutes familles politiques confondues, devraient affirmer haut et fort leur soutien à Paul François et leur condamnation de cette agression ignoble. Et le Ministre de l'Agriculture le premier.

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/04/nouveau-coup-de-david-goliath.html
(2) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-paysan-paul-francois-vainqueur-contre-monsanto-agresse-chez-lui-20230210
https://www.liberation.fr/environnement/agriculture/on-en-a-marre-de-tentendre-paul-francois-le-paysan-contre-monsanto-agresse-a-domicile-20230210_MBP47WIJ6NE4NPA7KAMKWBHBFQ/
(3) https://www.phyto-victimes.fr/tout-notre-soutien-a-paul-francois-ancien-president-de-phyto-victimes/
(4) https://www.arte.tv/fr/videos/RC-021142/jeux-d-influence/
(5) https://www.huffingtonpost.fr/environnement/article/l-agression-de-paul-francois-l-agriculteur-qui-a-fait-condamner-monsanto-suscite-la-colere-des-ecolos_213924.html
(Re)lire sur ce blog :
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/07/le-cynisme-un-nom.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2020/02/une-autre-agriculture.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/01/nourrir-la-communaute.html

jeudi 2 juin 2022

L'urgence (à partir en vacances)

La planète va mal ? Ben, nous aussi.
Dans un dossier intitulé "Une saison en enfer", le Courrier international de ce jour explique que les tempêtes de sable étouffent les pays du Moyen-Orient, que les Pakistanais meurent de chaleur, que la Sibérie est dévorée par les flammes, que les Etats-Unis connaissent la pire sécheresse depuis douze siècles, que la famine guette la Corne de l'Afrique

Partout, les agriculteurs s'inquiètent des sécheresses qui se répètent. Les nappes d'eau sont beaucoup trop basses pour la saison. Les niveaux des rivières aussi. Vingt-quatre départements de France métropolitaine sont déjà soumis à des restrictions d'eau.
En Belgique (1), un agriculteur dit conventionnel estime que plusieurs de ses cultures sont en péril : haricots, épinards, carottes. Ses céréales s'en sortent, mais avec moins de rendement. Les betteraves poussent mieux. Mais il est obligé de faire des choix dans les arrosages et pense essayer des cultures plus méridionales. Un agriculteur bio dit s'adapter en choisissant des variétés résistantes aux sécheresses et en effectuant des rotations longues pour éviter l'épuisement des sols et casser le cycle des maladies et des mauvaises herbes.

Les sécheresses, les incendies, les tempêtes de sable, les famines, on en connaît la cause : le réchauffement climatique qui progresse sans cesse et sans que nous ne y opposions vraiment. Au contraire.
En France, le secteur du tourisme s'en est réjoui : dix millions de Français se sont offert des vacances durant le week-end de l'Ascension. Les autoroutes étaient bondées. Les compagnies aériennes ont rajouté des vols en urgence tant la demande était importante. Que du bonheur !
Dans Le Monde Guillemette Faure (2) se moque de celles et ceux qui sont bien conscients de la nécessité de changer nos habitudes, qui "ont été parmi les premiers à s’inquiéter du réchauffement climatique, à hurler contre les 4 × 4 en ville, à acheter leurs légumes dans une AMAP, à être capables d’effectuer un détour de 500 mètres pour aller jeter leurs épluchures dans le composteur du quartier", mais qui doivent continuer à prendre l'avion. "Les voyages, c’est leur « petit plaisir », disent-ils comme des végétariens reconnaîtraient craquer occasionnellement pour un burger. Après tout, est-ce si grave de prendre l’avion pour un week-end de trois jours dans une capitale européenne quand on apporte ses sacs en papier et ses bocaux au marché pour éviter les emballages ? " Ils ont bien sûr quantité d'explications et d'excuses : "on va faire autrement bientôt, mais en attendant on s’arrange comme on peut. Il faut que tout le modèle change. On prendrait bien le train, mais les TGV sont trop chers/trop pleins."

