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vendredi 30 décembre 2022

Ces dieux que nous pleurons

Je sais que je ne compte pas beaucoup et vraiment je ne voudrais pas déranger le chœur des pleureuses, mais je ne peux accepter d'entendre que "le monde entier est en deuil" suite à la mort du Roi Pelé. J'aimerais donc qu'on m'enlève de la liste.
Pelé fut meilleur, mille fois, cent mille fois meilleur que moi en football, je ne le conteste pas. Mais comme citoyen, on ne peut dire qu'il fut brillant. On veut bien croire que ce soit difficile de s'affirmer sous une dictature, mais de là à participer à sa gloire, c'est autre chose et particulièrement ombrageant pour l'aura du roi.
Dans le Huffington Post (1), Paul Guyonnet rappelle "son silence et son apathie durant les plus de vingt années de dictature militaire au Brésil, entre 1964 et 1985".  Jamais, écrit-il, Pelé n’aura "le moindre mot pour dénoncer la torture des opposants politiques, les attaques frontales contre les libertés individuelles ou les crimes commis par le pouvoir en place".
"Pire encore, en 1970, alors qu’il est déjà double champion du monde et que l’on dit de lui qu’il est « plus célèbre que le Pape », il se retrouve sans rechigner au cœur de la propagande de la dictature, apparaissant sur des affiches ornées de slogans sans équivoque, comme le relate Le Monde, tels que « Le Brésil, tu l’aimes ou tu le quittes ». Et lorsqu’il conduit la Seleção brésilienne à son troisième titre mondial, il revient fêter la victoire et soulever le trophée à Brasilia au côté de Garrastazu Médici (le dictateur). Peut-être « l’opération de relations publiques la plus réussie de l’Histoire du sport », écrivait en 2013 World Soccer."

D'autres grands joueurs, souligne encore le HuffPost, se sont, eux, affirmés contre la dictature et proches du peuple, tels Socrates ou Maradona. Pelé a toujours minimisé l'existence du racisme au Brésil et a toujours été en bons termes avec tous les dirigeants du pays quel que soit leur bord. Il s'excusait en disant ne rien comprendre à la politique. Par contre, il avait vite compris les affaires. "Pelé aura incarné - bien avant que les termes soient employés - la mondialisation et la marchandisation du football. Premier joueur à multiplier les accords de sponsoring avec des multinationales, le génie brésilien s’affichait encore à près de 80 ans au côté de Kylian Mbappé pour faire la promotion d’une marque de montres de luxe". Il avait tout compris au football et à ce qu'il allait devenir.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/sport/article/pele-est-mort-et-sa-passivite-politique-restera-comme-sa-part-d-ombre_212122.html

jeudi 10 décembre 2020

Noir, c'est noir (ou pas)

L'époque donne envie de rester muet. Tant est âpre en ce moment le combat lexical. Il faut tourner sa langue (au moins) sept fois dans sa bouche avant de parler, si on ne veut pas être accusé de racisme, de colonialisme ou de suprémacisme.

Il suffit de (re)lire le billet précédent de ce blog. Et voilà qu'en Chine on s'offusque: dans le film Monster Hunter, un personnage, joué par un acteur américain d'origine chinoise, dit à un autre: "Look at my knees" (Regarde mes genoux). "Quel type de genoux?", lui demande son interlocuteur. "Chi-knees", lui répond-il (on entend chi-nese) (1). Un jeu de mots simplet, comme on en entend tous les jours, qui normalement ferait juste sourire, mais qui ici fait hurler. Il est raciste, ont estimé de nombreux internautes chinois qui ont exigé et obtenu la déprogrammation du film. La compagnie allemande co-productrice du film avec une entreprise chinoise a présenté ses excuses. L'époque est aux excuses.

Un grand moment d'antiracisme a été vécu il y a deux jours, applaudit l'ensemble de la presse (2), quand deux équipes de football sont rentrées aux vestiaires, refusant de poursuivre le match parce qu'un arbitre, désignant un entraîneur adjoint, l'a appelé "noir". Le mot a été considéré comme une insulte raciste. On s'étonne, on est dans la confusion: on avait entendu les décoloniaux et les racisés réduire l'analyse sociale à la dichotomie Blancs/Noirs ou Blancs/non-blancs. On les a lus réinventer la notion de race, affirmer leur fierté de ne pas être blancs - et c'est bien leur droit - d'être noirs ou arabes, racisés, non-blancs. Et on lit (sur son site) que le CRAN, le Conseil représentatif des associations noires, "a pour but de lutter contre les discriminations que subissent les populations noires en France. (...) Grâce à son travail, le CRAN a permis de briser un double tabou : le tabou du nom (jusqu’alors, apparemment, on n’avait pas pas le droit de se dire noir en France) ; le tabou du nombre (jusqu’alors, apparemment, on n’avait pas le droit de compter les populations noires de France, ce qui permettrait pourtant de mieux lutter contre les discriminations)" (3). Si on comprend bien, les noirs doivent pouvoir se dire noirs mais ne peuvent être appelés ainsi. L'arbitre roumain, arbitrairement traité de raciste, doit être dans la même confusion que nous.

