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vendredi 23 juin 2017

Le temps des culottés

Jean-Luc Mélenchon entre à l'Assemblée nationale et il faut que ça se sache. Aussi doit-il faire le buzz. Il se plaint d'y voir le drapeau européen à côté du drapeau français. "Franchement, on est obligés de supporter ça? C'est la République française ici, pas la Vierge Marie", s'est-il exclamé (1).  "Je ne comprends pas", a-t-il ajouté. Nous non plus, on ne comprend pas, on comprend même de moins en moins celui qui fut député européen pendant huit ans et dont les supporteurs n'ont cessé, durant la campagne électorale, d'essayer de nous convaincre que non, vraiment, il n'est pas opposé à l'Europe, mais qu'il veut une autre Europe. Et le voilà à tenir des propos dignes de Marine Le Pen. On a connu plus belle entrée.
C'est le même Mélenchon qui, avec la délicatesse qu'on lui connaît, a déclaré, parlant du mathématicien Cédric Villany, néo-député En Marche: "j'ai vu le matheux, je vais lui expliquer ce que c'est qu'un contrat de travail et il va tomber par terre. Il ne le sait tout simplement pas. Il ne sait pas que la journée de huit heures, c'est cent ans de lutte. Le gars, il croit que ça a été toujours été comme ça." (2)  Quand, comme le gars Mélechon, on vit depuis près de trente ans de ses indemnités d'élu et qu'on n'est pas connu pour avoir été un député européen très assidu, on devrait s'abstenir de donner des leçons sur les contrats de travail et les journées de huit heures. Cédric Villany lui a répondu calmement: "directeur de l'IHP (Institut Henri Poincaré, de recherches mathématiques, qu'il dirige depuis 2009), j'en ai vu des contrats de travail... mais c'est toujours un plaisir de recevoir des cours particuliers!". (3)

En Belgique francophone, le Parti socialiste va sans doute se retrouver éjecté du Gouvernement wallon et de celui de la Communauté française. Son partenaire centriste, le CDH, le lâche, écœuré par les xièmes affaires de magouille du Ps. Des ténors socialistes s'indignent: c'est de l'opportunisme; nous avons été plus corrects avec le CDH qu'il ne l'est avec nous; ce qui compte pour nous, c'est de sauver des emplois, pas d'entrer dans des jeux politiciens... On les a peu entendus battre leur coulpe. Le président à vie du Ps, Elio Di Rupo, se contente de répliquer, parlant du CDH: "ils sont là depuis 139 ans, c'est vrai qu'à la lumière de leur attitude il est grand temps qu'ils se retirent". (4) Le Ps est au pouvoir en Wallonie et en Communauté française depuis trente ans sans discontinuer, certains de ses membres sont ministres depuis près de vingt ans. Comment ce parti ne veut-il comprendre et ne peut-il admettre que le pouvoir corrompt (et que le pouvoir absolu corrompt absolument)? Une (longue) cure d'opposition ferait le plus grand bien à tout le monde, au Ps comme aux Wallons.

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/jean-luc-melenchon-voit-le-drapeau-europeen-a-lassemblee-nation_a_22493319/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/jean-luc-melenchon-multiplie-les-coups-declats-pour-son-arrivee-assemblee-nationale_a_22491360/
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/cedric-villani-repond-a-jean-luc-melenchon-qui-laccuse-de-ne-pas-savoir-contrat-de-travail_a_22491411/(4) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/di-rupo-a-propos-du-cdh-ils-sont-la-depuis-139-ans-c-est-vrai-qu-a-la-lumiere-de-leur-attitude-il-est-grand-temps-qu-ils-se-retirent-594c381dcd70530690c375e4

mercredi 14 juin 2017

Indignations sélectives

S'indigner est facile. N'importe qui peut le faire. La preuve avec ce blog depuis dix ans.
Mais pour s'indigner encore faut-il accepter de voir la poutre qu'on a dans l'œil et pas uniquement la paille dans celui de son voisin, comme disait un certain Jicé.
La députée belge Laurette Onkelinx s'indigne: "n'y a-t-il pas des limites à vouloir salir des jeunes tout simplement parce que leurs parents sont des mandataires publics?", demande-t-elle (1), mécontente de lire dans la presse que deux de ses enfants, comme d'autres rejetons d'autres mandataires socialistes, occupent un emploi dans des organismes publics bruxellois. "Comment accepter que cette violence se tourne vers mes enfants?", dit-elle encore, la main (on l'imagine) sur le cœur (qu'elle a si grand).
Celle qui est élue depuis trente ans et a occupé sans discontinuer différents postes de ministre durant vingt-deux ans (de 1992 à 2014) avant de tenter de se poser en leader de l'opposition à la Chambre, ne semble pas voir qu'il n'y a pas là de violence envers ses enfants, mais un écœurement à voir tous ces mandataires, qui osent encore s'affirmer socialistes, s'avérer insatiables et affairistes et profiter de toutes les occasions qui s'offrent à eux pour s'enrichir un peu plus et intervenir pour trouver un job à leurs enfants. Ce qui choque, c'est de voir que de l'argent censé être utilisé pour secourir les citoyens les plus abandonnés, ceux qui vivent dans la rue, passe dans les poches de mandataires qui touchent déjà de très honnêtes indemnités pour leur fonction. C'est ça qui est violent. Ce n'est pas à leurs enfants qu'on s'en prend, c'est à eux, à leur suffisance, à leur cynisme, à leur déconnexion de la situation sociale de leurs sujets (2). Ce sont les mêmes qui justifient le cumul des mandats par la nécessité de connaître le terrain. Le connaître ou en profiter sans scrupule?
Depuis longtemps, à force d'user et d'abuser du pouvoir, le Ps est devenu un parti de notables qui en sont arrivés à penser que tout leur est permis. Les électeurs du Ps vont-ils enfin comprendre que ce parti n'est plus, depuis trente ans au moins, celui des travailleurs, mais celui d'une caste qui conserve le pouvoir pour lui-même et pour les siens? Elio Di Rupo, président à vie du vieux parti, a un jour déclaré "j'en ai marre des parvenus". C'était en 2005 (3). Depuis, tous ces jeunes espoirs du Ps, tous ces démocrates vertueux qui allaient révolutionner les mœurs du parti rose bonbon ont été rattrapés par la culture du parti. Visiblement, on n'y échappe pas.
Le sourire perpétuel de commerçante de Laurette Onkelinx s'est figé à l'écoute du billet (drôle et bien ficelé  - à voir (4) ) de l'humoriste Alex Vizorek au journal de la Première récemment, qui annonçait le passage dans notre ville du "cirque PS". "Alex Vizorek ne vous a pas fait rire?", a demandé à Onkelinx le journaliste Mehdi Khelfat. C'est un "non" bref et sec qui lui a répondu. Et ce petit non nous a autant fait rire que l'intervention de l'humoriste. Brusquement, la redoutable politicienne, connue pour ses emportements, n'avait plus rien à dire. Il y a pourtant tant à dire. Il y aurait pourtant tant de non à hurler.

