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dimanche 15 février 2026

Super Don

On a tort de critiquer Donald Trump. Il est bien plus qu'un président : un ange gardien. Le 5 février, il déclarait (sur X) : "Je ne dors pas dans les avions. Jamais. Je n'aime pas dormir dans les avions. J'aime regarder par le hublot pour voir si jamais il y a des missiles et des ennemis". Cet homme est admirable, il nous protège des méchants. S'il en voyait un, il lui ferait les gros yeux et le méchant, terrorisé, ferait demi-tour aussitôt avec son avion.
On s'interroge : quel âge a donc ce super-héros qui nous défend des méchants ?

(cité par Charlie Hebdo, 11.2.2026)

vendredi 7 février 2025

Demolition man

Qui les Etats-Unis peuvent-ils encore faire rêver ? Le rêve américain a été enterré par l'empereur du Monopoly qui prétend rendre sa grandeur à l'Amérique et ne réussit qu'à sidérer et scandaliser son propre pays et même la planète entière par sa capacité inouïe de démolition, alliée à une faiblesse intellectuelle qui l'amène à être dans la provocation perpétuelle pour exister. Il ne connaît ni la cohérence ni la raison, pas plus que le sens de la nuance. Il n'écoute que ceux qui veulent aller encore plus loin que lui dans le cynisme. 

Souvent, des accords entre partenaires visent un résultat gagnant-gagnant. Trump, lui, a d'autres objectifs. Avec la hausse annoncée des tarifs douaniers, il se lance dans le perdant-perdant. Sa suffisance l'aveugle. On attend le moment où il se prendra les pieds dans le tapis. Et ce sera évidemment la faute du tapis. Lui n'est jamais responsable. Il est totalement irresponsable.

Ubu roi du monde ne veut plus que son pays participe à des conflits armés un peu partout, mais il fait la guerre à tout le monde : aux étrangers, aux transgenres, aux fonctionnaires, aux organisations humanitaires, à ceux qui ont enquêté sur lui, à ceux qui ne l'ont pas soutenu, aux pays voisins des Etats-Unis, à l'Union européenne, à la Chine, aux Gazaouis, à la Cour pénale internationale, au climat. Et même et surtout à la démocratie. Picsou Ier et sa bande de milliardaires n'aiment pas les autres. (F)Elon Musk, l'homme sans statut autre que le plus riche la planète, a pour seule mission (sans devoir rendre de compte à personne sinon Trump) de licencier à tour de bras. Il le fait avec un malin plaisir, reprenant le leitmotiv de son gourou : you're fired ! Il veut (notamment) liquider l'USAID, l’Agence américaine pour le développement international, chargée de l’aide humanitaire à l’étranger. L'aide humanitaire, voilà bien un concept totalement étranger à cette bande de rascals. Que des gens ne soient plus aidés, éduqués, soignés, nourris, qu'ils meurent demain ou après-demain, que leur importe ? L'idéologie xénophobe et mortifère de Trump l'amène à  affirmer que l'agence est dirigée par "une bande de dingues radicaux".  Musk, lui, la considère comme "une organisation criminelle". Ce gang de mafieux ne sait que faire des milliards de dollars qu'ils possèdent, mais ils n'en auront jamais assez et ils n'ont que mépris pour les gagne-petit et les défavorisés.

Qu'on se rassure cependant : la Maison blanche  va héberger en son sein un bureau de la foi. Il s'opposera aux préjugés anti-chrétiens. Est-il chrétien de supprimer toute aide humanitaire ?  En qui ou en quoi Trump a-t-il foi, sinon en lui-même et en l'argent ? Tu aimeras ton portefeuille comme toi-même. C'est dire s'il l'aime.

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/04/elon-musk-mene-l-offensive-trumpienne-contre-l-etat-federal-d-usaid-a-l-agence-de-protection-de-l-environnement_6530532_3210.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/06/c-est-un-coup-d-etat-la-colere-des-employes-de-l-usaid-cobayes-de-la-purge-administrative-de-donald-trump-et-elon-musk_6533800_3210.html

dimanche 15 septembre 2024

Une bizarre obsession des chats

Je n'ai pas l'habitude ici de renvoyer des appels. Mais celui-ci me paraît important. 
Un patient de l'hôpital psychiatrique de Mar-a-Lago s'est échappé. Un vrai fou furieux qui s'est donné pour mission de sauver les chats et les chiens des bons Américains. Il veut les sortir des griffes des Haïtiens (ou des Vénézuéliens ?) de l'Ohio qui les tuent pour les manger. C'est le même homme qui est si fier d'attraper les femmes par la chatte. Il est convaincu d'avoir été un jour le meilleur président des Etats-Unis, pense qu'il devrait toujours l'être et qu'il le sera à nouveau. Cet homme est bizarre, c'est le moins qu'on puisse en dire. Si vous le croisez - il a des cheveux jaunes et le teint orange - soyez prudent. Il est imprévisible et fonctionne selon une logique que même ses proches ne parviennent à comprendre. Gardez vos distances et surtout, à l'instar de Kamal Harris, votre sens de l'humour : le dysfonctionnement dont il est atteint semble contagieux si vous ne riez pas de lui. Des foules immenses et sans humour suivent  avec sérieux et passion cet être erratique.

