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vendredi 2 mai 2014

Nouvel aristo

C'est l'histoire d'un homme, jeune alors, qui fut un espoir pour de nombreux militants du Ps wallon. Il incarnait le changement, il allait rénover ce vieux parti gangréné par des affaires à répétition.
Vingt ans plus tard, c'est devenu un cumulard qui a fait reculer les règles de son parti pour pouvoir être partout. Le Ps du Hainaut occidental interdisait à un mandataire de ses rangs d'être à la fois parlementaire et bourgmestre ou échevin d'une ville de plus de cinquante mille habitants. L'imperator de Wallonie picarde a fait sauter la règle. C'était nécessaire car il est indispensable. Qui d'autre que lui pourrait à la fois présider le gouvernement wallon et celui de la Communauté française, tout en étant bourgmestre de Tournai (où il s'est auto-parachuté) et grand chef de la Wapi?
Rudy Demotte méprise les règles de l'institution qu'il préside. Il refuse d'être "bourgmestre empêché",  se dit "bourgmestre en titre", et donc, en dépit des décrets dont il est censé être le garant, bourgmestre de facto de Tournai, une ville avec laquelle il "communie" (sic - et on est prié de ne pas rire).
Aujourd'hui, ce bourgmestre qui ne peut l'être mais l'est quand même annonce qu'il rempilerait volontiers à la double fonction de ministre-président (1).
On voit par là que l'ambition personnelle est toute puissante et nuit à la démocratie. Et qu'il faudrait changer les règles: un seul mandat à la fois et deux ou trois au grand maximum, et puis céder la place. Passer de gouvernant à gouverné quand d'autres feront, pour un temps aussi limité, le chemin inverse. Il faut mettre fin au professionnalisme politique, à l'aristocratie élue (selon les terme de David Van Reybrouck) (2) dont le petit marquis de Wapi est l'illustration.

(1) www.lesoir.be/533791/article/actualite/belgique/elections-2014/2014-05-01/rudy-demotte-candidat-sa-propre-succession
(2) David Van Reybrouck: "Contre les élections", Babel - Actes Sud, 2014.

(re)lire aussi sur ce blog, notamment (il y en a beaucoup d'autres sur le même monarque):
- "Un homme providentiel", 18.02.2014.
- "Premiers communiants", 04.12.2012.
- "Pêcheurs empêchés", 13.10.2012.
- "Shizophrénie", 25.11.2011.

mercredi 27 février 2013

Ouverture des soldes

Le projet de communauté de communes du Val de Dendre (1) fait des vagues. Il intéresse certains bourgmestres. Il en fait fulminer d'autres. Qui n'hésitent pas à parler d'escobarderie (2). Ils témoignent ainsi à la fois de leur culture générale et de leur fureur. Un escobar est "un casuiste, un hypocrite qui résout adroitement et au mieux de ses intérêts les cas de conscience les plus délicats" (3). Le mot est tiré du nom du jésuite Escobar y Mendoza (XVIIe siècle).
Une escobarderie serait ainsi un adroit mensonge, un subterfuge, une tartuferie, pire: une fourberie.
L'accusation d'escobarderie à l'égard des assaillants de la Wallonie picarde (car c'est de cela qu'il s'agit) sous-entend que cette dernière n'est, elle, évidemment en rien une tartuferie. C'est une grande avancée pour le wallon picard.
En fait, le projet de Val de Dendre pourrait tout aussi bien être qualifié d'"escaut braderie".

(1) lire "Vu du donjon", 22 février 2013.
(2) www.rtbf.be/info/regions/detail_la-wallonie-picarde-a-t-elle-du-plomb-dans-l-aile?id=7934713
(3) Le Petit Robert

vendredi 22 février 2013

Vu du donjon

Il était une fois un marquisat où la vie était bien tranquille. Le marquis qui le régentait en avait pris, sans devoir batailler, le fief principal. Les bourgeois en chemise lui en avaient remis les clés dès qu'il s'était présenté aux portes de la ville. Les échevins et les prévôts étendaient au sol leur cape sur son passage pour lui éviter les passages boueux et les ornières pavées. Il avait imposé la paix des braves dans l'ensemble du marquisat. Les années s'annonçaient ronronnantes. Les sujets étaient presque réjouis.
Or voici qu'un baronnet nouveau qui aimait en découdre voulut faire de sa ville nouvellement conquise le fief de sa baronnie, celle du Val de Dendre. "Ralliez-vous à mon panache jaune et mauve", clama-t-il, "le marquisat nous ignore, nous les petits, nous les obscurs, nous les sans-grade". Le chevalier d'une bourgade campagnarde le soutint aussitôt. Il avait été l'écuyer du Marquis et l'écuage lui avait été pénible. Aussi ne dédaignait-il pas de lui tailler des croupières, en divisant en deux son marquisat.
Le Grand Sénéchal s'offusqua, en appelant à l'union sacrée du marquisat. "Il faut le garder en l'Etat, disait-il, sous la coupe de notre seul suzerain. Je serai plutôt de Motte que de Val. Le marquis est notre petit prince. Nous ne voulons pas de baronnies."
Mais d'autres chevaliers déjà prenaient fait et cause pour le baronnet.
Le feu couvait.

voir
www.rtl.be/info/belgique/societe/982526/le-bourgmestre-d-ath-met-le-feu-au-ps-en-wallonie-picarde
www.lavenir.net/article/detail.aspxarticleid=DMF20130221_00272084&postcode=7800

dimanche 3 février 2013

De la fierté du carrefour

La sous-région que l'on ne peut plus appeler "Hainaut occidental" (et encore moins sous-région) sous peine de se faire traiter de ringard, mais que la novlange a rebaptisée "Wallonie picarde" (ou, plus fun encore, "Wapi") (1) aime se présenter comme le carrefour de l'Europe.
Peut-être en est-elle un parmi beaucoup d'autres. J'en ai traversé de nombreux. Mais est-ce là son ambition? Est-on fier et heureux d'habiter dans un carrefour?
"On ne compte plus les régions ou métropoles qui se définissent comme étant au carrefour de l'Europe!, affirme l'économiste français Jean Gadrey (2). Curieux projet quand même: être un carrefour plutôt qu'un espace de vie largement autonome..."

(1) rappelons que c'est Rudy Demotte qui a voulu la fin de la phase H.O.
(2) in "Elus, on est là", Télérama, 23 janvier 2013.

dimanche 8 janvier 2012

Schtroumpfez-vous wapi?

Ce deuxième jour de l'année, à peine levé, il allume la radio. The Edwin Hawkins Singers chantent "Oh Wapi Days". Il va chercher son journal, Wap'Infos, y lit des articles annonçant la Wapiste aux Espoirs et le Wapi Jazz Festival, organisé par les Jeunesses Musicales de Wallonie picarde. Il découvre les têtes des candidates au titre tant convoité de Miss Wallonie picarde.
Il se rend à son rendez-vous chez l'ophtalmo à l'wopital, le C.H. Wapi. Au retour, il s'arrête chez le coiffeur, son salon ne s'appelle plus Diminue-Tif, il a été rebaptisé Wapitif. Au mur sont affichées des gravures représentant des espèces de cerf. Il ne cherche pas à comprendre. Le coiffeur lui explique qu'il faut être de son temps.
De retour chez lui, il consulte ses méls. L'agence culturelle, Culture Point Wapi, lui souhaite une Wapi New Year. A la télé régionale, celle de Wallonie picarde, après l'émission culinaire 'Wapi Chef", il apprend que la Chambre de Commerce et d'Industrie de Wallonie picarde réclame, de concert avec WapInvest, de nouveaux espaces pour des zones industrielles. Mais le ministre fait la sourde oreille. Il n'y a wapire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ne peut-il s'empêcher de penser. Une séquence aborde la disparition des abeilles. Les wapiculteurs sont très inquiets.
Il se dit que la Wallonie picarde, c'est le pays des schtroumpfs, dirigé par un grand schtroumpf, finalement pas plus grand que les autres. Tout le monde y parle schtroumpf et s'appelle de la même manière. C'est simple. C'est gentil. Un peu niais. Un peu inquiétant aussi.
La Wallonie schtroumpf, c'est quand même très schtroumpf, vous ne schtroumpfez pas?

