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mercredi 28 août 2024

Corée du monstre

De nombreux Etats se disputent la palme du pire. La Corée du nord pourrait revendiquer la médaille d'or, même si la concurrence est rude. Le stalinisme dans ses pires absurdités y est de stricte application.
Récemment, on apprenait (1) que la « coupe en coq » et les « vêtements qui montrent la peau » n’y sont plus tolérés. Ce sont des « phénomènes antisocialistes ». Les personnes qui les arboreraient non seulement devront se faire couper les cheveux, mais surtout risquent d'être condamnées à trois à six mois de camp de travail ou même de rééducation idéologique en prison.
Etonnamment, cette coiffure et ces vêtements sont ceux de Sol Ju, la femme de Kim Jong Un, de leur fille Kim Ju-ae et d'une ancienne chanteuse devenue assistante du grand chef. Il serait donc antisocialiste de leur ressembler. Il est également interdit de porter un trench en cuir, privilège réservé au grand timonier.

Ce régime fou furieux s'en prend aussi à ses sportifs.
"Comme à chaque retour de compétition à l’étranger, les sportifs nord-coréens sont soumis à une « évaluation idéologique » visant à les « nettoyer » de « l’exposition à une contamination » à l’étranger", rapporte The Telegraph, cité par la Voix du Nord (2). « L’évaluation commence dès le retour des athlètes chez eux. Ils doivent “nettoyer” leur idéologie le plus vite possible », a expliqué un haut responsable nord-coréen anonyme au Daily NK. C'est que les Nord-Coréens reviennent forcément "contaminés" de l’étranger où ils auront été exposés à des cultures non socialistes. "L’enquête vise à déterminer si les athlètes ont changé de comportement d’un point de vue idéologique depuis leur départ du pays et à déceler tout comportement contraire aux directives ou à la propagande du parti. Il leur est par exemple défendu de fréquenter des sportifs de Corée du Sud. Des sanctions sont appliquées pour tout comportement problématique." Et c'est ce qui est arrivé à des pongistes nord-coréens qui, après une rencontre pour une médaille avec leurs collègues sud-coréens, ont eu l'outrecuidance de faire, en riant (outrage suprême) un selfie avec leurs voisins. Ils ont reçu « une évaluation idéologique négative ». « Les autorités nord-coréennes considèrent (ce selfie) comme un faux pas qui pourrait avoir de graves conséquences pour les athlètes. »
En 2010, le sélectionneur de l’équipe de football national, Kim Jong-Hun, avait été reconnu coupable de trahison  : son équipe n'avait pas passé le premier tour de la Coupe du monde. Les joueurs et lui avaient été insultés par quatre cents personnes pendant six heures et le sélectionneur avait été condamné à travailler sur un chantier pendant 12 à 14 heures par jour pendant une période non précisée.

S'habiller légèrement, se coiffer selon ses envies, rire, fraterniser, pratiquer un sport sans gagner, voilà autant d'attitudes antisocialistes dans ce pays de cauchemar dont les habitants ne sont pas près de sortir de l'enfer.
Et Willy Burgeon qui n'est plus là pour qualifier de "propagande" (3) les critiques adressées à ce régime fou !

(1) https://www.20minutes.fr/monde/4106315-20240820-coree-nord-desormais-interdit-avoir-coupe-cheveux-habits-fille-kim-jong
(2) https://www.lavoixdunord.fr/1496005/article/2024-08-27/paris-2024-les-pongistes-nord-coreens-menaces-de-sanction-apres-leur-selfie-avec
(3) Voir l'incroyable émission Strip Tease réalisée par Philippe Dutilleul "Une délégation de très haut niveau" :  https://www.youtube.com/watch?v=ybtEehGAXMg



