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mardi 30 juin 2026

Encore un petit effort

Quelques (fausses) questions, en passant : 

On arrête quand cette fuite en avant assassine ? A peine sortis d'une canicule et avant de plonger dans une autre, on apprend que le Conseil d’Etat a validé, ce 29 juin, l’autorisation environnementale de l’A69 entre Toulouse et Castres, qui avait été contestée notamment par des écologistes (1). Les lobbies de la bagnole, de la politique populiste et de la finance l'emportent. Rien ne peut se mettre en travers de la voiture. Pas même la fin programmée de l'humanité. On imagine maintenant des voitures autonomes roulant sur des autoroutes traversant des paysages consumés dont a disparu l'humanité.. 
Greenpeace s'inquiète : "après la mobilisation historique contre la loi Duplomb l’année dernière, l’acétamipride revient aujourd’hui dans la loi d’urgence agricole, aux côtés du flupyradifurone, sous la forme de dérogations. Le vocabulaire change, mais la manœuvre reste la même : contourner la décision du Conseil constitutionnel et rouvrir la porte à des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, pourtant interdits ou strictement encadrés en France. Plutôt que d’aider réellement les agriculteurs et les agricultrices à sortir de leur dépendance aux pesticides, les responsables politiques préfèrent prolonger un modèle qui expose les paysan·nes, les riverain·es et la population à des substances dangereuses, tout en contaminant les sols, l’eau et la biodiversité."
De son côté, la FNSEA, qui s'est donné pour objectif suprême de soutenir un modèle ultra-productiviste, au mépris de la vie de ses adhérents et de la nature, continue à défendre des pratiques d'une autre âge et augmente son emprise sur la rédaction des lois qui régissent le monde agricole. En ce moment en particulier, dans le domaine de l'eau (2).

Y a-t-il encore une seule personne qui regarde la chaîne climatosceptique CNews qui a sombré dans le ridicule le plus total avec ses analyses de Café du Commerce sur le réchauffement climatique ?
Les pseudo journalistes de cette chaîne osent-ils encore mettre en doute ce dernier ?
Quel est l'intérêt de ses piliers de comptoir à nier, jour après jour, le réchauffement climatique ?
La disparition de cette chaîne (et de tant d'autres semblables à travers la planète) serait-elle bénéfique pour la planète ?

Mais qui donc savait et s'est tu ? Ici, là et un peu partout, on pare au plus pressé. Comme si cette canicule était inattendue et nous était tombée sur le dos sans prévenir. C'est sauve-qui-peut. Un chroniqueur économique de BFMTV reproche maintenant aux climatologues et autres experts sur le climat de ne pas avoir été "très convaincants" sur les risques liés au RC. Pauvre chroniqueur qui aimait tant croire que tout s'arrangerait. "Le changement climatique est probablement l’un des phénomènes les plus documentés par les scientifiques. A ce stade, l’ignorance est un choix", lui répond Sébastien Billard dans Le Nouvel Obs (4). Mais que ce chroniqueur économique se rassure : ce sera business as usual. Il s'agit juste d'adapter l'être humain au réchauffement climatique. Certainement pas de lutter contre les causes du RC. L'économie aux sévices de l'homme.

Pourra-t-on un jour faire condamner pour négationnisme tous les médias (y compris ces sites complotistes qui pullulent) qui ont contesté le RC et pour crimes contre l'humanité tous ces (ir)responsables politiques qui ont supprimé lois, règles et organismes qui avaient précisément pour but de lutter contre le RC ?
Les candidats à l'élection présidentielle de 2027 mettront-ils en priorité absolue la lutte contre le RC ? "Tous les candidats à la présidentielle de 2027 qui joueront la carte du fatalisme, minimiseront l’urgence de la situation contre l’avis des scientifiques, ou refuseront de faire de la résistance climatique une colonne vertébrale de leurs programmes devront apparaître pour ce qu’ils sont : les complices criminels d’une évidente défaite", écrit Grégoire Leménager dans Le Nouvel Obs (3).
Et les électeurs feront-ils leur choix en fonction de cette priorité ?

George Sand est morte en 1876. Il y a cent cinquante ans donc. Quelques années avant sa mort, elle écrivait ceci :
Si on n'y prend garde, l'arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement sans cataclysme nécessaire, par la faute de l'homme. N'en riez pas, ceux qui ont étudié la question n'y songent pas sans épouvante. Il est temps d'y songer, la nature s'en va.

Les bouffons de CNews, de BFMTV et tous les complotistes seraient bien inspirés de lire plutôt que de s'écouter.