Les insultes proférées par tant de supporters sont inadmissibles et insupportables, les cris de singe, les bananes lancées vers des joueurs noirs témoignent de l'affligeante bêtise et du vrai racisme des auteurs de ces gestes et de ces cris. Ils doivent être sanctionnés et tant de matchs auraient dû - devraient - être arrêtés au moindre d'entre eux. Mais ici, le point de départ fut l'utilisation par l'arbitre du mot negru, noir en roumain, mal compris par certains. Puis la situation est partie en vrille. On comprend parfaitement que des joueurs qui ont déjà entendu quantité d'insultes prennent une  position forte pour que cessent fin ces pratiques. Mais on a du mal à comprendre qu'il s'agisse ici d'une insulte. Ne peut-on plus désigner quelqu'un par une particularité physique objective? Peut-on encore qualifier quelqu'un de blanc, de petit, de chauve, de roux, de barbu, sans être soupçonné de pilosophobie, de rossophobie, de calvitophobie? On a envie de se taire tant on se fait vite traiter de raciste. Le racisme reste, hélas, un fléau qui traverse la planète entière et contre lequel il ne faut cesser de lutter. Sans hystérie. Toute la presse, vertueuse, a comme un seul homme parlé ici de propos racistes. Entendus comme racistes eût été plus correct. Mais l'époque n'est pas à la nuance.

A propos de nuance, cette citation de l'écrivain américain James Baldwin (que Télérama présente comme noir, homosexuel, francophile et rieur) : « Chacun de nous, inéluctablement et à jamais, contient l’autre — il y a de l’homme dans la femme, de la femme dans l’homme, du Blanc dans le Noir, et du Noir dans le Blanc. Nous sommes une partie de chacun. Beaucoup de mes compatriotes semblent trouver cela très malcommode et même injuste. Mais personne n’y peut rien. »

(1) https://www.lalibre.be/culture/cinema/le-film-monster-hunter-retire-des-salles-en-chine-a-cause-d-un-court-dialogue-qui-suscite-le-tolle-5fcf76bd7b50a652f76b33b7

(2) https://www.lemonde.fr/sport/article/2020/12/09/apres-l-interruption-du-match-psg-basaksehire-le-monde-du-sport-espere-un-tournant-dans-le-combat-du-racisme-dans-les-stades_6062759_3242.html

(3) www.le-cran.fr

dimanche 2 février 2020

Quand hurle la hyène

La haine semble aujourd'hui devenue pour tant de gens une manière simplement normale de s'exprimer. Je suis fâché ou simplement pas d'accord, donc il n'est que logique que je hurle, j'agresse, j'insulte, je casse. Beaucoup de ceux qui n'acceptent pas qu'on ne soit pas d'accord avec eux ou simplement qu'on ne pense pas comme eux crachent aussitôt, menacent de viol ou de mort. Ou des deux.

On a évidemment parfaitement le droit de ne pas être d'accord avec tel ou tel projet du gouvernement. Mais il faut vraiment manquer d'arguments solides pour envahir les locaux d'un autre syndicat qui ne suit pas la même stratégie que la vôtre, pour démolir la permanence d'un député de la majorité ou, pire encore, pour promener au bout d'une pique une représentation de la tête du président de la République en appelant à sa décapitation. C'est ce qui s'est passé récemment lors d'une retraite aux flambeaux contre la réforme des retraites. "La forme n'est pas anecdotique, ce genre de manifestation relève d'une esthétique militariste et pour tout dire fasciste", écrit le journaliste de Marianne Guy Konopnicki (1). Robert Badinter a poussé une vraie et saine colère au vu de cette manifestation haineuse (2): "Ce n'est pas tolérable! Rien n'excuse ce degré de violence, non pas physique encore, mais verbale. Rien! La représentation d'une tête au bout d'une pique, qui n'est rien d'autre que la continuité d'une guillotine, est, pour moi, à mes yeux, absolument, totalement condamnable. L'ex-garde des Sceaux, à qui l'on doit la suppression de la peine de mort en France, rappelle que les opposants, quels qu'ils soient, ont à leur disposition, pour se faire entendre, "tous les moyens, toutes les libertés, l'expression, le défilé, la manifestation, le slogan, mais pas la violence physique, pas l'agression des êtres humains, pas non plus la symbolique de la mort". Parce que, dit-il, "la mort n'est pas compatible avec nos idéaux".
Guy Konopnicki partage la colère de Robert Badinter: "ceux qui, aujourd'hui, en sont encore à célébrer les piques et la Guillotine n'ont décidément rien compris à l'histoire de la Révolution, ni à celle d'aujourd'hui. L'abolition de la peine de mort, dont Robert Badinter fut l'artisan, est un acte révolutionnaire. On ne lutte pas pour la justice en jouant de cette esthétique mortifère".
Une élue de l'opposition, plus précisément de La France insoumise, a minimisé l'évènement auquel elle a participé: on a bien le droit de faire un petit jeu de mots, s'est-elle défendue: "une retraite aux flambeaux pour ne pas avoir une retraite en lambeaux" (3). Ce qui nous amène, à nouveau, à cette question: à quoi cette France-là est-elle insoumise? au respect de la vie? à l'intelligence? à la civilité?