"Le mode de temporalité qui domine à l’intérieur de nos sociétés contredit le souci écologique non seulement parce que le temps y détient le monopole de la contrainte psychique légitime, mais aussi parce qu’en parlant d’urgence écologique, on pense en homologie avec ce que l’on condamne. L’urgence met sous pression. On agit en urgence devant la violence et la mort. L’urgence s’adapte donc parfaitement à la destructivité soft du consumérisme. Elle nous grise, mais ne rend pas le monde habitable." Voilà ce qu'écrit dans Libération Hélène L’Heuillet, psychanalyste et professeure de philosophie à l’université Paris-Sorbonne (3) L’idéologie fonctionnelle nous prive aussi de notre horizon mental, en rendant attractif un mode de vie seulement machinal. Elle s’oppose à toute évaluation normative des attentes à l’égard de l’existence personnelle et collective. La seule norme comportementale devient, dans ce contexte, de «bien fonctionner». La marginalité n’est plus tant déviance que dysfonctionnement. Dans cette logique de problem solving, l’écologie n’est qu’un «problème à résoudre» ; et c’est précisément ce qui empêche sa résolution. Un monde habitable n’est pas un monde fonctionnel, mais un monde où la vie vaut la peine d’être vécue." Il faudrait parvenir à "sortir de la culture de la consommation, qui avale tout", dit-elle encore.

Et pendant ce temps, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, respecte une de ses promesses de campagne des élections régionales : il achète les anti-éoliens. La région a accordé 170.000 euros à l'association Stop Eoliennes Hauts-de-France (4). Cette somme sera utilisée pour acter en justice contre des projets éoliens. Autant en emporte le vent.  L’opposition de gauche dénonce le caractère opaque de l’association et ses accointances climatosceptiques. Le jour de la délibération, constate Le Monde, la page Facebook de Stop Eoliennes Hauts-de-France relayait une vidéo intitulée « Le GIEC vous ment ». Bertrand, lui, comme tant d'élus et tant de citoyens, se moque de la planète. Après lui les mouches. S'il en reste.

mardi 17 mai 2022

Manque d'eau

Les nappes phréatiques sont basses, très basses. Le déficit hydrique est important.
Il fait chaud. On arrose les cultures. Comme ici, en Vienne, avec cet arrosoir qui doit faire deux cents mètres de long et projette de l'eau sur la route autant que sur les champs. Nous sommes invités à économiser l'eau et l'agriculture à changer de pratiques.
Depuis le 12 mai 2022, la Vienne, comme quatorze autres départements, est en alerte sécheresse et concerné par un arrêté préfectoral limitant certains usages de l'eau.
Le message semble mal passé.


 Photo prise le 16 mai vers 19h30 à proximité de la route entre Le Dorat (87) et Le Blanc (36)

vendredi 23 octobre 2020

Monsanto condamné

 Deux bonnes nouvelles sur le front des pesticides. Ne boudons pas notre plaisir en ces temps si gris.

Paul François, cet agriculteur charentais (1) qui avait été gravement intoxiqué en 2004 par l'herbicide Lasso, avait, trois ans plus tard, attaqué en justice Monsanto pour “défaut d’information sur l’étiquette et non-respect du devoir de vigilance”. En 2012, il obtenait gain de cause devant le tribunal de grande instance et en 2015 devant la cour d’appel de Lyon. Mais la Cour de cassation avait cassé l’arrêt rendu par la cour d’appel et renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Lyon, autrement composée, qui a à nouveau retenu la responsabilité de Monsanto en 2019. Il y a deux jours, cette décision a été confirmée par la Cour de cassation. La responsabilité de Monsanto est donc définitivement reconnue dans cette affaire. Et cela, c'est vraiment une bonne nouvelle. Pour Paul François comme pour tous les agriculteurs victimes de ces produits miraculeux. Pour François Lafforgue, l'avocat de Paul François, « c’est une décision exemplaire qui fera date ; ça ouvre la voie à d’autres victimes des pesticides, en France, qui pourront rechercher la responsabilité des firmes à l’origine de leur intoxication ». Reste maintenant au tribunal judiciaire de Lyon à fixer les indemnités auxquelles aura droit l'agriculteur.

