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mercredi 2 juin 2021

Le voile en face

En Belgique comme en France, le communautarisme gagne chaque jour du terrain. Les islamistes sourient dans leur barbe. Ils sont en train de gagner, avec l'aide active de la gauche. Où est l'internationalisme et l'universalisme des partis de gauche? Les voilà plus catholiques que le pape, aussi prudes qu'un ayatollah. La religion musulmane a désormais pour eux tous les droits et ses (pseudo) règles doivent avoir droit de cité. Au nom du décolonialisme, il faut soutenir les pratiques islamiques, même s'il n'y a pas plus colonisateur des esprits qu'une religion. 

En Belgique, voilà qu'Ecolo - par provocation? - désigne comme commissaire du gouvernement à l'égalité entre les hommes et les femmes une femme voilée. Faut-il pleurer, faut-il en rire? Le voile, vêtement politique, est précisément l'expression de l'inégalité hommes - femmes. 

Que diraient les bonnes âmes qui aujourd'hui défendent le port du voile et les accommodements dits raisonnables si demain les chrétiens obligeaient les femmes à se couvrir la tête, interdisaient que qui ce soit consomme de la viande le vendredi et pendant le Carême et qu'on vende et consomme de l'alcool dans les quartiers où ils vivent, revendiquaient des horaires différents pour les hommes et les femmes dans les piscines? Et s'ils élevaient les filles à faire des enfants et gérer le foyer? S'ils se montraient menaçants dès qu'on critique leur religion? S'ils pourchassaient l'adultère et l'homosexualité? N'y aurait-il pas du racisme à accepter pour d'autres des contraintes, des règles et des châtiments que soi-même on combattrait furieusement ? Qu'est-ce qui pousse Ecolo et d'autres partis de gauche, en Belgique comme en France - partis qu'on a connus féministes - à défendre le voile? L'électoralisme? Le paternalisme? Un sentiment très judéo-chrétien de culpabilité? Un peu de tout cela? La religion est l'opium du peuple et le carburant de trop de partis de gauche.

Nombreuses sont les femmes de culture musulmane qui rejettent le voile, ici comme dans les pays où l'islam est majoritaire.

Djemila Benhabib (qui a fui l'Algérie): " Je suis contre tous les foulards, qu'ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille ou Marseille, qu'ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose: la soumission forcée des femmes à un programme d'oppression." (...) "Cet apprentissage du foulard se fait sous la pression de l'entourage, pour amener la fillette à revendiquer son foulard vers 14 ans, en affrontant ses professeurs et en clamant c'est mon choix. Cette recherche ethnico-identitaire des adolescentes se fait sur le dos des femmes et il se trouve de ses défenseurs pour crier au racisme."

Seyran Ates, imame de la mosquée Ibn Rushd-Gœthe à Berlin (qui vit sous protection policière): elle considère le voile comme "un marqueur qui désigne les femmes en tant que telles". Ce sont, selon elle, les Occidentaux qui soutiennent l'idée que le hijab serait pour les femmes un signe de dignité ou un symbole d'empowerment. "Je suis avocate, j'ai travaillé pendant plus de trente ans avec ces femmes qui tentent d'avoir une vraie vie: 80% d'entre elles n'ont pas le moindre choix. Ça va bien au-delà du voile, elles n'ont aucun choix dans aucun domaine, aucune autodétermination."
"Quand une femme se couvre, ce sont les pulsions sexuelles de l'homme qu'elle protège. Elle ne se protège pas elle-même, elle protège le pauvre homme qui ne peut plus se concentrer sur sa foi en Dieu et sa pratique de la religion."
Elle défend la loi interdisant aux professeures, aux juges, aux policières de porter le voile. "Et je veux faire interdire le voile dans les écoles".
Aux féministes occidentales qui refusent de s'opposer au voile, voire le soutiennent, au nom de la lutte anti-colonialiste, elle répond que "c'est leur position qui est colonialiste. Ça ne tient pas debout: Je ne veux pas être colonialiste, mais je défends le foulard. Il est là, le colonialisme. C'est positivement raciste. Et arrogant. Il ne faut pas imposer nos valeurs occidentales aux autres pays, donc nous acceptons que les droits de l'homme ne s'appliquent pas aux pays musulmans? Pardon? Je croyais que les droits de l'homme étaient universels... J'aimerais bien voir ces dames faire du bénévolat en Iran. Elles devraient emmener leurs familles et passer six mois là-bas. (...) Quand je vois les conditions d'existence des femmes en Iran, je pourrais en pleurer. Elle se battent contre le voile depuis 1979. Ces féministes ne les écoutent pas. Parce que ce ne sont pas des victimes. Or elles aiment bien quand nous restons à notre place de victimes. Elles peuvent alors nous aider, nous apprendre à lire et à écrire, aller au Pakistan et en Afghanistan... Mais pas en Iran, parce que, justement, les femmes iraniennes se débrouillent très bien toutes seules, vont à l'université, ont un vaste savoir. Elles ne sont pas victimes des pays occidentaux. Elles sont victimes des mollahs. Ces féministes ne veulent pas l'entendre. Elles préfèrent se voir comme des dissidentes de prétendues dictatures occidentales".