lire aussi, notamment, "Encore un peu de Wapi?", billet du 24 octobre 2011

vendredi 25 novembre 2011

Schizophrénie

Régulièrement, les bourgmestres de ce qu'il faut (1) maintenant appeler la Wallonie picarde se réunissent. Sous la présidence de celui d'entre eux qui n'est plus bourgmestre (2), à savoir Rudy Demotte, petit père de cette même Wapi chérie (3). Ce fut encore le cas ce samedi 19 novembre. Ces maïeurs ont décidé d'envoyer au Gouvernement wallon une note dans laquelle ils contestent le rôle qu'ils doivent jouer en matière foncière dans le cadre de la définition des noyaux d'habitat telle qu'adoptée en septembre par le Gouvernement wallon (4). Rudy Demotte est d'accord avec eux, il les soutient. Il va donc, en tant que ministre-président de la Région wallonne, recevoir la lettre qu'il s'écrira à lui-même. Dans laquelle il pourra lire qu'il n'est pas d'accord avec ce qu'il a décidé. S'il la lit en réunion de gouvernement, sera-t-il d'accord avec la position de celui-ci ou avec celle de ses presque collègues bourgmestres de la Wapi chérie? On voit par là que le cumul des mandats conduit à des déchirements. Mais aussi que les contradictions n'ont jamais tué personne. On veut bien prendre les paris.

(1) sous peine de se faire rappeler à l'ordre, par courrier, par Rudy De Eerste lui-même.
(2) même s'il joue, avec l'aide de la presse d'ailleurs, à celui qui l'est à nouveau: exemple parmi d'autres, suite aux violences nocturnes à Tournai, Nord Eclair s'empresse d'interroger sur cette question Rudy Demotte, qui n'est - que l'on sache - ni bourgmestre de Tournai, ni membre du Conseil communal, ni commissaire de poice, ni Ministre de l'Intérieur.
(3) désormais, c'est l'appellation choisie et retenue ici-même pour désigner cette région que la terre entière nous envie.
(4) LLB, 21 novembre 2011

lundi 24 octobre 2011

Encore un peu de wapi

La Wallonie picarde est mise à toutes les sauces. C'est le cas de le dire. Voici qu'apparaît à présent le concours du "Wapi Chef". En y participant, on peut gagner "le tablier du concours Wapi chef" (1). Voilà qui donne envie. Mais on reste surpris: on croyait naïvement qu'en Wapi il n'y avait qu'un chef. Voilà qu'on les met en compétition. Tout arrive. Rudy Demotte serait donc prêt à mettre son titre en jeu. Va-t-il l'emporter grâce à sa recette de salade tournaisienne (son secret: un peu de tout)? Le suspense est entier.
Ceci dit, la Wapi n'a décidément plus de limite. Le centre hospitalier est wapi, le tourisme est wapi, la culture est wapi, le jazz est wapi, la Chambre de Commerce et d'Industrie est wapi, l'invest est wapi. Même l'Association mondiale des Détectives professionnels est WAPI (World Association of Professional Investingators). C'est dire si tout est Wapi. La sauce devient indigeste. Après le concours du Wapi Chef, devraient suivre bientôt le concours du Wapi larbin, celui de la Wapi soubrette, le concours de la plus belle carpette de Wapi. Les candidats se bousculent.

(1) L'Avenir, 22 octobre 2011

jeudi 1 septembre 2011

Monsieur Bricolage

Il l'explique à qui veut l'entendre (et de préférence aux journalistes): le soir, lorsqu'il revient de son harassante journée de travail de double ministre-président, il adore enfiler son bleu de travail et se lancer dans des travaux de plomberie ou d'électricité. Il faut croire qu'il en a déjà fini avec la rénovation de sa maison à Tournai, car voilà qu'il s'est lancé un nouveau défi: reconstruire le moulin à vent de Thimougies. Son effondrement un soir de tempête en 2008 (on parle ici du moulin) a désolé les habitants de ce petit village de l'entité tournaisienne. Ils ont créé une "Fondation Moulin de Thimougies", espérant qu'un jour ses ailes tourneront à nouveau là-haut sur la colline. Le ministre Lutgen, en charge du Patrimoine et de la Ruralité, s'était dit désolé: il ne pouvait rien faire, le moulin ayant été déclassé.
Mais le déjà-bourgmestre-de-Tournai-avant-même-les-élections
-après-tout-à-quoi-ça-sert en a décidé autrement et agi à sa manière. Elle est très personnelle. Rudy Demotte a bricolé un budget: le ministre Furlan, en charge du Tourisme, a - de manière totalement spontanée, comme on peut s'en douter - décidé de libérer 300 000 euros et la Ville de Tournai mettra le reste, on parle de 100 000 euros. C'est ce qu'a annoncé Demotte (1). Le problème, c'est que la majorité tournaisienne n'a jamais décidé de mettre la main à la poche. Elle n'a d'ailleurs pas été sollicitée en ce sens par la Fondation. Rudy Demotte a juste oublié qu'il n'est pas encore bourgmestre de Tournai (2). Il a décidé seul. Le consensualiste qu'il est a juste oublié de consulter les autorités concernées. Il a décidé à leur place. Il ne peut s'agir que d'un oubli. Ou d'une erreur de calendrier. Le sien indique déjà 2013. "Zut! Je me suis encore trompé d'année", a-t-il dû se dire. Comment lui en vouloir? Il sait que tout fait farine au moulin et le bleu de travail est sa tenue de campagne préférée.

En attendant, sa Wallonie picarde avance, quoi qu'en disent et en aient dit les pisse-vinaigre. Nord Eclair, le journal qui la célèbre un peu plus chaque jour, nous annonce que "ça y est la Wallonie picarde a sa pomme" (3). L'évènement est d'importance. Il s'agira de la "Transparente de Lesdain". Peut-on se permettre une suggestion? On passe à côté d'une occasion: on aurait pu la baptiser non pas "pomme de reinette", mais "pomme Wapi".
Nord Eclair consacre aussi une page aux "femmes tueuses de Wallonie picarde" (4). On voit par là que la Wallonie picarde regorge de talents et que le journal a de la ressource. Peut-on, sans mettre en doute ses capacités créatives, lui suggérer d'autres dossiers? Par exemple, les plus grands pédophiles de la Wapi, les plus beaux accidents de la route en Wapi, les crimes les plus atroces en Wapi, les cons de Wapi, les pires articles de Nord Eclair (édition spéciale). Vos propositions sont les bienvenues.

