D'autres grands joueurs, souligne encore le HuffPost, se sont, eux, affirmés contre la dictature et proches du peuple, tels Socrates ou Maradona. Pelé a toujours minimisé l'existence du racisme au Brésil et a toujours été en bons termes avec tous les dirigeants du pays quel que soit leur bord. Il s'excusait en disant ne rien comprendre à la politique. Par contre, il avait vite compris les affaires. "Pelé aura incarné - bien avant que les termes soient employés - la mondialisation et la marchandisation du football. Premier joueur à multiplier les accords de sponsoring avec des multinationales, le génie brésilien s’affichait encore à près de 80 ans au côté de Kylian Mbappé pour faire la promotion d’une marque de montres de luxe". Il avait tout compris au football et à ce qu'il allait devenir.
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vendredi 30 décembre 2022
Ces dieux que nous pleurons
Je sais que je ne compte pas beaucoup et vraiment je ne voudrais pas déranger le chœur des pleureuses, mais je ne peux accepter d'entendre que "le monde entier est en deuil" suite à la mort du Roi Pelé. J'aimerais donc qu'on m'enlève de la liste.
Pelé fut meilleur, mille fois, cent mille fois meilleur que moi en football, je ne le conteste pas. Mais comme citoyen, on ne peut dire qu'il fut brillant. On veut bien croire que ce soit difficile de s'affirmer sous une dictature, mais de là à participer à sa gloire, c'est autre chose et particulièrement ombrageant pour l'aura du roi.
Dans le Huffington Post (1), Paul Guyonnet rappelle "son silence et son apathie durant les plus de vingt années de dictature militaire au Brésil, entre 1964 et 1985". Jamais, écrit-il, Pelé n’aura "le moindre mot pour dénoncer la torture des opposants politiques, les attaques frontales contre les libertés individuelles ou les crimes commis par le pouvoir en place".
"Pire encore, en 1970, alors qu’il est déjà double champion du monde et que l’on dit de lui qu’il est « plus célèbre que le Pape », il se retrouve sans rechigner au cœur de la propagande de la dictature, apparaissant sur des affiches ornées de slogans sans équivoque, comme le relate Le Monde, tels que « Le Brésil, tu l’aimes ou tu le quittes ». Et lorsqu’il conduit la Seleção brésilienne à son troisième titre mondial, il revient fêter la victoire et soulever le trophée à Brasilia au côté de Garrastazu Médici (le dictateur). Peut-être « l’opération de relations publiques la plus réussie de l’Histoire du sport », écrivait en 2013 World Soccer."
dimanche 26 février 2017
Courage, fuyons!
Peut-être faudrait-il que la France entière s'arrête de fonctionner jusqu'au 7 mai, jour du deuxième tour de l'élection présidentielle française. Madame Le Pen fille est en campagne et rien ne doit perturber sa marche vers le pouvoir.
Elle peste contre la Justice qui a le culot de se pencher sur les rôles qu'elle a assignés à certains de ses collaborateurs directs qu'elle a fait payer comme assistants parlementaires par le Parlement européen. Elle suggère que la Justice laisse les candidats mener leur campagne tranquillement sans les déranger avec d'aussi vulgaires affaires (qui n'en sont d'ailleurs pas). Cette période, dit-elle, ne permet "ni la neutralité, ni la sérénité nécessaire au fonctionnement correct de la justice". Elle préfère attendre d'être élue présidente pour ne pas avoir à répondre aux questions qu'on voudrait lui poser.
Bien sûr, elle n'a rien à se reprocher, mais fuit la Justice et la police comme si elle en avait peur. Une fois encore, elle a refusé de répondre à une convocation de la police (1), elle qui n'a de cesse de défendre celle-ci et de fustiger ceux qui la méprisent. Même en dehors des campagnes électorales, elle ne trouve pas le temps de répondre à une convocation d'un juge d'instruction. Son agenda ne le lui permet pas (2). Il faut donc croire que Madame Le Pen est hors la loi.
