Affichage des articles dont le libellé est éducation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est éducation. Afficher tous les articles

lundi 28 avril 2025

Les cahiers au feu et le prof au milieu

La bande de philistins qui tente de diriger les Etats-Unis s'est donné une grande mission : tout casser. A commencer par la science et l'éducation. "Nous devons, honnêtement et agressivement, attaquer les universités dans ce pays." C'est ce qu'avait déclaré en 2021 celui qui est devenu au début cette année vice-président des Etats-Unis, J.D. Vance, qui n'a visiblement jusqu'à présent impressionné personne par la finesse de ses analyses, sa hauteur de vue ou sa sagesse "Nous avons besoin de sagesse, avait-il affirmé, et il y avait de la sagesse dans ce que Richard Nixon a dit il y a quarante, cinquante ans : Les professeurs sont l'ennemi". 
On aurait aimé qu'il explique ce que signifie attaquer honnêtement ou encore en quoi il serait sage de s'attaquer aux enseignants, mais en est-il capable ?
Ces béotiens n'ont pas besoin de se justifier, l'échange, le débat, la discussion leur sont aussi étrangers que l'intérêt collectif. Donc, ils cognent, ils coupent, ils dépècent, ils mentent, ils insultent. Il faut leur reconnaître cela : dans ces domaines, ils ont de grandes compétences.
Ils coupent les vivres aux universités qui ne s'alignent pas sur leurs ukases, ils suppriment des organismes de recherche ou taillent dans leurs subventions, ils dépècent le ministère de l'Education.
Les universités ont été sommées de retirer de leurs programmes toute référence à la recherche sur l'environnement, sur les inégalités ou les discriminations. Quand on a cassé le thermomètre, on ne constate plus de fièvre. Ainsi le veut l'idéologie trumpienne, "improbable cocktail de nationalisme chrétien et de techno-fascisme crétin mixé dans le bureau ovale" (1). "Soyez (et soyons) encore plus stupides", serinent ceux que Giuliano da Empoli appelle "les ingénieurs du chaos". L'irrationnel devient la norme, "le savant est moqué et l'ignorant porté aux nues". L'ignorance n'empêche rien, au contraire : Ubu Trump est devenu président de la première nation mondiale. 

Avant lui, son collègue illibéral Vikor Orban avait déjà agi de la sorte : en 2010, il supprimait le ministère hongrois de l'Education nationale. Il ne cesse de restreindre l'autonomie des enseignants (ceux du public, les écoles catholiques et protestantes étant favorisées), d'augmenter leur charge de travail, d'intervenir dans le contenu des manuels scolaires. Il leur a même interdit la grève. Des milliers d'enseignants ont préféré démissionner. Ceux qui restent se résignent, par peur d'être dénoncés. (2)

Pendant ce temps (3), le tueur en série Poutine transforme les lycées russes en antichambres de l'armée. Plusieurs fois par semaine, les élèves, vêtus d'une tenue militaire, sont conditionnés au nationalisme et à la nécessité de prendre prochainement les armes pour défendre la patrie. 

"L'ignorance, c'est la force", proclame le Parti dirigé par Big Brother dans 1984  de George Orwell. 

(1) Olivier Pascal-Moussellard, "La guerre au savoir est déclarée", Télérama, 26.3.2025.
(2) Marc Belpois, "Orban, touche pas à ma fac !", Télérama, 16.4.2025.
(3) Un reportage dans le Journal d'Arte en témoignait récemment.

mercredi 8 mars 2023

Cette sainte haine des femmes

Les islamistes exècrent les mécréants (qui ne pense pas exactement comme eux est mécréant), mais plus que tout ils détestent les femmes. Surtout quand elles ont le culot de se révolter ou de vouloir se former. 
Depuis octobre, c'est par centaines que des écolières et des lycéennes ont été gravement intoxiquées dans leurs écoles en Iran. Fin février, au moins une trentaine (certains parlent d'une centaine) d'établissements scolaires ont été touchées par de mystérieuses attaques. Des objets s'apparentant à de petites bombes sont jetés dans l'enceinte des écoles, dégageant de la fumée et des odeurs extrêmement désagréables. Les jeunes filles étouffent, n'arrivent plus à respirer, souffrent de nausées, de maux de tête, d'engourdissements, de palpitations. Fin février, on dénombrait au moins 830 victimes, dont un grand nombre a été hospitalisé. Seules les écoles de filles sont visées, pas celles qui accueillent les garçons.
Les autorités minimisent. C'est "la nature faible" de ces jeunes filles qui explique leurs malaises. En réalité, tout laisse croire que c'est l'affaiblissement du régime des mollahs, secoué par une virulente contestation, qui est en cause. Il veut prouver sa force en s'attaquant aux filles. Dans un reportage, on entendait une mère jurer que plus jamais elle ne mettrait ses filles à l'école. C'est vraisemblablement le but visé.
"Au sein de la société iranienne, écrit Le Monde (1), de plus en plus de voix commencent à accuser le régime d’être derrière ces événements dans le but de revenir sur certaines libertés obtenues ces derniers mois par les contestataires. De fait, les femmes sont de plus en plus nombreuses à décider de ne plus couvrir leurs cheveux, en dépit de la loi iranienne qui l’impose. « L’empoisonnement dans les écoles de filles, dont le caractère intentionnel a été confirmé, n’est ni arbitraire ni accidentel. Toucher à la liberté vestimentaire acquise grâce à la contestation nécessite de répandre la peur », avertit sur Twitter le célèbre instituteur Mohammad Habibi, de Téhéran. Pour ce syndicaliste tout juste sorti de prison, le seul moyen d’arrêter cette mystérieuse série d’empoisonnements passe par une importante mobilisation du monde de l’éducation."