En Indre, un arrêté préfectoral vient de durcir les conditions de traitement aux pesticides de synthèse aux abords des cours d'eau (2). Plus question d'en épandre à moins de cinq mètres de « tous les plans d’eau permanents ou intermittents reliés ou non au réseau hydrographique figurant sur les cartes 1/25.000 de l’Institut géographique national, […] à l’exception des plans d’eau asséchés ou des erreurs manifestes de la carte ». Ce qu’on appelle les zones de non-traitement (ZNT). Une belle victoire pour Indre Nature et la Fédération de pêche. Les agriculteurs dits conventionnnels grognent. La FDSEA annonce qu'elle va « sûrement » formuler un recours contre cet arrêté. « Ils peuvent toujours essayer, affirme Jacques Lucbert, président d'Indre Nature, mais je pense que c’est un combat d’arrière-garde. Face au problème planétaire de la réduction de la biodiversité et des problèmes de qualité d’eau, continuer à se battre pour l’utilisation de pesticides est perdu d’avance. Leur disparition à long terme est inéluctable. » Pour la santé des agriculteurs eux-mêmes, leur abandon serait salutaire. 

(1) (Re)lire sur ce blog "Nouveau coup de David à Goliath", 12.4.2019                                                    (2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/indre-un-arrete-limite-l-utilisation-des-pesticides-pres-des-cours-d-eau?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=1&pageId=57da5ce5459a4552008b469a 

 

dimanche 9 août 2020

Lassitude

Lassitude. C'est le sentiment qu'on éprouve face à l'évolution du monde. 
La xième période de canicule que nous connaissons en quelques années ne semble pas nous amener, nous et ceux qui nous gouvernent, à changer radicalement de mode de vie.
L'épouvantable drame que vient de connaître Beyrouth ne nous conduira pas à réguler drastiquement un secteur chimique extrêmement puissant, toxique et dangereux. Au contraire.
Le gouvernement français vient d'annoncer qu'il allait réautoriser l'usage des néonicotinoïdes pour sauver les betteraviers dont les plants sont attaqués par la jaunisse. "Les solutions alternatives ne sont pas satisfaisantes", disent-ils. L'agriculture intensive non plus n'est pas satisfaisante. Les apiculteurs, à juste titre, crient au scandale. Les céréaliers réclament le même droit que les betteraviers. La marche arrière (qui est en fait une marche vers l'avant) est enclenchée. La nature est priée de s'adapter à la folie et à l'inconséquence humaines.
Un peu partout, en France comme en Belgique, on voit des supermarchés devenir plus super encore, étendant leur superficie. Et aussi celle de leurs parkings, le plus souvent en macadam, qui ne retient pas les eaux de pluie et renvoie la chaleur.
Nos gouvernements ont pris l'habitude de s'incliner devant le lobby des automobilistes et ne peut imaginer brider les vitesses. Sauf quand la pollution est telle que l'air, comme ces jours-ci, en devient irrespirable. On voit alors des tronçons d'autoroute limités à 70 km/h. L'intelligence voudrait qu'on limite à tout moment nos déplacements et nos vitesses. Mais quand donc nous gouvernera-t-elle?

Il est heureusement des élus qui n'entendent pas rester couchés face aux lobbies. Une série de maires se sont engagés à mettre en œuvre dans leurs villes les recommandations de la Convention citoyenne pour le climat (1). Voilà qui nous redonne (un peu d') espoir et énergie.

Note aux lecteurs de ce blog:
Blogspot a été reconfiguré. Hélas, mon ordi, conservateur, refuse de s'adapter. L'ancienne configuration reste utilisable jusqu'au 24 de ce mois. J'espère que, d'ici là, mon ordinateur se montrera  à la page.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/23/nous-prenons-l-engagement-de-mettre-en-uvre-dans-nos-villes-les-propositions-de-la-convention-citoyenne-sur-le-climat_6047012_3232.html

lundi 15 juillet 2019

La fleur au fusil

Les algues vertes prolifèrent en Bretagne plus que jamais et l'usine qui les traitait vient de fermer ses portes. En cause: des odeurs pestitentielles et des risques exrêmement graves pour la santé des travailleurs et des riverains (1). Le H2S, le gaz qui émane de ces algues, peut s'avérer mortel. Un jeune ostréiculteur de la baie de Morlaix en serait mort samedi dernier. Les causes de ces algues vertes sont multiples: agricultures et élevage intensifs, surpêche et réchauffement climatique.
Les sapins des Vosges sont en train de mourir de soif. 
Un peu partout, des sources se tarissent. Des étangs et des lacs se vident. Les rivières s'assèchent. Les poissons meurent, tout comme de nombreuses espèces qui perdent là leur environnement indispensable.