(1) lire "Demotte agace", par Laurent Dupuis, dans LLB de ce 1er septembre
(2) lire aussi sur ce blog "Un homme heureux", billet du 6 juin 2011
(3) Nord Eclair, 25 août 2011
(4) Nord Eclair, 31 août 2011

samedi 26 février 2011

Oh! Wapidées

Tout le monde ne peut avoir l'insigne chance d'habiter en Wallonie picarde. C'est dommage. C'est the place to be. Elle porte le charmant diminutif de Wapi. C'est joli, c'est léger, c'est bondissant. La Wapi, disent ses thuriféraires, fait envie. On ne sait trop de quoi. D'être la région qui fonctionne à la méthode Coué sans doute. Elle s'est fixé des objectifs audacieux, paraît-il. On les cherche. On en trouve. Mais ailleurs.
Voici, en vrac, quelques idées appliquées dans d'autres villes et régions qui pourraient pousser la Wapi dans la voie du développement et de l'intelligence durables. Au-delà des mots dont on peut se gargariser à l'envi.
- Eclairer les trottoirs avec l'énergie des piétons *: en marchant, un passant produit jusqu'à 70 watts; la mairie de Toulouse récupère cette énergie pour éclairer les réverbères. Des détecteurs de mouvements augmentent la puissance des lampes au passage des promeneurs. Ce qui permet de n'éclairer les trottoirs que quand y passent des piétons et d'économiser 70% d'énergie. Quand on sait que l'éclairage public représente 40% de la facture d'électricité d'une ville, on voit que les piétons ont de l'or dans les pieds (1).
- Récupérer la chaleur des eaux usées pour chauffer les bâtiments: à Valenciennes, la chaleur des eaux usées issues des douches et des lave-linge est récupérée et répond à 80% des besoins en chauffage de l'hôtel de ville (1).
- Limiter voire interdire l'entrée en ville de véhicules polluants: à Orléans et à Montpellier, cités médiévales, les véhicules de livraison classiques ne sont plus autorisés que le matin. En journée, place aux petits véhicules électriques (1).
- Interdire les sachets en plastique: à New Delhi, utiliser un sac plastique est désormais passible d'une amende de 1600 euros, voire de cinq ans de prison!
- Instaurer une journée (ou plus) sans viande: à Gand, le jeudi est végétarien. C'est tout bénéfice pour la santé et pour la planète (2).
- Créer une monnaie "responsable": les habitants du quartier Rabot-Blaisantvest, à Gand également, ont lancé en octobre dernier leur monnaie, le toreke, complémentaire à l'euro. Elle est utilisable dans les magasins bios, les transports en commun, les activités socialement responsables (3).
- Interdire les panneaux publicitaires dans l'espace public: c'est ce qu'a fait la ville de Sao Paulo au Brésil pour lutter contre la culture de consommation (4).
Quelques autres idées encore:
- Interdire désormais la construction de nouvelles maisons quatre façades: c'est économiser de l'énergie et de l'espace.
- Développer les énergies renouvelables jusqu'à viser les émissions zéro de CO2: c'est bon pour la planète. Et pour le moral.
- Travailler à une mobilité plus douce (on peut compter sur ses doigts les kilomètres de pistes cyclables en Wapi) et à une augmentation de la sécurité routière (en Wapi, c'est dramatique ce que les discothèques sont meurtrières dans leurs effets secondaires).
- Etendre les mesures agri-environnementales appliquées dans les parcs naturels à tout le secteur agricole en Wapdoowap.
- Raccourcir les circuits entre producteurs et consommateurs en agriculture.
- Utiliser des plastiques biodégradables (pour les yaourts par exemple), d'autant qu'on en fabrique en Youpi.
La liste n'est pas exhaustive. Si vous avez des idées, n'hésitez pas à les envoyer au Comité de Développement de la Wapdoowap (ou quelque chose de ce genre) qui visiblement en manque.
On a appris voilà deux jours que le village de Calonne et quelques agriculteurs vont être sacrifiés sur l'autel de l'économie-qui-a-toujours-raison et
du Holcim-est-plus-fort-que-vous-que-voulez-y-faire-?.

(1) LLB, 14.02.2011
(2) voir sur ce blog "Carnaval au moins une fois par semaine", 03.12.2009
(3) FinanCité Magazine, décembre 2010 - www.torekes.be
(4) interview de l'économiste Tim Jackson, Le Vif, 11.02.2011

* L'énergie des piétons, c'est mieux que l'énergie du désespoir. Défendons les piétons. Tant qu'il en reste.

mercredi 6 octobre 2010

L'Hercule picard

Daniel Senesael a fait sa rentrée. L'information, pour n'être pas capitale, est importante. Elle méritait de convoquer la presse, qui est d'ailleurs venue. Avec un sourire en coin, mais qui est venue, c'est là l'essentiel. Visiblement, le député-bourgmestre d'Estaimpuis a passé de bonnes vacances. Il est plus bronzé que jamais.
Il a intitulé sa conférence de presse: "Les 12 travaux de Daniel Senesael". Et là, avouons le, nous sommes pantois. Ainsi donc, Hercule, c'est lui. Pas plus qu'on ne soupçonnait Don Diego de la Vega sous le masque de Zorro, on n'imaginait que Daniel Senesael se cachait sous Hercule. Mais on y croit: parmi ses priorités figure l'état des routes wallonnes. Ce qui est simplement logique: "tout ce qui est humain m'intéresse", affirme-t-il à No Télé. On s'interroge: Hercule seul suffira-t-il à régler le problème? Et ce n'est là qu'un chantier parmi les douze auxquels il entend s'attaquer. L'hyperactif député agira dans tous les domaines. Mais c'est sa région qui a néanmoins sa préférence: "je suis spécialisé dans la Wallonie picarde", nous dit-il la main sur le coeur. Et sans rire.
On se dit que chaque bourgmestre, chaque échevin, chaque directeur d'entreprise, d'école ou d'administration, chaque artiste ou artisan devrait lui aussi à la rentrée faire état de ses projets, faire savoir qu'il bouge, qu'il est actif, qu'il se projette dans l'avenir. Voilà qui rassurerait les pessimistes et les grincheux. Et en particulier ceux qui raillent la Wallonie picarde. Elle est entre de bonnes mains.

lundi 19 avril 2010

Du consensualisme et du conflit

Le Courrier de l'Escaut de ce jour publie les deux interventions "écartées" de "wapi à chaud" (celle de Walter De Kuyssche et la mienne - voir billet en date du 13 avril ). Si elles l'ont été, explique une responsable de l'Agence culturelle, c'est parce que "les réactions (...) étaient beaucoup trop engagées politiquement et ne cadraient absolument pas dans la philosophie du numéro de "Wapi à chaud". Le comité de lecture a estimé qu'il ne fallait absolument pas entrer dans cette logique politicienne".
Que nos contributions ne cadrent pas avec la philosophie de ce bulletin, on le comprend rapidement en le lisant. On saisit bien l'objectif de "vente" de notre sous-région. Mais alors pourquoi nous avoir demandé un regard critique?
Nos analyses étaient donc "trop engagées politiquement". Elles sont engagées. C'est vrai. Trop? L'est-on jamais? Elles ne sont en aucun cas partisane. C'est vrai que parler de lutte contre le réchauffement climatique, de population du sud de la planète, de développement durable, d'éducation permanente, c'est politique. Je l'avoue. Tandis que le Projet de Développement de la Wallonie Picarde ne le serait donc pas. C'est à y perdre son latin. Et même son picard. Le projet de développement, faut-il croire, ne serait qu'un concept unanimiste. Ou presque. Rien de politique là-dedans, rassurez-vous.
Et si on en faisait enfin de la politique?
Dans une page Débats publiée dans la Libre Belgique du 10 avril dernier ("Le nouvel opium du peuple"), Marc Van Campenhoudt, directeur de la Revue Nouvelle, évoque le "brouillage des idéologies et ce centrisme diffus (qui) sont en effet en intime affinité avec une vision culturelle de l'action politique, économique, institutionnelle et sociale aujourd'hui envahissante, et que l'on pourrait nommer le consensualisme. (...) Le consensualisme est d'autant plus prégnant qu'il se conjugue dans les discours institutionnels comme dans les pratiques à une autre tendance, moins récente celle-là, de la vision culturelle du monde et des problèmes: la rationalité instrumentale et technique. (...) Hier on parlait plutôt de division et d'organisation rationnelles du travail, de progrès et d'entreprise. Aujourd'hui, on parle plutôt de performance, d'excellence, de synergie et de projet. Mais, au fond, la logique est la même: une approche techicienne des problèmes qui vise à mettre en oeuvre les moyens les adaptés aux fins poursuivies. (...) Les fins en question ne sont guère interrogées en fonction de valeurs et se laissent le plus souvent imposer de l'extérieur (s'adapter au changement, être concurrentiel, rester parmi les meilleurs, gérer les risques...), et surtout qu'à partir du moment où les problèmes sont définis comme purement techniques, ils sont anesthésiés politiquement et socialement. Lorsque la rationalité instrumentale et le consensualisme se combinent, leurs effets sont décuplés, avec pour conséquence principale de rendre plus difficile l'expression des désaccords et des conflits, de neutraliser la dynamique de coopération conflictuelle qui seule pemet la mobilisation collective nécessaire pour affronter réellement les problèmes, et d'alimenter dès lors tous les malaises."
Vive le conflit donc! En conclusion de son billet, Marc Van Campenhout interroge et appelle: "comprendra-t-on cette belle leçon de l'histoire? Dans le respect de l'autre, le conflit est le meilleur antidote de la violence et le ressort même de la démocratie et de la justice."
Si elle veut exister au-delà de la technocratie et de certains apparatchiks, si elle veut dépasser son mode incantatoire et son attitude déjà auto-satisfaite, la Wallonie picarde devra en passer par là.
Et maintenant, rideau! Je m'intéresserai désormais à d'autres thèmes autrement importants.