On a parfaitement le droit de ne pas supporter une attaque contre la religion en laquelle on croit. Surtout si l'attaque est grossière. Mais il ne faut vraiment pas faire confiance à son dieu pour menacer de viol et de mort l'auteure de propos qu'on juge insupportables. Ce dieu-là doit être bien faible pour n'être pas capable de se défendre lui-même (4). L'islam est une religion de haine, disait l'adolescente qui a prononcé ces paroles jugées offensantes. C'est faux, lui ont répondu quelques haineux qui l'ont menacée de mort, lui donnant ainsi raison. "Pour n'avoir pas compris que l'islam est une religion "d'amour et de paix", elle est menacée de mort, de viol, d'égorgement...", écrit Dominique Nora dans L'Obs.
On notera que la colère de la jeune fille est consécutive au fait qu'elle ait éconduit, dans une discussion sur Internet, un harceleur qui l'a alors accusée de racisme antimusulman. A la suite de quoi, des hyènes lui sont tombées sur le dos, la traitant de "sale Française", "sale gouine", "chiennasse". L'art de la conversation se perd. Le Conseil français du culte musulman n'a rien trouvé d'autre à dire que "Qui sème le vent récolte la tempête". Peut-on se permettre de le mettre en garde? Qui se met la tête dans le sable ne doit pas s'étonner de se prendre un coup de pied dans le cul. Réaction affligeante, juge Dominique Nora (5), "alors que la très grande majorité des musulmans de France sont ouverts et tolérants" et que 81% d'entre eux disent n'avoir "aucun problème à discuter avce des gens qui ne partagent pas les mêmes valeurs". En attendant, la jeune fille menacée n'a reçu que le soutien de l'extrême droite trop contente d'une telle aubaine. Et la gauche et les défenseurs des LGBT se taisent courageusement. Certains militants de la cause homo se sont exprimés néanmoins: pour sommer la jeune fille de retirer le drapeau arc-en-ciel de son profil sur Internet. "Nous y voilà: dans l'espace publie, la gauche essentialiste semble avoir muselé la gauche humaniste", déplore Dominique Nora.

On a parfaitement le droit de ne pas apprécier les décisions d'un arbitre. Autre chose est de le tabasser pour cela. C'est ce qui se passe de plus en plus souvent dans le milieu du football. Au point qu'il y a deux semaines les arbitres du Loir-et-Cher s'étaient mis en grève, le temps d'un week-end, pour protester contre les violences physiques dont ils sont trop souvent les victimes lors de matches de tous les niveaux d'âge et quels que soient les enjeux (6). Comme si les règles ne devaient être appliquées que d'un seul côté. La fédération des arbitres peine de plus en plus à recruter, les candidats aux insultes et aux coups se faisant rares.

"La haine de l'autre?", s'interroge Serge Raffy (7). La fin des débats respectueux où notre interlocuteur n'est pas forcément un ennemi à abattre? Nous y sommes. Les signes avant-coureurs d'un climat malsain, où le dialogue apparaît comme une pratique antédiluvienne, sont désormais sous nos yeux." (8) Le journaliste de L'Obs constate que "à grands pas, nous nous éloignons du monde de la raison, laissant le pouvoir aux seules émotions, à nos pires penchants".
On en vient à regretter les cours de politesse auxquels on avait encore droit dans les années '60, à se sentir obligé de rappeler que vivre en société implique le respect, somme toute, assez simple de règles de civilité, à en appeler à l'assertivité, cette capacité à dire les choses clairement, fermement s'il le faut, mais en respectant l'autre. Est-ce donc si difficile d'être humain?

(1) voir texte ci-dessous.
(2) https://fr.news.yahoo.com/video-tête-macron-pique-robert-161804970.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9zZWFyY2gubGlsby5vcmcvc2VhcmNod2ViLnBocD9xPWJhZGludGVyJTIwcmV0cmFpdGUlMjBhdXglMjBmbGFtYmVhdXg&guce_referrer_sig=AQAAAJUPUzTf3zkB1a5Bn02dLax6Ne2DqsfN3JqFk71ntphzi-biURo_ENP6NH210ne2h13AjWefMrusv59Kvu5jXYqXPW-glqqJy9k7V6MwQ1OImUT0_QBPitaGyzMWOV4UMPvq8ZRWNNCfk63x_p05fNbU8WZ-rdCiAk93UzD5M57-
(3) entendue sur France Inter
(8) (Re)lire sur ce blog "La grande forme d'Anastasie", 15.12.2020.


J'ai beau être hostile au projet de réforme des retraites, lorsque j'ai appris que des opposants à cette réforme organisaient une retraite aux flambeaux, j'étais quelque peu choqué. La forme n'est pas anecdotique, ce genre de manifestation relève d'une esthétique militariste et pour tout dire fasciste. Et au dessus des flambeaux, une tête, celle du président de la République portée sur une pique ! Je partage la saine colère de Robert Badinter. A l'esthétique fascisante, se mêlait une terrible référence aux massacres de Septembre 1792, aux meutes d'égorgeurs se ruant dans les prisons pour violer et assassiner les aristocrates, avant de s'en prendre aux enfants et aux handicapés de la Salepêtrière. Non, l'héritage de la Révolution Française n'est pas celui des Septembriseurs. L'abolition des privilèges, la Déclaration des droits de l'homme, l'organisation de la nation en communes et départements, avaient été votées par l'Assemblée Constituante. En septembre 1792, ce ne sont pas les émeutiers, les violeurs et les pillards qui ont sauvé la patrie en danger, mais les Volontaires, organisés en bataillons, qui repoussèrent les Prussiens à Valmy et à Jemappes. Admirateur de la Révolution s'il en fut, Jules Michelet, décrit avec effroi et dégoût ces journées, qui virent les Septembriseurs violer systématiquement les femmes et les enfants, avant de les égorger et de promener les têtes sur les piques. Ces Sans-Culottes ont ensuite servi de piétaille aux pires terroristes, élus à la Convention. Ceux qui, aujourd'hui, en sont encore à célébrer les piques et la Guillotine n'ont décidément rien compris à l'histoire de la Révolution, ni à celle d'aujourd'hui. L'abolition de la peine de mort, dont Robert Badinter fut l'artisan est un acte révolutionnaire. On ne lutte pas pour la justice en jouant de cette esthétique mortifère.

