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mardi 23 juin 2026

Peuple de sourds

En 1962, Rachel Carson publiait "Le Printemps silencieux", un livre considéré par certains comme fondateur de l’écologie moderne. Elle y dénonçait cette chimie des champs tueuse de vie, les pesticides et en particulier le DDT.
En 1972, était publié le rapport Meadows sur les limites à la croissance : il pointait les risques pour la planète et l'humanité liés à l’épuisement des ressources naturelles, à la pollution et à la surpopulation.
La même année, Pierre Fournier, qui depuis plusieurs années consacrait ses pages de Charlie Hebdo à la nécessité du combat écologiste, créait le mensuel La Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde.
En 1974, René Dumont, premier candidat écologiste à l'élection présidentielle française, faisait sensation : portant devant la caméra un verre d'eau à ses lèvres, il disait : « Nous allons bientôt manquer de l'eau, et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. » La grande majorité des spectateurs a ri.
En 1992, il y eut le Sommet de la Terre à Rio, puis celui de Kyoto, des sommets, des COP, des conférences, dont celle de Paris en 2015. Le climat devait être sauvé de toute urgence. Il allait l'être. C'était comme si c'était fait.
Sans être majoritaires, les partis verts commençaient à s'imposer dans l'opinion publique et à co-gérer de nombreux niveaux de pouvoir un peu partout.
Depuis trente ans, des scientifiques du monde entier regroupés dans le GIEC, groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, regroupe des scientifiques du monde entier tirent sans relâche la sonnette d'alarme. Dans le désert.
Puis les partis écologistes se sont effondrés un peu partout, parfois minés de l'intérieur par les ambitions personnelles ou par l'engagement dans trop de combats annexes, parfois rejetés comme des prophètes de mauvais augure.
En 2006, Yves Paccalet publiait " L'humanité disparaîtra, bon débarras !".

Et nous y voilà. Nous en sommes là. Les solutions sont sur la table depuis bien des années, mais elles ont glissé dans des tiroirs. L'écologie serait punitive. Alors que c'est le capitalisme et nos modes de vie consommateurs, dépensiers, pollueurs et gaspilleurs qui, destructeurs de vie, nous punissent chaque jour. Nous voilà la tête enfoncée dans le sable, refusant de voir et d'entendre, alors que le feu nous brûle les fesses. Nous, c'est-à-dire les gouvernements et les (ir)responables politiques, du communal à l'international, les lobbies, les entreprises, la majorité des citoyens. Nous ne voulons pas toucher à notre confort, changer nos habitudes, alors qu'elles changent à toute vitesse et que la vie est menacée partout.
Et pendant ce temps, de sinistres et stupides commentateurs, continuent à ânonner, depuis leurs studios climatisés, que le changement climatique est un bobard. Méprisant toutes celles et tous ceux qui vivent et travaillent dans des conditions de plus en plus infernales. 

Les gens qui font de la politique ne comprennent pas que la terre, l'eau et l'air ont une volonté à eux. Moi, je le comprends parce que je travaille avec les éléments tous les jours. Notre gagne-pain en dépend. S'il pleut, on arrête de travailler. S'il fait 38°C dehors, nos ouvriers souffrent. Quand le sol est gelé, on ne peut pas poser de canalisations. Si nous ne nous adaptons pas à l'environnement, notre société fait faillite. (Il promena son regard sur la vaste étendue d'eau que les cristaux de sel faisaient scintiller.) C'est sûr que ce lac a une volonté bien à lui, mais il se moque complètement de la nôtre.
John Henry Tempest, entrepreneur en travaux publics, in "Refuge", Terry Tempest Williams (éd. Gallmeister, 2022)
 

mardi 8 juillet 2025

Méchant Dieu

Dieu n'aime pas les Texans. Il est méchant. Si  (actuellement) plus de cent personnes, dont vingt-huit enfants, ont perdu la vie et cent soixante autres sont portées disparues suite aux inondations qui ont dévasté le Texas, "c’était un acte de Dieu", affirme la porte-parole du Père Ubu. "Ce n’est pas la faute de l’administration si la crue est survenue à ce moment-là". Elle estime que "tenir le président Trump pour responsable de ces inondations est un mensonge odieux". 
Dieu est responsable des catastrophes, Trump de rien. Même si son administration a réduit les effectifs dans les services fédéraux de prévisions météorologiques comme la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOOA) et le National Weather Service (NWS).
"Les défenseurs de l’environnement, explique Le Monde (1), répondent de leur côté que les coupes budgétaires dans les services météorologiques nationaux ont porté atteinte à la fiabilité des prévisions et des alertes. Les effectifs étaient au niveau habituel au NWS mais pas nécessairement le niveau d’expertise. Selon le New York Times, nombre de postes du NWS au Texas, dont six des 27 postes de l’agence d’Austin-San Antonio, qui couvre le comté de Kerr, n’étaient pas occupés par des titulaires lors des inondations. Le scientifique chargé d’émettre et de coordonner les alertes avec les responsables locaux avait quitté le NWS en avril, après dix-sept ans de service, à la suite de l’envoi par le bureau de l’efficacité gouvernementale créé par Elon Musk d’e-mails incitant les employés à prendre une retraite anticipée ou les menaçant d’être licenciés."
L’administration Trump a supprimé des centaines d’emplois au National Weather Service, réduisant d’au moins 20 % les effectifs dans près de la moitié des 122 bureaux de l’agence sur le terrain, rappelle encore Le Monde.  
Mais ces coupes budgétaires n'ont évidemment rien à voir avec la mauvaise gestion des services météo. C'est Dieu qui a décidé de ces inondations qui ont coûté la vie à tous ces Texans dont vingt-huit enfants d’un centre de vacances chrétien. Peut-être Dieu reproche-t-il aux Texans leur production de pétrole, assassine pour le climat. En tout cas, c'est bien lui le responsable, jamais le Père Ubu. D'ailleurs lui, il est gentil. La preuve : Netanyahou l'a proposé pour le Prix Nobel de la Paix. Dieu ne l'a jamais eu.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/07/08/inondations-au-texas-alors-que-le-bilan-depasse-les-100-morts-les-republicains-sur-la-defensive-c-etait-un-acte-de-dieu-ce-n-est-pas-la-faute-de-l-administration_6619877_3244.html

