D'autres grands joueurs, souligne encore le HuffPost, se sont, eux, affirmés contre la dictature et proches du peuple, tels Socrates ou Maradona. Pelé a toujours minimisé l'existence du racisme au Brésil et a toujours été en bons termes avec tous les dirigeants du pays quel que soit leur bord. Il s'excusait en disant ne rien comprendre à la politique. Par contre, il avait vite compris les affaires. "Pelé aura incarné - bien avant que les termes soient employés - la mondialisation et la marchandisation du football. Premier joueur à multiplier les accords de sponsoring avec des multinationales, le génie brésilien s’affichait encore à près de 80 ans au côté de Kylian Mbappé pour faire la promotion d’une marque de montres de luxe". Il avait tout compris au football et à ce qu'il allait devenir.
vendredi 30 décembre 2022
Ces dieux que nous pleurons
jeudi 10 décembre 2020
Noir, c'est noir (ou pas)
L'époque donne envie de rester muet. Tant est âpre en ce moment le combat lexical. Il faut tourner sa langue (au moins) sept fois dans sa bouche avant de parler, si on ne veut pas être accusé de racisme, de colonialisme ou de suprémacisme.
Il suffit de (re)lire le billet précédent de ce blog. Et voilà qu'en Chine on s'offusque: dans le film Monster Hunter, un personnage, joué par un acteur américain d'origine chinoise, dit à un autre: "Look at my knees" (Regarde mes genoux). "Quel type de genoux?", lui demande son interlocuteur. "Chi-knees", lui répond-il (on entend chi-nese) (1). Un jeu de mots simplet, comme on en entend tous les jours, qui normalement ferait juste sourire, mais qui ici fait hurler. Il est raciste, ont estimé de nombreux internautes chinois qui ont exigé et obtenu la déprogrammation du film. La compagnie allemande co-productrice du film avec une entreprise chinoise a présenté ses excuses. L'époque est aux excuses.
Un grand moment d'antiracisme a été vécu il y a deux jours, applaudit l'ensemble de la presse (2), quand deux équipes de football sont rentrées aux vestiaires, refusant de poursuivre le match parce qu'un arbitre, désignant un entraîneur adjoint, l'a appelé "noir". Le mot a été considéré comme une insulte raciste. On s'étonne, on est dans la confusion: on avait entendu les décoloniaux et les racisés réduire l'analyse sociale à la dichotomie Blancs/Noirs ou Blancs/non-blancs. On les a lus réinventer la notion de race, affirmer leur fierté de ne pas être blancs - et c'est bien leur droit - d'être noirs ou arabes, racisés, non-blancs. Et on lit (sur son site) que le CRAN, le Conseil représentatif des associations noires, "a pour but de lutter contre les discriminations que subissent les populations noires en France. (...) Grâce à son travail, le CRAN a permis de briser un double tabou : le tabou du nom (jusqu’alors, apparemment, on n’avait pas pas le droit de se dire noir en France) ; le tabou du nombre (jusqu’alors, apparemment, on n’avait pas le droit de compter les populations noires de France, ce qui permettrait pourtant de mieux lutter contre les discriminations)" (3). Si on comprend bien, les noirs doivent pouvoir se dire noirs mais ne peuvent être appelés ainsi. L'arbitre roumain, arbitrairement traité de raciste, doit être dans la même confusion que nous.
Les insultes proférées par tant de supporters sont inadmissibles et insupportables, les cris de singe, les bananes lancées vers des joueurs noirs témoignent de l'affligeante bêtise et du vrai racisme des auteurs de ces gestes et de ces cris. Ils doivent être sanctionnés et tant de matchs auraient dû - devraient - être arrêtés au moindre d'entre eux. Mais ici, le point de départ fut l'utilisation par l'arbitre du mot negru, noir en roumain, mal compris par certains. Puis la situation est partie en vrille. On comprend parfaitement que des joueurs qui ont déjà entendu quantité d'insultes prennent une position forte pour que cessent fin ces pratiques. Mais on a du mal à comprendre qu'il s'agisse ici d'une insulte. Ne peut-on plus désigner quelqu'un par une particularité physique objective? Peut-on encore qualifier quelqu'un de blanc, de petit, de chauve, de roux, de barbu, sans être soupçonné de pilosophobie, de rossophobie, de calvitophobie? On a envie de se taire tant on se fait vite traiter de raciste. Le racisme reste, hélas, un fléau qui traverse la planète entière et contre lequel il ne faut cesser de lutter. Sans hystérie. Toute la presse, vertueuse, a comme un seul homme parlé ici de propos racistes. Entendus comme racistes eût été plus correct. Mais l'époque n'est pas à la nuance.
