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vendredi 7 juin 2013

Esprit, es-tu là?

La révocation, décidée hier par le Gouvernement wallon, de Philippe Mettens de sa fonction de bourgmestre de Flobecq ne manque pas d'intérêt. Il ne peut exercer cette fonction en même temps que celle de patron de la Politique scientifique fédérale. Sa commune ne compte quelque trois mille habitants, souligne-t-il. Sa gestion ne peut être comparée à celle d'une ville.
Des journalistes font remarquer l'iniquité de la décision. Ainsi Paul Piret (1) se demande "que pèsent le cumul du Flobecquois et ses risques face à des situations bien plus problématiques quoique intouchables? Les bourgmestres soi-disant empêchés parce que ministres ne pourront pas nous démentir", écrit-il. "Ni tel sénateur, président de parti et maïeur de la ville wallonne la plus peuplée..."
Prenons un exemple (au hasard, bien sûr): Rudy Demotte, après avoir été une douzaine d'années bourgmestre empêché de Flobecq, est maintenant bourgmestre en titre de Tournai. On appréciera la nuance: il entend bien signifier qu'il n'est en rien empêché, que ce titre il l'a et le garde. Tout double ministre-président qu'il soit, de la Région wallon et de la Communauté française, il s'occupe de mille affaires tournaisiennes, préside quantité de réunions communales, a installé son bureau de bourgmestre à l'hôtel de ville de Tournai, prend quotidiennement des décisions pour sa ville. En un mot comme en cent, il est bourgmestre et ne laissera personne lui contester et cette place et ce titre. D'ailleurs, à Tournai, il n'y a pas de bourgmestre faisant fonction, mais un échevin délégué à la fonction maïorale qui peut et même doit - monter au front sur les sujets délicats et impopulaires.
Philippe Mettens a beau jeu de dénoncer l'hypocrisie de ceux qui devraient, les premiers,  appliquer des règles utiles, censées éviter les conflits d'intérêt, mais qui les détournent outrageusement.
On voit par là que certains savent faire appliquer la loi à la lettre pour d'autres, mais refusent d'en appliquer eux-mêmes l'esprit. 

(1)"Mettens saqué, l'histoire pas bouclée", LLB, 7 juin 2013.

vendredi 22 février 2013

Vu du donjon

Il était une fois un marquisat où la vie était bien tranquille. Le marquis qui le régentait en avait pris, sans devoir batailler, le fief principal. Les bourgeois en chemise lui en avaient remis les clés dès qu'il s'était présenté aux portes de la ville. Les échevins et les prévôts étendaient au sol leur cape sur son passage pour lui éviter les passages boueux et les ornières pavées. Il avait imposé la paix des braves dans l'ensemble du marquisat. Les années s'annonçaient ronronnantes. Les sujets étaient presque réjouis.
Or voici qu'un baronnet nouveau qui aimait en découdre voulut faire de sa ville nouvellement conquise le fief de sa baronnie, celle du Val de Dendre. "Ralliez-vous à mon panache jaune et mauve", clama-t-il, "le marquisat nous ignore, nous les petits, nous les obscurs, nous les sans-grade". Le chevalier d'une bourgade campagnarde le soutint aussitôt. Il avait été l'écuyer du Marquis et l'écuage lui avait été pénible. Aussi ne dédaignait-il pas de lui tailler des croupières, en divisant en deux son marquisat.
Le Grand Sénéchal s'offusqua, en appelant à l'union sacrée du marquisat. "Il faut le garder en l'Etat, disait-il, sous la coupe de notre seul suzerain. Je serai plutôt de Motte que de Val. Le marquis est notre petit prince. Nous ne voulons pas de baronnies."
Mais d'autres chevaliers déjà prenaient fait et cause pour le baronnet.
Le feu couvait.

