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mercredi 21 septembre 2022

Mahsa Amini

Dans "Islamophobie, mon œil !" (1), la politologue Djemila Benhabib (qui a dû fuir l'Algérie en 1994, pour aller vivre au Québec, puis en Belgique) dénonce l'attitude d'Unia, l'organisme interfédéral belge de promotion de l'égalité et de lutte contre les discriminations : "Concrètement, l'activisme juridique de Unia a servi à endosser les revendications du CCIB (2) qui tourne, essentiellement, autour du voile islamique et à asseoir dans l'espace public la figure de la femme voilée comme celle de LA musulmane à protéger, à visibiliser, à promouvoir." Elle pointe du doigt une école professionnelle à discrimination positive : "Dans cette institution bruxelloise de l'enseignement libre (catholique) qui a accueilli les premières enseignantes voilées, aujourd'hui, l'écrasante majorité des enseignantes musulmanes portent le voile et ce, quels que soient leurs champs de compétences disciplinaires. Par ailleurs, les non-voilées cheminent difficilement dans un climat tendu qui leur est farouchement hostile. Dans certaines classes, la majorité des élèves sont aussi voilées. Lorsque l'une d'entre elles, par exemple, a la malchance de laisser transparaître une mèche de cheveux, le rappel à l'ordre est immédiat. Systématique. Ce sont des enseignantes qui se chargent de faire appliquer ce qu'elles prétendent être la loi d'Allah : 'Arrange ton voile, c'est haram de montrer ses cheveux !'. Et gare à celles qui auraient la fâcheuse idée de se dévoiler lors d'une sortie scolaire." Ces enseignantes belges jouent le même rôle que la police des mœurs en Iran. 

En Iran, une jeune femme vient de mourir à cause de ce voile de plus en plus sacralisé chez nous. Elle s'appelait Mahsa Amini. Le 16 septembre, elle a été arrêtée par la police des mœurs dans une rue de Téhéran pour un foulard jugé « mal porté ». Visiblement tabassée par la police, elle en est morte et est devenue un symbole de la brutalité du régime iranien en particulier envers les femmes. Sa mort suscite la colère de très nombreux Iraniens et Iraniennes, Nombre d'entre elles ont arraché et même brûlé leur voile, certaines se coupent les cheveux. Un slogan se répand à travers le pays : "Femme - Vie - Liberté !". Les manifestantes et manifestants s'en prennent au régime et à ses fondements. "A commencer par le port obligatoire du voile, un dogme de la République islamique d’Iran", écrit Le Monde.

Il y a quelques jours, un article dans un journal belge laissait entendre qu'il fallait s'attendre à un assouplissement de la loi interdisant le port de la burqa en public. Chez nous, il pourrait donc être admis que des femmes soient, volontairement ou non, cachées à la vue des autres. En France aujourd'hui, tout homme soupçonné d'attitude machiste est aussitôt dénoncé sur la place publique, mais l'attitude brutale vis-à-vis des femmes des régimes théocratiques musulmans semble ignorée de la majorité des féministes borgnes. Leur silence par rapport aux Iraniennes (et aux Afghanes, aux Pakistanaises, aux Saoudiennes et à tant d'autres) est assourdissant. Ces dernières sont victimes du patriarcat le plus obscur et le plus violent. Où sont les femmes musulmanes de chez nous qui réclament de porter le voile en tous temps et en tous lieux ? Que pensent-elles de ce que vivent celles qui sont sous le joug des barbus obscurantistes ?

Djemila Benhabib : "Je continue d'être aujourd'hui le prolongement de ce que j'ai toujours été : une femme libre. Je refuse de mentir sur ce que j'ai vécu. Je sais que l'avancée des voiles islamiques, c'est le recul de la démocratie et la négation des femmes. Je sais que l'islam politique n'est pas un simple mouvement fondamentaliste, mais un mouvement politique totalitaire qui a pour visée d'engloutir le monde après avoir avalé la démocratie."

Ceux qui se mettent une muselière et qui choisissent de se taire renforcent le terrorisme.
Naguib Mahfouz (cité par D. Benhabib)

(1) éditions Kennes, 2022.
(2) Collectif contre l'islamophobie en Belgique, connu pour ses liens avec les Frères musulmans.
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/17/en-iran-la-mort-d-une-jeune-femme-arretee-par-la-police-des-m-urs-suscite-des-protestations_6142073_3210.html

Post-scriptum : 
Ci-dessous la position de Viv(r)e la République, mouvement citoyen, laïque et républicain.

Les iraniennes qui meurent parce qu’elles refusent de porter le voile rappellent ce que la gauche et les féministes dites intersectionnelles ont oublié : le voile est, a été et sera toujours un instrument de rabaissement et d’infériorisation de la femme. En parlant de la « liberté de porter le voile » une partie de nos leaders politiques et de nos grandes consciences intellectuelles ont servi les manipulations des islamistes tout en crachant au visage des femmes qui, comme les iraniennes, risquent leur vie pour que leur dignité humaine soit reconnue et que l’égalité en droit avec les hommes deviennent réalité.

En effet, voile n’est pas et n’a jamais été un simple vêtement. C’est un discours sur le statut de la femme, un signe qui envoie un message univoque à l’extérieur, quelles que soient les intentions de celle qui le porte. C’est un outil de contrôle social et une humiliation faite aux femmes. Le voile dit que la femme est inférieure à l’homme et que son corps, ses cheveux sont impurs et provocants.