Ses fans et certains ténors de son parti critiquent la sortie, en ce début de campagne, du film "Chez nous" de Lucas Belvaux. Le vice-président du parti-qui-n'aime-pas-les-autres considère comme "scandaleux" et "inadmissible" que ce film sorte deux mois avant l'élection présidentielle (3). On comprend par là qu'il faudrait ne pas faire de politique pendant cette campagne. Ou en tout cas que le débat ne peut avoir lieu qu'entre candidats, pas sur la place publique. C'est ce que laisse entendre le parti qui se présente comme celui du peuple. Ce dernier ne doit surtout pas être perturbé dans ses convictions et aller voter joyeusement, sans se poser de questions.
Heureuses perspectives.
(1) http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/25/marine-le-pen-contre-l-etat-de-droit_5085546_4854003.html
http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/24/quand-marine-le-pen-promettait-de-parler-a-la-justice/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/24/assistants-fn-parlement-europeen-marine-le-pen-ne-veut-pas-repondre-aux-policiers/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.lalibre.be/actu/international/marine-le-pen-ne-s-est-pas-rendue-a-une-convocation-de-la-police-58b004c3cd70e8981808ed0d
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/24/quand-marine-le-pen-promettait-de-parler-a-la-justice/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) http://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/scandaleux-emules-goebbels-pot-tabac-nous-film-qui-enerve-front-national-1165057.html
mardi 16 décembre 2014
Le parti du culot
Quelle énergie! Quelle capacité de résilience! A peine ont-ils quitté le pouvoir au niveau fédéral (qu'ils ont exercé sans discontinuer pendant neuf mille six cent cinquante et un jours (1) - 9.651, oui -) qu'ils sont dans la rue pour s'opposer au nouveau gouvernement à peine mis en place. Soyons clair: on peut évidemment reprocher bien des choses à ce nouveau gouvernement belge, très à droite, mais tout autant au Ps qui n'a aucune honte, aucune pudeur à manifester et a à peine arraché les costumes-cravates du pouvoir qu'il se noue un foulard rouge autour du cou pour jouer à l'ouvrier. Laurette Onkelinx a été ministre durant vingt-deux ans, non stop, gérant de très nombreux portefeuilles, dont celui de l'Emploi. Elio Di Rupo a été soit ministre, soit ministre-président, soit président du Ps durant la même période: 1992-2014. Et aujourd'hui, on les entend hurler sur ce nouveau gouvernement à qui ils ont laissé un Etat que tout le monde s'accorde à trouver en triste état. Depuis quand les socialistes ont-ils mis sur la table une idée neuve?, demandait il y a une dizaine d'années le sénateur écologiste Jacky Morael.
Qu'est-ce qui explique la colère actuelle des Belges? Le chômage? Le manque d'idées du gouvernement pour relancer l'emploi et l'économie? "L'économie et l'emploi ont été transférés aux régions en... 1980", rappelle Philippe Engels (1). Et depuis 1980, quel parti a toujours occupé et occupe toujours le pouvoir dans les régions wallonne et bruxelloise? Le Ps. "Les 110.000 manifestants qui ont battu le pavé le 6 novembre dernier auraient été bien inspirés de commencer par demander des comptes aux socialistes eux-mêmes. (1)"
Immuable Wallonie, voilà un slogan qui, pour une fois, ne serait pas mensonger. Tant que les manifestants se tromperont de cible et de vote, la situation ne s'améliorera pas. Le Ps peut se permettre toutes les affaires, tous les tripotages, traîner tant de casseroles, les électeurs, ses électeurs lui restent très attachés. "L'électeur reste fidèle au parti pieuvre, qui délivre, il est vrai, les accès au logement ou l'emploi public" (1). "Sans nous, ce serait pire" a longtemps affirmé le Ps, tout heureux de pouvoir démontrer que c'est le cas aujourd'hui. Au niveau fédéral du moins. Aux niveaux wallon, bruxellois et francophone, le pire est arrivé depuis longtemps. Avec le Ps dans tous les gouvernements depuis le début et occupant la grande majorité des postes clés dans l'administration. "Le Gerfa rappelle que, en Belgique francophone, 32 hauts fonctionnaires dirigeants sur 53 sont socialistes. Tous les chefs de gouvernement des entités dites fédérées (Wallonie, Bruxelles, fédération Wallonie-Bruxelles) sont issus du PS. Chaque patron d'une société publique contrôlant la distribution d'énergie, la télédistribution ou le développement économique porte la même étiquette politique. Même chose pour les maires des grandes villes wallonnes et de Bruxelles, par exemple", écrit encore Ph. Engels.