Pendant ce temps, la justice autorise la création d'une zone d'aménagement sur des terres agricoles au nord de Paris pour la création d'Europa City (2), "nouveau quartier de loisirs", ses pistes de ski, ses boutiques de luxe, ses jardins de cueillette, ses manèges, ses hôtels, ses fast food, ses restaurants bio, ses magasins innombrables, ses auberges de jeunesse, ses salles de spectacle, son parc aquatique. Le temps ne passe pas, nous restons coincés dans les années '60. Tout reste possible. Même les plus stupides et mortifères des projets.
Pendant ce temps, le gouvernement, si soucieux de préserver la biodiversité, envisage de relever les quotas de chasse de deux oiseaux: la tourterelle des bois, classée comme "vulnérable", et le coulis cendré, classé comme "presque menacé" (3).
Pendant ce temps, les Français achètent toujours plus de voitures. Le parc automobile français n'a jamais été aussi important: il compte aujourd'hui 34 millions de véhicules particuliers, 7 de plus qu'il y a vingt ans. 86% des ménages en sont équipés (4). Et il y a toujours plus de bouchons sur les routes des vacances. Toujours plus de vols d'avions aussi vers des destinations de rêve. Toujours plus de projets qui transforment la planète en cauchemar.

Post-scriptum: https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/16/contre-la-pollution-de-l-air-l-anses-recommande-surtout-la-reduction-du-trafic-automobile_5489775_3244.html

(1) https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/lantic-usine-traitement-algues-vertes-fermee-urgence-1695500.html
(2) https://www.la-croix.com/Economie/Europacity-justice-valide-appel-creation-zone-amenagement-2019-07-11-1301034813
(3) https://www.liberation.fr/planete/2019/07/14/deux-especes-d-oiseaux-menacees-peut-etre-bientot-chassees_1739608
(4) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/07/02/jamais-les-francais-n-ont-possede-autant-de-voitures_5484295_3234.html


jeudi 11 juillet 2019

Même les mollassons vont dans le mur

Pendant le réchauffement, les affaires continuent.
Le dérèglement climatique n'est plus contesté par personne aujourd'hui, sauf par ceux pour qui l'évolution de la planète est subordonnée au gonflement de leur portefeuille. On pourrait donc croire que tous les projets néfastes à l'environnement, à la biodiversité et au climat se sont évaporés d'eux-mêmes. Il n'en est rien. Les promoteurs d'Europa City en région parisienne rêvent toujours de leurs pistes de ski et de leur méga complexe commercial dédié à une consommation sans limite (1). Les projets d'autoroutes, d'agrandissement d'aéroports, d'élevage industriel, d'utilisation de pesticides et d'autres activités dévoreuses d'espace et pollueuses de l'air se poursuivent comme dans les années '60. Il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Le gouvernement français vient de décréter une taxe sur les billets d'avion. Elle pourrait se monter jusqu'a dix-huit euros. C'est déjà ça, peut-on se dire. Mais la taxation du kérosène n'est toujours pas plus à l'ordre du jour que la dimunition des vols.
Nous sommes en situation d'urgence et on nous propose au mieux des mesurettes.
Chaque lobby défend son (gros) bout de (très) gras, arguant qu'il n'est responsable que d'une si infime part du réchauffement. 

Les transports sont la première source de gaz à effet de serre en France: ils ont produit en 2017 30 % des émissions en équivalents CO2. Et les voitures particulières sont responsables de près d'un sixième de la contribution française au réchauffement climatique. Plus que les poids lourds. Mais le lobby de la bagnole sait qu'il peut compter sur "quarante millions d'automobilistes" qui estiment toujours que leur voiture, c'est leur liberté et que rouler (vite) est un plaisir et doit le rester.
Quand donc l'Union européenne refusera-t-elle d'homologuer de nouveaux véhicules s'ils ne sont pas réellement propres? Si c'était le cas, on veut bien prendre les paris: la recherche en la matière s'accélérerait soudain.
L'agriculture produit 19 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, la moitié venant de l'élevage. Donc de ce qui sera ensuite de la viande. Mais qui oserait remettre en question une alimentation qui reste majoritairement carnée? Et surtout le sacro-saint barbecue? Et comment justifier qu'on pourra demain importer, plus facilement encore qu'aujourd'hui, de la viande du Canada, du Brésil ou d'Argentine?