Même situation dans l'Afghanistan des talibans, ces soi-disants étudiants. Dans les années '90, 40% des médecins étaient des femmes, 70% des professeurs des écoles, 60% des professeurs d'universités, près de 50% des étudiants. Aujourd'hui, seules 14% des femmes savent lire (2).
La plupart des emplois sont interdits aux femmes, elles doivent se couvrir non seulement la tête mais aussi le visage, ne peuvent sortir qu'accompagnées d'un homme, ne peuvent accéder à l'université, pas plus qu'aux parcs publics. Les talibans autant que les mollahs iraniens haïssent les femmes, elles n'ont selon eux pour fonction que de tenir un ménage et faire des enfants. 
Faizan Mustafa rappelle (2) que Mahomet a dit : "Tout musulman homme ou femme doit rechercher la connaissance" et aussi "A qui prend le chemin de la recherche de la connaissance, Allah fera prendre l'un des chemins du paradis". Ce spécialiste en droit constitutionnel relève que Aïcha, la femme du Prophète, était une érudite, que le Coran ou les hadiths n'évoquent aucune interdiction pour les femmes d'acquérir des connaissances et que c'est une femme, Fatima Bint Muhammad Al-Fihriya, qui a créé une des premières universités modernes du monde, celle de Fès : l'université Al-Quaraouiyine. "Ce que les talibans font aux femmes est anti-islamique", dit-il.
Ce n'est pas une question de culture ou de religion, affirme Rina Amiri, envoyée spéciale américaine pour les droits des femmes et des filles. "La communauté mondiale, disait-elle en début d'année (3), doit s'élever contre ces pratiques extrémistes, ou les talibans se sentiront plus forts et inspireront d'autres atteintes aux droits des femmes, des filles et des populations vulnérables ailleurs dans le monde". Visiblement, c'est le cas en Iran à présent. 
"Etre une fille est aujourd'hui un crime haïssable, et ce soir je maudis le Créateur de m'avoir faite pour mener une existence si misérable et humiliante", écrivait récemment une étudiante afghane.

En Iran, les femmes emprisonnées parce qu'elles s'opposent au régime islamique sont violées. "Est-ce que c'est dans le Coran ?", demande l'avocate Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003 (4). "C'était un des slogans des manifestants : Est-ce que le viol, c'est écrit dans le Coran ? Avec ce simple slogan, le peuple leur a dit : vous n'êtes pas des religieux. Au fond, le peuple iranien a toujours été très laïque. Et a fortiori maintenant. Les Iraniens ont vu ce qu'était une religion qui gouverne. Ils sont devenus laïques."

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/01/en-iran-des-dizaines-d-ecolieres-victimes-d-intoxications-malveillantes_6163710_3210.html
A lire aussi : https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2023/03/05/en-iran-les-cas-dintoxication-continuent-lenquete-se-poursuit-des-echantillons-suspects-retrouves-43DW2BQJ4FCP7EIKXRHGF37UHE/
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/collegiennes-empoisonnees-en-iran-l-enquete-n-avance-pas_214841.html
(2) Faizan Mustafa, "Interdire l'université aux femmes est anti-islamique", The Indian Express  (Bombay), 28.12.2022 in Le Courrier international, 12.1.2023.
(3) Zahar Joya, "Etre une fille est un crime", Rukhshana Media (Kaboul), 5.1.2023, in Le Courrier international, 12.1.2023. 
(4) Rencontre avec Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003, Charlie Hebdo, 18.1.2023.
Sur le même sujet, (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/01/dieu-orphelin-de-naissance.html

lundi 29 novembre 2021

Le wokisme, loin des Lumières

Quand s'éveillent les woke ? Quand il fait noir ? A force de vouloir à toute force pratiquer l'inclusion et le respect de chacun, ils tombent dans la bêtise la plus abjecte. Leur crainte de choquer qui que ce soit les fait basculer dans l'obscurantisme. Des exemples de bêtise woke, on en a déjà en pagaille (1). En voici d'autres. Le pire est toujours possible. 