A propos de nuance, cette citation de l'écrivain américain James Baldwin (que Télérama présente comme noir, homosexuel, francophile et rieur) : « Chacun de nous, inéluctablement et à jamais, contient l’autre — il y a de l’homme dans la femme, de la femme dans l’homme, du Blanc dans le Noir, et du Noir dans le Blanc. Nous sommes une partie de chacun. Beaucoup de mes compatriotes semblent trouver cela très malcommode et même injuste. Mais personne n’y peut rien. »
(1) https://www.lalibre.be/culture/cinema/le-film-monster-hunter-retire-des-salles-en-chine-a-cause-d-un-court-dialogue-qui-suscite-le-tolle-5fcf76bd7b50a652f76b33b7
(2) https://www.lemonde.fr/sport/article/2020/12/09/apres-l-interruption-du-match-psg-basaksehire-le-monde-du-sport-espere-un-tournant-dans-le-combat-du-racisme-dans-les-stades_6062759_3242.html
(3) www.le-cran.fr
dimanche 2 février 2020
Quand hurle la hyène
(1) voir texte ci-dessous.
(2) https://fr.news.yahoo.com/video-tête-macron-pique-robert-161804970.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9zZWFyY2gubGlsby5vcmcvc2VhcmNod2ViLnBocD9xPWJhZGludGVyJTIwcmV0cmFpdGUlMjBhdXglMjBmbGFtYmVhdXg&guce_referrer_sig=AQAAAJUPUzTf3zkB1a5Bn02dLax6Ne2DqsfN3JqFk71ntphzi-biURo_ENP6NH210ne2h13AjWefMrusv59Kvu5jXYqXPW-glqqJy9k7V6MwQ1OImUT0_QBPitaGyzMWOV4UMPvq8ZRWNNCfk63x_p05fNbU8WZ-rdCiAk93UzD5M57-
https://plus.lesoir.be/277332/article/2020-02-03/grand-format-dans-le-foot-des-jeunes-ces-debordements-que-lunion-belge-ne-voit
(7) https://www.nouvelobs.com/chroniques/20191113.OBS21033/france-ecoute-cette-haine-qui-monte.html
vendredi 18 octobre 2019
Foot sectaire
(1) https://www.liberation.fr/sports/2019/10/15/foot-les-turcs-saluent-bien-les-bleus_1757683
https://www.lalibre.be/sports/football/en-pleine-polemique-les-joueurs-turcs-refont-leur-salut-face-a-la-france-photos-5da4e6469978e218e3373c7a
(2) https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/le-salut-militaire-des-jeunes-footballeurs-d-un-club-turc-de-beringen-enerve-le-ministre-weyts-5da5edb5f20d5a264d069d40
mardi 10 juillet 2018
Transe nationale
(Re)lire sur ce blog
- "Boire et déboires", 6 juillet 2014;
- "Footfootfootfootfootfootfootfootfootfoot", 11 juin 2016;
- "Much a do about nothing", 2 juin 2016;
- "Qatar bouillu, coupe du monde footue"; 27 mai 2015;
- "Les djihadistes du Standard", 27 janvier 2015;
- "Un modèle mal footu", 20 novembre 2014;
- "Ne pas déranger", 28 avril 2014;
- et d'autres encore.
mercredi 9 août 2017
Jean Neymar *
* Bon... je suppose que d'autres ont dû faire avant moi ce jeu de mots (facile, je le concède). Mais comme je ne l'ai pas encore lu ailleurs, je me permets...
jeudi 2 juin 2016
Much a do about nothing
(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/01/karim-benzema-reactions-football-politique-equipe-de-france_n_10233134.html?utm_hp_ref=france
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/02/joueurs-equipe-de-france-euro-2016-photo-officielle_n_10256388.html?utm_hp_ref=france
dimanche 25 janvier 2015
Les djihadistes du Standard
(1) www.lesoir.be/767600/article/sports/football/2015-01-25/supporters-du-standard-accueillent-defour-par-une-mise-mort-photos
www.lesoir.be/767725/article/debats/editos/2015-01-25/standard-anderlecht-pire-du-football-belge-en-90-minutes
jeudi 20 novembre 2014
Un modèle mal footu
(2) www.lemonde.fr/football/article/2014/11/05/euro-2016-pourquoi-offrir-un-cadeau-fiscal-a-l-uefa_4518312_1616938.html
jeudi 21 novembre 2013
Balle magique
vendredi 1 novembre 2013
Pauvres petits garçons riches
samedi 16 février 2013
L'odeur désagréable de l'argent
(1) La Nouvelle République, 15 février 2013.