On pourrait soupirer, se lasser, pester, mais le problème devient sérieusement inquiétant quand on découvre que des affaires qui, au fil de ces trop longues années, se sont inscrites dans l'ADN du Ps, resteront impunies grâce précisément à la toute-puissance de ce même Ps. Affaire parmi (beaucoup) d'autres relatées par Philipe Engels toujours: "Dans la région de Mons, le placement financier d'une société publique contrôlée par les socialistes déclenche des perquisitions dans des banques belges et françaises. Gros soupçons de commissions occultes au bénéfice d'individus réfugiés sous la couple du pouvoir. Tant que nous nous attaquions à des seconds couteaux socialistes, on nous a laissé faire, déclarent des policiers chargés de ces dossiers délicats. Quand les enquêtes nous ont menés à Mons, tout s'est compliqué. " Au point que les investigations ont été arrêtées. Des magistrats reconnaissent qu' il fallait éviter d'affaiblir la figure du Premier ministre de l'époque (Elio Di Rupo, bourgmestre empêché de Mons), rempart de la nation face aux séparatistes. Et la presse se tait autant que les autres partis, tous appelés à composer, un jour ou l'autre, avec l'omnipotent Ps.
"Opinion lassée, conclut Ph. Engels, justice bloquée, sentinelles de la démocratie aux abonnés absents, partis politiques en état de dépendance: à ce compte-là, le PS wallon n'a guère de souci à se faire."
Résumons-nous: en politique, le culot est salvateur, la toute puissance est protectrice. Mais réjouissons-nous: grâce au populisme du parti des barons et à sa pratique du clientélisme, aucun parti d'extrême droite n'a réussi à percer en Région wallonne. A quelque chose malheur est bon.
Note: pour couper court aux critiques de certaines de mes connaissances, ce billet ne fait pas dans l'anti-socialisme primaire, mais dans l'anti-Ps secondaire. Il y a plus qu'une nuance.
(1) "Le naufrage des socialistes belges", Marianne, 12 décembre 2014.
lundi 27 novembre 2006
Ps: comment en finir?
Ce texte a été publié en page « Opinion » dans La Libre Belgique du 27 novembre 2006
Devinette :
Que reste-t-il de rouge au Parti Socialiste ?
Réponse :
Les cravates
Michel Guilbert,
au nom des valeurs socialistes
inscrites au cœur de l’écologie politique
« on a sauvé la façade depuis le manifeste
gardé les initiales et bazardé le reste
on a sauvé la façade et cravaté nos vestes
le marché a marché, le parti est parti
aux marchands à présent, faut vivre avec son temps. »
Claude Semal : la Façade
Devinette :
Que reste-t-il de rouge au Parti Socialiste ?
Réponse :
Les cravates
Aux dernières élections communales et provinciales, la défaite du Ps fut finalement limitée. Seuls quelques bastions où les abus de pouvoir furent trop évidents se sont fortement lézardés.
Dans beaucoup de communes, la cote du Ps est à la hausse. Malgré « les affaires » récurrentes que connaît le parti.
Il est effrayant de constater à quel point l’opinion publique peut exprimer son dégoût de la manière dont la politique est menée, et de voir se maintenir, et même progresser à nouveau, un parti dans l’ADN duquel on sait que l’éthique n’est certainement pas le gène dominant.