 

lundi 18 mars 2024

Tsar system

Pour une surprise, c'est une surprise : le chef mafieux Vladimir Poutine a été réélu à la tête de la Russie pour un cinquième mandat de six ans. Ne dites plus score nord-coréen, dites score russe et même stalinien. Le tueur en série a obtenu plus de 87% des voix. Il est vrai que le choix était restreint : les électeurs avaient le choix entre Poutine. Ce qui ressemble à une mauvaise, très mauvaise blague. Il y avait bien trois candidats fantoches qui étaient censés donner une apparence de démocratie à cette élection, mais personne n'est dupe. D'autant que tous les candidats d'opposition ont été écartés, soit interdits d'élection, soit tués, soit obligés de fuir, soit emprisonnés.

Poutine a reçu un nouveau mandat de chef de guerre, écrit Benoît Vitkine dans Le Monde (1). Avec des médias sous son contrôle absolu, il est aisé pour la clique du Kremlin de faire croire ce qu'elle veut, que la Russie est agressée, menacée et qu'il faut faire confiance au guide suprême, seul capable de sauver l'empire d'on ne sait quel péril et de lui rendre sa gloire. "Ce climat de tensions exacerbées a probablement renforcé le réel soutien dont bénéficie M. Poutine auprès d’une partie importante de la population. C’est même là le génie des propagandistes du Kremlin : avoir réussi à transformer l’invasion de l’Ukraine en une agression occidentale, et une guerre de conquête en un combat existentiel pour les « valeurs traditionnelles » ou la « souveraineté » de la Russie."
Cependant quel crédit faut-il apporter aux résultats ?, s'interroge Benoît Vitkine. "Ces dernières années, le pouvoir russe a multiplié les innovations permettant de rendre moins visibles, voire moins nécessaires, les falsifications les plus grossières : vote électronique ; vote sur trois jours ; réduction drastique des possibilités offertes aux citoyens qui le souhaitent d’observer le scrutin… Résultat : on a peu vu les dizaines de vidéos de bourrages d’urnes ou de votes multiples, qui font le folklore des élections russes depuis que des caméras ont été installées dans les bureaux, en 2012. Depuis 2021, l’accès à ces caméras a par ailleurs été restreint. A l’inverse, et de manière nouvelle, des entorses au secret du vote ont été constatées. Le Monde a pu voir des isoloirs sans rideaux et des urnes surveillées de près par des policiers. Plusieurs arrestations ont été signalées pour des messages inscrits sur des bulletins (qui ne sont en Russie pas fermés dans une enveloppe)."
On en rirait si la situation n'était aussi dramatique : à Stary Oskol, ville de 230 000 habitants, les 136 bureaux de vote de la ville affichaient tous, vendredi soir, à l’issue du premier jour de vote, un chiffre de participation identique de 47 %. On pense à Tintin chez les soviets

Quoi qu'il en soit, le dictateur sort renforcé de cette élection cadenassée. Ne reste plus à espérer qu'un cancer fulgurant emporte Poutine. Mais cet homme est en lui-même un cancer. Avec des métastases.

vendredi 31 mars 2023

Colosse aux pieds d'argile

On n'imaginait pas la dictature russe aussi fragile. La voilà ébranlée par le dessin d'une jeune fille de 13 ans, un dessin contre la guerre d'Ukraine, qu'elle avait réalisé à l'école. Il montre des missiles ciblant une femme et un enfant avec un drapeau ukrainien. Le régime de Poutine est tellement menacé par ce dessin que la jeune fille a été placée sous tutelle et qu'elle pourrait être « envoyée dans un orphelinat d’ici un mois ».  La voilà donc séparée de son père qui risque d’être définitivement privé de son autorité parentale. Les publication de ce dernier sur Internet ont été fouillées par les autorités qui disent y avoir trouvé des textes critiquant l’opération en Ukraine. Alexeï Moskalev, ce père, a été condamné à deux ans de prison pour avoir « discrédité » les forces armées russes. En fuite, il a été arrêté à Minsk, la capitale biélorusse.
L’ONG Memorial le considère comme un prisonnier politique et a dénoncé « la répression » visant Alexeï Moskalev et sa fille Maria, y voyant « une tentative d’intimider tous les opposants à la guerre ». 
"Signe de l’indignation suscitée par cette affaire, rapporte Le Monde, une pétition a été lancée en ligne, malgré la pression des autorités, pour demander le retour de l’enfant chez son père."
C'est la directrice de l'école qui a transmis le dessin aux autorités. On se demande quel rapport cette femme peut entretenir avec la pédagogie. Que seraient les régimes dictatoriaux sans ces chiens de garde qui aboient au moindre geste qui pourrait déranger leur bon maître ?