Brown Sugar, un des grands titres des Rolling Stones, a été retiré du répertoire de leur tournée actuelle, No Filter. Cette chanson de 1971 "qui dénonce le racisme, l'esclavagisme et les abus sexuels des planteurs britanniques dans les Caraïbes" (2) est considérée par les woke comme "sexiste et constituant une offense aux femmes noires". On engage professeur capable d'apprendre aux mal réveillés à analyser un texte.
Au Texas, une nouvelle loi sur l'éducation oblige désormais les profs à "présenter ou respecter tout point de vue différent et se montrer sans parti pris" (3). Exemple pris par le fonctionnaire en charge de la réforme: l'Holocauste. Il faut donc comprendre que les négationnistes ont les mêmes droits que les historiens ou les victimes et que leur voix doit être entendue comme une autre.
A Toronto, on pense comme au Texas. La rencontre prévue, en février prochain, entre Nadia Murad et des étudiants de la ville a été annulée. La prix Nobel de la paix 2018, victime de l'islamisme, est accusée de « favoriser l’islamophobie ». Nadia Murad est une miraculée. " Réduite à l’état d’esclave sexuelle par les djihadistes de l’état islamique avant de réussir à s’enfuir en Allemagne, elle est, rappelle Franc-Tireur (4), un témoin majeur d’un génocide contemporain paradoxalement mal connu : celui des Yézidis. Minorité du Kurdistan irakien qui pratique une des plus anciennes religions monothéistes, les Yézidis sont haïs des islamistes, qui les surnomment les adorateurs du Diable. Les six frères de Nadia Murad ont été tués en 2014 lors de l’assaut des djihadistes à Sinjar, bastion des Yézidis. C’était le sort réservé aux hommes. Nadia Murad, elle, a été achetée, battue et violée à plusieurs reprises. C’était le sort réservé aux survivantes." Militante des droits de l'homme, elle est, depuis 2016, ambassadrice de bonne volonté de l'Organisation des Nations unies pour la dignité des victimes de la traite des êtres humains. Elle a reçu le prix Nobel de la Paix 2018, en même temps que Denis Mukwege, pour leurs efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre. Mais voilà que pour Helen Fisher, surintendante et membre de la direction du Conseil scolaire du district de Toronto (600 écoles et 250 000 étudiants), la victime est coupable. "Le Conseil scolaire se vante d’être parmi les plus inclusifs au monde, dans une des villes les plus multiculturalistes de la planète." Dès lors, Helen Fischer a fait interdire la rencontre prévue entre les étudiants et Nadia Murad autour de son livre "Pour que je sois la dernière". La sélection des lectures se doit d’être « équitable », rappelle-t-elle. Et voilà Nadia Murad accusée de « favoriser l’islamophobie » dans son livre. "Ah, si seulement les rescapés de crimes contre l’humanité pouvaient cesser de témoigner…, écrit Franc-Tireur. Islamistes, censeurs, paresseux et trouillards pourraient enfin dormir en paix." Et l'école pourrait se contenter de faire lire aux élèves les aventures des Bisounours. 

(1) (Re)lire sur ce blog, par exemple: "Mal réveillées", 25.8.2021.
(2) P. Chesnet, "Woking Stones", Charlie Hebdo, 20.10.2021.
(3) P. Chesnet, "Bonnet d'âne", Charlie Hebdo, 20.10.2021.
(4) https://www.franc-tireur.fr/sois-nobel-et-tais-toi
(5) Nadia Murad, "Pour que je sois la dernière", éd. Fayard, 2018.

mardi 28 novembre 2017

Un monde en noir et blanc

Créer une forme d'apartheid pour lutter contre le racisme. C'est la lumineuse idée d'un syndicat d'enseignants, Sud Education 93: travailler en ateliers non mixtes dans le cadre d'un stage d'antiracisme qui vise à déconstruire les discriminations raciales à l'école à travers une "analyse du racisme d'Etat" censé gangréner l'Education nationale (1). Et c'est elle, cette Education nationale raciste, qui paie ce stage organisé par des "identaristes racialisants". Au programme: des ateliers et "des conférences données par des tenants du communautarisme anti-républicain". 
Si plusieurs ateliers sont communs, quelques-uns sont en non-mixité. Les enseignants racisés vont partager des "outils pour déconstruire les préjugés de race, de genre et de classe". Faut-il entendre par là que ceux qui ont été contruits et pratiqués - y compris donc en matière de genre et de classe - par des enseignants blancs n'ont aucun intérêt? Et pourquoi aborder ces questions de genre et de classe en fonction d'un critère de race (notion que tout le monde semble d'ailleurs laisser à la seule vieille extrême droite qui n'a toujours pas compris qu'il n'y a qu'une seule race: la race humaine)? Dans la même logique, les ateliers devraient alors être non-mixtes, mais les critères de séparation étant alors ceux du sexe et des classes sociales et non de la couleur de la peau.
Que se passera-t-il si des enseignants classés dans un des deux groupes veulent participer aux travaux de l'autre? Les organisateurs s'opposeront-ils au dialogue, appeleront-ils la police?
Un autre jour, les enseignants racisés partageront leurs expériences dans un atelier intitulé "quelle vie professionnelle pour les enseignant-e-s racisé-e-s?" Pendant ce temps, les "enseignant-e-s blanc-he-s" vont "interroger nos représentations et nos postures dominantes". Etant entendu que tout blanc est forcément dans une posture dominante. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa!, voilà ce que nous sommes censés, nous, salauds de blancs, dire chaque fois que nous assistons non pas seulement à un acte raciste mais à toute différence basée sur une prétendue race.
Le racisme existe, c'est une réalité que personne ne peut nier et qu'il faut combattre chaque instant. Mais recréer une forme d'apartheid, faire croire qu'il y a d'un côté de pauvres victimes et de l'autre de sombres coupables qui doivent se battre la coulpe n'apportera aucune solution et aucune nuance dans un monde qui en manque de plus en plus. Le Ministre de l'Education a, évidemment, condamné l'organisation d'un tel stage, qu'il considère comme "inconstitutionnel et inacceptable", estimant qu'on y "trie les membres sur base de leurs origines" (2).