vendredi 18 octobre 2019

Foot sectaire

Le sport n'a jamais rien eu à voir avec la politique. Laissons-le à l'écart de ce mælstrom malodorant.
Voilà ce qu'on entend dire si souvent. Il est vrai que le sport est si pur, si préservé de sordides questions d'argent ou de pouvoir.
Et si les footballeurs de l'équipe nationale turque ont fait par deux fois - lors de matchs face à la Bulgarie et face à la France - le salut militaire, ce n'est pas pour des raisons politiques, mais juste selon l'entraîneur turc, "pour soutenir nos soldats" (1). Et tout le monde sait que le soutien à des militaires faisant la guerre à un peuple voisin n'a rien de politique. C'est juste un petit clin d'œil sympa.
Même explication en Belgique où, cette fois, ce sont des enfants qui ont effectué - spontanément, on n'en doute pas une seconde - le salut militaire (2). Ils jouent dans un club de Beringen qui a pour nom Turkse FC, un club on ne peut plus turc en terre limbourgeoise. Un dirigeant du club a justifié ce salut en expliquant que les enfants avaient juste voulu "saluer les martyrs et leurs familles" et qu'il ne faut y voir aucun lien avec l'intervention militaire turque en Syrie. Et d'ailleurs, à entendre le président de l'organisation Union of International Démocrats (proche du parti d'Erdogan), c'est à peine si le club était au courant de ce conflit. Une photo des enfants footballeurs a été diffusée, avec cette légende: "nous voulons offrir notre âme pour l'existence d'une nation turque". Où on comprend que ces jeunes joueurs ont donc une âme et que le nation turque n'existe toujours pas.
On voit par là combien une équipe de foot peut s'apparenter à une secte et être un espace d'endoctrinement et de propagande nauséabond.

(1) https://www.liberation.fr/sports/2019/10/15/foot-les-turcs-saluent-bien-les-bleus_1757683
https://www.lalibre.be/sports/football/en-pleine-polemique-les-joueurs-turcs-refont-leur-salut-face-a-la-france-photos-5da4e6469978e218e3373c7a
(2)  https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/le-salut-militaire-des-jeunes-footballeurs-d-un-club-turc-de-beringen-enerve-le-ministre-weyts-5da5edb5f20d5a264d069d40

mardi 10 juillet 2018

Transe nationale

Les Belges sont décidément de drôles d'oiseaux. Sont-il en manque de nation?
Traversant vendredi dernier (avant le match Brésil - Belgique donc) une partie de la France du fin fond de la région Centre jusque Paris, par ce qui pourrait ressembler à un chemin des écoliers, avant de rejoindre par autoroute Valenciennes, puis la frontière belge à Brunehaut, on y voit tout au plus cinq drapeaux français en soutien aux Bleus.
Effectuant à peine dix kilomètres en Belgique, on ne pourrait compter les drapeaux belges et les images des Diables rouges sur les façades, les voitures, les commerces. Cent cinquante au moins. Peut-être le double. Ce n'est plus de la ferveur, c'est de l'idolâtrie. 
En Belgique, la fête nationale est très peu fêtée et ceux qui connaissent l'air et les paroles de la Brabançonne, l'hymne national, ne doivent pas être plus nombreux qu'une équipe de football. Mais quand l'équipe nationale belge gagne, c'est tout un pays qui entre en transe.
Qu'est-ce qui explique un tel engouement? Le sentiment d'être un petit Etat, voire un Etat petit, et d'exister via son équipe de foot? L'impression (illusoire) d'appartenir - enfin - à un pays uni? Le soutien à une équipe multicolore dont les joueurs ont des origines diverses?
Les Belges qui se sont longtemps moqué du chauvinisme français sont, depuis plusieurs années, passés maîtres en la matière. Leurs cocoricos sont bien plus tonitruants que ceux des Français.
Bien sûr, ne le boudons pas, c'est aussi le plaisir de faire la fête avec des amis, avec les voisins, avec des inconnus qui partagent la même passion, vivent les mêmes émotions, se (sou)lèvent à la même seconde. 
Mais quand même - j'assume le rôle du schtroumpf grognon - comment peut-on autant s'identifier à des millionnaires en short? Parce que tout le monde a, un jour ou l'autre, joué au football?
Il y a au moins une raison de se réjouir de ce sentiment national(iste), c'est qu'il doit faire grogner Bart De Wever et sa NVA. Et rien que ça - au-delà de leur talent - me rend sympathiques les Diables rouges.

(Re)lire sur ce blog
- "Boire et déboires", 6 juillet 2014;
- "Footfootfootfootfootfootfootfootfootfoot", 11 juin 2016;
- "Much a do about nothing", 2 juin 2016;
- "Qatar bouillu, coupe du monde footue"; 27 mai 2015;
- "Les djihadistes du Standard", 27 janvier 2015;
- "Un modèle mal footu", 20 novembre 2014;
- "Ne pas déranger", 28 avril 2014;
- et d'autres encore.

