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mardi 17 avril 2018

Zone à défoncer vs pépinière

Revenons, une fois encore, sur l'évacuation de la ZAD de Notre-de-Dame-des-Landes (voir billet précédent). Sophia Aram s'interrogeait hier (1): pourquoi empêcher certains de créer des potagers dans une terre dont les autorités publiques, une fois abandonnée l'idée d'en faire un aéroport, ne savent plus que faire? C'est idiot, dit-elle, de dégager de cette zone les seuls qui savent quoi en faire. Mais, vu de l'Etat, il n'y a pas de place dans cet espace immense pour des projets collectifs. Dès lors, la gendarmerie a fait de la ZAD (zone d'aménagement différé devenue zone à défendre) une "zone à défoncer". Suscitant ainsi une saine réaction de citoyens indignés revenus défendre la zone et ses projets. Résultat: après les opérations d'évacuation, il y a encore plus de monde à NDDL, comme le fait remarquer Sophia Aram.
Les interventions des zadistes sont malheureusement ternies par les actions de certaines personnes qui ont une curieuse conception de l'écologie et du pacifisme, balançant billes d'acier et bouteilles d'acide sur les gendarmes, parsemant le terrain de carcasses de voitures et incinérant des pneus. On peine à croire que l'écologie fasse partie de leurs valeurs. Ou alors ils n'en ont pas bien compris le sens. En tout cas, ils participent à renforcer les clichés sur les zadistes et à permettre à certain chef d'Etat de parler de "professionnels du désordre" en mettant dans le même sac tous les défenseurs de cette zone.  

A Tournai, le week-end prochain, sera inaugurée la Pépinière, à prendre au sens propre comme au sens figuré: pépinière pour végétaliser la ville avec ses habitants et pépinière pour changer le monde. Le lieu se veut aussi rassembleur en mettant en lien et en faisant connaître les associations qui tendent vers la transition énergétique. Une vingtaine d'activités, parmi lesquelles une conférence-débat, permettront de mettre en exergue et de faire progresser les initiatives citoyennes en la matière (2). 

Résumons-nous: si on ne va pas dans le mur, ce sera grâce aux citoyens.

(1) https://www.franceinter.fr/programmes/2018-04-16
(2) http://lapepiniere-tournai.be/ 


jeudi 12 avril 2018

Cas isolés

L'opposition au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, en région nantaise (1), a généré sur place, chez ceux qui se sont baptisés zadistes, de nombreux autres projets, notamment agricoles. L'idée de construire un nouvel aéroport ayant été abandonnée, la préfète du département a décidé que, dans cette zone, les projets agricoles individuels pourraient se poursuivre. Mais elle fait déloger par la gendarmerie les porteurs de projets collectifs. On se demande pourquoi.
Partout, on apprend à travailler en équipe, dans les écoles, dans les services publics, même - on peut le parier - dans les services départementaux. Des entreprises n'hesitent pas à payer très cher parfois formateurs, coachs, consultants pour faire comprendre à leurs travailleurs qu'ensemble on est plus fort, pour les aider à travailler en groupe, pour les faire adhérer aux valeurs de solidarité, de complémentarité, d'entraide. Partout, mais pas dans cette ex(?)-ZAD visiblement. Là, seul celui qui travaille et réussit seul sera respecté.
L'agriculteur est un travailleur solitaire. Certains semblent vouloir qu'il le reste.

(1) (re)lire sur ce blog "Balance ton aéroport", 18 janvier 2018.

jeudi 18 janvier 2018

Balance ton aéroport!

La décision - logique - du gouvernement français d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes amène l'opposition de droite à hurler au reniement. Le candidat Macron avait annoncé son intention de respecter le résultat de la consultation populaire qui, il y a deux ans, avait donné la majorité aux partisans de ce projet des années '60. L'opposition de droite ne veut pas voir qu'en cinquante ans le temps a passé et avec lui la biodiversité et l'état sanitaire de notre (seule) planète.
Le temps des projets des pharaons locaux est terminé. Les nouveaux aéroports, les nouvelles autoroutes, les zones commerciales installées à la périphérie des villes appartiennent à la préhistoire de notre civilisation post-industrielle. Mais certains élus d'un autre siècle ne veulent pas le comprendre, convaincus que leur réélection tient à leur soutien à ce sacré développement économique totalement irrésistible qui, avec son rouleau compresseur, avale sans état d'âme terres naturelles et agricoles, faune et flore et réserves d'eau et pollue l'air autant que la culture de citoyens réduits au pauvre rôle de consommateurs. 
Ce matin, Dominique Seux, dans son éditorial économique sur France Inter, estimait que la décision du gouvernement français "ne sera raisonnable - peut-on penser - qu'à une seule condition: si elle n'entrave pas la vie et le développement économiques du Grand Ouest. Cela veut dire qu'à la seule condition que les aménagements de l'aéroport actuel et l'agrandissement soient réellement effectués pour permettre au trafic aérien d'évoluer comme tous les experts l'ont prévu - jusqu'à 6 millions de passagers en 2025 et 7 en 2030" (1). Dominique Seux semble l'ignorer, mais il se fait le porte-voix du passé, de ce temps de l'économie toute puissante qui impose sa loi. Pourquoi faut-il absolument que le trafic aérien évolue comme les experts l'ont prévu? Pour permettre aux habitants du Grand Ouest d'aller passer un week-end à Barcelone ou à Marrakech? Ou d'aller manger une pizza à Rome ou du caviar à Saint-Pétersbourg via une compagnie low cost qui exploite son personnel? Le développement économique d'une région tient-il encore à celui d'un aéroport ou d'une autoroute? 
L'intérêt collectif est bafoué, affirme un partisan du projet d'aéroport. Réflexion intéressante qui amène à se poser la question de la définition de cet intérêt collectif. On comprend évidemment le ras-le-bol, voire la colère, des riverains de l'actuel aéroport qui vivent - ou survivent - dans un bruit infernal, mais délocaliser les nuisances dont ils souffrent n'a aucun sens. L'intérêt collectif, c'est celui de la planète. Le gouvernement donne raison aux zadistes, se plaignent les soutiens au nouvel aéroport. Tant mieux si c'est la victoire de la cohérence. Le président Macron ne pouvait défendre l'accord de Paris sur le climat et la création d'un nouvel aéroport avec son énorme lot de nuisances.
Au-delà de la décision du gouvernement, on peut se réjouir de voir comme elle est accueillie par l'opinion publique: selon un sondage, les trois quarts des Français l'approuvent, tout autant que l'échéance laissée aux zadistes pour évacuer la zone (2). Les élus locaux et d'opposition qui conspuent l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes doivent se sentir un peu seuls. Dépassés peut-être?

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-18-janvier-2018
(2) http://www.lefigaro.fr/politique/2018/01/18/01002-20180118ARTFIG00134-notre-dame-des-landes-les-francais-plebiscitent-la-decision-du-gouvernement.php