Post-scriptum: cet article de la Libre B. qui prouve que les ténors du Ps, que ce soit à Liège, à Charleroi ou à Bruxelles, sont tous touchés par la même grangène. Et ils oseraient accuser des partis de droite d'être du côté de l'argent?! http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/en-2001-pascale-peraita-est-licenciee-du-samusocial-pour-faute-grave-et-aussitot-reintegree-593fe0a5cd702b5fbf21e74c

(Re)lire sur ce blog "Ps: comment en finir?", 27 novembre 2006 (publié le même jour en page "Opinions" de La Libre Belgique).

vendredi 5 septembre 2014

Le poids des mots

La France fait tout pour se décrédibiliser, estime un journaliste allemand (1). Les Français souffrent d'hypocondrie dans un pays qui va mieux qu'il ne le pense, affirme un journaliste américain (2). Rien ne fonctionne, tout va mal, disent en chœur tant de Français. Qui se jettent avec avidité sur le livre de vengeance de l'ex-compagne du président. La France sent l'égout, écrivais-je. Se mêle maintenant à ces remugles l'odeur du linge sale déballé en public par la journaliste de Paris Match. Il semble que tant de gens aient perdu la tête.
Le PS semble oublier, un peu plus chaque jour, le programme sur lequel il a été élu et ses représentants ne cessent de se quereller et d'accumuler les problèmes. La droite, elle, siffle le même air que l'extrême droite. Résultat: la fille à papa Le Pen arrive en tête des sondages. Si les Français devaient aujourd'hui se choisir un nouveau président de la république, elle l'emporterait largement au premier tour. Comment et pourquoi le parti de la famille Le Pen parvient-il ainsi à apparaître comme une alternative crédible? Pourquoi tant de Français sont-ils prêts à voter pour un parti d'extrême droite? Bêtise, naïveté, cynisme? Car il s'agit bien d'extrême droite, quoi que dise la fille à papa Le Pen. "Le FN est un parti fasciste, au sens le plus précis du terme, écrit Paul Klein dans Charlie Hebdo (4). Zeev Sternhell, un des plus grands historiens de notre temps, qui étudie depuis plus de quarante ans le fascisme français, de ses origines (des années 1880) à nos jours, le rappelle dans un magnifique livre d'entretiens", dit-il: (5). "Le principe de l'imperméabilité des cultures, écrit Sternhell, constitue un élément fondamental de l'identité d'une nation conçue comme un organisme vivant; telle est l'idée qui se dissimule derrière le 'ni droite ni gauche' du FN. (...) La présence de l'ennemi intérieur est une nécessité de méthode. Après "le Juif", "aujourd'hui, (...) c'est plutôt l'Arabe, ou le musulman, qui constitue l'anti-moi. Cependant, le vieil antisémitisme réapparaît, ce qui nous apprend que racisme, xénophobie, antisémitisme sont rarement séparables."
Si la fille à papa Le Pen apprécie qu'on la compare à Jeanne d'Arc, c'est bien parce cette dernière a bouté l'étranger dehors. Si elle n'avait pas le même objectif, elle se défendrait de cette allusion qui la flatte.
Aujourd'hui, la réincarnation de la Pucelle se tait. On ne l'entend plus depuis des semaines. Elle sait qu'elle a tout intérêt à rester muette. L'incapacité du président Hollande et de son gouvernement, les tensions au sein du PS, les discours excessifs et haineux de l'UMP, la culture grognonne qui s'est emparée de la France parlent pour elle. Elle a réussi sa grande œuvre de dédiabolisation: les journalistes viennent maintenant lui manger dans la main. Le Monde titrait en une, annonçant son interview: Marine Le Pen détaille au Monde sa stratégie de conquête du pouvoir. Et le Nouvel Obs publiait les "confidences" de papa Le Pen, seigneur de Montretout (4).
Le FN a la gueule grande ouverte. Le prédateur sait être patient.

(1) Arte Journal, 5 septembre 2014, 19h45.
(2) Libération, 29 août 2014.
(3) www.lalibre.be/actu/international/marine-le-pen-serait-en-tete-au-premier-tour-de-la-presidentielle-5409accf35708a6d4d53c51e
(4) 27 août 2014.
(5) Zeev Sternhell, Histoire et Lumières. Changer le monde par la raison, Albin Michel, 2014.

jeudi 1 mai 2014

Fête du travail

Cette journée de lutte qu'est le 1er mai, historique pour les travailleurs et leurs syndicats, a été récupérée par les uns et les autres.

Par les PS de tous pays qui (se) rappellent ce jour-là qu'ils sont socialistes.
Par la droite, MR en Belgique ou UMP en France, qui déteste laisser la rue et les meetings au PS.
Par l'extrême droite aussi qui rend ce jour-là hommage à une jeune fille qui entendit des voix (1). On a vu aujourd'hui un vieil homme et sa fifille lui rendre un hommage attendri à Paris (2). L'image pourrait être touchante si eux aussi n'entendaient des voix, obscurantistes et dont ils se font l'écho.


Le 1er mai est à tout le monde, nous dira-t-on. C'est vrai. On peut toujours essayer de réécrire l'Histoire, ce dont certains partis se sont fait une spécialité, on ne la changera pas.

Rappelons, principalement à nos amis français qui sont nombreux à s'interroger ("ça se fête ailleurs qu'en France le 1er mai?"), que le 1er mai est une fête internationale du travail, qu'elle est née aux Etats-Unis, qu'elle était ardemment célébrée dans tout le bloc soviétique, qu'en Italie on l'appelait "la Pâques des ouvriers" (3).