LE TRIOMPHE DE LA COM
Mais en politique, aujourd’hui, il importe plus d’avoir l’air et de dire que d’être et de faire.
En cette ère de « Star Ac » et de « Nouvelle Star », on peut difficilement s’étonner de voir quantité de citoyens - et même plus d’un journaliste - tomber dans le panneau de la « com ». Les images ont la vie belle. Je suis ce que je dis. Il suffit donc de se déclarer rénovateur pour l’être, d’annoncer une grande rénovation pour que l’opinion publique croie à sa réalité. Même si cette dernière est bien différente… Trop d’électeurs (et parfois de journalistes) n’examinent pas la cohérence qui existe ou non entre déclarations et pratiques. Nombre d’entre eux tiennent pour acquise et indiscutable la volonté du président Di Rupo et de son équipe de rénover le parti de fond en comble. Et les autres partis, espérant pouvoir partager une part de pouvoir avec un Ps qui reste tout puissant, font ou ont fait semblant d’y croire. La rénovation du Ps semblait un fait acquis. Seuls y avaient échappé, ici ou là, de rares dinosaures.
Aujourd’hui, le doute s’installe et s’exprime. Il apparaît de plus en plus que l’opération rénovation s’apparentait plutôt à la peinture rose du bâtiment du boulevard de l’Empereur : du « façadisme ». Tout le monde a d’ailleurs oublié le nom du chargé de rénovation du Ps présenté à la presse voici un an. L’important n’était pas que tout change, mais de dire que tout allait changer.
Peut-on ne pas voir que les Van Cau, les Cariat, les Despi, les Anselme , les De Clercq, les Rovillard (et avant eux, les Spitaels, les Coeme, les Mathot, les Carlier - et oublions les autres) ne sont pas des exceptions dans leur parti, mais la partie émergée de l’iceberg ?
Peut-on ne pas voir que le clientélisme, le favoritisme, le cumul des mandats, les petits arrangements entre amis sont inscrits au cœur même de la culture du Ps ? Et que celles et ceux que la presse classe parmi les rénovateurs peuvent aussi être imprégnés de cette culture et, même s’ils s’en défendent, la pratiquer quotidiennement ? Parce qu’elle est le fondement du succès électoral du Ps.
UN Ps TRES AFRICAIN
Il y a quelques années, un ambassadeur de Belgique dans un pays d’Afrique me disait toute sa fascination – que je partage - pour ce continent. « Quand on y est attentif, me disait-il, on se rend compte que l’Afrique est un miroir grossissant de ce qui se passe chez nous ». La vision est à double sens. Les Africains sont au moins aussi joviaux que les Wallons (on se souvient cependant de ce bourgmestre du Borinage qui déplorait, dans un documentaire, que ses pauvres ne soient pas aussi souriants que ceux d’Afrique), mais l’autre face de la médaille n’est guère plus reluisante chez nous que chez eux.
S’indigne-t-on de ces petits ou grands chefs, de ces caporaux qui se proclament empereurs ou présidents, qui se servent dans la caisse, favorisent leur famille, leur village et leur ethnie, installent leur capitale dans leur village natal ?
Il suffit de regarder ce qui se passe dans notre profonde Wallonie, Dès qu’un parti est dominant, il se laisse aller à des dérives africanistes.
Ici, c’est un président de société de logement social qui se constitue une cave à vin, un bourgmestre qui se paie de luxueux voyages, tous deux avec l’argent public. Là, c’est un ministre de la culture qui privilégie sa commune et les villages voisins dans un excès de subventions ; un autre qui défend la nomination dans l’administration d’affiliés de son parti, sous le prétexte que celui-ci est puissant. Là encore, c’est un Collège qui s’octroie la gestion d’un parc de logements sociaux, se réservant le choix des locataires et la détermination du montant de leurs loyers (au mépris affiché de toute politique de lutte contre les négriers du logement). Ailleurs, c’est un bourgmestre qui multiplie les marchés avec l’entreprise de sa compagne ; un autre qui nomme, sans appel public à candidature, sa belle-fille comme coordinatrice de l’accueil extrascolaire ; un troisième qui aurait signé un faux certificat au registre des étrangers d’un joueur du club de foot qu’il préside. Ou c’est un député régional qui fait envoyer à son bureau, par l’administration communale dont il fut le patron, les chômeurs à la recherche d’un emploi. Ailleurs encore, c’est une famille à qui l’on n’accorde un logement social qu’à la condition qu’elle retire ses enfants de l’école catholique pour les placer dans l’enseignement communal.