Le syndicat va-t-il distribuer des certificats de racisés et de blancs? Comment définit-on un racisé? En fonction de son nom, de la couleur de sa peau? Met-on les blancs d'un côté, les autres de l'autre? Mais comment définir un "blanc"? Quelqu'un qui a des ascendants européens et africains, ou asiatiques et européens, ou antillais et européens est-il racisé ou blanc? Il y a dans les couleurs de peau tant de nuances. Un de mes amis, aux origines siciliennes, passe facilement pour un Arabe. Un autre, belgo-belge, passe aussi bien pour un Belge que pour un Arabe, un Iranien ou un Juif. Et je connais des personnes d'origine syrienne, iranienne ou marocaine qui ont l'air aussi "blanches" qu'un blanc. Mais je suppose qu'il s'agit là de questions et de réflexions de blanc qui prouvent simplement que je le suis.

Au programme du stage figure une critique des programmes d'histoire qui "servent le roman national", l'islamophobie, la romophobie, la négrophobie et un exposé sur la blanchité (3). Se pencheront-ils, les racisés, sur les racistes parmi eux? Parleront-ils de l'esclavagisme pratiqué aujourd'hui par des Arabes en Libye où des noirs qui fuient guerre et misère sont vendus comme du bétail? (4) Dénonceront-ils ces pratiques qui se poursuivent depuis toujours en Mauritanie (5) et dans les monarchies pétrolières? Rappeleront-ils le rôle de tribus arabes dans l'histoire de l'esclavage?
On est toujours le raciste d'un autre. Notre monde n'est pas en noir et blanc, en pauvres victimes et en méchants coupables. 

Il existe des stages permanents pour combattre le communautarisme, la séparation entre les citoyens et la bêtise. Ça s'appelle l'école de la République.
Qui peut croire qu'on peut progresser en réfléchissant chacun de son côté?
C'est moi qui ne comprends plus ou ce monde devient totalement fou?

(1) "Stage raciste", Marianne, 24.11.2017.
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/20/jean-michel-blanquer-condamne-le-stage-antiracisme-non-mixte-dun-syndicat_a_23283106/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) "Des réunions de SUD séparent les profs blancs et les racisés", Le Figaro, 20.11.2017.
(4) http://www.lemonde.fr/international/article/2017/11/19/libye-cinq-questions-sur-les-centres-de-detention-de-migrants-et-les-conditions-de-vie-qui-y-regnent_5217123_3210.htm
(5) "Bien que l’esclavage ait été officiellement aboli en 1981 et qu’il soit reconnu comme un crime dans le droit national, des organisations de défense des droits humains, dont SOS Esclaves et l’IRA, ont régulièrement dénoncé la persistance de cette pratique." (Rapport d'Amnesty International sur la Mauritanie - https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/mauritania/report-mauritania/

Post-scriptum:
- lire "Cultiver son racisme", Gérard Biard, Charlie Hebdo, ce mercredi 29 novembre.
- et les réflexions de Jean-François Kahn sur les dérives d'une certaine gauche: http://www.huffingtonpost.fr/jeanfrancois-kahn/sur-l-emergence-d-une-gauche-neo-reactionnaire-et-neoraciste_a_23296523/?utm_hp_ref=fr-homepage