(1) Une fois encore, le FN se trompe. Jeanne d'Arc, c'est - selon le calendrier - le 30 mai qu'elle se fête.
(2) www.lalibre.be/actu/international/le-fn-annonce-20-000-participants-a-son-defile-5362180e357061b5339f64d5
(3) 
rue89.nouvelobs.com/rue89-presidentielle/2012/04/30/les-tentatives-de-recuperation-du-1er-mai-nont-jamais-marche-231687


mercredi 26 mars 2014

Tour de passe-passe

La confection des listes pour le deuxième tour des municipales donne lieu au meilleur et au pire. 
Courageusement, des listes de gauche se retirent pour empêcher le FN de l'emporter. C'est le cas à Carpentras où le candidat du PS a décidé de jeter l'éponge - une décision qu'on imagine douloureuse - pour éviter que le si délicat Aliot (qui traite une journaliste de "pute" parce qu'elle a simplement fait son travail) ne l'emporte.
A Châteauroux, autre cas de figure: le socialiste Marc Bottemine a été sèchement battu par son concurrent UMP, arrivé largement en tête. Il vient de conclure, avec le soutien du ministre Michel Sapin,  une alliance avec deux listes de "divers droite" pour tenter de l'emporter quand même. Il apparaît désormais comme un candidat sans étiquette (1). Tout ceci pour le bien de la ville et de ses habitants, nous dit-il. On n'en doute pas une seconde. Pas un instant, on ne soupçonnerait qu'il conclue de telles alliances contre nature par ambition personnelle.
Tout aussi courageux, Jean-François Coppé et l'UMP ont choisi le ni-ni: ni le Front républicain, ni le Front national. Et tant pis, si cette position lâche permettra à l'extrême droite de conquérir d'autres mairies. De toute façon, 55% des sympathisants de l'UMP sont favorables à des alliances avec le FN.
Celui-ci a presque réussi à se dédiaboliser. Des candidats de droite l'aident à terminer le travail en concluant des accords avec lui. C'est le cas en Moselle et dans le Val de Marne.
A Avignon, le FN est arrivé en tête avec quasiment 30%. Le directeur du Festival de Théâtre menace de déménager celui-ci en cas de victoire de l'extrême droite: "je ne vois pas comment le festival pourrait vivre, défendre ses idées qui sont des idées d'ouverture, d'accueil de l'autre, avec une mairie FN, ça me semble inimaginable" (2). Les électeurs avignonnais sont-ils conscients de la contradiction, qu'on ne peut voter pour le parti du repli sur soi et avoir un festival ouvert sur le monde?
La menace FN est toujours plus précise. Il est urgent de sonner le tocsin. Où sont les artistes, surtout les populaires, ceux qui peuvent parler "aux gens"? Qu'attendent-ils pour se manifester?

(1) JT France 3 Centre, 25 mars 2014, 19h.

mardi 5 février 2013

Insatiables

C'est plus fort qu'eux. Ils ne peuvent s'en empêcher. Ils sont insatiables. Un mandat ne leur suffit pas. Deux est un minimum. Et s'ils peuvent en avoir plus, c'est mieux encore. Qui les prendrait au sérieux, qui les reconnaîtrait comme des gens de pouvoir s'ils ne détenaient plusieurs mandats? Mais qu'on se rassure, ce n'est pas la soif de pouvoir qui les guide, c'est le bien de leur chère commune. Une commune sait que si elle est dirigée par un ministre, même soi disant empêché, ou au moins par un parlementaire, elle profitera de la manne céleste.
Paul Magnette, cet homme nouveau, est une bénédiction pour Charleroi qui revient de loin. C'est l'homme providentiel. Il avait été clair avant les élections: s'il devenait bourgmestre, il quitterait son poste de ministre. Charleroi mérite bien un bourgmestre qui s'engage pour son redressement. Il l'a fait, il a démissionné du Gouvernement fédéral, mais pour aussitôt redevenir aussi sénateur et, en plus, président du Ps. Ce qui, on en convient, n'est pas une sinécure. Ses échevins doivent, eux, exercer leur fonction à temps plein. Et sa partenaire CDH, Véronique Salvi, a été priée d'en faire autant: elle a dû quitter son siège de députée wallonne pour devenir échevine à temps plein. "Paul Magnette avait bien fait figurer ce décumul dans les exigences posées à l'entrée du CDH au sein de la tripartite carolo", écrit LLB (1). Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Il est vrai que les grands hommes ont des droits que n'ont pas les plus petits.
A Flobecq, le sémillant bourgmestre Philippe Mettens ne peut cumuler cette fonction avec celle de haut fonctionnaire. Il est directeur de la Politique scientifique fédérale. Mais il refuse de choisir. Ce à quoi l'oblige pourtant le décret "bonne gouvernance" adopté par le Parlement wallon en octobre 2010. Ses concitoyens l'ont élu, explique-t-il, il se doit donc assumer son rôle de maïeur. Faut-il croire qu'il ignorait l'existence de ce décret avant de se présenter aux élections? Les électeurs ont bon dos. 
A Ans, le bourgmestre Stéphane Moreau était dans le même cas. Il ne l'est plus. Il dirigeait le Tecteo Group, une puissante intercommunale (trois milliards d'euros, deux mille employés). Il est maintenant CEO de la SA Tecteo Services, "une filiale privée détenue à 99% par la maison-mère et qui décide de tout: le concept d'intercommunale a été vidé de sa substance", explique Marie-Cécile Royen dans le Vif (2). Il peut donc ainsi cumuler sans (trop) en avoir l'air. "Cette astuce lui permet  de cumuler un poste de bourgmestre avec, dans les faits, la direction d'une importante entreprise publique aux ramifications multiples, ce qu'interdit le décret wallon sur la démocratie locale", poursuit la journaliste.
A Tournai, Rudy Demotte "ne lâche rien". On le sait, l'appellation de "bourgmestre empêché" n'est pas pour lui, il préfère (et impose) celle de "bourgmestre en titre". Dans les faits il est donc bourgmestre et ministre-président. Le premier des Wallons s'assied donc sans complexe sur le décret wallon sur la démocratie locale. Les pavés de rues de Tournai se soulèvent après le gel? C'est la chargée de communication du bourgmestre empêché de titre qui explique ce que va faire la ville (3). On voit par là qu'il sait déléguer.
Dans la série "nos hommes admirables", c'était "la démocratie, c'est si beau quand c'est bien fait".

P.S.: ah, tiens, au fait! Ces quatre hommes appartiennent à un parti qui se qualifie de socialiste. Un hasard assurément.


(1) LLB, 2 février 2013.
(2) Le Vif, 25 janvier 2013.
(3) LLB, 1er février 2013.

dimanche 4 décembre 2011

Ornières

Les affaires sont les affaires. Elles ne s'arrêtent jamais. Voilà qu'Alain Mathot, député-bourgmestre de Seraing, est inculpé pour corruption et blanchiment d'argent. Stéphane Moreau, nouveau bourgmestre d'Ans, en lieu et place de Michel Daerden, a fait l'objet de perquisitions, à son bureau de l'hôtel de ville et au siège de l'intercommunale Tecteo qu'il dirige. Philippe Van Cauwenberghe, lui, conseiller communal de Charleroi, est renvoyé en correctionnelle pour faux et usages de faux (1).
La justice rendra, un jour, son verdict et condamnera ou innocentera ces hommes dans ces trois affaires qui n'ont pas de lien entre elles. Sauf qu'elles concernent des mandataires du Ps. Ce parti n'a décidément pas de chance, c'est encore sur lui que ça tombe. A l'heure où son président devient premier ministre - un événement dans l'histoire de la Belgique - voilà qu'il est rattrapé par les affaires.
"Il y a, dans les structures pyramidales du PS, estime Pascal Lorent, journaliste du Soir (2), quelque chose qui favorise, presque culturellement, l'émergence d'hommes forts. Il y a, par ailleurs, dans le fonctionnement du pouvoir, quelque chose qui fait que les hommes ont tendance à vouloir concentrer le pouvoir et à ne pas trop le partager. Là où les affaires ont tendance à éclater, c'est là où tout le monde se cache derrière l'homme fort et où personne n'ose le contredire."
On parle d'un collège plutôt que d'une seule personne pour remplacer Elio Di Rupo à la tête du Ps. Ils ne seront jamais trop nombreux pour (tenter d') en modifier la culture interne.