(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/30/avec-la-loi-d-urgence-agricole-le-gouvernement-depasse-par-l-offensive-sur-l-eau-d-une-partie-du-monde-agricole_6717277_3244.html
(3) https://www.nouvelobs.com/ecologie/20260625.OBS116118/les-candidats-a-la-presidentielle-qui-minimiseront-l-urgence-climatique-seront-les-complices-criminels-d-une-desastreuse-defaite.html
(4) https://www.nouvelobs.com/medias/20260628.OBS116214/vous-n-avez-pas-ete-tres-convaincants-l-attaque-lunaire-d-un-chroniqueur-de-bfmtv-contre-un-climatologue.html


mardi 12 mai 2020

Surtout pas de relance

Le MEDEF n'a pas pour fonction de réfléchir, ni de comprendre. Il veut juste que l'économie tourne comme avant. Et même plus et mieux. Il faut que l'argent rentre dans les poches des patrons. Le MEDEF réclame au gouvernement "une relance".
Or, une relance, c'est précisément ce qu'il faut éviter.
Avant cette crise du coronavirus, écrit Muhammad Yunus, économiste, prix Nobel de la Paix (1), "l'humanité se préparait à une avalanche de tragédies. La catastrophe climatique allait rendre la planète impropre à la vie humaine, le compte à rebours avait commencé; l'intelligence artificielle nous conduisait tout droit vers le chômage de masse; la concentration des richesses atteignait des niveaux explosifs". 
Et voilà que des autruches nous disent qu'il faut relancer cette économie assassine sans se poser de questions. "Avant de la relancer, nous devons d'abord nous mettre d'accord sur l'économie à laquelle nous aspirons. Nous devons avant tout convenir que l'économie n'est qu'un moyen, celui d'atteindre des objectifs que nous nous fixons."
A nous donc, à la société toute entière de définir ses objectifs, et, en fonction, d'organiser son économie. Elle n'est qu'un outil de notre propre création, rappelle l'économiste bangladais. "Un outil que nous devons penser et repenser sans cesse jusqu'à ce qu'il nous conduise au plus grand bien-être commun possible."
Le moment est inattendu et  idéal. "C'est la grande nouvelle de cette période: la crise due au coronavirus nous ouvre des horizons pour ainsi dire illimités pour tout reprendre de zéro. La possibilité de faire table rase pour concevoir matériel et logiciel, à neuf".
Muhammad Yunus appelle non pas à relancer mais à reconstruire l'économie autour d'un pilier central: la conscience sociale et environnementale. "Que pas un seul dollar n'aille à des entités ou projets qui n'œuvrent pas, avant toute chose, à l'intérêt social et écologique de la société."
Il propose de donner un rôle central au social business, à des entreprises dont le seul objet est de résoudre les problèmes des individus, sans but lucratif pour les investisseurs autre que celui de récupérer leur mise.
C'est l'économie sociale et solidaire qui sauvera le monde, pas l'économie capitaliste. "Tant que l'économie restera une science vouée à la maximisation des profits, nous ne pourrons nous appuyer sur elle pour une reconstruction sociale et écologique." Aux Etats d'assurer l'offre de santé, de remettre en marche les services essentiels, mais aussi de favoriser l'émergence d'initiatives d'entrepreunariat social. Qui sont l'affaire de tous les citoyens.
"Du désespoir et de l'urgence de l'après-coronavirus, un Etat adoptant la bonne attitude pourra faire émerger un foisonnement d'activités comme on n'en a jamais vu. C'est à cette aune qu'on mesurera la qualité des dirigeants: montrer la voie d'une renaissance radicale du monde, par des moyens inédits, en fédérant tous les citoyens."
C'est maintenant que nous devons passer d'une économie insensée à une économie qui a et qui donne du sens. 

(1) "La crise due au coronavirus nous offre la possibilité de tout reprendre de zéro", Le Monde, 6.5.2020.
  

vendredi 1 mai 2020

La crise? Quelle crise?

Leur activité à l'arrêt depuis des semaines, nombre de PME ont déjà été forcées de mettre la clé sous la porte. Mais d'autres entreprises ne connaissent pas la crise. Au contraire, elles en profitent largement. Les librairies sont fermées, certaines craignent que ce soit définitivement. Mais Amazon continue à distribuer, contre toute logique, des livres. Amazon va bien. Très bien.
"En France, Amazon a pu continuer longtemps à expédier des marchandises non essentielles et continue à le faire dans la plupart de ses entrepôts européens", affirme le journaliste Jean-Baptiste Malet (1). Il s'était fait engager dans la firme il y a plusieurs années pour en vivre le fonctionnement. C'est notamment à partir de cette expérience qu'il a écrit "En Amazonie" (éd. Pluriel).
Difficile, dans ces gigantesques entrepôts, d'appliquer les règles de sécurité et les distances indispensables pour éviter la propagation du Covid-19. Ce qui explique que des travailleurs français ont fait valoir leur droit de retrait. Qu'à cela ne tienne; Amazon les a mis en congé, sans leur payer le moindre salaire. Une plainte a été déposée aux prudhommes; la décision est attendue d'ici peu. La situation est identique partout dans le monde. Un mouvement de grève a démarré dans les entrepôts américains d'Amazon la semaine dernière. Plus de dix salariés de l'entrepôt de Madrid sont malades du coronavirus, mais tout va bien, businness as usual, ou presque.
Pour éviter une concurrence déloyale, le tribunal de Nanterre a ordonné à Amazon de ne plus distribuer que des produits essentiels. L'entreprise n'a plus le droit de distribuer que de l'alimentation, des masques, du gel hydroalcoolique ou des outils qui permettent de travailler à domicile. "Amazon a fait le choix de fermer ses entrepôts français pour permettre à ses autres sièges européens de livrer en France des tondeuses à gazon et autres marchandises non essentielles", constate Jean-Baptiste Malet. Amazon n'est en rien une entreprise de services. Juste une affaire d'argent. Son action a gagné 30% depuis le début de l'année et la fortune de Jeff Bezos, son patron, est passée de 116 à 145 milliards de dollars en un mois.
Commander sur Amazon est, plus que jamais, un acte politique. On ne peut à la fois défendre le commerce de proximité et les droits des travailleurs et acheter sur cette plateforme anthropophage. 