A Viv(r)e la République nous avons toujours considéré le voile comme un instrument de soumission de la femme et nous avons toujours combattu ceux qui, par complaisance, lâcheté ou cynisme, tentent de faire passer le port du voile pour une liberté. Faire passer le port d’un symbole d’infériorité et d’impureté qui rabaisse la femme pour un combat féministe est choquant. Imaginerait-on proposer à un homme de porter volontairement des chaînes, en expliquant qu’elles ne sont pas le signe de l’esclavage mais le symbole de sa liberté de choisir la servitude ? La proposition ainsi formulée est grotesque, pourtant c’est bien ce qui est en jeu dans le cas du voile.

La femme voilée reste et restera toujours victime, consentante ou non, de ceux qui entendent dicter aux femmes ce qui est respectable et ce qui ne l’est pas.

Alors que des femmes luttent au péril de leur vie pour avoir le droit de se dévoiler en Iran, les revendications ici en Occident de porter librement le voile nous paraissent non seulement un non sens mais aussi une trahison vis à vis de celles qui sont en lutte. Le voile n’a nulle part sa place dans les pays démocratiques qui fondent leur contrat social sur l’égalité des êtres humains en droit, et assurément pas en France, pays qui a fait de l’émancipation des citoyens une des bases de la citoyenneté.

Les responsables politiques ont la charge de représenter et de défendre notre civilité. Ce qui se passe en Iran où des femmes meurent parce qu’elles osent retirer leur voile devrait rappeler à nos représentants l’immensité de leur rôle pour que vivent nos libertés. Mais pour être garant de l’égalité des femmes, encore faut-il avoir le courage d’être clair sur le refus du voile. On peut en douter et rien n’est plus instructif sur ce point que la réaction du ministre de l’éducation nationale. Celui-ci, placé face à la multiplication des incidents et aux incitations à porter le voile et des tenues islamiques à l’école, refuse de traiter le sujet et explique manquer d’informations.

Il est largement temps que nos dirigeants fassent la preuve de leur courage au service de la démocratie et de notre république laïque. Cela commence par porter un discours clair sur le voile et sur son incompatibilité avec une société politique fondée sur l’égalité en droit des êtres humains qui la constituent. Une réalité que le combat des iraniennes illustre tous les jours. Elles risquent leur vie pour cela. Il n’en est que plus insupportable de voir tous les hypocrites qui soutiennent la « liberté de porter le voile », soutenir aussi les femmes iraniennes « victimes du patriarcat » en occultant la dimension religieuse du voile et toute référence à l’islam et à l’islamisme.

mercredi 2 juin 2021

Le voile en face

En Belgique comme en France, le communautarisme gagne chaque jour du terrain. Les islamistes sourient dans leur barbe. Ils sont en train de gagner, avec l'aide active de la gauche. Où est l'internationalisme et l'universalisme des partis de gauche? Les voilà plus catholiques que le pape, aussi prudes qu'un ayatollah. La religion musulmane a désormais pour eux tous les droits et ses (pseudo) règles doivent avoir droit de cité. Au nom du décolonialisme, il faut soutenir les pratiques islamiques, même s'il n'y a pas plus colonisateur des esprits qu'une religion. 

En Belgique, voilà qu'Ecolo - par provocation? - désigne comme commissaire du gouvernement à l'égalité entre les hommes et les femmes une femme voilée. Faut-il pleurer, faut-il en rire? Le voile, vêtement politique, est précisément l'expression de l'inégalité hommes - femmes. 

Que diraient les bonnes âmes qui aujourd'hui défendent le port du voile et les accommodements dits raisonnables si demain les chrétiens obligeaient les femmes à se couvrir la tête, interdisaient que qui ce soit consomme de la viande le vendredi et pendant le Carême et qu'on vende et consomme de l'alcool dans les quartiers où ils vivent, revendiquaient des horaires différents pour les hommes et les femmes dans les piscines? Et s'ils élevaient les filles à faire des enfants et gérer le foyer? S'ils se montraient menaçants dès qu'on critique leur religion? S'ils pourchassaient l'adultère et l'homosexualité? N'y aurait-il pas du racisme à accepter pour d'autres des contraintes, des règles et des châtiments que soi-même on combattrait furieusement ? Qu'est-ce qui pousse Ecolo et d'autres partis de gauche, en Belgique comme en France - partis qu'on a connus féministes - à défendre le voile? L'électoralisme? Le paternalisme? Un sentiment très judéo-chrétien de culpabilité? Un peu de tout cela? La religion est l'opium du peuple et le carburant de trop de partis de gauche.

Nombreuses sont les femmes de culture musulmane qui rejettent le voile, ici comme dans les pays où l'islam est majoritaire.

Djemila Benhabib (qui a fui l'Algérie): " Je suis contre tous les foulards, qu'ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille ou Marseille, qu'ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose: la soumission forcée des femmes à un programme d'oppression." (...) "Cet apprentissage du foulard se fait sous la pression de l'entourage, pour amener la fillette à revendiquer son foulard vers 14 ans, en affrontant ses professeurs et en clamant c'est mon choix. Cette recherche ethnico-identitaire des adolescentes se fait sur le dos des femmes et il se trouve de ses défenseurs pour crier au racisme."