(1) LLB, 1er décembre 2011
(2) Le Soir, 2 décmbre 2011

mercredi 28 septembre 2011

De Wever, piètre dialecticien

Il veut la fin de la Belgique et surtout l'indépendance de la Flandre parce qu'il considère que la Wallonie est une région-vampire. Elle suce le sang de la Flandre, profite de son dynamisme et de son argent. C'est, dit-il, l'hégémonie du PS qui est à l'origine de cette situation.
La montée en puissance et la surenchère de la NVA ont considérablement tendu les négociations pour la formation du Gouvernement belge. Les tensions se sont parfois reportées sur les familles politiques. La nécessité d'accepter un compromis sur B.H.V. a mis fin à l'union entre le FDF et le reste du MR. Tous les observateurs politiques le disent: ce divorce au sein de la famille réformatrice sera bénéfique au PS bruxellois qui sera, de loin, le premier parti de la capitale. Cherchez l'erreur dans la stratégie de Bart de Wever.

vendredi 23 septembre 2011

Pub gratuite

Rien ne l'arrête et son ambition est sans limite. Elle se voit déjà dans le fauteuil maïoral de Mouscron. Christiane Vienne, qui comme ministre wallonne des Affaires sociales fut ce qu'il est convenu d'appeler pudiquement une erreur de casting d'Elio Di Rupo, espère occuper la tête de liste aux élections communales d'octobre 2012. Pourquoi traiter ici de cette information sans grand intérêt? C'est que Christiane Vienne et le Ps dans son ensemble ont déjà trouvé un excellent chargé de com' en la personne de Cédric Kételair, journaliste qui relate dans les pages régionales de LLB (1), l'appétit de la dame. Il présente le tandem Vienne - Saudoyer (l'autre prétendante au sacre) comme l'équivalent belge de la paire Aubry - Royal. Et affirme, apparemment sans rire (mais peut-être son humour nous a-t-il échappé) que "les socialistes, qu'ils soient français ou belges, ont une force que les autres familles politiques n'ont pas, celle d'éclipser les conflits fratricides au profit d'une union face à l'électorat". On place ici des guillemets pour rapporter ce qu'il écrit. Mais il n'y en a pas dans son article. C'est lui qui l'affirme, pas son interlocutrice. On découvre cette phrase au petit matin en buvant son café, on s'en étrangle. Voilà un journaliste innocent comme l'agneau qui vient de naître. Quiconque suit, même de loin, la vie politique, tant belge que française, s'esclaffe devant une déclaration aussi péremptoire, pour avoir entendu voler les noms d'oiseaux, avoir vu les crocs-en-jambe, connaître les haines corses et les ambitions assassines. Dans tous les partis et en particulier chez les socialistes. On connaît un bourgmestre socialiste - il nous l'a raconté - qui s'est vu proposer par l'équipe de colleurs d'affiches du champion socialiste du coin - de prendre en charge ses affiches. Il fut bien naïf de les leur confier. Il n'en vit jamais plus aucune et se vit obligé d'en faire réimprimer. Sans doute ce que Cédric Kételair appelle "union face à l'électorat". Angélisme ou parti pris?

(1) 20 septembre 2011

lundi 2 mai 2011

Zapping

Dimanche 1er mai, en voiture. A 18h, on quitte le superbe album Chamber Music de Ballaké Sissoko et Vincent Segal pour écouter les informations sur la Première. On sait déjà qui on va entendre et ce qu'il va dire. On n'est pas déçu. C'est bien sûr Elio Di Rupo qui parle: "la droite, comme disait Karl Marx". On rit. On repasse aussitôt sur le cd. On sait que chaque premier mai, le Ps est à gauche et est même capable de devenir marxiste. Et chaque 2 mai, il se remet à soutenir le moindre promoteur venu, même s'il débarque avec des projets absurdes, dépassés, injurieux pour la planète. On se dit que ce devrait être le 1er mai tous les jours.
Le soir, au JT, on ne peut s'empêcher de sourire, un peu navré, en voyant tous ces notables chanter l'Internationale, le poing levé. Vous reprendrez bien un petit four, une coupe de champagne?
Le MR fait tout autant sourire dans sa tentative de récupérer la fête du travail. Jodoigne a été élue, depuis des années maintenant, capitale wallonne du travail. Le bleu domine, même si les cravates ont remplacé les sarraus. On retrouve Monteverdi sur Arte.
Et le 2 mai, on est content d'être le lendemain.

