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vendredi 1 décembre 2023

Le parti du patriarcat

Les Verts, belges comme français, sont plus verts que jamais. Au vert de la nature ils ont ajouté celui de l'islam. Depuis longtemps (1), on les voyait soutenir les revendications des musulmans les plus conquérants, les plus radicaux. A Anderlecht, en région bruxelloise, ils veulent autoriser le port du voile dans l'administration, au nom de la lutte contre les discriminations (2). Y a-t-il vêtement plus discriminant que ce voile qui est signe de soumission des femmes ? Qu'ils en parlent avec les femmes iraniennes, afghanes, saoudiennes, pakistanaises, avec toutes ces femmes qui sont contraintes de se voiler dès qu'elles sont en public. Et qui risquent la prison, le viol, la torture, la mort, si elles ne se soumettent pas. Le voile est la marque de l'impureté et de la soumission féminines. Qui prétend le contraire (se) ment. Lisez, relisez les témoignages, les livres, les cris et les écrits de toutes ces femmes qui ont fui - si elles l'ont pu - ces pays dominés par l'islam où elles étaient ou sont encore empêchées de vivre : Abnousse Shalmani, Djemila Benhabib, Chadortt Djavann, Naëm Bestandji, Taslima Nasreen, Narges Mohammadi, Nasrin Sotoudeh et tant d'autres, mais aussi des hommes tels que Omar Youssef Souleiman. (3). Défendre le voile, c'est cracher à la mémoire de Mahsa Amini, jeune iranienne assassinée pour un voile mal ajusté. Défendre le voile, c'est obéir aux Frères musulmans dont l'objectif est d'imposer l'islam et ses lois (leurs lois) rigoristes partout où vivent des musulmans. 

Avec de telles positions, Ecolo se range du côté de l'obscurantisme et soutient le patriarcat le plus réactionnaire. Le féminisme fondateur d'Ecolo est piétiné au profit de positions misogynes pour des raisons de clientélisme. Ecolo a perdu la raison (sauf celle-là). La France prétendument insoumise est dans le même cas, soumise aux électeurs qu'elle drague et qu'importe le sort des femmes.
"L’obsession communautariste d’Ecolo détruit méthodiquement notre modèle universaliste de société et crée une autoroute à l’extrême droite et aux islamistes. Il est temps d’arrêter cette folie qui disloque et antagonise les populations de notre pays", vient d'écrire le député Les Engagés Georges Dallemagne. 

J'ai été parlementaire Ecolo il y a vingt ans. Je l'ai été fièrement. Aujourd'hui, je ne voterai pas pour ce parti rétrograde qu'est devenu Ecolo.
Rallumez la lumière !

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/05/fache-tres.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/06/le-voile-en-face.html
(2) https://www.lalibre.be/belgique/2023/11/30/a-anderlecht-alors-que-la-commune-se-dechire-sur-le-port-du-voile-ecolo-propose-un-ultime-compromis-on-na-pas-envie-de-faire-peter-la-majorite-YM2EHXJT3BE7NJYYVSHRCTQMQY/
(3) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2018/07/djemila-benhabib.htm
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2022/01/le-soft-power-de-lislamisme.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/11/leurope-du-sexisme.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2022/05/talibans-et-bonnes-ames.html

mercredi 2 juin 2021

Le voile en face

En Belgique comme en France, le communautarisme gagne chaque jour du terrain. Les islamistes sourient dans leur barbe. Ils sont en train de gagner, avec l'aide active de la gauche. Où est l'internationalisme et l'universalisme des partis de gauche? Les voilà plus catholiques que le pape, aussi prudes qu'un ayatollah. La religion musulmane a désormais pour eux tous les droits et ses (pseudo) règles doivent avoir droit de cité. Au nom du décolonialisme, il faut soutenir les pratiques islamiques, même s'il n'y a pas plus colonisateur des esprits qu'une religion. 

En Belgique, voilà qu'Ecolo - par provocation? - désigne comme commissaire du gouvernement à l'égalité entre les hommes et les femmes une femme voilée. Faut-il pleurer, faut-il en rire? Le voile, vêtement politique, est précisément l'expression de l'inégalité hommes - femmes. 

Que diraient les bonnes âmes qui aujourd'hui défendent le port du voile et les accommodements dits raisonnables si demain les chrétiens obligeaient les femmes à se couvrir la tête, interdisaient que qui ce soit consomme de la viande le vendredi et pendant le Carême et qu'on vende et consomme de l'alcool dans les quartiers où ils vivent, revendiquaient des horaires différents pour les hommes et les femmes dans les piscines? Et s'ils élevaient les filles à faire des enfants et gérer le foyer? S'ils se montraient menaçants dès qu'on critique leur religion? S'ils pourchassaient l'adultère et l'homosexualité? N'y aurait-il pas du racisme à accepter pour d'autres des contraintes, des règles et des châtiments que soi-même on combattrait furieusement ? Qu'est-ce qui pousse Ecolo et d'autres partis de gauche, en Belgique comme en France - partis qu'on a connus féministes - à défendre le voile? L'électoralisme? Le paternalisme? Un sentiment très judéo-chrétien de culpabilité? Un peu de tout cela? La religion est l'opium du peuple et le carburant de trop de partis de gauche.

Nombreuses sont les femmes de culture musulmane qui rejettent le voile, ici comme dans les pays où l'islam est majoritaire.

Djemila Benhabib (qui a fui l'Algérie): " Je suis contre tous les foulards, qu'ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille ou Marseille, qu'ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose: la soumission forcée des femmes à un programme d'oppression." (...) "Cet apprentissage du foulard se fait sous la pression de l'entourage, pour amener la fillette à revendiquer son foulard vers 14 ans, en affrontant ses professeurs et en clamant c'est mon choix. Cette recherche ethnico-identitaire des adolescentes se fait sur le dos des femmes et il se trouve de ses défenseurs pour crier au racisme."

Seyran Ates, imame de la mosquée Ibn Rushd-Gœthe à Berlin (qui vit sous protection policière): elle considère le voile comme "un marqueur qui désigne les femmes en tant que telles". Ce sont, selon elle, les Occidentaux qui soutiennent l'idée que le hijab serait pour les femmes un signe de dignité ou un symbole d'empowerment. "Je suis avocate, j'ai travaillé pendant plus de trente ans avec ces femmes qui tentent d'avoir une vraie vie: 80% d'entre elles n'ont pas le moindre choix. Ça va bien au-delà du voile, elles n'ont aucun choix dans aucun domaine, aucune autodétermination."
"Quand une femme se couvre, ce sont les pulsions sexuelles de l'homme qu'elle protège. Elle ne se protège pas elle-même, elle protège le pauvre homme qui ne peut plus se concentrer sur sa foi en Dieu et sa pratique de la religion."
Elle défend la loi interdisant aux professeures, aux juges, aux policières de porter le voile. "Et je veux faire interdire le voile dans les écoles".
Aux féministes occidentales qui refusent de s'opposer au voile, voire le soutiennent, au nom de la lutte anti-colonialiste, elle répond que "c'est leur position qui est colonialiste. Ça ne tient pas debout: Je ne veux pas être colonialiste, mais je défends le foulard. Il est là, le colonialisme. C'est positivement raciste. Et arrogant. Il ne faut pas imposer nos valeurs occidentales aux autres pays, donc nous acceptons que les droits de l'homme ne s'appliquent pas aux pays musulmans? Pardon? Je croyais que les droits de l'homme étaient universels... J'aimerais bien voir ces dames faire du bénévolat en Iran. Elles devraient emmener leurs familles et passer six mois là-bas. (...) Quand je vois les conditions d'existence des femmes en Iran, je pourrais en pleurer. Elle se battent contre le voile depuis 1979. Ces féministes ne les écoutent pas. Parce que ce ne sont pas des victimes. Or elles aiment bien quand nous restons à notre place de victimes. Elles peuvent alors nous aider, nous apprendre à lire et à écrire, aller au Pakistan et en Afghanistan... Mais pas en Iran, parce que, justement, les femmes iraniennes se débrouillent très bien toutes seules, vont à l'université, ont un vaste savoir. Elles ne sont pas victimes des pays occidentaux. Elles sont victimes des mollahs. Ces féministes ne veulent pas l'entendre. Elles préfèrent se voir comme des dissidentes de prétendues dictatures occidentales".