Seyran Ates, imame de la mosquée Ibn Rushd-Gœthe à Berlin (qui vit sous protection policière): elle considère le voile comme "un marqueur qui désigne les femmes en tant que telles". Ce sont, selon elle, les Occidentaux qui soutiennent l'idée que le hijab serait pour les femmes un signe de dignité ou un symbole d'empowerment. "Je suis avocate, j'ai travaillé pendant plus de trente ans avec ces femmes qui tentent d'avoir une vraie vie: 80% d'entre elles n'ont pas le moindre choix. Ça va bien au-delà du voile, elles n'ont aucun choix dans aucun domaine, aucune autodétermination."
"Quand une femme se couvre, ce sont les pulsions sexuelles de l'homme qu'elle protège. Elle ne se protège pas elle-même, elle protège le pauvre homme qui ne peut plus se concentrer sur sa foi en Dieu et sa pratique de la religion."
Elle défend la loi interdisant aux professeures, aux juges, aux policières de porter le voile. "Et je veux faire interdire le voile dans les écoles".
Aux féministes occidentales qui refusent de s'opposer au voile, voire le soutiennent, au nom de la lutte anti-colonialiste, elle répond que "c'est leur position qui est colonialiste. Ça ne tient pas debout: Je ne veux pas être colonialiste, mais je défends le foulard. Il est là, le colonialisme. C'est positivement raciste. Et arrogant. Il ne faut pas imposer nos valeurs occidentales aux autres pays, donc nous acceptons que les droits de l'homme ne s'appliquent pas aux pays musulmans? Pardon? Je croyais que les droits de l'homme étaient universels... J'aimerais bien voir ces dames faire du bénévolat en Iran. Elles devraient emmener leurs familles et passer six mois là-bas. (...) Quand je vois les conditions d'existence des femmes en Iran, je pourrais en pleurer. Elle se battent contre le voile depuis 1979. Ces féministes ne les écoutent pas. Parce que ce ne sont pas des victimes. Or elles aiment bien quand nous restons à notre place de victimes. Elles peuvent alors nous aider, nous apprendre à lire et à écrire, aller au Pakistan et en Afghanistan... Mais pas en Iran, parce que, justement, les femmes iraniennes se débrouillent très bien toutes seules, vont à l'université, ont un vaste savoir. Elles ne sont pas victimes des pays occidentaux. Elles sont victimes des mollahs. Ces féministes ne veulent pas l'entendre. Elles préfèrent se voir comme des dissidentes de prétendues dictatures occidentales".

Abnousse Shalmani, journaliste d'origine iranienne: "Le voile, c'est l'islam politique. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile."

Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." 

Maya Ksouri, avocate tunisienne: "Lisez les mémoires d'un des plus éminents dirigeants de la Nahda (le parti islamiste tunisien Ennahdha, vendu comme le parangon de l'islam modéré), Abdelhamid Jelassi (...) et vous verrez que le voile et ses pendants ne sont pas des vêtements comme les autres. Il le dit clairement. Le voile et la volonté insidieuse de sa généralisation, sous toutes ses formes, dans l'espace public, est aujourd'hui, dans un contexte d'islam politique florissant, un élément de propagande, de démonstration de force et de victoire... Victoire remportée sur le modèle social caractérisé par la libération des femmes arabes et leur émancipation à partir des années 30 sous l'impulsion d'Atatürk, Bourguiba et Nasser."

Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, fustige "ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien! Et ces niqabées qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c'était une prouesse de sortir en scaphandrier! Comme si c'était une manière de grandir l'islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades". 

Rappelons enfin que l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh a été condamnée, en mars 2019, à trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Son crime: avoir défendu des femmes qui ne portaient pas le voile et en revendiquaient le droit. Bien sûr, le tribunal islamique a invoqué d'autres raisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres: "incitation à la corruption et à la prostitution", "insulte au Guide suprême", "incitation à la débauche", "propagande contre l'Etat" et on en passe tant ces accusations sont ridicules. Ce qu'on lui reproche, c'est de s'être opposée au port du hijab, d'avoir retiré celui-ci lors de visites de ses clientes en prison, d'avoir accordé des interviews aux médias à propos de l'arrestation violente et de la détention de femmes qui contestent l'obligation du port du voile islamique. Ce qu'on leur reproche, à elle et à ses clientes, c'est de vouloir être des femmes simplement libres. Et se montrer la tête libre lui coûte donc trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Ainsi va la vie pour les femmes dans ce pays de vieux barbus obsédés qui les haïssent.

Existent-elles ces femmes aux yeux des bonnes âmes de gauche qui défendent le voile?

A (re)lire sur ce blog: "Ecriture voilée", 9.5.2021; "Djemila Benhabib et les islamistes", 19.1.2021; "Enfin!", 4.10.2020; "Ces mollahs malades", 12.12.2019; "Moments de dévoilement", 2.12.2019; "Vivement le temps des femmes", 25.9.2019; "Mauvaise foi", 28.5.2018; "Cachez cette femme que je ne saurais voir", 24.10.2016; et bien d'autres billets encore (cliquez sur le libellé voile).

mardi 19 janvier 2021

Djemila Benhabib et les islamistes

A l'occasion d'échanges épisto(mé)laires avec un ami à propos de l'islamisme, j'ai retrouvé ma transcription d'extraits du livre de la journaliste Djemila Benhabib, "Ma vie à contre-Coran - une femme témoigne sur les islamistes," publié en 2009. Je l'avais gardée en brouillon. 
Djemila Benhabib et sa famille ont fui l'Algérie dans les années '90, quand elle était mise à feu et à sang par les islamistes. La famille a été accueillie au Québec.
A l'heure où le terrorisme islamiste s'est à nouveau manifesté par chez nous, sans avoir jamais cessé de le faire en Afrique et en Asie, ce point de vue de quelqu'un qui l'a vécu de près et qui en parle avec fermeté, garde tout son intérêt, même douze ans plus tard.  