Post-scriptum: le Courrier de l'Escaut me présente comme "Ecolo". A tort. Ce n'est pas à ce titre, je pense, que j'avais été sollicité par Culture.Wapi. Et je ne suis plus membre d'Ecolo depuis la fin 2008. Je m'expliquerai un jour sur les raisons qui m'ont amené à ne pas renouveler ma carte de membre. L'une d'elles est précisément de me laisser une liberté d'expression la plus large possible. Même si je reste sympathisant et électeur. Et surtout toujours convaincu que l'écologie politique est la voie à suivre.

mardi 13 avril 2010

Wapi à froid

Comme beaucoup d'autres j'imagine, j'ai reçu hier par la poste, un exemplaire du tout nouveau "Wapi à chaud - reflets culturels du territoire". Un bulletin qui a - ça crève les yeux - pour objectif d'asséner un peu plus encore le nouveau nom de Wallonie picarde - ou plus familièrement de Wapi - auprès des décideurs et du secteur culturel et de glorifier notre belle sous-région, tellement en avance sur son temps que tout le monde nous envie.
Le 29 octobre 2009, j'avais reçu par courriel une demande de culture.wapi (ex-ACHO) qui souhaitait avoir mon avis sur le projet de territoire de la Wapi pour l'intéger dans cettte publication alors en devenir. "N'hésitez pas à vous carrer dans votre fauteuil et à vous exprimer sans faire de rond de jambe", me disait-on. Un message suivant m'indiquait que je pouvais "dresser un constat général du Projet, indiquer ses atouts, souligner ses faiblesses... A votre convenance, à votre envie..."
Je ne m'étais pas fait prier. N'ayant pas l'habitude des ronds de jambe et des révérences, l'exercice me convenait.
J'ai donc lu le Projet de Territoire de la Wallonie Picarde et couché sur papier mes réflexions. Personne ne s'étonnera de savoir qu'elles étaient pour le moins critiques. La demande était limitée à 2500 signes. C'était bien peu par rapport à ce que je voulais dire. Qu'à cela ne tienne, j'ai affiché sur mon blog l'ensemble de mes réflexions le 9 novembre et, le même jour, j'envoyais à culture.wapi une synthèse de ce texte en une seule page cette fois, pour répondre à la demande.
Je n'eus plus de nouvelles jusqu'à ce que je rencontre, à l'occasion de l'inauguration du crématorium de Frasnes (c'était le 22 janvier dernier), l'un des deux rédacteurs de "Wapi à chaud" (signataire de l'édito) qui me dit qu'il se verrait dans l'obligation de censurer mon texte, que "ils" ne l'accepteraient jamais. Je crus sincèrement à une plaisanterie. Pourquoi me demander un avis critique si c'est pour aussitôt le censurer? S'imaginaient-"ils" que je lirais ce projet en humant les effluves d'un encensoir? Et pourquoi me l'avoir demandé à moi? Il y a tant de gens gentils en Wapi (comme son nom l'indique).
Et voilà donc que je découvre le magazine hier. Mon texte en est totalement absent. Tout comme celui de Walter De Kuyssche qui avait reçu la même demande que moi. Je lis dans l'édito que "cette appellation de Wallonie picarde est déjà entrée dans l'imaginaire collectif". J'ai quelques doutes. En tout cas, dans ma réalité personnelle, elle y entre d'une triste manière.
Le slogan affirme que la Wapi est terre de coeur et de talent. Pas espace de débat visiblement.
Si la Wapi se cherche une sainte patronne (il faut bien rassembler tout le monde), je lui suggère Anastasie.

Ci-dessous le texte que j'ai envoyé à culture.wapi le 9 novembre (texte complet sur ce blog à la même date et avec le même titre).
Et ensuite, le texte que Walter De Kuyssche a envoyé (retrouvez d'autres réflexions de W. DK sur http://athois-la-terre.jimdo.com/).

WALLONIE PICARDE, OU EST L’AUDACE ?

Un important catalogue de projets intéressants, mais surtout de vœux pieux (et parfois vieux), voilà comment m’apparaît le « projet de territoire Wallonie picarde 2025 ». Un projet sympathique, trop consensuel, et de ce fait – à l’image de son diminutif - gentillet, sans ambition forte, sans choix déterminant.

Quid novi sub sole ?
Le développement durable est évoqué. Mais, comme d’autres thèmes, de manière floue et contradictoire. Et sans être posé comme la pierre angulaire du projet de territoire. D’autres régions, d’autres villes se sont donné, en la matière, des objectifs autrement forts, ambitionnant de se situer dès demain dans une perspective post-Kyoto, d’être en CO2 neutre à l’horizon 2020 ou 2025, de développer de réelles alternatives en termes d’énergie, de mobilité, d’axes économiques.
Comment comprendre qu’un projet comme celui du centre de loisirs et de glisse entende s’implanter, sans opposition politique majeure, au cœur du Parc naturel des Plaines de l’Escaut ? Aujourd’hui, on a l’impression que les surfaces agricoles (quelle est place de l’agriculture dans ce projet ?) n’ont plus pour vocation que d’accueillir de gigantesques centres commerciaux, des terrains de golfs, des lotissements d’habitations ou des zones d’activité économique toujours plus dévoreuses d’espace. La ville s’installe à la campagne !
Notre région réclame aujourd’hui des choix clairs, fermes, tranchés C’est sur le positionnement de la « Wapi » sur des dossiers comme ceux-là qu’on verra si elle a réellement une longueur d’avance.

La culture de qui, pour qui et avec qui ?
Le chapitre consacré à la culture, s’il comporte des propositions intéressantes, reste globalement faible. Quelle place pour l’éducation permanente ? Quelles réflexions par rapport à des politiques tant de démocratisation de la culture que de démocratie culturelle ? Comment réduire la fracture culturelle ? Comment mettre fin au désert culturel dans lequel vivent certaines de nos communes rurales ?
Que la région s’appuie sur les arts du cirque et de la rue, très bien, ils représentent quelques-uns de ses atouts majeurs. Qu’elle travaille à partir du patrimoine et du végétal, excellente idée ! Mais je me méfie des « événements » que certains entendent créer de toutes pièces. Quel est leur sens ? A quelles finalités répondent-ils ? Ils s’inscrivent le plus souvent dans une démarche de consommation et de promotion. Dans la « com’ ». Une com’ qui envahit un peu trop ce projet de territoire. Aux actes, citoyens !

Michel Guilbert (en son nom personnel)
Texte complet sur moeursethumeurs.blogspot.com – 09.11.09


Brève critique de Wallonie picarde 2025
Projet de territoire - Rapport du Conseil de Développement


Si je me souviens bien, hier, c’était un prof de l’UCL, un certain Michel Quévy, je crois, qui, au temps de la SIDEHO, tenait la vedette, prévoyant l’avenir et promettant le ciel et la terre. Aujourd’hui, c’est l’Institut Destrée.