mardi 11 janvier 2011

Tiédeurs wallonnes

C'est Karel De Gucht qui l'affirme: "la Wallonie a deux visages: au niveau régional, elle mène une politique libérale, et les employeurs wallons n'ont d'ailleurs pas de problèmes avec le gouvernement régional. En revanche, la Wallonie pratique une approche beaucoup plus à gauche au niveau fédéral, là où s'organise la protection sociale" (1). On ne peut lui donner entièrement tort. On lui fera quand même remarquer que le ministre écolo Philippe Henry a refusé le projet Citta (peu) Verde à Farciennes et qu'il a bien cadré le projet dit de Centre de glisse à Antoing, deux beaux projets d'essence libérale très soutenus par le Ps. Pour le reste, on sera assez d'accord avec lui pour convenir que si la Wallonie est essentiellement sous la menée du Ps depuis trente ans, la politique qui la (et le) guide est plutôt, effectivement, de nature socio-libérale. Le pilote actuel du Gouvernement wallon aime d'ailleurs parfois se qualifier de manager. Le vocabulaire est un indicateur intéressant. Le Ministre-Président wallon a des accents libéraux. "L'avenir-Le Courrier de l'Escaut" le laisse entendre sous le titre "les voeux d'un socialiste... réformateur". Dimanche, Rudy W.P. Demotte recevait le tout Tournai à la Halle aux Draps. On s'y bousculait pour témoigner son allégeance au premier bourgmestre non élu de Tournai. Une heure et demie de serrements de mains n'a pas suffi, nous dit le journal, les invités étaient trop nombreux. "Du discours proprement dit, écrit Géry Eykerman, on retiendra la tonalité socio-économique marquée. Si Louis Michel parlait volontiers de libéralisme social, Rudy Demotte n'emploie certes pas celle de socialisme réformateur, mais pas une phrase prononcée par lui n'aurait écorché une bouche bleue."
Les fidèles lecteurs de ce blog savent que j'ai tendance à me répéter, j'ai déjà dit maintes fois combien je déplore que le Ps et la majorité de ses ténors aient opté depuis longtemps pour le socialibéralisme. Rudy Demotte en est l'incarnation même. Un socialibéral est un adepte du consensualisme, ce qui signifie qu'il a le conflit en horreur, il ne s'énerve pas, il est plus lisse que lisse. Il comprend chacun et est d'accord avec tout le monde. Il pense et penche à gauche, mais comprend parfaitement la droite. D'ailleurs, il trouve que ce sont des notions dépassées ou à dépasser. Il soutient l'économie génératrice de croissance parce qu'elle crée de la richesse qui elle-même doit être redistribuée pour assurer une certaine justice sociale. C'est la doctrine du socialibéral. Il a le souci des gens, donc de l'argent et inversement. Il reconnaît que ce sont les marchés qui font la loi, même s'il admet qu'il faut, ou en en tout cas faudrait, les réguler. En fait, il pense de tous côtés. Il est à lui seul une synthèse politique. On se dit que les partis ne devraient plus exister. Il suffit. La preuve, c'est qu'il a créé le consensus autour de lui. Tout le monde lui baise les pieds et lui reconnaît une grande intelligence. Il a effectivement l'intelligence de se placer au centre. Dans tous les sens du terme.
La girouette aussi est au centre de son mât.
"Ce qui m'indigne, c'est le consensualisme, qui m'apparaît comme une des négations de la personne humaine. Il se traduit par l'immobilisme, l'inertie, tout ce qui fait que rien ne bouge, que chacun se contente de la bonne parole sans lendemain. la pensée unique réduit l'originalité, limite la créativité, banalise l'action. Elle aboutit non à une censure, mais à une autocensure et donc à l'inaction", déclarait récemment dans "Marianne" (2) Olivier Metzner, avocat à la cour (France).

(1) Le Vif/l'Express, 10.12.2010
(2) dans le dossier sur l'indignation, Marianne, 01.01.2011

lundi 20 décembre 2010

RTL-PS, même combat

La grande parade de RTL-TVI a émerveillé les rues de Tournai. La Ville y est allée de sa poche pour l'occasion. Une paille: 30.000 euros. Mais la dépense en valait la peine: c'est que sont quand même venus de 20.000 à 70.000 badauds (selon la police et selon les organisateurs). C'était bien la grande parade: les politiques ont pu parader sur leurs chars, paraît-il, saluant le bon peuple. "C'est le retour vers des valeurs saines, de famille", déclare à No Télé l'un des responsables de RTL, sans qu'il précise où sont ces valeurs. Dans les chars publicitaires sans doute. La crétinisation suit un cours aussi tranquille que l'Escaut. C'était la deuxième édition de la parade ertéèlienne à Tournai. Et la dernière sûrement. Le bon peuple tournaisien attend impatiemment son nouveau bourgmestre, élu avant l'heure, le sauveur, le guide, Rudy W.P. Demotte. L'intelligence incarnée, c'est ainsi que le précède sa légende. Lui saura mettre fin à une politique axée sur les "panem et circenses". Il a toute notre confiance. Le temps est long déjà. Vivement Noël 2012!

lundi 27 septembre 2010

Le succès ne se critique pas

Le succès aveugle, qu'il soit électoral, sportif ou autre. Et autorise à refuser la critique. Et plus encore l'autocritique. On le sait. On en a encore la preuve dans la Libre de ce samedi. Le président du Parti Socialiste, plus triomphant que jamais, y est interviewé. Martin Buxan lui demande si le succès de son parti n'est pas lié au clientélisme qu'il entretient. Elio Di Rupo prend son air pincé. On le voit en le lisant. "Pourquoi critiquez-vous ceux qui ont du succès?", demande-t-il. "On nous jette des expressions comme clientéliste qui ne signifient plus rien du tout", dit-il, après avoir affirmé que ce sont "des propos tenus par des gens qui sont intellectuellement conservateurs". On ne sait en quoi le reproche de clientélisme serait intellectuellement conservateur plutôt que l'inverse. Si ce n'est qu'on devrait savoir sans doute que le Ps a modifié de fond en comble ses pratiques. Mais on ne le sait pas assez. Or il faut croire, imagine-t-on dès lors, que désormais le Ps a supprimé les "permanences sociales", que les élus socialistes n'envoient plus de lettres de recommandation aux ministres, aux directeurs d'administration et aux patrons du privé pour soutenir la candidature de leurs "protégés" à un emploi, qu'ils n'interviennent plus dans les dossiers d'attribution de logements sociaux, que les ministres socialistes ne favorisent plus les communes dont ils ont les clés. Le Ps aurait abandonné ces pratiques conservatrices. Et on ne nous dit rien! Mais que fait la presse?
Martin Buxan parle aussi à Elio Di Rupo de la "machine de guerre" qu'est le PS. "Ai-je l'air d'une machine de guerre?", lui rétorque le président, réduisant ainsi son parti à sa propre personne. C'est sûr, ici aussi, les pratiques ont dû changer: le Ps a dû cesser de nommer des directeurs de l'administration en fonction de leur carte de parti, il a dû couper les ponts avec la Mutualité socialiste, avec la FGTB, avec cette myriade d'instances sociales, économiques, culturelles qui gravitent autour du parti. (Il n'y aurait donc plus de constellation. Juste une star.) Et P&V Assurance n'affichera désormais plus sur ses vitrines les affiches des candidats socialistes. Les employés de P&V n'useront plus de leur statut pour faire campagne, comme ce député-bourgmestre qui m'avouait avoir gardé quelques heures "parce que ça fait des voix". Bref, les temps ont changé et nous, conservateurs intellectuels que nous sommes, nous ne le savions pas.
Elio Di Rupo triomphe aujourd'hui dans tous les sondages et tout le monde lui reconnaît - un point de vue qu'on peut aisément partager - une grande opiniâtreté et de grands talents de négociateur. Le voilà même le deuxième homme politique le plus populaire auprès des Flamands, derrière Bart De Wever. Visiblement, cette position d'homme providentiel lui ôte tout sens autocritique. Même si le Ps a un peu plus le sens de l'éthique, il reste le Ps.(1) Et l'histoire a montré que plus il est puissant, plus il se laisse aller à des dérives hégémoniques. Pour être homme d'Etat, il est bon d'être conscient de tous ses états. Pas seulement d'âme.
D'autant que les manières d'agir du Ps ont, parmi d'autres facteurs (soyons de bon compte, bien sûr), un impact sur l'image de la Wallonie dans les autres régions. On ne s'étonnera donc pas de découvrir, dans le sondage que publiait ce même samedi la même Libre, que seuls 12% des Bruxellois souhaitent la création d'une fédération Wallonie-Bruxelles. Même si "en cas de scission inéluctable du pays", ils sont 39% à la souhaiter, contre 34% (quand même!) à rêver d'un Etat bruxellois indépendant. Au JT de la RTBF samedi, des micro-trottoirs (même si on sait qu'on leur fait dire ce qu'on veut) témoignaient de la distance que nombre de Bruxellois affichent avec la Wallonie. Une image ne tient pas qu'à des mots, mais surtout à des manières d'agir. Et là il faut bien convenir qu'il y a un certain retard de travail à récupérer.