Abnousse Shalmani, journaliste d'origine iranienne: "Le voile, c'est l'islam politique. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile."

Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." 

Maya Ksouri, avocate tunisienne: "Lisez les mémoires d'un des plus éminents dirigeants de la Nahda (le parti islamiste tunisien Ennahdha, vendu comme le parangon de l'islam modéré), Abdelhamid Jelassi (...) et vous verrez que le voile et ses pendants ne sont pas des vêtements comme les autres. Il le dit clairement. Le voile et la volonté insidieuse de sa généralisation, sous toutes ses formes, dans l'espace public, est aujourd'hui, dans un contexte d'islam politique florissant, un élément de propagande, de démonstration de force et de victoire... Victoire remportée sur le modèle social caractérisé par la libération des femmes arabes et leur émancipation à partir des années 30 sous l'impulsion d'Atatürk, Bourguiba et Nasser."

Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, fustige "ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien! Et ces niqabées qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c'était une prouesse de sortir en scaphandrier! Comme si c'était une manière de grandir l'islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades". 

Rappelons enfin que l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh a été condamnée, en mars 2019, à trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Son crime: avoir défendu des femmes qui ne portaient pas le voile et en revendiquaient le droit. Bien sûr, le tribunal islamique a invoqué d'autres raisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres: "incitation à la corruption et à la prostitution", "insulte au Guide suprême", "incitation à la débauche", "propagande contre l'Etat" et on en passe tant ces accusations sont ridicules. Ce qu'on lui reproche, c'est de s'être opposée au port du hijab, d'avoir retiré celui-ci lors de visites de ses clientes en prison, d'avoir accordé des interviews aux médias à propos de l'arrestation violente et de la détention de femmes qui contestent l'obligation du port du voile islamique. Ce qu'on leur reproche, à elle et à ses clientes, c'est de vouloir être des femmes simplement libres. Et se montrer la tête libre lui coûte donc trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Ainsi va la vie pour les femmes dans ce pays de vieux barbus obsédés qui les haïssent.

Existent-elles ces femmes aux yeux des bonnes âmes de gauche qui défendent le voile?

A (re)lire sur ce blog: "Ecriture voilée", 9.5.2021; "Djemila Benhabib et les islamistes", 19.1.2021; "Enfin!", 4.10.2020; "Ces mollahs malades", 12.12.2019; "Moments de dévoilement", 2.12.2019; "Vivement le temps des femmes", 25.9.2019; "Mauvaise foi", 28.5.2018; "Cachez cette femme que je ne saurais voir", 24.10.2016; et bien d'autres billets encore (cliquez sur le libellé voile).

lundi 24 octobre 2016

Cachez cette femme que je ne saurais voir

On relit l'article deux fois plutôt qu'une, pas sûr d'avoir bien compris ce qu'écrit Ali Al-Saqa dans Al-Modon (Beyrouth) (1). Et pourtant, oui, c'est bien ce qui se passe: dans la campagne  pour les élections municipales palestiniennes (finalement reportées),  "on a vu des affiches (de candidates) avec des bouquets de fleurs à la place des visages, et avec de simples initiales assortis d'un épouse d'untel, fille d'untel ou sœur d'untel, à la place de leurs noms". C'est que montrer le visage d'une femme serait aussi "impudique" qu'afficher publiquement son nom. Les électeurs pourraient donc choisir des candidates réduites à l'état de fantômes. La démocratie des mâles. Heureusement, des femmes palestiniennes se sont mobilisées sur les réseaux sociaux "pour s'insurger contre le fait qu'on puisse dire que les noms des femmes sont quelque chose de honteux qu'il convient de cacher." L'une d'elles, ironiquement, propose une solution: créer des villes séparées pour les hommes et pour les femmes, ce qui éviterait les problèmes de mixité. Les Territoires palestiniens ne détiennent pas le monopole du sexisme: "la même chose existe en Egypte, où beaucoup d'hommes jettent eux aussi un voile pudique sur le nom de leur mère, de leurs sœurs et de leur épouse".