"Une des conditions de sa mise en échec (de l'islamisme) se trouve dans la marginalisation du système communautaire, vivier de l'intégrisme, et l'adhésion à un système citoyen qui met en avant l'intérêt général et le bien commun." (p. 60)

"Qu'ils prient chez eux! Pourquoi nous demandent-ils de transformer le monde en salle de prière à ciel ouvert pour esclaves aliénés? Au Québec, ils ont même transformé une cabane à sucre, lieu de fête par excellence, en sordide kermesse de névrosés." (p. 124)

"Le contrat a été rompu, comme le sont tous les contrats avec les islamistes. Il n'y a pas d'entente possible entre les fous d'Allah et nous." (p. 125)

"Pourquoi Allah a-t-il besoin que les hommes s'agenouillent et s'aplatissent le front contre le sol? Quel est cet Allah du règne de la servitude? Quel est cet Allah de la contrainte, de la colère, de la jalousie et de la dictature? Quel est cet Allah assoiffé de sang et de sacrifices? Quel est cet Allah qui enferme les enfants dans un système sclérosé et infâme? Quel est cet Allah qui donne aux uns le droit de commander aux autres? Cet Allah ne m'est guère sympathique." (p. 125)

"Le Coran reconnaissait la prééminence des hommes sur les femmes et leur autorité sur elles. Il proclamait que le témoignage de deux femmes équivalait à celui d'un homme, préconisait deux parts d'héritage pour l'homme contre une part pour la femme. Le Coran permettait à l'homme de corriger sa femme et cette dernière lui devait obéissance. On nous parlait de justice et de leur statut exceptionnel, je ne voyais autour de moi que des injustices et des violences. Je ne voulais rien savoir de cet Allah qui n'affichait que mépris et arrogance à l'égard des femmes." (p. 143)

"Il faut qu'on arrête de dire qu'ils (les islamistes) sont des exclus ou des victimes du système. Quand bien même le seraient-ils, est-ce que cela justifie leur barbarie? Ce sont les fossoyeurs de l'Algérie. Les assassins de l'humanité. Ils ne seront jamais les plus forts. Jamais les vainqueurs. En Algérie, les islamistes ne se sont pas contentés de tuer. Ils ont torturé bestialement: arraché des orteils, des dents, des ongles, crevé des yeux, fracassé des côtes, asséné des coups de poignard, violé, égorgé, décapité." (p. 175)

"La plupart des pays européens, et la France en particulier, interprétaient la Convention de Genève de telle sorte que ce sont les islamistes qui obtenaient l'asile politique. Seuls les demandeurs persécutés par un Etat ont été reconnus en tant que réfugiés. La réponse de l'Etat algérien au terrorisme islamiste était considéré comme une persécution. L'Occident a lâché les démocrates algériens, les abandonnant à leur terrible sort, et a permis à bien des islamistes de se réfugier sur son territoire. (...)
Qu'espéraient ces pays occidentaux? Prendre le FIS par la main et le conduire au pouvoir? Que voulaient-ils faire de l'Algérie? Un pays de barbares? L'expérience iranienne ne suffisait-elle pas à les convaincre du cataclysme que serait un Etat islamique? Fallait-il encore plus de victimes, plus de morts, plus de sang, plus de destructions? Fallait-il que l'islamisme leur éclate en pleine face pour qu'enfin ils réagissent?" (pp. 202-203)

"Ce que nous avions fui nous rattrapait-il (en France)? Ce que nous redoutions le plus était-il en train de s'orchestrer à nouveau sous nos yeux pour embrigader les populations maghrébines dans le communautarisme et l'intégrisme? Etions-nous en train de vivre dare-dare l'expérience algérienne sous un angle différent mais non moins terrifiant?" (p. 205)

"L'islamisation passe par le contrôle des filles, sous surveillance du frère, du père, du cousin ou du voisin. La cité devient une extension  du village natal des parents ou pire encore. Le tribunal communautaire s'est élargi. A la difficulté compréhensible pour les filles de se plaindre contre leur famille s'ajoute la volonté de sauver leur peau. Car les filles sont victimes de violences régulières de la part de leurs frères auxquelles assistent, impuissantes, leurs mères." (...)
"Ces femmes islamistes, il ne faut pas les prendre pour des enfants de chœur. Moi, je le dis de manière peut-être très brutale: comme je ne suis pas pote avec les Marine le Pen, je ne suis pas pote avec les femmes islamistes. Je suis contre tous les foulards, qu'ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille ou Marseille, qu'ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose: la soumission forcée des femmes à un programme d'oppression." (p. 214)

"Cet apprentissage du foulard se fait sous la pression de l'entourage, pour amener la fillette à revendiquer son foulard vers 14 ans, en affrontant ses professeurs et en clamant c'est mon choix. Cette recherche ethnico-identitaire des adolescentes se fait sur le dos des femmes et il se trouve de ses défenseurs pour crier au racisme." (p. 215)

"Rima Elkouri, dans La Presse, a rapporté les propos diffusés sur le site Internet d'une association islamiste qui a pignon sur rue: Mets un voile, sinon tu pourrais être violée. C'est ce que l'on recevait comme message tout récemment sur le site Internet du Centre communautaire musulman de Montréal, sous une rubrique visant à informer l'internaute non voilée des supposés dangers liés à sa condition. Ne pas porter le hijab peut entraîner des cas de divorce, d'adultère, de viols et d'enfants illégitimes", disait l'avertissement pour le moins ahurissant. On y disait aussi que celle qui enlève son voile voit sa "foi détruite", adopte un "comportement indécent" et sera punie "en enfer". On y traitait aussi la femme occidentale de "prostituée non payée"." (p. 238)