Deux méthodes de travail et de pensée différentes, belles intelligences toutes les deux, mais qui ne me convainquent, ni l’une, ni l’autre. Mais que l’on ne s’inquiète pas, il y aura toujours des réfractaires et des incroyants dans les rangs.

Je pense, quant à moi, que la seule issue pour l’avenir probablement sombre ou pour le moins très difficile qui nous attend (cessons donc de penser en termes de croissance et de développement, alors qu’il y a la moitié du monde qui se trouve dans la misère et qu’un milliard d’humains meurent de faim) est de restituer les questions essentielles à la population. Ces questions n’appartiennent ni aux experts, ni aux spécialistes, ni aux scientifiques, ni aux politiques, ni aux industriels, ni aux financiers, qui se les sont appropriées. Elles appartiennent à tous les citoyens. Et tant que ceux-ci ne se seront pas (ré)approprié ces questions, nous auront beau faire.

Sait-on que nous changeons de monde et de civilisation ?

Quévy et « Destrée » sont de belles intelligences, font de belles démonstrations, élaborent de belles et superbes hypothèses et thèses, mais cela, à mon sens (mais qui suis-je pour juger ainsi ?) ne sert guère le « schmilblick ».

Demain, nous aurons davantage de chômeurs (d’autres spécialistes nous le prédisent) et la catastrophe des subprimes recommencera un jour prochain (d’autres super spécialistes nous le prédisent également), tandis que les gens, puisque l’on fait tout pour qu’il en soit ainsi, regarderont jouer au foot (avec ou sans l’Excel) ou iront se divertir ailleurs, tandis que des humains mourront de faim.

Alors, la « Wapi » et sa subordination à Lille-Métropole… ? Enfin. A chacun sa philosophie.

Sachons aussi que les gens de la région d’Ath-Lessines-Enghien (soit un tiers de la Wallonie Picarde – belle minorité !) trouvent essentiellement du travail à Bruxelles, vont surtout à l’université à Mons, à Bruxelles ou à Louvain-la-Neuve, fréquentent volontiers les hôpitaux universitaires de Bruxelles, vont souvent au cinéma, au musée, en sortie ou faire des courses à Bruxelles ou à Mons. Alors, Lille-Métropole… ? Pour ceux qui sont collés à la France, je peux bien comprendre leurs envies et fantasmes. Mais pour nous, ceux d’Ath-Lessines-Enghien, on rigole ou quoi ?

Ce texte est un texte technocratique (vocabulaire creux ; on peut tout y mettre), avec un toilettage communicationnel évident : lire le plan.

Diagnostic ? On relève les termes : fragile, vigoureux, confus, éclaté, menacé, bridé… Enjeux ? La veine n'est pas moins cocasse : gouvernance (gestion sans axe politique autre que le maintien de ce qui existe avec éventuel lifting), métropolisation, maîtriser, impulser, compétitivité du territoire, dualisation, redéploiement, etc.

Voudrait-on faire un sketch, toute la matière y est !

Cela me fait penser au Contrat d'Avenir pour la Wallonie que j'ai lu il y a 4 ou 5 ans, qui était de la même veine et dont personne ne parle plus. Il ne fallait rien oublier afin d'éviter toute critique ! Tout, tout y était, sauf… des axes forts et concrets.

La vraie question est : qui a commandé ce texte (ce n'est pas une étude, c'est une compilation) et combien cela a-t-il coûté ?

Walter De Kuyssche
Novembre 2009

lundi 12 avril 2010

Merci à Gaspard, Melchior et Balthazar

Ca y est! Voilà cinq ans qu'elle était attendue ou redoutée. Le Gouvernement wallon a pris sa décision et a modifié le plan de secteur Tournai-Leuze-Péruwelz pour la création d'un centre de loisirs initialement baptisé "centre européen des sports de glisse".
Les promoteurs ont été contraints et forcés d'oublier leurs grands rêves de création de montagnes en plaine et de tropiques en Belgique. Ils ont dû se contenter de la partie située au nord du canal. Ce qui n'est pas rien tout de même: 110 hectares (plutôt que les 350 convoités au départ). La zone de loisirs elle-même sera de 55 hectares et non de 90 comme le souhaitaient les promoteurs. Ce qui n'est pas rien non plus, on en conviendra. Pour le propriétaire des terres concernées, Charles-Antoine de Ligne, c'est évidemment le jackpot. Il va vendre ces terres à la Société du bois de Péronnes qui va mener le projet.
Un projet que l'architecte Anne Fourcade nous annonce comme "un vrai projet pilote sur le développement durable, un premier projet pilote européen en Wallonie picarde". On ne demande qu'à la croire, bien sûr. Mais on attend de voir. Les conditions sont définies cependant par le Gouvernement wallon, qui cadre et encadre le projet:
- le centre de loisirs devrait être précurseur au niveau énergétique, en tendant vers le zéro-CO2;
-en matière de mobilité, il ne comportera plus qu’un seul parking d’une capacité de 750 places (plutôt que deux, pour un total de 4000 véhicules). Et un parking de dissuasion devrait être mis en place, avec l’obligation d’une desserte bus payée par l’exploitant, et plus tard des navettes fluviales;
- un « rapport urbanistique et environnemental » encadrera la mise en œuvre du projet et un comité d’accompagnement (dont sera notamment membre le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut) en suivra la réalisation.

Dans sa conférence de presse, le Ministre Henry a évoqué un projet d'intégration "environnement et nature", "moderne", "anticipant la crise climatique et énergétique".
Dans son intervention, Anne Fourcade a parlé d'architecture passive. Si le projet a évolué, selon elle, c'est à cause de la crise économique et parce que les promoteurs l'ont voulu ainsi. On comprend par là que personne ne les a obligés à revoir leur copie...

Bizarrerie compensatoire imposée par certains membres du Gouvernement: le Grand Large de Péronnes sera partiellement agrandi. Cette "compensation alternative" n'en est pas une, elle ne tient pas la route! Dans son avis du 9 décembre 2008, la CRAT s’interrogeait « sur l’opportunité et la sécurité juridique d’une solution qui consiste à solliciter le financement d’une infrastructure (ici, l’agrandissement du Grand Large) par un « demandeur privé », alors que le plan de secteur n’est pas lié à une personne ». Inter-Environnement Wallonie faisait la même analyse.

Les trois bourgmestres d'Antoing, Brunehaut et Péruwelz, qui s'étaient complu dans le rôle de rois mages, en se précipitant se prosterner devant l'enfant qu'était le projet, ont mené jusqu'au bout leur travail de lobbyiste. Dans une lettre ouverte, ils se targuent d'être responsables du remaniement positif du projet. Ca ne coûte rien de le dire. Dans une chanson, Jacques Higelin dit "vaut mieux être gonflé que gonflant!". Mais on peut être les deux. Stéphane Diricq, dans le Courrier de l'Escaut, estime que "on appelle cela faire du lobbying ou de la retape. Bref, du racolage..."

En attendant, on ne peut qu'espérer que le projet qui verra (peut-être - voir Snow Games, bluff total) le jour à Maubray sera véritablement visionnaire. Sinon, la lutte se poursuivra. Sinon, si les promoteurs nous mènent en bateau, la Wallonie picarde devra être rebaptisée en Wallonie Picarpetland (*)

(*) selon le bon mot de Pierre V.

samedi 23 janvier 2010

La Wapi roule-t-elle en marche arrière?

