Affichage des articles dont le libellé est consensualisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est consensualisme. Afficher tous les articles

mardi 11 janvier 2011

Tiédeurs wallonnes

C'est Karel De Gucht qui l'affirme: "la Wallonie a deux visages: au niveau régional, elle mène une politique libérale, et les employeurs wallons n'ont d'ailleurs pas de problèmes avec le gouvernement régional. En revanche, la Wallonie pratique une approche beaucoup plus à gauche au niveau fédéral, là où s'organise la protection sociale" (1). On ne peut lui donner entièrement tort. On lui fera quand même remarquer que le ministre écolo Philippe Henry a refusé le projet Citta (peu) Verde à Farciennes et qu'il a bien cadré le projet dit de Centre de glisse à Antoing, deux beaux projets d'essence libérale très soutenus par le Ps. Pour le reste, on sera assez d'accord avec lui pour convenir que si la Wallonie est essentiellement sous la menée du Ps depuis trente ans, la politique qui la (et le) guide est plutôt, effectivement, de nature socio-libérale. Le pilote actuel du Gouvernement wallon aime d'ailleurs parfois se qualifier de manager. Le vocabulaire est un indicateur intéressant. Le Ministre-Président wallon a des accents libéraux. "L'avenir-Le Courrier de l'Escaut" le laisse entendre sous le titre "les voeux d'un socialiste... réformateur". Dimanche, Rudy W.P. Demotte recevait le tout Tournai à la Halle aux Draps. On s'y bousculait pour témoigner son allégeance au premier bourgmestre non élu de Tournai. Une heure et demie de serrements de mains n'a pas suffi, nous dit le journal, les invités étaient trop nombreux. "Du discours proprement dit, écrit Géry Eykerman, on retiendra la tonalité socio-économique marquée. Si Louis Michel parlait volontiers de libéralisme social, Rudy Demotte n'emploie certes pas celle de socialisme réformateur, mais pas une phrase prononcée par lui n'aurait écorché une bouche bleue."
Les fidèles lecteurs de ce blog savent que j'ai tendance à me répéter, j'ai déjà dit maintes fois combien je déplore que le Ps et la majorité de ses ténors aient opté depuis longtemps pour le socialibéralisme. Rudy Demotte en est l'incarnation même. Un socialibéral est un adepte du consensualisme, ce qui signifie qu'il a le conflit en horreur, il ne s'énerve pas, il est plus lisse que lisse. Il comprend chacun et est d'accord avec tout le monde. Il pense et penche à gauche, mais comprend parfaitement la droite. D'ailleurs, il trouve que ce sont des notions dépassées ou à dépasser. Il soutient l'économie génératrice de croissance parce qu'elle crée de la richesse qui elle-même doit être redistribuée pour assurer une certaine justice sociale. C'est la doctrine du socialibéral. Il a le souci des gens, donc de l'argent et inversement. Il reconnaît que ce sont les marchés qui font la loi, même s'il admet qu'il faut, ou en en tout cas faudrait, les réguler. En fait, il pense de tous côtés. Il est à lui seul une synthèse politique. On se dit que les partis ne devraient plus exister. Il suffit. La preuve, c'est qu'il a créé le consensus autour de lui. Tout le monde lui baise les pieds et lui reconnaît une grande intelligence. Il a effectivement l'intelligence de se placer au centre. Dans tous les sens du terme.
La girouette aussi est au centre de son mât.
"Ce qui m'indigne, c'est le consensualisme, qui m'apparaît comme une des négations de la personne humaine. Il se traduit par l'immobilisme, l'inertie, tout ce qui fait que rien ne bouge, que chacun se contente de la bonne parole sans lendemain. la pensée unique réduit l'originalité, limite la créativité, banalise l'action. Elle aboutit non à une censure, mais à une autocensure et donc à l'inaction", déclarait récemment dans "Marianne" (2) Olivier Metzner, avocat à la cour (France).