voir
www.rtl.be/info/belgique/societe/982526/le-bourgmestre-d-ath-met-le-feu-au-ps-en-wallonie-picarde
www.lavenir.net/article/detail.aspxarticleid=DMF20130221_00272084&postcode=7800

mardi 5 février 2013

Insatiables

C'est plus fort qu'eux. Ils ne peuvent s'en empêcher. Ils sont insatiables. Un mandat ne leur suffit pas. Deux est un minimum. Et s'ils peuvent en avoir plus, c'est mieux encore. Qui les prendrait au sérieux, qui les reconnaîtrait comme des gens de pouvoir s'ils ne détenaient plusieurs mandats? Mais qu'on se rassure, ce n'est pas la soif de pouvoir qui les guide, c'est le bien de leur chère commune. Une commune sait que si elle est dirigée par un ministre, même soi disant empêché, ou au moins par un parlementaire, elle profitera de la manne céleste.
Paul Magnette, cet homme nouveau, est une bénédiction pour Charleroi qui revient de loin. C'est l'homme providentiel. Il avait été clair avant les élections: s'il devenait bourgmestre, il quitterait son poste de ministre. Charleroi mérite bien un bourgmestre qui s'engage pour son redressement. Il l'a fait, il a démissionné du Gouvernement fédéral, mais pour aussitôt redevenir aussi sénateur et, en plus, président du Ps. Ce qui, on en convient, n'est pas une sinécure. Ses échevins doivent, eux, exercer leur fonction à temps plein. Et sa partenaire CDH, Véronique Salvi, a été priée d'en faire autant: elle a dû quitter son siège de députée wallonne pour devenir échevine à temps plein. "Paul Magnette avait bien fait figurer ce décumul dans les exigences posées à l'entrée du CDH au sein de la tripartite carolo", écrit LLB (1). Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Il est vrai que les grands hommes ont des droits que n'ont pas les plus petits.
A Flobecq, le sémillant bourgmestre Philippe Mettens ne peut cumuler cette fonction avec celle de haut fonctionnaire. Il est directeur de la Politique scientifique fédérale. Mais il refuse de choisir. Ce à quoi l'oblige pourtant le décret "bonne gouvernance" adopté par le Parlement wallon en octobre 2010. Ses concitoyens l'ont élu, explique-t-il, il se doit donc assumer son rôle de maïeur. Faut-il croire qu'il ignorait l'existence de ce décret avant de se présenter aux élections? Les électeurs ont bon dos. 
A Ans, le bourgmestre Stéphane Moreau était dans le même cas. Il ne l'est plus. Il dirigeait le Tecteo Group, une puissante intercommunale (trois milliards d'euros, deux mille employés). Il est maintenant CEO de la SA Tecteo Services, "une filiale privée détenue à 99% par la maison-mère et qui décide de tout: le concept d'intercommunale a été vidé de sa substance", explique Marie-Cécile Royen dans le Vif (2). Il peut donc ainsi cumuler sans (trop) en avoir l'air. "Cette astuce lui permet  de cumuler un poste de bourgmestre avec, dans les faits, la direction d'une importante entreprise publique aux ramifications multiples, ce qu'interdit le décret wallon sur la démocratie locale", poursuit la journaliste.
A Tournai, Rudy Demotte "ne lâche rien". On le sait, l'appellation de "bourgmestre empêché" n'est pas pour lui, il préfère (et impose) celle de "bourgmestre en titre". Dans les faits il est donc bourgmestre et ministre-président. Le premier des Wallons s'assied donc sans complexe sur le décret wallon sur la démocratie locale. Les pavés de rues de Tournai se soulèvent après le gel? C'est la chargée de communication du bourgmestre empêché de titre qui explique ce que va faire la ville (3). On voit par là qu'il sait déléguer.
Dans la série "nos hommes admirables", c'était "la démocratie, c'est si beau quand c'est bien fait".

P.S.: ah, tiens, au fait! Ces quatre hommes appartiennent à un parti qui se qualifie de socialiste. Un hasard assurément.


(1) LLB, 2 février 2013.
(2) Le Vif, 25 janvier 2013.
(3) LLB, 1er février 2013.