"Un reportage de la CBC diffusé en mars 2007 et intitulé Who Speaks for Islam? montrait l'intimidation dont sont victimes des musulmans canadiens qui essaient de parler au nom d'un islam modéré, pluraliste et séculier. Des gens qui ont quitté des pays où la liberté d'expression n'était qu'une chimère font l'objet de pressions éhontées au Canada au sein de leur communauté. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est l'impunité dont jouissent les radicaux qui revendiquent la liberté d'expression pour justifier leurs campagnes d'intimidation." (p. 240)

"L'islamisme politique prend racine partout où il peut, y compris au Canada, pour imposer ses diktats aux communautés musulmanes et faire fléchir l'Etat. C'est à travers des revendications aussi saugrenues que farfelues que les fous d'Allah islamisent les sociétés. Que n'ai-je entendu depuis quelques années dans ce pays? Des tribunaux islamiques au port du voile, à la séparation des sexes, des salles de prière dans les universités et les établissements scolaires à la dispense de certains cours, du port du voile pendant les compétitions sportives au refus de certaines femmes de se faire examiner par un médecin de sexe masculin alors que nous manquons horriblement de médecins, en passant par les cours prénataux réservés aux femmes et les cantines scolaires qui deviennent la cible de parents fous et excessifs." (p. 243)

"La politique de la main tendue aux islamistes est la pire des politiques. A vrai dire, le compromis ne les satisfait jamais et c'est là le véritable danger. Je connais trop bien les manœuvres des islamistes. Je sais quelles sont leurs motivations. L'objectif ultime des islamistes, c'est l'islamisation de la société et la prise de pouvoir." (p. 250)

"On se rend bien compte que cette approche (les accommodements raisonnables) ne marche pas. Si l'on observe, par exemple au Québec, le cheminement des juifs hassidiques, leur cas est fort révélateur. Bien que cette communauté ait bénéficié de plusieurs accommodements, depuis des dizaines d'années, elle continue à vivre en marge de la société. Cela montre bien que la politique des accommodements, lorsqu'elle sert des fondamentalistes, ne favorise pas l'intégration. Bien au contraire, elle renforce les communautarismes. Dans le cas des hassidiques, qu'a-t-on obtenu jusqu'ici? Rien de vraiment encourageant. On fabrique au cœur même de notre société des individus communautarisés qui ne mangent que la nourriture de leur clan, qui ne se marient que dans leur clan et qui n'étudient que ce que leur clan leur permet d'étudier. Le pire, c'est la reproduction de ce système de génération en génération. Jusqu'à quand? L'apprentissage de la vie en collectivité passe justement par l'acceptation de l'idée que les citoyens, quelles que soient leurs origines, doivent interagir pour créer des ponts et les consolider. Lorsque les croyances religieuses deviennent des barrières au vivre-ensemble, doit-on s'en accommoder?" (p. 251)

Les islamistes réclament ces accommodements au nom de la liberté individuelle.
"S'ils étaient les champions des libertés individuelles, ils n'auraient aucun mal à reconnaître la liberté de conscience, la liberté de pensée, la liberté d'expression, la liberté d'opinion et la liberté de la presse. Or, ils cherchent à imposer leur vision du monde aux artistes, aux écrivains, aux cinéastes, aux dramaturges, aux caricaturistes et aux journalistes." (p. 252)

Hassan Butt, ancien djihadiste: "en faisant porter au gouvernement la responsabilité de nos actes, ceux qui défendaient la théorie des bombes de Blair se chargeaient de notre propagande à notre place. Surtout, ils empêchaient toute analyse critique du véritable moteur de notre violence: la théologie islamique." (p. 254)

"Des politiciens entretiennent des relations ambiguës, sinon louches, avec des prédicateurs islamistes, qui se sont autoproclamés leaders, imams, représentants, médiateurs ou porte-parole musulmans. En les considérant comme des interlocuteurs valables, ces politiciens leur offrent une légitimité qu'ils n'ont pas et ces derniers finissent par se poser en acteurs incontournables dans leurs propres communautés." (p. 266)
"Si nos politiciens connaissaient réellement la grande richesse et la diversité des citoyens de foi et de culture musulmanes, ils seraient surpris de l'impopularité de ces imposteurs communautaires. Ce ne sont que des escrocs, des charlatans, des menteurs, des manipulateurs, des hypocrites. Rien d'autre." (p. 267)

Djemila Benhabib, "Ma vie à contre-Coran - une femme témoigne sur les islamistes," vlb éditeur, Québec, 2009.

A (re)lire sur ce blog à propos de D. Benhabib:
"Le Club international des sangliers", 25.1.2016;
 "La Danse des 7 voiles", 22.4.2016;
" Rien à voir", 25.9.2016;
"Mauvaise foi", 28.5.2018;
"Cette gauche qui n'aime pas les femmes", 3.8.2018.

lundi 28 mai 2018

Mauvaise foi

Le voile, encore et toujours. Fichu voile qui empoisonne la vie socio-politique en nos pays. Cette fois, c'est celui de la présidente du syndicat étudiant UNEF qui choque, par le message qu'il délivre. Maryam Pougetoux, qui porte un voile qui ne laisse voir que son visage, s'en défend: "Mon voile n'a aucune fonction politique. C'est ma foi", affirme-t-elle (1). Naïveté, ignorance ou mensonge? On s'interroge.
Le voile islamique est éminemment politique. Qui en doute encore aujourd'hui? Il faut être coupé du monde pour ne pas entendre ces femmes de pays musulmans qui risquent prison, emprisonnement  et coups de fouet si elles ne cachent pas leur corps et leurs cheveux. Car la femme, pour les islamistes, est par nature impure.
"Chaque mercredi depuis un an, rappelle le mensuel féministe Causette (2), des Iraniennes s'affichent avec un foulard blanc, sur les cheveux ou au bout d'une perche, pour protester contre le port obligatoire du voile. (...) Un combat encore risqué: depuis le début de l'année, au moins trois femmes ont été emprisonnées et vingt-neuf autres arrêtées pour avoir enlevé leur voile."