Le monde à l'envers (voir billet précédent) réjouit l'ambassadeur de Rudy Demotte.
Le Courrier de l'Escaut (ce 23 janvier) nous apprend que pour Philippe Luyten, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Wallonie picarde et représentant personnel de Rudy Demotte (?) à l'Eurométropole, « si 2009 fut marqué par de mauvais indicateurs, des projets réjouissants devraient voir le jour en 2010 ». Il relève, parmi d'autres projets positifs dont la liaison Seine-Nord, le parc de loisirs de Péronnes-lez-Antoing. Je ne sais si monsieur l'ambassadeur connaît ce dossier et l'avalanche de critiques de toutes origines qu'il a suscitée, mais je ne saurais trop lui en conseiller la lecture. Si la Wallonie picarde veut vraiment s'inscrire dans le peloton de tête des régions qui s'inscrivent dans une logique de développement durable, on ne peut qu'espérer que ce dossier ne verra pas le jour en l'état.
Si ce devait être le cas, j'ai une proposition à formuler. Je sais que la région est à la recherche d'un événement fédérateur à son échelle. Certains ont suggéré un festival consacré à Bach. Je propose un festival de l'hypocrisie et de la langue de bois. Ce pourrait être un festival permanent. En fait, ça fait bien longtemps qu'il a commencé.

jeudi 21 janvier 2010

Wapitale

Je ne comprends plus rien à la Wallonie picarde. Ce n'est pas faute d'efforts, ce blog en témoigne. J'avais cru comprendre que c'était le nouveau nom du Hainaut Occidental. Donc que la Wapi (j'arrive à l'écrire sans rire! Quel progrès!) s'étendait de Comines à Enghien, de Rumes à la (future-ex-) capitale culturelle du H.O., Flobecq.
Il y a un an s'est créé le C.H.Wapi. Une appellation déjà évoquée ici, qui a fait s'escaffer les journalistes de la région. Derrière cet acronyme pétillant se cache le Centre hospitalier de Wallonie picarde. Entendez par là les cliniques et hôpitaux tournaisiens et la clinique de Péruwelz. Soit, on en conviendra, une partie assez réduite de cette Wapi que le monde entier nous envie. Et voilà que nous apprenons que l'implantation péruwelzienne, à peine absorbée, est supprimée. Voilà donc le C.H.Wapi résumé à Tournai.
La Wapi vire-t-elle à la Monaco: un "Etat" réduit à sa capitale? Rudy de Eerste, double ministre-président, futur-ex bourgmestre de Flobecq, bourgmestre auto-proclamé (quoiqu'encore putatif-mais-on-sait-ce-que-c'est) de Tournai, sera-t-il le prince Albert de la Wapi? Allez savoir pourquoi, je ne peux m'empêcher de penser qu'il en rêve chaque nuit. Et qu'il n'est pas le seul. Et c'est bien cela le pire. Le retour de l'opérette en quelque sorte. De l'Elysette à l'opérette, il n'y a qu'un pas.

jeudi 7 janvier 2010

Doornik, waar Rudy thuis is

Alleluia! Hosanna! Un sauveur nous est donné! Rudy Demotte descend sur Tournai. Le fils de Clovis va sauver cette ville qui, il l'a déclaré ce soir à No Télé, a besoin de sang neuf. Eh bien, ce sang, il nous l'offre, modestement, car "ce n'est pas une question d'homme, c'est une question de projet pour cette ville", a-t-il affirmé avec ce ton de componction sans égal qui fait son charme.
Une bonne partie de l'intelligentsia tournaisienne (s'il en est) frétille déjà d'un plaisir non dissimulé. Un tapis plus rouge que jamais lui est déroulé. Y compris par la presse.
On ne peut regretter qu'une chose, c'est que cette information nous arrive avec quatorze jours de retard. C'eût été tellement beau si elle avait été annoncée durant la nuit de Noël.
Mais ne boudons pas notre plaisir: elle est importante. Elle témoigne que Rudy Demotte, le candidat à tout (le candidat atout?) est un homme (politique) comme les autres, avide de pouvoir, toujours insatisfait. Voilà de quoi conforter ceux (peu nombreux, il est vrai) qui s'opposaient à sa canonisation. Trop tard, elle est déjà acquise. Demain (lisez: en octobre 2012), il sera bourgmestre de Tournai. Bourgmestre faisant fonction s'entend. Car il est inenvisageable que le grand homme de Flobecqtournai ne soit plus ministre à un niveau de pouvoir quelconque. Il déléguera la fonction de maïeur au candidat (socialiste) qui fera le plus de voix. Il a donc déjà gagné sa partie de polo.
Et pendant ce temps-là, la Région wallonne et son "Olivier" préparent un décret sur le non cumul de mandats. Seuls, 25% des parlementaires devraient être autorisés à cumuler mandat régional et mandat de bourgmestre ou d'échevin. C'est qu'il faut que les mandataires se donnent pleinement au mandat pour lequel ils se sont fait élire. Et la bonne gouvernance sera le fer de lance et blablabla. Rudy de Eerste et ses aficionados nous assureront bien sûr qu'il ne siègera pas au Collège communal tournaisien. Nous pouvons en convenir et parfaitement l'imaginer. Mais alors pourquoi se présenterait-il aux élections communales si c'est pour ne pas y siéger? L'électeur n'est-il pas pris pour un imbécile dans ce jeu de dupes? Pourquoi ce cumul à peine déguisé de mandats? Mais - bon sang, c'est bien sûr! by jove! - c'est pour redonner à Tournai une place que l'histoire lui a volée, c'est évident. Rudy l'irrésistible est à tu et à toi avec des Martine Aubry, des Stefan Declerck, des Pierre Mauroy. C'est l'homme qui tombe du ciel, l'homme providentiel. D'ailleurs, le JT de la RTBF en témoigne. La journaliste nous affirme que "du côté de la population, l'accueil est plutôt favorable". La preuve: la RTBF a interviewé un quidam qui passait devant la halle aux draps et qui trouve que la nouvelle est positive: Demotte est quand même quelqu'un de connu. CQFD. Merci, "la population", pour ce témoignage.
La Wallonie picarde est grande et Rudy est son prophète! Viva le grand mamamouchi!

P.S. (c'est le cas de le dire): ce qui m'inquiète, c'est Flobecq et son avenir. Sur son blog, Rudy Demotte ne cessait de nous dire tout le bonheur que représentait son village à ses yeux. Les Flobecquois n'ont plus que leurs yeux (à eux) pour pleurer. Ce que c'est qu'un destin!

lundi 14 décembre 2009

La Wallonie, à mille lieues de Copenhague

Cocorico! Le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, ne se sent plus de joie: la Wallonie est classée première de 61 zones d'Europe. Première région logistique d'Europe. Un des grands avantages, et de celui-là on peut effectivement se réjouir, c'est que la main d'oeuvre y est productive, qualifiée et multilingue. Pour le reste, qui dit logistique, dit entrepôt et infrastructures de transport. Le prix des terrains et des halls d'entreposage est faible chez nous. Traduisez: le sol (valeur première selon le Code wallon de l'aménagement du territoire) est bradé. Pour y construire d'immenses halls de stockage. C'est-à-dire des lieux qui ne sont pas des centres de production, mais de transit, à peu de valeur ajoutée. Et les autoroutes sont nombreuses et gratuites. Et génèrent des trafics de camions qui deviennent insupportables. A tous points de vue. Pour les riverains comme pour l'environnement. Ajoutons au tableau, pour qu'il soit complet, les aéroports de Gosselies et de Liège à la croissance constante, et nous comprenons de quoi nous pouvons être fiers: d'être une région qui résiste, envers et contre tout, à une évolution devenue indispensable. Voilà pourqwé, nos s'tons firs d'iesse wallons! Un mot encore, il paraît que Liège sera saturé à l'horizon 2020. Et ça, ça en jette vraiment, non?