Certes, au niveau mondial, la  France ne produit que 1% des gaz à effet de serre. Loin, très loin des 28 % de la Chine ou des 15 % des Etats-Unis. Mais quel pourcentage de gaz à effet de serre nos pays importent-ils avec les produits qu'ils achètent à ces pays?
Dans leur grande majorité, les entreprises pas plus que les citoyens ne sont prêtes à changer leurs habitudes et leur fonctionnement.
On voit par là que le réchauffement est tel qu'il nous rend léthargiques.

(1) (Re)lire sur ce blog: "La cécité de la social-démocratie", 26.3.2019 et "Tant d'émotions si naturelles", 27.10.2014.
(2) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/08/voiture-industrie-viande-quelles-sont-les-causes-du-rechauffement-climatique-en-france_5486767_4355770.html

samedi 27 octobre 2018

Sacro-sainte bagnole

Que fait l'homme en cet automne qui n'en est pas un? Il se plaint. L'automobiliste trouve le prix du carburant trop cher. Et le paysan se désole de voir que ses champs ne produisent rien du fait de la sécheresse. Voilà les deux sujets qui ouvraient, l'un après l'autre, le journal de France 3 Centre - Val de Loire hier soir. Sans qu'il y ait de lien entre eux.

La colère gronde, nous dit-on, chez les automobilistes qui se voient pressés comme des citrons par le gouvernement. Ils contestent les taxes imposées sur le carburant. Même si la hausse des prix est moins le fait d'une augmentation des taxes que de celle du dollar et du prix du pétrole (1). 
Bien sûr, les gouvernements français successifs ont décidé d'augmenter les taxes sur le gasoil pour décourager l'usage de véhicules extrêmement polluants en particules fines. Et ça marche: les ventes de ces véhicules équipés de moteurs diesel s'effondrent. Mais les automobilistes sont en train de se mobiliser pour bloquer les routes et les stations-services. Bref, ils vont se mettre en grève. Espérons qu'elle dure longtemps.

On comprend mieux le désespoir des paysans face à leurs prairies et leurs champs asséchés. Les éleveurs sont obligés depuis des semaines de nourrir leur bétail avec du fourrage, faute d'herbe dans les prairies. Leurs réserves fondent à vue d'œil. Et les agriculteurs ne voient et ne verront sans doute pas pousser les céréales qu'ils ont plantées il y a des semaines. Il faut s'attendre à voir, dans les mois et même les années qui viennent, les prix agricoles flamber et les ressources des paysans diminuer. 

Mais d'où vient cette sécheresse (ces sécheresses) sinon du dérèglement climatique? Lui-même dû à nos consommations excessives et notamment à la pollution engendrées par les moteurs thermiques.
Les prix du carburant ne sont pas trop chers. Ils devraient être multipliés par trois ou quatre pour que nous changions enfin nos modes de vie. Combien n'en voit-on pas de ces personnes qui, quotidiennement,  prennent leur voiture pour faire quelques centaines de mètres parfois, un ou deux kilomètres tout au plus pour aller acheter leur journal ou leur baguette ou conduire leurs enfants à l'école? Combien encombrent les centres des villes, après avoir cherché un quart d'heure à se garer, avec des voitures-ventouses qui ne bougeront pas huit heures d'affilée? Combien laissent tourner leur moteur cinq, dix, quinze minutes, le temps de discuter avec des connaissances croisées dans la rue ou sur la place? Visiblement, le prix de l'essence n'est pas trop cher pour ces gens-là.
Il existe divers moyens de lutter contre la hausse des prix des carburants. C'est de rouler moins vite et plus souplement par souci tant économique qu'écologique. C'est aussi et surtout de prendre sa voiture individuelle de manière plus réfléchie - uniquement quand elle est indispensable (elle ne l'est pas souvent) - et de lui préférer, chaque fois que c'est possible, la marche, le vélo, les transports en commun, le co-voiturage. Encore faut-il, c'est vrai, que les pouvoirs publics mènent une politique cohérente en la matière, en rouvrant des voies, des arrêts, des lignes de bus, de tram et de chemin de fer, plutôt que d'en fermer comme c'est le cas aujourd'hui, tant en Belgique qu'en France.
A Argenton-sur-Creuse, la SNCF supprime des trains. En Wallonie, les TEC ont supprimé les bus du dimanche sur diverses lignes. Comment comprendre d'aussi stupides décisions? 