Abnousse Shalmani, journaliste d'origine iranienne: "Le voile, c'est l'islam politique. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile."

Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." 

Maya Ksouri, avocate tunisienne: "Lisez les mémoires d'un des plus éminents dirigeants de la Nahda (le parti islamiste tunisien Ennahdha, vendu comme le parangon de l'islam modéré), Abdelhamid Jelassi (...) et vous verrez que le voile et ses pendants ne sont pas des vêtements comme les autres. Il le dit clairement. Le voile et la volonté insidieuse de sa généralisation, sous toutes ses formes, dans l'espace public, est aujourd'hui, dans un contexte d'islam politique florissant, un élément de propagande, de démonstration de force et de victoire... Victoire remportée sur le modèle social caractérisé par la libération des femmes arabes et leur émancipation à partir des années 30 sous l'impulsion d'Atatürk, Bourguiba et Nasser."

Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, fustige "ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien! Et ces niqabées qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c'était une prouesse de sortir en scaphandrier! Comme si c'était une manière de grandir l'islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades". 

Rappelons enfin que l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh a été condamnée, en mars 2019, à trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Son crime: avoir défendu des femmes qui ne portaient pas le voile et en revendiquaient le droit. Bien sûr, le tribunal islamique a invoqué d'autres raisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres: "incitation à la corruption et à la prostitution", "insulte au Guide suprême", "incitation à la débauche", "propagande contre l'Etat" et on en passe tant ces accusations sont ridicules. Ce qu'on lui reproche, c'est de s'être opposée au port du hijab, d'avoir retiré celui-ci lors de visites de ses clientes en prison, d'avoir accordé des interviews aux médias à propos de l'arrestation violente et de la détention de femmes qui contestent l'obligation du port du voile islamique. Ce qu'on leur reproche, à elle et à ses clientes, c'est de vouloir être des femmes simplement libres. Et se montrer la tête libre lui coûte donc trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Ainsi va la vie pour les femmes dans ce pays de vieux barbus obsédés qui les haïssent.

Existent-elles ces femmes aux yeux des bonnes âmes de gauche qui défendent le voile?

A (re)lire sur ce blog: "Ecriture voilée", 9.5.2021; "Djemila Benhabib et les islamistes", 19.1.2021; "Enfin!", 4.10.2020; "Ces mollahs malades", 12.12.2019; "Moments de dévoilement", 2.12.2019; "Vivement le temps des femmes", 25.9.2019; "Mauvaise foi", 28.5.2018; "Cachez cette femme que je ne saurais voir", 24.10.2016; et bien d'autres billets encore (cliquez sur le libellé voile).

dimanche 9 mai 2021

Ecriture voilée

Au nom de l'égalité entre les sexes et du respect des femmes, l'écriture inclusive est apparue un peu partout. C'est une écriture militante. Tant pis si les textes qui la mettent en pratique en deviennent souvent illisibles, ponctués par des points dits médians placés au milieu des mots - aucune règle n'étant fixée et chacun faisant comme bon lui semble (1). Tant pis s'ils ne sont pas lisibles oralement et s'ils posent problème aux aveugles et mal voyants qui utilisent un traducteur électronique oral qui s'y perd. Tant pis si les règles de la langue française sont déjà extrêmement complexes à apprendre et à maîtriser. Ce qui importe, c'est que la langue affirme - même si elle en devient incomprise - l'égalité des sexes. Via une circulaire, Jean-Michel Blanquer, Ministre français de l'Education, a officiellement proscrit l'utilisation de l'écriture inclusive, à cause de sa "complexité" et de son "instabilité" qui constituent des "obstacles à l'acquisition de la langue comme de la lecture" (2). Il estime que "mettre des points au milieu des mots est un barrage à la transmission de notre langue pour tous, par exemple pour les élèves dyslexiques". Le point conclue, sépare. En quoi aide-t-il à l'inclusion? "On a un énorme enjeu de consolidation des savoirs fondamentaux et l'écriture inclusive vient en barrage de cet enjeu", affirme encore le ministre. La circulaire ministérielle précise toutefois qu'il convient d'appliquer la féminisation des fonctions quand elles sont occupées par des femmes. Une féminisation qui reste trop peu pratiquée en France. Où, en plus, les femmes mariées sont automatiquement appelées par le nom de leur époux. 

Ce qui est amusant - même si l'on rit jaune - c'est de constater que ce sont souvent les mêmes qui défendent à la fois cette écriture inclusive et le port du voile par les femmes musulmanes. Il s'agit de respect, affirment encore ces personnes. Or, le voile n'a rien d'inclusif, au contraire: il affirme le rejet des femmes en les stigmatisant. "Je suis contre tous les foulards, qu'ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille ou Marseille, affirme Djemila Benhabib (3), qu'ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose: la soumission forcée des femmes à un programme d'oppression." (...) "Cet apprentissage du foulard se fait sous la pression de l'entourage, pour amener la fillette à revendiquer son foulard vers 14 ans, en affrontant ses professeurs et en clamant c'est mon choix. Cette recherche ethnico-identitaire des adolescentes se fait sur le dos des femmes et il se trouve de ses défenseurs pour crier au racisme." En Belgique, la co-présidente du parti Ecolo voudrait autoriser le port du voile dans l'administration (4). Chaque femme doit pouvoir s'habiller comme elle l'entend, estime-t-elle. Comme si elle ignorait le caractère profondément politique du voile. Entend-elle, voit-elle les femmes afghanes, saoudiennes, pakistanaises, iraniennes et autres forcées de porter le voile tout simplement parce qu'elles sont femmes et victimes de violences si elles refusent de le porter? Ecolo, comme une bonne partie de la gauche, se fourvoie dans des combats indignes.

Post-scriptum: lire à propos du droit des femmes à s'habiller comme elles l'entendent l'excellent billet de Nadia Geerts dans Marianne: https://www.marianne.net/agora/humeurs/et-si-on-portait-plainte-contre-les-religieux-qui-disent-aux-femmes-comment-shabiller

(1) Quelques exemples dans le dernier numéro du mensuel féministe Causette, de plus en plus illisible : rageux.ses / festivalier.ères / considéré.es par eux comme des "adorateur.rices du diable" et des idolâtres , les yézidi.es du mont Sinjar (...) furent décimé.es lors de la perce de l'EI. Là ou ailleurs, j'ai un jour lu inoffensif.ives. Plutôt que d'écrire ils et elles, l'écriture inclusive propose iels. Ce qui indique encore la marque masculine. On se serait attendu à ielles, non? Mais on pourrait aussi, tant qu'à faire, écrire les ho.fe.mmes.

(2) https://www.rtbf.be/info/societe/detail_france-l-ecriture-inclusive-interdite-par-le-ministre-de-l-education?id=10757075

(3) Djemila Benhabib, "Ma vie à contre-Coran - une femme témoigne sur les islamistes," vlb éditeur, Québec, 2009.