mercredi 9 août 2017

Jean Neymar *

Ainsi donc le club du Qatar-Saint-Germain a acquis pour la coquette somme de 222 millions d'euros un jeune joueur brésilien. L'indécence du milieu du foot n'a jamais eu de limites et semble même chercher à repousser celles-ci en permanence. La presse s'est associée à l'hystérie, multipliant les articles sur le prodige, le Huffington Post allant juqu'à lui consacrer, il y a quelques jours, les cinq premiers billets de sa page d'accueil. La Tour Eiffel a été illuminée spécialement pour célébrer l'arrivée du gamin à Paris. Mais après tout, quand on débourse une telle somme, il aurait mesquin de  ne pas le faire. Le jour de son arrivée en France sera-t-il désormais férié?
Payer des ponts non pas d'or mais de diamants pour s'offrir des joueurs - aussi talentueux soient-ils - a quelque chose de profondément vulgaire et insultant. Bien sûr pour tous ceux qui meurent de faim ou qui dorment dans la rue, mais aussi pour tous ces gagne-petit qui paieront bien chère leur place pour aller voir jouer ces nababs en culottes courtes.
Fidèle à lui-même, Charlie Hebdo a publié sur sa page Facebook un dessin de Juin qui annonce "le joueur le plus cher pour les ultras les plus cons". Le dessin représente un supporteur du PSG qui confirme: "Dans la vie tout se mérite". Dans son numéro papier de ce jour, Charlie Hebdo publie un "florilège" de commentaires reçus à propos de ce dessin. Aucun d'eux ne mérite d'être une fois encore diffusé, mais tous confirment, dans leur assauts de grossièreté, la justesse du dessin. CQFD.

* Bon... je suppose que d'autres ont dû faire avant moi ce jeu de mots (facile, je le concède). Mais comme je ne l'ai pas encore lu ailleurs, je me permets...

jeudi 2 juin 2016

Much a do about nothing

Une nouvelle polémique agite la France. Elle en manquait. Le joueur de football Karim Benzema ne jouera pas dans l'équipe de France à cause du racisme. Le sélectionneur est influencé par l'ambiance empoisonnée que distille en France le FN. C'est ce qu'il a déclaré, fermement soutenu par le grand politologue et sociologue Eric Cantona (1).
Quand on voit la photo de l'équipe des Bleus, et surtout les noms et prénoms des joueurs (2), on ne peut que lui donner raison: aucun Karim dans cette sélection. Pas plus que de Michel, d'Albert, d'Ahmed, de Baba, de Donald ou de Pablo. C'est une honte.
Du coup, je me pose une question qui ne m'avait jamais effleuré: pourquoi n'ai-je pas été sélectionné dans l'équipe belge? Bon sang, mais c'est bien sûr: parce que je suis trop vieux. Marc Wilmots fait preuve de jeunisme. Il faut le dénoncer fermement.
Mais au fond, le vrai scandale n'est-il pas qu'une équipe ne compte qu'onze joueurs plutôt que, par exemple, soixante-six millions?

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/01/karim-benzema-reactions-football-politique-equipe-de-france_n_10233134.html?utm_hp_ref=france
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/02/joueurs-equipe-de-france-euro-2016-photo-officielle_n_10256388.html?utm_hp_ref=france

dimanche 25 janvier 2015

Les djihadistes du Standard

L'apostasie existe aussi dans le milieu du football. Le joueur qui a le culot de changer d'équipe ne mérite rien d'autre que la mort, estiment de nombreux supporters du Standard de Liège, à travers des calicots inspirés des pratiques et des images des djihadistes (1).
Si on ferme des cinémas, des salles de spectacle et d'expos par crainte d'attentats, qu'attend-on pour fermer ces stades de foot qui puent la haine et la violence?

(1) www.lesoir.be/767600/article/sports/football/2015-01-25/supporters-du-standard-accueillent-defour-par-une-mise-mort-photos
www.lesoir.be/767725/article/debats/editos/2015-01-25/standard-anderlecht-pire-du-football-belge-en-90-minutes

jeudi 20 novembre 2014

Un modèle mal footu

Des dirigeants de clubs de foot de division 2 en France sont accusés d'avoir truqué des matches à la fin de la saison dernière. Une fois atteint le score qui arrangeait les deux équipes, les joueurs ont fait semblant de jouer, se passant gentiment le ballon en attendant que l'heure tourne.
En Italie, c'est tout le championnat qui semble bien ressembler à un spectacle d'illusionnistes (1). Ce n'est plus le ballon qui est l'enjeu, mais l'argent.
On comprend que l'Etat français ait décidé d'exonérer d'impôts et de taxes (hormis la TVA) toutes les entreprises qui colaboreront à l'organisation de l'Euro 2016 de foot qui se jouera en France. Parce qu'un secteur aussi sain, modèle du genre, doit être soutenu et montré en exemple. Il s'agit d'une exigence de l'UEFA pour qui il ne peut y avoir d'organisation sans exonération (2). On voit par là que tous ceux qui iront dépenser le moindre euro pour assister à ce spectacle indécent seront les dindons d'une farce de mauvais goût.

(1) 


jeudi 21 novembre 2013

Balle magique

Il suffit parfois de pas grand chose pour restaurer le moral d'un peuple. Trois balles au fond d'un filet, par exemple. Et un pays en plein marasme, un pays au bord du gouffre, un pays qui a des bleus à l'âme se redresse comme un seul homme et retrouve allant et fierté.
Voilà que les supporters se cotisent pour payer les impôts de leurs dieux en short.
Voilà que des agriculteurs et des routiers, main dans la main, reconstruisent des portiques écotaxes qu'ils avaient malencontreusement démolis.
Voilà que des automobilistes se flashent eux-mêmes quand ils passent à hauteur de radars endommagés par des inconscients.
Voilà que les pasionarias qui s'étaient juré de consacrer leur vie à la lutte contre le mariage homosexuel se roulent des pelles.
Voilà que la cotation de TF1 bondit en bourse.
Voilà que François Hollande procède au remaniement gouvernemental tant attendu, en nommant Didier Deschamps premier ministre.
Désormais, tous les Français ont placé sur leur table de nuit une photo de leur cher président. Ils l'emporteront l'été prochain lors de leurs vacances au Brésil. "On est au Brésil, on est au Brésil!", scandaient-ils avant-hier soir.
Elle est pas belle la vie?