"Le voile, c'est l'islam politique, affirme la journaliste d'origine iranienne Abnousse Shalmani dont la famille a fui l'Iran devenu invivable. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble, écrit-elle encore. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile." (3)

Djemila Benhabib a grandi à Oran. Sa famille, menacée de mort par les islamistes, a dû fuir l'Algérie et s'est réfugiée en France. Djemila s'est peu après installée au Québec.
"Pour les intégristes, être musulmane c'est porter le voile islamique, écrit-elle (4). S'il peut prendre une multitude de formes, hidjab, burka, niqab, khimar, jilbab, tchador ou tchadri, il renvoie à la même réalité: l'apartheid sexuel." (pp. 61-62)
Djemila Benhabib rappelle qu'en 2002, dans l'incendie d'une école de filles à La Mecque, la police religieuse saoudienne a empêché des fillettes de fuir parce qu'elles ne portaient pas le foulard et qu'elles risquaient de rencontrer des hommes. Le quotidien saoudien Arab News a même rapporté les déclarations de témoins selon lesquels des membres de la police religieuse forçaient des jeunes filles à retourner dans le bâtiment en flamme sous prétexte qu'elles n'étaient pas voilées. (p. 63)
" Le voile est un instrument de contrôle social qui identifie la femme comme appartenant exclusivement à la communauté des croyants. (...) Il est leur identité politico-religieuse et elles ne peuvent concevoir d'appartenir à un quelconque autre groupe, qu'il soit sportif, artistique ou culturel, que celui des croyants. Le message est clair: les lois d'Allah priment sur toutes les autres." (p. 77)
Elle cite Chadortt Djavann, anthropologue d'orgine iranienne, vivant en France: Si aujourd'hui des jeunes Juifs commençaient à porter l'étoile jaune, en clamant "c'est ma liberté"; et si des jeunes Noirs décidaient de porter des chaînes au cou et aux pieds, en disant: "c'est ma liberté", la société ne réagirait-elle pas? Pourquoi n'est-ce pas le cas pour le voile islamique? " En acceptant le voile, affirme Djemila Benhabib, nous participons inconsciemment à renforcer et à façonner l'identité collective musulmane telle que circonscrite par les intégristes, car il n'y a rien dans le Coran qui en fasse une obligation explicite comme le prétendent les intégristes." (p. 72)
Elle cite aussi Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." (p. 73)
Elle cite également Malek Chebel: "L'obligation à porter le tchador pour les femmes n'est rien d'autre que la démission avouée des politiques face au puissant lobby d'imams rétrogrades parfois plus misogynes que religieux." (p. 73)
Comme ses consœurs, Djemila Benhabib a vécu terrorisée (et le mot a tout son sens) l'imposition du voile. Comme toutes les étudiantes algériennes, elle a reçu en mars 1994 l'ordre des islamistes du GIA de se voiler pour se rendre à l'université. Comme d'autres, elle a refusé de le faire "pour célébrer le courage de Katia Bengana, assassinée à la sortie de son lycée (...) à l'âge de 17 ans, le 28 février 1994 à Meftah. Katia avait refusé de porter le voile". (p. 76)
"Quel sens donner à un tel choix lorsqu'il se fait dans un contexte entaché par le sang de celles qui refusent de porter ce stigmate? (...) En fait, le voile est l'une des pires formes de sexualisation des femmes. Le voile, c'est un rapport obsessionnel au corps, à la chair, au sexe. Le voile, c'est le contrôle de la sexualité des femmes." (p. 79)

Chadortt Djavann ne dit pas autre chose:
"C'est très mal vu, un tchador qui s'ouvre furtivement. Indice de pute. Tchador clignotant.
Tout se montre alors que tout est censé être dissimulé, caché, à l'abri des regards nâmahrâm, illicites. Tout se montre, tout s'offre, le temps d'un seul regard. Indiscret. Voyeur. Voleur. Concupiscent. Le regard vole. Le regard des hommes dans cette contrée est aussi pénétrant que leur sexe. Plus puissant que leur sexe. Dès qu'un tchador noir s'ouvre, les regards y pénètrent déjà.
Et le péché est déjà là. Dans le regard des hommes. Dans la démarche de la femme." (5)

Pour les intégristes, le voile normal n'est qu'une étape. Comme en témoigne cette invective d'un "jeune habitué des mosquées à barbe de patriarche" à Molenbeek à l'adresse d'Hind Fraihi: "Ton voile ne convient pas! Porte une burqa ou va brûler dans les flammes de l'enfer!". Une phrase, fait-elle remarquer, qui fait écho à celle d'un prêcheur de la chaîne Al Jazeera, Youssef Al Qardawi: "L'enfer est la destination finale de la femme qui ne porte pas le voile". (6) 