Et qu'on ne vienne pas me considérer, comme certains se plaisent à le faire, comme "un anti-socialiste primaire". Ce serait bien mal me connaître. Et ce serait confondre le mot et la chose, croire que se dire socialiste serait l'être et ne pas comprendre qu'on puisse être à la fois socialiste et très critique vis-à-vis du Ps. Quant à l'adjectif de primaire, il implique l'absence d'analyse, d'expérience et de réflexion. Je préfère celui de secondaire.

(1) voir aussi sur ce blog "La stratégie de l'araignée", 12.09.2009

jeudi 9 septembre 2010

On n'échappe pas à sa culture

Le lecteur attentif de ce blog aura appris que le dossier du projet dit "centre de glisse" a connu, en avril dernier, une évolution importante: le Gouvernement wallon a accordé son feu vert à la modification du plan de secteur, ouvrant ainsi la voie à ce projet requalifié de "centre de loisirs Nature et Sports". Le Ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du Territoire, Philippe Henry, se réjouissant du franchissement de cette étape et constatant que tous les acteurs étaient satisfaits de l'accord, avait appelé à la paix des braves et incitait tous les protagonistes à poursuivre la concertation dans un esprit de dialogue et de collaboration.
La phase administrative suivante consiste en l'établissement d'un R.U.E. Entendez par là Rapport urbanistique et environnemental. C'est la Ville d'Antoing qui en a la responsabilité. Il doit, une fois établi, être approuvé par le Gouvernement wallon.
Un comité d'accompagnement travaille à ce R.U.E. Et voilà qu'on apprend que la composition de ce comité d'accompagnement est réservée par la Ville d'Antoing à ses propres représentants, à ceux des promoteurs, du fonctionnaire délégué, du cabinet du ministre-président de la Région wallonne et de l’intercommunale IDETA à qui la Ville a confié l'établissement du dit R.U.E. Bref, la commune se fait accompagner de camarades. Les compagnons qui ont des expertises en matière environnementale sont laissés sur le carreau.
Antoing est pourtant l'une des six communes membres du Parc naturel des Plaines de l'Escaut. Le Parc a plusieurs fois remis des avis très fouillés sur le projet. Fouillés et critiques. Voilà qui suffit à l'éviter. La Ville cotise pour être membre du Parc et bénéficier de son action, de ses études et conseils, mais ne souhaite pas mettre d'obstacles sur la route de promoteurs qu'elle vénère autant que son cher prince. La Ville d'Antoing est schizophrène. Voilà longtemps que le mal a été identifié. Mais elle ne se soigne pas.
Elle n'a pas songé non plus à inviter, au sein du Comité, des représentants de l'administration wallonne (la DGATLP et à tout le moins la Division Nature et Forêt). Pas plus qu'à inviter des spécialistes en matière d'eau, d'énergie, de mobilité ou des représentants de l'ADEPS. Et elle a oublié les communes voisines de Péruwelz et de Brunehaut, pourtant jusqu’ici toujours étroitement associées aux réflexions sur le projet.
Elle a oublié d'inviter un représentant du Ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement, lui préférant un représentant du Ministre-président, Rudy W.P. Demotte. En l'occurrence, ce sera une représentante, selon toute vraisemblance. Celle qui a toujours suivi le dossier pour le cabinet pour mieux le maîtriser ensuite à la CRAT. Même si la double casquette qu'elle porte ainsi est contraire aux règles.
Voilà ce qu'on appelle un dossier sous contrôle. On ferme portes et fenêtres. Ainsi le veut la culture du Ps. On ne se refait pas. Mais pourquoi se refaire quand le parti triomphe aux élections et plus encore dans les sondages?

vendredi 27 août 2010

Cumulet par monts et par vaux

Egaré durant quelques semaines en pleine nature au coeur de la France, je récupère mon retard en matière d'information belge. Je découvre des nouvelles un peu vieillies. Mais d'un intérêt indéniable. Et notamment celle-ci qui indique que la fédération du PS de Wallonie picarde a modifié ses statuts. Ceux du PS du Hainaut occidental interdisaient à un élu de cumuler un poste de parlementaire avec celui de bourgmestre ou d'échevin (même "empêché) d'une commune de plus de 50.00 habitants. De telles communes, Tournai et Mouscron en l'occurrence, requéraient un bourgmestre à plein temps. Requéraient. Car l'interdiction vient d'être levée au sein du PS de Wallonie picarde. Et les journalistes aussitôt de se gausser. "Le PS retourne sa veste", titre la Libre du 10 juillet. Et le Vif du 16 juillet parle d' "éthique en toc au PS picard". On sait comment sont les journalistes, critiques, voire sarcastiques. En l'espèce, ils n'ont pas compris. On sait que la règle a été modifiée pour permettre à Rudy Demotte de devenir bourgmestre de Tournai en 2013. C'est une évidence. Mais il ne s'agit pas pour lui de cumuler. Le mot est horrible. Non, le double ministre-président s'ennuie. Il a du temps à revendre. Récemment, il a été obligé de quitter Flobecq et ses collines. Il n'est pas homme d'altitude. Il est descendu dans la vallée de l'Escaut et s'est installé à Tournai. Et s'est dit qu'il pourrait utilement mettre son temps libre à la disposition des habitants de la capitale de sa chère Wallonie picarde. Tournai ne représente après tout qu'un petit crochet entre Namur où il ministre-préside la Région wallonne et Bruxelles où il ministre-préside la Communauté française. L'homme sait donner de son temps. C'est un dévoué. Et les journalistes, persifleurs, ne le comprennent pas. On voit par là que l'homme a de la ressource. Il peut s'inscrire dans l'avenir. Même à reculons.