Nous voilà donc au-delà du burkini, de la burqa et du voile, de "ces vêtements politiques" (comme le dit Abnousse Shalmani) qui disent la honte que constitue, dans l'idéologie islamique, le corps féminin qui doit impérativement être caché. C'est la femme en son essence même qui est niée.
"Ce qui distingue essentiellement et avant tout les pays occidentaux d'un pays musulman, sans même qu'il y ait un régime islamo-fasciste, c'est la place du corps féminin à l'intérieur de la structure familiale et dans la société, affirme l'écrivaine d'origine iranienne Chahdortt Djavann (2). Que représente-t-il, ce corps? A qui, à quoi sert-il? Que symbolise-t-il?
Le corps féminin, celui de la mère, de la sœur, de l'épouse, de la fille, est le garant de l'honneur de la famille, de la communauté. Car ce corps appartient à tous, sauf à la femme qui l'habite. Le corps de la femme n'est pas à elle, alors même qu'elle est réduite à ce corps inférieur et infériorisé. Un objet sous tutelle masculine: telle est la place du corps féminin dans l'islam en 2016."

L'avocate tunisienne Maya Ksouri pense de même (3): "Lisez les mémoires d'un des plus éminents dirigeants de la Nahda (le parti islamiste tunisien vendu comme le parangon de l'islam modéré), Abdelhamid Jelassi (...) et vous verrez que le voile et ses pendants ne sont pas des vêtements comme les autres. Il le dit clairement. Le voile et la volonté insidieuse de sa généralisation, sous toutes ses formes, dans l'espace public, est aujourd'hui, dans un contexte d'islam politique florissant, un élément de propagande, de démonstration de force et de victoire... Victoire remportée sur le modèle social caractérisé par la libération des femmes arabes et leur émancipation à partir des années 30 sous l'impulsion d'Atatürk, Bourguiba et Nasser."

Récemment, une des ses concitoyennes, l'écrivaine et journaliste tunisienne Fawzia Zouari, dans un "quart d'heure de colère", affirmait qu'il y a des jours où elle regrette d'être née arabe, et fustigeait l'islam, ses pseudo martyrs, ces nababs insensibles à la pauvrété et à la violence, "et ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien! Et ces niqabées qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c'était une prouesse de sortir en scaphandrier! Comme si c'était une manière de grandir l'islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades". (4)

Le burkini a fait beaucoup parler de lui cet été en France. Excessivement sûrement. Mais c'était bien le but recherché par celles qui le portaient et ceux qui les y poussaient. "Le burkini, c'est de l'exhibitionnisme de la plus belle espèce, estime Chahdortt Djavann (5), qui ne doit rien à l'inattention ou à la distraction". (...) "Si le but de ces femmes et de leurs mentors était de préserver leur pudeur , elles seraient allées dans des plages isolées, comme les nudistes. Il faut savoir que la morale islamique interdit tout autant à une femme de montrer son corps et sa chevelure aux hommes que de regarder le corps nu des hommes: les plages mixtes sont interdites en Arabie saoudite ou en Iran, où la charia fait office de loi! Leur souci n'était nullement de protéger leur pudeur, mais bel et bien de proclamer leur rejet des modes vie occidentaux, d'exacerber les tensions et de jouer donc in fine le jeu du Front national."

Ici ou là, aujourd'hui bien plus qu'hier, les forcenés de l'islamisme veulent nier le corps, jusqu'à son image. "Sur le campus de l'Institut indonésien des Arts (ISI) de Yogyakarta, certains mènent des opérations de propagande et cherchent à interdire toute représentation d'êtres vivants", écrivent Prihandoko et Shinta Maharani dans Tempo (Jakarta) (6). Ces censeurs sont membres d'un groupe qui considère la démocratie comme "satanique". Rien de moins. Ils veulent "transformer l'Indonésie en un pays soumis à la charia". Pour eux, l'art doit se limiter à la calligraphie. Ils refusent d'ailleurs d'enseigner l'anatomie plastique des êtres humains et des animaux. Le corps humain doit disparaître. C'est dans le même pays, qu'au nom de cette même charia, treize jeunes, six femmes et sept hommes, ont été récemment châtiés à coups de canne. Leur crime: s'être touchés ou embrassés. (7)
On voit par là que la charia n'a rien à voir avec l'intelligence et la raison. Juste avec la terreur. 

Le corps est la manifestation de la vie. Quel peut bien être l'intérêt d'une religion qui hait à ce point la vie?

