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mardi 8 juillet 2025
Méchant Dieu
Dieu n'aime pas les Texans. Il est méchant. Si (actuellement) plus de cent personnes, dont vingt-huit enfants, ont perdu la vie et cent soixante autres sont portées disparues suite aux inondations qui ont dévasté le Texas, "c’était un acte de Dieu", affirme la porte-parole du Père Ubu. "Ce n’est pas la faute de l’administration si la crue est survenue à ce moment-là". Elle estime que "tenir le président Trump pour responsable de ces inondations est un mensonge odieux".
Dieu est responsable des catastrophes, Trump de rien. Même si son administration a réduit les effectifs dans les services fédéraux de prévisions météorologiques comme la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOOA) et le National Weather Service (NWS).
"Les défenseurs de l’environnement, explique Le Monde (1), répondent de leur côté que les coupes budgétaires dans les services météorologiques nationaux ont porté atteinte à la fiabilité des prévisions et des alertes. Les effectifs étaient au niveau habituel au NWS mais pas nécessairement le niveau d’expertise. Selon le New York Times, nombre de postes du NWS au Texas, dont six des 27 postes de l’agence d’Austin-San Antonio, qui couvre le comté de Kerr, n’étaient pas occupés par des titulaires lors des inondations. Le scientifique chargé d’émettre et de coordonner les alertes avec les responsables locaux avait quitté le NWS en avril, après dix-sept ans de service, à la suite de l’envoi par le bureau de l’efficacité gouvernementale créé par Elon Musk d’e-mails incitant les employés à prendre une retraite anticipée ou les menaçant d’être licenciés."
L’administration Trump a supprimé des centaines d’emplois au National Weather Service, réduisant d’au moins 20 % les effectifs dans près de la moitié des 122 bureaux de l’agence sur le terrain, rappelle encore Le Monde.
Mais ces coupes budgétaires n'ont évidemment rien à voir avec la mauvaise gestion des services météo. C'est Dieu qui a décidé de ces inondations qui ont coûté la vie à tous ces Texans dont vingt-huit enfants d’un centre de vacances chrétien. Peut-être Dieu reproche-t-il aux Texans leur production de pétrole, assassine pour le climat. En tout cas, c'est bien lui le responsable, jamais le Père Ubu. D'ailleurs lui, il est gentil. La preuve : Netanyahou l'a proposé pour le Prix Nobel de la Paix. Dieu ne l'a jamais eu.
lundi 29 novembre 2021
Le wokisme, loin des Lumières
Quand s'éveillent les woke ? Quand il fait noir ? A force de vouloir à toute force pratiquer l'inclusion et le respect de chacun, ils tombent dans la bêtise la plus abjecte. Leur crainte de choquer qui que ce soit les fait basculer dans l'obscurantisme. Des exemples de bêtise woke, on en a déjà en pagaille (1). En voici d'autres. Le pire est toujours possible.
Brown Sugar, un des grands titres des Rolling Stones, a été retiré du répertoire de leur tournée actuelle, No Filter. Cette chanson de 1971 "qui dénonce le racisme, l'esclavagisme et les abus sexuels des planteurs britanniques dans les Caraïbes" (2) est considérée par les woke comme "sexiste et constituant une offense aux femmes noires". On engage professeur capable d'apprendre aux mal réveillés à analyser un texte.
Au Texas, une nouvelle loi sur l'éducation oblige désormais les profs à "présenter ou respecter tout point de vue différent et se montrer sans parti pris" (3). Exemple pris par le fonctionnaire en charge de la réforme: l'Holocauste. Il faut donc comprendre que les négationnistes ont les mêmes droits que les historiens ou les victimes et que leur voix doit être entendue comme une autre.
A Toronto, on pense comme au Texas. La rencontre prévue, en février prochain, entre Nadia Murad et des étudiants de la ville a été annulée. La prix Nobel de la paix 2018, victime de l'islamisme, est accusée de « favoriser l’islamophobie ». Nadia Murad est une miraculée. " Réduite à l’état d’esclave sexuelle par les djihadistes de l’état islamique avant de réussir à s’enfuir en Allemagne, elle est, rappelle Franc-Tireur (4), un témoin majeur d’un génocide contemporain paradoxalement mal connu : celui des Yézidis. Minorité du Kurdistan irakien qui pratique une des plus anciennes religions monothéistes, les Yézidis sont haïs des islamistes, qui les surnomment les adorateurs du Diable. Les six frères de Nadia Murad ont été tués en 2014 lors de l’assaut des djihadistes à Sinjar, bastion des Yézidis. C’était le sort réservé aux hommes. Nadia Murad, elle, a été achetée, battue et violée à plusieurs reprises. C’était le sort réservé aux survivantes." Militante des droits de l'homme, elle est, depuis 2016, ambassadrice de bonne volonté de l'Organisation des Nations unies pour la dignité des victimes de la traite des êtres humains. Elle a reçu le prix Nobel de la Paix 2018, en même temps que Denis Mukwege, pour leurs efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre. Mais voilà que pour Helen Fisher, surintendante et membre de la direction du Conseil scolaire du district de Toronto (600 écoles et 250 000 étudiants), la victime est coupable. "Le Conseil scolaire se vante d’être parmi les plus inclusifs au monde, dans une des villes les plus multiculturalistes de la planète." Dès lors, Helen Fischer a fait interdire la rencontre prévue entre les étudiants et Nadia Murad autour de son livre "Pour que je sois la dernière". La sélection des lectures se doit d’être « équitable », rappelle-t-elle. Et voilà Nadia Murad accusée de « favoriser l’islamophobie » dans son livre. "Ah, si seulement les rescapés de crimes contre l’humanité pouvaient cesser de témoigner…, écrit Franc-Tireur. Islamistes, censeurs, paresseux et trouillards pourraient enfin dormir en paix." Et l'école pourrait se contenter de faire lire aux élèves les aventures des Bisounours.