(4) https://www.levif.be/actualite/belgique/ecolo-relance-le-debat-sur-le-port-du-voile-a-bruxelles-et-exaspere-le-ps/article-normal-1422643.html

(Re)lire sur ce blog "Quotidien de la femme", 8.3.2018.

mercredi 15 mai 2019

Fâché (très)

Ecolo serait-il devenu un parti comme un autre? Certains de ses militants  et de ses élus ont  distribué des tracts racoleurs pour convaincre des électeurs. En l'occurrence ici l'électorat musulman le plus réactionnaire (1). Tant pis si le foulard islamique est un signe de soumission de la femme, tant pis si dans des pays musulmans des femmes sont emprisonnées, torturées, tuées pour avoir refusé de le porter (2), tant pis si les religions sont colonisatrices des esprits et des corps, n'aiguisent pas le sens critique ni ne poussent à l'autonomie, tant pis si les animaux non destinés à une consommation par des musulmans doivent être tués de façon "correcte". Pour ces écolos, aucune caresse dans le sens du poil (de barbe) ne sera excessive.
Pour ces écolos-là il y a donc femmes et femmes, il y a donc animaux et animaux. Les femmes, impures par nature, ont le droit d'être voilées, donc d'apparaître soumises. Les animaux peuvent être égorgés sans être étourdis auparavant. Et les hommes? Ils règnent en maîtres, imposent leurs lois. Cette attitude qui entretient le communautarisme et constitue une insulte pour les musulmans dits modérés est détestable.
Ecolo va-t-il demain proposer d'exempter les élèves musulmans du cours de biologie, pour éviter de les choquer avec le darwinisme? Va-t-il faire interdire la vente de bière et de vin dans les quartiers à majorité musulmane? Va-t-il établir des horaires différents pour hommes et femmes dans les piscines publiques?
Le parti a pris ses distances avec ce tract, non validé, paraît-il, par la régionale bruxelloise du parti et sa distribution a été stoppée. La co-présidente du parti a dénoncé une pratique "inacceptable" (3). Mais le mal est fait. Cet épisode indique l'urgence pour ce parti de se situer clairement  dans un combat pour la laïcité, l'universalisme et l'égalité des droits. On a besoin d'Ecolo pour entrer enfin et vraiment dans la transition énergétique et sauvegarder la biodiversité. On n'a pas besoin d'un Ecolo qui lèche les bottes de l'islamisme et fait la danse du ventre devant les barbus.

On notera également que, à travers ce tract, Ecolo fait aussi campagne auprès du même électorat pour le PTB. On atteint là le sommet de la bêtise.


(Re)lire sur ce blog:
- "Cette gauche qui n'aime pas les femmes", 3.8.2018;
- "Mauvaise foi", 28.5.2018;
- "Cinq minutes de courage politique", 8.4.2018;
- "L'arbre qui voile la forêt", 9.5.2016;
et tant d'autres billets sur ces thèmes, sur ce fichu voile, sur cette gauche qui perd la tête.
Post-scriptum: mon frère Pierre partage mon point de vue:
https://www.pierreguilbert.be/je-ne-pourrais-voter-ecolo-que-si/

(1) https://www.lalibre.be/actu/politique-belge/hallucinant-scandaleux-racolage-communautaire-un-tract-distribue-par-ecolo-au-marche-de-laeken-enflamme-la-campagne-5cdc00a07b50a60294dd392b
https://www.lesoir.be/224399/article/2019-05-15/elections-2019-polemique-autour-dun-tract-ecolo-distribue-dans-un-marche
https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_accuse-de-racolage-communautaire-ecolo-retire-un-tract-polemique?id=10221345
(2) (Re)lire sur ce blog "Nasrin Sotoudeh", 20.3.2019.
(3) https://www.lesoir.be/224447/article/2019-05-15/elections-2019-ce-genre-de-pratique-est-inacceptable-meme-chez-nous-reagit

mardi 7 mai 2019

Capitalisme punitif

C'est la panique chez de nombreux politiques en Belgique. Ecolo pourrait faire un carton aux prochaines élections.
Pour contrer les Verts, les Libéraux-Réformateurs du MR n'hésitent pas inventer une taxe sur la viande qu'Ecolo appliquerait. Le sketch qu'ils interprètent dans un clip est tellement mal joué que le MR apparaît, une fois encore, non crédible et, surtout, ridicule (1). Tout sonne faux dans ce clip. Si j'osais un mauvais jeu de mots, je dirais qu'ils se sont viandés. Mais je n'oserais pas.
Certains libéraux ressortent aussi le vieux cliché de "l'écologie punitive" (2). Que dire d'autre face à une prise de conscience de plus en plus importante d'une nécessité d'un changement radical ?
Est-ce punitif de proposer des primes à l'isolation, à l'installation de systèmes de chauffage à énergie renouvelable, à la conversion à l'agriculture biologique ? Est-ce punitif de favoriser l'utilisation du vélo, des transports en commun et du covoiturage ? Est-ce punitif d'imposer la nourriture bio dans les cantines publiques ?
Le capitalisme sauvage (qui a toujours été soutenu sur le fond par la sociale-démocratie) pousse à produire et à consommer toujours plus. C'est lui qui dérègle le climat, lui qui est à la manœuvre derrière toutes les créations de routes et d'aéroports, de zones commerciales et industrielles, lui qui adore détruire les forêts, inonder les champs de pesticides et bétonner les espaces naturels. Ce capitalisme est extrêmement punitif pour la planète et pour l'homme. Un million d'espèces sont aujourd'hui menacées de disparition (3). 
Mais pour le MR, ce doit être business as usual. Le sacro-saint marché régulera lui-même ses excès. La technologie gèrera la nature en bonne mère de famille.
Il est temps d'en finir avec ce capitalisme qui mène l'humanité à sa perte. Et donc avec ses porte-drapeaux politiques.

En France aussi, il faut casser les écologistes. Ici, c'est un pseudo journaliste qui s'en charge. Hargneux, agressif, aussi désagréable qu'on puisse l'être, Pascal Praud coupe la parole à Claire Nouvian, candidate de Place publique, l'empêche de parler, la trouve "ridicule" et "hystérique" (4). Son émission, c'est visiblement le Café du Commerce. On y ricane sur le réchauffement climatique. Il fait -3°C à Paris, et on nous parle de réchauffement climatique, laissez-moi rire! Cette émission qui fait apparemment plus du show bas de gamme que de l'information est une insulte à la communauté scientifique internationale et plus largement à l'intelligence. De quoi nous punit-elle ?

(1) https://www.lalibre.be/actu/politique-belge/election-2019-la-video-polemique-du-mr-qui-attaque-ecolo-au-vert-j-espere-je-prefere-le-bleu-je-veux-5cd293297b50a60294ad0aa5
(2) https://www.levif.be/actualite/belgique/le-programme-d-ecolo-le-contraire-de-ce-que-veulent-les-classes-moyennes/article-opinion-1129987.html
(3) https://www.lalibre.be/actu/planete/un-appel-urgent-de-plus-a-l-action-climatique-5ccc413e9978e25347d2b74e
(4) https://www.nouvelobs.com/teleobs/20190507.OBS12615/claire-nouvian-folle-de-rage-apres-le-guet-apens-climatosceptique-de-pascal-praud.html

mercredi 17 octobre 2018

La chute des papillons

Le week-end dernier, anormalement estival, fut très vert. Les écologistes ont connu un succès important lors d'élections en Belgique, au Luxembourg et en Bavière. Les jeunes, en Belgique en tout cas, furent nombreux à soutenir les Verts. C'est qu'ils sont, plus que les autres, concernés par la dérive insensée et incontrôlée de la planète Terre. Du bout des lèvres, des candidats d'autres partis commencent à reconnaître l'urgence écologique. On peut espérer que l'entrée des écolos dans des majorités communales empêchera les projets négatifs pour l'environnement et, bien plus, s'appuiera sur un tout autre type de développement, en renversant la vapeur (cette vapeur qui est à l'origine du désastre actuel - et futur).

A Tournai, on annonçait, pour ces élections communales, un combat de coqs entre le Ministre-Président de la Communauté française et la Ministre fédérale de l'Energie. Qui allait vaincre l'autre?  De combat, il n'y eut pas. A vouloir être au four et au moulin, ils ont été battus par eux-mêmes. On ne peut être en même temps bourgmestre ou échevin et ministre. Tous deux se sont affaissés dès leur entrée dans le gallodrome, y laissant de nombreuses plumes, quantité de voix et une bonne part de leur superbe. 