De plus en plus de villes se ferment et se fermeront aux moteurs les plus polluants. Comment faire autrement maintenant que la coupe est pleine? Mais il faudra bien aller plus loin.
Il y a quarante-cinq ans, c'était la première crise pétrolière. Les prix du pétrole avaient flambé et nos gouvernements avaient décrété les dimanches sans voiture. C'était l'heureux temps où les réseaux dits sociaux n'existaient pas et où les grognons se fédéraient plus difficilement. N'empêche qu'il y eut beaucoup de mécontents, fâchés de ne pouvoir aller en voiture à la pêche ou manger chez maman le dimanche midi. Mais il y eut aussi d'innombrables bienheureux, profitant du silence retrouvé le temps d'une journée et des espaces disponibles pour les tricycles, les vélos et les chevaux. Il faudra bien réfléchir, d'urgence, à des mesures de ce type si on veut éviter la catastrophe. Ou en tout cas l'amoindrir.

Vouloir un pétrole, une essence, un diesel bon marché est non seulement un "combat" d'arrière-garde, mais bien plus une attitude suicidaire. On sait depuis longtemps que les prix du pétrole, qui ont fait du yoyo un moment, sont appelés à s'élever inexorablement. Et notre planète ne peut souffrir plus longtemps des excès qui sont les nôtres. On sait que les véhicules individuels à moteur thermique sont condamnés à brève échéance. Et quoi qu'en pensent la Le Pen et le Dupont-Aignant (qui retrouvent une raison d'exister en soutenant les râleurs), ce sont des mesures fortes de lutte contre tous les facteurs qui participent au dérèglement climatique qui devraient être prises. Elles ne seront sans doute pas populaires. C'est pourquoi aucun élu, s'il veut le rester, n'ose les prendre. Mais nous n'y échapperons pas, un jour à l'autre, parce que le mur s'approche. Celui contre lequel nous buterons tous si nous n'acceptons pas de sortir de ce confort égoïste et destructeur dans lequel nous baignons encore. Mais plus pour bien longtemps.
Un climat rééquilibré sera tout bénéfice pour l'environnement, pour l'agriculture et donc pour nous-mêmes.

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/26/les-taxes-ne-sont-pas-la-premiere-cause-de-la-flambee-du-prix-de-l-essence-et-du-diesel_5375162_4355770.html


mercredi 24 octobre 2018

Un ministre analphabète

La France n'a visiblement pas gagné au change avec son nouveau Ministre de l'Agriculture. Didier Guillaume estime que "c'est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu'il y a des conséquences à l'usage des pesticides ou pas". Apparemment, il n'a pas encore découvert son nouveau domaine d'activité et ignore que des dizaines d'études ont déjà été effectuées à ce sujet et qu'elles s'accordent à affirmer le lien entre exposition aux pesticides d'une part et maladies humaines et perturbation de la bodiversité de l'autre.