jeudi 20 mai 2010

L'extrême centre

La presse belge et la presse française font la même analyse ces jours-ci d'une soi disant gauche et d'une soi disant droite.
La Libre Belgique de ce jour titre "Un duo plutôt qu'un duel" à propos du pseudo débat entre Reynders et Di Rupo sur RTL-TVI. hier soir "Après une heure de débat poli, policé, écrit Vd.W., on finirait par croire que les deux hommes avaient échangé leurs casquettes et leurs discours: Elio Di Rupo, président du MR et Didier Reynders, président du PS."
Dans Charlie Hebdo d'hier, Roger Lenglet et Olivier Vilain titrent: "Les cerveaux externalisés des politiques": "Plus ça va, plus les idées des leaders socialistes se confondent avec celles des libéraux. Logique: leur pensée ne provient plus de leur cerveau, elle est fabriquée en boîte."
Et pendant ce temps, chez nous, selon la Libre, certains leaders politiques (Javaux, Wathelet, Michel Jr) rêveraient de fondre leurs partis en un grand parti centriste. Et ils aimeraient y accueillir Demotte. Excellente idée: on n'aurait plus le choix entre quatre partis centristes, mais entre un seul. Belle avancée. Le parti des hommes gentils et lisses. Votez Savonnette. Ou Gendre idéal. On peut aussi voter Sans opinion. Vive la démocratie!

dimanche 2 mai 2010

Petites musculations

Le 1er mai est traditionnellement le jour où le Ps sort de sa maladie d'Alzheimer et (se) rappelle qu'il est de gauche. Il faut absolument créer de l'emploi. Et des emplois durables, ajoute-t-il, histoire de dire qu'il a intégré le souci écologique. Et bardaf, sa mémoire lui fait aussitôt défaut: il oublie qu'il est au pouvoir, à tous les niveaux, depuis plus de vingt ans. Qui donc appelle-t-il à créer les conditions favorables à la création d'emploi, sinon lui-même?
A Liège, ce 1er mai est jour de renouveau: Michel Daerden cèdera la tête de liste à Alain Mathot. Mathot, voilà bien un nom totalement nouveau à Liège!
A Liège, à Mons, à Tournai, les "travaillistes" (*) s'en prennent aux libéraux du MR et surtout au libéralisme. A croire que les ventes d'armes à la Lybie et un projet comme Citta Verde, défendus par le Ps, n'ont rien à voir avec le libéralisme.
Pendant ce temps-là, le MR précisément tente comme chaque année de récupérer le 1er mai et fait défiler ses élus à cravate bleue, sans craindre le ridicule. Louis Michel éructe come un lion fatigué. Il voudrait se donner des allures de Churchill, mais a des allures du Clarence de Daktari.
On ne peut s'empêcher de penser que, du côté francophone en tout cas, tout le monde, avance fatigué vers les élections.
Ceci dit, il faudra évidemment aller voter. De nombreuses personnes m'interpellent: ne faudrait-il pas boycotter les élections? C'est sûr que la chute du gouvernement est ridicule et n'a servi strictement à rien. Personne n'y gagne quoi que ce soit. Juste le VLD qui se présente comme un parti de gamins capricieux. En attendant, il faudra, qu'on le veuille ou non, aller voter. Au risque de laisser un boulevard aux extrêmistes toujours en embuscade et prêts à profiter des errements de la démocratie.

(*) j'ai cru apercevoir au JT que c'est désormais l'appellation nouvelle, en tout cas en Wallonie picarde

jeudi 25 mars 2010

L'appel des carpettes

Les bourgmestres d'Antoing, de Brunehaut et de Péruwelz viennent de lancer - avec l'aide d'IDETA - un appel pressant au ministre wallon de l'aménagement du territoire pour qu'il accepte la modification du plan de secteur pour ce qu'il est convenu d'appeler le projet de "centre de glisse" de Maubray. Le bourgmestre de Péruwelz, à la mémoire visiblement défaillante, semble avoir oublié que son conseil communal s'est prononcé contre ce projet. Son collègue de Brunehaut semble aussi atteint précocement de déficiences mémorielles, son conseil communal s'était montré très critique vis-à-vis du projet, refusant notamment sa partie sud. Mais les bourgmestres restent les chefs et visiblement ils savent faire la part des choses entre leur travail de lobbyiste pour le grand capital et leur fonction de porte-parole de leur conseil communal. Il est vrai qu'il sont tous trois socialistes. Ou plutôt membres du Ps. L'un d'entre eux m'a un jour clairement laissé entendre que la qualité de membre du Ps n'entraînait pas automatiquement l'adhésion aux valeurs socialistes. La précision n'était sans doute pas nécessaire, tant elle saute aux yeux d'un observateur à peine averti.
Une citation que j'offre gracieusement à tous les membres du Ps, bourgmestres, parlementaires, ministres, qui défendent à cor (parfois à corps) et à cri les projets Citta Verde, Centre de Glisse, Cora et bien d'autres aberrations: "Tout homme s'applique à créer pour l'autre un besoin nouveau pour le contraindre à un nouveau sacrifice, le placer dans une nouvelle dépendance et le pousser à un nouveau mode de jouissance. Avec la masse des objets augmente l'empire des êtres étrangers auquel l'homme est soumis et tout produit nouveau renforce encore la tromperie réciproque et le pillage mutuel. La quantité de l'argent devient de plus en plus l'unique et puissante propriété de l'homme; de même qu'il réduit tout être à son abstraction, il se réduit lui-même dans son propre mouvement à un être quantitatif. L'absence de mesure et la démesure deviennent sa véritable mesure."
C'est un texte signé d'un certain Marx. Karl Marx, dans ses Manuscrits de 1844. Un nom qui vous dit quelque chose, camarade Bobo, camarade Pierre, camarade Paul, camarade Hugues, camarade Rudy-qui-se-tait-dans-toutes-les-langues, camarades Daniel?
Le philosophe Daniel Bensaïd, qui cite ces phrases dans un texte intitulé "Keynes, et après?" (1), enchaîne en affirmant que " l'important, c'est que l'idée même d'un développement durable, soucieux des conditions naturelles de reproduction de l'espèce que nous sommes, exige une temporalité longue, incompatible avec les arbitrages instantanés à courte vue des marchés. La gestion des ressources non renouvelables (en particulier les choix en matière de production et de consommation d'énergie) ainsi que les modifications climatiques, les conséquences de la pollution des océans, du stockage des déchets nucléaires, de la déforestation appellent des décisions et des choix de planification à long terme dont la portée dépasse de loin la durée d'un mandat électif."
Sans commentaire, camarades!

P.S.: Une autre citation. De Pierre Desproges cette fois.
"Un gentleman, c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue pas."

(1) Post capitalisme, imaginer l'après - coordonné par Clémentine Autain, éditions Au diable vauvert, 2009

lundi 22 mars 2010

En sortir. Et ver(t)s le haut.