mardi 31 octobre 2017

Noires écoles

A quoi sert l'école? Bien sûr à apprendre à lire et à écrire et à acquérir des connaissances scientifiques, mais aussi à apprendre à être critique, à cultiver le doute, à être autonome.
On est dès lors en droit se poser cette question: les écoles islamiques sont-elles des écoles? Le sont-elles encore les écoles, publiques ou privées, qui cèdent aux revendications islamiques, qui acceptent de ne pas enseigner (ou en tout cas de juste évoquer) la théorie de l'évolution, qui acceptent que filles et garçons soient séparés, que les filles soient cachées?
"Il faut être plus vigilant avec tout ce qui se fait en Europe, affirme la physicienne tunisienne Faouzia Farida Charfi (1), tous ces cours qui se donnent en parallèle de l'école en France, où l'on prétend enseigner l'islam. Je m'interroge. Quel islam est enseigné? Est-ce que ce sont des principes de solidarité, du vivre-ensemble? Ou bien attaque-t-on dans ces cours des théories scientifiques qui seraient contraires à la religion?". La physicienne s'effraie des islamistes "qui n'acceptent de savoir que le savoir islamique". Elle s'intéresse à la question de la science et de la religion depuis les années '70, depuis qu'elle a vu certains de ses étudiants refuser la théorie de la relativité restreinte: "ils n'acceptaient pas que la lumière puisse avoir une vitesse finie. La lumière ne pouvait être qu'infinie puisqu'elle relève de Dieu, c'est l'absolu." Aujourd'hui, elle voit des étudiants qui ne veulent "pas admettre d'autres vérités que la vérité de la Révélation", qui n'acceptent pas "qu'il puisse y avoir des  vérités scientifiques qui s'imposeraient indépendamment du fait religieux".

Dans les villes et les régions qu'il a dominées, le pseudo Etat islamique réduisait l'éducation des filles à l'école à l'étude du Coran et de la charia et à la couture et au tricot. Dans les livres scolaires du "Ministère de l'Education" de l'E.I., "les exercices d'anglais font tous référence au djihad et à la guerre. Les enfants apprennent apple comme gun, bazooka et mujahidin" et "le sens du mot woman se comprend par l'image d'une silhouette toute de noir vêtue" (2).
Mais il n'y a pas qu'à Raqqa ou à Mossoul que l'éducation s'est transformée en outil de régression et d'enfermement: "nos collégiennes se transforment en authentiques Belphégor", constate catastrophé un ancien principal de trois collèges des quartiers nord de Marseille. "Les garçons ainsi que les filles se mettent tous à pratiquer le ramadan et à réclamer de la nourriture halal. Sous peine d'être ostracisés, parfois battus par les plus violents du collège..." (3) Les responsables: des assocations d'aide aux devoirs, "financées par les collectivités locales dans le cadre du DSU (dotation de solidarité urbaine). Très proches parfois des imams les plus radicaux, notamment des salafistes, elles sont composées de jeunes gens qui, sous prétexte de charité, en profitent pour faire du prosélytisme exacerbé. C'est discret, assez sournois, mais terriblement efficace." Reste aux responsables des écoles concernées à tenter d'éviter le pire, à refuser le niqab à l'école, à déconstruire les propos haineux vis-à-vis des catholiques et des juifs, à respecter le programme des cours malgré les moqueries ou les insultes. Pas simple quand on constate que les "barbus" pratiquent l'infiltration: le même principal s'est ainsi rendu compte qu'un de ses meilleurs surveillants (un gars génial, sympa, cultivé, drôle) diffusait au sein du collège un livre, édité en Arabie saoudite et interdit en France, qui conseille de "lapider les femmes adultères et de couper les mains des voleurs". Le surveillant si sympa fréquentait la mosquée la plus radicale et la plus haineuse de Marseille.
Pauvreté sociale et pauvreté culturelle vont de pair. "C'est la misère qui fait le lit de l'islam radical", constate une prof de langue, musulmane peu pratiquante, qui pointe du doigts les imams manipulateurs qui prêchent la haine de la France. Moins les élèves seront instruits et critiques, plus ils seront sous la coupe des mosquées radicales. Quelle est donc cette éducation qui ne vise pas la lumière mais l'obscurité?

Heureusement, il existe des écoles en pays musulmans qui se donnent pour objectif de combattre l'obscurantisme religieux. Ainsi dans le plus grand d'entre eux, l'Indonésie. Là, des écoles enseignent l'égalité des genres en s'appuyant sur le Coran. D'après la directrice de l'école Diniyyah Puteri, créée il y a près de cent ans, "la parité entre les hommes et les femmes, aussi bien dans le domaine spirituel que dans la vie publique, est consignée dans le verset 97 de la sourate An-Nahl" (4). Une autre de ces écoles interdit à ses élèves de se marier à un âge précoce. "Chaque musulman et musulmane a le devoir d'étudier le plus longtemps possible", estime son directeur. L'éducation dans ces établissements enseigne aussi à ses élèves "à ne pas différencier les gens en fonction de leur ethnie, de leur religion ou de leur sexe." Une directrice explique que son école "invite ses élèves à étudier des courants de pensée différents de celui auquel ils adhèrent. De cette manière, ils peuvent approcher d'autres interprétations et apprendre à ne pas clamer que la leur est la seule valide."