"Tournai, rien d'autre", affichait durant la campagne Marie-Christine Marghem, ministre fédérale empêtrée dans le dossier nucléaire. Ce slogan fut un cadeau à l'opposition écologiste au niveau fédéral qui y trouva une explication à son incapacité à maîtriser ses dossiers nationaux. Mais aussi un message contradictoire à ses électeurs tournaisiens qu'elle avait laissés tomber en abandonnant, après deux ans, son échevinat tournaisien, pour lui préférer une fonction ministérielle.
Même explication à la chute de Rudy Demotte. Quelle prétention faut-il avoir pour, alors qu'on est ministre, venir s'installer dans une ville, proclamant urbi et orbi (urbi surtout) qu'on entend en être le bourgmestre, et ensuite, une fois élu, se déclarer empêché d'exercer la fonction parce qu'on reste ministre durant toute la législature? Croyait-il que les Tournaisiens allaient le réélire à une fonction qu'il voulait mordicus mais qu'il a négligée une fois élu?
A vouloir être partout, Marghem et Demotte n'étaient nulle part. Les coqs n'étaient que papillons.
La démocratie est parfois rassurante. Les électeurs ne sont pas aussi couillons que semblent le croire certains candidats, du haut de la certitude qu'ils ont de leur caractère indispensable. Le cumul de mandats a parfois fasciné. Est-ce encore le cas? Ici du moins, on peut en douter.
En attendant, c'est celui qui se fait appeler "Polo" qui a triomphé et passe d'échevin délégué à la fonction maïorale (le titre qu'avait voulu lui imposer Demotte) à bourgmestre en titre, en fonction et non-empêché. L'homme est qualifié de populiste, de shérif, de brut de décoffrage; il n'a, loin s'en faut, aucun talent de rhéteur (ce qui participe, dit-il, de sa popularité); n'est ni un analyste fin, ni un visionnaire, ni un grand démocrate, mais les Tournaisiens devront s'en accommoder pour six ans. 
Que va devenir Rudy Demotte? On peut parier qu'on lui trouvera un poste de président dans une instance internationale (ou régionale?). Le Ps a toujours su trouver des lots de consolation pour ses braves officiers. 
Une réflexion encore sur le Ps: son siège national est situé boulevard de l'Empereur à Bruxelles. Et voilà qu'on découvre que son QG tournaisien est un café nommé L'Impératrice. C'est le côté napoléonien des socialistes. 

Enfin, un mot sur les intoxiqués de la politique. Raymond Langendries, évincé du maïorat à Tubize en 2012, rêvait de prendre sa revanche. A 75 ans. Raté pour cette fois. En 2024, peut-être? A Marche-en-Famenne, par contre, André Bouchat (79 ans) est confortablement réélu bourgmestre. Il occupe la fonction depuis 1986. Claude Eerdekens (70 ans) fait mieux encore: il vient d'être réélu à Andenne dont il est bourgmestre depuis 1972. En Belgique, à 65 ans au plus tard, on est poussé vers la sortie pour faire place aux jeunes et ce n'est que normal. Pourquoi la régle ne s'applique-t-elle pas en politique?

(Re)lire sur ce blog,
- "En nu onze hit-parade met Rrrrrrrudy", 10 octobre 2018;
- "Pêcheurs empêchés", 13 octobre 2018;
- "Le petit déjeuner des gens de terrain", 17 octobre 2018.

mercredi 7 décembre 2016

Jacky Morael

C'est un esprit brillant qui vient de disparaître. Jacky Morael est décédé. Vif, visionnaire, fin stratège, bon orateur, il a su populariser le message écologiste et amener son parti à des résultats peu égalés par d'autres. La vie n'a pas été tendre avec lui, mais Jacky a toujours été un parfait honnête homme (dans tous les sens du terme) au regard aiguisé et au discours parfois féroce. Même en retrait, il restait écouté et respecté.
L'ensemble de la classe politique belge lui rend un hommage mérité et qui apparaît sincère (1). Au-delà des mots, le meilleur hommage qui pourrait lui être rendu serait que tous les partis fassent - avant qu'il ne soit trop tard - de la lutte contre le dérèglement climatique et de la transition énergétique une vraie priorité, pour eux et pour l'ensemble de la société. Et de la planète.

(1) http://www.lesoir.be/1385469/article/actualite/belgique/politique/2016-12-06/sous-choc-politiques-saluent-memoire-jacky-morael-pionnier-d-ecolo
http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/l-ecolo-jacky-morael-est-decede-5846ee59cd70039fe624b43c

mardi 26 mars 2013

Borsus le polyglotte

Willy Borsus part en guerre contre Ecolo. "Je conteste l'extrémisme doctrinaire des écolos", dit le chef de groupe MR au Parlement wallon (1).
Le libéral qu'il est ne doit pas avoir de doctrine. Il la laisse aux marchés qui chaque jour un peu plus nous démontrent que le capitalisme est le meilleur des systèmes. Les entreprises ferment les unes après les autres, les travailleurs sont licenciés par milliers, mais il ne faut surtout pas faire preuve d'intégrisme, dit-il. Tout finira bien par s'arranger, suppose-t-on. En attendant son heure, Borsus mène la charge, et elle est lourde, contre le Gouvernement wallon et sa composante Ecolo en particulier. Il reproche au Gouvernement ses plans d'avenir.
Le journaliste de la Libre, Frédéric Chardon, demande à Borsus ce que propose le MR. Il répond que "la Wallonie a besoin de réformes et de changements. On sent aussi qu'on doit rompre avec les habitudes du passé, dit-il, et concentrer les moyens sur les priorités, c'est-à-dire les facteurs de développement économique et social et la production de services et ce qui apporte de la qualité de vie: les maisons de repos, les hôpitaux... Il faut désormais que la Région wallonne fasse un exercice vérité. Elle n'a plus le choix: elle va accueillir des compétences importantes venant du fédéral et la révision des mécanismes de solidarité entre régions met la Wallonie face à son devenir à l'horizon de 10 ans". On se sent tout de suite rassuré, on voit que le MR sera le parti de la situation, celui du grand changement. On voit aussi qu'on peut répondre à une question sans rien dire.
Le linguiste Louis-Jean Calvet estime que "les hommes politiques sont plurilingues: ils parlent le français, mais aussi la langue de bois, la langue de pute et la langue de vipère, sans oublier le politiquement correct qui consiste à changer les mots au lieu de s'attaquer aux choses" (2).
Willy Borsus est au moins trilingue.

(1) LLB, 25 mars 2013.
(2) Télérama, 18 juin 2008.

(re)lire aussi sur ce blog "Bon sens, mais c'est bien sûr", 15 mars 2013.

lundi 22 mars 2010

En sortir. Et ver(t)s le haut.

Le capitalisme est-il dépassable? C'est la question qui fâche. Ou plutôt la ou les réponse(s). Ou leur absence.
On a compris depuis longtemps que les partis socio-démocrates n'ont (plus) aucune ambition à ce niveau. Ils sont devenus des gestionnaires du capitalisme, s'efforçant d'en éviter un excès de nuisances. "Sans nous, ce serait pire", serinent depuis leur ligne Maginot leurs représentants depuis quelques décennies. L'argument suprême.
"Le PS est engoncé dans sa culture gestionnaire de parti de gouvernement. Il est à la ramasse face à l'irruption de forces et d'idées nouvelles", déclarait récemment Eric Loiselet qui était tête de liste Europe-Ecologie en Champagne-Ardennes (1). On peut bien sûr se réjouir de la victoire de la gauche et du PS en particulier aux élections régionales en France ce dimanche. Mais à quoi servira cette victoire? A éviter un peu plus les dégâts de la droite, c'est déjà une bonne chose. Mais pas d'illusion: ne rêvons ni d'un grand soir ni d'une succession de quelques heureux matins. Aucun changement basique à l'horizon. Surtout pas de révolution. Même en souplesse. Juste des aménagements. Les actionnaires ne changeront pas leur projets de vacances.