vendredi 1 novembre 2013

Pauvres petits garçons riches

Cette fois, le président Hollande a tenu bon. Les joueurs de football aux salaires faramineux et leurs clubs ne seront pas exemptés de la taxation à 75% des plus hauts revenus. Les dirigeants des clubs sont très fâchés. Au point qu'ils menacent de se mettre en grève. Il n'y aurait pas de match le dernier week-end de novembre. Qu'est-ce qu'une grève? Normalement, un moyen de pression sur leur hiérarchie qu'utilisent des salariés en cessant le travail, la perte de revenus occasionnée par l'arrêt de l'activité étant censée amener la direction à écouter les revendications des salariés. Ici, c'est la direction qui annonce l'arrêt de sa "production" et qui se met donc elle-même en difficulté financière. Les présidents de clubs de foot ont une logique bien à eux. Peut-être pensent-ils avec leurs pieds. En tout cas, le dernier week-end de novembre sera celui de toutes les possibilités. Les supporters pourront faire quelque chose de plus intelligent qu'aller voir un match de foot. Les chaînes qui diffusent les matchs pourront programmer d'autres émissions, a priori plus passionnantes qu'un match de foot.
On dénombre en France 115 joueurs de foot qui gagnent plus d'un million d'euros par an. Leurs gains seront donc taxés à 75%. Que reste-t-il comme alternative aux divas en culottes courtes et à leurs clubs? Aller s'installer à l'étranger, en Belgique par exemple, comme l'ont fait Gérard Depardieu et bien d'autres Français fortunés qui veulent échapper à l'impôt. La Wallonie picarde leur ouvrira ses bras accueillants. Le PSG deviendra le Péruwelz Saint-Germain; l'OM sera l'Olympic de Mouscron; le LOSC se déplacera de quelques kilomètres: à Lamain. Quant à Monaco, c'est à Mons qu'il sera hébergé; le club s'appellera désormais Monsaco. Vive l'Europe!

samedi 16 février 2013

L'odeur désagréable de l'argent

Un chômeur nantais vient de se suicider, il s'est immolé par le feu devant l'agence de Pôle Emploi. Il avait travaillé 720 heures plutôt que les 600 autorisées. Il devait rembourser les allocations perçues en trop. Il n'en avait pas les moyens (1). 

Carlos Ghosn, le patron de Renault, fait un geste: bon prince, il est disposé à reporter à fin 2016 30% de la rémunération variable à laquelle il a droit. Dans le même temps, Renault supprimera 2.860 emplois, mais sans licenciement ni fermeture de site. Pour autant que les travailleurs acceptent un gel des salaires en 2013, un allongement de leur temps de travail et une plus grande mobilité. En 2011, la rémunération variable qu'a touchée Ghosn était de 1,59 million d'euros; la part fixe de 1,23 million (1). Son salaire est de 12 millions d'euros (2). Sans compter ce qu'il gagne en qualité de patron de Nissan.

Le footballeur David Beckham, engagé pour quelques mois pour faire parler du PSG, sera logé dans une suite d'un grand hôtel parisien. Il en coûtera à son club provisoire 17.500 euros la nuit.

On voit par là que l'argent est assez mal réparti et qu'on a du mal à comprendre ceux qui s'offusquent de la taxation à 75% de la tranche des revenus supérieurs à un million d'euros par an. On a aussi du mal à comprendre ces supporters qui dépensent une part non négligeable de leur salaire pour aller encourager des nababs en short.

(1) La Nouvelle République, 15 février 2013.
(2) France Inter, 16 février 2013, 9h30.

lundi 4 février 2013

Mens insana in corpore pareil

Ah! La glorieuse incertitude du sport! Qui peut dire quel athlète l'emportera? Quelle équipe gagnera?
Eh bien, en fait, beaucoup de monde. 
On a appris - avec un étonnement total - que Lance Armstrong s'est dopé durant toute sa carrière. Yes, he did it. On apprend que son confrère Rasmussen en a fait tout autant. La liste des produits qu'il a consommés est longue comme une étape sans EPO pour un coureur du Tour de France. Mais ce sont des exceptions, nous dit-on, des moutons noirs. Ou des brebis galeuses. On ne fait pas bien la différence entre elles et eux. Tous les autres coureurs cyclistes sont blancs comme cocaïne. Sauf ceux qui sont morts. Comme Pantani ou Vandenbroucke, par exemple.
Et voilà qu'on apprend, avec un étonnement (infini, cette fois) que des centaines de matchs de foot à travers le monde ont été truqués. 380 selon le JT de la RTBF, 680 selon celui de France 2 (1). Beaucoup en tout cas. Europol a identifié 425 arbitres, joueurs et dirigeants de clubs qui se sont laissé acheter. Les parieurs bénéficiaires ont gagné huit millions d'euros en quatre ans. Une deuxième enquête est en cours,  portant sur trois cents autres matchs (2). 
Il nous reste le moto-cross. Un sport de mecs, de vrais, qui courent juste pour le plaisir. Ce week-end avait lieu l'Enduro du Touquet. Les Mad de Max de bazar (3) jouaient à se poursuivre sur la plage. Ils s'amusaient bien. Mais voilà que la mer est montée plus tôt que prévu. Elle a envahi la plage, comme des supporters un terrain de foot. La course a dû s'arrêter. Dans la confusion. (4) Faut-il croire que la mer n'aime pas le sport? Oh sombres héros de la mer!
On ne sait plus à quel sport se vouer.