mercredi 4 juillet 2018

Météos mollissantes

Juillet signe le retour de la météo des plages. Il fut déjà question ici de la diversité des météos: celle des plages en été, celle des neiges en hiver, et même celle des routes toute l'année dans une émision radio de la RTBF autrefois. La météo se fait ponctuelle. Nous avons hélas perdu la si poétique météo marine de France Inter. On n'entend plus annoncer les mers calmes devenant agitées, les avis de coups de vent mollissant sur Circéo, Iroise, Cromarty, Pazenn et Fisher. 
Mais pourquoi, nous interrogions-nous, n'a-t-on pas droit à la météo des pistes cyclables? Et pourquoi pas celle des voies ferrées ou navigables? Et tant qu'à faire, si ce n'est pas abuser, nous aimerions avoir la météo des sentiers de randonnée, celle des coins à champignons, des rivières gelées où patiner, des petits chemins qui sentent la noisette, des étangs de pêche, des forêts où entendre le brame du cerf, des jardins publics, des terrasses de bistrots, des chemins de traverse, des culs-de-sac, des voies latérales. Et celle des grands boulevards, pour pouvoir programmer nos flâneries. 
Quant à la météo des plages, pourquoi n'y avons-nous droit qu'en été? Pourquoi ne peut-on savoir s'il y aura beaucoup de vent sur la plage pour s'y balader en hiver et sortir son chien ou son cerf-volant? Beaucoup de pluie pour s'y promener, avec un ciré et quelqu'un qu'on aime, en automne? La plage n'existe-t-elle qu'en juillet-août?

pour hector et pascale, amber, tamise, fanette et sa famille
finistère rêvé le matin à l'est
Ile de Ré 4 à 6
pique-nique souriant ouest
vent sud-est revenant ouest sur ses fesses à midi près du cap
pour fanette ce lundi vent d'ouest récré 3 à 5
puis fraises et champs 5 à 6
mère joyeuse en fin d'après-midi
pour amber et tamise
odeur forte
des pleurs des cris 4 à 6 le soir puis virant nord-ouest
mère calme devenant agitée 6 à 8
débordée par ses enfants
des averses des rafales sur lits superposés
montée chromatique sur ouessant
père à l'ouest malgré lui
venant lui prêter main forte
molissant 3 à 5 7 nuits sur 7
revenant sud la matin

Camille, Waves (album "Music Hole")
https://www.youtube.com/watch?v=lOnNzqw3nCc



mercredi 13 août 2014

Temps grincheux

Le temps qu'il fait actuellement - cet automne avant l'heure - ne convient pas aux professionnels français du tourisme. Ils se plaignent auprès des météorologistes: ceux-ci annoncent trop d'alertes d'orage. Ces messages sont anxiogènes, disent-ils, ils sapent le moral des touristes. Ils incitent les vacanciers à rester chez eux ou à aller voir ailleurs qu'en France, là où ils sont plus sûrs de trouver du soleil. Il ne faudrait pas annoncer les orages, laisser la surprise à chacun. Elle n'en sera que plus belle.
Globalement, quand on voit le temps qu'il a fait, on constate que 80% des alertes étaient justifiées, se défend un météorologiste (1).
Il y a quelques semaines, la météo annonçait des orages violents dans la région où je vis. A l'autre bout du village, un camping a été dévasté par une mini-tornade, sans faire de victime heureusement. Le patron du camping - un professionnel du tourisme donc - s'est plaint: il a été pris par surprise, il a autre chose à faire que de suivre la météo. "On" aurait pu le prévenir, dit-il.
Résumons-nous: le métier de météorologiste est difficile. Le professionnel du tourisme aussi.

(1) Journal, France 3, 12 août 2014, 19h30.

samedi 26 juin 2010

Météo ciblée

En été, on a droit à la météo des plages. En hiver, à celle des pistes de ski. Pendant un moment, la RTBF radio nous a proposé la météo des routes. Comme si le temps y était différent qu'ailleurs dans le pays. Je découvre maintenant sur Euronews la météo des aéroports. On voit par là qu'on n'arrête pas le progrès. A quand la météo des pistes cyclables?