(1) Le Vif/l'Express, 10.12.2010
(2) dans le dossier sur l'indignation, Marianne, 01.01.2011

lundi 19 avril 2010

Du consensualisme et du conflit

Le Courrier de l'Escaut de ce jour publie les deux interventions "écartées" de "wapi à chaud" (celle de Walter De Kuyssche et la mienne - voir billet en date du 13 avril ). Si elles l'ont été, explique une responsable de l'Agence culturelle, c'est parce que "les réactions (...) étaient beaucoup trop engagées politiquement et ne cadraient absolument pas dans la philosophie du numéro de "Wapi à chaud". Le comité de lecture a estimé qu'il ne fallait absolument pas entrer dans cette logique politicienne".
Que nos contributions ne cadrent pas avec la philosophie de ce bulletin, on le comprend rapidement en le lisant. On saisit bien l'objectif de "vente" de notre sous-région. Mais alors pourquoi nous avoir demandé un regard critique?
Nos analyses étaient donc "trop engagées politiquement". Elles sont engagées. C'est vrai. Trop? L'est-on jamais? Elles ne sont en aucun cas partisane. C'est vrai que parler de lutte contre le réchauffement climatique, de population du sud de la planète, de développement durable, d'éducation permanente, c'est politique. Je l'avoue. Tandis que le Projet de Développement de la Wallonie Picarde ne le serait donc pas. C'est à y perdre son latin. Et même son picard. Le projet de développement, faut-il croire, ne serait qu'un concept unanimiste. Ou presque. Rien de politique là-dedans, rassurez-vous.
Et si on en faisait enfin de la politique?
Dans une page Débats publiée dans la Libre Belgique du 10 avril dernier ("Le nouvel opium du peuple"), Marc Van Campenhoudt, directeur de la Revue Nouvelle, évoque le "brouillage des idéologies et ce centrisme diffus (qui) sont en effet en intime affinité avec une vision culturelle de l'action politique, économique, institutionnelle et sociale aujourd'hui envahissante, et que l'on pourrait nommer le consensualisme. (...) Le consensualisme est d'autant plus prégnant qu'il se conjugue dans les discours institutionnels comme dans les pratiques à une autre tendance, moins récente celle-là, de la vision culturelle du monde et des problèmes: la rationalité instrumentale et technique. (...) Hier on parlait plutôt de division et d'organisation rationnelles du travail, de progrès et d'entreprise. Aujourd'hui, on parle plutôt de performance, d'excellence, de synergie et de projet. Mais, au fond, la logique est la même: une approche techicienne des problèmes qui vise à mettre en oeuvre les moyens les adaptés aux fins poursuivies. (...) Les fins en question ne sont guère interrogées en fonction de valeurs et se laissent le plus souvent imposer de l'extérieur (s'adapter au changement, être concurrentiel, rester parmi les meilleurs, gérer les risques...), et surtout qu'à partir du moment où les problèmes sont définis comme purement techniques, ils sont anesthésiés politiquement et socialement. Lorsque la rationalité instrumentale et le consensualisme se combinent, leurs effets sont décuplés, avec pour conséquence principale de rendre plus difficile l'expression des désaccords et des conflits, de neutraliser la dynamique de coopération conflictuelle qui seule pemet la mobilisation collective nécessaire pour affronter réellement les problèmes, et d'alimenter dès lors tous les malaises."
Vive le conflit donc! En conclusion de son billet, Marc Van Campenhout interroge et appelle: "comprendra-t-on cette belle leçon de l'histoire? Dans le respect de l'autre, le conflit est le meilleur antidote de la violence et le ressort même de la démocratie et de la justice."
Si elle veut exister au-delà de la technocratie et de certains apparatchiks, si elle veut dépasser son mode incantatoire et son attitude déjà auto-satisfaite, la Wallonie picarde devra en passer par là.
Et maintenant, rideau! Je m'intéresserai désormais à d'autres thèmes autrement importants.

Post-scriptum: le Courrier de l'Escaut me présente comme "Ecolo". A tort. Ce n'est pas à ce titre, je pense, que j'avais été sollicité par Culture.Wapi. Et je ne suis plus membre d'Ecolo depuis la fin 2008. Je m'expliquerai un jour sur les raisons qui m'ont amené à ne pas renouveler ma carte de membre. L'une d'elles est précisément de me laisser une liberté d'expression la plus large possible. Même si je reste sympathisant et électeur. Et surtout toujours convaincu que l'écologie politique est la voie à suivre.