Post-scriptum: sur le corps en général, à écouter l'excellente chronique de François Morel sur France Inter ce vendredi 28 octobre à 8h55 - https://www.franceinter.fr

(1) "Des candidates sans nom ni visage", Al-Modon, 29.9.2016, in le Courrier international, 13 octobre 2016.
(2) Chahdortt Djavann, "Intrégrez-vous, immigrés!", Charlie Hebdo, 12 octobre 2016.
(3) http://www.marianne.net/agora-tunisie-burkini-insulte-au-combat-mene-chaque-jour-les-femmes-arabes-100245556.html
(4) dans Jeune Afrique, récemment. Voir le texte ci-dessous.
(5) "Un voile sur la république", Charlie Hebdo, 14 septembre 2016.
(6) "Drôle de fatwa contre les arts", Tempo, 16 septembre 2016, in Le Courrier international, 22 septembre 2016.
(7) http://www.lalibre.be/actu/international/coups-de-canne-infliges-a-des-couples-qui-se-touchaient-ou-s-embrassaient-en-indonesie-58050620cd70cd5761cbd682


Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, docteur en littérature française et comparée de la Sorbonne.
A publié dans « Jeune Afrique » cet article:

" Il y a des jours où je regrette d’être née arabe.

Les jours où je me réveille devant le spectacle de gueules hirsutes prêtes à massacrer au nom d’Allah et où je m’endors avec le bruit des explosions diffusées sur fond de versets coraniques.

Les jours où je regarde les cadavres joncher les rues de Bagdad ou de Beyrouth par la faute des kamikazes; où des cheikhs manchots et aveugles s’arrogent le droit d’émettre des fatwas parce qu’ils sont pleins comme des outres de haine et de sang; où je vois des petites filles, les unes courir protéger de leur corps leur mère qu’on lapide et les autres revêtir la robe de mariée à l’âge de 9 ans.

Et puis ces jours où j’entends des mamans chrétiennes confier en sanglotant que leur progéniture convertie à l’islam refuse de les toucher sous prétexte qu’elles sont impures.

Quand j’entends pleurer ce père musulman parce qu’il ne sait pas pourquoi son garçon est allé se faire tuer en Syrie. À l’heure où celui-ci parade dans les faubourgs d’Alep, kalachnikov en bandoulière, en attendant de se repaître d’une gamine venue de la banlieue de Tunis ou de Londres, à qui l’on a fait croire que le viol est un laissez-passer pour le paradis.

Ces jours où je vois les Bill Gates dépenser leur argent pour les petits Africains et les François Pinault pour les artistes de leur continent, tandis que les cheikhs du Golfe dilapident leur fortune dans les casinos et les maisons de charme et qu’il ne vient pas à l’idée des nababs du Maghreb de penser au chômeur qui crève la faim, au poète qui vit en clandestin, à l’artiste qui n’a pas de quoi s’acheter un pinceau.

Et tous ces croyants qui se prennent pour les inventeurs de la poudre alors qu’ils ne savent pas nouer une cravate, et je ne parle pas de leur incapacité à fabriquer une tablette ou une voiture.

Les mêmes qui dénombrent les miracles de la science dans le Coran et sont dénués du plus petit savoir capable de faire reculer les maladies.

Non ! L’Occident, ces prêcheurs pleins d’arrogance le vomissent, bien qu’ils ne puissent se passer de ses portables, de ses médicaments, de ses progrès en tous genres.

Et la cacophonie de ces « révolutions » qui tombent entre des mains obscurantistes comme le fruit de l’arbre.

Ces islamistes qui parlent de démocratie et n’en croient pas un mot, qui clament le respect des femmes et les traitent en esclaves.

Et ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien !

Et ces « niqabées » qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c’était une prouesse de sortir en scaphandrier ! Comme si c’était une manière de grandir l’islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades.

Ces jours, enfin, où je cherche le salut et ne le trouve nulle part, même pas auprès d’une élite intellectuelle arabe qui sévit sur les antennes et ignore le terrain, qui vitupère le jour et finit dans les bars la nuit, qui parle principes et se vend pour une poignée de dollars, qui fait du bruit et qui ne sert à rien !