(2) France Inter, 16 février 2013, 9h30.
lundi 4 février 2013
Mens insana in corpore pareil
(2) visiblement, le journaliste de France 2 a déjà considéré que ces faits-là aussi sont avérés.
(3) selon l'expression de Renaud parlant des concurrents du Paris-Dakar.
(4) JT régional de France 3 Nord Pas de Calais, 4 février 2013.
jeudi 31 mai 2012
C'est footu
(1) JT de la RTBF, 29 mai 2012, 19h30.
(2) LLB, 29 mai 2012.
mardi 10 janvier 2012
Souliers d'or
Le footballeur Lionel Messi vient d'être, à nouveau, consacré meilleur joueur du monde. On apprend à cette occasion qu'il gagne 33 millions d'euros par an. Soit 250 fois plus que ce que gagne un ministre à 11.000 € par mois. En prestant publiquement 1h30 à 3 heures par semaine.
David Beckham, s'il avait rejoint le PSG, aurait touché, nous dit-on, 800.000 euros par mois. Soit, grosso modo, 80 fois plus qu'un ministre.
Il est des ministres qui gagnent moins que des administrateurs généraux de sociétés parapubliques, bien moins que de nombreux PDG du privé. Mais les ministres et l'ensemble de la classe politique seront toujours trop bien payés, aux yeux de certains.
"A rebours de nombreux clichés, écrit Paul Piret (1), le nouveau point effectué sur les rétributions de nos politiques confirme que les ministres et élus ne sont pas abusivement payés au regard de fonctions aux responsabilités comparables, y compris dans la nébuleuse parapublique dont les dirigeants gagnent régulièrement plus que leurs ministres de tutelle."
On connaît des parlementaires qui n'ont durant leur mandat exercé que cette seule fonction, durant 60 à 70 heures par semaine, qui ont calculé que, ce faisant, en défalquant les impôts payés sur ces revenus et les rétrocessions à leur parti, ils gagnaient quelque 10 euros de l'heure. Ce qui n'est pas cher payé. D'autant qu'à la fin de leur mandat, ayant abandonné leurs précédentes fonctions professionnelles, ils se retrouvaient gros-jean comme devant. Ce qui, on en convient aussi aisément, n'est pas une situation souhaitable. Sans droit au chômage.
Ce qui n'empêche pas, comme le suggère Paul Piret, qu'il faille mettre de l'ordre dans les avantages injustifiés dont bénéficient les présidents d'assemblées et de commissions. Ou encore les députés provinciaux ou les administrateurs d'intercommunales. On ajoutera qu'il serait temps de mettre fin aux cumuls de mandats. Et aux recasages amicaux d'anciens élus.
Résumons-nous: il serait heureux que les salaires soient justes.
(1) "Mieux payer les politiques", LLB, 29 décembre 2011
Voir aussi "Abonnés à Cumul+", billet du 28.10.2011
samedi 29 octobre 2011
Jeux de vilains
Récemment, le Vif consacrait un article à l'augmentation des violences et des incivilités sur le bord des terrains de sport, de foot en particulier (1). De plus en plus de parents et d'entraîneurs confondent compétition et bataille. Des parents contestent l'arbitre, insultent l'entraîneur ou les joueurs adverses et parfois leurs propres enfants. Parfois, la violence est physique: gifle, coup de poing, voire de couteau. Visiblement, même très jeunes, les joueurs apprennent à commettre "de vilaines fautes". Ces excès surviennent surtout quand l'équipe supportée perd. Mais même quand elle gagne. "A l'exemple de cet entraîneur qui, (...) en préminimes B, a hurlé frénétiquement sur ses petits joueurs parce qu'ils venaient d'encaisser leur seul but du match, alors que son équipe menait largement l'adversaire (11-0)", écrit Sorya Ghali dans le Vif.
"Malheureusement, même chez les plus petits, confirme Jamal Ikazban, échevin des Sports à Molenbeek et président de l'école des jeunes du FC Brussels, des entraîneurs sont totalement focalisés sur le résultat, cherchant à satisfaire leur ego en remportant des victoires et qui ne voient dans les enfants que des adultes miniatures." Ce qui, on en conviendra, revient presque à dire que les sportifs adultes sont des brutes.