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/088472-176-A/28-minutes/

dimanche 8 mars 2020

Maintenant

L'homme et la femme modernes n'avaient jamais vécu cela: une économie qui plonge, des avions qui restent au sol, des populations entières interdites de circuler, un taux de pollution qui baisse spectaculairement là où le fonctionnement des usines et la circulation automobile sont extrêmement réduits (1), tout un système qui tremble.
Les écologistes se mettent à rêver: et si était enfin arrivé le moment de changer de modèle de société?
Le coronavirus serait-il en train de réaliser ce à quoi plus personne n'osait croire?
La Chine, où est apparu le virus, est aujourd'hui une des plus grandes puissances économiques au monde. Beaucoup de firmes internationales y ont leurs plus grosses entreprises. "Les secteurs les plus touchés par les conséquences du coronavirus, explique Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du Bureau d'informations et des prévisions économiques (2), sont la chimie, le secteur pharmaceutique et l'agroalimentaire." L'impact du virus sur les déplacements, les échanges et les production s'ajoute, explique-t-elle, à la crise du protectionnisme et à la transition écologique. Beaucoup d'entreprises, notamment du secteur pharmaceutique, se rendent compte aujourd'hui qu'elles doivent se relocaliser au plus près des consommateurs finaux.
Il y a quelques jours, le secteur aéronautique parlait de trente milliards de perte. On ne déplorera pas sa baisse d'activité, bénéfique à la planète. Le tourisme, lui aussi, encaisse le choc.
Il y a en ce moment moins de demandes pour les smartphones, les appareils électroménagers et les voitures. Mais, précise l'économiste, "beaucoup d'activités sont relocalisées dans d'autres pays de la région, comme le Bangladesh ou le Vietnam, beaucoup moins chers. On aura donc la possiblité d'avoir d'autres fournisseurs très rapidement."
N'empêche que l'économie pourrait devenir, et cette crise du coronavirus pourrait accélérer le mouvement, un peu plus verte. "Aujourd'hui, avec le réchauffement climatique, les coûts (de transport) réapparaissent. C'est donc un réflexe purement économique que les entreprises habillent avec du marketing en disant on relocalise à cause de l'environnement."
On va vers une grande révolution, estime Anne-Sophie Alsif: "avant, on voulait un grand marché pour produire énormément sans contrainte, là, on pense l'inverse. On va relocaliser sans entraver les échanges".

Certains analystes (3) pensent cependant qu'on pourrait revivre ce qu'on a vécu après la crise économique de 2008: un rebond des émissions de gaz à effet de serre à cause des mesures de relance de l'économie qui seront prises par les gouvernements.
Amy Myers Jaffe, du groupe américain de réflexion Counicil on foreign relations, estime qu'on ne pourra pas ne pas tenir compte des changements d'habitude prise dans la crise actuelle et des réductions d'émissions de CO2 qu'elles ont entraînées. En matière de transport à travers la planète, mais aussi de télétravail.
Li Shuo, de Greenpeace Chine, rappelle que "l'épidémie de coranovirus est en partie due au fait que nous avons perdu un équilibre sain entre l'humain et la nature". Il y a urgence à le rétablir. C'est maintenant. Ou jamais.

(1) https://www.lalibre.be/planete/sante/l-epidemie-de-coronavirus-n-a-pas-que-des-mauvais-cotes-la-preuve-avec-les-images-epoustouflantes-de-la-nasa-5e5bed81d8ad58685c4f0b4f?cx_testId=1&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=1#cxrecs_s
(2) https://www.huffingtonpost.fr/entry/apres-le-coronavirus-on-va-vers-une-grande-revolution-economique-promet-cette-chercheuse_fr_5e6121a8c5b69d641c0c2ee5?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) https://www.lalibre.be/planete/sante/un-impact-positif-du-coronavirus-oui-mais-peut-etre-de-courte-duree-5e64a83cd8ad5835a1c8e045

dimanche 6 octobre 2019

Immigration: un autre regard

Juste avant que l'Assemblée nationale ne commence à débattre de l'immigration, le magazine de France Inter "On n'arrête pas l'éco" s'est saisi de la question ce samedi (1)  et, ce faisant, a remis les pendules à l'heure pour réfuter la thèse de l'invasion de la France par les immigrés. Alexandra Bensaïd recevait Christian Chavagneux, économiste et journaliste au magazine Alternatives Economiques, et Emmanuel Lechypre, économiste et journaliste notamment à l'Expansion.

De qui parle-t-on quand on parle d'immigrés? De personnes nées à l'étranger et qui vivent en France, même si elles ont reçu la nationalité française. Des sondages indiquent que les Français pensent que les immigrés seraient 27 millions, alors qu'ils ne sont que 6,5 millions, dont 2,5 millions ont la nationalité  française. Ils représentent ainsi 9,7% de la population française. Un chiffre en augmentation ces derniers temps, due essentiellement aux étudiants qui, dans leur grande majorité, rentrent ensuite dans leur pays. Ces 6,5 millions sont constitués d'un tiers d'Européens, de 30% de Nord-Africains, de 17% d'Africains subsahariens, le reste étant essentiellement constitué d'Asiatiques (dont une majorité de Chinois).
La France accueille proportionnellement moins d'immigrés que la plupart des autres pays européens.
Trois fois moins que l'Allemagne, deux fois moins que la moyenne de l'OCDE. Les personnes qui quittent leur pays ne sont pas, loin s'en faut, majoritairement attirés par la France. L'Allemagne est de loin plus atttractive.