C'est Tim Walz, colistier de Kamal Harris, qui les qualifie ainsi : Trump, Vance et ceux qui les soutiennent sont weird, bizarres. Pour eux, les étrangers sont forcément voleurs, violents, violeurs ou mangeurs de chats, les femmes sont "extrêmement primitives et rudimentaires", celles qui n'ont pas d'enfant sont des "désaxées", "sociopathes" et "folles à chat". Selon un présentateur de Fox News, "lorsqu'un homme vote pour une femme, il se transforme en femme". Peut-on réellement avoir de telles opinions sans être profondément bizarre ? Les Américains seraient bien inspirés de voter pour des gens normaux, avec leur juste part d'humanité, plutôt que pour des candidats si bizarres, si éloignés d'un minimum d'humanisme et de respect pour ceux et surtout celles qui ne sont pas comme eux.

A lire : Rebecca Treister, "Etats-Unis - La masculinité nouvelle est démocrate", New York Magazine, 10.8.2024, in Le Courrier international, 5.9.2024.

mardi 25 juin 2024

Faut voir

On essayé beaucoup de gens en politique, des compétents, des incompétents, des élus qui ont le sens de l'intérêt général, d'autres qui ne pensent qu'à leur carrière, des battants et des mous, des visionnaires et des myopes, des généreux et des teigneux, des humbles et des prétentieux, des hurleurs et des discrets, des bosseurs et des fainéants. On a même essayé les collaborationnistes, ceux qui se rangent du côté de l'oppresseur, qui dénoncent, qui arrêtent, qui torturent. On a vu ce que ça a donné. Mais ça, c'était il y a longtemps. Et avec le temps, va, tout s'en va. Et puis, après tout, le RN, prolongement du FN, ce parti né d'admirateurs des Waffen-SS, a changé. Et on ne l'a jamais essayé. Faut voir. Peut-être que ses candidats sont différents. Et c'est sûr qu'ils ne ressemblent pas aux autres. Sophia Aram en citait hier (1) quelques effrayants spécimens.

Par exemple, "Pierre Gentillet, candidat RN dans le Cher qui, quand il n’organise pas des conférences pro-russes en la présence du chef du bureau du renseignement militaire russe, se met à rêver d’un Poutine français capable de mettre les Femen dans une geôle sous camisole ".
Par exemple, "la très fringante Agnès Pageard, candidate RN, qui en plus des tweets aux relents antisémites, antivax décomplexée, Qanon, persuadée d’un complot du réseau mondial pédosatanique qui voudrait qu’on arrête de la bassiner “avec Momo qui ne veut pas livrer de kebab casher. Alors que nos élites sodomisent leurs propres enfants“ (...) Une adoratrice de Poutine qui écrit que Poutine dit tout et qu’un président comme ça, cela fait rêver ".
Par exemple, "l’inénarrable Jacques Myard, un candidat Ciotto-RNiste qui s’opposait déjà au Pacs pour ne pas légaliser le SIDA, mais également proche de Mariani, participant à la visite chez Al Assad en 2015 et en Crimée occupée en 2016".
Par exemple, "Patrick Le Fur, candidat RN persuadé que 11 ministres de Macron font partie d’un club ultra-secret pédophile et qui reprend à son compte la propagande russe diffusée par la chaîne RT en déclarant que les Russes se démènent pour aider les Syriens".
Par exemple, "l’intrépide Françoise Billaud, candidate RN qui encore le 8 mai dernier, fêtait la victoire des alliés en saluant la mémoire du prêtre collaborationniste Jean-Marie Perrot. Si ça se trouve les collaborationnistes aussi, y en a des biens !"
Par exemple, "Stéphanie Alarcon, candidate RN, qui relaye judicieusement l’idée que l’Ukraine aurait déclenché la guerre et alimenterait le marché de la vente d’organes, ben pour financer sa guerre justement. A moins que comme l’affirme cette publication partagée par Sophie Dumont, autre candidate RN, l’Ukraine serait le plus grand fournisseur d’enfants pour les réseaux pédophiles. On sait pas ?".