Il n'y a pas que dans le foot qu'on assiste à de telles dérives. Dans d'autres sports aussi. Mais également dans des compétitions intellectuelles. A l'heure où l'on annonce le retour sur les antennes de la RTBF de quelques émissions de Génies en herbe (2), je me souviens avoir dû calmer des profs à l'issue d'un match: ils engueulaient leurs candidats qui venaient de gagner par une trop courte victoire. "Vous ne voyez pas dans quel état ils nous ont mis?", m'a dit l'un d'entre eux, en nage, le noeud de cravate sur le sternum. Un autre jour, ce furent des professeurs de l'équipe vainqueur qui ont ramené à la gare les candidats de l'équipe vaincue, abandonnés par leurs enseignants furieux de la défaite.
Parlez-nous encore de la noblesse du sport et de la compétition qui aide à se dépasser.
(1) Foot: les parents, mauvais perdants (14 octobre 2011)
(2) http://www.lalibre.be/culture/mediastele/article/696483/
retour-de-genies-en-herbe-sur-la-rtbf.html
dimanche 4 septembre 2011
Footu
Par ailleurs, on parlera aussi de foot "de haut niveau", même si ce niveau est bien bas. A tous les points de vue.
Comme tous les sports de compétition, le foot est devenu une affaire de fric, un spectacle sans éthique, loin de l'esprit olympique dont se revendiquent encore quelques naïfs et de nombreux hypocrites. Dans une interview récente (1), Michel Piccoli estime que "l'argent régente tout, et avec vilenie - j'emploie ce mot charmant à dessein, dit-il. Ce commerce gigantesque tue pour moi beaucoup de choses, y compris le sport. Regardez le foot ou les joueurs de tennis: ils ont l'air de bêtes féroces. Fini la grâce, place à la hargne. C'est terrible, on a l'impression qu'ils se haïssent". On a en effet bien du mal à comprendre ces sportifs qui, dès qu'ils ont marqué un point ou gagné une épreuve, se précipitent sur une caméra en éructant. On s'attendrait à entendre des cris de joie, à voir des sourires. Et on assiste à des expressions de guerriers haineux.
Ces nouveaux riches, mercenaires de leur discipline, se vendent au plus offrant, prêts à jouer dans des championnats sans enjeu ni intérêt, pourvu que l'argent coule à flot. On a ainsi vu tout récemment un certain Samuel Eto'o rejoindre la modeste équipe d'Anzhi Makhachkala, au Daguestan, république caucasienne bordélique et violente, où tout s'achète, les meilleurs joueurs du monde aussi bien qu'un titre de ministre. Comptez pour ce dernier deux millions d'euros (2). Eto'o, lui, gagnera vingt millions d'euros par an, devenant ainsi le footballeur le mieux payé du monde. Le Daguestan, il n'en verra sans doute pas grand chose: comme ses co-équipiers, il vivra à Moscou, à 1500 kilomètres de là, se contentant de fouler les pelouses de l'Anzhi Makhachkala une fois toutes les deux semaines.
Ces nouveaux riches de footballeurs sont constamment "sous pression" ("ils nous ont mis la pression" ou "la pression était trop forte", voilà des expressions très à la mode chez les sportifs, et les footballeurs en particulier). Ce qui explique sans doute leur comportement de délinquants quand ils se retrouvent dans des hôtels de type palace: "Et puis il y a le pire cauchemar du personnel, un cas à part qui transcende les nationalités: les joueurs de foot", écrivent Perrine Cherchève et Anna Topaloff, dans un dossier de Marianne sur les palaces (3). "Pour peu qu'ils aient gagné un match, ils se lâchent méchamment, restent confinés dans leur chambre pendant des jours, trop occupés à mettre à sac et à dévaliser le minibar. De vraies terreurs. A tel point que les maîtres d'hôtel du room service tirent à pile ou face pour désigner celui qui aura la malchance de frapper à leur porte." Certains les appellent "sportifs de haut niveau"...
Voir aussi l'excellent documentaire (même s'il est parfois inégal) de Pascale Lamche: "Black Diamond" sur le foot business et la traite des enfants africains à qui on promet la lune sous la forme d'un ballon rond.
(1) Télérama, 24 août 2011
(2) www.rue89.com/rue89-football-club/2011/08/31/
foot-dis-samuel-etoo-tu-sais-ce-que-cest-le-daguestan-219885
(3) Marianne, 13 août 2011