Globalement, le PS belge est dans le même état d'esprit que son collègue français. Citta Verde, exemple parmi beaucoup d'autres, en témoigne. Le ministre-président de la Région wallonne, Rudy Demotte, se révèle clairement libéral au sens nord-américain du terme: socialement à gauche, économiquement à droite. On sent même une fascination. Chez Marcourt, ministre de l'économie, elle transpire.
Le problème, c'est que le PS est loin d'être le seul à manquer d'imagination. Et d'audace. C'est quasiment toute la gauche (toutes les gauches?) qui est "à la ramasse".
Dans le Vif de vendredi, une info interpellante concernant Ecolo. On y apprend que l'économiste Christian Arnsperger a relaté sur son blog une rencontre à laquelle il a participé au cabinet Nollet. "Le capitalisme, m'a-t-on fait comprendre, est incontournable comme moteur central de création de richesse. Il faut le harnacher, le discipliner, voire le contraindre en vue d'objectifs écologiques, mais il n'est pas dépassable vers un horizon post-capitaliste", explique-t-il. "Certains gros bonnets présents affirmaient haut et fort, rejoignant en cela le grand patronat, que l'autogestion, l'économie participative, la démocratie d'entreprise (...) n'avaient pas d'avenir et ne correspondaient pas à la nature de l'homme."
Houlà! Dès qu'on parle de nature, voilà le débat qui vire à droite. Le capitalisme serait-il naturel, au contraire d'une autogestion ardemment défendue par les créateurs du mouvement écologiste? Et Ecolo défend-il la nature face à la culture? Débat essentiel!
Christian Arnspeger explique sur son blog (2) s'être fait remonter les bretelles assez sèchement et... vertement par Jean-Marc Nollet, suite à la publication de ses propos dans le Vif. "Ecolo, souligne l'économiste, a été, jusqu'ici, le refuge de tant de progressistes et d'alternatifs que le problème se pose avec une acuité toute particulière."

Dans un texte précisément intitulé "Dépasser le capitalisme" (3), l'historien Roger Martinelli explique que "depuis plus d'un siècle et demi, les tenants de l'égaliberté sont tiraillés entre deux tentations. La première consiste à penser que, l'échange marchand qui fonde le capitalisme étant indépassable, il faut chercher à l'infléchir en corrigeant ses effets négatifs les plus criants. La seconde tentation part au contraire de l'hypothèse que, le capitalisme étant par nature producteur de polarisation sociale, la seule façon de parvenir à l'égalité est de le nier radicalement et de se projeter dans une autre société. Adaptation ou négation, recherche d'accomodement ou volonté de rupture, réformisme ou révolution: le mouvement critique (à base ouvrière pendant plus d'un siècle) s'est construit autour de cette tension originelle, oscillant entre les deux méthodes."
Le problème, c'est qu'aujourd'hui l'essentiel des forces de gauche, en Belgique comme en France a succombé à la première tentation. Ils appellent cela le réalisme.
Michel Onfray, lui, dans un entretien intitulé "Des microrésistances libertaires" (3), continue à rêver, avec les pieds sur terre: "Il faut agir, créer des coopératives, les fédérer, les mutualiser, inventer des banques de quartier, fédérer des combats locaux, mettre sur pied des structures d'éducation populaire et créer tout un maillage alternatif qui permet de sortir du fantasme de la révolution en bloc pour passer à la révolution en fragments."

Arnsperger lui aussi y croit. Il a rédigé un texte fondateur de son blog (c'est le tout premier, 12 février 2010): "Transition écologique et transition économique: Quels fondements pour la pensée? Quelles tâches pour l'action?" Il défend une transition en deux temps: du capitalisme gris au capitalisme vert, puis du capitalisme vert à un post capitalisme.

P.S.: et pendant ce temps-là, le Front National relève le menton en France. Face à la morgue des Le Pen père et fille, je ne peux m'empêcher de penser que TF1 et toutes les autres entreprises de crétinisation y sont pour quelque chose. Oui, comme dit Onfray, il faut travailler dans l'éducation populaire.
Allez, pour terminer, une citation de Desproges: "Il y a plus d'humanité dans l'oeil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son oeil."


(1) Terra Eco, mars 2010
(2) http://transitioneconomique.blogspot.com/ "Pas d'intimidation s'il vous plaît, 19 mars
(3) Post capitalisme, imaginer l'après - coordonné par Clémentine Autain, éditions Au diable vauvert, 2009

dimanche 14 juin 2009

Que choisir?

Ecolo et le CDH vont-ils s'allier au PS ou au MR? Voilà la question du moment.
Les courriers des lecteurs de journaux sont amusants à lire. Il est des électeurs qui disent avoir voté Ecolo, à contre-coeur parfois, pour donner une bonne leçon aux parvenus du PS. Mais qui seraient furieux, disent-ils, si les verts s'alliaient aux bleus. De facto, ils souhaitent donc que les écologistes maintiennent au pouvoir un parti dont ils ne veulent plus... D'autres ont voté Ecolo précisément pour que le PS se retrouve dans l'opposition. Et puis il y a ceux qui pensent encore que le PS est de gauche. Un copain me disait (mais je me demande s'il ne serait pas un peu moqueur): j'aurais bien voulu voter pour un socialiste, mais je n'en ai pas trouvé.
Ce qui est clair, c'est que nous ne sommes plus, quoi qu'essaie de faire croire Di Rupo, dans un rapport gauche-droite où les différences seraient patentes.
En témoignent des dossiers comme le Cora de Mouscron ou le centre de glisse d'Antoing. Voilà deux beaux projets comme les capitalistes les aiment. Ils sont soutenus depuis le début par les socialistes et combattus par les écologistes. Les libéraux s'y opposent.
Les récentes affaires Donfut et Coëme illustrent à merveille le slogan sarkozyste et ultra-libéral "travailler plus pour gagner plus". Or, l'appartenance politique de ces deux élus devrait les classer à gauche.
Un copain, qui a exercé d'importantes responsabilités au sein du PS et qui en a claqué la porte il y a quelques années, me disait qu'il souhaitait voir le PS dans l'opposition, pour qu'il s'y refasse une santé, soigne sa gangrène et se recentre sur ses valeurs. Il va même jusqu'à souhaiter que le PS se saborde, fasse le tri parmi ses membres et surtout ses représentants, pour mieux renaître en vrai parti de gauche.
Personnellement, en fonction des valeurs socialistes qui sont les miennes, je pencherais plutôt pour l'olivier, soit une coalition de centre-gauche. Pour autant que le PS soit enfin capable d'entrer de plain-pied dans le XXIe siècle avec ce que cela implique d'éthique. Parlant des pratiques du député-bourgmestre Guy Coëme, Elio Di rupo parle - une fois de plus! - de "pratiques du passé", de "vieille école". Le problème, c'est que tant d'élus du PS, et ce n'est pas une question de génération, sont de la vieille école, que leurs intérêts personnels les dépassent. Combien de cas Donfut ou Coëme existent-ils encore? Le problème est que le Ps est devenu un parti d'occupation du pouvoir à tout prix. Y compris celui de perdre le sens des priorités, des valeurs et de l'éthique. Est-il encore en capacité, aujourd'hui, de prouver le contraire?

jeudi 10 mai 2007

10 raisons pour lesquelles je suis candidat aux élections du 10 juin sur la liste 10

Parce qu’il y a urgence à changer de mode de vie et que l’écologie politique est le seul mouvement politique à s’inscrire dans un vrai projet d’avenir.
Parce que la lutte contre le réchauffement climatique est - tout le monde en convient – la priorité des priorités et que seuls les Verts portent un programme adapté à cette problématique et sont cohérents dans leurs positions.
Parce que les plus défavorisés seront – et sont déjà – aussi les plus touchés par ce réchauffement climatique. Chez nous comme dans le sud.
Parce que l’éthique en politique n’est pas un vain mot, et que les Ecologistes ne multiplient pas les mandats et ne les utilisent pas à des fins personnelles.
Parce qu’il faut travailler à une autre économie, plus solidaire, plus créatrice d’emplois de qualité et non délocalisables.
Parce qu’il faut rééquilibrer les rapports nord-sud, annuler la dette du tiers-monde, assurer la souveraineté alimentaire des peuples et lutter pour une correcte application du droit d’asile.
Parce qu’il faut se préparer à l’après-pétrole, en entrant dans une vision prospective. Tous les indicateurs sont aujourd’hui dans le rouge. Et les socialibéraux continuent à penser et à agir comme si on vivait toujours les années ’60.
Parce qu’il faut défendre à tout instant une liberté d’expression aujourd’hui bien fragile, menacée par des obscurantistes qui s’appuient sur le droit à la différence pour tenter d’imposer leurs règles religieuses rétrogrades et brutales.
Parce que j’ai toujours préféré ceux qui « sont » et qui « font » à ceux qui « paraissent » et qui « disent ».
Parce que "La vie prime l'économie. Telle est la pratique individuelle et collective d'où naîtra la véritable internationale du genre humain." (Raoul Vaneigem)

Voilà pourquoi je suis 4e candidat effectif sur la liste Ecolo pour le Sénat, aux côtés d'Isabelle Durant, de José Daras, de Carine Russo, de Jacky Morael, de Marianne Leterme et de tous les autres.
Michel Guilbert

samedi 25 octobre 2003

ECOLO au coeur du ventre mou ?