Pendant ce temps, en Turquie, "les enseignants peuvent être incarcérés sans raison", tandis que le nombre d'élèves des écoles de formation d'imams et d'enseignement religieux explose: on en comptait 63.000 en 2000, ils sont plus d'un million aujourd'hui (5). 
Pendant ce temps, en France, en Belgique, en Grande-Bretagne et dans bien d'autres pays occidentaux, de bonnes âmes plaident pour que l'enseignement dans nos pays prenne en compte les spécificités de l'islam. Ce qui reviendrait à dire que les étudiants et étudiantes de culture musulmane ne soient pas formés à certaines sciences et que les filles ne soient formées qu'à quelques très rares professions. 
Pendant ce temps, une famille comme la famille Merah vit repliée sur elle-même, ne suivant que la loi coranique plutôt que celle de la République que certains de ses membres veulent "mettre à genoux". Un enfermement qui a fabriqué les assassins que l'on sait.
Tout le monde, ou presque, s'accorde à le dire: on ne sortira de l'islamisme et de sa violence que grâce à l'éducation. 
On voit par là qu'il y a urgence à soutenir l'école dans sa mission de base: rendre intelligent. Et  à chasser les professeurs d'obscurité et de haine.

(1) "Faouzia Farida Charfi", propos recueillis par Nicolas Delessale, Télérama, 4 octobre 2017.
(2) "Mossoul - Les femmes outragées, martyrisées, mais enfin libérées", Laurène Daycard, Causette, juin 2017.
(3) "Dieu rackette dans les cours d'école", Claude Ardid et Nadège Hubert, Charlie Hebdo, 13 septembre 2017.
(4) "Indonésie. Pour des femmes éduquées", Prihandoko, Andri el Faruqi, Nofika Dian Nugroho, Ivansyah et Eko Widianto, Tempo (Djakarta), 26.6.2017, in le Courrier international, 5.10.2017.
(5) "La Turquie est devenue un pays paranoïaque", Elif Shafak, The New York Times Syndicate, in le Courrier international, 12.10.2017.

mardi 8 novembre 2016

La démocratie et les crétins

Quelques heures d'angoisse encore et nous saurons. Nous saurons si le monde entier doit craindre le pire. Ce qui sera le cas si Dingo Trump devient président des Etats-Unis.
Une (trop) longue campagne de haine et de folie furieuse se termine. Sur quoi débouchera-t-elle? Si le candidat républicain s'est montré un peu moins abject ces derniers jours, c'est qu'il est contrôlé de près par son équipe de campagne qui lui a interdit de gérer lui-même son compte Twitter de crainte de nouveaux dérapages. Come le dit Barak Obama, quel confiance peut-on avoir en un homme aussi incapable de se maîtriser qui pourrait avoir demain la responsabilité d'utiliser ou non l'arme atomique? (1)

La candidature de Dingo pose question par rapport à la démocratie. On entend les politologues, les économistes, les journalistes nous expliquer que les électeurs de Trump sont les oubliés du "système", que la classe moyenne américaine et plus encore le prolétariat souffrent, qu'il suffisait autrefois d'un emploi pour faire vivre une famille quand il faut aujourd'hui deux, si pas quatre. Même si ces explications peuvent justifier un ressentiment et une envie de changement, aucune ne nous permet de comprendre pourquoi ces électeurs font le choix d'un candidat qui aurait plus sa place dans un hôpital psychiatrique qu'à la Maison blanche.
Faudra-t-il à l'avenir faire passer un test pyschologique aux candidats aux élections? Peut-on les laisser mentir impunément? Les laisser insulter tous ceux qui ne sont pas et ne pensent pas comme eux? En Europe, et ailleurs, toutes ses outrances auraient disqualifié Dingo Trump qui aurait rapidement été condamné par des tribunaux, mais pas aux Etats-Unis où la liberté d'expression est sans limite.

Comment un personnage aussi repoussant peut-il attirer tant d'électeurs? "En Israël, il séduit aussi", indique un article de Ha'Aretz (Tev-Aviv) (2), où certains se disent que Trump vaut quand même mieux qu'une femme ou qu'un Noir. Sans doute la même raison vaut-elle aux Etats-Unis. Le succès de Trump, c'est - notamment - la revanche de cette Amérique blanche qui a toujours haï ce président noir qui a en outre l'outrecuidance d'être un intellectuel et un homme élégant. Plutôt une brute stupide pourvu qu'elle soit masculine et blanche. Mais Trump est aussi un "révélateur du déclin de l'école américaine", estime the Daily Beast (New York) (3) Le journal constate que plusieurs enquêtes font apparaître que les millenials (les jeunes nés avec Internet) "n'ont pas seulement été privés d'une alphabétisation culturelle cruciale à l'école, comme les générations précédentes, mais ils méprisent la curiosité intellectuelle et la culture livresque". Ce que dénonce un professeur d'anglais de l'université Emory dans un ouvrage de 2008 intitulé The Dumbest Génération (Génération de crétins): "pour les jeunes Américains, écrit Mark Bauerlein, la vie n'a jamais été aussi généreuse, les biens aussi abondants, les études aussi accessibles et les libertés aussi fécondes. Les gains matériels sont évidents. (...) Mais ce sont des avancées superficielles. Comme le montrent les résultats des enquêtes, les connaissances et les aptitudes n'ont pas progressé au même rythme et les habitudes intellectuelles qui vont avec ne sont plus ce qu'elles étaient."
Les Dingo Trump, on l'a assez (?) dit ici, se multiplient, y compris en Europe où les leaders politiques aux analyses simplistes et aux programmes dangereux s'installent au pouvoir ou grimpent dans les sondages. La grande question reste celle de l'intelligence, de la capacité à être critique, à prendre de la distance, à utiliser des outils d'analyse. A l'heure d'Internet, les théories du complot et les jugements expéditifs ont bien plus de succès que les analyses nuancées et le bilans complexes. La presse - une certaine presse -  n'est pas en reste, qui déclare péremptoirement que les Américains n'ont que le choix entre la peste et le choléra. On peut reprocher bien des choses à Hillary Clinton, notamment ses liens avec le grand capital, mais elle ne représente pas un danger pour les Etats-Unis et l'ensemble de la planète. Trump si. Et comme l'écrivait hier Paul Krugman dans le New York Times (4), elle est parvenue à tenir le cap malgré les interventions agressives de Wikileaks (qui apparaît de plus en plus comme un outil perverti, voire pervers), du FBI, de Fox News et d'autre médias. Si elle l'emporte, ce sera grâce aux électeurs qui ne se sont pas laissés gagner par la haine mais qui ont gardé le sens des valeurs. Et qui savent combien une démocratie, fût-elle la plus grande du monde, peut être fragile.