Et certaines de ces études remontent à plus de cinquante ans. Dans Silent Spring, la biologiste américaine Rachel Carson dénonçait l'impact des pesticides. C'était en 1962. "Pour la première fois dans l'histoire du monde, l'homme vit au contact de produits toxiques, depuis sa conception jusqu'à sa mort." Avant de publier ce livre, elle l'avait fait relire par des sommités scientifiques, ce qui lui permettait d'affirmer que les pesticides de synthèse, au premier rang desquels le DDT, s'attaquent au vivant: insectes, oiseaux, humains. Et que le DDT est sans le moindre doute cancérogène. Il faudra attendre neuf ans pour qu'il soit interdit en France. Et aujourd'hui encore on en trouve des traces dans nos corps.
En 1963, l'ingénieur chimiste français Roger Heim - alors directeur du Muséum d'Histoire naturelle et un des fondateurs de l'Union internationale pour la Conservation de la Nature - s'indignait: "on arrête les gangsters, on tire sur les auteurs de hold-up, on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prétendus tels -, mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leur profit et à leurs imprudences?"
A moins d'être sourd et aveugle ou de se mettre la tête dans le sable, on connaît donc depuis des décennies le danger des pesticides de synthèse.
Ce qui n'empêchera pas l'industrie chimique de continuer à mettre sur le marché de plus en plus de produits extrêmement toxiques que les syndicats et les chambres d'agriculture présenteront comme autant de produits miracles pour la production agricole et sur lesquels se jetteront les agriculteurs comme la faim sur le monde. Certains d'entre eux mourront de ces miracles assassins.
Dans un rapport de 2010, l'Inra (Institut national de la Recherche agronomique), qui a longtemps soutenu divers pesticides, s'étonne: "L'autorisation d'utilisation du Curlone (note: un des noms commerciaux du chlordécone, insecticide mis au point en 1951) est surprenante. Comment la Commission des toxiques a-t-elle pu ignorer les signaux d'alerte  mentionnés précédemment: les données sur les risques avérés publiées dans de nombreux rapports aux Etats-Unis, le classement du chlordécone dans le groupe des cancérogènes potentiels, les données sur l'accumulation de cette molécule dans l'environnement aux Antilles françaises?"
Le chlordécone avait été interdit en France dès le début des années '90, mais avec des dérogations successives qui ont chaque fois prolongé les autorisations d'utilisation. Et donc de pollution. Ce qui amène Fabrice Nicolino à dire que "les bananeraies des Antilles et bien au-delà sont pourries pour des centaines d'années. Ce poison mettra en effet des siècles à se dégrader, tant est grande sa stabilité. Les Antillais détiennent le record mondial du cancer de la prostate - effet documenté de l'exposition au chlordécone -, et la région connaît des formes atypiques de la maladie de Parkinson." (1)

En 2003, le rapport de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) constatait que les pesticides favorisent les leucémies, les tumeurs cérébrales, la maladie de Parkinson, celle d'Alzheimer et d'autres encore. Ils affectent aussi la santé mentale (troubles anxieux et dépressifs), ce qui (c'est le rapport qui l'affirme) "pourrait, dans une certaine mesure, contribuer à expliquer les excès de suicides en milieu agricole observés dans de nombreux pays".
De son côté, Santé publique France mène actuellement une étude "sur l'imprégnation par les pesticides sur 2000 adultes et 1000 enfants". Les résultats ne sont pas encore connus, mais "nous avons déjà constaté, dit le directeur du département Santé environnement, une surexposition des femmes enceintes  par rapport à d'autres pays, notamment par les pyréthrinoïdes, qui sont des insecticides domestiques" (2).
Le journal Le Monde, dans son édition du 17 septembre 2018, a publié une enquête effrayante de Nathaniel Herzberg qui nous apprend que nous faisons face à une poussée sans précédent de champignons dangereux. Certains diminuent les récoltes de blé de 20% et en profitent pour tuer autant d'humains que la tuberculose. "L'industrie des pesticides fait des fortunes depuis des lustres, écrit Fabrice Nicolino, en vendant des antifongiques à tout-va. En provoquant au passage des phénomènes de résistance inouïs: les champigons finissent par muter et deviennent indestructibles. La faute à des traitements pesticides de plus en plus fous. Cet été, dans les vignes du sud, on a traité de 15 à 17 fois successives, contre 11 fois en moyenne. Le pesticide n'est pas la solution, mais le problème." (3) Les pesticides sont censés lutter contre la peste. Ils l'apportent et la développent.

Mais le nouveau ministre français de l'agriculture a des doutes. Il attend, les yeux fermés et les mains sur les oreilles, des preuves scientifiques. Combien de rapports lui faudra-t-il encore? Combien de malades, combien de morts? 
En attendant, signez et appelez à signer - si ce n'est déjà fait - l'appel "Nous voulons des coquelicots": 

(1) Toutes ces informations sont tirées de "Nous voulons des coquelicots", Fabrice Nicolino et François Veillerette, éd. Les Liens qui libèrent, 2018.
(2) Antonio Fischetti, "Les pesticides, la vraie peste", Charlie Hebdo, 19.9.2018.
(2) Fabrice Nicolino, "Le glyphosate - Il attaque aussi les abeilles", Charlie Hebdo, 3.10.2018.

(Re)lire sur ce blog:
- "Nous voulons des coquelicots", 15.9.2018;
- "La peste soit des pesticides", 7.10.2018;
- "Ma terre dolorosa", 13.2.2018.