Les immigrés ont un niveau d'éducation supérieur à la moyenne de la population française. Ils sont essentiellement concentrés dans les grands centres urbains. Ils vont là où il y a du travail. Et ne sont donc pas concurrents par rapport aux Français qui cherchent du travail.
Les immigrés non qualifiés ne constituent que moins d'1% de la population française.
Sur 6,5 millions d'immigrés, on estime qu'il y a au maximum 400.000 sans papier.

Une idée simpliste et assez répandue veut que quantité d'immigrés viennent en France pour bénéficier des largesses de la Sécurité sociale. Les économistes rappellent que le parcours administratif pour les immigrés est très long et très compliqué, bien plus que pour les Français. Il faut cinq ans de séjour régulier en France pour pouvoir toucher le RSA, le revenu de solidarité active. Il en faut dix pour avoir droit au minimum vieillesse. L'Aide médicale d'Etat - qui a suscité ces derniers temps bien des délires - est réservée aux immigrés en situation irrégulière et a été mise en place pour éviter les contaminations. Elle ne s'obtient que sur dossier et pour un an seulement et le bénéficiaire n'est remboursé qu'au tarif de la Sécurité sociale.

La contribution des immigrés à la protection sociale en France est positive: un arrêt de l'immigration coûterait deux points de P.I.B. à l'horizon des cinquante prochaines années, soit 40 milliards de moins par an pour la sécu. En 2100, ce serait le double. Parce que les immigrés cotisent comme tout le monde et souvent rentrent dans leur pays à la retraite, sans la toucher alors qu'ils ont cotisé.
Toutes les études indiquent qu'ils ne tirent pas les salaires vers le bas, ne prennent pas les postes des immigrés arrivés avant eux, et dépensent quasiment l'intégralité de ce qu'ils gagnent. L'effet est donc positif sur la consommation et la croissance. L'immigration est ainsi un apport pour l'économie française.

L'immigration économique stagne à un niveau faible. En 2017, elle représentait 1% des nouveaux entrants. On est donc loin des grandes vagues de recrutement des Trente glorieuses. Les immigrés sont principalement engagés dans les professions en déclin et les professions en demande: saisonniers, secteurs du bâtiment, de la santé, etc.
Le démographe Hervé Le Bras rappelle que l'économie a toujours eu besoin des immigrés, essentiellement pour des postes non remplis par des Français parce qu'ils impliquent des taches plus risquées ou plus difficiles. Les patrons et entrepreneurs, pourtant souvent de droite, ont toujours été favorables à l'ouverture des frontières. 

L'immigration ne représente pas un problème macroéconomique, le marché du travail étant extensible, mais un problème d'intégration et d'inclusion. La peur de l'immigré se constate principalement dans des régions où il y a peu ou pas d'immigrés.
C'est sur ces aspects-là, intégration, inclusion et pédagogie que devrait se pencher le débat parlementaire si'il veut avoir du sens.

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/on-n-arrete-pas-l-eco, émission du 5.10.2019.

jeudi 18 janvier 2018

Balance ton aéroport!

La décision - logique - du gouvernement français d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes amène l'opposition de droite à hurler au reniement. Le candidat Macron avait annoncé son intention de respecter le résultat de la consultation populaire qui, il y a deux ans, avait donné la majorité aux partisans de ce projet des années '60. L'opposition de droite ne veut pas voir qu'en cinquante ans le temps a passé et avec lui la biodiversité et l'état sanitaire de notre (seule) planète.
Le temps des projets des pharaons locaux est terminé. Les nouveaux aéroports, les nouvelles autoroutes, les zones commerciales installées à la périphérie des villes appartiennent à la préhistoire de notre civilisation post-industrielle. Mais certains élus d'un autre siècle ne veulent pas le comprendre, convaincus que leur réélection tient à leur soutien à ce sacré développement économique totalement irrésistible qui, avec son rouleau compresseur, avale sans état d'âme terres naturelles et agricoles, faune et flore et réserves d'eau et pollue l'air autant que la culture de citoyens réduits au pauvre rôle de consommateurs. 
Ce matin, Dominique Seux, dans son éditorial économique sur France Inter, estimait que la décision du gouvernement français "ne sera raisonnable - peut-on penser - qu'à une seule condition: si elle n'entrave pas la vie et le développement économiques du Grand Ouest. Cela veut dire qu'à la seule condition que les aménagements de l'aéroport actuel et l'agrandissement soient réellement effectués pour permettre au trafic aérien d'évoluer comme tous les experts l'ont prévu - jusqu'à 6 millions de passagers en 2025 et 7 en 2030" (1). Dominique Seux semble l'ignorer, mais il se fait le porte-voix du passé, de ce temps de l'économie toute puissante qui impose sa loi. Pourquoi faut-il absolument que le trafic aérien évolue comme les experts l'ont prévu? Pour permettre aux habitants du Grand Ouest d'aller passer un week-end à Barcelone ou à Marrakech? Ou d'aller manger une pizza à Rome ou du caviar à Saint-Pétersbourg via une compagnie low cost qui exploite son personnel? Le développement économique d'une région tient-il encore à celui d'un aéroport ou d'une autoroute? 
L'intérêt collectif est bafoué, affirme un partisan du projet d'aéroport. Réflexion intéressante qui amène à se poser la question de la définition de cet intérêt collectif. On comprend évidemment le ras-le-bol, voire la colère, des riverains de l'actuel aéroport qui vivent - ou survivent - dans un bruit infernal, mais délocaliser les nuisances dont ils souffrent n'a aucun sens. L'intérêt collectif, c'est celui de la planète. Le gouvernement donne raison aux zadistes, se plaignent les soutiens au nouvel aéroport. Tant mieux si c'est la victoire de la cohérence. Le président Macron ne pouvait défendre l'accord de Paris sur le climat et la création d'un nouvel aéroport avec son énorme lot de nuisances.
Au-delà de la décision du gouvernement, on peut se réjouir de voir comme elle est accueillie par l'opinion publique: selon un sondage, les trois quarts des Français l'approuvent, tout autant que l'échéance laissée aux zadistes pour évacuer la zone (2). Les élus locaux et d'opposition qui conspuent l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes doivent se sentir un peu seuls. Dépassés peut-être?