Certaines de ces pratiques sont illégales (et la justice en jugera), d’autres ne le sont sans doute pas, mais ne sont pas éthiquement acceptables.
Tous ces exemples sont récents, et, plus d’une fois, le fait de mandataires présentés comme « rénovateurs » au sein du Ps, comme totalement étrangers aux attitudes dénoncées chez leurs camarades carolos ou namurois.
La base de la politique clientéliste du Ps, c’est la culture du « protégé », celui ou celle pour qui on envoie des lettres de « recommandation », à qui on promet un logement social, un emploi, une promotion, un marché ou la lune. Comment un parti qui se prétend socialiste peut-il avoir des protégés, et maintenir ainsi un système de servitude digne des patrons catholiques du XIXè siècle ? La raison en est simple : les obligés ont la mémoire des urnes, les valeurs soi-disant défendues par ce parti dussent-elles en souffrir. On est là à mille lieues d’une politique de libération, d’autonomisation des individus que prône la gauche.
« DORMEUR, REVEILLE-TOI ! »
Il y a quelques années, le Ps a modifié son logo. Oubliée la rose, ce n’était plus l’important. L’important, c’était le S de socialiste. Le P de Parti étant censé s’effacer au service des Valeurs. Mais l’arbre n’a pas caché longtemps la forêt. Le gros S n’a pas réussi à cacher un P en réalité hypertrophié. Hyper trop fier de son pouvoir, de ses mainmises, de ses réseaux. On pouvait penser qu’il y aurait une morale à cette histoire, que la « com » avait ses limites et que les faits démontraient qu’elle ne peut tout déguiser.
Aujourd’hui, les faits apparaissent les uns après les autres au grand jour, mais les récents résultats électoraux doivent rassurer les responsables du parti. Le populisme continue à payer.
En dehors de ses affiliés et de ses sympathisants et électeurs (qui sont très nombreux, il est vrai), le Ps ne semble pas se rendre compte de la véritable haine qu’il est en train de développer contre lui. Et du tort qu’il cause à l’ensemble de la région wallonne, et en particulier aux plus démunis qu’il est censé défendre.
Aujourd’hui, ce n’est pas d’une rénovation qu’a besoin le Ps, c’est d’une refondation. Et celle-ci ne pourra s’opérer que par une cure d’opposition.
Aux électeurs wallons de prendre leur sort en main dès 2007 ! Il n’est plus temps de s’indigner, de protester mollement. Nous avons un pouvoir : celui des urnes. Qu’en faisons-nous ? Il est temps que tant de citoyens (re)trouvent un rôle actif, sortent de l’état d’assistés dans lequel certains se plaisent à les maintenir. Sans se tourner vers une extrême droite nauséabonde qui traîne bien plus de casseroles encore et prône des valeurs qui n’en sont pas, de rejet et de haine. Mais, à créer des assistés et des ignorants, on crée, hélas !, des dégoûtés qui peuvent se tourner, demain, vers le premier prophète de mauvais augure venu…
Dans beaucoup de communes, la cote du Ps est à la hausse. Malgré « les affaires » récurrentes que connaît le parti.
Il est effrayant de constater à quel point l’opinion publique peut exprimer son dégoût de la manière dont la politique est menée, et de voir se maintenir, et même progresser à nouveau, un parti dans l’ADN duquel on sait que l’éthique n’est certainement pas le gène dominant.