Ce texte a été diffusé auprès de membres d’Ecolo en septembre 2003


Bien au-delà du contre-coup du résultat catastrophique du 18 mai, Ecolo vit aujourd’hui des heures sombres. Lourdes de questions d’identité, d’interrogations existentielles. Le mal est profond et s’est diffusé à tous les étages de la maison. En témoignent le découragement, la démotivation et une espèce de spleen de quantité de militants, qu’ils soient parlementaires, secrétaires régionaux, militants dits de base. C’est, ici, des parlementaires qui jettent l’éponge et ne sont pas candidats à un deuxième mandat régional; c’est, là, l’absence totale de candidats pour une nouvelle équipe de secrétariat régional ; c’est encore la désolation d’équipes locales qui se trouvent réduites à la portion congrue. Cette rentrée 2003 n’est pas comme les précédentes, elle est lente et fatiguée, en perte d’énergie.

Si le ressort s’est cassé, ou à tout le moins s’est excessivement détendu, chez beaucoup d’entre nous, c’est que l’onde de choc du 18 mai a laissé des traces, a cassé un élan, mais c’est aussi que le positionnement du parti – en suite de ce triste 18 mai - paraît aujourd’hui bien mou, bien flou. Le message, de moins en moins subliminal, de plus en plus clair, qui est envoyé à l’interne consiste à éviter toute prise de position qui pourrait laisser croire qu’Ecolo s’oppose au développement économique.
Nous voilà au cœur de l’interrogation : à quoi sert aujourd’hui Ecolo ? Quel est le sens, la raison d’être d’un parti écologiste ?
Les Verts se sont toujours opposés à la suprématie de l’économie de marché. L’économie doit être au service de l’être humain, et non l’inverse.
La politique menée, éclatée en compétences et matières diverses, voire opposées, doit viser la cohérence.

Aujourd’hui, le traumatisme francorchampêtre nous a amené à nous abstenir sur la modification de la loi interdisant la pub pour le tabac. C’est une décision du Conseil de Fédération, appuyée sur une proposition d’un groupe de travail ad hoc. La justification : alors que nous avons toujours visé un objectif de santé publique, cette proposition était devenue, dans les faits, une loi pour sauver le GP de F1 à Francorchamps. Car seule, la F1 (dans ce cas-ci du moins) avait refusé de s’adapter à la loi. En nous abstenant, nous faisons allégeance, de facto, aux plus puissantes entreprises. Les plus petites organisations se sont adaptées à la loi (par ex., le Belga Jazz Festival devenu l’Audi Jazz Festival), mais on adapte tout spécialement cette même loi pour une entreprise qui refuse de la prendre en compte. L’économie au service de l’homme ?
Encore peut-on comprendre que l’attitude bête et méchante, l’agressivité, voire la violence de tant de citoyens (et des autres partis et d’une bonne partie de la presse), refusant toute analyse critique et toute distance, puissent expliquer un positionnement plus prudent de la part d’Ecolo qui tente ainsi de sortir du cul-de-sac dans lequel on l’a enfermé. (1)

Il n’en va pas de même dans le dossier de la régionalisation de la compétence « armes ».
Sans aucune réflexion, sans débat préalable (pourtant annoncé), le Gouvernement fédéral a décidé précipitamment, à la veille des vacances, de régionaliser l’importation, l’exportation et le transit des armes et munitions. Une décision anachronique à l’heure où l’Union européenne tente d’harmoniser les politiques en cette matière, considérée partout comme un acte de politique étrangère. Une décision qui pourrait, demain, mettre la Belgique dans une position schizophrénique : il suffirait, par exemple, qu’une Région délivre une licence d’exportation d’armes à un pays que l’Etat fédéral aurait placé sur la liste des pays en prévention de conflit. Nous l’avons dit, c’est vrai qu’on ne peut, a priori, soupçonner les Régions d’être moins respectueuses que l’Etat fédéral des règles éthiques. Mais si Ecolo a finalement décidé de s’abstenir sur ce projet – alors que notre programme (qui n’est pas, sur le principe, opposé aux ventes d’armes) (2) et notre analyse auraient amplement justifié une opposition - c’est que la Régionale de Liège avait souhaité cette attitude d’abstention, craignant qu’Ecolo, une fois encore, apparaisse comme « fossoyeur de l’économie ». Une économie au service de l’homme ?

Evoquant, récemment, le projet de Verhofstadt de créer un nouvel aéroport international à Chièvres et souhaitant que nous nous exprimions à ce sujet, j’ai perçu certains appels à la prudence dans notre positionnement. Toujours la crainte d’apparaître comme des destructeurs d’emplois, opposés à l’économie.

Et on pourrait multiplier ainsi les exemples. On sent bien aujourd’hui qu’Ecolo marche aujourd’hui sur des œufs et tourne septante-sept fois sept fois (était-ce bien ce nombre-là ?) sa langue dans sa bouche avant de parler. On passe tout doucement du parti qui ose au parti qui dose. Les positions, hier nettement affirmées et assumées, se font aujourd’hui plus tièdes.
Sur le thème de l’emploi, il me semble que lors de la campagne de 99, nous osions dire – à la suite de certains chercheurs et analystes - que le retour au plein-emploi relevait de l’utopie, que le travail – sans rien ôter de son aspect rémunérateur incontournable – n’était pas le seul moyen de se réaliser. Qu’il fallait explorer d’autres pistes. Qu’il fallait repenser le sens du travail, travailler sur notre rapport au temps. Nous osions les questions de fond. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que nous n’osons plus aborder ce terrain-là, craignant d’être mal compris ou caricaturés. Libéraux, socialistes et humanistes font miroiter le retour aux golden sixties et nous n’osons dire qu’ils (se) trompent, par crainte d’être traités d’utopistes. C’est le monde à l’envers !

Aujourd’hui, j’ai de plus en plus le sentiment que la stratégie prime sur le projet, que la forme édulcore le fond. Faut-il absolument que nous donnions des gages (et à qui ? aux autres partis ? aux électeurs ? et lesquels ?) que nous pouvons être un parti raisonnable, qui peut tenir un discours tempéré ? Ou prendre le risque de rester un parti différent qui refuse d’entrer dans un moule ?
Ecolo ne peut, sans risque de se perdre, abandonner ses positions visionnaires. Tout l’intérêt du mouvement vert est là. Ecolo doit continuer à marquer ses différences, à tenir des positions claires et courageuses et doit donc rester un parti qui surprend voire dérange. Tant mieux si ces positionnements n’en font pas un parti « unanimiste et chèvre-choutiste ». Le risque est grand, on le voit aujourd’hui, de vivre avec l’œil rivé aux thermomètres des sondages. Le souci de « l’Electorat » mène Ecolo et risque de plus en plus de l’amener à prendre des positions tièdes, politiquement correctes. Il ne s’agit évidemment pas de prêcher à des convaincus, mais ces convaincus, ces 8 à 10 % de l’électorat (aux dernières nouvelles), ne les lâchons pas sous le prétexte que nous devons séduire 8 à 10 % d’autres électeurs.
Notre première arme de séduction sera notre cohérence.
C’est un fait, le message du développement durable est complexe à expliquer, il implique une démarche intellectuelle, une projection collective dans le temps et l’espace. Nous demandons aux citoyens de se situer constamment dans des rapports doubles : moi/nous, ici/là-bas, aujourd’hui/demain. Alors que nombre d’électeurs ne se soucient que du « moi, ici, aujourd’hui » (on peut en comprendre certains, mais pas tous !, vu leur précarité).
Globalement, Ecolo a un bon programme, extrêmement dense, ni racoleur ni facile, qui gagnerait sûrement à être « popularisé ». Mais ne l’édulcorons pas pour autant. Restons un parti qui sait vivre avec son ombre, sans avoir peur d’elle.

