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mardi 25 mars 2025
Autocrates pour l'éternité
Comment rester au pouvoir ?
Il y a la méthode Poutine : empoisonner ses opposants, organiser des accidents domestiques dont ils sont étrangement victimes ou les faire abattre par des hommes de main.
Il y a la méthode Netanyahou : continuer coûte que coûte la guerre pour éviter d'être traduit en justice et se débarrasser des magistrats gênants.
Il y a la méthode Erdogan : emprisonner par milliers ses opposants en les accusant de délits imaginaires.
Il y a la méthode Trump : supprimer les élections. Avant d'être réélu en novembre, il avait annoncé que cette élection serait la dernière. Un de ses sbires vient de le confirmer.
La suffisance dévore ces autocrates. Peu importent les morts, les droits humains, l'économie, l'environnement, seul compte leur pouvoir qu'ils rêvent éternel. Ils sont et seront empereurs d'un champ de ruines et de désespoir.
Les dictateurs sont comme les transhumanistes : ils rêvent d'immortalité. Nous, on ne rêve pas. On fait des cauchemars.
mardi 10 décembre 2024
Les tortionnaires et leurs amis
Depuis longtemps, on savait. On savait que le régime des Assad était celui de l'horreur. Mais aujourd'hui l'ouverture des prisons nous fait découvrir à quel point le sadisme et la violence qu'ils pratiquaient étaient d'une barbarie rarement atteinte, d'une inhumanité totale.
Même des adolescents en étaient victimes. Dans la Syrie d'Assad, on se retrouvait en prison pour avoir dessiné un graffiti ou pour avoir déploré la situation des militaires. Et cette prison était le pire des enfers. Tabassages, tortures, mort, c'est ce qui attendait les détenus. "A coups de barre de fer et de câble électrique, les bourreaux du régime s’attardaient à briser corps et âme jusqu’à ce que mort s’ensuive", écrivent les envoyés spéciaux du Monde (1). Des prisonniers voués à disparaître étaient jetés dans des cellules d'un mètre sur un mètre. Des dizaines de milliers de prisonniers ont ainsi été tués par le régime. "Dans un rapport publié en 2022, l’Association des détenus et disparus de (la prison) Saydnaya estimait à 30 000 le nombre de prisonniers torturés à mort ou exécutés entre 2011 et 2018, au plus fort de la répression et de l’anéantissement des régions qui échappaient au contrôle du régime. Les corps n’ont jamais été restitués aux familles." Et pour cause : le régime les faisait disparaitre. "Dans l’aile ouest de Saydnaya, les corps des détenus, tués sous la torture, étaient placés dans du sel avant d’être envoyés vers un hôpital militaire. Hamed se souvient, lui, de corps dissous par des produits chimiques. La privation de nourriture, d’eau et de soins médicaux était généralisée."
La répression de la population depuis le soulèvement de 2011 aurait fait au moins 500.000 morts. Certains pensent que le chiffre d'un million ne serait pas exagéré.
Depuis longtemps, on savait. Mais certains ne voulaient pas savoir. A l'extrême droite comme à l'extrême gauche, on apprécie les extrémistes violents.
"Depuis son arrivée à la tête du parti cofondé par son père, écrit Le Monde (2), Marine Le Pen a toujours regardé les révolutions arabes avec scepticisme, disant préférer « une dictature laïque à une dictature islamiste ». Elle a toujours été entourée de conseillers qui, comme son père, faisaient les yeux doux au régime Assad. Tels le député européen Thierry Mariani, le conseiller régional Andréa Kotarac, actuel membre du cabinet Le Pen, l'ancien député européen Aymeric Chauprade ou encore son ami Frédéric Chatillon, "prestataire du RN, largement enrichi par l’argent du régime syrien dont il assura la propagande politique durant la révolution, et la communication touristique avant cela. Proche de dignitaires baasistes, Frédéric Chatillon voyageait fréquemment en Syrie cependant qu’il jouait un rôle-clé dans les campagnes de Marine Le Pen".