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-18-janvier-2018
(2) http://www.lefigaro.fr/politique/2018/01/18/01002-20180118ARTFIG00134-notre-dame-des-landes-les-francais-plebiscitent-la-decision-du-gouvernement.php

lundi 4 juillet 2016

Journaux télévidés

Journal de France 3 vendredi soir: un sujet sur l'interdiction de circulation en semaine à Paris des  voitures antérieures à 1998. Un moyen parmi d'autres de lutter contre une pollution qui asphyxie la ville et tue lentement mais sûrement. Le sujet suivant constitue "une bonne nouvelle" selon la journaliste: les immatriculations de voitures neuves sont en hausse très sensible en France. On peut évidemment se réjouir que des véhicules moins polluants circulent, mais s'ils sont plus nombreux, la pollution restera toujours aussi importante. Mais c'est ainsi: dans les journaux télévisés, les sujets se succèdent sans lien entre eux et on peut enchaîner un reportage sur le travail des enfants dans les entreprises textiles et un autre sur les soldes où chacun est censé se précipiter sans se poser la moindre question. Ou un reportage sur des attentats terroristes et l'heureuse nouvelle que constituent des commandes d'armes à nos pays par des gouvernements réputés proches de factions islamistes. L'argent n'a pas d'odeur et une économie florissante n'a pas de conscience. Si ce monde n'a ni queue ni tête, c'est aussi parce que de très nombreux médias ne nous aident pas à le remettre sur ses pattes.

vendredi 20 février 2015

Sortie de route

Que se passerait-il si la France quittait l'euro? Voilà une question qui mérite d'être posée, puisque certains partis politiques sont convaincus que c'est là que réside "la" solution pour sortir de la crise, créer des emplois et relancer l'économie. Ella Cerfontaine y a répondu par un documentaire fiction (1) dans lequel des économistes, des politiques et des citoyens jouent à "on dirait que la France est sortie de l'euro" et imaginent ce qui se passe alors.
La réalisatrice commence par imaginer que c'est l'Italie la première qui quitte la zone euro. Les répercussions sont rapides sur le marché français - et en premier lieu sur l'agriculture - inondé de produits alimentaires italiens à moindre coût. La situation économique se dégrade si vite que le Gouvernement décide, précipitamment, de faire sortir, à son tour, la France de l'euro. Il faut donc créer en catastrophe une nouvelle monnaie: ce sera le franc-euro. Un franc-euro vaut un euro. Mais la parité ne dure pas. Trois jours plus tard, il faut 1,33 franc-euro pour un euro. Bref, la dévaluation a démarré et, de ce fait, tous les produits d'importation augmentent. Les entreprises qui exportent y trouvent un avantage, mais peu de produits sont totalement made in France. La plupart ont besoin de composants, de matériaux, de machines venant de l'étranger, donc à coût plus élevé. Le secteur du tourisme est le grand gagnant, puisque les étrangers peuvent venir passer en France des vacances meilleur marché. Mais il est bien le seul à  se réjouir. Les secteurs industriels et commerciaux européens, concurrencés par l'attractivité des produits français, font pression sur l'Union européenne pour qu'elle diminue ses aides à la France et qu'elle instaure certaines formes de barrières douanières. Beaucoup d'investisseurs étrangers déplacent leurs investissements ailleurs en Europe. Le budget des ménages chute dans le même temps où le chômage et la dette de l'Etat français explosent. Seuls s'en sortiront les plus fortunés, qui auront placé leurs économies dans d'autres banques de la zone euro. Une fois encore, les plus pauvres seront les premiers à encaisser la crise. Les recettes de l'Etat se font plus rares et celui-ci, incapable de gérer son budget, augmente les impôts, licencie des fonctionnaires et gèle les salaires de ceux qui restent en place, diminue les prestations sociales, pratique des coupes sombres dans tous les secteurs.
Bien sûr, l'économie n'est pas une science exacte et elle a parfois des mouvements peu prévisibles. Et il me semble même que Bernard Maris était plutôt en faveur d'une sortie de l'euro (il n'est hélas plus là, abattu par la barbarie, pour qu'on l'entende). Mais quand même, on a du mal à croire qu'il suffirait de quitter l'euro pour voir briller le soleil sur la France.
"La sortie de l'euro serait une absurdité, un suicide qui conduirait la France à la déchéance absolue", conclut Jacques Attali.
On le sait, le parti de la famille Le Pen a fait de la sortie de l'euro la base d'un programme économique et financier critiqué par tous les spécialistes. Pour séduire les braves gens, rien de tel que le yaka. Mais la famille Le Pen, si le scénario devait devenir réalité, convertirait-il sa fortune en francs-euros? On ne l'imagine pas une seconde.