Michel Guilbert, le 17 septembre 2003





(1) voir l’article de Dany Smeets « Saga-Francorchamps : décors et jeux de rôle », dans la Quinzaine 117
(2) voir la carte blanche de B. Adam (GRIP) – le Soir – 18.09.03, et la réaction de Didier Coeurnelle
(3) Personnellement, je pensais (mais j’étais assez isolé en cette période de vacances où nous étions peu nombreux autour de la table) que nous devions nous opposer à ce projet. Cela ne m’a pas empêché d’expliquer loyalement au Sénat les raisons de notre d’abstention – même si cette position me semblait de moins en moins motivée au fur et à mesure que je développais l’analyse.

mercredi 21 mai 2003

Sombre 18 mai

Ce texte a été rédigé au lendemain de la lourde défaite électorale qu’ont connue les partis écologistes en Belgique le 18 mai 2003. Il a été diffusé auprès de membres du parti, de sympathisants et de proches.



Comment expliquer cette gifle inattendue, cette lourde défaite, tellement injuste, incompréhensible ? Nous nous attendions à un recul sensible, mais jamais à ce point.
Nous étions sans doute porteurs de trop d’attentes, sans avoir ni les épaules assez larges, ni un rapport de forces en notre faveur pour pouvoir les satisfaire. L’Arc-en-Ciel a connu de belles réussites et aussi des échecs. Pourquoi Ecolo est-il le seul à endosser la responsabilité de ces dernières sans avoir droit aux lauriers des premières ?
Les Ecologistes paient pour une image devenue ou rendue désastreuse.
Il doit y avoir non pas une mais des explications qui tiennent à Ecolo, aux autres partis, aux électeurs.
J’en vois quelques-unes, et il doit y en avoir quelques autres…

• DES VICTOIRES OCCULTEES PAR LES DEFAITES ?
La barre est placée haut chez les Ecolos, les exigences des militants et des électeurs sont donc fortes. La participation à une coalition a entraîné inévitablement la participation à des décisions qui ne correspondent pas aux programmes de chacun des partis. Les conséquences n’en sont pas les mêmes pour tous : si l’expulsion des Tziganes a coûté cher à Ecolo, la sortie du nucléaire (pourtant critiquée par les Libéraux) n’a rien coûté électoralement au MR
Parti atypique, Ecolo fonctionne sur le mode d’une démocratie interne forte, ce qui a amené régulièrement des militants et des parlementaires à exprimer ouvertement leur mécontentement vis-à-vis de décisions prises par les gouvernements.
Dans les autres partis, l’expression publique est quasi réservée aux ministres et au président.
Mais cette manière d’exprimer publiquement son désaccord a sans doute eu un effet d’occultation des gains Ecolo. Nous avons pu laisser croire à l’électeur que nous avions tout perdu. Et pourtant, comme le relevait un journaliste, aucun autre parti vert (au monde sans doute) n’a obtenu autant d’avancées concrètes : régularisation des sans-papiers ; refinancement de la Communauté française, de la SNCB, de la Coopération au Développement ; définition et mise en œuvre de politiques de mobilité, d’énergie ; sortie du nucléaire ; amélioration de la sécurité routière ; etc. Et tout cela en 4 ans seulement. Même si nous continuons à regretter une série de décisions (et de non-décisions !) prises par le gouvernement fédéral (expulsions des Tziganes, Snelrecht, maintien des centres fermés, absence d’avancées en matière de justice, blocage libéral du droit de vote des étrangers, etc.), nous n’avons pas à rougir de notre bilan dans les compétences qui étaient les nôtres.
Mais le message a sans doute été brouillé et Ecolo n’a pas su convaincre sur son bilan.

• UNE PERTE DE LA DIFFERENCE DANS UN RAPPORT DE FORCES DEFAVORABLE ?
Pendant 20 ans, Ecolo fut dans l’opposition, fit de l’opposition éclairée, construite, argumentée et apparut sans doute plus que jamais en 99, au terme d’une décennie d’affaires multiples et nauséabondes, comme le parti sauveur qui allait assainir la vie politique, redonner du sens au travail politique, apporter à une solution à des citoyens (riverains d’aéroports, parents d’enfants victimes, etc.).
Cette première participation au pouvoir nous a amené à constater l’extrême dureté des rapports de force au sein d’un gouvernement, la difficulté à retourner le rapport de forces en notre faveur, surtout dans cette étrange coalition formée avant que nous y soyons invités. PRL et PS n’attendaient, n’espéraient qu’une chose : que nous échouions. Quand ils ne nous glissaient pas de peaux de bananes sur les pieds, ils se croisaient tranquillement les bras. Un exemple : la SNCB. Le PS a assisté tranquillement au bras de fer qui opposait I. Durant à la direction de la SNCB, n’espérant qu’une chose : qu’il se termine en défaveur d’Ecolo.
Participer à une coalition, c’est forcément composer. Aucun parti ne s’y retrouve totalement, les textes sont toujours le fruit de compromis, surtout quand on travaille à trois ou à six. Nos électeurs, dont l’attente de changement était énorme, nous ont reproché une trop faible mise en œuvre du programme Ecolo et une trop forte réussite du programme libéral, comprenant souvent difficilement que ces coalitions ne peuvent que fonctionner sur le compromis.
Quoi qu’en disent les autres partis, nous avons joué le jeu correctement, trop sans doute. Au point, c’est vrai, de laisser passer des décisions inacceptables. Les autres n’ont pas toujours eu la même correction : libéraux flamands comme francophones n’ont, par exemple, pas respecté l’accord de majorité accordant le droit de vote aux étrangers.
Pour beaucoup d’électeurs, Ecolo a perdu son âme en se salissant les mains au gouvernement. L’opposition est évidemment plus confortable, mais ne peut être l’objectif d’un parti politique. A moins d’avoir peur de son ombre.

Cette première participation au pouvoir nous a aussi amenés à composer avec nos partenaires, adversaires d’hier. Notre discours critique s’est policé, notre fleuret s’est émoussé. Nos convergences avec le PS nous ont conduits à ménager plus celui-ci. Au point que lors de cette campagne 2003 nous n’avons guère été pugnaces dans les débats. Il aurait fallu être plus cinglant, plus agressif, plus impertinent. Ecolo ne fait plus la différence !

On a reproché aux Ecolos leur cacophonie. Il serait intéressant de compter le nombre de fois durant cette législature où le président du MR, gaffeur invétéré, s’est fait remonter les bretelles par Louis Michel. Chaque fois que le sénateur VLD Jean-Marie Dedecker prenait la parole, un membre de son groupe se devait de préciser que « Monsieur Dedecker n’exprime pas l’avis du VLD ». Idem au PS avec un Jean-Marie Happart, monument de « régional-populisme » et spécialiste de l’analyse « café du commerce » ou encore une Anne-Marie Lizin ou un Claude Erdekens peu soucieux de connaître la position de leur parti mais surtout avides de faire entendre leur point de vue personnel qui révolutionne la face du monde.

• UNE PERTE DE CONTACT AVEC LE TERRAIN ?
Les Etats Généraux de l’Ecologie Politique ont conduit vers Ecolo beaucoup de nouveaux militants venus d’horizons très divers et régénérant le parti. Aujourd’hui, on voit moins de monde dans nos commissions internes, et nous avons sans doute eu trop tendance à poursuivre la discussion dans des locaux Ecolo ou des lieux cosy, plutôt que chez « les gens » ou dans les arrière-salles de bistrot. Il faut être très militant quand on habite Mouscron, Arlon ou Verviers pour courir à Namur régulièrement. Ne serait-il pas temps d’imaginer d’autres formes de contacts, de réflexions pour nos groupes de travail et commissions ?