"Jordan Bardella, président du RN, a considéré la chute de Bachar Al-Assad comme « une catastrophe géopolitique », en raison du « risque migratoire » qu’elle ferait courir à l’Europe, écrit encore Le Monde. Aucun des deux leaders d’extrême droite ne s’est jamais attardé ni sur les souffrances infligées par Bachar Al-Assad à son peuple, ni sur le rôle que son régime a joué dans l’exil de millions de Syriens."
Mélenchon, lui, a, selon Le Monde, "toujours sous-entendu que le soulèvement syrien était téléguidé par les Etats-Unis et le Qatar, et que cette guerre était d’abord une affaire de « pipelines » et de « gazoducs ». (...) Le 29 novembre, il moquait, lors d’une conférence devant un public conquis, des « rebelles habillés de pied en cap dans des camions tout neufs », « des bazookas, des fusils et des Toyota flambant neufs » achetés « à la boutique du coin ». Insinuant l’intervention d’un agent étranger. Lequel ? Selon M. Mélenchon, « un sénateur américain » aurait « vendu la mèche », disant : « Al-Qaida a toujours été notre agent d’intervention. »"
Comme Marine Le Pen, Mélenchon avait "mis en doute les attaques chimiques menées par l’armée syrienne en avril 2018 dans la Ghouta orientale, une banlieue de Damas, selon des révélations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme. « Si [le gouvernement français] a ces preuves, qu’il les montre ! », avait-il asséné. " Aujourd'hui, le gourou de LFI hurle qu'il a toujours "défendu la révolution citoyenne de 2011 contre la dictature de Bachar Al-Assad" et dit s'inquiéter de l'arrivée au pouvoir d'islamistes. Comme le fait remarquer un opposant syrien, il est moins inquiet "quand il s’agit du Hamas ou du Hezbollah, qui a mené des crimes d’ampleur en Syrie".
L'antiaméricanisme primaire de Mélenchon tourne au mépris de la population syrienne, voire au racisme. Il préfère soutenir des dictateurs parce que, selon lui, ils font partie du camp des ennemis des Etats-Unis plutôt que de dénoncer la barbarie avec laquelle ils traitent leur population.
Le FN-RN et LFI sont aussi écœurants et inaudibles l'un que l'autre. Qu'ils se taisent.
(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/10/syrie-a-la-prison-de-saydnaya-l-espoir-brise-des-familles-de-disparus_6439197_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/12/09/marine-le-pen-et-jean-luc-melenchon-rattrapes-par-leur-soutien-passe-a-bachar-al-assad_6438963_823448.html
A lire aussi sur le régime Assad et ses soutiens internationaux :
https://www.courrierinternational.com/article/recit-la-syrie-d-assad-ou-le-royaume-de-la-peur-et-du-silence_225445?at_medium=email&at_campaign=alerte_courrier&at_creation=article_lire_la_suite
lundi 9 décembre 2024
A qui le tour ?
Chaque matin, en ouvrant son ordinateur pour découvrir les nouvelles de la nuit, on espère apprendre la mort d'un tyran ou la chute d'un dictateur. Hier, la journée de dimanche a bien commencé : on apprenait que le Boucher de Damas a été forcé de fuir son pays, un pays qu'il mis à feu et à sang, dont il a tué 500.000 à un million de ses habitants et fait fuir des millions d'autres. Il s'est réfugié à Moscou. Il a démissionné, a déclaré le Kremlin dans cette novlangue (de pute) dont il est coutumier.
On pense aux amis syriens, à leur joie d'apprendre que s'en est fini de cette famille de dictateurs qui a fait régner la terreur sur son peuple pendant plus de cinquante ans. Reste à espérer que les libérateurs - présentés comme des islamistes assagis en radicaux - joueront ce rôle jusqu'au bout et que la Syrie connaîtra enfin la démocratie.