Ici, au coeur de cette merveilleuse "Wallonie picarde" (dont j'ai malheureusement oublié le slogan *), ce sont les bourgmestres concernés par le projet d'un centre de glisse qui n'ose plus dire son nom qui font de la résistance. Quoi, s'étranglent-ils, le Ministre de l'Aménagement du Territoire demande aux promoteurs d'aménager leur projet pour l'adapter aux nécessités d'aujourd'hui? Mais c'est insensé, s'exclament-ils en choeur dans le Soir du 12 décembre!
Daniel Westrade, bourgmestre de Péruwelz, estime que «un projet comme celui-là sera mieux chez nous qu’ailleurs. Il est sans doute à revoir mais il est vraiment porteur pour notre territoire». On notera qu'il concède que le projet doit sans doute être revu.
Pierre Wacquier, son collègue de Brunehaut, se dit " un peu déçu par le ministre de tutelle. (...) On ne peut plus se permettre d’attendre, dit-il, car il ne faut pas oublier la création énorme d’emplois». C'est le même Pierre Wacquier qui, à propos du projet d'éoliennes à Saint-Maur, déclarait que « la Commune de Brunehaut attache une énorme importance à l’avis du Parc Naturel des Plaines de l’Escaut » (sur No Télé, le 26 avril 2008). Or le PNPE a remis un avis extrêmement défavorable au projet de Maubray. Un avis que le Parc a adopté à l'unanimité, les représentants de Brunehaut ont donc exprimé leur refus du projet. Rappelons d'ailleurs que la commune de Brunehaut a remis un avis critique sur le projet, refusant, notamment, sa partie sud. Ce qui est pris en compte par le cabinet Henry. Mais le bourgmestre de Brunehaut semble brouillé à jamais avec tout sens de la cohérence.
Quant à Bernard Bauwens, bourgmestre d’Antoing, lui au moins reste cohérent avec lui-même et demeure, contre vents et marées, le porte-parole des promoteurs: «une fois encore, on recule dans ce dossier. Les promoteurs en ont ras-le-bol, plus de dix millions ont déjà été dépensés depuis 5 ans ».
Pour Bobo et Wawa, l'enquête publique qui a suscité des milliers d'avis négatifs, très argumentés, de toutes origines, semble nulle et non avenue. Etrange conception de la démocratie.
Et Copenhague est bien loin. On se souvient que le bourgmestre d'Antoing, à l'issue de la projection du film "Une vérité qui dérange", s'était dit extrêmement préoccupé par l'évolution de la planète, avant de défendre ardemment un projet de centre de loisirs gaspilleur en eau, en nature, en énergie, producteur de CO2 et de trafic automobile.
Finalement, c'est vrai qu'une des forces de la Wallonie, c'est le multilinguisme. Ici, on pratique couramment le double langage.

* assez amusant: cherchant le slogan, j'ai tapé www.walloniepicarde.be et je suis tombé sur un site qui me souhaite la "bienvenue en Tournaisis". On dirait que le Hainaut Occidental bouge encore! (je n'ai pas trouvé le slogan)

lundi 9 novembre 2009

Wallonie picarde, où est l'audace?

Culture.wapi m'a demandé mon avis sur le projet de territoire de la Wallonie picarde 2025. Je lui ai envoyé une synthèse du texte qui suit.


Un important catalogue de projets intéressants, mais surtout de vœux pieux (et parfois vieux), voilà comment m’apparaît le "projet de territoire Wallonie picarde 2025". Un projet sympathique, trop consensuel, et de ce fait gentillet, sans ambition forte, sans choix déterminant.

Un projet qui par certains aspects réinvente l’eau chaude. Ou redécouvre la lune. "Il fallait se réunir pour être un vrai partenaire au sein de l’Eurométropole avec Lille et Courtrai" (1), déclare Christian Brotcorne. Rudy Demotte, lui, estime que la Wallonie picarde pourrait constituer un lien entre Lille et Bruxelles "à l’étroit dans sa région pour son développement économique" (1).
Ces propos-là, la SIDEHO les tenait déjà au début des années ’80 (j’y ai travaillé alors)… Mais, soit, sa place, le Hainaut occidental n’a pas su se la faire. La Wallonie picarde pourrait y arriver si elle était porteuse d’un projet réellement audacieux. Si…

Quid novi sub sole ?
Le développement durable est à la mode. Il est donc évidemment évoqué dans le projet de territoire. Mais on a l’impression que c’est pour la forme, pour rassurer. Parce qu’il est incontournable, comme on dit aujourd’hui.
Il est d’ailleurs abordé, comme d’autres thèmes, de manière floue et contradictoire. Ainsi est-il écrit (p. 45) que "le développement durable (…) doit devenir un mode de vie existentiel. Il ne faut pas braquer le développement durable sur l’environnement seulement.". Comme si les auteurs de ces propos voulaient ignorer ce qu’est réellement le développement durable, un équilibre entre l’économie, le social et l’environnement et que, en tout cas, ils voulaient laisser entendre entre les lignes qu’il n’en faut point abuser. Donc, traduisons: un mode de vie existentiel, de temps en temps. Si ça ne dérange pas trop...
A l’heure où le Sommet de Copenhague risque de capoter avant même d‘avoir commencé, le développement durable devrait être, doit être le fer de lance d’un projet de région. Les enjeux en la matière dépassent largement ceux d’une sous-région.
D’autres régions, d’autres pays, d’autres villes se sont donné, en la matière, des objectifs autrement forts, ambitionnant de se situer dès demain dans une perspective post-Kyoto, d’être en CO2 neutre à l’horizon 2020 ou 2025 (2) , de développer de réelles alternatives en termes d’énergie, de mobilité, d’axes économiques. Chez nous, on est loin de la longueur d’avance dont se targuent certains ténors de la région. On est plutôt dans la longueur de retard.
Lors de l’inauguration de la Maison du Parc naturel des Plaines de l’Escaut à Bonsecours, il y a quelques années, le ministre Rudy Demotte plaidait pour que la politique impulsée par les parcs naturels s’étende à l’ensemble d’un territoire qu’il n’appelait pas encore Wallonie picarde. Aujourd’hui, on a l’impression d’assister à un effet inverse. Un projet aussi pharaonique qu’anachronique de centre de loisirs entend s’implanter au cœur même de ce parc et, à l’une ou l’autre rare exception près, on n’entend pas protester les forces porteuses de la Wallonie picarde. Aujourd’hui, on a l’impression que les surfaces agricoles n’ont plus pour vocation que d’accueillir de gigantesques centres commerciaux, des terrains de golfs, des lotissements d’habitations ou des zones d’activité économique toujours plus dévoreuses d’espace. Il est des signes qui ne trompent pas. On sent les politiques frileux, soucieux de ménager plus la chèvre que le chou, de ne pas s’opposer aux volontés des promoteurs et à la toute-puissance de l’économie de marché.
Alors qu’il y a urgence. Qu’il faut aujourd’hui affirmer haut et fort des choix clairs, fermes, tranchés. Cesser de vouloir plaire à tout le monde. Pouvoir dire oui à des projets, non à d’autres. C’est l’audace et non une autosatisfaction béate ou un plan de com’ qui fera de la Wallonie picarde une région à la visibilité forte. Aux actes, citoyens !

Un peu de tout ?
Le projet de territoire additionne les idées d’hier et celles de demain. Sans faire de choix. Et multiplie donc des projets intéressants et leur contraire.
En matière de mobilité, dans un monde qui à tous points de vue s’asphyxie, on ne peut plus aujourd’hui poursuivre une politique de construction de nouvelles routes et de nouveaux accès autoroutiers. On trouve cependant encore des propositions en la matière. Le soutien au transport fluvial est affirmé, très bien, mais – sauf lecture trop rapide de ma part – je ne trouve pas grand chose sur le désengorgement de nos villes, sur les transports en commun et sur la mobilité douce.
La maîtrise de "l’évolution des espaces ruraux et urbains" est abordée (p.23), mais sa conception reste floue et autorise toutes les interprétations. On ne peut se contenter de vouloir densifier le cœur des agglomérations, il s’agit aussi de prendre des mesures strictes en matière de construction : oser mettre fin à la pratique de construction de "quatre façades", "énergivore" et "espaçovore", oser imposer des normes strictes en matière d’isolation des bâtiments, oser aller plus loin que les règles établies pour l’ensemble de la Wallonie. Du moins, si l’on entend réellement donner à notre sous-région une longueur d’avance et pouvoir affirmer sans rire qu’ailleurs on la regarde « avec respect » (3).