(1) "Bye-bye l'euro", diffusé sur France 5, mardi 17 février 2015.

lundi 27 octobre 2014

Tant d'émotions, si naturelles

L'automne est là. Les feuilles tombent, le moral de l'homme aussi. La France est morose. Elle a l'impression d'aller à vau l'eau ou même de régresser. Elle a tort. Les projets économiques novateurs n'y manquent pas. Trois exemples parmi d'autres.

En Indre, à deux pas de Châteauroux, aux portes du Parc naturel régional de la Brenne, se développe un projet qui place "l'environnement et la nature en pôle position" (1). Un jardin public? Une réserve naturelle? Un village de vacances écolo? Un Futuroscope axé sur la nature? Mieux que cela: le "Pôle des sports mécaniques du Centre". Le promoteur entend créer une piste asphaltée de trois kilomètres de long, ainsi qu'une piste pour les essais de constructeurs et des compétitions auto et moto, plus toutes les infrastructures nécessaires à ce type d'activité. Le tout sur 80 hectares, entre deux étangs. Sur l'une des pistes, les véhicules pourront atteindre la vitesse de 270 km/h. La nature? Elle sera préservée au maximum, assure le promoteur qui plantera, en plus de l'existant, des arbres, des arbustes et des haies. Même sur les parkings. Et, assure-t-il, "les bulldozers ne passeront pas quand ils veulent: ils laisseront les cistudes (2) et les tritons se reproduire". Les véhicules de course en feront-ils autant? Arrêtera-t-on les compétitions pour laisser les batraciens traverser la piste? Non, le promoteur a pensé à tout: "les véhicules qui seront utilisés sur les différentes pistes ne devront pas dépasser le seuil légal de 95 décibels, soit le bruit d'une tondeuse à gazon" (3). Et ça, c'est vraiment génial, parce que si vous avez cinq, dix, quinze tondeuses à gazon qui tournent à longueur de journée, les animaux resteront terrés là où ils sont à l'abri. Et la nature sera préservée. Les habitants? Ils vivent loin de là, paraît-il. En tout cas, à plusieurs centaines mètres. Et on érigera des merlons pour atténuer le bruit (4). L'environnement et la nature en pôle position, on vous dit.

A Gonesse, en région parisienne, se prépare "une expérience à 360°". Préparez vos mouchoirs, nous y serons, à tout moment, dans l'émotion: "show emotion, pop emotion, sun emotion, hype emotion, xtrm emotion, zen emotion". Tout cela à la fois. S'en remettra-t-on? Notre cœur tiendra-t-il le coup? On se le demande.
De quoi s'agit-il? Salle de spectacle? Cinéma? Centre de bien-être? Pratiques sportives? Tout cela à la fois et bien plus encore. On trouvera à Europacity (5) des boutiques de luxe, des jardins de cueillette, des manèges, des hôtels, des fast food et des restaurants bio, un parc des neiges, des magasins, des auberges de jeunesse, des salles de spectacle, un parc aquatique et tout ce qu'on n'ose même pas rêver. On pourra même, incroyable mais vrai, participer à des "pique-niques géants". Ce sera "le nouveau quartier des loisirs", il se construira(it) sur 80 ha de bonnes terres, dernier espace agricole aux portes de Paris. Les gens qui veulent dépenser leur argent auront là l'embarras du choix.  

Près d'Orléans vient de s'ouvrir un hôtel d'un type nouveau en France. Un hôtel qui fonctionne en auto-suffisance? Où on paie en fonction de ses revenus? Un hôtel en papier, en bambou, en plastique recyclé? Mieux que tout cela: un hôtel pour chiens et chats (6). Il n'y a aucune raison que ces gentilles petites bêtes ne puissent vivre ce que vivent leurs maîtres. Salle de jeu, piscine, chambre avec vue, ils bénéficient de toutes les commodités. Et leurs maîtres ne les abandonnent pas tout à fait, puisqu'ils peuvent en permanence les surveiller par web-cam. Et continuer ainsi à vivre tranquillement, le nez sur leur tablette, sans être dérangés par les sdf et les mendiants, pour voir combien Rex et Poussette sont heureux.

On voit par là qu'il faut garder le sourire et rester optimiste. Que la vie est belle et l'avenir radieux. Quels esprits chagrins oseraient encore parler de crise?