LE TRIOMPHE DE LA COM
Mais en politique, aujourd’hui, il importe plus d’avoir l’air et de dire que d’être et de faire.
En cette ère de « Star Ac » et de « Nouvelle Star », on peut difficilement s’étonner de voir quantité de citoyens - et même plus d’un journaliste - tomber dans le panneau de la « com ». Les images ont la vie belle. Je suis ce que je dis. Il suffit donc de se déclarer rénovateur pour l’être, d’annoncer une grande rénovation pour que l’opinion publique croie à sa réalité. Même si cette dernière est bien différente… Trop d’électeurs (et parfois de journalistes) n’examinent pas la cohérence qui existe ou non entre déclarations et pratiques. Nombre d’entre eux tiennent pour acquise et indiscutable la volonté du président Di Rupo et de son équipe de rénover le parti de fond en comble. Et les autres partis, espérant pouvoir partager une part de pouvoir avec un Ps qui reste tout puissant, font ou ont fait semblant d’y croire. La rénovation du Ps semblait un fait acquis. Seuls y avaient échappé, ici ou là, de rares dinosaures.
Aujourd’hui, le doute s’installe et s’exprime. Il apparaît de plus en plus que l’opération rénovation s’apparentait plutôt à la peinture rose du bâtiment du boulevard de l’Empereur : du « façadisme ». Tout le monde a d’ailleurs oublié le nom du chargé de rénovation du Ps présenté à la presse voici un an. L’important n’était pas que tout change, mais de dire que tout allait changer.
Peut-on ne pas voir que les Van Cau, les Cariat, les Despi, les Anselme , les De Clercq, les Rovillard (et avant eux, les Spitaels, les Coeme, les Mathot, les Carlier - et oublions les autres) ne sont pas des exceptions dans leur parti, mais la partie émergée de l’iceberg ?
Peut-on ne pas voir que le clientélisme, le favoritisme, le cumul des mandats, les petits arrangements entre amis sont inscrits au cœur même de la culture du Ps ? Et que celles et ceux que la presse classe parmi les rénovateurs peuvent aussi être imprégnés de cette culture et, même s’ils s’en défendent, la pratiquer quotidiennement ? Parce qu’elle est le fondement du succès électoral du Ps.
UN Ps TRES AFRICAIN
Il y a quelques années, un ambassadeur de Belgique dans un pays d’Afrique me disait toute sa fascination – que je partage - pour ce continent. « Quand on y est attentif, me disait-il, on se rend compte que l’Afrique est un miroir grossissant de ce qui se passe chez nous ». La vision est à double sens. Les Africains sont au moins aussi joviaux que les Wallons (on se souvient cependant de ce bourgmestre du Borinage qui déplorait, dans un documentaire, que ses pauvres ne soient pas aussi souriants que ceux d’Afrique), mais l’autre face de la médaille n’est guère plus reluisante chez nous que chez eux.
S’indigne-t-on de ces petits ou grands chefs, de ces caporaux qui se proclament empereurs ou présidents, qui se servent dans la caisse, favorisent leur famille, leur village et leur ethnie, installent leur capitale dans leur village natal ?
Il suffit de regarder ce qui se passe dans notre profonde Wallonie, Dès qu’un parti est dominant, il se laisse aller à des dérives africanistes.
Ici, c’est un président de société de logement social qui se constitue une cave à vin, un bourgmestre qui se paie de luxueux voyages, tous deux avec l’argent public. Là, c’est un ministre de la culture qui privilégie sa commune et les villages voisins dans un excès de subventions ; un autre qui défend la nomination dans l’administration d’affiliés de son parti, sous le prétexte que celui-ci est puissant. Là encore, c’est un Collège qui s’octroie la gestion d’un parc de logements sociaux, se réservant le choix des locataires et la détermination du montant de leurs loyers (au mépris affiché de toute politique de lutte contre les négriers du logement). Ailleurs, c’est un bourgmestre qui multiplie les marchés avec l’entreprise de sa compagne ; un autre qui nomme, sans appel public à candidature, sa belle-fille comme coordinatrice de l’accueil extrascolaire ; un troisième qui aurait signé un faux certificat au registre des étrangers d’un joueur du club de foot qu’il préside. Ou c’est un député régional qui fait envoyer à son bureau, par l’administration communale dont il fut le patron, les chômeurs à la recherche d’un emploi. Ailleurs encore, c’est une famille à qui l’on n’accorde un logement social qu’à la condition qu’elle retire ses enfants de l’école catholique pour les placer dans l’enseignement communal.