(1) http://www.lalibre.be/actu/usa-2016/donald-trump-interdit-de-compte-twitter-par-ses-collaborateurs-5820334acd70fb896a663d3f
(2) 9 octobre, in le Courrier international, 27 octobre 2016.
(3) 25 septembre, in le Courrier international, 27 octobre 2016.
(4) http://www.nytimes.com/2016/11/07/opinion/how-to-rig-an-election.html?emc=eta1&_r=0

mercredi 7 septembre 2016

Ministres de l'Ignorance

Souvent le citoyen lambda s'étonne en voyant la composition des gouvernements et surtout la répartition des portefeuilles. Il s'interroge: quelle connaissance a de l'agriculture le ministre qui a ce secteur en charge? Quelles compétences en termes d'analyse financière a ce ministre du budget? Pourquoi a-t-on confié la culture à cette ministre qui reconnaît ne jamais lire de livre?
En Russie, la nouvelle ministre de l'Education et de la Science semble, elle, à sa place. Olga Vassilieva est diplômée d'histoire. Sauf qu'elle a une vision très personnelle de celle-ci. Cette grande admiratrice de Staline estime que "il n'est pas toujours utile de dévoiler la vérité historique" (1). Donc, l'histoire, oui, mais sans excès. Ou avec distance. Sans doute a-t-elle la même vision de la science: la théorie de l'évolution des espèces doit être, pour cette "spécialiste de l'Eglise orthodoxe", une théorie parmi d'autres, loin d'égaler l'explication créationniste du monde. Elle doit avoir semblable appréhension de l'arithmétique: elle considère qu'on a abusivement exagéré le nombre de victimes du régime stalinien. On peut aisément imaginer qu'elle doute qu'il ait fait vingt millions de morts. Puisque, pour elle, un million plus un million doit faire cent mille ou à peine plus. On ne peut rêver d'avoir des citoyens plus intelligents si on a à la tête des Etats semblables malhonnêtes intellectuels.
A Béziers, le maire entend adapter la réalité à sa vision nationaliste et dépassée (2). En Algérie, les islamistes imposent leur loi (3): les lycéennes sont renvoyées des écoles si elles ne sont pas voilées. Qu'y apprendront-elles? La couture? La cuisine? L'éducation des enfants?
Qui, sinon nous-mêmes, nous préservera de ces sombres crétins qui nous gouvernent?

(1) Boris Toumanov: "La personnalité - Olga Vassilieva", La Libre Belgique, 23 août 2016.
(2) voir billet précédent.
(3) http://www.lalibre.be/actu/international/les-islamistes-imposent-leur-loi-en-algerie-des-lyceennes-sans-voile-sont-renvoyees-57cf09fe35701f2d1170856d