(1) ce 4 février.
(2) visiblement, le journaliste de France 2 a déjà considéré que ces faits-là aussi sont avérés.
(3) selon l'expression de Renaud parlant des concurrents du Paris-Dakar.
(4) JT régional de France 3 Nord Pas de Calais, 4 février 2013.

jeudi 31 mai 2012

C'est footu

J'aurais dû faire footballeur. Je regrette et je crains qu'il ne soit un peu tard.
Je me serais appelé Paradis Coïncidence, par exemple. J'aurais été le meilleur joueur du championnat français. Puis, j'aurais été acheté par un grand club anglais. J'aurais gagné 550.000 euros nets par mois, dix millions (bruts?) par an. Ce qui est quand même beaucoup moins que Lionel Messi qui en gagne trente-trois millions. Mais qui me permet de snober Barak Obama qui n'en gagne annuellement  que 310.000 ou Elio Di Rupo réduit à quelque 222.000 (1).
Peut-être que j'aurais eu la chance de jouer la Coupe d'Europe en Ukraine devant des supporteurs ukrainiens qui tabassent, sous le nez d'une police impassible, certains des leurs qui ont le malheur d'être d'origine asiatique. Qui poussent des cris de singe quand ils voient des joueurs noirs. Et qui font le salut nazi pour accueillir leurs joueurs (1).
Mais jamais je n'aurais participé à des matches truqués, comme c'est visiblement le cas du capitaine de la Lazio Roma qui, avec dix-huit autres personnes, a été arrêté pour "association de malfaiteurs à des fins de tricherie et de fraude sportive". Je n'aurais pratiqué le sport que pour le sport, bien sûr.
J'aurais bien aimé être un pro du football, ce sport d'équipe, qui vous donne le sens de l'effort, qui vous fait apprécier la beauté du geste, qui vous enseigne le fair play, qui vous apprend la solidarité.


(1) JT de la RTBF, 29 mai 2012, 19h30.
(2) LLB, 29 mai 2012.

mardi 10 janvier 2012

Souliers d'or

Les ministres sont trop bien payés. C'est un scandale. C'est ce qu'on entend dire au Café du Commerce. Ceux qui crient haro sur les baudets sont parfois les mêmes qui se réjouissent de dépenser une petite fortune pour s'offrir une place dans un stade ou une salle de concert pour assister à la prestation d'une star qui gagne cinq, dix, cent ou trois cents fois plus qu'un ministre. Sans exercer d'autre responsabilité que celle de respecter son public. Ce qui n'est d'ailleurs pas toujours le cas.
Le footballeur Lionel Messi vient d'être, à nouveau, consacré meilleur joueur du monde. On apprend à cette occasion qu'il gagne 33 millions d'euros par an. Soit 250 fois plus que ce que gagne un ministre à 11.000 € par mois. En prestant publiquement 1h30 à 3 heures par semaine.
David Beckham, s'il avait rejoint le PSG, aurait touché, nous dit-on, 800.000 euros par mois. Soit, grosso modo, 80 fois plus qu'un ministre.
Il est des ministres qui gagnent moins que des administrateurs généraux de sociétés parapubliques, bien moins que de nombreux PDG du privé. Mais les ministres et l'ensemble de la classe politique seront toujours trop bien payés, aux yeux de certains.
"A rebours de nombreux clichés, écrit Paul Piret (1), le nouveau point effectué sur les rétributions de nos politiques confirme que les ministres et élus ne sont pas abusivement payés au regard de fonctions aux responsabilités comparables, y compris dans la nébuleuse parapublique dont les dirigeants gagnent régulièrement plus que leurs ministres de tutelle."
On connaît des parlementaires qui n'ont durant leur mandat exercé que cette seule fonction, durant 60 à 70 heures par semaine, qui ont calculé que, ce faisant, en défalquant les impôts payés sur ces revenus et les rétrocessions à leur parti, ils gagnaient quelque 10 euros de l'heure. Ce qui n'est pas cher payé. D'autant qu'à la fin de leur mandat, ayant abandonné leurs précédentes fonctions professionnelles, ils se retrouvaient gros-jean comme devant. Ce qui, on en convient aussi aisément, n'est pas une situation souhaitable. Sans droit au chômage.
Ce qui n'empêche pas, comme le suggère Paul Piret, qu'il faille mettre de l'ordre dans les avantages injustifiés dont bénéficient les présidents d'assemblées et de commissions. Ou encore les députés provinciaux ou les administrateurs d'intercommunales. On ajoutera qu'il serait temps de mettre fin aux cumuls de mandats. Et aux recasages amicaux d'anciens élus.
Résumons-nous: il serait heureux que les salaires soient justes.

(1) "Mieux payer les politiques", LLB, 29 décembre 2011
Voir aussi "Abonnés à Cumul+", billet du 28.10.2011