• AUCUN DROIT A L’ERREUR ?
Parti à l’éthique politique forte, Ecolo se retrouve attaqué de toutes parts, s’il n’est pas cohérent avec lui-même, mais aussi s’il l’est… On ne nous pardonne aucun faux pas : dès que nous nous éloignons d’un pas de notre ligne de conduite, la presse, les autres partis, la population nous montrent du doigt. Par exemple, si Ecolo est soupçonné d’avoir nommé quelqu’un en fonction de sa couleur politique. Mais si nous sommes cohérents avec nous-mêmes, notre programme ou même les lois votées par quasiment l’ensemble des partis, on nous le reproche également, nous sommes traités d’intégristes ou d’assassins de l’économie. Ainsi, l’épisode de la loi interdisant la pub pour le tabac.
Les autres partis, eux, peuvent prendre beaucoup de latitude avec la cohérence : on ne leur en veut pas, puisque « on sait bien comment ils fonctionnent »…

Nous sommes l’objet des caricatures les plus bêtes et méchantes, de raccourcis, de slogans grossiers et assassins. Nous voilà responsables non seulement du départ de Francorchamps du GP de F1, mais aussi du prix du tabac, de celui de l’essence, des sacs poubelles, de la faillite de la Sabena et de tous les maux que connaît la Belgique.
Les partis traditionnels ont réussi à nous diaboliser, usant de slogans simplistes qui ont fait mouche. Impossible d’y répondre par d’autres slogans, nous devons, à chaque fois, tenter d’entrer dans un débat argumenté, forcément plus long, beaucoup plus nuancé. Encore faut-il pouvoir débattre avec ces citoyens qui nous vomissent en refusant tout dialogue.

• LA DIFFICULTE D’EXPRIMER LE DEVELOPPEMENT DURABLE ?
C’est l’écologie politique qui a perdu ce 18 mai en Belgique. La défaite est la même en Flandre que côté francophone. Francorchamps ou les convergences à gauche n’expliquent donc pas tout. Et c’est bien là le plus inquiétant.
Le message du développement durable, avec ce qu’il a de visionnaire, est complexe à expliquer, il implique une démarche intellectuelle, une projection collective dans le temps et l’espace. Nous demandons aux citoyens de se situer dans un rapport double moi/nous, en Belgique/dans le monde, aujourd’hui/demain. Alors que nombre d’électeurs ne se soucient que du « moi, ici, maintenant » (parfois on peut le comprendre, mais pas toujours !, vu leur précarité).
Globalement, Ecolo a un bon programme, extrêmement dense, ni racoleur ni facile, il gagnerait à être « popularisé ». Les priorités programmatiques ne sont pas apparues clairement dans cette campagne, surtout celles qui touchent au souci premier du citoyen : l’économie et l’emploi.

• HORS JEU A LA STAR AC ?
Les partis traditionnels ont gagné :
- le MR grâce à la visibilité et au travail de L. Michel, mais aussi à son populisme : demain, une nouvelle diminution de la pression fiscale. Pour beaucoup de citoyens (dont des jeunes !), l’équation est simple : Ecolo = des taxes, toujours des taxes, MR = moins de taxes ;
- le PS grâce à la visibilité d’E. Di Rupo, mais aussi à son ravalement de façade très réussi, même si derrière la façade bien des vieilles pratiques se poursuivent. La force du PS aura été de se présenter comme le parti porteur de renouveau !
Ecolo a été éliminé de la Star Academy. Les campagnes sont fortement personnalisées, peut-être pas plus aujourd’hui qu’hier ( ?), mais le contexte – qu’on le veuille ou non – a changé. A l’époque de Loft Story et autre Nice People, il suffit d’apparaître à la télé pour exister. Le « Vu à la télé » est vendeur. Di Rupo, Michel et tous les barons locaux du PS et du MR ratissent un maximum de voix, même si certains d’entre eux savaient pertinemment qu’ils ne siégeront pas dans les assemblées pour lesquelles ils ont été élus.
La présence de Wilmots sur les listes du MR, et surtout ses déclarations indiquant qu’il ne connaît rien en politique et qu’il n’a pas véritablement l’intention de siéger montrent bien en quelle estime le MR tient ses électeurs. Mais ceux-ci adorent !
Ecolo a toujours refusé de personnaliser ses campagnes, mettant en avant ses idées et son programme. Il faut sans doute constater aujourd’hui un manque de visibilité de celles et ceux qui portent ces idées et ce programme.
Notre souci et notre respect de l’éthique en politique n’est pas payant : les parlementaires Ecolo assument leur fonction à temps plein (ou plus !), sans assumer d’autres fonctions politiques ou professionnelles. Ministres et parlementaires verts rétrocèdent à leur parti une part importante de leur indemnité parlementaire. Nous n’avons jamais placé sur nos listes de vedettes capteuses de voix qui ne siégeront jamais dans leurs assemblées. Aucun de nos candidats n’a occupé deux places sur les listes.
Tout cela n’empêche pas des citoyens de nous mettre dans le même sac que les autres, « ces pourris qui roulent en Mercedes et s’en mettent plein les poches ».
Il n’est évidemment pas question de modifier ces règles, mais il faut constater qu’elles ne sont pas perçues et/ou pas prises en compte par l’opinion publique.

• UN REFUS DU CHANGEMENT CHEZ L’ELECTEUR ?
L’électeur veut-il vraiment le changement ? On peut sans doute reprocher bien des choses aux cabinets Ecolo, notamment d’avoir parfois manqué de dialogue avec les syndicats, avec les associations de terrain. Mais il faut bien constater que les résistances au changement ont été terribles chez beaucoup d’acteurs : par exemple, à la SNCB, dans l’enseignement, chez les futurs riverains d’éoliennes. Le message adressé en 99 à Ecolo par l’électeur était une forte demande de changement. Quand il s’est agi de mettre en œuvre ce changement, les résistances se sont révélées terribles : « changez tout chez mon voisin, mais chez moi tout va bien, merci ».
Comme tout parlementaire, j’ai reçu des courriers de personnes (en général s’affirmant électrices Ecolo. Allez savoir…) demandant que je les soutienne, souvent auprès du cabinet Nollet, dans la recherche d’un emploi. Mes réponses expliquant que ce type de démarche n’entrait pas, bien au contraire, dans les pratiques écologistes m’ont parfois valu des retours de flamme courroucés, voire des injures.
Se rendant compte qu’ils devaient eux-mêmes prendre leur part dans le changement, certains électeurs nous ont quittés, souvent pour le PS dont on connaît les pratiques clientélistes et le double langage. Mais il ne m’étonnerait pas que ce soit parfois pour voter pour le FN. Aux présidentielles françaises de 2002, on a pu constater que le vote FN ne s’exprimait pas seulement dans les banlieues oubliées ou dans les régions sinistrées, mais aussi dans des quartiers cossus, un vote petit-bourgeois qui exprime un retrait de la vie en société, une élévation des murs (au propre comme au figuré) pour protéger sa petite personne. Nous vivons aujourd’hui dans une société très individualiste où chacun voudrait voir les règles appliquées à son avantage, tout en se retirant du jeu collectif.


Ecolo hors jeu, la vie politique va pouvoir se normaliser. Je ne crois pas aujourd’hui à une polarisation gauche-droite : en route pour un gouvernement centriste. A coucher ensemble, PS et MR vont faire des petits. L’aînée s’appellera Pensée Unique Socialibérale. Et les jumeaux Petits Arrangements entre Amis.
Il faut reprendre le début (ce n’est qu’un combat), continuer à lutter pour les électeurs qui nous font toujours confiance, qui croient comme nous que l’écologie politique est la seule voie.
Qui donc a dit : gardons le pessimisme pour les jours meilleurs ?



Michel Guilbert, le 21 mai 2003