Le capitalisme est-il dépassable? C'est la question qui fâche. Ou plutôt la ou les réponse(s). Ou leur absence.
On a compris depuis longtemps que les partis socio-démocrates n'ont (plus) aucune ambition à ce niveau. Ils sont devenus des gestionnaires du capitalisme, s'efforçant d'en éviter un excès de nuisances. "Sans nous, ce serait pire", serinent depuis leur ligne Maginot leurs représentants depuis quelques décennies. L'argument suprême.
"Le PS est engoncé dans sa culture gestionnaire de parti de gouvernement. Il est à la ramasse face à l'irruption de forces et d'idées nouvelles", déclarait récemment Eric Loiselet qui était tête de liste Europe-Ecologie en Champagne-Ardennes (1). On peut bien sûr se réjouir de la victoire de la gauche et du PS en particulier aux élections régionales en France ce dimanche. Mais à quoi servira cette victoire? A éviter un peu plus les dégâts de la droite, c'est déjà une bonne chose. Mais pas d'illusion: ne rêvons ni d'un grand soir ni d'une succession de quelques heureux matins. Aucun changement basique à l'horizon. Surtout pas de révolution. Même en souplesse. Juste des aménagements. Les actionnaires ne changeront pas leur projets de vacances.

Globalement, le PS belge est dans le même état d'esprit que son collègue français. Citta Verde, exemple parmi beaucoup d'autres, en témoigne. Le ministre-président de la Région wallonne, Rudy Demotte, se révèle clairement libéral au sens nord-américain du terme: socialement à gauche, économiquement à droite. On sent même une fascination. Chez Marcourt, ministre de l'économie, elle transpire.
Le problème, c'est que le PS est loin d'être le seul à manquer d'imagination. Et d'audace. C'est quasiment toute la gauche (toutes les gauches?) qui est "à la ramasse".
Dans le Vif de vendredi, une info interpellante concernant Ecolo. On y apprend que l'économiste Christian Arnsperger a relaté sur son blog une rencontre à laquelle il a participé au cabinet Nollet. "Le capitalisme, m'a-t-on fait comprendre, est incontournable comme moteur central de création de richesse. Il faut le harnacher, le discipliner, voire le contraindre en vue d'objectifs écologiques, mais il n'est pas dépassable vers un horizon post-capitaliste", explique-t-il. "Certains gros bonnets présents affirmaient haut et fort, rejoignant en cela le grand patronat, que l'autogestion, l'économie participative, la démocratie d'entreprise (...) n'avaient pas d'avenir et ne correspondaient pas à la nature de l'homme."
Houlà! Dès qu'on parle de nature, voilà le débat qui vire à droite. Le capitalisme serait-il naturel, au contraire d'une autogestion ardemment défendue par les créateurs du mouvement écologiste? Et Ecolo défend-il la nature face à la culture? Débat essentiel!
Christian Arnspeger explique sur son blog (2) s'être fait remonter les bretelles assez sèchement et... vertement par Jean-Marc Nollet, suite à la publication de ses propos dans le Vif. "Ecolo, souligne l'économiste, a été, jusqu'ici, le refuge de tant de progressistes et d'alternatifs que le problème se pose avec une acuité toute particulière."

Dans un texte précisément intitulé "Dépasser le capitalisme" (3), l'historien Roger Martinelli explique que "depuis plus d'un siècle et demi, les tenants de l'égaliberté sont tiraillés entre deux tentations. La première consiste à penser que, l'échange marchand qui fonde le capitalisme étant indépassable, il faut chercher à l'infléchir en corrigeant ses effets négatifs les plus criants. La seconde tentation part au contraire de l'hypothèse que, le capitalisme étant par nature producteur de polarisation sociale, la seule façon de parvenir à l'égalité est de le nier radicalement et de se projeter dans une autre société. Adaptation ou négation, recherche d'accomodement ou volonté de rupture, réformisme ou révolution: le mouvement critique (à base ouvrière pendant plus d'un siècle) s'est construit autour de cette tension originelle, oscillant entre les deux méthodes."
Le problème, c'est qu'aujourd'hui l'essentiel des forces de gauche, en Belgique comme en France a succombé à la première tentation. Ils appellent cela le réalisme.
Michel Onfray, lui, dans un entretien intitulé "Des microrésistances libertaires" (3), continue à rêver, avec les pieds sur terre: "Il faut agir, créer des coopératives, les fédérer, les mutualiser, inventer des banques de quartier, fédérer des combats locaux, mettre sur pied des structures d'éducation populaire et créer tout un maillage alternatif qui permet de sortir du fantasme de la révolution en bloc pour passer à la révolution en fragments."

Arnsperger lui aussi y croit. Il a rédigé un texte fondateur de son blog (c'est le tout premier, 12 février 2010): "Transition écologique et transition économique: Quels fondements pour la pensée? Quelles tâches pour l'action?" Il défend une transition en deux temps: du capitalisme gris au capitalisme vert, puis du capitalisme vert à un post capitalisme.

P.S.: et pendant ce temps-là, le Front National relève le menton en France. Face à la morgue des Le Pen père et fille, je ne peux m'empêcher de penser que TF1 et toutes les autres entreprises de crétinisation y sont pour quelque chose. Oui, comme dit Onfray, il faut travailler dans l'éducation populaire.
Allez, pour terminer, une citation de Desproges: "Il y a plus d'humanité dans l'oeil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son oeil."


(1) Terra Eco, mars 2010
(2) http://transitioneconomique.blogspot.com/ "Pas d'intimidation s'il vous plaît, 19 mars
(3) Post capitalisme, imaginer l'après - coordonné par Clémentine Autain, éditions Au diable vauvert, 2009

mardi 1 décembre 2009

Le tabac, c'est la santé (de l'économie)

Quelle mouche populiste a donc piqué Elio Di Rupo? S'il fallait une preuve de plus du socialibéralisme du Ps (avec un P de plus en plus gros et un s de plus en plus petit), son président vient de la donner. Elio Di Rupo s'oppose à l'interdiction du tabac dans les bistrots à partir de 2012. Les sénateurs - dont les représentants socialistes - venaient de décider cette interdiction. Mais Di Rupo craint pour la vie des cafés. "Avançons progressivement", dit-il. Alors que c'est précisément ce qui se passe, puisque l'usage du tabac est proscrit depuis plusieurs années dans les restaurants. Les discussions à la chambre ont donc été reportées. J'ai longtemps cru que le Ps défendait avant tout le "social", et donc, notamment, la santé "des gens". Faut-il rappeler au président Di Rupo que le tabac cause 20.000 morts chaque année en Belgique, dont 4.000 non fumeurs (1)? Et combien de morts sont causées par l'alcool? Mais le président du Ps semble avoir choisi son camp: plutôt sauver quinze ou vingt bistrots! Peut-on lui suggérer d'aller voir dans les autres pays européens qui ont déjà adopté depuis plusieurs années cette interdiction?
L'effet de cette sortie du président le plus influent du côté francophone sera, par ailleurs, intéressante à observer si on étudie la marge d'initiative et le pouvoir réel du parlement. La particratie et les calculs électoralistes auront-ils le dernier mot?

(1) selon l’Académie royale de médecine de Belgique, voir www.thinkabout.be/statistiques.htm