La fin d'Assad, estiment de nombreux commentateurs, est aussi celle de "l'axe de résistance iranien" et un échec pour Poutine, l'homme qui n'a jamais d'état d'âme, qui avait mis son armée au service du Boucher. Comme d'autres, on se met à rêver dans ce monde désespérant. Et si les mollahs iraniens subissaient le même sort ? Si, en quelques jours, le peuple se soulevait et l'armée, fatiguée d'être un instrument de répression, rendait les armes ou les retournait contre ses maîtres ? Si les mollahs et les ayatollahs couraient se réfugier à Moscou ? Et s'il arrivait la même chose en Russie, si les militaires épuisés et sacrifiés dans une guerre insensée signifiaient au tueur en série du Kremlin qu'il a perdu le pouvoir ? On les imagine alors tous se marcher les uns sur les autres pour entrer dans un avion. On les voit déjà réfugiés sur une petite île de l'Océan Arctique où monte chaque jour un peu plus le niveau de la mer à cause du dérèglement climatique.
Même si on sait que demain les nouvelles ne seront pas aussi réjouissantes, on sourit, on espère.
dimanche 16 août 2020
Un dictateur sans peuple
Dur métier que celui de dictateur. On se pose sans cesse des questions. Faut-il s'assumer complètement et exercer clairement le pouvoir seul ? Ou tenter de faire croire qu'on est démocrate et organiser des élections qu'on arrange à sa façon? Et dans ce cas, quel score s'attribuer pour avoir l'air crédible, sans sembler faible ni s'apparenter à un président nord-coréen? Alexander Loukachenko, l'autocrate biélorusse, dernier dictateur d'Europe, vient de se réélire pour un sixième mandat. Il s'est attribué un score de 80% des voix, ce qui ne trompe pas l'immense majorité du peuple biélorusse qui descend quotidiennement dans les rues - les femmes en tête - pour le pousser à quitter le pouvoir.
Une agence de presse russe affirme, à partir d'un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote, que le dictateur n'aurait en réalité recueilli que 2% des voix (1).
"Pour la première fois, le pouvoir biélorusse est confronté à la révolte non d'une minorité, mais de la majorité de la population. Dont Loukachenko a clairement perdu l'appui", écrit Youri Pantchenko dans Oukraïnska Pravda (2).
Une autre caractéristique d'un dictateur, c'est que s'il est contesté c'est forcément par des forces étrangères. L'une ou l'autre puissance envoie des agents dans son pays et manipule des citoyens faibles pour déstabiliser son régime. Mais ce ne peut en aucun cas être son peuple qui, de sa propre initiative, cherche à lui nuire. Un dictateur ne peut être conspué par un peuple qu'il a toujours protégé et dont il ne veut évidemment que le bien.
Loukachenko est une brute aujourd'hui aux abois qui fait bastonner et torturer ses opposants qui manifestent pourtant pacifiquement. Les témoignages de brutalités commises par les forces de l'ordre se multiplient sur les réseaux sociaux (3).
La Russie lui a promis "une aide sécuritaire". Poutine se frotte les mains. Un Loukachenko en difficulté, c'est une opportunité de maîtriser plus et mieux encore un vassal. "Il est fort probable que le résutat de l'élection ne soit pas reconnu au niveau international, écrit encore Oukraïnska Pravda. En particulier si Loukachenko s'entête à appliquer le scénario du pire. Ce qui pourait entraîner son retour à un isolement international. Or ce scénario est extrêmement profitable à la Russie. La victoire usurpée de Loukachenko, dont les détails ont choqué l'Occident, accroît la dépendance de Minsk vis-à-vis de Moscou."
On espère que le pays ne connaîtra pas un scénario à la syrienne, avec une aide russe à un pouvoir brutal, capable de se maintenir au pouvoir dans un bain de sang. Nombre de dictateurs préfèrent finir en fossoyeurs de leur propre pays plutôt que de quitter le pouvoir, diriger un cimetière plutôt qu'un pays libre. Et, au-delà de Loukachenko, on peut craindre que la Russie n'acceptera pas qu'un régime démocratique se mette en place dans ce pays frère. A la communauté internationale de se mobiliser. Vite.
(2) "Loukachenko, une victoire en trompe-l'œil", 10.8.2020, in Le Courrier international, 13.8.2020.
(3) https://www.liberation.fr/planete/2020/08/13/belarus-les-chaines-humaines-se-multiplient-contre-la-repression_1796738
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