dimanche 25 janvier 2015

Quitter les clichés

Ce qui mine les débats sur les attentats qu'a connus la France, c'est la généralisation. On dit les musulmans, les juifs, les Français, les journalistes, les politiques. C'est trop souvent le même sac qui est utilisé pour y fourrer tous ceux qui, vus de l'extérieur, ont l'air semblable. Pour certains, tous les blancs sont forcément chrétiens; pour d'autres, tous les journalistes mentent; pour d'autres encore, la communauté musulmane n'a strictement rien à voir avec ce qui s'est passé ou est au contraire responsable de tout. "Charlie, c'est pour les chrétiens", dit un gamin à son copain (1), ignorant que depuis sa création l'hebdomadaire a bouffé du curé bien plus que de l'imam.  "Tous les musulmans sont responsables", lancent des irresponsables d'extrême droite. C'est tellement pratique de pouvoir comprendre que les uns sont comme ceci, les autres comme cela. Les clichés sont censés aider à maîtriser une situation qui est en réalité extrêmement complexe. Les premiers à faire des amalgames avec les autres sont parfois ceux qui les dénoncent quand ils en sont victimes. L'ignorance est la mère de l'incompréhension qui elle-même s'alimente de rumeurs, de stigmatisations, de manque de recul et de réflexion.
D'où - on ne cesse de le dire et il semble que le Gouvernement français ait décidé d'investir dans le secteur - la nécessité de soutenir l'éducation et les enseignants. L'éducation permanente devrait également jouer son rôle, tant ces problèmes ne sont pas l'apanage des jeunes. Ils sont nombreux les adultes à qui on ne la fait pas et qui se la jouent Café du Commerce avec le premier copain croisé.
Il est temps d'équiper les enseignants, les éducateurs, les animateurs d'outils qui permettent de faire la part des choses entre science et croyance, entre critique des idées et attaques de personnes, entre humour et haine, entre travail journalistique et diffusion d'opinions et de rumeurs.
Il faut, disait une enseignante (2), que certains jeunes découvrent les gens qui vivent autour d'eux. On peut espérer la même ouverture de quantité d'adultes. Mais les amalgames sont confortables, les théories du complot fascinantes et l'auto-critique fatigante. On voit par là qu'il vaut mieux penser que croire.

(1) L'école de la désunion, L'Obs, 22 janvier 2015.
(2) France Musique, 13 janvier 2015, vers 8h15.

jeudi 18 octobre 2012

La fabrique

Comment former de bons Français? Des écoles privées françaises ont la réponse: en imposant aux élèves des règles extrêmement strictes, en les plaçant sous contrôle permanent. Dans cette école du Lot-et-Garonne, où s'est rendue une équipe de France 2 (1), les surveillants pistent les élèves dès qu'ils se rendent aux toilettes: il faut être prudent, ils pourraient s'y rendre pour fumer. Les noeuds de cravate des garçons doivent à tout moment, même pendant les pauses, être serrés au plus haut. Une jeune fille utilise son téléphone portable dans le parc: il est aussitôt confisqué pour un mois. "C'est l'école de la discipline", explique l'un de ses responsables. Traduisons: c'est une école fliquée. Et friquée aussi, puisqu'il en coûte aux parents la bagatelle de seize mille euros par an, pour que leurs enfants soient "bien élevés et bien cadrés". Les regards qui échappent aux jeunes, de moquerie, de défi, de colère rentrée, traduisent leurs sentiments. On sent bien que ces regards sont leurs seuls moyens d'expression.
Cette école fabriquera-t-elle de bons rebelles, de bons robots, de bons lobotomisés, de bons toxicomanes, de bons délinquants?

(1) JT de France 2, 12 octobre 2012, 20h.

lundi 14 novembre 2011

Intelligence humaine

Le JT de la RTBF (1) nous fait connaître une école pas comme les autres. L'IMCE d'Erquelinnes forme des jeunes aux métiers de la construction et de l'environnement. La majorité d'entre eux, si pas tous, sont en décrochage scolaire. Certains n'ont même jamais accroché à l'école, ont été expulsés de plusieurs établissements. D'autres sont passés par des IPPJ. Au total, 220 élèves qui n'ont pas trouvé leur place dans l'enseignement qu'on dit ordinaire et qu'on a classés dans les tiroirs "caractériels", "indisciplinés, "démotivés" ou "à problèmes".
On se souvient de ces amis enseignants qui nous disaient constater au quotidien combien le système scolaire n'est pas conçu pour les élèves, mais pour les profs. Ici, à Erquelinnes, l'offre scolaire est souple, elle part des besoins du jeune. "Nous adaptons notre structure à la progression du jeune", explique Christophe Quittelier, directeur de l'école (2).
Ces élèves difficiles n'avaient pas la possibilité d'intégrer une formation en alternance. Ici, ils l'ont enfin. L'école ne travaille pas seulement sur les connaissances et les compétences techniques, mais aussi - et parfois surtout - sur les compétences sociales de base, les règles de vie. Elle travaille aussi sur le projet personnel du jeune, sur la reconstruction de sa parole. "Le système scolaire promeut l'apprentissage du silence, estime Christophe Quittelier. Ici, nous avons développé des sas d'écoute qui permettent aux jeunes de réapprendre à parler." (2) Pour le directeur, le but principal de l'école est de permettre aux jeunes de répondre aux questions essentielles: qui suis-je? que veux-je faire de ma vie?
"Je ne suis plus violent comme je l'étais avant, maintenant j'ai changé", dit avec un regard convaincu un futur maçon. (1) Même s'il n'est que de 50% dans les sections horticulture et bois, le taux d'intégration professionnelle est de 80% en construction et en soudure.
On voit par là qu'on peut croire en l'homme et en son intelligence. C'est juste une question de voie. Et de confiance.

(1) 13 novembre 2011, 19h30
(2) Le Soir, 2 juin 2010