Voilà, c’était mon quart d’heure de colère contre les miens... Souhaitons que l'Occident ouvre les yeux.... " Fawzia Zouari


lundi 9 mai 2016

L'arbre qui voile la forêt

"Le voile est une invention du siècle dernier", affirme Tareq Oubrou, imam de Bordeaux (1). Et on n'est pas plus musulmane selon qu'on le porte ou non, assure-t-il. 
Des montages vidéo (1) montrent l'évolution de la coiffure féminine dans différents pays en un siècle, des années 1910 à aujourd'hui. Et démontrent que dans de nombreux pays musulmans (l'Iran ou l'Egypte par exemple), le voile, qui avait disparu dès 1930, a fait son grand retour avec l'arrivée au pouvoir de Khomeiny et des barbus iraniens.
"Des dizaines de milliers de femmes ont résisté à l'imposition du voile au début de l'instauration du régime islamique, rappelle la romancière Chahdortt Djavann (2), des centaines ont été pendues, lapidées; sur le visage de certaines d'entre elles les hommes de Khomeiny ont jeté de l'acide. (...) Aujourd'hui encore, des millions de fillettes, dès l'âge de six ans, sont obligées de porter le voile dans des écoles de filles où aucun homme n'est embauché."
Le port du voile n'a donc rien d'anodin. Il n'est pas qu'un innocent accessoire de mode.
Le Coran ne contient aucun verset sur les cheveux, affirme la psychanalyste Houari Abdelouahed (3): "avec l'histoire de Zaïnab, beauté foudroyante, nous parviennent deux versets. Le premier demande aux femmes du Prophète de ne pas s'exposer dans l'espace public comme les autres femmes. Le second dit qu'elles doivent voiler leur fente (jaib en arabe). Mais cela peut être la fente sexuelle ou fessière ou l'espace entre les seins. C'est Tabari (note: grand commentateur du IIIe siècle de l'hégire), au IXe siècle, qui fait dans la surenchère, parlant des mains, des pieds, affirmant qu'il faut voiler le corps entier, on questionne le droit de la femme de parler à haute voix.Tabari, c'est la fabrique des interdits, du licite et de l'illicite". La psychanalyste se souvient que les filles pouvaient sortir librement dans le Maroc de la fin des années '60. Dix ans plus tard, c'était autre chose, l'argent du pétrole saoudien changeait la condition des femmes: "à Tanger, je me souviens que j'ai commencé à aller à des cours financés par les wahhabites, les filles étaient invitées à porter le voile, les imams dans les mosquées ne parlaient que des péchés des filles non voilées. Ca a commencé comme ça". La journaliste et romancière Fawzia Zouari le confirme: "le pétrole fut notre malheur à nous, les femmes musulmanes, et les gouvernements occidentaux en ont été témoins, voire complices. Ce n'est pas le sort de la Saoudienne qui va émouvoir le Quai d'Orsay ou les patrons de l'aéronautique français. Cet Occident officiel feint d'ignorer que le sort réservé aux femmes dans certaines théocraties est le même que leur inflige Daech, la mise en scène et la provocation en moins". C'est que le voile est bien plus que le voile.
Derrière le voile se cache, par exemple, le harem. Emine Erdogan, Madame Erdogan, épouse du président-sultan turc, est une bonne musulmane qui porte le voile. Elle vient d'affirmer tout récemment que "pour les membres de la famille ottomane, le harem était une école de vie. C'était un lieu d'éducation où les femmes apprenaient la vie et organisaient des activités bénévoles" (4). Yasemin Cankurtaran, vice-présidente du Parti républicain du peuple, lui rappelle que les étudiantes ou concubines étaient amenées de force dans le palais. "C'était des mineures dont le corps et l'esprit étaient réduits en esclavage." Une chercheuse en histoire et études culturelles affirme que "c'était un endroit où l'on entrait à un jeune âge, dépossédé de toute identité. Chacun devait donc s'en réinventer une entre les murs du harem, et la sexualité était au cœur de cette nouvelle identité".
"En Turquie les efforts des islamistes pour redéfinir la place et le rôle de la femme dans l'espace public ont envenimé les relations entre différents segments de la société, estime Pilar Tremblay en conclusion de son article. Il n'est plus question de savoir si une femme doit porter le voile, mais du risque de la régression des droits des femmes et de la glorification de leur asservissement."
Sans doute nombre de jeunes filles qui affirment aujourd'hui porter le voile le font-elles par référence culturelle. Encore devraient-elles savoir quelle culture elles défendent ainsi. Celle de l'asservissemenr des femmes et de la violence des hommes.

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/07/port-du-foulard-imam-bordeaux-tareq-oubrou-invention_n_9861300.html?utm_hp_ref=france
(2) Chahdortt Djavann, "Ne négociez pas avec le régime iranien - Lettre ouverte aux dirigeants occidentaux", Flammarion, 2009.
(3) "Opprimer, c'est sacré", Vincent Rémy, Télérama, 4 mai 2016.
(4) "Le harem, une école des femmes?", Pilar Tremblay, Al-Monitor, Washington, 11 mars 2016, in Le Courrier internantional, 21 avril 2016.