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dimanche 22 décembre 2024

Le temps des rustres

Les grossiers personnages ont le vent en poupe. On le voit avec le succès des extrêmes, à droite comme à gauche. On le voit avec le retour au pouvoir d'un Trump aux Etats-Unis, l'accession d'un Millei en Argentine. On le voit avec Orban, avec Erdogan, avec Salvini, avec tant d'autres.
On le voit aussi avec le nouveau président géorgien, connu pour ses propos obscènes (1). Il n'est  pas élu au suffrage universel direct, mais par un collège d’électeurs, contrôlé par le parti au pouvoir, Rêve géorgien. L'actuelle présidente, pro-européenne, Salomé Zourabichvili, annonce qu'elle ne quittera pas sa fonction tant qu'il n'y aura pas de nouvelles élections législatives. Elle estime, comme l'opposition, que le scrutin du 26 octobre dernier, dont les résultats ont octroyé un quatrième mandat à Rêve géorgien, a été "truqué" avec l’aide de la Russie. Le très probable futur président, Mikheïl Kavelashvili, est un ancien footballeur dont la candidature en 2015 à la présidence de la Fédération de football avait été refusée parce qu’il n’avait pas suffisamment de diplômes. Il ne parle aucune langue étrangère. Il n'est pas assez bon pour être président de la fédération de foot mais assez pour présider le pays. Ses discours devant le Parlement sont souvent pleins d’obscénités et alignés sur les idéologies d’extrême droite, affirment ses opposants. Certains affirment que ceux qui l'ont nommé à ce poste l'ont fait par provocation, si contents de nommer président un rustre. Comme un bras d'honneur à la démocratie et à la civilité .

Vladimir Poutine est d'un autre style de rustre, entre ado provocateur et vieux dément. Il y a quelques jours, lors de sa conférence de presse annuelle - qui consiste toujours pour lui en une interminable logorrhée - il a proposé aux Occidentaux "une sorte de duel technologique du XXIe siècle". Roulant des mécaniques, le Rambo russe a déclaré : "Que l’on se mette d’accord sur une cible, par exemple à Kiev, qu’ils y concentrent toutes leurs forces de défense aérienne et antimissile, et nous frapperons là avec l’Orechnik (le nouveau missile russe de moyenne portée qu'il présente comme inarrêtable). Menons une telle expérience, un tel duel technologique et voyons ce qui se passe. C’est intéressant. Je pense que cela sera utile à la fois pour nous et pour les Américains." Le voilà dans une cour de récréation : "tu ne pourras pas m'attraper-er !". 
"Les gens meurent, et il trouve ça intéressant. Quel con", a réagi Volodymyr Zelensky. Son chef de cabinet, Andriy Iermak, avait, lui, traité Vladimir Poutine de "vieux crétin ayant perdu la boule". 
Poutine a toujours ressemblé à un serpent froid et imperturbable, le voilà en gorille se frappant la poitrine pour intimider ses adversaires. Le voilà en tsar des rustres.

Je ne suis qu'un serpent
Et de murs en murs
De prairie en prairie
Je perpétue mes hécatombes
D'ailleurs je mange les œufs de colombe
Bertrand Belin, Oiseau.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/14/georgie-le-parlement-largement-considere-comme-illegitime-elit-comme-president-du-pays-le-prorusse-mikheil-kavelashvili_6447488_3211.html
(2) https://www.courrierinternational.com/article/guerre-en-ukraine-un-fou-furieux-vladimir-poutine-propose-un-duel-de-missiles-a-kiev_225936


dimanche 27 août 2017

De bruit et de fureur

Rien ne semble pouvoir déstabiliser Ubu Trump. Plus il accumule et profère de bêtises, plus il est sûr d'avoir raison, même si c'est contre le reste de l'humanité. Il semble d'ailleurs que plus on le contredit ou on le critique, plus il se sent renforcé dans son jugement. Qui est forcément le meilleur. Même si ce jugement est l'exact contraire de celui qu'il énonçait la veille. Mais peu lui chaut à lui qui n'a pas plus de mémoire qu'un poisson rouge et a moins de culture qu'un mollusque nouveau né.
Le chantre du repli américain joue à celui qui a le plus gros zizi avec Kim Jong-Un et avec Nicolas Maduro et se dit prêt à mettre la planète (ou en tout cas une bonne partie) à feu et à sang pour démontrer qu'il peut faire mal dans les cours de récré. Certains y voient une nouvelle version de la "stratégie du fou" qu'appliquait Richard Nixon pour faire croire qu'il était prêt à tout - et surtout au pire - pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Mais, comme le craignent d'autres, est-on certain avec Trump qu'il s'agit d'une stratégie et pas juste de l'état d'un esprit insuffisamment équilibré?
L'homme qui n'a pas peur de regarder le soleil dans les yeux peut tout. "Il peut susciter le chaos et exister dans l'œil de son propre cyclone", écrit le romancier américain Jérôme Charyn (1). Les vacances ne sont pas pour lui. Il faut qu'il soit dans le regard de chaque observateur. Ses sept premiers mois d'exercice du pouvoir n'ont été qu'un numéro de claquettes ponctué par un cri primal. Il ne peut pas survivre hors du halo de sa propre fureur."
Le joueur de golf à qui il arrive aussi d'être président de son pays a laissé entendre qu'il ne faisait aucune différence entre racistes et anti-racistes. Pressé par ceux qui essaient (assez vainement) de le conseiller, il a fait marche arrière avant de revenir à des propos associant anti-racisme et violence, estimant aussi que "il y a des gens très bien des deux côtés", donc également du côté des racistes et des suprémacistes. Bref, il en revient à ses fondamentaux. Michael D'Antonio, son biographe, affirme (2) que Trump "a un point de vue raciste sur le monde. Au fil des ans, il a manifesté du ressentiment à l'encontre de tous les groupes à l'exception des hommes blancs". Lui et son fils, écrit Le Courrier international (3), affirment que la famille Trump croit "en l'existence d'une gradation distinguant des populations supérieures et inférieures". Une croyance qu'on pensait révolue depuis un siècle. Mais la marque Trump semble décidément être celle de la pensée (?) obsolète et abjecte. Ce blanc fier de l'être n'est en fait qu'un pâle type. Mais peut-être faut-il éviter de le lui dire? Il en tirerait un peu de fierté.

Père Ubu. - Alors, voilà. Je tâcherai de lui marcher sur les pieds, il regimbera, alors je lui dirai: MERDRE, et à ce signal vous vous jetterez sur lui.
Mère Ubu. - Oui, et dès qu'il sera mort tu prendras son sceptre et sa couronne.
(Alfred Jarry, Ubu Roi)

(1) "Le Donald Show", Charlie Hebdo, 23 août 2017.
(2) dans The Boston Globe, cité par le Courrier international, 24 août 2017.
(3) "Le racisme est dans l'ADN de Trump", le Courrier international, 24 août 2017.