Voilà, on n'a pas essayé les dingues et ça, c'est quand même dommage parce qu'ils se présentent au nom d'un parti  qui, il n'y a pas si longtemps, affirmait crânement avoir "les mains propres', même si, comme le rappelle Sophia Aram, il a été condamné pour “recel d’abus de biens sociaux“ et que l’arrêt de la Cour d’appel de Paris de mars 2023 qualifie “les prêts accordés par le micro parti de Marine Le Pen de fictifs et constituant une manœuvre frauduleuse“.
On n'a jamais essayé les fous furieux complètement givrés et haineux. Si ça se trouve, la haine et la bêtise nous feront nous sentir mieux. Faut essayer.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-24-juin-2024-3917590

dimanche 20 juillet 2014

Folie aveugle

A la fois assassine et suicidaire. On ne sait comment traiter autrement l'attitude de l'Etat israélien vis-à-vis de la population de Gaza.
L'objectif de l'opération menée par l'armée israélienne est clair, même si des fous furieux qui ont tué trois adolescents israéliens lui en ont offert une occasion qu'on n'oserait qualifier d'idéale: "nous avons été mandatés à l'échelon politique pour frapper durement le Hamas", a affirmé le porte-parole de l'armée le 8 juillet (1).
"Depuis le début ou presque, le gouvernement israélien savait que les garçons étaient morts. Et s'il a prétendu qu'il restait un espoir c'était un prétexte pour démanteler les cellules opérationnelles du Hamas en Cisjordanie", écrit Jonathan J. Goldberg (1). Qui affirme que le gouvernement de Netanyahou a voulu, dès le début, faire du Hamas le responsable de ce crime alors qu'il savait pertinemment qu'il s'agissait "d'un dérapage d'un clan familial d'Hebron affilié au Hamas".
La violence a évolué ensuite en spirale, le nombre de morts, y compris des enfants, étant actuellement multiplié par cent du côté palestinien.
C'est la loi du Talion appliquée jusqu'à l'excès, dans une violence démesurée. La loi du Talion, c'est celle de l'homme qui régresse de plus de deux mille ans. Mais ici, ce n'est même pas œil pour œil, c'est yeux pour œil, écrit Charb: "pour un œil, les deux yeux, pour une dent, toute la mâchoire" (2).

Des amis me relataient récemment leur voyage en Palestine, leur écœurement face à l'humiliation que les Israéliens font subir quotidiennement aux Palestiniens. Allant jusqu'à établir une politique d'apartheid stigmatisant la population palestinienne, comme les nazis l'ont fait avec les Juifs.
"Quand il n'y a pas de progrès vers la paix, une escalade de la violence s'ensuit automatiquement. La décision de Netanyahou de ne pas s'orienter vers la partition du pays l'a mené au bord d'une implosion politique qui l'empêchera de relever le défi de toute sa carrière: l'Iran", écrit le journaliste israélien Ari Shavit (3).
Les œillères israéliennes mènent les deux populations dans le mur. "Israël ne veut pas d'un Etat palestinien viable, avec un territoire et des frontières clairement définis, écrit Youssef Bazzi (4). Mais Israël ne veut pas non plus être l'Etat de tous ses habitants (y compris les Palestiniens). Il n'est ni capable de se séparer des Palestiniens ni de les englober. Son problème, c'est l'existence même des Palestiniens. Le seul fait qu'ils existent rend impossible la réalisation de l'Etat juif." Le journaliste libanais constate l'aveuglement de l'Etat palestinien, "prisonnier d'un projet non viable", son absence de volonté de recherche de solution, sa course dans une impasse. "Les Israéliens sont engagés dans une fuite en avant et se laissent aller au délire qui consiste à refuser tout à la fois la solution de deux Etats (israélien et palestinien côte à côte) et la solution d'un seul Etat pour les Juifs et les Arabes. Leur seule perspective, c'est toujours plus d'occupation et de spoliations. Israël a décidé de vivre dans la guerre permanente. De ne pas s'accorder la paix ni de donner leurs droits aux Palestiniens. (4)"

Cette spirale imbécile de la violence déborde fatalement partout. Dans les deux camps, là-bas comme ici, des attiseurs de haine appellent à casser, sinon, à tuer des Arabes ou des Juifs (4). La confusion entre Juifs et Israéliens, entre Palestiniens, Arabes et Musulmans fait l'affaire des va-t-en-guerre et des extrémistes de tous bords.

Aujourd'hui, l'armée israélienne a tué 87 personnes à Gaza.

Résumons-nous: l'homme, s'il n'est pas désespéré, est désespérant.

(1) "Une guerre dont personne ne voulait", Forward (New-York), 10.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014. (note: Le Courrier International présente l'hebdomadaire Forward comme la "publication de référence de l'intelligentsia juive américaine".)
(2) "Le suicide d'Israël", Charlie Hebdo, 16 juillet 2014.
(3) "Tel-Aviv n'est plus une bulle", Ha'Aretz (Tel-Aviv), 10.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014.
(3) "Israël n'est pas un Etat normal", Al-Mustaqbal (Beyrouth), 13.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014.
(4) www.lesoir.be/6-52/article/actualite/belgique/2014-07-19/manifestation-pro-gaza-derape-bruxelles-photos