Alors, quand on entend la présidente de l'UNEF affirmer: "à aucun moment je n'ai mis mon voile par volonté politique ou réactionnaire. Absolument pas", on peut se dire qu'elle est de mauvaise foi. Mais aussi qu'elle est étudiante, qu'elle a encore beaucoup à apprendre. On ne peut que l'encourager à lire, à rencontrer toutes ces femmes qui, pour sauver leur vie, pour pouvoir vivre libres, sans voile, ont dû fuir ces pays dominés par des islamistes pour qui le voile est un outil de domination, de soumission. Pour qui la femme est un être inférieur et le voile une manière de le montrer. Elle comprendra que porter le voile en affirmant qu'il n'a rien de politique, c'est nier ce que vivent au quotidien toutes ces femmes. C'est les insulter un peu plus.
Qu'elle lise aussi le "Discours de la servitude volontaire" d'Etienne de la Boétie. Voilà ce qu'il écrivait en 1576, alors qu'il avait dix-huit ans. L'âge où on est étudiant: "Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d'abord mordent leur frein, et après s'en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d'eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l'armure". 

(1) https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/20/maryam-pougetoux-juge-pathetique-la-sortie-de-gerard-collomb-a-son-egard_a_23439128/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) Causette, mai 2018.
(3) Abnousse Shalmani, "Khomeiny, Sade et moi", Grasset, 2014 (pp. 44-45).
(4) Djemila Benhabib, "Ma vie à contre-Coran - Une femme témoigne sur les islamistes", VLB éditeur, 2009.
(5) Chadortt Djavann, "Les putes voilées n'iront jamais au paradis", Grasset 2016.
(6) Hind Fraihi: "En immersion à Molenbeek", éditions de la Différence, 2016.(pp. 122-123)
A lire: https://www.marianne.net/politique/bruno-julliard-ex-president-de-l-unef-le-discours-de-l-unef-pour-defendre-le-voile-ce-sont
Et pour celles et ceux qui ont du temps à perdre: le discours pathétique de Besancenot, plus stalinien que jamais
https://www.marianne.net/politique/voile-maryam-pougetoux-unef-olivier-besancenot-une-charlie-hebdo-me-choque




dimanche 25 septembre 2016

Rien à voir

Un écrivain jordanien vient d'être assassiné. Il avait eu le grand tort de publier sur son compte Facebook une caricature se moquant des djihadistes de l'Etat islamique. Pour cette immense faute, il avait été traduit devant le tribunal d'Amman pour "insulte envers l'islam". Pas d'amalgame, ne cessent de nous dire les âmes bien nées (et surtout bien (dé)formées): les djihadistes n'ont rien à voir avec l'islam. Mais alors pourquoi s'attaquent-t-elles, ces bonnes âmes, au nom de l'islam, à des gens qui se moquent des djihadistes? Qui pratique allègrement l'amalgame, sinon ces musulmans qui se sentent insultés dès qu'on s'en prend à ceux-avec-lesquels-ils-n'ont-rien-à-voir?


L'assassin de Nahed Hattar - qui l'a tué à sa sortie du tribunal - a été arrêté. On peut penser qu'il ne risque pas grand-chose, puisque l'écrivain était "controversé". C'est ce qu'affirment, d'une seule voix et sans explication, tous les organes de presse (1). Un écrivain controversé doit bien s'attendre à être tué un jour ou l'autre, non?
La journaliste Djemila Benhabib, elle, passera demain devant le tribunal de Montréal. Elle est poursuivie par les Ecoles musulmanes de Montréal: "j'ai dénoncé le fait qu'on fait réciter à des petits enfants des versets coraniques appelant à l'extermination des mécréants. A leur âge, on m'ordonnait de répéter des phrases entières réclamant la destruction des juifs et la lapidation des femmes adultères." (2). Comme l'écrit Martine Gozlan dans Marianne, on pourra difficilement s'étonner de voir des jeunes "éduqués" dans cette culture de la violence par ces "centres d'intoxication" passer à l'acte. C'est-à-dire devenir djihadistes. Mais surtout pas d'amalgame.

Post-scriptum:lire le billet "Soutien à Djemila Benhabi" de Caroline Fourest (26.09.2016) sur https://carolinefourest.wordpress.com

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/un-ecrivain-jordanien-assassine-apres-une-caricature-jugee-anti-islam-57e77f74cd706759d5342e7f
http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/25/nahed-hattar-caricature-jordanie_n_12178334.html?utm_hp_ref=france
http://www.lesoir.be/1325875/article/actualite/monde/2016-09-25/un-ecrivain-jordanien-assassine-apres-une-caricature-jugee-anti-islam
http://www.levif.be/actualite/international/assassinat-d-un-ecrivain-jordanien-pour-une-caricature-jugee-anti-islam/article-normal-554801.html
(2) "Le djihad tente d'imposer sa loi aux tribunaux", Marianne, 23 septembre 2016.