(1) La Nouvelle République, 23 octobre 2014. Voir le site des opposants: http://tourneix-adest.org
(2) les tortues typiques de la Brenne.
(3) en France, le niveau maximal d'exposition, soit celui à partir duquel une exposition prolongée peut endommager l'audition, est de 80 db.
(4) Des amis qui vivent à dix kilomètres de Pau m'assurent que, de chez eux, ils entendent le bruit de la course automobile qui se joue chaque année dans les rues de cette ville.
(5) www.europacity.com. Réécoutez l'émission "Comme un bruit qui court" (27.09.2014):
www.franceinter.fr/emission-comme-un-bruit-qui-court-la-carotte-ou-le-beton-encore-des-maquisards-bretons-et-un-voyage-
Le projet Europacity, mené par le groupe Auchan, ressemble furieusement, au "Projet de Centre européen des Sports de Glisse et de Nature", qui entendait se développer à Maubray (Belgique) et dont il fut souvent question dans ce blog. Voir www.c-i-a-o.eu/
(6) France 3 Centre, Journal, 24 octobre 2014, 19h.

mardi 14 février 2012

Blood, sweat and tears

Les Grecs ne s'énervent pas, ils sont fâchés. Et on les comprend: leur gouvernement a, notamment, décidé de diminuer de 22% le salaire minimum. Un jeune vendeur à Athènes gagne 500 euros à temps plein. S'il faut trouver plus d'argent, faut-il inévitablement s'en prendre aux plus démunis? Ne faudrait-il pas plutôt diminuer de 22%, de 42% ou même de 62 ou 82% les salaires maxima? On ne sait combien gagnent les patrons grecs, les hauts fonctionnaires, les gros actionnaires, on ne sait quel est le pourcentage d'impôts payés par les entreprises grecques, mais on se doute qu'il y a dans ces poches-là des opportunités qu'il conviendrait de saisir.
Oncle Bernard (1) rappelle qu'en France le PDG de Renault, Carlos Ghosn, "se pavane avec ses 9 millions d'euros de salaire par an pour raconter qu'il faut délocaliser et fabriquer hors de France".
En Belgique, on apprend que le futur ex-directeur d'Intradel (intercommunale de gestion des déchets en région liégeoise) continuera à assurer, quatre demi-journées par semaine, une mission de consultance pour son ancien employeur. Qui lui paiera, pour ce faire, un peu plus de 8500 euros bruts par mois (2). Qui, suppose-t-on, s'ajouteront à sa pension de retraite que l'on ne parvient pas à imaginer comme une pension de survie.
Le groupe pétrolier Total a vu ses bénéfices progresser de 16% en 2011. Pour atteindre le joli niveau de 12,27 milliards d'euros. L'ex-ministre français de l'Industrie, Christian Estrosi (UMP) qui n'a pas le profil d'un gauchiste, regrette que Total "ne paie en France que 2,5% d'impôts sur les sociétés", quand des PME "paient plus de 30% d'impôts sur leur bénéfice" (3). Mais le patron de Total, Christophe de Margerie, trouve que "les profits, c'est super!" (4).
En Belgique, le PTB n'arrête pas de dénoncer, preuves à l'appui, l'absence d'impôt (ou leur insignifiance) payé par de grands groupes industriels, grâce notamment aux intérêts notionnels. Même la CREG (la Commission de Régulation de l'Electricité et du Gaz) s'étonne que le secteur nucléaire ne paie une rente que de 250 millions d'euros.
L'Union européenne impose l'équilibre financier à ses Etats membres. Elle a pourtant en main une série de clés qui éviteraient à ces mêmes Etats de saigner leurs populations les plus faibles et de désinvestir des services publics. Il suffirait que l'Union européenne décide de mettre fin à l'existence de paradis fiscaux en son propre sein. En 2008, les Etats - les européens, comme les autres - ont couru au secours des banques sans exiger de contre-partie. "Les banques étaient à genoux, ils (les Etats) auraient pu tout exiger d'elles", estime le député euro-vert Pascal Canfin (5), "qu'elles sortent des paradis fiscaux, etc. Ils n'ont rien fait parce que Monaco est un paradis fiscal adossé à la France; le Lichtenstein à l'Allemagne; l'Etat du Delaware aux Etats-Unis; Macao à la Chine...". Il constate qu'aujourd'hui "des banques françaises vendent des CDS (6), donc de la protection, sur le risque de faillite de la France, qui entraînerait leur propre faillite, puisqu'ils détiennent massivement des obligations d'Etat! C'est délirant. Mais, en attendant, ils récupèrent du cash... des profits, des bonus." Le fondateur de Finance Watch appelle la France (ndlr: et pourquoi pas? l'ensemble des pays de l'Union européenne) à prendre la même mesure que les Etats-Unis: désormais toute banque dans le monde qui ouvrira un compte à un citoyen américain devra le signaler à l'administration fiscale américaine qui pourra alors taxer cet argent au même taux qu'il le serait aux Etats-Unis. "Le manque à gagner de l'Etat français, évalué par la Cour des Comptes, lié à l'évasion de l'argent dans les paradis fiscaux, est de trente milliards d'euros, soit plus de quarante fois la fraude aux allocations familiales", rappelle Pascal Canfin.
En Belgique, le gouvernement se préparerait à une nouvelle D.L.U., une déclaration libératoire unique, appellation pudique pour "amnistie fiscale". La première, vers 2003-2004, était déjà unique. Deux fois unique, ça commence à faire beaucoup.
Et le tout ensemble, ça commence à faire trop.
Résumons-nous: pour certains, la vie est faite de sang, de sueur et de larmes. Pour d'autres, elle est faites de cadeaux, de champagne et de mépris. Et certains de s'étonner, la main sur le cœur, de la violence de la réaction de la rue. Qui sont les pires casseurs? Ceux qui expriment leur colère en mettant le feu aux symboles du capitalisme (et aussi, c'est nettement plus stupide et totalement improductif, à des bâtiments du patrimoine) ou ceux qui cassent les modèles sociaux et, du haut de leur suffisance et de leur aveuglement, n'ont plus aucun respect pour ceux qu'ils "laissent pour compte"?