(1)  https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/28/guerre-en-ukraine-un-russe-separe-de-sa-fille-de-13-ans-pour-un-dessin-anti-guerre-condamne-et-en-fuite_6167326_3210.html

samedi 29 décembre 2018

La tentation totalitaire

Depuis que le Café du Commerce a été délocalisé sur les ronds-points, la France a perdu la boule.
Des Gilets jaunes décapitent une effigie du Président de la République, mais, disent-ils, il fallait y voir du troisième degré. Le sens de l'humour des bourreaux a toujours été mal compris.
Ce président, on l'a déjà écrit ici, est considéré comme responsable de tout ce qui va mal et le peuple des Gilets jaunes réclame la tête de ce "dictateur". Visiblement, ces contempteurs ne savent pas très bien ce qu'est une dictature. Mais ils ont désormais tous les droits, à commencer par celui de dire et de faire n'importe quoi. Et d'exiger que soient acceptées et aussitôt mises en œuvre toutes leurs revendications. N'y aurait-il pas là une attitude autoritariste?
On assiste aujourd'hui à une prolifération de réclamations de droits individuels, on veut tout et tout de suite, estime Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités à l'Institut Jean Jaurès (1). Et sans respect des devoirs. Les règles, c'est pour les autres, pas pour les Gilets jaunes. Il ne leur est pas possible, disent-ils, de déposer une demande d'autorisation de manifestation. Les partis, les syndicats, les associations le font, mais pas eux, ils en sont incapables, expliquent-ils vu leur non-organisation. (2) Dans quelle société vivent-ils? S'ils ne savent pas ce qu'est une dictature, ils ne savent visiblement pas non plus ce qu'est une démocratie et qu'elle ne peut fonctionner sans règles.
Ils ont un sentiment de toute-puissance, sont dans la dictature de l'urgence. Ce sont eux qui décident et les élus doivent se plier à leurs exigences, à toutes leurs exigences (par ailleurs largement imprécisées). Ils ont la certitude d'avoir raison, d'avoir tous les droits.
Le Référendum d'Initiative citoyenne qu'exigent certains d'entre eux éliminerait, dit encore Jean-Yves Camus, tous les corps intermédiaires. Pour eux, seul Le Peuple peut décider. Ils se méfient des élus, des partis, des syndicats, de tout représentant, sont convaincus que "des forces" tirent les ficelles du système. Ce qui mène certains d'entre eux à l'antisémitisme et à l'anti-maçonnisme.

Les chaînes d'information continue ont amplifié le mouvement en couvrant de manière quasi permanente les actions des G.J. Début décembre, ils ont manifesté à Bruxelles le même jour que la Marche pour le climat. Celle-ci a réuni de 65 à 75.000 personnes, soit beaucoup plus que les GJ, mais la presse n'en a que pour ces derniers et les scènes de violence que génèrent nombre d'entre eux (3). Des journalistes tendent leur micro à n'importe qui, pourvu qu'il porte un gilet jaune et n'importe qui dit  n'importe quoi. Si (ce qui arrive trop peu) un journaliste ose les mettre face à leurs contradictions, les G.J. se montrent aussitôt agressifs, convaincus qu'on veut les empêcher de parler.
C'est ainsi que certains d'entre eux crachent sur la presse (malgré l'attitude largement compréhensive de la majorité des organes de presse), agressent des journalistes qui, selon eux, sont aux ordres du gouvernement et gagnent de 10.000 à 50.000 euros par mois. Ils dénoncent une collusion entre médias et élus mais empêchent la diffusion d'Ouest France qui se paie le luxe d'être critique à leur égard (4). Veulent-ils une presse à leurs ordres?