lundi 25 janvier 2016

Le club international des sangliers

On l'a dit et écrit (1), les agressions sexuelles qu'ont subies un millier de femmes - si pas plus encore (2) - en Allemagne le soir du nouvel-an sont totalement inacceptables, les responsables de ces actes doivent être poursuivis et aucune excuse d'ordre culturel n'est tolérable. C'est pourtant ce que s'évertue à faire une série de personnalités, y compris dans les rangs féministes. Avec parfois des arguments qui laissent sans voix. Comme ce tweet de Clémentine Autain: "entre avril et sept. 1945, environ 2 millions d'Allemandes ont été violées par des soldats. la faute à l'islam?". Que cherche donc à démontrer cette élue du Front de Gauche? Que l'Armée rouge a fait bien pire que les agresseurs du 31 décembre? En quoi cela les excuserait-il? Caroline De Haas, fondatrice d'Osez le féminisme s'en est pris, elle, à ceux qui déversent "leur merde raciste". Comme s'il ne s'était rien passé à Cologne et ailleurs, comme si elles refusaient de prêter la moindre attention aux victimes, à toutes ces femmes qui se sont fait agresser. "Que les jeunes femmes qui témoignent au quotidien de leur difficulté à marcher dans certains quartiers vêtus d'une jupe courte ou d'un pantalon moulant se le tiennent pour dit: leur souffrance est raciste. Qu'elles passent leur chemin, et de préférence en talons plats", écrit Anne Rosencher dans Marianne (3). Et elle cite l'essayiste Djemila Benhabib qui dénonce "le prisme différentialiste et culturaliste" de ces néoféministes: "elles définissent la victime uniquement en fonction d'une origine: à savoir les musulmans, forcément victimes de la violence et du racisme de l'Occident. Le problème, à Cologne, c'est qu'on a eu affaire à des mauvaises victimes! Et à des mauvais coupables! (...) Elles ont largué le droit des femmes au passage. C'est cela qui est impardonnable."
Ce n'est pas aux victimes qu'il faut donner des leçons, lui répond en écho Elisabeth Badinter (4), mais à leurs agresseurs: "oui, il va falloir trouver le moyen d'exposer clairement à des personnes qui ne sont pas de culture européenne ce que l'on peut faire ou ne pas faire dans nos pays, notamment vis-à-vis des femmes". La philosophe rappelle que "le féminisme, depuis une dizaine d'années, a pour principal objet, pour leitmotiv même, la lutte contre les violences faites aux femmes, ici, en France" et elle constate que les agresseurs de Cologne, "ces voyous qui ont violenté des femmes", ont porté "un coup de couteau dans le dos des réfugiés".
"Jusque dans la hiérarchie du politiquement correct, les droits des femmes se situent au bas de l'échelle, constate Gérard Biard (5) qui affirme par ailleurs - et qui pourrait le contester ? - que "l'islam a un sérieux problème avec les femmes, et il est criminel de s'entêter à le nier, sous couvert de particularisme culturel ou de droit à la différence. De là à dire qu'il est le seul..." Et le rédacteur en chef de Charlie Hebdo de rappeler les viols collectifs en Inde, au Caire et ailleurs. "Le machisme, le mépris social des femmes et l'indulgence pour les violences qui leur sont faites sont les choses les mieux partagées au monde."

Si on accepte que des gens originaires de tel ou tel pays agressent sexuellement des femmes sous prétexte qu'ils ont été élevés dans le mépris de la femme et qu'il s'agit donc d'un héritage culturel, on pourrait alors imaginer aussi qu'on trouve normal que des élus politiques français traitent de dinde une actrice canadienne parce qu'elle a le toupet de s'attaquer à cette magnifique tradition culturelle française qu'est le gavage des oies et des canards.
Parce qu'elle s'était rendue, à l'invitation d'une députée verte, à l'Assemblée nationale pour y défendre une proposition de loi interdisant le gavage des oies, Pamela Anderson, végétalienne et visiblement très impliquée depuis longtemps dans la défense des droits des animaux (sa fondation œuvre dans la protection de l'environnement), s'est fait copieusement insulter par la fine fleur des élus (6) et a suscité, affirme Myriam Weil (7), "un déluge de réactions négatives, notamment sur Twitter. Des réactions consternantes de sexisme pour la plupart."
Frédéric Nihous, président du parti "Chasse, Pêche, Nature et Charcuterie" (ou quelque chose du genre), assume ses initiales avec ce tweet délicat: "Une dinde gavée au silicone parade à l'assemblée contre le gavage des oies... Quelle farce! Qui en sera le dindon?"
Un conseiller régional d'Aquitaine est tout aussi précieux: "oui au gavage des canards et des oies à la purée de maïs. Non au gavage des lèvres et des seins au botox".
Et Patrick Ollier, député LR, émet les mêmes grognements de vieux sangliers gaulois: "Pamela n'y connaît rien. Pas de silicone dans le foie gras."
On voit par là que tous ces coqs ont de solides arguments pour défendre la torture des oies et des canards. Cette tradition culturelle française mérite bien qu'on s'asseye lourdement sur celles de la galanterie et de l'art de l'argumentation.
Résumons-nous: les traditions culturelles sont rarement à l'avantage des femmes et des animaux.

(1) voir sur ce blog: "La sociologie de l'autruche", 16 janvier 2016,
et "La nuit des prédateurs", 6 janvier 2016.
(2) http://www.lalibre.be/actu/international/allemagne-les-agressions-du-nouvel-an-encore-plus-etendues-qu-initialement-annonce-56a3ac7b3570ed3895459be6
(3) "La trahison des néoféministes", Marianne, 22 janvier 2016.
(4) "Cologne - Ne détournons pas le regard", Marianne, 22 janvier 2016.
(5) "Main au cul et modernité", Charlie Hebdo, 20 janvier 2016.
(6) http://www.meltybuzz.fr/pamela-anderson-des-propos-sexistes-sur-twitter-apres-son-passage-a-l-assemblee-nationale-a492619.html
(7) rédactrice en chef de l'émission "Le grand 8" sur D8, dans "L'Instant M", sur France Inter, 21 janvier 2016: http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1223247
A lire aussi:  http://www.huffingtonpost.fr/marlene-schiappa-bruguiere/cologne-ou-legarement-feministe_b_9049756.html?utm_hp_ref=france