(1) (Re)lire sur ce blog, par exemple: "Mal réveillées", 25.8.2021.
(2) P. Chesnet, "Woking Stones", Charlie Hebdo, 20.10.2021.
(3) P. Chesnet, "Bonnet d'âne", Charlie Hebdo, 20.10.2021.
(4) https://www.franc-tireur.fr/sois-nobel-et-tais-toi
(5) Nadia Murad, "Pour que je sois la dernière", éd. Fayard, 2018.
dimanche 3 septembre 2017
Rire de mourir
Charlie Hebdo devrait supprimer ses unes et commencer immédiatement par la page 2. Ses unes font trop souvent polémique. Récemment (1), c'est un dessin dénonçant la violence d'un certain islam qui choquait les culs bénis. Voilà que la une de mercredi dernier scandalise, nous dit-on, des élus et des journalistes américains. Elle est drôle, pourtant, cette une dont le dessin de Riss représente des drapeaux nazis à moitié immergés sous une pluie battante et des mains tendues qui sortent de l'eau. On y lit "Dieu existe! Il a noyé tous les néonazis du Texas!". Shocking pour de bonnes âmes américaines (2). L'une d'elles trouve cette une "méprisable" mais reconnaît que les dessinateurs de Charlie ont quand même "la bénédiction de Dieu pour la publier." Un autre affirme qu'il n'est plus Charlie. Un autre encore estime que par peur de l'islam Charlie s'attaque aux victimes de tempêtes. "Les terroristes musulmans ont gagné", affirme cet homme qui visiblement ne lit jamais Charlie Hebdo.
Ces braves Américains devraient, au contraire, se réjouir de voir que - enfin - Charlie Hebdo croit en l'existence de Dieu. Mais non, ils s'offusquent d'un dessin qui se moque non pas des victimes de l'ouragan mais des néonazis qui récemment se sont tristement illustrés à Charlottesville et à qui l'élection d'Ubu Trump semble avoir donné une vraie fierté et une arrogance insupportable.
Au-delà de l'incompréhension de tel ou tel dessin, se posent des questions: la caricature peut-elle être limitée? Doit-elle, peut-elle être, sans perdre son sens, politiquement correcte? Les néonazis ou les islamistes le sont-ils, eux, politiquement corrects? Et enfin ne peut-on rire de la mort, elle qui se rit de nous chaque jour?
L'humour nous fait rire tant qu'il ne nous touche pas personnellement. Le répertoire des Misters des Voix picardes, dont j'ai fait partie, ne comportait que des chansons "tristes et affligeantes". Nous chantions - à notre façon - la maladie, la mort, les accidents de la route, les violences familiales, les échecs, la dépression, le handicap et tant d'autres aspects noirs de la vie. Les spectateurs nous disaient avoir beaucoup ri, sauf, nous disait l'un, de cette chanson sur la maladie, lui qui venait d'en connaître une "longue et pénible"; sauf, nous disait une autre, de cette chanson sur le chômage, elle qui venait de le vivre trop longtemps; sauf, nous disait un troisième, de cette chanson sur la mort, lui qui l'avait trop souvent côtoyée. Mais toutes les autres les avaient fait beaucoup rire.
Si l'humour ne sert qu'à rire des autres et pas de soi a-t-il tout son sens?
Ceci dit, imaginer ces red necks texans, si fiers de la couleur de leur peau et se moquant de ceux qui n'ont pas la même, les imaginant donc, ces producteurs de pétrole victimes du dérèglement climatique, le cul (et le reste) dans l'eau me fait rire. Allez savoir pourquoi.
(1) sur ce blog, "Padam padam", 23 août 2017.
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/01/les-americains-choques-par-la-une-de-charlie-hebdo-sur-les-sinistres-dharvey_a_23193204/?utm_hp_ref=fr-homepage
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