samedi 29 octobre 2011

Jeux de vilains

Certains confondent victoire et écrasement. Il faut pas seulement gagner, il faut aussi massacrer l'adversaire. Et en plus, il est interdit de perdre quoi que ce soit.
Récemment, le Vif consacrait un article à l'augmentation des violences et des incivilités sur le bord des terrains de sport, de foot en particulier (1). De plus en plus de parents et d'entraîneurs confondent compétition et bataille. Des parents contestent l'arbitre, insultent l'entraîneur ou les joueurs adverses et parfois leurs propres enfants. Parfois, la violence est physique: gifle, coup de poing, voire de couteau. Visiblement, même très jeunes, les joueurs apprennent à commettre "de vilaines fautes". Ces excès surviennent surtout quand l'équipe supportée perd. Mais même quand elle gagne. "A l'exemple de cet entraîneur qui, (...) en préminimes B, a hurlé frénétiquement sur ses petits joueurs parce qu'ils venaient d'encaisser leur seul but du match, alors que son équipe menait largement l'adversaire (11-0)", écrit Sorya Ghali dans le Vif.
"Malheureusement, même chez les plus petits, confirme Jamal Ikazban, échevin des Sports à Molenbeek et président de l'école des jeunes du FC Brussels, des entraîneurs sont totalement focalisés sur le résultat, cherchant à satisfaire leur ego en remportant des victoires et qui ne voient dans les enfants que des adultes miniatures." Ce qui, on en conviendra, revient presque à dire que les sportifs adultes sont des brutes.
Il n'y a pas que dans le foot qu'on assiste à de telles dérives. Dans d'autres sports aussi. Mais également dans des compétitions intellectuelles. A l'heure où l'on annonce le retour sur les antennes de la RTBF de quelques émissions de Génies en herbe (2), je me souviens avoir dû calmer des profs à l'issue d'un match: ils engueulaient leurs candidats qui venaient de gagner par une trop courte victoire. "Vous ne voyez pas dans quel état ils nous ont mis?", m'a dit l'un d'entre eux, en nage, le noeud de cravate sur le sternum. Un autre jour, ce furent des professeurs de l'équipe vainqueur qui ont ramené à la gare les candidats de l'équipe vaincue, abandonnés par leurs enseignants furieux de la défaite.
Parlez-nous encore de la noblesse du sport et de la compétition qui aide à se dépasser.

(1) Foot: les parents, mauvais perdants (14 octobre 2011)
(2) http://www.lalibre.be/culture/mediastele/article/696483/
retour-de-genies-en-herbe-sur-la-rtbf.html

dimanche 4 septembre 2011

Footu

Une fois n'est pas coutume, parlons football. Après tout, c'est dimanche, jour du seigneur foot. Les joueurs de l'équipe belge de football - qu'on appelle encore et toujours Diables rouges, allez savoir pourquoi - ont fait jeu égal avec ceux de l'Azerbaïdjan. Certains commentateurs parlent de la "modeste" équipe d'Azerbaïdjan. Le qualificatif est amusant: il s'appliquerait tout aussi bien - si pas mieux - à une équipe belge qui accumule les faux pas et ferait bien de faire profil bas.
Par ailleurs, on parlera aussi de foot "de haut niveau", même si ce niveau est bien bas. A tous les points de vue.
Comme tous les sports de compétition, le foot est devenu une affaire de fric, un spectacle sans éthique, loin de l'esprit olympique dont se revendiquent encore quelques naïfs et de nombreux hypocrites. Dans une interview récente (1), Michel Piccoli estime que "l'argent régente tout, et avec vilenie - j'emploie ce mot charmant à dessein, dit-il. Ce commerce gigantesque tue pour moi beaucoup de choses, y compris le sport. Regardez le foot ou les joueurs de tennis: ils ont l'air de bêtes féroces. Fini la grâce, place à la hargne. C'est terrible, on a l'impression qu'ils se haïssent". On a en effet bien du mal à comprendre ces sportifs qui, dès qu'ils ont marqué un point ou gagné une épreuve, se précipitent sur une caméra en éructant. On s'attendrait à entendre des cris de joie, à voir des sourires. Et on assiste à des expressions de guerriers haineux.
Ces nouveaux riches, mercenaires de leur discipline, se vendent au plus offrant, prêts à jouer dans des championnats sans enjeu ni intérêt, pourvu que l'argent coule à flot. On a ainsi vu tout récemment un certain Samuel Eto'o rejoindre la modeste équipe d'Anzhi Makhachkala, au Daguestan, république caucasienne bordélique et violente, où tout s'achète, les meilleurs joueurs du monde aussi bien qu'un titre de ministre. Comptez pour ce dernier deux millions d'euros (2). Eto'o, lui, gagnera vingt millions d'euros par an, devenant ainsi le footballeur le mieux payé du monde. Le Daguestan, il n'en verra sans doute pas grand chose: comme ses co-équipiers, il vivra à Moscou, à 1500 kilomètres de là, se contentant de fouler les pelouses de l'Anzhi Makhachkala une fois toutes les deux semaines.
Ces nouveaux riches de footballeurs sont constamment "sous pression" ("ils nous ont mis la pression" ou "la pression était trop forte", voilà des expressions très à la mode chez les sportifs, et les footballeurs en particulier). Ce qui explique sans doute leur comportement de délinquants quand ils se retrouvent dans des hôtels de type palace: "Et puis il y a le pire cauchemar du personnel, un cas à part qui transcende les nationalités: les joueurs de foot", écrivent Perrine Cherchève et Anna Topaloff, dans un dossier de Marianne sur les palaces (3). "Pour peu qu'ils aient gagné un match, ils se lâchent méchamment, restent confinés dans leur chambre pendant des jours, trop occupés à mettre à sac et à dévaliser le minibar. De vraies terreurs. A tel point que les maîtres d'hôtel du room service tirent à pile ou face pour désigner celui qui aura la malchance de frapper à leur porte." Certains les appellent "sportifs de haut niveau"...

Voir aussi l'excellent documentaire (même s'il est parfois inégal) de Pascale Lamche: "Black Diamond" sur le foot business et la traite des enfants africains à qui on promet la lune sous la forme d'un ballon rond.

(1) Télérama, 24 août 2011
(2) www.rue89.com/rue89-football-club/2011/08/31/
foot-dis-samuel-etoo-tu-sais-ce-que-cest-le-daguestan-219885
(3) Marianne, 13 août 2011