L’agriculture oubliée ?
Qu’est devenu le pompeux projet d’Agro Food Valley ? Quelle est la place de l’agriculture dans ce projet de région ? Je n’en trouve pas trace. A l’heure de la crise laitière, au lendemain de celles des hormones, de la vache folle, du poulet à la dioxine, de la crise agricole tout court, notre région a une carte à jouer. Une carte indispensable pour sauver un secteur vital mais menacé. Rien que sur le territoire du Parc naturel des Plaines de l’Escaut, 17% des agriculteurs ont disparu entre 1996 et 2009 (4).
Où sont les projets de valorisation des produits agricoles, la mise en place de circuits courts entre producteurs et consommateurs, les soutiens à une agriculture biologique ou à tout le moins raisonnée ? Où est l’opposition au bradage de nos campagnes, souvent soutenu, voire porté par Ideta et la Ville de Mouscron?

La culture de qui, pour qui et avec qui ?
Le chapitre consacré à la culture, s’il comporte des propositions intéressantes, reste globalement faible. Quelle place pour l’éducation permanente, outil d’autonomisation, de construction, d’analyse critique et d’apprentissage collectifs ? Quelles réflexions par rapport à des politiques tant de démocratisation de la culture que de démocratie culturelle ? Les dernières études sur les pratiques culturelles l’indiquent : la culture reste l’apanage des cultivés…. Et les pratiques sont globalement en baisse (5). Comment réduire la fracture culturelle ? Comment mettre fin au désert culturel dans lequel vivent certaines de nos communes rurales ?
Que la région s’appuie sur les arts du cirque et de la rue, très bien, ils représentent quelques-uns de ses atouts majeurs. Qu’elle travaille à partir du patrimoine et du végétal, excellente idée ! Mais je me méfie des « événements » que certains entendent créer de toutes pièces. Quel est leur sens ? A quelles finalités répondent-ils ? Ils s’inscrivent le plus souvent dans une démarche de consommation et de promotion. Dans la « com ». En animation socioculturelle, on parle de projets, plutôt que d’événements qui semblent tomber du ciel, sans réflexion en aval et en amont, sans ancrage par rapport à un public. L’idée de créer un festival Bach, pourquoi pas ? Mais aussi pourquoi ? Pourquoi pas, tant qu’à faire, un festival axé sur le Moyen Age, ou sur la pierre, ou sur la danse contemporaine, ou sur la cuisine, ou sur la video… ?
Le travail sur l’endogène, axe défendu par ailleurs, consiste aussi à soutenir les artistes, les organisateurs et les associations de chez nous qui doivent bricoler tous les jours pour boucler leur budget, quand des artistes de cour disposent de moyens appréciables. Une des priorités devrait être celle-là. Dans une vraie démarche de démocratie culturelle, en évitant une instrumentalisation de la culture à des fins économiques ou à des missions de relations publiques.

Jusqu’où ira la solidarité ?
Reste la question de la forme officielle que prendra cette Wallonie picarde, qui ira de pair avec la suppression des provinces. La communauté de communes devra disposer d’un conseil composé d’élus directs, qui se fixera des lignes politiques claires et les fera appliquer par son administration, à savoir les équipes des actuelles intercommunales. Les faire gérer par un pilote légitimement et directement élu devrait mettre fin à la technocratie actuellement dominante.
Enfin, et c’est fondamental, une péréquation financière doit être organisée. On assiste aujourd’hui à des tiraillements entre communes autour de projets économiques : à moi les recettes fiscales, à toi les nuisances. Un "pot commun" des recettes devra désormais permettre de sortir d’une vision localiste des projets et non seulement de penser, mais d’agir véritablement en transcommunalité.

Wap doo wap !
Enfin, je ne peux m’empêcher d’aborder la question du nouveau nom de la région. Le diminutif qui lui a été donné est grotesque. La "Wapi" a un côté gentillet, ludique, voire enfantin. On peut lire dans la presse qu’une importante opération de propagande (1) – aujourd’hui on appelle cela pudiquement de la com ‘ - sera menée pour faire passer la pilule.
C’est sur le positionnement de la Wapi sur des dossiers comme le Cora de Mouscron, les projets de centre de glisse de Maubray et de Lessines ou les nouvelles zones d’activité économique qu’on verra si elle a réellement une longueur d’avance, si elle n’est pas, comme je le crains jusqu’ici (et j’espère sincèrement me tromper), qu’une grande entreprise de com’.
Si elle est capable de dire non à des projets d’un autre temps et, par ailleurs, d’avoir une vision d’avenir et d’imposer des normes qui permettront de l’atteindre, elle n’aura alors pas besoin d’organiser un « buzz » (1) . Il se fera de lui-même.
Dans une chanson, il y a une trentaine d’années, Yves Simon disait : "si d’un gouvernement à un autre gouvernement, nous n’avons pas changé notre façon de tendre la main, c’est qu’un autre gouvernement ne peut rien pour nous et qu’il n’était pas aussi important qu’il ait changé".
Pour le paraphraser, aujourd’hui, on pourrait dire : "si notre région a changé de nom, mais que nous n’avons pas changé radicalement de politique, c’est qu’il n’était pas aussi important qu’elle change de nom".

(1) LLB, 30.10.09
(2) Ainsi, la Norvège s'est fixé un objectif de CO2 neutre pour 2030. Même objectif pour la ville de Copenhague en 2025. Ici et là apparaissent des zones d'activité économique "carbone neutre", en Flandre comme au Québec. Volvo Trucks à Gand fonctionne en CO2 neutre.
(3) R. Demotte in "La Wapi parle d'une même voix", LLB, 30.10.09
(4) Parc naturel des Plaines de l'Escaut, Plan stratégique 2010, p. 20
(5) M. Guérin: "Pratiques et consommations culturelles en Communauté française", Crisp n° 2031 - 2032

mercredi 4 novembre 2009

Les gens de droite ne le savent pas, mais ils sont de gauche

Le WAPIPS s'est réuni récemment. Le WAPIPS, c'est le Ps de Wallonie picarde. Il a du peps, le Wapips. Il soutient maintenant une politique d' "environnementalisme progressiste". Avec des volontés (qui m'apparaissent) positives, par exemple, de réfléchir à un plan du développement de l'éolien. Très bien. Ou encore, via des coopératives, de travailler à un retour des moyens de production d'énergie renouvelable pour "les gens". C'est important, les gens. On les oublie trop souvent les gens. D'ailleurs, les politiques le rappellent dans tous leurs discours que c'est ce qui est le plus important, les gens. C'est dire si c'est vrai. Mais qui les oublie finalement?
Rudy Oecuménique Demotte expliquait en même temps sur No Télé (02.11.09) que pour être entrepreneur, il faut être de gauche et que "le Ps est le parti de touky veut entreprendre".
J'en connais qui ont dû s'étrangler en apprenant qu'on allait désormais les appeler camarades.
En attendant, ça nous donne une belle nébuleuse. L'environnementalisme progressiste, je ne demande qu'à voir. Mais, allez savoir pourquoi, mon vieux scepticisme pointe le nez. Si tous les entrepreneurs sont de gauche (ce qui reste - on en conviendra - une hypothèse), sont-ils pour autant progressistes? Les patrons de Cora qui veulent implanter un méga-centre à l'extérieur de Mouscron, les promoteurs des centres de glisse de Lessines et de Maubray, les actionnaires des compagnies aériennes, les gestionnaires des aéroports et du circuit de Francorchamps sont-ils progressistes? Est-il progressiste l'inventeur du logiciel dont les patrons peuvent équiper les téléphones portables de leurs employés pour savoir à tout moment où ils se trouvent (vu au JT RTBF ce 3 novembre)?
Touky a encore bien des preuves à apporter de son progressisme.