Certaines de ces pratiques sont illégales (et la justice en jugera), d’autres ne le sont sans doute pas, mais ne sont pas éthiquement acceptables.
Tous ces exemples sont récents, et, plus d’une fois, le fait de mandataires présentés comme « rénovateurs » au sein du Ps, comme totalement étrangers aux attitudes dénoncées chez leurs camarades carolos ou namurois.
La base de la politique clientéliste du Ps, c’est la culture du « protégé », celui ou celle pour qui on envoie des lettres de « recommandation », à qui on promet un logement social, un emploi, une promotion, un marché ou la lune. Comment un parti qui se prétend socialiste peut-il avoir des protégés, et maintenir ainsi un système de servitude digne des patrons catholiques du XIXè siècle ? La raison en est simple : les obligés ont la mémoire des urnes, les valeurs soi-disant défendues par ce parti dussent-elles en souffrir. On est là à mille lieues d’une politique de libération, d’autonomisation des individus que prône la gauche.
« DORMEUR, REVEILLE-TOI ! »
Il y a quelques années, le Ps a modifié son logo. Oubliée la rose, ce n’était plus l’important. L’important, c’était le S de socialiste. Le P de Parti étant censé s’effacer au service des Valeurs. Mais l’arbre n’a pas caché longtemps la forêt. Le gros S n’a pas réussi à cacher un P en réalité hypertrophié. Hyper trop fier de son pouvoir, de ses mainmises, de ses réseaux. On pouvait penser qu’il y aurait une morale à cette histoire, que la « com » avait ses limites et que les faits démontraient qu’elle ne peut tout déguiser.
Aujourd’hui, les faits apparaissent les uns après les autres au grand jour, mais les récents résultats électoraux doivent rassurer les responsables du parti. Le populisme continue à payer.
En dehors de ses affiliés et de ses sympathisants et électeurs (qui sont très nombreux, il est vrai), le Ps ne semble pas se rendre compte de la véritable haine qu’il est en train de développer contre lui. Et du tort qu’il cause à l’ensemble de la région wallonne, et en particulier aux plus démunis qu’il est censé défendre.
Aujourd’hui, ce n’est pas d’une rénovation qu’a besoin le Ps, c’est d’une refondation. Et celle-ci ne pourra s’opérer que par une cure d’opposition.
Aux électeurs wallons de prendre leur sort en main dès 2007 ! Il n’est plus temps de s’indigner, de protester mollement. Nous avons un pouvoir : celui des urnes. Qu’en faisons-nous ? Il est temps que tant de citoyens (re)trouvent un rôle actif, sortent de l’état d’assistés dans lequel certains se plaisent à les maintenir. Sans se tourner vers une extrême droite nauséabonde qui traîne bien plus de casseroles encore et prône des valeurs qui n’en sont pas, de rejet et de haine. Mais, à créer des assistés et des ignorants, on crée, hélas !, des dégoûtés qui peuvent se tourner, demain, vers le premier prophète de mauvais augure venu…
Michel Guilbert,
au nom des valeurs socialistes
inscrites au cœur de l’écologie politique
« on a sauvé la façade depuis le manifeste
gardé les initiales et bazardé le reste
on a sauvé la façade et cravaté nos vestes
le marché a marché, le parti est parti
aux marchands à présent, faut vivre avec son temps. »
Claude Semal : la Façade
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