Des Gilets jaunes se transforment parfois en terroristes. Certains ont agressé un couple homosexuel, d'autres ont exigé d'une musulmane qu'elle ôte son voile. D'autres encore ont caillassé le camion d'un transporteur bulgare qui s'est enfui pour sauver sa peau, a vu un de ses pneus s'enflammer et n'a dû son salut qu'à l'intervention de la police (5). Quelles sont les conditions de travail et de salaire d'un camionneur bulgare? Le salaire moyen d'un Bulgare en 2018 est d'un peu moins de 500 € par mois, soit 73% de moins que le salaire moyen en France. Ce qui n'empêche pas un G.J. de déclarer, pas gêné, qu'il ne peut s'en sortir en gagnant 2800 euros par mois. On s'interroge: quel est son train de vie, quelles sont ses envies de consommation? De qui se moque-t-il? Comment justifier une telle agression? Comment expliquer cette violence contre des gens qui font leur métier dans des conditions bien plus difficiles encore que celles de ceux qui grognent?

Comme le dit l'humoriste Sophia Aram (6), "le gilet jaune est magique, il peut transformer n'importe quelle endive en Che Guevara des ronds-points." Des personnes qui n'ont aucune expertise, aucune analyse socio-politique sérieuse et structurée se retrouvent invitées sur des plateaux télé juste parce qu'elles ne sont pas contentes. Même des complotistes aux théories les plus stupides le sont, uniquement parce qu'ils portent une vareuse jaune fluo.
Le gouvernement a annoncé le lancement dès le début 2019 de grands débats pour répondre à la demande des Bileux jaunes. A eux d'y participer activement, d'accepter de débattre avec des gens qui n'ont pas les mêmes vues qu'eux. S'ils jouent les abonnés absents, c'est qu'ils sont totalement sourds, juste capables de s'écouter eux-mêmes, de se saoûler de leurs vociférations.

Pour terminer, ces propos de l'acteur, réalisateur, musicien et scénariste Alexandre Astier, interviewé non pas à propos des G.J. mais du dernier Astérix qu'il a co-réalisé: "Astérix et ses amis sont comme les Français. Ils ont beau vivre en Armorique, ce sont des Latins, des sanguins. La cohésion sociale, ce n'est pas leur truc. S'ils se posaient autour d'une table et réfléchissaient cinq minutes, ils règleraient leurs problèmes en trois cases! Mais ils n'y voient pas clair parce qu'ils sont tout le temps en colère..." (7).

(1) France Inter, 28.12.2018, 8h20.
(2) France Inter, Journal, 27.12.2018, 13h.
(3) https://www.rtbf.be/auvio/detail_matin-premiere?id=2437056&cid=2437042
(4) https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/27/des-gilets-jaunes-bloquent-la-diffusion-de-journaux-du-groupe-ouest-france_5402732_3224.html
(5) https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/25/a-saint-etienne-du-rouvray-des-gilets-jaunes-ont-pourchasse-un-poids-lourd-bulgare-sur-12-kilometres_a_23626703/?utm_hp_ref=fr-homepage
Tiens, Marine Le Pen ne parle plus d'ensauvagement de la France...
(6) A écouter! Sophia Aram: "La magie de Noël et celle du gilet jaune", France Inter, 24.12.2018, 8h54: https://www.franceinter.fr/programmes/2018-12-24
(7) "Je suis un emmerdeur", Télérama, 5.12.2018.