(1) Charlie Hebdo, 1er février 2012
(2) Le Vif, 10 février
(3) LLB, 11 février
(4) LLB, 19 janvier 2012
(5) Télérama, 25 janvier 2012
(6) les cds: des produits financiers toxiques qui permettent de spéculer contre les Etats, des contrats d'assurance sur des actions ou des obligations, pour se prémunir des risques d'impayés. On peut s'assurer contre le risque de faillite d'un Etat alors qu'on n'en détient aucune obligation (contrat dit "à nu").
A lire: Pascal Canfin, "Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire" (éd. Les Petits Matins)

dimanche 30 mars 2008

L'économie a toujours raison 2

Pourquoi il faut absolument s'opposer au projet de centre de glisse et à tout autre projet de ce type, totalement contraire au développement durable*:

- parce que ce sont les mêmes qui entendent s'approprier la terre pour en faire de l'argent, que ce soit ici ou dans la forêt amazonienne;
- parce que seul compte pour eux le profit, même s'ils le déguisent sous de vertueuses mais fallacieuses volontés de créer de l'emploi ou de respecter l'environnement;
- parce qu'ils n'ont que mépris pour les populations concernées, l'avenir de la planète, les économies d'énergie et tout ce qui pourrait freiner leur voracité;
- parce que ce type de projet est non seulement anti-naturel, mais surtout anti-culturel, dépourvu de "sens" et destructeur de territoires autant que de liens sociaux;
- parce qu'il est basé sur une conception d'exploitation et d'enfermement d'un territoire plutôt que sur des notions d'ouverture, de respect et de mise en valeur;
- parce que les politiques concernés (certains "responsables" politiques du moins) n'ont aucun courage politique et surtout pas l'audace de s'opposer à ces investisseurs aux dents longues et s'avèrent incapables de la moindre créativité et de la plus petite once d'imagination;
- parce que ce sont les mêmes politiques qui sont capables de rendre hommage à Che Guevara et de faire des courbettes devant ces pontes d'un capitalisme plus suffisant que jamais, yesmen constamment en quête du consensus mou, de l'assise entre deux chaises;
- parce qu'il faut bien être d'autant plus critique qu'eux ne le sont pas;
- parce que les promoteurs de ce projet de centre de glisse sont incapables de débattre, se contentant d'attaques ad hominem plutôt que de discuter d'idées: "vous êtes venus en voiture, donc ne nous reprochez pas un projet qui se base sur l'utilisation de la voiture individuelle" - "vous n'êtes pas de Clochermerle, donc vous n'avez pas à donner votre avis sur ce projet "européen". Pauvres arguments de débatteurs impuissants, incapables de développer une argumentation de fond, d'opposer des concepts à d'autres, de répondre à une analyse scientifique.

Dans la Libre Belgique de ce 29 mars, Jean-Claude Vandemeeren, qui quitte ses fonctions d'administrateur général de la FGTB wallonne, estime que "il y a un problème de la gauche dans toute l'Europe, qui dès l'instant où elle s'inscrit dans la logique du système capitaliste dominant, a du mal à assumer ses choix. Le socialisme n'ose plus véritablement contester le système. Il se contente d'une ligne défensive, tente de limiter les dégâts dans une Europe capitaliste. (...) Au niveau wallon, ajoute-t-il, c'est encore plus grave. On est dans une situation économique assez catastrophique. On a donc besoin d'un capitalisme dynamique. Et dès lors, le PS a peur de le gêner, il lui fait confiance, lui accorde des cadeaux."

Dans le quatrième et dernier tome de "Son combat ordinaire" ("Planter des clous"), Manu Larcenet fait dire à un de ses personnages: "si la loi autorise les patrons à aller planter des usines dans le tiers-monde, il faut être un sacré hypocrite - ou un socialiste - pour s'offusquer qu'ils le fassent dans les faits".
Ce sont les mêmes patrons qui délocalisent pour remplir un peu plus les poches de leurs actionnaires et s'offrir des parachutes dorés et qui "localisent", chez nous ou ailleurs, des parcs fondés sur un concept dépassé de profit, de luxe et de gaspillage.
"Planter des clous" (Dargaud) évoque le temps des désillusions, du désenchantement, celui du triomphe des cyniques, des je-m'en-foutistes, des ultralibéraux. Heureusement, il y a les enfants, les nôtres, les autres, à qui on promet qu'on fera tout ce qu'on peut encore pour qu'il y ait toujours des hirondelles et des écureuils.

* je sais, c'est un peu obsessionnel chez moi, mais j'assume! Pour en savoir plus, voir www.c-i-a-o.eu